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31/01/2019

Amianto Une histoire ouvrière d'Alberto Prunetti -

à paraître le 15 février

Traduit de l’italien par Serge Quadruppani
ISBN : 9782748903799
144 pages - 12 x 21 cm - 12 €
agone/memoiressociales/amianto/

couv_3131.png« C’est un travail dangereux de souder à quelques centimètres d’une cuve de pétrole. Une seule étincelle est capable d’amorcer une bombe qui peut emporter une raffinerie. C’est pour cela qu’on vous dit d’utiliser cette bâche gris sale, qui résiste aux températures élevées car elle est produite avec une substance légère et indestructible : l’amiante. Avec elle, les étincelles restent prisonnières et vous, vous restez prisonnier avec elles, et sous la bâche en amiante, vous respirez les substances libérées par la fusion de l’électrode. Une seule fibre d’amiante et dans vingt ans vous êtes mort. »

Alberto Prunetti raconte l’histoire de son père, Renato, né en 1945 à Livourne. Soudeur dans les raffineries et les aciéries italiennes depuis l’âge de quatorze ans, Renato s’empoisonne lentement au travail : il respire de l’essence, le plomb lui entre dans les os, le titane lui bouche les pores de la peau, et finalement, une fibre d’amiante se glisse dans ses poumons. Il meurt à 59 ans, après plusieurs années passées à l’hôpital.

Alberto Prunetti est traducteur et journaliste, notamment à Il Manifesto. Il a déjà publié six ouvrages en Italie, a reçu de nombreux prix et a été adapté au théâtre. Amianto est son premier livre traduit en français.

À propos d'Amianto

« C’est une très belle et émouvante « histoire ouvrière » qui restitue un monde presque totalement disparu, celui des terres ouvrières de la Toscane, riches en minerai et piste d’envol pour les courbes du miracle économique italien, d’où très vite allaient sortir « l’automne chaud » et une décennie de luttes prolétariennes, avant que les tristes années 80 et leurs « restructurations » ne succèdent aux ardentes années 70.
L’opposition entre le père, parfait représentant de l’idéologie stalinienne du travail, et le fils qui incarne très vite la figure du précaire, n’empêche pas que s’exprime le profond amour qui les lie, teinté d’agacement et d’amusement avant que la tragédie ne s’installe. L’humour constant, la délicatesse des sentiments, l’érudition historique et technique se mêlent dans ce récit où Prunetti déploie un art de raconter impressionnant, avec sa capacité à jouer sur tous les registres de la langue, l’italien standard, le dialecte local et les expressions argotiques d’une jeunesse fascinée par l’Amérique et la modernité. » 
Serge Quadruppani

« Amianto est un livre urgent. Il se lit d’une traite ou ne se lit pas du tout. C’est une pierre qui roule, toute en arêtes vives, qui se fait boule de neige, une page après l’autre. Ces mots tranchent comme les fibres d’amiante, et blessent l’âme, la première entre toutes celle qui écrit, il en jaillit un doux poison, stimulant. Mais celui qui écrit n’est pas l’auteur, loin de là. C’est Alberto, le fils de Renato, un simple travailleur, un ouvrier décédé, un homme assassiné, à coups d’amiante. En cela, Amianto est une autobio-ethnographie de famille, un objet littéraire hybride, un récit scientifique, un journal de bord, une enquête journalistique, un exercice thérapeutique de catharsis pas seulement personnel.
   Alberto est un anthropologue inconscient de lui-même, de sa généalogie. Il n’a pas besoin de s’immerger dans la réalité qu’il décrit à la recherche d'un prétendu point de vue de natif comme le voudrait la meilleur tradition malinowskienne. Lui, il est né dans cette réalité, dans ce milieu pavé de métaux lourds et constellé d’usines ; et comme pour tous les natifs, son observation est irrémédiablement participante. Là réside la grande valeur d’Amianto : un témoignage direct, de l’intérieur, d’un monde gris et toxique, et en même temps le récit d’un survivant, d’une énième victime manquée. »
Raùl Zecca Castel, "Une lecture anthropologique d'Amianto", sur Potassa le blog d'Alberto Prunetti.

 Éditions Agone
BP 70072
F-13192 Marseille Cedex 20
http://agone.org
Tél. : 04 91 64 38 07

 

 

 

 

26/01/2019

Utopies réelles par Erik Olin WRIGHT

 

9782707191076.jpgPourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques.
À partir d’un regard rigoureux et acéré, appelé à fonder un nouveau programme de recherche sur les expérimentations postcapitalistes contemporaines, se détachent une conception neuve du progrès et de ses instruments potentiels ainsi qu’une vision scientifique des modalités de dépassement du capitalisme. Les utopies réelles ne sont ni pour les idéalistes ni pour les réalistes. Ce sont les expériences vécues, les projections audacieuses qui créent dès maintenant les conditions comme les formes d’un avenir meilleur, d’un autre futur possible.
Traité savant, arme au service d’un renouveau nécessaire de l’imagination politique, Utopies réelles figure déjà parmi les classiques de la pensée sociale du XXIe siècle.

 

Erik Olin Wright, sociologue américain influent, auteur à La Découverte d'Utopies réelles, traduit en 2017 dans la collection « L'Horizon des possibles » est décédé le 23 janvier dernier. Il y proposait une réflexion théorico-politique sur les expérimentations « altercapitalistes » contemporaines, et sur, chose devenue rare dans la théorie critique contemporaine, les stratégies à mettre en œuvre pour sortir du capitalisme (réflexion qu'il développe dans son dernier livre, à paraître l'an prochain à La Découverte : Stratégies anticapitalistes pour le 21e siècle) ; ce «souci stratégique» lui vaut aujourd'hui une grande estime dans les milieux de la gauche mouvementiste américaine.

Lors de la publication française d'Utopies réelles, il avait été invité à dialoguer avec l'écrivain Éric Vuillard dans l'émission La Suite dans les idées que vous pouvez réécouter ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-suite-dans-les-....

Ancien président de l'American Sociological Association, Erik Olin Wright est notamment connu pour avoir été à l'origine d'un important renouveau théorique marxiste sur les classes sociales.

 

 

 

 

Le président des ultra-riches  Chronique du mépris de classe dans la politique d'Emmanuel Macron

9782355221286.jpgpar Michel PINÇONMonique PINÇON-CHARLOT

« Macron, c’est moi en mieux », confiait Nicolas Sarkozy en juin 2017. En pire, rectifient Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Huit ans après Le Président des riches, les sociologues de la grande bourgeoisie poursuivent leur travail d’enquête sur la dérive oligarchique du pouvoir en France.
Au-delà du mépris social évident dont témoignent les petites phrases du président sur « ceux qui ne sont rien », les auteurs documentent la réalité d’un projet politique profondément inégalitaire. Loin d’avoir été un candidat hors système, Emmanuel Macron est un enfant du sérail, adoubé par les puissants, financé par de généreux donateurs, conseillé par des économistes libéraux. Depuis son arrivée au palais, ce président mal élu a multiplié les cadeaux aux plus riches : suppression de l’ISF, flat tax sur les revenus du capital, suppression de l’exit tax, pérennisation du crédit d’impôt pour les entreprises… Autant de mesures en faveur des privilégiés qui coûtent un « pognon de dingue » alors même que les classes populaires paient la facture sur fond de privatisation plus ou moins rampante des services publics et de faux-semblant en matière de politique écologique.
Mettant en série les faits, arpentant les lieux du pouvoir, brossant le portrait de l’entourage, ce livre fait la chronique édifiante d’une guerre de classe menée depuis le cœur de ce qui s’apparente de plus en plus à une monarchie présidentielle.
 
à paraître en janvier 2019

 

 

 

L'Atelier paysan

L’Atelier Paysan est une coopérative (SCIC SARL). Nous accompagnons les agriculteurs dans la conception et la fabrication de machines et de bâtiments adaptés à une agroécologie paysanne. En remobilisant les producteurs sur les choix techniques autour de l’outil de travail des fermes, nous retrouvons collectivement une souveraineté technique, une autonomie par la réappropriation des savoirs et des savoir-faire.

 

Pour une souveraineté technologique des paysans !

Lire le plaidoyer diffusé avec le Pôle InPACT...

Nous sommes un collectif de paysan-ne-s, de salarié-e-s et de structures du développement agricole, réunis au sein d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) baptisée l’Atelier Paysan.

 

https://www.latelierpaysan.org

 

Depuis 2009, nous développons une démarche innovante de réappropriation de savoirs paysans et d’autonomisation dans le domaine des agroéquipements adaptés à l’agriculture biologique. Nous nous sommes dotés en 2011 d’une structure adéquate, un temps sous statut associatif (ADABio Autoconstruction), qui puisse réunir ce qu’il faut d’expertise pour valoriser des inventions fermières, co-développer avec des groupes de pratique agricole de nouvelles solutions techniques adaptées, et rendre accessibles ces connaissances par des documents didactiques papiers ou numériques et des formations à l’autoconstruction.

Nos salarié-e-s sont basé-e-s en Rhône-Alpes, et sur une antenne dans le Grand Ouest. L’acquisition de deux camions transportant machines, matériaux et consommables nécessaires à l’autoconstruction, nous permet aujourd’hui de conduire des chantiers d’autoconstruction en atelier ou « de fermes en fermes ». Partout où la demande s’exprime, nous souhaitons que l’Atelier Paysan puisse accompagner les agriculteurs et les agricultrices de toutes les filières de production, dans leurs cheminements et leurs tâtonnements, individuels et collectifs, autour des agroéquipements adaptés aux pratiques techniques et culturales de l’agriculture biologique.

L’outil de travail adapté et l’autoconstruction accompagnée sont des leviers techniques, économiques et culturels jusque-là peu explorés par le développement agricole. Ils ont pourtant un impact décisif pour faciliter les démarches d’installation, de conversion et de progrès agronomiques en AB.

LA TECHNIQUE, UN ENJEU DE POUVOIR

La conception des choix techniques en agriculture par l’agro-industrie et leur diffusion monopolisée par certains organismes de développement agricole est un processus complexe. Ce processus risque de nous survivre tant que les agriculteur-trice-s qui utilisent ces options techniques pensées en amont, ne seront pas pleinement associés à leur élaboration. 
Le collectif de l’Atelier Paysan souhaite ici et maintenant avoir prise sur ces choix techniques. Nous partons du principe que les paysans sont assez bien placés pour répondre de manière pertinente aux défis du développement agricole : les agriculteur-trice-s innovent par eux-mêmes sur leurs fermes. Mieux ! En groupe, en réseau ou avec l’appui d’un animateur technique, ces derniers savent élaborer collectivement des réponses adaptées. Nous portons l’idée que les choix techniques doivent être faits avec/par/pour les agriculteurs, et plus globalement, que la Technique doit être investie collectivement pour se mettre au service de ceux qui l’utilisent. Nous mesurons toute l’importance des réseaux socio-techniques de producteurs, à la fois dans la production et le partage de savoirs.

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RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT PAYSANNE

Partie spontanément la moins visible de notre démarche par rapport à nos formations autoconstruction, l’Atelier Paysan dépense pas mal d’énergie à produire des biens communs ouverts et collaboratifs, en fait des agroéquipements adaptés accessibles à tous.

Initiatives individuelles et collectives

Nous organisons une traque des connaissances paysannes autour de l’agroéquipement adapté. N’hésitez pas à vendre la mèche sur l’ingéniosité de votre voisin, nous faire connaître un groupe de paysans innovant ou encore à partager vos inventions, vos astuces et vos pistes de réflexion. Le forum Internet, brouillon collectif, est tout désigné pour recevoir vos contributions. Ces initiatives peuvent donner lieu à des tournées de recensement de nos techniciens sur les fermes qui récupèreront des contenus techniques (photos, vidéos, savoir-faire, témoignages) pour les mettre au pot commun. 
Nous nous sommes également organisé pour que nos techniciens accompagnent et appuient des dynamiques collectives, fédérées au sein de groupes de pratiques techniques ou culturales, qui souhaitent trouver du matériel adapté.

Une ingénierie participative

De ces connaissances du terrain et de ces réflexions de groupes, nous pouvons engager une démarche d’ingénierie participative, en aller-retours entre paysans et techniciens, pour aboutir à des plans en 3D d’agroéquipement adapté, en passant par des réunions techniques, la rédaction collective d’un cahier des charges, un chantier de prototypage et des expérimentations.
Nous ne diffusons pas des recettes toutes faites, vous forçant à suivre un chemin bien sillonné, avec interdiction de déborder sur la ligne. Nous vous présentons le maximum d’aspects pratiques des objets, tant dans les possibilités que nous avons explorées et inexplorées, que dans les limites déjà rencontrées. Nous nous efforçons de livrer toute une méthodologie sur les outils.

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DIFFUSER DES BIENS COMMUNS POUR L’AB

Ces savoirs paysans issus d’une Recherche et Développement participative sont publiés « en libre », sous forme d’articles fouillés ou de tutoriels de construction, sur notre site Internet ou dans notre Guide de l’autoconstruction qui compile en 250 pages les plans de 16 outils adaptés au maraîchage biologique. Nous souhaitons constituer une sorte d’Encyclopédie libre et participative, un pot commun dans le lequel chacun peut librement abonder et piocher en ressources adaptées pour l’AB. Nous pensons que les savoirs paysans sont des « biens communs », librement diffusables et modifiables.

Lien vers les Plans et Tutoriels

Toutes nos publications papiers et numériques sont sous licence libre Creative Commons. Cette licence permet à tout un chacun de s’approprier les plans, de les photocopier, de les diffuser, de les modifier, pourvu que l’utilisateur bricoleur mentionne la paternité des plans (ADABio en ce qui concerne le Guide et l’Atelier Paysan pour tout le reste), qu’il appose enfin la même licence Creative Commons à son objet adapté.

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ACCOMPAGNER LA PRATIQUE DE L’AUTOCONSTRUCTION

Nous formons aux pratiques d’autoconstruction car ces dernières permettent de réaliser, en 3 à 5 jours en atelier adéquat, des agroéquipements souvent inexistants, inadaptés ou trop onéreux dans le commerce, tout en divisant par deux ou par trois l’investissement nécessaire. De plus, les agriculteur-trice-s s’autonomisent en se formant au travail des métaux, car un producteur qui sait construire son outil, sait également le réparer et l’adapter. 
Les formations à l’autoconstruction mettent aujourd’hui en avant les équipements adaptés au maraîchage biologique et notamment des outils de travail du sol et de gestion de l’enherbement pour la pratique des planches permanentes. Nous intervenons également directement sur la ferme pour des chantiers de conversion du parc matériel au triangle d’attelage.

ÉDUCATEURS POPULAIRES

Nous le voyons, l’Atelier Paysan multiplie les temps collectifs entre paysan-ne-s, de conception d’outil ou de fabrication collective, de temps de réseau. Y participer c’est s’inscrire dans une démarche d’apprentissage, de questionnement de ses pratiques, de tâtonnements empiriques, d’entraide et de partage d’expériences. 
L’Atelier Paysan est issue de l’action collective des paysans et ces derniers ont souhaité l’organiser comme une boite-à-outils pouvant accompagner les démarches d’autonomisation individuelle et collective des agriculteurs et des agricultrices. Nous n’avons toutefois certainement pas vocation à produire un service pour des clients, qui souhaiteraient s’équiper d’un outil réglé, clé en main, et qui auraient l’exigence d’un consommateur.

Les formations à l’autoconstruction que nous vous proposons sont des moments collectifs, d’éducation populaire, où nous essayons de faire monter chacun en compétences et de mettre en lien agriculteur-trice-s novices comme confirmé-e-s. Tout le monde, quel que soit son niveau, participe aux différents travaux de perçage, soudure, découpe... Et si vous repartez avec un outil, il aura nécessairement « la patte » de votre collègue. Les techniciens de l’Atelier Paysan vous garantissant la solidité des pièces et des soudures. Certains éléments ne peuvent être maitrisés totalement : imprévus dû à la météo hivernale, casse de matériel, non-conformité des pièces sous-traitées… Toujours est-il que le premier objectif des formations est de vous transmettre les compétences de travail des métaux, d’organisation de son atelier, de lecture de plans et d’utilisation d’outillage adapté. Vous devez repartir des stages plus autonome, mais pas impérativement avec un outil prêt à l’emploi.

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CONNAITRE SON CONTEXTE ET ADAPTER SON OUTIL

De plus, vous ne construisez pas un outil borné, clos et cadenassé, pour lequel vous n’aurez plus de question à vous poser. Il faudra très certainement vous l’approprier, remettre les mains dans la ferraille pour le modifier et l’adapter à votre contexte et à votre terre. Dans le cas des outils de planches permanentes pour le maraîchage, nous proposons des outils de travail du sol à dents qui donnent de bons résultats agronomiques sur le long terme. Toutefois leur utilisation est plus exigeante qu’un outil rotatif et demandent une connaissance très fine de son terrain, du moment adéquat d’intervention.
Cette quête d’une plus grande maitrise des paramètres de son exploitation est à la portée de tous. L’Atelier Paysan fournit un certain nombre de ressources post-formation : des conseils, des articles, des tutoriels, des photos, des vidéos. Nous vous encourageons à solliciter vos collègues autoconstructeur-trice-s et à faire réseau. 
L’autoconstruction de matériel adapté est une des portes d’entrée pour se donner les moyens d’aller vers plus d’autonomie et plus de réussite. Elle s’accompagne nécessairement d’un esprit de tâtonnement et de partage !

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PAS CLIENT, MAIS USAGER, POURQUOI PAS SOCIÉTAIRE...

Pour terminer les présentations, expliquons un peu mieux votre place dans cette aventure collective. Si vous venez en client, aux formations, aux commandes groupées, vous allez rater pas mal de la richesse de l’Atelier Paysan. N’oubliez pas que cette SCIC est une ardoise dont le menu s’écrit collectivement. Et pour ce faire, vous avez la possibilité de vous impliquer de manière informelle : en ouvrant les portes de votre ferme pour une journée de démonstrations, en vous faisant localement le porte-parole de l’autoconstruction, en nous aidant sur des salons, en collaborant au forum Internet... Il y a mille façon de faire avancer cette cause commune.
Bienvenu également à ceux qui veulent prendre des parts et participer aux AG, au Comité d’Appui et d’Orientation qui se réunit chaque mois pour tracer les grandes orientations de la coopérative. Bref, vous pouvez intégrer la gouvernance de la SCIC, en prenant individuellement des parts ou en adhérant à une structure sociétaire de l’Atelier Paysan : peut être votre GAB, peut être une association locale de soutien à l’autoconstruction que vous auriez monté.

Aller plus loin : Lectures et biblio de notre réseau

 

 

 

23/01/2019

Générations sacrifiées - 27 janvier à Bruxelles et ailleurs

 

 

 

 

 

Les cigarettiers suisses en Afrique

 

 

En savoir plus : 

http://stories.publiceye.ch/tabac/?pk_campaign=2019_01_17...

 

 

19/01/2019

« Pharma Papers », volet 4 : comment les labos sont devenus des monstres financiers

 

En quelques décennies, les laboratoires pharmaceutiques sont devenus des géants financiers dont la stratégie est largement dictée par Wall Street. Depuis 1999, ils ont engrangé plus de 1000 milliards d’euros de bénéfices, dont 90 % ont été directement redistribués aux actionnaires. Dans cette course aux profits, les besoins des patients et la santé publique sont passés depuis longtemps au second plan. Le nouveau volet des « Pharma Papers » révèle les chiffres de la démesure de l’industrie pharmaceutique, et leurs conséquences pour les patients et les contribuables.

D’un côté, 1000 milliards de profits, dont plus de 90% directement redistribués aux actionnaires. Des valorisations boursières en hausse exponentielle. Un chiffre d’affaires multiplié par six depuis les années 1990, des actifs et des dividendes multipliés par douze. Plusieurs milliards de dollars versés chaque année aux grands fonds de Wall Street comme BlackRock et Vanguard. Et des rémunérations patronales qui battent tous les records.

De l’autre côté, des impôts qui stagnent depuis vingt ans. Plusieurs centaines de milliards de dollars abrités dans des paradis fiscaux, à l’image du laboratoire américain Pfizer, qui y possède les secondes plus importantes réserves de cash après celles d’Apple. Un soutien massif des pouvoirs publics et de la collectivité, depuis le financement de la recherche jusqu’à la prise en charge des dépenses de santé par l’assurance maladie : laboratoires et fonds publics contribuent ainsi au développement de traitements onéreux, comme le Sovaldi de Gilead, que la collectivité sera amenée à payer une seconde fois, à travers le remboursement des dépenses de médicaments. Des ruptures d’approvisionnement de médicaments essentiels et des pans entiers de recherche en santé publique délaissés (comme la résistance aux antibiotiques) au profit des segments de marché les plus lucratifs, comme certains cancers. Un prix qui augmente en flèche pour les médicaments dits « innovants ». Des pertes d’emploi, notamment dans les équipes de recherche-développement comme chez Sanofi, au profit d’un modèle commercial de plus en plus calqué sur celui de Nike ou Apple, où la priorité est au marketing et aux actionnaires, et où un part croissante de l’activité est externalisée à des sous-traitants.

Chiffres inédits à l’appui, le nouveau volet des « Pharma Papers », publiés par l’Observatoire des multinationales et Basta !, dresse un portrait sans concession des multinationales du médicament aujourd’hui, qui n’ont plus grand chose à voir avec les laboratoires d’antan.

Optimisation fiscale, secret des affaires, stratégie guidée par les marchés financiers, externalisations et sous-traitance... Les pratiques de « Big Pharma » n’ont rien à envier à celles des autres multinationales. Pourtant, ces mêmes entreprises continuent à bénéficier d’un soutien financier massif et multiforme des pouvoirs publics et de la collectivité. N’ont-elles pas depuis longtemps rompu le « contrat social » qui justifiait ce soutien ?

À lire dans ce quatrième volet : 
- 1000 milliards d’euros de profits en vingt ans : comment les labos sont devenus des monstres financiers 
- Quand les labos abandonnent leur mission de santé publique pour ressembler à Nike ou à Apple 
- De fusions en licenciements massifs, de rachats en délocalisation, comment Sanofi est devenue « Big Pharma » 
- Une industrie dopée au « secret des affaires » 
- Derrière les profits des labos, un soutien financier multiforme des pouvoirs publics 
- Quand les revenus du médicament atterrissent dans les paradis fiscaux

Soutenir l’Observatoire !

Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com’ du CAC 40, nous enquêtons.

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Avec les « Pharma Papers », Basta ! et l’Observatoire des multinationales mettent en lumière, à travers des enquêtes et des reportages, et la mise en lumière de données et de chiffres jusqu’ici peu accessibles, les confortables profits engrangés par les laboratoires pharmaceutiques sur le dos des systèmes de sécurité sociale, et les énormes moyens d’influence déployés pour préserver ces profits.

Nous publions aujourd’hui le quatrième volet de cette série, consacré à l’évolution des multinationales du médicament au cours des dernières décennies. Ce volet montre, chiffres inédits à l’appui, comment elles sont devenus des géants hyperfinanciarisés, qui amassent des profits sur le dos de la collectivité qu’elles reversent presque en totalité à leurs actionnaires. Il révèle aussi les conséquences de cette soumission aux marchés financiers sur la santé publique et les rentrées fiscales des États.

Les trois premiers volets, disponibles en ligne, portaient : le premier, sur les cadeaux et autres rémunérations des labos aux médecins, ainsi que sur leurs dépenses de lobbying ; le deuxième, sur le coût des médicaments pour la sécurité sociale et le défi posé par l’arrivée de nouveaux médicaments de plus en plus onéreux ; le troisième, sur les stratégies d’influence des laboratoires, à travers congrès, campagnes publicitaires déguisées et liens avec les associations de patients.

 

 

 

Qu'est-ce qu'on attend ? un documentaire de Marie-Monique Robin (2016)

 

 

voir aussi sur le même sujet : Ungersheim, la ville la plus écolo de France 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

18/01/2019

Il devrait y avoir encore une heure avant l'aube - BUZO éd.

 

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Pour commander : https://www.nuitdelapoesie-crest.fr/edition/

 

 

 

 

 

Appel à soutien : "LA TRÈS GRANDE ÉVASION" : "UN FILM DE PIRATES SUR LES FRAUDES XXL"

 

Les enjeux de l'évasion fiscale sont si énormes qu'ils valent bien un documentaire. Encore faut-il trouver les sous nécessaires...

L’évasion fiscale, c’est des milliards et des milliards d’euros qui échappent à l’État pour rester dans les poches des plus riches. Alors que les Français sont appelés à se serrer la ceinture et que les inégalités explosent, peut-être serait-il temps de se pencher sérieusement sur ce scandale. Tel est l’avis de Denis Robert et de Yannick Kergoat : ils ont décidé de réaliser La Très Grande Évasion, un documentaire exclusivement consacré à ce sujet. Seulement voilà, comme on pouvait s’y attendre, les financeurs habituels ont aussitôt refusé de mettre le moindre centime dans ce projet. Du coup, le duo a besoin de nous…

La Très Grande Évasion se présente comme « un film de pirates sur les fraudes XXL ». Voici l’idée :

« Jusqu’où les prédateurs iront dans ce pillage généralisé de nos économies ? En quoi le personnel politique est complice ? C’est comment qu’on freine ? Entre Paris et Genève, Washington et Luxembourg, de la Société Générale à HSBC, en passant par Mac Donald, Ikea et Google… nous allons traquer les circuits de l’évasion fiscale et décrypter les mécanismes de la fraude XXL. »

Reste à trouver l’argent qui permettra de financer l’enquête, le tournage, le film, le montage et la distribution. Et c’est loin d’être une mince affaire quand on s’attaque à un sujet comme celui de l’évasion fiscale. C’est pourquoi Denis Robert et Yannick Kergoat ont décidé de faire appel au grand public dans cette vidéo. Regardez :

« En France l’évasion fiscale, c’st 100 milliards d’euros chaque année. C’est plus que le budget de l’éducation nationale. C’est plus que le montant de l’impôt sur le revenu. Et quand l’argent manque, l’État ne connaît que deux solutions : couper dans les dépenses publiques ou nous faire les poches, nous les contribuables, les consommateurs. Si l’évasion fiscale était éradiquée, il n’y aurait plus de déficit public. Cette fameuse dette qui pèse sur nos épaules et justifie les politiques d’austérité menées depuis tant d’années. Pourtant, rien n’est vraiment entrepris et les inégalités explosent. »

 

Pour avoir pus d’infos et / ou contribuer à la naissance de ce projet, rendez-vous ici.

 

 

 

15/01/2019

Le Grand Jeu de Cécile Minard

 

Rivages poche, janvier 2019

 

9782743645908.jpg

220 pages, 7,80 €

 

Un roman surprenant, vraiment rafraîchissant, qui se laisse boire avec une certaine jubilation et qui plus encore, contient en lui-même une profondeur de réflexion — des pistes, pas de réponses, seulement des pistes — et une énergie communicative qui fait fourmiller les racines de l’être.

Une jeune femme dont on ne connaîtra pas l’identité, ni rien de son existence antérieure — ou à peine quelques flashs — si ce n’est qu'elle est bien décidé à s’en couper, tout comme elle va se couper du monde et de toute relation humaine, pour s’isoler dans un coin de montagne, une sorte de cirque naturel qui sent bon le Pliocène, un îlot de deux cent hectares de roche, de bois et de prés au cœur d’un massif montagneux de vingt-trois kilomètres carrés, qu'elle a acheté et équipé de façon très technique. Plusieurs modules y ont été héliportés : un « tonneau » d’habitation high-tech « à demi-appuyé à demi-suspendu à un éperon granitique », plus bas des sanitaires et un abri jardin, réserve et outillage, le tout bien réfléchi, hyper organisé. « Une belle planque ». Grâce à un équipement et un entraînement survivaliste de pointe adaptés à la vie en altitude en toutes saisons — matériel d’escalade, de pêche, de chasse, d’agriculture, une autonomie énergétique, suffisamment de réserves, etc., la jeune femme prend possession de son territoire et se met à l’explorer peu à peu tout en organisant méticuleusement sa nouvelle existence pour ne pas être prise au dépourvu. Le seul élément du passé qu’elle a apporté avec elle et qui n’a rien avoir avec les bases de la survie, c’est un violoncelle.

Ce roman, ce sont les cahiers qu'elle remplit, son journal de bord. On pense évidemment au Walden de Thoreau. Un Thoreau version 3.0. La narratrice emploie un langage très technique, scientifique même, ce n’est pas ici un retour à la nature façon hippie, mais une immersion totale dans la solitude et une confrontation avec les limites du corps et de l’esprit. La nature — puissante, exigeante — est perçue comme une source de défi autant que d’enseignement et d’émerveillements. Pour quelqu'un qui, semble-t-il, ne manquait de rien sur le plan matériel, ce choix de vie est donc absolument un choix et un choix absolu.

« Les conditions idéales sont-elles celles auxquelles on ne peut pas échapper, celles qui nous obligent ? »

Cet isolement total n’est pas seulement un challenge que cette jeune femme s’est lancé à elle-même, mais une nécessité qui se questionne dans ce tête-à-tête avec soi-même et une nature libre, sauvage, un monde qui n’est pas fait pour les humains « Ce monde n’est pas fait pour nous, et c’est un immense soulagement : on peut donc y vivre — si on y parvient. »

La narratrice est une personne déterminée qui peut sembler, au premier abord, être faite d’un seul bloc, même si elle laisse transparaître au fur et à mesure de son récit une problématique, liée peut-être à la violence, ou à la peur de la violence humaine, de la contrainte imposée par l’autre plutôt que par soi-même :  « L’autorité : le grand jeu de l’humanité ? ».  

« J’étais détachée, en plein entraînement général, je n’avais plus à redouter de croiser quotidiennement un envieux, un ingrat, un imbécile. »

Entraînée donc et préparée à toutes sortes d’éventualités, la jeune survivaliste n’avait cependant pas prévu qu'une créature autre qu'animale puisse partager son territoire. Une créature des plus improbables qui pourrait bien devenir son maître, dans le sens initiatique du terme et c’est ainsi que le Grand Jeu va prendre une dimension philosophique très imbibée de taoïsme, qui amène peu à peu la narratrice à passer de sa volonté de maîtrise sur les éléments extérieurs en un lâcher-prise total, condition ultime pour accéder à une réelle maîtrise, celle à laquelle elle aspirait réellement : la maîtrise intérieure. L’équilibre est au centre de ce roman et l’équilibre naît d’un mouvement perpétuel entre les polarités, sagesse et ivresse marchent sur le même fil.

Ce serait dommage d’en révéler plus. À vous maintenant, lectrices, lecteurs, d’être curieux.

 

Cathy Garcia

 

minard_celine-c-lea_crespi.jpgCéline Minard est née à Rouen en 1969, après des études de philosophie, elle se consacre à l’écriture. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages, Le Dernier Monde (2007), Bastard Battle (2009) et Olimpia (2010), So Long Luise (2011), Faillir être flingué (2013, prix livre Inter), Le grand jeu (2016), Bacchantes (2019).

 

 

 

 

 

 

 

 

ÁGA de Milko Lazarov (2018)

 

Le premier film non russe tourné dans la République de Sakha, ou Yakoutie.

 

 

 

 

SILENT SOULS d'Aleksei Fedorchenko, Russie, 2010

 

Un envoûtant voyage autour du cycle de l'existence dans la culture des Mériens, antique groupe autochtone finnois disparu que des Russes tentent de faire revivre dans le bassin de la haute-Volga. Primé à Venise.

 

 

 

 

 

 

14/01/2019

Requiem pour le rêve américain, un documentaire avec Noam Chomsky (2015)

 


Avec la force d’une analyse toujours très argumentée et documentée, le célèbre linguiste américain Noam Chomsky s’exprime sur les mécanismes de concentration des richesses, avec une lucidité contagieuse. Il expose clairement les principes qui nous ont amenés à des inégalités sans précédent, retraçant un demi-siècle de politiques conçues pour favoriser les plus riches.

Noam Chomsky et les 10 principes de concentration de richesse et du pouvoir.

Quatre années d’interviews, divisées en dix parties, sont rassemblées dans ce documentaire où Noam Chomsky s’exprime sur les mécanismes de concentration des richesses. Il expose avec limpidité les principes qui nous ont amenés au carrefour d’inégalités historiquement sans précédent en retraçant un demi-siècle de politiques conçues pour favoriser les plus riches.


Chomsky interroge aussi sa participation à la vie politique et revient sur son propre parcours "d’activiste". Il fournit l’aperçu pénétrant de ce qui peut bien être l’héritage durable de notre temps : la mort de la classe moyenne et le chant du cygne de la démocratie.

- Principe 1 : Réduire la démocratie
- Principe 2 : Modifier l’idéologie
- Principe 3 : Redessiner l’économie
- Principe 4 : Déplacer le fardeau
- Principe 5 : Attaquer la solidarité
- Principe 6 : Gérer les législateurs (régulateurs)
- Principe 7 : Manipuler les élections
- Principe 8 : Maîtriser la populace
- Principe 9 : Modeler le consentement
- Principe 10 : Marginaliser la population

Un film de Kelly Nyks, Peter D. Hutchinson, Jared P. Scott (2015)
Durée : 72mn - Compléments : 60mn - Version sourds et malentendants https://www.youtube.com/watch?v=uXZr1ROvaog

 

visible en location ici : 

https://www.filmsdocumentaires.com/films/6179-noam-chomsk...

 

 

 

 

 

13/01/2019

La quatrième guerre mondiale a commencé

 
par le sous-commandant Marcos , août 1997, pages 1, 4 et 5

Source : Le Monde Diplomatique

 

Un véritable séisme politique s’est produit au Mexique le 6 juillet, lors des élections. Pour la première fois depuis près de soixante-dix ans, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a perdu la majorité absolue à la Chambre des députés, le contrôle de plusieurs Etats ainsi que la mairie de Mexico, qui revient à M. Cuauhtémoc Cardenas, leader du Parti révolutionnaire démocratique (PRD), social-démocrate. Au Chiapas, l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) n’a pas donné de consignes précises à propos de ce scrutin et s’est retirée sous les frondaisons de la forêt Lacandona, son sanctuaire. C’est de là que son chef, le sous-commandant Marcos nous a fait parvenir cette analyse originale et géostratégique de la nouvelle donne internationale.

 
« La guerre est une affaire d’importance vitale pour l’Etat, c’est la province de la vie et de la mort, le chemin qui conduit à la survie ou à l’anéantissement. Il est indispensable de l’étudier à fond. »

Sun Tse, L’Art de la guerre.

Le néolibéralisme, comme système mondial, est une nouvelle guerre de conquête de territoires. La fin de la troisième guerre mondiale, ou guerre froide, ne signifie nullement que le monde ait surmonté la bipolarité et retrouvé la stabilité sous l’hégémonie du vainqueur. Car, s’il y a eu un vaincu (le camp socialiste), il est difficile de nommer le vainqueur. Les Etats-Unis ? L’Union européenne ? Le Japon ? Tous trois ? La défaite de l’« Empire du mal » ouvre de nouveaux marchés, dont la conquête provoque une nouvelle guerre mondiale, la quatrième.

Comme tous les conflits, celui-ci contraint les Etats nationaux à redéfinir leur identité. L’ordre mondial est revenu aux vieilles époques des conquêtes de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Océanie. Etrange modernité qui avance à reculons. Le crépuscule du XXe siècle ressemble davantage aux siècles barbares précédents qu’au futur rationnel décrit par tant de romans de science-fiction.

De vastes territoires, des richesses et, surtout, une immense force de travail disponible attendent leur nouveau seigneur. Unique est la fonction de maître du monde, mais nombreux sont les candidats. D’où la nouvelle guerre entre ceux qui prétendent faire partie de l’« Empire du bien ».

Si la troisième guerre mondiale a vu l’affrontement du capitalisme et du socialisme sur divers terrains et avec des degrés d’intensité variables, la quatrième se livre entre grands centres financiers, sur des théâtres mondiaux et avec une formidable et constante intensité.

La « guerre froide », la mal nommée, atteignit de très hautes températures : des catacombes de l’espionnage international jusqu’à l’espace sidéral de la fameuse « guerre des étoiles » de Ronald Reagan ; des sables de la baie des Cochons, à Cuba, jusqu’au delta du Mékong, au Vietnam ; de la course effrénée aux armes nucléaires jusqu’aux coups d’Etat sauvages en Amérique latine ; des coupables manœuvres des armées de l’OTAN aux menées des agents de la CIA en Bolivie, où fut assassiné Che Guevara. Tous ces événements ont fini par faire fondre le camp socialiste comme système mondial, et par le dissoudre comme alternative sociale.

La troisième guerre mondiale a montré les bienfaits de la « guerre totale » pour le vainqueur : le capitalisme. L’après-guerre laisse entrevoir un nouveau dispositif planétaire dont les principaux éléments conflictuels sont l’accroissement important des no man’s land (du fait de la débâcle de l’Est), le développement de quelques puissances (les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon), la crise économique mondiale et la nouvelle révolution informatique.

Grâce aux ordinateurs, les marchés financiers, depuis les salles de change et selon leur bon plaisir, imposent leurs lois et leurs préceptes à la planète. La « mondialisation » n’est rien de plus que l’extension totalitaire de leurs logiques à tous les aspects de la vie. Naguère maîtres de l’économie, les Etats-Unis sont désormais dirigés, télédirigés, par la dynamique même du pouvoir financier : le libre-échange commercial. Et cette logique a profité de la porosité provoquée par le développement des télécommunications pour s’approprier tous les aspects de l’activité du spectre social. Enfin une guerre mondiale totalement totale ! Une de ses premières victimes est le marché national. A la manière d’une balle tirée à l’intérieur d’une pièce blindée, la guerre déclenchée par le néolibéralisme ricoche et finit par blesser le tireur. Une des bases fondamentales du pouvoir de l’Etat capitaliste moderne, le marché national, est liquidée par la canonnade de l’économie financière globale. Le nouveau capitalisme international rend les capitalismes nationaux caducs, et en affame jusqu’à l’inanition les pouvoirs publics. Le coup a été si brutal que les Etats nationaux n’ont pas la force de défendre les intérêts des citoyens.

La belle vitrine héritée de la guerre froide — le nouvel ordre mondial — a été brisée en mille morceaux par l’explosion néolibérale. Quelques minutes suffisent pour que les entreprises et les Etats s’effondrent ; non pas à cause du souffle des révolutions prolétariennes, mais en raison de la violence des ouragans financiers.

Le fils (le néolibéralisme) dévore le père (le capital national) et, au passage, détruit les mensonges de l’idéologie capitaliste : dans le nouvel ordre mondial, il n’y a ni démocratie, ni liberté, ni égalité, ni fraternité. La scène planétaire est transformée en nouveau champ de bataille où règne le chaos.

Vers la fin de la guerre froide, le capitalisme a créé une horreur militaire : la bombe à neutrons, arme qui détruit la vie tout en respectant les bâtiments. Mais une nouvelle merveille a été découverte à l’occasion de la quatrième guerre mondiale : la bombe financière. A la différence de celles d’Hiroshima et de Nagasaki, cette nouvelle bombe non seulement détruit la polis (ici, la nation) et impose la mort, la terreur et la misère à ceux qui y habitent, mais elle transforme sa cible en simple pièce dans le puzzle de la mondialisation économique. Le résultat de l’explosion n’est pas un tas de ruines fumantes ou des milliers de corps inertes, mais un quartier qui s’ajoute à une mégalopole commerciale du nouvel hypermarché planétaire et une force de travail reprofilée pour le nouveau marché de l’emploi planétaire.

L’Union européenne vit dans sa chair les effets de la quatrième guerre mondiale. La mondialisation a réussi à y effacer les frontières entre des Etats rivaux, ennemis depuis des siècles, et les a obligés à converger vers l’union politique. Des Etats-nations jusqu’à la fédération européenne, le chemin sera pavé de destructions et de ruines, à commencer par celles de la civilisation européenne.

Les mégapoles se reproduisent sur toute la planète. Les zones d’intégration commerciale constituent leur terrain de prédilection. En Amérique du Nord, l’Accord de libre échange nord-américain (Alena) entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique précède l’accomplissement d’un vieux rêve de conquête : « L’Amérique aux Américains ». Les mégapoles remplacent-elles les nations ? Non, ou plutôt pas seulement. Elles leur attribuent de nouvelles fonctions, de nouvelles limites et de nouvelles perspectives. Des pays entiers deviennent des départements de la méga-entreprise néolibérale, qui produit ainsi, d’un côté, la destruction/dépeuplement, et, de l’autre, la reconstruction/réorganisation de régions et de nations.

Si les bombes nucléaires avaient un caractère dissuasif, comminatoire et coercitif lors de la troisième guerre mondiale, les hyperbombes financières, au cours de la quatrième, sont d’une autre nature. Elles servent à attaquer les territoires (Etats-nations) en détruisant les bases matérielles de leur souveraineté et en produisant leur dépeuplement qualitatif, l’exclusion de tous les inaptes à la nouvelle économie (par exemple, les indigènes). Mais, simultanément, les centres financiers opèrent une reconstruction des Etats-nations et les réorganisent selon la nouvelle logique : l’économique l’emporte sur le social.

Le monde indigène est plein d’exemples illustrant cette stratégie : M. Ian Chambers, directeur du Bureau pour l’Amérique centrale de l’Organisation internationale du travail (OIT), a déclaré que la population indigène mondiale (300 millions de personnes) vit dans des zones qui recèlent 60 % des ressources naturelles de la planète. « Il n’est donc pas surprenant que de multiples conflits éclatent pour s’emparer de leurs terres (...). L’exploitation des ressources naturelles (pétrole et mines) et le tourisme sont les principales industries qui menacent les territoires indigènes en Amérique  (1). » Après viennent la pollution, la prostitution et les drogues.

Dans cette nouvelle guerre, la politique, en tant que moteur de l’Etat-nation, n’existe plus. Elle sert seulement à gérer l’économie, et les hommes politiques ne sont plus que des gestionnaires d’entreprise. Les nouveaux maîtres du monde n’ont pas besoin de gouverner directement. Les gouvernements nationaux se chargent d’administrer les affaires pour leur compte. Le nouvel ordre, c’est l’unification du monde en un unique marché. Les Etats ne sont que des entreprises avec des gérants en guise de gouvernements, et les nouvelles alliances régionales ressemblent davantage à une fusion commerciale qu’à une fédération politique. L’unification que produit le néolibéralisme est économique ; dans le gigantesque hypermarché planétaire ne circulent librement que les marchandises, pas les personnes.

Cette mondialisation répand aussi un modèle général de pensée. L’American way of life, qui avait suivi les troupes américaines en Europe lors de la deuxième guerre mondiale, puis au Vietnam et, plus récemment, dans le Golfe, s’étend maintenant à la planète par le biais des ordinateurs. Il s’agit d’une destruction des bases matérielles des Etats-nations, mais également d’une destruction historique et culturelle. Toutes les cultures que les nations ont forgées — le noble passé indigène de l’Amérique, la brillante civilisation européenne, la sage histoire des nations asiatiques et la richesse ancestrale de l’Afrique et de l’Océanie — sont corrodées par le mode de vie américain. Le néolibéralisme impose ainsi la destruction de nations et de groupes de nations pour les fondre dans un seul modèle. Il s’agit donc bien d’une guerre planétaire, la pire et la plus cruelle, que le néolibéralisme livre contre l’humanité.

Nous voici face à un puzzle. Pour le reconstituer, pour comprendre le monde d’aujourd’hui, beaucoup de pièces manquent. On peut néanmoins en retrouver sept afin de pouvoir espérer que ce conflit ne s’achèvera pas par la destruction de l’humanité. Sept pièces pour dessiner, colorier, découper et tenter de reconstituer, en les assemblant à d’autres, le casse-tête mondial.

La première de ces pièces est la double accumulation de richesse et de pauvreté aux deux pôles de la société planétaire. La deuxième est l’entière exploitation du monde. La troisième est le cauchemar d’une partie désoeuvrée de l’humanité. La quatrième est la relation nauséabonde entre le pouvoir et le crime. La cinquième est la violence de l’Etat. La sixième est le mystère de la mégapolitique. La septième, ce sont les formes multiples de résistance que déploie l’humanité contre le néolibéralisme.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 1

CONCENTRATION DE LA RICHESSE
ET RÉPARTITION DE LA PAUVRETÉ

 


La figure 1 se construit en dessinant un signe monétaire.

Dans l’histoire de l’humanité, divers modèles se sont disputé pour proposer l’absurde comme marque de l’ordre mondial. Le néolibéralisme occupera une place privilégiée lors de la remise des médailles. Sa conception du « partage » de la richesse est doublement absurde : accumulation des richesses pour quelques-uns, et de besoins pour des millions d’autres. L’injustice et l’inégalité sont les signes distinctifs du monde actuel. La Terre compte 5 milliards d’êtres humains : 500 millions vivent confortablement, 4,5 milliards souffrent de pauvreté. Les riches compensent leur minorité numérique grâce à leurs milliards de dollars. A elle seule, la fortune des 358 personnes les plus riches du monde, milliardaires en dollars, est supérieure au revenu annuel de la moitié des habitants les plus pauvres de la planète, soit environ 2,6 milliards de personnes.

Le progrès des grandes entreprises transnationales ne suppose pas l’avancée des nations développées. Au contraire, plus ces géants s’enrichissent, et plus s’aggrave la pauvreté dans les pays dits riches. L’écart entre riches et pauvres est énorme ; loin de s’atténuer, les inégalités sociales se creusent.

Ce signe monétaire que vous avez dessiné représente le symbole du pouvoir économique mondial. Maintenant, donnez-lui la couleur vert dollar. Négligez l’odeur nauséabonde ; cet arôme de fumier, de fange et de sang est d’origine.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 2

GLOBALISATION
DE L’EXPLOITATION

 


La figure 2 se construit en dessinant un triangle

L’un des mensonges néolibéraux consiste à dire que la croissance économique des entreprises produit une meilleure répartition de la richesse et de l’emploi. C’est faux. De même que l’accroissement du pouvoir d’un roi n’a pas pour effet un accroissement du pouvoir de ses sujets (c’est plutôt le contraire), l’absolutisme du capital financier n’améliore pas la répartition des richesses et ne crée pas de travail.

Pauvreté, chômage et précarité sont ses conséquences structurelles.

Dans les années 1960 et 1970, le nombre de pauvres (définis par la Banque mondiale comme disposant de moins de 1 dollar par jour) s’élevait à quelque 200 millions. Au début des années 1990, leur nombre était de 2 milliards.

Davantage d’êtres humains pauvres et appauvris. Moins de personnes riches et enrichies, telles sont les leçons de la pièce 1 du puzzle. Pour obtenir ce résultat absurde, le système capitaliste mondial « modernise » la production, la circulation et la consommation de marchandises. La nouvelle révolution technologique (l’informatique) et la nouvelle révolution politique (les mégapoles émergentes sur les ruines de l’Etat-nation) produisent une nouvelle « révolution » sociale, en fait une réorganisation des forces sociales, principalement de la force du travail.

La population économiquement active (PEA) mondiale est passée de 1,38 milliard en 1960 à 2,37 milliards en 1990. Davantage d’êtres humains capables de travailler, mais le nouvel ordre mondial les circonscrit dans des espaces précis et en réaménage les fonctions (ou les non-fonctions, comme dans le cas des chômeurs et des précaires). La population mondiale employée par activité (PMEA) s’est modifiée radicalement au cours des vingt dernières années. Le secteur agricole et la pêche sont tombés de 22 % en 1970 à 12 % en 1990, le manufacturier de 25 % à 22 %, mais le tertiaire (commerce, transports, banque et services) est passé de 42 % à 56 %. Dans les pays en voie de développement, le tertiaire a crû de 40 % en 1970 à 57 % en 1990, l’agriculture et la pêche chutant de 30 % à 15 % (2).

De plus en plus de travailleurs sont orientés vers des activités de haute productivité. Le système agit ainsi comme une sorte de mégapatron pour lequel le marché planétaire ne serait qu’une entreprise unique, gérée de manière « moderne ». Mais la « modernité » néolibérale semble plus proche de la bestiale naissance du capitalisme que de la « rationalité » utopique. Car la production capitaliste continue de faire appel au travail des enfants. Sur 1,15 milliard d’enfants dans le monde, au moins 100 millions vivent dans la rue et 200 millions travaillent — ils seront, d’après les prévisions, 400 millions en l’an 2000. Rien qu’en Asie, on en compterait 146 millions dans les manufactures. Et, dans le Nord aussi, des centaines de milliers d’enfants travaillent pour compléter le revenu familial ou pour survivre. On emploie également beaucoup d’enfants dans les industries du plaisir : selon les Nations unies, chaque année, un million d’enfants sont jetés dans le commerce sexuel.

Le chômage et la précarité de millions de travailleurs dans le monde, voilà une réalité qui ne semble pas à la veille de disparaître. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le chômage est passé de 3,8 % en 1966 à 6,3 % en 1990 ; en Europe, il est passé de 2,2 % à 6,4 %. Le marché mondialisé détruit les petites et moyennes entreprises. Avec la disparition de marchés locaux et régionaux, celles-ci, privées de protection, ne peuvent supporter la concurrence des géants transnationaux. Des millions de travailleurs se retrouvent ainsi au chômage. Absurdité néolibérale : loin de créer des emplois, la croissance de la production en détruit — l’ONU parle de « croissance sans emploi ».

Mais le cauchemar ne s’arrête pas là. Les travailleurs doivent accepter des conditions précaires. Une plus grande instabilité, des journées de travail plus longues et des salaires plus bas. Telles sont les conséquences de la mondialisation et de l’explosion du secteur des services.

Tout cela produit un excédent spécifique : des êtres humains en trop, inutiles au nouvel ordre mondial parce qu’ils ne produisent plus, ne consomment plus et n’empruntent plus aux banques. Bref, ils sont jetables. Chaque jour, les marchés financiers imposent leurs lois aux Etats et aux groupes d’Etats. Ils redistribuent les habitants. Et, à la fin, ils constatent qu’il y a encore des gens en trop.

Voilà donc une figure qui ressemble à un triangle, la représentation de la pyramide de l’exploitation mondiale.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 3

MIGRATION,
LE CAUCHEMAR ERRANT

 


La figure 3 se construit en dessinant un cercle.

Nous avons déjà parlé de l’existence, à la fin de la troisième guerre mondiale, de nouveaux territoires (les anciens pays socialistes) à conquérir, et d’autres à reconquérir. D’où la triple stratégie des marchés : les « guerres régionales » et les « conflits internes » prolifèrent ; le capital poursuit un objectif d’accumulation atypique ; et de grandes masses de travailleurs sont mobilisées. Résultat : une grande roue de millions de migrants à travers la planète. « Etrangers » dans un monde « sans frontières », selon la promesse des vainqueurs de la guerre froide, ils souffrent de persécutions xénophobes, de la précarité de l’emploi, de la perte de leur identité culturelle, de la répression policière et de la faim, quand on ne les jette pas en prison ou qu’on ne les assassine. Le cauchemar de l’émigration, quelle qu’en soit la cause, continue de croître. Le nombre de ceux qui relèvent du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a littéralement explosé, passant de 2 millions en 1975 à plus de 27 millions en 1995.

La politique migratoire du néolibéralisme a davantage pour but de déstabiliser le marché mondial du travail que de freiner l’immigration. La quatrième guerre mondiale — avec ses mécanismes de destruction-dépeuplement, reconstruction-réorganisation — entraîne le déplacement de millions de personnes. Leur destinée est d’errer, leur cauchemar sur le dos, afin de constituer une menace pour les travailleurs disposant d’un emploi, un épouvantail de nature à faire oublier le patron et un prétexte pour le racisme.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 4

MONDIALISATION FINANCIÈRE
ET GÉNÉRALISATION DU CRIME

 


La figure 4 se construit en dessinant un rectangle.

Si vous pensez que le monde de la délinquance est synonyme d’outre-tombe et d’obscurité, vous vous trompez. Durant la période dite de guerre froide, le crime organisé a acquis une image plus respectable. Non seulement il a commencé à fonctionner comme une entreprise moderne, mais il a aussi pénétré profondément les systèmes politiques et économiques des Etats-nations.

Avec le début de la quatrième guerre mondiale, le crime organisé a globalisé ses propres activités. Les organisations criminelles des cinq continents se sont approprié l’« esprit de coopération mondial » et, associées, participent à la conquête des nouveaux marchés. Elles investissent dans des affaires légales, non seulement pour blanchir l’argent sale, mais pour acquérir du capital destiné à leurs affaires illégales. Activités préférées : l’immobilier de luxe, les loisirs, les médias, et... la banque.

Ali Baba et les 40 banquiers ? Pis. Les banques commerciales utilisent l’argent sale pour leurs activités légales. Selon un rapport des Nations unies, « le développement des syndicats du crime a été facilité par les programmes d’ajustement structurel que les pays endettés ont été contraints d’accepter pour avoir accès aux prêts du Fonds monétaire international  (3) ».

Le crime organisé compte aussi sur les paradis fiscaux. Il y en a quelque 55 — l’un d’eux, les îles Caïman, occupe la cinquième place comme centre bancaire et possède plus de banques et de sociétés enregistrées que d’habitants. Outre le blanchiment de l’argent sale, les paradis fiscaux servent à échapper aux impôts. Ce sont des lieux de contact entre gouvernants, hommes d’affaires et chefs mafieux.

Voici donc le miroir rectangulaire dans lequel légalité et illégalité échangent leurs reflets. De quel côté du miroir se trouve le criminel ? De quel côté celui qui le poursuit ?

 

 


PIÈCE NUMÉRO 5

LÉGITIME VIOLENCE
D’UN POUVOIR ILLÉGITIME ?

 


La figure 5 se construit en dessinant un pentagone.

Dans le cabaret de la globalisation, l’Etat se livre à un strip-tease au terme duquel il ne conserve que le minimum indispensable : sa force de répression. Sa base matérielle détruite, sa souveraineté et son indépendance annulées, sa classe politique effacée, l’Etat-nation devient un simple appareil de sécurité au service des méga-entreprises. Au lieu d’orienter l’investissement public vers la dépense sociale, il préfère améliorer les équipements qui lui permettent de contrôler plus efficacement la société.

Que faire quand la violence découle des lois du marché ? Où est la violence légitime ? Où l’illégitime ? Quel monopole de la violence peuvent revendiquer les malheureux Etats-nations quand le libre jeu de l’offre et la demande défie un tel monopole ? N’avons-nous pas montré, dans la pièce no 4, que le crime organisé, le gouvernement et les centres financiers sont tous intimement liés ? N’est-il pas évident que le crime organisé compte de véritables armées ? Le monopole de la violence n’appartient plus aux Etats-nations : le marché l’a mis à l’encan... Si la contestation du monopole de la violence invoque, non les lois du marché, mais les intérêts de « ceux d’en bas », alors le pouvoir mondial y verra une agression. C’est l’un des aspects les moins étudiés (et les plus condamnés) du défi lancé par les indigènes en armes et en rébellion de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) contre le néolibéralisme et pour l’humanité.

Le symbole du pouvoir militaire américain est le Pentagone. La nouvelle police mondiale veut que les armées et les polices nationales soient un simple corps de sécurité garantissant l’ordre et le progrès dans les mégapoles néolibérales.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 6

LA MÉGAPOLITIQUE
ET LES NAINS

 


La figure 6 se construit en faisant un gribouillage.

Nous avons dit que les Etats-nations sont attaqués par les marchés financiers et contraints de se dissoudre au sein de mégapoles. Mais le néolibéralisme ne mène pas seulement sa guerre en « unissant » des nations et des régions. Sa stratégie de destruction-dépeuplement et de reconstruction-réorganisation produit, de surcroît, des fractures dans les Etats-nations. C’est l’un des paradoxes de cette quatrième guerre : destinée à éliminer les frontières et à unir des nations, elle provoque une multiplication des frontières et une pulvérisation des nations.

Si quelqu’un doute encore que cette globalisation soit une guerre mondiale, qu’il prenne en compte les conflits qui ont provoqué l’éclatement de l’URSS, de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie, victimes de ces crises qui brisent les fondements économiques des Etats-nations et leur cohésion.

La construction des mégapoles et la fragmentation des Etats sont une conséquence de la destruction des Etats-nations. S’agit-il d’événements séparés ? Sont-ce des symptômes d’une mégacrise à venir ? Des faits isolés ? La suppression des frontières commerciales, l’explosion des télécommunications, les autoroutes de l’information, la puissance des marchés financiers, les accords internationaux de libre-échange, tout cela contribue à détruire les Etats-nations. Paradoxalement, la mondialisation produit un monde fragmenté, fait de compartiments étanches à peine reliés par des passerelles économiques. Un monde de miroirs brisés qui reflètent l’inutile unité mondiale du puzzle néolibéral.

Mais le néolibéralisme ne fragmente pas seulement le monde qu’il voudrait unifier, il produit également le centre politico-économique qui dirige cette guerre. Il est urgent de parler de la mégapolitique. La mégapolitique englobe les politiques nationales et les relie à un centre qui a des intérêts mondiaux, avec, pour logique, celle du marché. C’est au nom de celle-ci que sont décidés les guerres, les crédits, l’achat et la vente de marchandises, les reconnaissances diplomatiques, les blocus commerciaux, les soutiens politiques, les lois sur les immigrés, les ruptures internationales, les investissements. Bref, la survie de nations entières.

Les marchés financiers n’ont que faire de la couleur politique des dirigeants des pays : ce qui compte, à leurs yeux, c’est le respect du programme économique. Les critères financiers s’imposent à tous. Les maîtres du monde peuvent tolérer l’existence d’un gouvernement de gauche, à condition que celui-ci n’adopte aucune mesure pouvant nuire aux intérêts des marchés. Ils n’accepteront jamais une politique de rupture avec le modèle dominant.

Aux yeux de la mégapolitique, les politiques nationales sont conduites par des nains qui doivent se plier aux diktats du géant financier. Il en sera toujours ainsi... jusqu’à ce que les nains se révoltent.

Voici donc la figure qui représente la mégapolitique. Impossible de lui trouver la moindre rationalité.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 7

LES POCHES
DE RÉSISTANCE

 


La figure 7 se construit en dessinant une poche.

« Pour commencer, je te prie de ne point confondre la Résistance avec l’opposition politique. L’opposition ne s’oppose pas au pouvoir, et sa forme la plus aboutie est celle d’un parti d’opposition ; tandis que la Résistance, par définition, ne peut être un parti : elle n’est pas faite pour gouverner, mais... pour résister. » (Tomás Segovia, Alegatorio, Mexico, 1996.)

L’apparente infaillibilité de la mondialisation se heurte à l’obstinée désobéissance de la réalité. Tandis que le néolibéralisme poursuit sa guerre, des groupes de protestataires, des noyaux de rebelles se forment à travers la planète. L’empire des financiers aux poches pleines affronte la rébellion des poches de résistance. Oui, des poches. De toutes tailles, de différentes couleurs, de formes variées. Leur seul point commun : une volonté de résistance au « nouvel ordre mondial » et au crime contre l’humanité que représente cette quatrième guerre.

Le néolibéralisme tente de soumettre des millions d’êtres, et veut se défaire de tous ceux qui seraient « de trop ». Mais ces « jetables » se révoltent. Femmes, enfants, vieillards, jeunes, indigènes, écologistes, homosexuels, lesbiennes, séropositifs, travailleurs, et tous ceux qui dérangent l’ordre nouveau, qui s’organisent et qui luttent. Les exclus de la « modernité » tissent les résistances.

Au Mexique, par exemple, au nom du Programme de développement intégral de l’isthme des Tehuantepec, les autorités voudraient construire une grande zone industrielle. Cette zone comprendra des « usines-tournevis », une raffinerie pour traiter le tiers du brut mexicain et pour élaborer des produits de la pétrochimie. Des voies de transit interocéaniques seront construites : des routes, un canal et une ligne ferroviaire transisthmique. Deux millions de paysans deviendraient ouvriers de ces usines. De même, dans le sud-est du Mexique, dans la forêt Lacandone, on met sur pied un Programme de développement régional durable, avec l’objectif de mettre à la disposition du capital des terres indigènes riches en dignité et en histoire, mais aussi en pétrole et en uranium.

Ces projets aboutiraient à fragmenter le Mexique, en séparant le Sud-Est du reste du pays. Ils s’inscrivent, en fait, dans une stratégie de contre-insurrection, telle une tenaille cherchant à envelopper la rébellion anti-néolibérale née en 1994 : au centre, se trouvent les indigènes rebelles de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Sur la question des indigènes rebelles, une parenthèse s’impose : les zapatistes estiment que, au Mexique, la reconquête et la défense de la souveraineté nationale font partie de la révolution antilibérale. Paradoxalement, on accuse l’EZLN de vouloir la fragmentation du pays. La réalité, c’est que les seuls à évoquer le séparatisme sont les entrepreneurs de l’Etat de Tabasco, riche en pétrole, et les députés fédéraux originaires du Chiapas et membres du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Les zapatistes, eux, pensent que la défense de l’Etat national est nécessaire face à la mondialisation, et que les tentatives pour briser le Mexique en morceaux viennent du groupe qui gouverne et non des justes demandes d’autonomie des peuples indiens.

L’EZLN et l’ensemble du mouvement indigène national ne veulent pas que les peuples indiens se séparent du Mexique : ils entendent être reconnus comme partie intégrante du pays, mais avec leurs spécificités. Ils aspirent à un Mexique rimant avec démocratie, liberté et justice. Si l’EZLN défend la souveraineté nationale, l’armée fédérale mexicaine, elle, protège un gouvernement qui en a détruit les bases matérielles et qui a offert le pays au grand capital étranger comme aux narcotrafiquants.

Il n’y a pas que dans les montagnes du Sud-Est mexicain que l’on résiste au néolibéralisme. Dans d’autres régions du Mexique, en Amérique latine, aux Etats-Unis et au Canada, dans l’Europe du traité de Maastricht, en Afrique, en Asie et en Océanie, les poches de résistance se multiplient. Chacune a sa propre histoire, ses spécificités, ses similitudes, ses revendications, ses luttes, ses succès. Si l’humanité veut survivre et s’améliorer, son seul espoir réside dans ces poches que forment les exclus, les laissés-pour-compte, les « jetables ».

Cela est un exemple de poche de résistance, mais je n’y attache pas beaucoup d’importance. Les exemples sont aussi nombreux que les résistances et aussi divers que les mondes de ce monde. Dessinez donc l’exemple qui vous plaira. Dans cette affaire des poches, comme dans celle des résistances, la diversité est une richesse.

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Après avoir dessiné, colorié et découpé ces sept pièces, vous vous apercevrez qu’il est impossible de les assembler. Tel est le problème : la mondialisation a voulu assembler des pièces qui ne s’emboîtent pas. Pour cette raison, et pour d’autres que je ne peux développer dans ce texte, il est nécessaire de bâtir un monde nouveau. Un monde pouvant contenir beaucoup de mondes, pouvant contenir tous les mondes.

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Post-scriptum qui raconte des rêves nichés dans l’amour. La mer repose à mes côtés. Elle partage depuis longtemps des angoisses, incertitudes, et de nombreux rêves, mais maintenant, elle dort avec moi dans la nuit chaude de la forêt. Je la regarde onduler comme les blés dans mes rêves et m’émerveille à nouveau de la retrouver inchangée : tiède, fraîche, à mes côtés. L’étouffement me tire du lit et prend ma main et ma plume pour ramener le vieil Antoine, aujourd’hui comme il y a des années... J’ai demandé au vieil Antoine de m’accompagner dans une exploration en aval du fleuve. Nous n’emportons qu’un peu de nourriture. Durant des heures, nous poursuivons le cours capricieux, et la faim et la chaleur nous saisissent. Nous passons l’après-midi à poursuivre une harde de sangliers. Il fait presque nuit lorsque nous les rejoignons, mais un énorme porc sauvage se détache du groupe et nous attaque. Je fais appel à tout mon savoir militaire : je jette mon arme, et je grimpe à l’arbre le plus proche. Le vieil Antoine reste impassible devant l’attaque et, au lieu de courir, il se place derrière un taillis. Le gigantesque sanglier, de toutes ses forces, fonce droit sur lui, et s’encastre dans les branchages et les épines. Avant qu’il ne parvienne à se libérer, le vieil Antoine lève sa vieille carabine, et, d’un coup, fournit le repas du soir. A l’aube, lorsque j’ai fini de nettoyer mon moderne fusil automatique (M-16, calibre 5,56 mm avec sélecteur de cadence et une portée réelle de 460 mètres, une mire télescopique, et un chargeur de 90 balles), je rédige mon Journal de campagne. Omettant ce qui est arrivé, je note seulement : « Avons rencontré sanglier et A. a tué une pièce. Hauteur 350 mètres. Il n’a pas plu. »

Pendant que nous attendons que la viande grille, je raconte au vieil Antoine que ma part servira pour les fêtes qu’on prépare au campement. « Des fêtes ? », me demande-t-il, pendant qu’il attise le feu. « Oui, lui dis-je. Quel que soit le mois, il y a toujours quelque chose à fêter. » Et je poursuis par une brillante dissertation sur le calendrier historique et les célébrations zapatistes. Le vieil Antoine m’écoute en silence ; imaginant que cela ne l’intéresse pas, je m’installe pour dormir. Plongé dans mes rêves, je vois le vieil Antoine saisir mon cahier et y écrire quelque chose. Le lendemain, après le petit déjeuner, nous partageons la viande, et chacun s’en va de son côté. Une fois au campement, je fais mon rapport et je montre le cahier pour qu’on sache ce qui s’est passé. « Ce n’est pas ton écriture », me dit-on en me montrant la feuille du cahier. Là, après ce que j’avais noté moi-même, le vieil Antoine a écrit en grosses lettres : « Si tu ne peux pas avoir, et la raison, et la force, choisis toujours la raison et abandonne à l’ennemi la force. Dans de nombreuses batailles, la force permet d’obtenir la victoire, mais une guerre ne se gagne que grâce à la raison. Le puissant ne pourra jamais tirer de la raison de sa force, tandis que nous pourrons toujours tirer force de notre raison. »

Et plus bas, en petits caractères : « Joyeuses fêtes. »

Évidemment, je n’avais plus faim. Les fêtes zapatistes, comme d’habitude, furent effectivement joyeuses.

le sous-commandant Marcos

Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), Chiapas, Mexique.
 
 

(1Entretien avec Martha Garcia, La Jornada, 28 mai 1997.

(2Ochoa Chi et Juanita del Pilar, Mercado mundial de fuerza de trabajo en el capitalismo contemporaneo, UNAM, Economia, Mexico, 1997.

(3La globalisation du crime, Nations unies, New York, 1995.

 

Lire aussi l'abécédaire du sous-commandant Marcos : 

https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/020517/l-abec...

 

 

 

 

12/01/2019

Entretien avec Juan Branco, avocat, auteur de Crépuscule (2018)

Léché, lâché, lynché. La règle des trois « L » est bien connue parmi ceux qui connaissent gloire et beauté. C’est ce qui arrive à Emmanuel Macron. Hier, le beau monde des médias le léchait avec ravissement, et voilà qu’aujourd’hui le peuple demande sa tête au bout d’une pique. Le petit prodige est devenu le grand exécré.

 

Rien d’étonnant, les riches l’ont embauché pour ça, il est leur fondé de pouvoir, il est là pour capter toute l’attention et toutes les colères, il est leur paratonnerre, il est leur leurre, en somme. Tandis que la foule hurle « Macron, démission », ceux du CAC 40 sont à la plage. Un excellent placement, ce Macron. De la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune à la « flat tax » sur les revenus des capitaux, de la baisse de l’impôt sur les sociétés à la loi Travail qui facilite les licenciements, il n’a pas volé son titre de président des riches.

Mais pourquoi lui ? Comment est-il arrivé là ? À quoi ressemblent les crabes du panier néolibéral d’où est sorti ce premier de la classe ? Une caste, un clan, un gang ? Le cercle du pouvoir, opaque par nature, suscite toujours fantasmes et complotisme aigu. Il est très rare qu’une personne du sérail brise l’omerta.

Voir et écouter l'interview par Daniel Mermet ici : 

https://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/Juan-Branco...

 

Juan Branco vient de ce monde-là. Avocat, philosophe, chercheur, diplômé des hautes écoles qui fabriquent les élites de la haute fonction publique, à 30 ans il connaît ce monde de l’intérieur. Sur son blog, il publie « CRÉPUSCULE », une enquête sur les ressorts intimes du pouvoir macroniste et ses liens de corruption, de népotisme et d’endogamie, « un scandale démocratique majeur : la captation du pouvoir par une petite minorité, qui s’est ensuite assurée d’en redistribuer l’usufruit auprès des siens, en un détournement qui explique l’explosion de violence à laquelle nous avons assisté. [1] »

Un entretien de Daniel Mermet avec Juan Branco, avocat, auteur de Crépuscule (2018).

Juan Branco, Crépuscule, 2018

Cliquez ici pour télécharger Crépuscule, de Juan Branco :

journaliste : Daniel Mermet
réalisation : Jonathan Duong
image : Cécile Frey
montage : Kévin Accart
son : Sylvain Richard

 

 

 

09/01/2019

Le réseau des centres de savoirs amazoniens et des cultures ancestrales en Guyane

 

La Guyane française est un département d’outre-mer en Amérique du Sud peu connu et peu valorisé, pourtant très riche culturellement et naturellement. Ses peuples autochtones font face à une véritable crise de sens, déchirés entre leurs traditions ancestrales et l’évolution d’une société qui tente de les assimiler malgré leurs différences et réticences. Leur culture, leurs structures traditionnelles, leurs liens à la terre sont extrêmement menacés. Dans ce contexte, la Jeunesse Autochtone de Guyane cherche à reconstruire et affirmer son identité culturelle, à travers la ré-appropriation des savoirs de leurs ancêtres.

En partenariat avec les peuples guyanais, et avec la JAG, Nature Rights initie la création d’un réseau de centres de savoirs ancestraux amazoniens en s’appuyant sur les initiatives et projets autochtones réparties sur l’ensemble du territoire guyanais. L’objectif est de soutenir et accompagner des projets en herbe ayant pour objet « d’assurer la reconstitution, l’accessibilité et la transmission des savoirs et savoir-faire des Peuples Autochtone de Guyane, d’Amazonie et du monde ».

En Guyane française existent de nombreuses initiatives visant à promouvoir la biodiversité et les savoirs traditionnels guyanais, mais elles ne reçoivent que peu d’aide financière ou d’accompagnement dans la gestion. De ce fait, l’ESF entend co-construire avec les porteurs de projet une stratégie globale d’accompagnement et de mise en réseau des dynamiques locales afin partager des outils, des méthodes et des contenus. L’objectif est de soutenir des initiatives participant à la reconstitution du patrimoine culturel Amérindien d’une part, et d’autre part au renforcement de la capacité de résilience des communautés par les échanges culturels et l’ouverture sur le monde.

De nombreux projets sont actuellement en cours d’étude : à Trois Sauts, à Awala Yalimapo, en terre Wayana et à Saint-Laurent du Maroni. L’objectif est d’essaimer le concept sur tout le territoire guyanais en soutenant les communautés dans le développement de petits centres dans les villages.

Le modèle comporte un volet physique et un volet numérique. Il s’appuie d’une part sur des initiatives physiques locales afin de soutenir la transmission des savoirs, savoirs-faires traditionnels et l’entreprenariat local qui valorise les ressources culturelles ainsi que la biodiversité guyanaise. D’autre part, l’initiative s’appuie sur une interface qui va permettre la collecte et le partage d’informations concernant les de ressources relatives aux peuples autochtones. Le réseau sera aussi utilisé pour valoriser et diffuser les expériences locales et les savoirs-faires traditionnels.

Cette initiative est inspirée de Yorenka Atame, l’école des savoirs de la forêt développé par la communauté Ashaninka au Brésil. Ce centre recense, produit et diffuse des pratiques durables de gestion des ressources naturelles, fondées sur les savoirs traditionnels autochtones. Une visite des porteurs de projets autochtones guyanais à Yorenka Atame est en cours d’organisation en juillet 2018, pour leur permettre de mieux s’approprier le projet et de l’adapter aux circonstances locales. Voir Bio Benki Piyako Voir Rencontre Benki / JAG

A terme, le projet vise à valoriser l’identité et les savoirs autochtone en dehors du territoire guyanais afin d’ouvrer en faveur de leur reconnaissance par l’Etat français et participer à la souveraineté sur leur territoire et sur leurs modes de vies. Il s’agira par ailleurs de promouvoir des alternatives de développement valorisant les ressources culturelles et naturelles de la région, tel que le soutien aux productions locales artisanales, afin de participer à l’autonomie  des communautés et ainsi promouvoir un développement respectueux de la nature et de l’homme en Guyane.

 

Source : http://www.naturerights.com/blog/?p=1897

 

 

 

L'ALLEMAGNE ROUVRE SES PETITES LIGNES DE TRAIN. RÉSULTAT : MOINS DE VOITURES

 

Grâce à ces trains qui passent partout, sont nombreux et ne coûtent pas chers, les habitants des villages renoncent de plus en plus à leur voiture !

Alors que la SNCF n’en finit plus de réduire la circulation de ses trains sur les petites lignes ferroviaires (ici par exemple), en Allemagne, on est en train de faire exactement le contraire. Les autorités misent tout sur le train dans les campagnes. Pourquoi et avec quels résultats ? Réponses dans ce reportage de France 2 qui laisse rêveur.

Source : Shutterstock

Cette politique de retour massif du train en milieu rural poursuit trois objectifs clairs et ambitieux : désenclaver les villages, développer l’activité économique des campagnes et réduire les émissions de CO2 provoquées par la voiture. Est-ce que ça marche ? Eh bien il semblerait que oui ! La fréquentation de ces trains explose et les entreprises font leur grand retour.

Regardez :

 

Des trains pas chers, nombreux et qui passent partout. Voilà comment on dissuade les habitants des campagnes de prendre leur voiture. Encore faut-il que cette ambition soit portée par une volonté politique sans faille et des moyens financiers à hauteur de l’enjeu.

Là bas, dans les campagnes concernées, les taxes sur le carburant peuvent bien augmenter, ça ne sera pas un drame puisque les habitants ne dépendent pus exclusivement de leur voiture. En matière de transition écologique, voici un exemple très inspirant.

 

Source / https://positivr.fr/

 

 

 

La région de Sikkim en Inde achève sa conversion au tout biologique

La région de Sikkim achève sa conversion au tout biologique

Face à la baisse des réserves d’eau, à la pollution et à l’endettement des agriculteurs, l’Inde tente de se sortir de la crise agraire.

À partir de 2003, le gouvernement du Sikkim a lancé un vaste plan de transition bio dans cette région du nord-est de l’Inde.

À partir de 2003, le gouvernement du Sikkim a lancé un vaste plan de transition bio dans cette région du nord-est de l’Inde.Image: Getty Images

 

En 2003, lorsque le gouvernement du Sikkim décrète que l’agriculture devra se convertir au bio, Karma Dichen y voit une annonce sans lendemain. Ce paysan qui cultive un hectare est d’autant plus étonné que cette réforme tranche avec les politiques en place: «Avant 2003, les autorités nous encourageaient à utiliser les engrais et les pesticides chimiques.» En forçant les agriculteurs à passer au bio, le Sikkim rompt avec la «révolution verte» bien ancrée en Inde depuis les années 60. À cette époque, le gouvernement commence à importer des semences de blé et de riz dites à haut rendement. Le Pendjab, l’Haryana et l’Uttar Pradesh sont choisis comme laboratoires de ces nouvelles techniques.

Épuisement des nappes

 
 

Mais la culture exclusive des deux céréales, alliée aux nouvelles semences, exige beaucoup d’eau, d’engrais et de pesticides. La fertilité des sols et le niveau des nappes phréatiques s’épuisent. L’achat d’intrants chimiques précipite les agriculteurs dans l’endettement.

Du coup, lorsque le gouvernement du Sikkim lance la transition bio en 2003, la réforme est jugée inévitable. «C’est le seul moyen de sauver notre mère la Terre», martèle Khorlo Bhutia, le directeur du département de l’horticulture. Et puis la conversion semble facile. «En 2003, la consommation d’engrais chimique au Sikkim s’élevait à un dixième de la moyenne nationale», raconte le docteur Anbalagan, directeur exécutif de la mission organique du Sikkim.

En 2015, le Sikkim franchit une étape supplémentaire en interdisant les engrais et les pesticides chimiques. Et de 2003 à 2017, il dépense un milliard de roupies (10 à 13 millions de francs) pour certifier 76 100 hectares de terres.

Interdiction du non bio

Les premières années donnent raison aux sceptiques. «Ma production a baissé pendant trois ans et le gouvernement a dû couvrir nos pertes en instaurant des prix garantis», raconte Karma Dichen. Les consommateurs boudent les fruits et légumes bios, trop chers. Alors en avril dernier, les autorités interdisent la vente d’une douzaine de denrées non-bio. Pour éviter la pénurie, seuls les aliments qui ne sont pas ou peu cultivés sur place sont importés: céréales, légumes secs, pommes de terre, oignons, mangues, piments…

Aujourd’hui, le Sikkim ne peut pas compter sur sa seule production agricole pour nourrir ses 620 000 habitants, auxquels s’ajoutent 1,4 million de touristes venus en 2017. Montagneuse, minuscule, la région manque de terres. Mais la conversion semble faire effet. À Gangtok, la capitale, les étals des épiceries sont abondamment pourvus en légumes et fruits bios, signe que la production locale satisfait la demande. Après trois années difficiles, Karma Dichen a réussi la conversion: «Ma production de riz dépasse de 5% le niveau antérieur. Les légumes sont plus gros. Avant, les choux que je récoltais pesaient entre 500 et 700 grammes. Aujourd’hui, ils font un kilo. Je n’utilise que des engrais organiques. Le gouvernement a organisé des formations pour apprendre aux agriculteurs à fabriquer du compost ainsi que des pesticides à base d’urine de vache et de riz fermenté.»

L’agriculture du Sikkim reste confrontée à plusieurs problèmes. «Beaucoup de cultivateurs ne savent pas fabriquer les pesticides bios et ils ont du mal à lutter contre les parasites. La plupart exercent un second métier, très peu sont agriculteurs à plein temps. C’est une profession qui traîne une image de pauvreté et que le corps social méprise», constatent Abhinandan et Abhimanyu Dhakal, deux entrepreneurs qui travaillent avec 600 agriculteurs locaux pour cultiver des poires de terre biologiques. Ils sont néanmoins optimistes: «Notre production à l’hectare a retrouvé son niveau d’avant la réforme et nous avons posé les bases d’un modèle économique très rentable. Nous n’avons plus besoin d’acheter des engrais et des pesticides chimiques, ce qui réduit les coûts. Les terres sont plus fertiles.»

D’autres États s’y mettent

Le modèle du Sikkim fait des émules. L’Arunachal Pradesh et d’autres États du Nord-Est sont en train de convertir leur agriculture au bio. L’an dernier, le gouvernement du Sikkim a formé une co-entreprise avec le fabriquant d’engrais chimique Iffco pour produire des semences, des engrais et des pesticides bios.

Mais en finir avec l’agriculture conventionnelle en Inde sera long. «Au Pendjab, il est impossible de cultiver sans engrais ni pesticides chimiques. Passer à l’agriculture biologique leur prendra au moins trois ans, le temps que les sols se régénèrent», prévient Khorlo Bhutia.

Le pouvoir central débourse 10 à 11 milliards de francs de subventions pour les engrais chaque année, des fonds qui pourraient contribuer au financement d’une telle transition. Mais le gouvernement fédéral hésite. Pour le docteur Anbalangan, il faut compter avec les industriels: «Des entreprises du secteur chimique font du lobbying dans la presse pour empêcher le bio de faire tache d’huile.»

Source / 24 heures

 

 

 

08/01/2019

Connaissez-vous Cargill ?

 

Cette multinationale ignoble (et elle a trois ou quatre collègues de la même branche du même acabit) mériterait un documentaire bien plus approfondi, mais cela donne déjà une idée, sachant que tout cela n'a fait qu'empirer depuis et que l'impact est mondial.

à lire : http://www.buchetchastel.fr/la-faim-martin-caparros-97822...