11.05.2008

NOCES POURPRES

Je suis revenue
tenter avec toi l’alliance
des ronces et des roses
 
imaginer un futur
dans le limon noir
de tes yeux
y puiser un parfum
de racines
 
d’un plaisir brut
patiemment épluché
prendre des leçons
d’abnégation
d’humilité
 
dans le pli de mes rêves
au bout de ta jetée blanchie
s’emperlent nos accrocs
 
ma fleur de soif vêtue 
à ta paume offerte
nos fièvres d’écume
de nacre de coraux
 
profondeurs
secrètes
façonnées
de peau
et d’âme
 
la folie
du NOUS
sous nos draps
de ciel éclaboussés
au grand
TOUT
précipité

10.03.2008

TOI MON AUTRE

toi mon autre

ma sœur mon frère

mon étranger

 

si semblable

si différent(e)

toi

adoré(e)

maudit (e)

cherché(e)

nié(e)

toi

l’espéré(e)

 

sans un passage 

entre toi et moi

je ne peux vivre

 

sans toi l’autre

je ne peux exister

sans vous autres

les autres

qui me sortez de gré ou de force

de ma solitude de mon ignorance

de mon clan ma tribu mes préjugés

ma présumée identité

 

je ne peux vivre

sans vos mains vos sourires vos musiques

chaque objet que je touche

porte votre empreinte

vous autres, les autres

 

contre vous souvent je me cogne

et dans vos filets se prennent

tous mes espoirs

mes manques

mes craintes

mais sans vous comment saurais-je

l’amour le rire l’entraide

un peu de cette précieuse chaleur humaine ?

 

de chacune de nos rencontres

j’apprends

 

et avec toi

et avec elle

et avec lui

avec elle

avec lui

avec eux

 

diamant aux mille facettes

lotus aux mille pétales

trésor de nos différences

 

nous devenons

NOUS

 

nos sourires

nos mains 

autour d’un verre

d’un moment

un silence

un rêve

une vie

            partagés

 

nous toi moi eux

autres et si pareils pourtant

 

même chair

même sang

même cœur battant

sur cette unique terre

 

ensemble

06.03.2008

ÉLOGE DU FOU

Il existe sur cette terre un peuple dont on ne parle jamais mais ils se reconnaissent entre eux ; ils s’aiment ou se haïssent mais surtout, sans cesse, ils se renvoient la même question, la seule à leurs yeux qui mérite d’être posée. Ils cherchent, cherchent sans répit, sinon quelques plages de mensonges et certaines formes d’oubli.
Cette question murmurée, implorée, chantée, hurlée, ils s’en frappent la tête.
Ils s’en mettent le cœur à vif ! Ils la boivent tel un vin rare, se l’injecte comme un poison, se saoulent ou se régénèrent, la perdent pour mieux la retrouver jusqu’au bout des nuits blanches, des journées sans soleil. Ils la décortiquent, l’aspirent, la crachent et l’offrent parfois sans calcul comme un bouquet de fleurs à une âme de passage.
 
Certains disent qu’ils sont fous. Et alors ?
 
Il en faut des fous pour exorciser nos démons, pour donner corps à nos monstres et nous permettre de dormir en paix ! Il en faut des fous pour se mettre à nu et se poignarder avec tous nos pieux mensonges ! Il en faut des fous pour se lancer dans ce vide que nous n’affrontons pas même du regard. Il en faut des fous pour aller décrocher les étoiles qui brillent derrière nos paupières cousues. Il en faut des fous pour accoucher le monde !
 
Fous ! Les fous battent la campagne et la breloque !
Fous ! désaxés ! détraqués ! dérangés !
Siphonnés, timbrés, piqués, cinglés, cintrés!
Maboul, marteau ! Toqué, tapé ! Tordu, toc-toc,
cinoque, louftingue, dingues et loufoques !
 
Z’ont perdu la raison,
La boule et la boussole,
Une araignée au plafond,
Mais qu’importe Monsieur, les fous travaillent et pas qu’un peu
Les fous travaillent du chapeau !
 
les fourres tout
les foutrement gais
les inspirés
chercheurs de vérité
fous téméraires
Et foutu bordel !
 
Les fous parlent à leur chien
Les fous n’ont pas de besoin
Les fous respectent la terre
les fous donnent tout
les fous ne mentent pas
Les fous flânent en chemin
nourrissent les oiseaux
les fous pleurent
la mort d’une fleur
les fous traversent les déserts
gravissent les montagnes
franchissent les mers
les frontières
à la nage ou à la rame
les fous disent paix et tolérance
brûlent leur carte d’identité
pour les sans-papier
Les fous refusent de s’alimenter
parce que d’autres sont affamés
les fous ne ferment jamais leur porte à clé
 
les fous vivent dans les arbres
les fous se couchent au sol
devant les tanks les bulldozers
les fous parlent d’amour quand on leur fait la guerre
les fous pardonnent à leurs tortionnaires
les fous s’opposent, luttent, militent
aiment et cultivent la différence
 
les fous défendent des idéaux
les fous écrivent des poèmes
Les fous refusent télé, supermarchés
refusent d’être vaccinés pucés
s’entêtent à ne pas se résigner
 
Les fous un jour partent sans se retourner
Les fous voyagent à pied
à dos d’ânes en roulottes
Les fous font de leurs rêves une réalité
les fous se méfient du progrès
prennent le temps de ne pas travailler
les fous crèvent plutôt que de capituler
Les fous s’aiment malgré tout
Les fous refusent le garde à vous
Les fous croient en la justice
et pensent pouvoir changer le monde
 
mais il y a d’autres fous encore plus fous
qui veulent que tout et tous soient parfaits
fous qui veulent rester entre eux
fous de fric de pouvoir
fous qui veulent tout diriger
fous qui veulent tout acheter
fous qui pensent qu’ils n’en sont pas
et qui disent :
 
Est fou celui qui ne pense pas comme nous…
Est fou celui qui n’est pas comme nous…

22.01.2008

EUCHARISTIE

sacrifice de l’eau
en vain
 
les songes crucifiés
aux croix des graphiques
à l’aube prennent la couleur
du sang neuf
 
révolutions
en marche
ou en débâcle
confusion
injectée dans l’œil
des marées humaines
 
lune vengeresse
lame qui a servi
soleil au zénith
aveuglent
qui croit saisir
 
blanches mains trempées
dans la grande lessive
de l’argent si noir
du sang de l’Autre
 
a$$assiné

24.11.2007

LES PISTES DU RÊVE

défaire le crépuscule
glisser dans les reflets
renards de ses draps
 
fixer l’horizon
par des pointes d’améthyste
le laisser sécher à la lune
 
tracer un paysage
au fusain de la langue
compter les brûlis sur la peau
 
les innombrables feuillets
de nos masques pâles
regarder fondre
 
la vitre du réel
ses reflets d’huile
sur l’étendue de neige
 
le roulis des roseaux
un grand soleil rouge
brûlé à l’horizon
 
la neige est une plage
de coquillages nus
les serpents marins
 
sifflent des inconnues
songes de sable
châteaux d’écume
 
en poissons de sang
nager dans leur trouble
naître reconnaître
 
dans les clameurs des sirènes
la voix balbutiante
du poète.

16.11.2007

SUTURE

lunes de cire
écho des frontières
tracées au khôl
nuit émaciée
aux éclats
de souffre
 
la langue des anges
dérange les nerfs
prend la douleur
trois fois nouée
des mots souillés
 
paupières éparpillées
aux portes
langues humaines
langue de la soif
première
obstinée
 
rapprocher les lèvres
recoudre le mot
la plaie
le meurtre
par un baiser
ou le silence

HYMEN

de l’union à la séparation à l’union
est un cercle
 
teintes du sacre
pureté transgression
rose de la face
cachée de la chair
 
l’os peint du mariage
rouge tranché
blanc lavé
sang dans les ailes
tachées des anges
 
rouge vie
blanche mort
 
plane un parfum
de rose.

LE DIRE

vous laisserez-vous
caresser allonger 
saurez-vous
donner forme
au large offert
tendrement ?
 
parlerez-vous
les sources d’indicible ?
les fioles au murmure d'océan ?
 
entendrez-vous
les langages tout puissants
distillés goutte à goutte
en chant juste
en toutes langues
pour dissoudre
les mots sème-poison
les bruits cassés
funambules qui s'égouttent
des masques conformes
nos baillons chloroforme ?
 
saviez-vous que le mot
est un signe vibratoire ?
 
ainsi amour
peut déplacer des montagnes
purifier les liquides
eau sang encre
 
simplement savoir
encore le dire

29.10.2007

EUCHARISTIE

62573fd34ad38d3e9708a9a5880bf435.jpg

sacrifice de l’eau 
en vain
 
les songes crucifiés
aux croix des graphiques
à l’aube prennent la couleur
du sang neuf
 
révolutions en marche
ou en débâcle
confusion injectée dans l’œil
des marées humaines
 
la lune vengeresse
la lame qui a servi
le soleil au zénith
aveuglent qui croit saisir
 
blanches mains trempées
dans la grande lessive
de l’argent si noir
du sang de l’Autre
 
a$$assiné

08.10.2007

LUA NERA

2b4f0fd30046b02e601c639967aed5bd.jpg

Sur l’antique miroir où se dévisage
dieu la mère déchiquetée,
des hérésies lumineuses se mouchent
avec des mélancolies cruelles.
 
Les magiciennes désœuvrées
tissent des sorcelleries poussiéreuses,
raccommodent au clair de terre
leurs rêves dérisoires.
 
Pantins de mire, poupées de songe
bercent de beaux somnambules.
Les nourrissent de blé trouble,
de fleurs coupées à la kétamine.
 
« Allons labourer les hirondelles ! »
lance le diable tombé
d’une dernière pluie,
et le ciel se grippe
d’oiseaux.
 
Les vastes cités crépitantes
sous les travestissements de l’équinoxe,
contaminent les menstrues de la lune…
 
Qu’un germe de pâle démence,
un seul, franchisse le miroir
et six milliards de visages
sont soufflés comme une bougie.

Toutes les notes