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21/01/2018

L'eugénisme hante encore les États-Unis. Plus de 60 000 stérilisations furent pratiquées de force de 1907 à 1960.

 

Un article qui a vingt ans...............
 
Par Patrick SABATIER

Washington de notre correspondant

«Il vaut mieux pour tout le monde qu'au lieu d'avoir à exécuter un jour des criminels enfantés par des dégénérés, ou de les voir mourir de faim en raison de leur débilité, la société empêche de procréer ceux qui sont manifestement incapables d'y fonctionner"» Par ce jugement de 1927, la Cour suprême des Etats-Unis avait rejeté la plainte déposée au nom de Carrie Buck, une «pauvre Blanche», adolescente de 18 ans, contre la direction de l'asile de Virginie où elle avait été placée et stérilisée de force après avoir été jugée (à tort) «débile». Le mouvement eugéniste était alors à son apogée, et les Etats-Unis, bien avant l'Allemagne nazie, en étaient le centre.

«Indésirables». Selon le docteur Philip Reilly, auteur d'une Histoire de la stérilisation involontaire aux Etats-Unis publiée par l'université John Hopkins de Baltimore, plus de 60 000 stérilisations ont été ordonnées par la justice et pratiquées dans les hôpitaux publics américains entre 1907 et 1960, dans le cadre d'une politique d'élimination des «indésirables» (handicapés mentaux, alcooliques, criminels violents, mais aussi délinquants sexuels, «dégénérés» ou tout simplement membres de groupes ethniques perçus comme une menace pour la suprématie de la race blanche). De 1907 à 1932, trente-deux Etats américains ont promulgué des lois autorisant la stérilisation forcée. Ce n'est que depuis 1973 que le département de la Santé a interdit cette pratique.

Noirs et pauvres. Cette année-là (1973), un couple de Montgomery (Alabama), M. et Mme Reif, avait porté plainte. Leurs deux filles, Minnie Lee, 14 ans et Mary Alice, 12 ans, avaient été stérilisées sans leur consentement par l'hôpital. Leur fille aînée, Katie, 17 ans, n'avait échappé à l'opération qu'en prenant la fuite. Les Reif étaient Noirs et pauvres. Ils vivaient de l'aide publique. La publicité donnée à l'affaire par une organisation de défense des droits civiques, le Southern Poverty Law Center, entraîna un torrent d'autres révélations. A l'hôpital d'Aiken (Caroline du Sud), la moitié des accouchements pratiqués en 1972 sur des femmes vivant de l'aide publique avaient été suivis de leur stérilisation. Une commission sénatoriale d'enquête, présidée par Ted Kennedy, révéla que, dans la seule année 1972, 16 000 hommes et 8 000 femmes au moins avaient été stérilisés dans le cadre de programmes fédéraux. Les travaux de la commission amenèrent le département de la Santé à agir en septembre 1973. Mais, note le professeur Barry Mehler, qui enseigne l'histoire à Ferris State University (Michigan) et dirige l'Institute for the Study of Academic Racism, «aucun Etat, ni la nation dans son ensemble, n'a jamais reconnu qu'un crime horrible avait été commis contre ces gens. Aucune des victimes n'a jamais été indemnisée». Des propositions de lois ont même été faites ces dernières années dans divers Etats qui suggèrent de proposer aux criminels la stérilisation en échange de réductions de peine (Colorado), ou aux pauvres de s'y soumettre en échange d'aides financières (Dakota du Sud).

Biologiquement inférieur. Le professeur Mehler a attaqué de front une des principales organisations médicales américaines, l'American Psychological Association, qui devait décerner cette semaine à Chicago une des ses plus hautes récompenses au docteur Raymond Cattell, un psychologue très réputé. Le professeur Mehler a révélé que le docteur Cattell prône l'eugénisme comme «une alternative humaine à la sélection naturelle» dans le cadre d'une pseudo-religion (le beyondism) qui ne rejette pas toute référence à l'hitlérisme et dit vouloir oeuvrer à «l'élimination volontaire et consciente de ceux qui sont incapables d'une vie normale et heureuse». (La remise de la récompense a été gelée en raison de la polémique.) L'eugénisme, rappelle le Pr Mehler, a dominé la vie intellectuelle et scientifique américaine du début du siècle jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Il a eu des avocats aussi prestigieux que le président Teddy Roosevelt. Il a inspiré des lois de restriction de l'immigration (en 1924) qui visaient les races «biologiquement inférieures», tout comme les lois contre les mariages interraciaux, en vigueur jusqu'en 1967. La Société américaine d'eugénisme, fondée en 1921 (et devenue la Société d'étude de la biologie sociale), s'était donné pour programme la stérilisation de 10% de la population américaine dans le but d'éviter un «suicide de la race blanche», celle-ci étant, selon elle, menacée par une natalité en déclin, l'immigration et le fertilité des races dites de couleur.

«QI ethnique». «Les idées eugéniques n'ont jamais complètement disparu aux États-Unis», affirme le professeur Mehler. Il en voit la résurgence dans la polémique et le succès qui a entouré en 1995 la publication de l'ouvrage de Murray et Hernstein, The Bell Curve, qui prétend établir des bases génétiques pour les différences de quotient intellectuel entre les groupes ethniques. «De livre en livre, de proposition de loi en proposition de loi, nous sommes entrés dans une période où ces idées refont surface. Un jour ou l'autre, un État adoptera de nouveau une loi autorisant la stérilisation forcée"», prédit-il sombrement.

Patrick SABATIER
 
 
Et des livres (en anglais, pas de traduction française) :
 
 
51TmE+7Im1L._SX337_BO1,204,203,200_.jpgTHE SURGICAL SOLUTION: A HISTORY OF INVOLUNTARY STERILIZATION IN THE UNITED STATES. Creator. Reilly, Philip R. Bibliographic Citation. Baltimore: Johns Hopkins University Press, 1991. 190 p
 
 

 

41tNfrHJdPL._SX331_BO1,204,203,200_.jpgA Century of Eugenics in America From the Indiana Experiment to the Human Genome Era - Paul A. Lombardo - Indiana University Press - 2011

 

 

 

 
Les Archives vivantes sur l'eugénisme dans l'Ouest canadien, un projet des Alliances de recherche universités-communautés :

"En 1928, l'Alberta a adopté la Sexual Sterilization Act (loi sur la stérilisation), une loi encourageant la stérilisation chirurgicale des « déficients mentaux ». Cette politique est demeurée en vigueur en Alberta jusqu'en 1972 et en Colombie- Britannique jusqu'en 1973."   http://eugenicsarchive.ca/about/french

 

 

 

17/09/2017

Hallucinant .....Dans un livre de terminale, un problème de maths sur les migrants....

 

La maison d’édition Nathan a confirmé l’authenticité de l'énoncé. Elle s'est excusée dans la soirée de vendredi.

L'exercice de mathématiques dans l'ouvrage. Capture d'écran
L'exercice de mathématiques dans l'ouvrage. Capture d'écran

« Combien de migrants sont arrivés sur l’île au bout de huit semaines ? » : l’exercice de mathématiques d’un manuel de terminale des éditions Nathan suscite de vives réactions.

« Des migrants fuyant la guerre atteignent une île en Méditerranée. La première semaine, il en arrive 100. Puis chaque semaine, le nombre de nouveaux arrivants augmente de 10 %. Par combien est multipliée une quantité lorsqu’elle augmente de 10 % ? » : ainsi commence l’énoncé de l’exercice.

Arrondir « à l’unité ».

En conclusion, les lycéens sont invités à « déduire le nombre total de migrants qui seront arrivés dans cette île au bout de 8 semaines », en arrondissant « à l’unité ».

Paru dans un ouvrage de Terminale à destination des filières ES et L (édité en 2017), et illustré par une photo de migrants sur un bateau pneumatique, cet exercice a été posté vendredi sur Facebook et relayé sur les réseaux sociaux. Il a causé l'émoi.

Les éditions Nathan s'excusent

Les éditions Nathan ont réagi à la polémique dans un communiqué publié sur leur page Facebook : les programmes actuels invitent à « traduire une situation concrète à l’aide d’une suite arithmético-géométrique. C’est ce que nous avons souhaité appliquer dans cet exercice en prenant un exemple d’une population qui croît régulièrement en lien avec un sujet d’actualité ».
« Néanmoins, nous comprenons que le choix de cette thématique ait pu heurter », poursuit le communiqué. « Nous nous en excusons et nous engageons à modifier la thématique de l’exercice lors de nos prochaines publications », assurent les éditions Nathan.

 

Source : http://www.dna.fr/actualite/2017/09/16/dans-un-livre-de-t...

 

 

 

 

 

24/07/2017

TAMPAX, une arme chimique furtive et mortelle...

 
 
 
Les Tampax représentent un marché colossal et leur secret de fabrication est farouchement conservé par Procter & Gamble, le fabriquant de la marque TAMPAX, leader mondial du marché, (ainsi que des lessives et détergents…..). Or, qui sait que ces cartouches si absorbantes et si pratiques sont imbibées… de DIOXINES - cette substance hautement cancérogène ?
Le cancer du col de l'utérus est le second cancer féminin, et une femme meurt du cancer de l'utérus toutes les deux minutes dans le monde ! Y aurait-il un rapport ??? La moyenne des femmes ayant cinq jours de menstruation par mois durant 38 ans, utilisera donc statistiquement 11.000 tampons au cours de sa vie.
 
Ce produit d'hygiène intime féminin est classé par la FDA (Food and Drug Administration) comme un instrument médical. Ainsi, les fabricants ne sont pas tenus de se conformer aux mêmes règles d'étiquetage que celles en vigueur pour les aliments, médicaments ou cosmétiques. Tout comme pour les tests de toxicité dans la distribution alimentaire, les tests d'ordre chimique sur les tampons sont réalisés par les fabricants ou des chercheurs privés qui sont payés par ceux qui fabriquent et vendent les tampons. A noter que Procter & Gamble tient à garder secrète la recette de sa soupe chimique vu que les seules femmes américaines rapportent deux milliards de dollars par an pour leurs serviettes hygiéniques et leurs tampons chimiques.
Enquête sur la composition des Tampax
 
A l'origine, les tampons étaient composés à 100% de coton. Lorsque les femmes se sont plaintes de fuites, les fabricants ont augmenté leur pouvoir absorbant en mélangeant le coton à des fibres synthétiques hautement absorbantes comme du polyester, du polyacrylate, de la viscose et de la cellulose de carboxymehtyl. Au début des années 80, des rumeurs ont couru concernant les tampons lorsque 38 femmes sont mortes de syndromes de chocs toxiques (TTS), d'une infection bactériologique liée à l'usage de tampons super absorbants. Suite à ces événements, bien qu'ils aient nié tout lien avec ces morts, les fabricants de tampons changèrent la composition de leurs produits. Au cours des tests privés, il fut établi que ces matériaux synthétiques attiraient les bactéries qui conduisaient à des TTS. De nouvelles études amenèrent à sélectionner un mélange de viscose et de coton comme « composant » le plus sécuritaire, et c'est précisément ce qui reste dans les tampons classiques d'aujourd'hui.
Or, il ya deux problèmes de taille :
 
1 - Le coton conventionnel utilise pour sa culture environ 38 tonnes de pesticides chaque année aux Etats-Unis. Ces produits chimiques comptent parmi les plus toxiques utilisés en agriculture et l'Agence pour la Protection de l'Environnement a déclaré 7 de ces produits chimiques parmi les 15 principaux utilisés pour la production de ce coton, comme cancérigènes pour l'être humain.
 
2 - Le viscose utilisé dans les Tampax est fabriqué à partir de pulpe de bois et parmi les nombreux produits chimiques qui sont utilisés pendant le processus de conversion du bois, c'est dans le chlore utilisé pour blanchir la pulpe de bois que réside le plus grand danger. Le procédé crée des hydrocarbones chlorés, un groupe de produits chimiques dangereux, dont l'un des produits dérivés est la dioxine, l'une des substances les plus toxiques connues.
 
Alors, en réponse aux réclamations des consommateurs et du gouvernement américains dans le cadre de leur loi sur la santé des femmes et la dioxine, suivie par la loi sur la recherche et la sécurité des tampons, l'industrie du tampon a récemment changé sa méthode de blanchiment par une nouvelle méthode qui remplace le chlore gazeux par du dioxyde de chlore. Le dioxyde de chlore est connu pour ses propriétés désinfectantes, et est utilisé pour contrôler les micro-organismes nocifs, y compris les bactéries, les virus ou les champignons. Ce nouvel agent de blanchiment devait théoriquement aboutir à un produit exempt de dioxine.
 
Et bien non ! Des études ont démontré que la fabrication de dioxyde de chlore ne génère pas un produit aussi pur que le prétendent les fabricants de tampons. Des réactions chimiques qui ont lieu pendant le processus de blanchiment libèrent du chlore gazeux… qui engendre encore de la dioxine. Bien sûr, la nouvelle méthode de blanchiment diminue la quantité de dioxines créées, mais ne les élimine pas vraiment. Etant donné que la dioxine est cumulative et lente à se désintégrer, le danger reste par le contact répété (5 jours par mois, 12 mois par an, pendant près de 40 ans!)
Petits rappels sur la dioxine
 
La dioxine est une molécule produite par la combinaison de chlore et de composés organiques, qui a été le composant actif du sinistre agent orange américain utilisé au Vietnam. Elle est considérée comme la substance la plus mortelle connue pour l'humanité (on dit qu’une seule cuillère à soupe serait suffisante pour tuer l’humanité entière. Cette toxine est un sous-produit de l'incinération des déchets, de la fabrication de pesticides chimiques et du blanchiment du papier et des pâtes à papier). Elle est classée POP (polluant organique persistant) qui s'accumule dans le corps.
 
Et comme si le coton imbibé de dioxine et de pesticides ne suffisait pas, les tampons contiennent également de nombreux produits chimiques supplémentaires qui comprennent :
- des amplificateurs d'absorption,
- des désodorisants,
- des parfums synthétiques.
 
Effets de contamination des Tampax sur la femme
 
La dioxine s'accumule chez les humains, en particulier dans les tissus adipeux féminins et le lait maternel. Le principal moyen d'élimination est donc par le lait maternel ou le placenta. Ainsi elle commence à s'accumuler dans l'organisme du fœtus et, plus tard, dans celui de l'enfant en bas-âge. Les enfants et les fœtus sont donc les plus exposés aux risques alors que leurs systèmes nerveux et immunitaire sont en plein développement. Cette toxine persistante se propage non seulement à travers les différentes populations, mais aussi de manière générationnelle.
 
Des douzaines de maladies et affections sont liées à l'accumulation de dioxine dans l'organisme. On peut les regrouper en trois catégories: celles faisant intervenir les enzymes, les facteurs de croissance et les hormones. Un récent rapport de l'Agence pour la Protection de l'Environnement confirme que la dioxine est un "cancérogène pour l'homme" et ce produit chimique cancérogène connu est en contact direct avec nos organes internes et nos zones très sensibles. Des études Suédoises ont établi un lien entre les tampons contenant de la dioxine et une augmentation des cancers de l'appareil génital féminin.
 
En fait, les tampons sont placés contre les tissus adipeux humides pendant des périodes prolongées créant un environnement idéal pour l'absorption de produits chimiques. La dioxine agit comme un perturbateur endocrinien. Une des maladies les plus directement liés à l'effet de perturbation endocrinienne de la dioxine libérée par les tampons est l'endométriose, une maladie où les cellules endométriales de la muqueuse de l'utérus se développent de manière inappropriée à l'extérieur de l'utérus. Elles poussent sur les ovaires, à l'extérieur de l'utérus ou des trompes de Fallope ou ailleurs dans la cavité abdominale.
 
En plus du cancer et de l'endométriose, les perturbations de la croissance, des enzymes et des hormones causées par l'exposition à la dioxine ont été associées à :
 
- des anomalies congénitales,
- l'incapacité à porter une grossesse à terme,
- la diminution de la fertilité,
- la réduction du nombre de spermatozoïdes,
- l’installation du diabète,
- des troubles de l'apprentissage,
- l’altération du système immunitaire,
- des problèmes pulmonaires,
- des maladies de la peau
- la réduction du niveau de testostérone.
Autre problème : les fibres synthétiques et leurs résidus
 
Des études ont montré que les fibres synthétiques créent un environnement idéal pour la croissance des bactéries "Staphylococcus aureus" à l'origine du syndrome de choc toxique. Ces caractéristiques sont attribuées aux tampons au très haut pouvoir absorbant qui, par conséquent, laissent derrière eux, des quantités concentrées de protéines dont ces bactéries nuisibles ont besoin pour produire leur poison.
 
En plus d'augmenter le risque de syndrome de choc toxique, les fibres synthétiques sont abrasives pour la paroi vaginale qui est très sensible. Les tampons Tampax sont insérés profondément dans le vagin avec un applicateur et s'étendent en longueur. Cela pousse le tampon contre la zone cervico-utérine, provoquant des microcoupures et incrustant des fragments de tampon dans les tissus du col et la paroi vaginale (citrinibaum). En plus des coupures provoquées par le tampon lui-même, le retrait du tampon laisse aussi des fibres qui peuvent être à l'origine de futures ulcérations.
 
Ces ulcérations sont causées par la combinaison des substances chimiques du tampon et par la friction provoquée par son retrait. Les substances chimiques du tampon "rongent littéralement le tissus vaginal. Ces ulcérations augmentent les risques d'une femme de contracter une MST en créant une porte d'entrée vers le flux sanguin. Pour aggraver les choses, le coton génétiquement modifié qui est utilisé aux USA résiste aux effets des antibiotiques. Par conséquent, les femmes qui utilisent des tampons de coton OGM peuvent ne pas répondre aux antibiotiques prescrits.
Une petite expérience impressionnante
 
Lors de ses recherches, Meghan Telpner est tombée sur des documents traitant des fibres microscopiques et chimiques laissées dans leur sillage par les tampons et qui sont absorbées directement par les tissus adipeux et le flux sanguin.
Elle explique :
« J'ai essayé moi-même de placer un tampon dans un verre d'eau pendant 6 heures (la durée moyenne d'usage d'un tampon) pour faire le constat de mes propres yeux. Lorsque j'ai retiré le tampon de l'eau, j'ai trouvé des centaines de minuscules particules blanches semblables à des fils fluorescents en suspension dans l'eau, certaines s'étaient déposées au fond du verre, d'autres rasaient les bords. Compte tenu de la quantité de particules qui étaient clairement visibles à l'œil nu, je peux seulement imaginer le volume de produits chimiques et de fibres microscopiques qui sont présentes dans le vagin et intégrées dans le tissu vaginal à chaque utilisation de tampon. »
L'impact environnemental
 
Les tampons Tampax sont tout simplement un fléau. Selon le bureau de consultance en matière de déchets Franklin & Associés, "6,5 milliards de tampons et 13,5 milliards de serviettes hygiéniques, en plus de leur emballage, ont fini dans des décharges ou des systèmes d'égout, cela déjà en 1998... Et selon le Centre pour la Conservation Marine, plus de 170.000 applicateurs de tampon ont été collectés le long des zones côtières américaines entre 1998 et 1999.
Des alternatives plus prudentes
 
Il existe plusieurs options très valables pour les femmes. Les solutions alternatives sont disponibles à l'achat sur internet et dans la plupart des magasins d'alimentation naturelle. Elles comprennent le passage des tampons conventionnels :
 
aux éponges de mer naturelles,
aux serviettes réutilisables respectueuses de l'environnement,
aux coupelles menstruelles.
 
Des tampons 100% bio sont fabriqués à partir de coton certifié sans OGM. Ils ne contiennent ni colorants irritants, ni parfum, et ne comportent pas les risques liés aux fibres synthétiques. Choisir le coton bio et sans chlore réduit les quantités de toxines dangereuses dispersées dans l'environnement ainsi que la pollution par les pesticides et produits chlorés tout en les tenant à l'écart de notre corps.
Ces tampons s'utilisent exactement de la même manière que les tampons conventionnels avec divers degré d'absorption, avec ou sans applicateur. Il est recommandé d'utiliser le taux d'absorption le plus bas pour éviter les risques de syndromes de choc toxiques. Les tampons bio ne sont que légèrement plus chers que les tampons conventionnels.
 
 
 
Source : Meghan Telpner : Toxic Death Sticks
http://www.denmarkonline.dk/files/tampax-tampons.pdf
 

09/03/2017

L'argent caché des parlementaires

 

 Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/201702...

 

12/02/2017

Agriculture industrielle : produire à mort

 

 

22/01/2017

Exposition aux ondes : les tests biaisés des fabricants de téléphones portables

 

http://multinationales.org/
Photo : thoroughlyreviewed.com CC

Les niveaux d’exposition aux radiofréquences affichés par les fabricants de téléphones comme Apple ou Samsung sont-ils fiables ? Si leurs appareils respectent en apparence les normes européennes dans ce domaine, c’est parce que les tests sont réalisés dans des conditions très éloignées des conditions d’utilisation réelles, avec des téléphones à quelques centimètres de distance des corps. Pour les organisations et les experts qui alertent sur les risques des ondes électromagnétiques, c’est un scandale du même ordre que le Dieselgate.

En Europe, une réglementation de 1999 a fixé la valeur à ne pas dépasser à 2 W/kg pour l’exposition de la tête et du tronc, et à 4 W/kg pour les membres. Les fabricants respectent bien ces normes… du moins quand l’appareil n’est pas placé au contact du corps. Pour faire certifier leurs modèles, ils font en effet procéder à des essais en laboratoire. (...) Or, si, pour les tests au niveau de la tête, la réglementation impose que la mesure soit faite téléphone collé à l’oreille, pour ceux au niveau du reste du corps, elle laisse les industriels libres de fixer la distance à laquelle est placé l’appareil. Et de la choisir en sorte, précisément, que la limite d’exposition ne soit pas dépassée.

À l’exception des modèles les plus récents, pour lesquels la distance lors des tests a été raccourcie, celle-ci était jusqu’ici d’environ 15 mm, avec un maximum de 25 mm. Ces quelques millimètres font toute la différence avec la vie réelle, dans laquelle le portable est couramment porté dans la poche de chemise, de veste ou de pantalon, au contact presque direct avec la peau. Rappelons que même quand l’utilisateur ne téléphone pas, son mobile, lorsqu’il est en veille, reste connecté et source de radiofréquences.

L’Agence nationale des fréquences (ANFR), l’établissement public chargé du contrôle de ce secteur, a fait procéder à ses propres évaluations, (...) avec, cette fois, l’appareil au contact du corps. Les résultats sont très différents. Ils sont rapportés dans l’avis de juillet 2016 de l’Anses. En 2015, peut-on y lire, « 89 % des téléphones mesurés au contact par l’ANFR présentaient un DAS supérieur à 2 W/kg et 25 % un DAS supérieur à 4 W/kg ». Quelques-uns atteignaient même 7 W/kg. Ces dépassements ne concernent pas l’exposition de la tête, mais du reste du corps.

 L’intégralité de l’article est sur le site du Monde (payant)

 

 

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10/11/2016

Les safaris-chasse de Benjamin de Rothschild impliqués dans des abus contre les « Pygmées »

 

"Peter Flack, un administrateur du WWF, pose avec un éléphant de forêt mort."
"Peter Flack, un administrateur du WWF, pose avec un éléphant de forêt mort."

© Peter Flack

Survival International a découvert qu’une opération de safaris de chasse à l’éléphant, conjointement détenue par le milliardaire français Benjamin de Rothschild, a été impliquée dans la violation des droits de « Pygmées » baka locaux et de leurs voisins. Parmi ces violations figurent des expulsions illégales et des tortures.

L’opération est basée au Cameroun, dans deux « aires protégées » louées par Benjamin de Rothschild. Elle offre aux touristes la possibilité d’abattre, contre la somme de 55.000 euros, un éléphant de forêt.

Afin de créer cette opération de chasse aux trophées, les Baka ont été expulsés de leur territoire ancestral — ce qui est contraire au droit international. Des soldats, policiers et gardes armés patrouillent le territoire; les Baka ont maintenant été informés que les patrouilleurs tireraient à vue si les Baka pénétraient sur le territoire pour chasser afin de nourrir leurs familles, ramasser des plantes ou se rendre sur des sites sacrés.

Les Baka signalent que, rien que l’an dernier, trois de leurs campements en forêt ont été incendiés par des gardes forestiers et des employés du safari. Des hommes baka qui chassaient dans la forêt ont été frappés par la police locale, des soldats et des gardes forestiers.

 

Un Baka a raconté : « Ils m’ont dit de porter mon père sur le dos. J’ai commencé à marcher, [le garde] m’a frappé, il a frappé mon père. Pendant trois heures, on m’a frappé à chaque fois que je criais, jusqu’à ce que je tombe évanoui avec mon père. »

Un autre Baka a déclaré : « Quand le safari nous trouve ici, ils brûlent les campements, même les habits aussi, ils nous tapent, ils nous cherchent, ils mettent les chiens derrière toi, les armes derrière toi. »

Un troisième Baka a dit : « Le safari a dit que s’ils voyaient qui que ce soit [dans la forêt], les balles siffleraient. Maintenant, ceux qui ont de la famille là-bas sont allés les chercher. Comment on va vivre à présent? »

Survival a contacté M. de Rothschild pour l’informer que de graves violations des droits de l’homme commises pour le maintien de l’opération de chasse aux trophées avaient été signalées. Aucune réponse n’a été reçue à ce jour.

"Les Baka utilisent la forêt tropicale camerounaise pour leur nourriture, leurs remèdes et leurs rites religieux. Désormais, on les en exclue par la force."
"Les Baka utilisent la forêt tropicale camerounaise pour leur nourriture, leurs remèdes et leurs rites religieux. Désormais, on les en exclue par la force."

© Selcen Kucukustel/Atlas

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) est très actif au Cameroun où les « aires protégées » permettant la chasse aux trophées font partie de l’un de ses « paysages écologiques » clefs. Le WWF doit encore commenter ces allégations ou annoncer s’il compte prendre des mesures.

Un agent de réservation a déclaré à Survival : « Tous nos somptueux campements en forêt sont des constructions solides entièrement équipées — des chalets privatifs climatisés, avec salle de bain complète et dressing. De délicieux repas gastronomiques sont servis accompagnés de grands crus et d’autres boissons européennes de grande qualité. (…) Notre campement le plus récent possède une grande piscine protégée. »

A travers la région, les « Pygmées » baka et leurs voisins sont expulsés de leurs terres ancestrales et risquent d’être arrêtés, battus, torturés, et même tués, tandis que la chasse aux trophées est encouragée. L’administrateur du WWF Peter Flack a également chassé l’éléphant dans la région.

Violations des droits de l’homme et chasse aux trophées au CamerounUne opération de safaris de chasse à l’éléphant, conjointement détenue par le milliardaire français Benjamin de Rothschild, a été impliquée dans des violations des droits de « Pygmées » baka locaux et de leurs voisins. Parmi ces violations figurent des expulsions illégales et des tortures.

Cliquez ici pour en savoir plus et agir

Il ne s’agit pas d’un incident isolé. A travers le continent africain, les peuples autochtones sont accusés de « braconnage » parce qu’ils chassent pour nourrir leurs familles. Ils risquent d’être arrêtés, battus, torturés, et même tués, tandis que les amateurs de trophées de chasse sont encouragés. Survival mène la lutte contre ces abus.

 

Le directeur de Survival, Stephen Corry, a déclaré : « A travers l’Afrique, de riches amateurs de trophées de chasse sont accueillis dans les zones mêmes où des chasseurs autochtones sont illégalement expulsés de leurs terres ancestrales et brutalisés lorsqu’ils chassent pour nourrir leurs familles. Cela doit prendre fin. La protection de la nature dans le bassin du Congo est une spoliation des terres et une poursuite du colonialisme. Elle provoque de fréquentes et atroces violations des droits de l’homme, y compris des exécutions sommaires. Pourquoi si peu de personnes s’expriment sur le sujet? Survival mène la lutte contre ces abus. Les défenseurs de l’environnement doivent, comme n’importe qui est censé le faire, respecter les droits de l’homme.

Note aux rédactions : « Pygmées » est un terme couramment employé pour faire référence aux peuples chasseurs-cueilleurs du bassin du Congo et d’Afrique centrale. Ce terme a acquis une connotation péjorative et certains peuples autochtones évitent de l’utiliser. Cependant il est considéré par certains groupes comme un facteur d’identité. En savoir plus

 

Source :  http://www.survivalfrance.org/actu/11491

 

 

 

 

 

09/11/2016

Mike Luckovich - décembre 2014

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11/10/2016

Aux bitterois et bitteroises

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20/07/2016

Cartes postales de propagande prévenant les hommes des dangers des droits des femmes - 1900-1914

Source :  http://dangerousminds.net/comments/absurd_propaganda_post...

 

 

 


  


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
via Vintage Everyday

 

 

 

 

 

12/07/2016

Soutenu par Macron, Attali et Juppé, un minier russe s’apprête à saccager la forêt guyanaise

 

7 juillet 2016 / Fabrice Nicolino

La Guyane est « menacée par un tsunami affairiste » : le gouvernement entend confier la gestion d’une mine d’or à une transnationale russe, explique Fabrice Nicolino dans cette tribune. Il en appelle à Nicolas Hulot, Allain Bougrain-Dubourg, Pierre Rabhi, et aux lecteurs de Reporterre pour que débute la « grande bagarre de Guyane ».

Journaliste engagé pour l’écologie, Fabrice Nicolino est chroniqueur à La Croix et à Charlie Hebdo, où il a été blessé dans l’attentat du 7 janvier 2015. Il s’exprime aussi sur son blog, Planète sans visa, et a publié Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture.

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Fabrice Nicolino.

APPEL À NICOLAS HULOT, ALLAIN BOUGRAIN-DUBOURG, PIERRE RABHI ET A TOUS LES AUTRES

Je souhaite être solennel. Vous lirez ci-dessous un article que j’ai publié dans Charlie-Hebdo voici quelques semaines. Il n’a rien de banal, car il touche aux profondeurs de notre destin commun. Même s’il s’agit de criminels ordinaires, ordinaires dans notre monde criminel. Un groupe minier russe, qui travaille en Afrique dans des conditions scandaleuses, veut s’en prendre au joyau écologique qu’est la forêt tropicale de la Guyane dite française.

On ne peut laisser faire. À aucun prix. Nous sommes en face d’une modeste mais réelle responsabilité historique. Car la France détient sur le continent américain une fraction de la richesse biologique mondiale. Une mine d’or industrielle là-bas serait le signal que tout, désormais, est possible. Si un pays comme le nôtre accepte de sacrifier cette merveille, quel autre se sentirait tenu de s’arrêter pour réfléchir ? La Chine ? L’Indonésie ? Le Brésil ? Le Rwanda ? La Russie de Poutine ? Voyons, un peu de dignité.

Reculer serait avouer que nous ne sommes pas de taille


Nous crevons sous le poids de discours illusoires et de déclarations qui n’engagent à rien. Du haut des tribunes frelatées, comme il est aisé de crier : « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ! » Elle brûle, en effet, et en enfer. Elle se tord, elle hurle sa douleur chaque seconde de chaque minute, et nous faisons comme si tout devait se passer entre gens de bonne compagnie. Cela ne peut plus durer. Qu’on le veuille ou qu’on le cache, une frontière sépare ceux qui accélèrent dans la dernière ligne droite discernable, et ceux qui se jettent de désespoir sur le frein.

Le noble combat de Notre-Dame-des-Landes est essentiel pour la France, car il affirme dans la clarté qu’on ne peut plus faire comme avant. Ici, dans ce pays-ci. La grande bagarre de Guyane que j’appelle de mes vœux est d’emblée internationale, mondiale, planétaire. Elle signifie que la défense de la biodiversité — nom savant de la vie — oblige à sortir du bois et à compter ses forces. Reculer, ce serait avouer que nous ne sommes pas de taille. Reculer, ce serait accepter tout, étape après étape. Je vous suggère, amis de l’homme, des bêtes et des plantes, d’organiser un voyage de protestation en Guyane même, dès qu’il sera possible. Le crime qui se prépare, car c’en est un, mérite que nous bandions toutes nos forces, et elles sont grandes, malgré tout.

Levons-nous ensemble, car sinon, autant se taire pour l’éternité.

Ci-dessous, l’article paru dans Charlie :


LA MINE D’OR GUYANAISE D’ATTALI, JUPPÉ ET MACRON

Attention les yeux, on va voir apparaître comme par magie un Attali, un Juppé, un Macron pour le prix de presque rien. Mais dès l’avance, il faut dire deux mots de la Guyane audacieusement appelée française. Il y a là-bas des Noirs marrons, descendants d’esclaves échappés des plantations philanthropiques. Des Indiens installés au profond de la forêt tropicale, le long des rivières et des fleuves. Et puis des Blancs, car il y a partout des Blancs. Autrement, qui tiendrait le nerf à bœuf, dites-moi ?

La forêt tropicale, qui couvre 95 % du pays, est à peu près intacte, ce qui se fait rarissime dans un monde qui crame tout. Et en théorie, les envolées permanentes des nobles politiques sur la biodiversité devraient pouvoir protéger les singes hurleurs, les aras et les jaguars pour l’éternité.

La puissance de feu des transnationales


Mais il y a l’or. Des milliers d’orpailleurs clandestins pourrissent les eaux de Guyane depuis des décennies en balançant à tout va de charmants produits comme le mercure — idéal pour extraire l’or de son substrat rocheux — dans les rivières. C’est pas bon, c’est pas beau, et c’est artisanal. Tout autre est la puissance de feu des transnationales, qui peuvent mobiliser des concasseurs de la taille d’un avion et pulvériser des millions de tonnes de roches sans coup férir.

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Une barge d’orpaillage artisanal sur la rive surinamaise du fleuve Maroni.

Jusqu’ici, les projets les plus crapoteux ont échoué, mais celui dont on va parler a plus que ses chances. En 2011, la Columbus Gold, boîte canadienne junior — on va expliquer, c’est très malin —, achète huit concessions minières en Guyane. L’une des huit se trouve à 80 km au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, au-dedans d’un lieu appelé la Montagne d’Or. Il y aurait 155 tonnes d’or planquées, peut-être le double. Miam.

Pour récupérer la mornifle, il faudra creuser une fosse d’au moins 2,5 km de long, de 600 à 800 mètres de largeur, de 200 à 250 mètres de profondeur. Compter 460 millions de tonnes de roches à broyer, au bas mot, car on récupère au mieux qu’1,5 gramme d’or par tonne. Prévoir également de gros besoins d’énergie et d’électricité. Disons l’équivalent de ce que consomme la capitale, Cayenne, en un an.

« On ne veut pas que des lobbies écologistes viennent contrecarrer un projet qui serait créateur d’emplois »


Mais une telle apothéose, ami technophile, ne peut être déployée par une petite junior, qui apparaît en la circonstance comme le paravent d’une grosse mère, que les spécialistes nomment une major. La Columbus Gold ne fait qu’explorer, avant de refiler le bébé au vrai bénéficiaire, la Nordgold, sise à Moscou. Nordgold est seule capable d’exploiter et d’ouvrir les entrailles de Guyane. Et elle est, en plus, entre des mains charmantes. Une ONG suisse et catho, Action de carême, a publié en février 2016 un rapport sur les mines d’or au Burkina Faso, où l’on peut lire : « Dans beaucoup d’endroits, l’exploitation aurifère détruit les bases de l’existence de populations, porte atteinte aux droits humains. » Avant de préciser : « Les sociétés minières présentes au Burkina Faso, en l’occurrence Iamgold, Nordgold et Amara Mining, ont une grande responsabilité dans les violations des droits humains exposés. »

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Depuis l’avion reliant Cayenne à Maripasoula.

Si cette mine ouvre, et tous les feux sont au vert, adieu à la forêt tropicale que l’on connaît. En toute certitude, ce sera la ruée vers l’Eldorado, car on trouve de l’or un peu partout. Il y aura des routes, des autoroutes, des barrages, des pylônes à haute tension. Et si tout est désormais sur les rails, c’est que la mine est soutenue par des autorités morales considérables. Jacques Attali, le preux lobbyiste international, siège au comité consultatif de la Columbus Gold. Alain Juppé, fervent écologiste, en meeting à Cayenne ces dernières semaines : « On ne veut pas que des lobbies écologistes viennent contrecarrer un projet qui serait créateur d’emplois. » Quant à l’immense Emmanuel Macron, il s’est carrément rendu sur le futur chantier, vantant l’excellence du projet, précisant : « Cet industriel [la Columbus Gold] est l’un des fers de lance de la mine responsable. »

C’est maintenant que tout se joue, nazes que nous sommes. Ou la mine ou la forêt. Si les écolos de France et de Navarre arrêtent de se branlotter une seconde, il y a peut-être une chance.


AMIS LECTEURS, NE REMETTEZ PAS À DEMAIN 

Amis lecteurs de Reporterre, je vous demande de faire un effort personnel. Si vous êtes d’accord avec ce qui précède, diffusez, aussi massivement qu’il vous sera possible. Auprès de vos proches et de vos amis, auprès de vos élus — qui ne risque rien n’a rien —, auprès de tous les groupes possibles, auprès des personnes auxquelles s’adresse cette lettre ouverte, qui est évidemment destinée à tous. Je vous en prie : une heure de votre temps doit être consacrée à cette nouvelle bagarre, que j’espère nationale, internationale, planétaire. Ne remettez pas à demain. S’il vous plaît, commencez aujourd’hui même. Et merci.

 

Source :

https://reporterre.net/Soutenu-par-Macron-Attali-et-Juppe...

 

 

 

02/07/2016

Supermarchés : le plus gros scandale politique de ces 30 dernières années mis en lumière…

Non seulement elles sont mortifères pour les gens qui consomment les saletés qu'elles vendent, pour l'environnement, les petits paysans et producteurs du monde entier, etc. etc., la liste est longue, mais en plus....

 

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Dans cette vidéo, on en apprend plus sur l’un des plus gros scandale politique et sociétal qui sévit en France depuis plus de 30 ans : les supermarchés étendent leur superficie tous les ans, et ce SANS PERMIS DE CONSTRUIRE.

Vous découvriez dans ce reportage le témoigne de Martine, qui a enquêté pendant des années afin de révéler au grand jour comment les supermarchés poussent également de façon VOLONTAIRE les petits commerçant à la ruine financière afin de s’étendre en toute illégalité…

Mais le pire reste à venir. En effet, lorsque Martine gagne son procès contre un supermarché, l’Etat intervient de façon illégale pour soutenir les groupes contre les petits artisans… Etat qui refuse de réclamer les amendes infligées aux supermarchés !!!. Le plus dramatique c’est lorsque l’on apprend le montant de cette somme, et que simplement 10% d’entre-elles pourrait remplacer l’effort financier demandé aux français face à la crise :

 

Un reportage totalement EDIFIANT, hélas diffusé à la télévision à heure de faible écoute, et qu’il convient de faire connaitre au plus grand nombre…

A vos partages !

 

 

 

09/05/2016

En Alberta, « l’avènement d’une humanité... inhumaine »

en terrible résonance avec le feu qui dévore tout en ce moment...

Source : http://reporterre.net/En-Alberta-l-avenement-d-une-humanite-inhumaine

 

21 mai 2015 / Entretien avec Nancy Huston



A Fort McMurray, en Alberta, Canada, se déroule un des désastres écologiques de la planète : de monstrueux chantiers à ciel ouvert exploitent les immenses réserves de sables bitumineux. La romancière Nancy Huston, originaire de la région, s’y est rendue et témoigne. « C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. »


Nancy Huston, célèbre romancière et essayiste, est originaire de l’Alberta. Dans le nord de cette province canadienne, d’immenses chantiers à ciel ouvert entourent une « ville champignon » : Fort McMurray. Les compagnies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitumineux, rasent les forêts, polluent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un territoire gouverné par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.

C’est ce que dénonce le recueil Brut, la ruée vers l’or noir, chez Lux Éditeur. Les textes de Melina Laboucan-Massimo, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein et Rudy Wiebe se croisent et se complètent. Ils nous montrent l’ampleur de la catastrophe écologique du point de vue de chaque auteur. Reporterre s’est entretenu avec Nancy Huston. Une Interview à lire… ou à écouter.

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Nancy Huston, lors de la soirée de présentation du livre « Brut, la ruée vers l’or noir », le 27 avril 2015.

Reporterre - Vous êtes revenue en Alberta. Qu’avez-vous découvert ?

Nancy Huston -

-

Dire « revenir en Alberta », c’est très vague parce que l’Alberta est immense, plus grand que la France. Moi, je suis née au sud de l’Alberta et les installations pétrolifères sont dans le nord. Je n’étais jamais allée dans cette région. Mes grands-parents maternels habitaient la rivière de la Paix qui n’est pas très loin. C’est dans la région de l’Athabasca. Mais je ne connaissais pas la région même de Fort McMurray.

Et donc, je loue une voiture avec des amis. On roule pendant cinq heures et l’on découvre cette ville champignon qui a décuplé de population depuis le début des années 2000 en raison de l’extraction du pétrole. Fort McMurray est une ville terrifiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est véritablement la ruée vers l’or noir. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du 19e ou au début du 20e siècle. C’est des hommes... uniquement des hommes, qui viennent du monde entier pour gagner beaucoup d’argent rapidement et repartir. Et ce que ça implique à chaque fois, c’est que les gens ont du mal à s’investir dans le lieu lui-même. Ils ont du mal à parler les uns aux autres. Ils ne parlent pas la même langue, ils ne viennent pas d’une même religion. Ils ne forment pas une communauté.

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Vue aérienne d’un chantier pétrolier au nord de Fort McMurray. Source : Google Earth

Fort McMurray est constituée essentiellement de centres commerciaux entourés de banlieues résidentielles extrêmement chères. Tout est cher : les restaurants sont chers, les centres commerciaux alignent des magasins de toutes sortes, mais tout est étrangement déprimant, étrangement désinvesti. Il n’y a de centre que pour le shopping. Il n’y a aucun centre d’aucune ville. La mairie elle-même est une sorte de bâtisse disgracieuse en brique marron. On peut aller de pubs en bars, parce que moi j’aime bien aller voir où les gens boivent. Et là où les gens boivent et en principe se rencontrent pour discuter, il est impossible de discuter parce qu’il y a des écrans partout qui diffusent des émissions très bruyantes de musique et de sport.

Donc, les gens jouent au billard ou ils boivent. Mais il est extrêmement difficile de se parler. De tous les lieux que j’ai visités sur Terre - et j’ai été dans tous les continents -, c’est l’endroit du monde où je me suis sentie le plus mal à l’aise. C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité... inhumaine. Une humanité qui n’est là que par rapport à une sorte de survie physiologique.

Que manque-t-il à Fort McMurray ?

 

La dimension spirituelle. Il y a des églises partout. Mais des églises qui ont le même type de publicité que les magasins, des affiches clignotantes proclament qu’il vaut mieux sauver son âme que réparer son toit. Des choses comme ça. Tout est pensé en termes de rentabilité.

Ensuite, il y a cette immense population : 100 000 personnes à Fort McMurray même et 30 000 autres qui habitent les camps de travail alentour, travaillant pour les quelque 55 compagnies pétrolières qui exploitent les sites d’extraction du pétrole. Au centre touristique de Fort McMurray, on peut, moyennant paiement, faire le tour d’un de ces sites en car. Nous l’avons fait.

Rouler trois-quarts d’heure et visiter le site modèle qui est celui de la compagnie Syncrude, ce qui veut dire « synthetic crude » : le brut synthétique. C’est ça qui est extrait de ces terres. C’est aussi apparemment lié à la Chine. Quand je dis que c’est un site modèle, ça veut dire qu’ils vont nous montrer une image merveilleuse et souriante de l’extraction du pétrole selon « syncrude ». Pendant quatre heures, on a fait le tour de ce site. On voit les forêts qu’ils essaient de replanter.

Moi, ça m’a fait froid dans le dos parce que je suis Canadienne et j’ai senti que j’étais en face d’une propagande exactement du même type que la propagande des pays de l’Est. Dans ma jeunesse, j’ai visité beaucoup de pays derrière le rideau de fer : depuis la Russie jusqu’à la Pologne en passant par la Bulgarie. Donc, je reconnais cette sorte de discours optimiste cynique qui dit que tout va bien dans le meilleur des mondes. Ils nous montrent les soi-disant « étangs », « tailings ponds », c’est-à-dire « étangs de rétention », remplis d’eaux complètement empoisonnées, résultant de l’exploitation des sables bitumineux. On nous montre que c’est vraiment bien contenu, ce n’est pas si grave que ça et qu’il y a toutes sortes de sons qu’on émet régulièrement pour effrayer les oiseaux, pour qu’ils ne se posent pas sur ces lacs et qu’ils ne meurent pas.

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Lac de stockage de produits toxiques dans le nord de l’Alberta, le 06 avril 2014. © Guy Oberson

Ce qui m’a le plus choqué dans cette visite était le discours sur les forêts. C’est comme si l’on disait en achetant un aquarium et en mettant trois poissons rouges, qu’on a reconstitué la mer détruite ! Une forêt est un écosystème extrêmement complexe. Ils ont arraché tous les niveaux de la terre, ils ont arraché les arbres, ils ont empoisonné les cours d’eau. Ils font comme si tout allait bien, que les oiseaux allaient revenir, que les animaux allaient revenir et vivre à nouveau là dedans. J’ai été effarée... j’étais glacée par le cynisme et la violence de mon propre pays.

Au travers de votre récit, vous rendez compte d’un changement de vocabulaire. Y a-t-il l’émergence d’une nouvelle langue ?

 

Il y a l’émergence d’une nouvelle langue. On dit « sables pétroliers » parce qu’on est censé être très fier d’avoir beaucoup de pétrole. Ce bitume sera raffiné et transformé en pétrole à terme. Mais pas chez nous, au Texas ou en Chine ou ailleurs. Le Canada exporte traditionnellement les matières premières non traitées, non retravaillées et c’est encore le cas ici. C’est le brut... vraiment très brut.

Mais cela rapporte énormément d’argent. On est très fier de ça. Mais le produit que nous extrayons de ces terres est incroyablement sale. Le mélange entre le bitume et le sable est une substance indiciblement complexe et qu’il faut traiter avec la vapeur sous pression pour séparer sable et pétrole. Cela relâche dans les eaux et dans nappes phréatiques des poisons qui vont avoir des effets meurtriers sur la faune et les humains, en aval de la rivière.

Quand des gens viennent de différents pays et différentes langues, il faut bien sûr inventer une novlangue. Donc, il y a une sorte de simplification à outrance de la langue anglaise. Et ce qui m’a aussi le plus sidéré là-bas, c’est des affiches, littéralement des panneaux d’affichage, qui disent « BE » : soyez. C’est le premier verbe, le verbe être, le dénominateur commun. Tout le monde peut connaitre ce mot-là en apprenant l’anglais. Et les gens, on les incite, on les encourage à juste « être ». Ça dit aussi « BE YOURSELF » : soyez vous-même... « BE, BE, BE, BE YOURSELF, BE UNIQUE » : soyez unique.

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Nancy Huston, romancière et essayiste, lisant le texte de Rudy Wiebe le 27 avril 2015.

Et bien sûr, le problème des hommes qui vont travailler là-bas, c’est exactement une difficulté d’être, parce que l’être humain devient soi-même par contact et interaction avec autrui. Notre cerveau à la naissance est incomplet et ne se développe que grâce à l’interaction linguistique et sensorielle avec d’autres êtres humains. Donc, si vous plongez des êtres humains à l’âge adulte dans un endroit complètement inconnu et très hostile… c’est un milieu où il fait froid, la température moyenne doit être de deux degrés. Il fait très froid en hiver et les hivers sont longs. Que devient un être humain dans ces conditions ?

On travaille souvent 12 à 15 heures par jour, 7 jours par semaine pendant 2 ou 3 semaines d’affilée et ensuite on a une semaine de repos. Si l’on n’habite pas trop loin, si l’on habite seulement au Texas ou à l’est du Canada, on peut rentrer pendant une semaine. Si l’on habite à l’autre bout de la terre, on reste sur place et on regarde la télévision. Les hommes sont drogués. Pendant qu’ils travaillent, ils ont des casques pour se protéger du bruit épouvantable des machines qu’ils sont en train de manipuler. Ils écoutent de la musique, j’imagine, tonitruante dans leurs casques du matin au soir. Ensuite, ils vont boire un verre et reçoivent encore des bruits des écrans. Dans leur chambre, ils ont une télévision et ont accès à internet. Ça devient une vie virtuelle de A à Z.

C’est comme si la réalité pouvait être mise entre parenthèses pendant des années. Ils restent deux ans, trois ans. Ils gagnent beaucoup d’argent, mais ça coûte très cher aussi de vivre à Fort McMurray donc ils ont tendance à prolonger leurs séjours. Ils se déconnectent complètement de leur vie là-bas. Leur corps de jeune homme avec ses besoins de jeune homme, que devient-il ? Et bien, il y a des boites de strip-tease,des prostituées. J’ai entendu dire qu’on faisait venir, pour des occasions spéciales, des prostituées depuis Edmonton en avion pour assouvir les besoins des... peut-être pour les boss et non pas pour les travailleurs, je ne sais pas.

« Be » est inscrit partout. Mais finalement, « être » renvoie à « posséder » ?

 

Ça se confond, être et avoir. C’est comme si l’on ne pouvait pas imaginer qu’il y ait une autre fonction dans la vie que d’avoir de plus en plus d’argent, d’être sûr de gagner assez d’argent pour envoyer ses enfants à l’école, à l’université. La vie devient entièrement un calcul de fric et rien d’autre. Les galeries d’art... bon, je veux bien que ce soit impossible dans une ville aussi récente et dans une région aussi ingrate de donner naissance à de grands artistes. Je ne suis pas naïve. Mais ce qu’on appelle des galeries d’art, c’est très comique. Ils ont des crochets, des ouvrages de crochets et de broderies qui montrent des camions. Ces camions gigantesques qui sont grands comme des immeubles de deux étages et dont ils sont très fiers.

C’est une sorte d’appauvrissement, d’abêtissement, je n’ai pas envie de dire bestialité parce que j’ai trop de respect pour les animaux. C’est une mécanisation de l’être humain. C’est comme si l’homme était en train de se transformer volontairement en machine, de faire partie de ces camions et de ces excavateurs qui arrachent la surface de la Terre. Quand on les regarde, c’est comme si l’on voyait des dinosaures. Et l’on voit les hommes qui se mélangent à ces corps mécaniques de dinosaures et qui détruisent leur propre maison, leur propre terre.

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Site minier du nord de l’Alberta, le 06 avril 2015. © Guy Oberson

Les gens ont-ils conscience de cette destruction, de la catastrophe écologique ?

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Je ne peux pas généraliser sur les Albertains parce que j’en connais peu. Les gens avec qui j’ai discuté là-bas n’avaient pas l’air plus inquiets que ça. Je sais qu’il y a de plus en plus de mouvements écologistes, notamment les communautés autochtones, mais pas seulement, qui protestent.

Mais autour de moi, c’est vrai, à Calgary, à Edmonton, les gens avec qui j’ai discuté prenaient ça à la légère. Ils avaient l’impression... on aurait dit… que les écolos, c’étaient : ou des doux dingues ou des manipulés par les gauchistes, voire par les pays arabes. Le but de l’opération est de remplacer l’Arabie Saoudite comme premier fournisseur de pétrole des États-Unis. Donc, on est très fier de cette mission, nous les Albertains, et l’on ne voit pas plus loin que le bout de notre nez.

- Propos recueillis par Lucas Mascarello


- Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe, Lux Editeur, 112 pages, 12,00 €


Lire aussi : Sables bitumineux : pétrole ou environnement ? A vous de décider… en jouant

Source : Lucas Mascarello pour Reporterre

Photos :
. Nancy Huston : © Lucas Mascarello pour Reporterre
. Lac de stockage et site minier : © Guy Oberson



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18/04/2016

Les dessous de Panama Papers

 

17 avril 2016

La Commission internationale des journalistes d’investigation (ICIJ) qui a rendu public le scandale des Panama Papers a publié un clip dénonçant les conséquences sociales des sociétés pratiquant l’évasion fiscale. Prostitution d’orphelins mineurs en Russie, approvisionnement en carburant occulte de l’aviation syrienne, soustraction au fisc d’un pays ravagé par la pauvreté : ceux qui exigent des peuples qu’ils fassent des sacrifices ne reculent devant rien pour mettre à l’abri leur butin, quitte à encourager les pires exactions.

 

Avec ses 2,6 téra-octets de données et quelque 11,5 millions de fichiers, les révélations autour des Panama Papers sont loin de toucher à leur fin. Si, jusqu’à présent, beaucoup a été dit et écrit au sujet des auteurs d’évasion fiscale (dictateurs et dirigeants élus, dirigeants capitalistes, personnalités du sport, narcotrafiquants…), l’attention ne s’est pas encore portée sur les victimes de ces forfaits fiscaux et les conséquences concrètes de l’évasion fiscale sur le monde.

Pourtant, le caractère secret et massif de cette évasion fiscale, estimée entre 17 et 26 000 milliards d’Euros par an, a des causes et des conséquences très graves. La plus évidente, bien entendu, est la perte de revenus pour l’État, donc d’investissement dans les infrastructures et services publics (santé, éducation, justice…). Sous l’effet d’une application têtue des dogmes néolibéraux (coupes des dépenses publiques, privatisations…), et au prétexte d’une pseudo-crise, divers pays européens – en particulier la Grèce, l’Espagne ou le Portugal – ont vu fondre au soleil leurs services publics. Mais ce qui est déjà lourd de conséquences dans des pays relativement riches, l’est encore plus dans des pays pauvres et corrompus.

 

Soustraire 400 millions de dollars au fisc dans un pays de misère

Ainsi, ce court-métrage du Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ), réalisée avec le Centre Pulitzer, révèle le cas d’une des sociétés clientes du cabinet d’avocats Mossack Fonseca (qui organise des centaines de sociétés-écrans et a déjà été impliquée dans le grave scandale d’État brésilien Petrobras), une compagnie pétrolière en Ouganda. Pour éviter de payer 400 millions de dollars d’impôts, le pétrolier a mandaté Fonseca pour réaliser une simple formalité : déplacer l’adresse de la société d’un paradis fiscal à un autre. « Dans un pays où une personne sur trois vit avec moins d’1,25 dollar par jour, 400 millions de dollars représentent plus que le budget annuel pour la santé« .

La société en question, spécialisée dans l’exploitation de gaz et de pétrole, est Heritage Oil, sise dans le paradis fiscal de Jersey. Grâce à Mossack Fonseca, Heritage Oil a évité l’acquittement de 400 millions de dollars au fisc ougandais après la vente en 2010 de champs pétroliers à une autre société pétrolière Tullow pour 1,5 milliard de dollars, révèle un article de CBC. Des documents issus des Panama Papers montrent que Heritage Oil a demandé le déménagement de sa compagnie le paradis fiscal de l’île Maurice. Autrement dit : la société qui exploite à son profit le pétrole d’Ouganda s’est efforcée de ne pas payer ce qu’elle doit à ce pays. « Pendant ce temps, à l’ombre des champs pétroliers, les hôpitaux manquent d’argent pour les équipements les plus rudimentaires. Les patients dorment à même le sol ; on leur demande d’apporter leur propre matériel médical stérile, comme des gants ou des pansements ».

Ainsi, ce sont des citoyens déjà précarisés qui souffrent visiblement de cette évasion organisée à l’échelle mondiale. Et ceci ne représente qu’un seul des nombreux cas observés.

povery_panama_papersPhotographie : Nixon Segawa

Prostitution de mineurs et approvisionnement clandestin de l’armée syrienne

Mais l’ICIJ va plus loin en pointant du doigt des hommes d’affaires Russes qui ont « kidnappé des orphelines parfois âgées de 13 ans, les ont violées, puis les ont vendues comme esclaves sexuelles (…). L’un des chefs de ce réseau était un client de Mossack Fonseca. Lorsque la société a découvert qu’il était un pédophile, elle a décidé qu’elle n’avait aucune obligation légale de déclarer le business offshore de son client« . Le phénomène est connu : d’après l’association Children’s Hope Chest, 60% des orphelins entreraient dans la prostitution pour survivre et, d’après le Washington Post, « des centaines de filles auraient disparu, passant d’orphelinats à la prostitution, leurrées par la promesse d’un emploi, pour certaines d’entre elles, et d’autres enlevées ». L’estimation de la police russe donne le chiffre de 50 000 victime du trafic sexuel à Moscou en 2007, dont une majorité a tout au plus 16 ans.

Fonseca, qui, on ne cessera de la rappeler, n’est qu’une des nombreuses sociétés du genre, aurait donc volontairement fermé les yeux sur ces activités illégales. Pire encore, l’ICIJ signale le rôle de Mossack Fonseca dans les bombardements de l’aviation civile syrienne sur les populations du pays. Le cabinet panaméen aurait en effet permis, par la création de sociétés-écrans, que des entreprises privées puissent continuer à fournir en combustible l’aviation de Bachar el-Assad, alors que l’Union européenne et les États-Unis avaient prononcé des sanctions contre elles. En dépit des divisions idéologiques sur la question syrienne, la manœuvre aura permis à des géants de l’industrie fossile de faire du profit sur un conflit qui finira par s’envenimer au-delà de toute proportion.

Et maintenant ?

L’affaire Panama Papers a le mérite majeur de souligner un phénomène d’envergure, face cachée d’une mondialisation de connivence : la finance occulte, l’amoralité des institutions du capital et la soustraction forcenée d’une élite aux obligations fiscales. La chose est, évidemment, d’autant plus choquante que, parmi les noms révélés, figurent de nombreux dirigeants élus qui, par l’avancement de politiques d’austérité et de démantèlement des services sociaux, exigent des populations de faire davantage de sacrifices. Mais le cabinet Mossack Fonseca n’est, peu ou prou, que l’arbre qui cache la forêt : d’après The Economist, le cabinet détiendrait « seulement 5 à 10% du marché global des sociétés-écran. » Ainsi, bien d’autres scandales risquent d’éclater, seulement si on laisse la liberté d’expression aux lanceurs d’alerte à l’heure où l’Union européenne renforce le secret des affaires.

NB : L’ICIJ a annoncé qu’elle publiera début mai la liste complète des sociétés et des personnes impliquées.

 

Source : https://mrmondialisation.org/

 

 

24/03/2016

Quand des investisseurs spéculent sur les conflits commerciaux entre multinationales et Etats

 

par Adriana Homolova , Eva Schram , Frank Mulder

On connaissait la spéculation financière sur les denrées alimentaires, les ressources naturelles, l’immobilier, les produits financiers, et même sur les émissions de CO2. Voici venu le temps de la spéculation sur les plaintes que déposent des investisseurs contre des Etats en cas de conflit commercial ou fiscal. C’est le nouveau business que permet la multiplication des procédures intentées par des multinationales, qui se disent lésées, contre des Etats pour leur faire payer de lourdes amendes. Un business qui dispose d’une plaque tournante, les Pays-Bas, et qui pose, encore une fois, la question des conflits d’intérêt.

Épisode 4, suite de notre série sur les procédures d’arbitrages entre investisseurs et États (voir l’épisode précédent).

À mesure que les arbitres étendent leur juridiction et que le nombre de procédures ISDS (Investor-state dispute settlement, « mécanisme de règlement des différents entre Etats et investisseurs ») augmente, de nouveaux acteurs font leur entrée sur le marché : des investisseurs appelés third party funders (« financeurs tiers »). Mick Smith travaillait auparavant dans l’équipe dédiée aux marchés de capitaux de Freshfields, la grande firme anglo-allemande présente dans le monde entier. Puis, identifiant une opportunité commerciale, il décida de créer sa propre firme. Désormais, il apporte de l’argent à des entreprises qui souhaitent poursuivre un État, mais ne peuvent pas payer les frais légaux elles-mêmes. Sa firme Calunius Capital dispose aujourd’hui d’un fonds de 90 millions de livres sterling à cet effet.

Sa méthode est simple, nous explique-t-il après une conférence sur l’arbitrage à Rome. « Nous payons les frais légaux d’une entreprise qui souhaite poursuivre un État. Cela peut être un million de dollars, mais cela peut aussi être plus de dix millions de dollars. En échange, nous recevons une partie de l’amende que cet État est condamné à verser. » Cette part peut s’élever jusqu’à une fourchette allant de 10 et 40 % de l’amende totale. Si l’arbitrage est perdu, Calunius reçoit un montant fixe.

Selon Smith, il s’agit souvent d’histoires de David contre Goliath. « Imaginez une entreprise minière avec seulement un actif, une mine. Et cette mine est confisquée par un État. Les États ont souvent des ressources inépuisables à leur disposition, tandis que l’investisseur se retrouve démuni. » Que peut-il faire ? Calunius apporte son aide afin de permettre à David de lutter à armes égales contre le méchant Goliath. L’un des David que Smith aide actuellement est une entreprise minière canadienne, qui veut obtenir 400 millions de dollars du Venezuela. Les critiques caractérisent les activités de Smith d’une manière un peu différente : selon eux, il ne fait, au fond, que spéculer sur des procédures d’arbitrage contre des États.

Et si l’arbitre lui-même était lié à l’investisseur ?

On ne sait pas combien de procédures sont ainsi financées par des tierces parties. Celles-ci ne se font généralement pas connaître. Mais il est clair que même certains arbitres et avocats s’inquiètent de ce phénomène. Après tout, la justification fondamentale de l’arbitrage s’effondre s’il s’avère que les arbitres sont en conflit d’intérêts. Qu’adviendrait-il si un financeur entretenait des relations amicales avec un cabinet juridique qui fournirait un arbitre pour trancher un cas dans lequel il aurait investi ? Et si l’arbitre lui-même était lié à l’investisseur ? Vannin Capital, une firme britannique enregistrée à Jersey (île Anglo-Normande) et qui finance des procédures ISDS, a annoncé en 2015 s’être assurée les services de Bernard Hanotiau. Un peu comme si un arbitre acceptait de travailler pour un casino. Hanotiau nous a déclaré que la nouvelle avait été rendue publique trop rapidement et qu’il avait finalement refusé la proposition en raison des conflits d’intérêts potentiels.

Pour Eduardo Marcenaro, avocat italien travaillant pour un important consortium de BTP, le problème va cependant bien au-delà des conflits d’intérêts. Il doit gérer quotidiennement des procédures d’arbitrage l’opposant à d’autres firmes. « C’est la réalité : il y a des litiges. Mais à quoi sert l’arbitrage ? Pour nous, c’est une manière de trouver un compromis afin de mettre le différend derrière nous. » Or c’est exactement ce que le financement extérieur des procédures ISDS vient remettre en cause. « Je le vois régulièrement : s’il y a un financeur derrière une procédure, cela entraîne toujours davantage d’agressivité. Il ne s’agit plus de trouver un terrain d’entente, il ne s’agit plus que de gagner, à tout prix, et parfois en poussant à la limite de ce qui peut être considéré comme des moyens légaux. En vérité, c’est dégoûtant, ce à quoi ce type de financement mène en pratique. »

Le « sandwich » hollandais

Si l’on examine la liste des pays d’où ont été lancées le plus grand nombre de procédures depuis 2012, on découvre qu’un petit pays y figure en tête : les Pays-Bas. C’est là qu’ont été initiés le plus d’arbitrages en 2014, davantage même qu’aux États-Unis. Les Pays-Bas constituent un carrefour important dans le monde de l’ISDS.

Cet état de fait est le résultat d’une politique active du gouvernement néerlandais pour promouvoir le pays comme une destination attractive pour les multinationales. L’un des aspects clés de cette politique a été la construction d’un vaste réseau de traités bilatéraux d’investissement. Avec 95 traités bilatéraux d’investissement en vigueur, les Pays-Bas atteignent presque le niveau maximal de couverture possible. En outre, le modèle de traité d’investissement privilégié par les Pays-Bas figure parmi les plus larges possible, du point de vue des investisseurs. Par exemple, il n’y a pas besoin de montrer que vous exercez une quelconque activité économique substantielle dans le pays pour pouvoir prétendre au statut d’investisseur néerlandais.

Selon le gouvernement, qui se base sur les informations d’une enquête des Nations unies, 47% des procédures ISDS lancées aux Pays-Bas sont le fait de filiales de convenance n’existant que comme boîtes aux lettres. Mais une simple requête dans la base de données de la Chambre de commerce des Pays-Bas montre que ce chiffre est d’au moins 68%. Seulement 16% des plaintes sont déposées par une véritable entreprise néerlandaise. C’est ce que l’on appelle le « sandwich hollandais » : il suffit de créer une holding aux Pays-Bas entre vous et votre investissement pour devenir néerlandais.

Cela ne signifie évidemment pas que les Pays-Bas forcent les autres pays à signer des traités d’investissement. C’est un choix que ces pays font délibérément, car ils espèrent attirer ainsi les investisseurs. En ce moment même, l’Irak et l’Azerbaïdjan ont tous les deux demandé à signer un traité bilatéral d’investissement avec les Pays-Bas, où nombre de compagnies pétrolières sont présentes.

« Si tout était vraiment si injuste, les pays n’auraient jamais signé »

Dans nos discussions avec des hauts fonctionnaires néerlandais, lesquels souhaitent rester anonymes, c’est la même vision apolitique et quasi technique déjà rencontrée parmi les arbitres qui prévaut : « Nous faisons simplement notre travail. Il faut protéger les investisseurs, non ? Parfois il y a des conséquences indésirables, mais si tout était vraiment si injuste, les pays n’auraient jamais signé, n’est-ce pas ? »

Les Pays-Bas ont-ils délibérément cherché à atteindre la position qu’ils occupent dans le monde de l’ISDS ? Impossible de le prouver. Mais il est frappant de constater à quel point le gouvernement néerlandais a toujours activement défendu ses traités bilatéraux d’investissement, y compris ceux négociés avec d’autres pays de l’Union, et qui vont à l’encontre du droit européen. Détail révélateur : le haut fonctionnaire chargé de négocier les traités bilatéraux d’investissement pour le compte des Pays-Bas ces dernières années, Nikos Lavranos, a quitté ses fonctions en 2014 pour prendre la tête de l’EFILA, le lobby européen des avocats spécialisés en droit de l’investissement. Gerard Meijer est enregistré comme lobbyiste auprès des institutions européennes à Bruxelles pour cette même organisation. Jusqu’en 2014, Lavranos s’est posé en défenseur acharné du système des traités néerlandais ; désormais, sa nouvelle mission implique de rédiger des tribunes pour exiger des droits très étendus pour les investisseurs et un cadre robuste de protection des investissements dans le nouveau traité de libre-échange négocié entre l’Europe et les États-Unis (le TAFTA, aussi appelé TTIP). Il a refusé de nous parler.

À travers sa propre firme de consulting, Global Investment Protections, il aide des entreprises à s’enregistrer comme néerlandaises. Ce qu’il désigne comme une « restructuration de la propriété pour bénéficier du cadre le plus solide disponible de protection par des traités d’investissement bilatéraux ». Mais, bon, c’est un argument publicitaire mis en avant par tous les cabinets d’avocats.

Frank Mulder, Eva Schram and Adriana Homolova
Traduction de l’anglais : Olivier Petitjean

Photo : CC Rafael Matsunaga

- Voir l’épisode 1 : Plongez dans la guerre invisible que les multinationales livrent aux États
- Voir l’épisode 2 : Quand les Etats, même démocratiques, doivent payer de gigantesques amendes aux actionnaires des multinationales
- Voir l’épisode 3 : Ce petit milieu d’avocats d’affaires qui gagne des millions grâce aux traités de libre-échange

À propos de cet article

Cette enquête a été publiée initialement en néerlandais par les magazines De Groene Amsterdammer et Oneworld. Elle est publiée en exclusivité en français par Basta ! et, le même jour, en allemand par le Spiegel online. [L’article original a été légèrement modifié et abrégé pour la présente publication. Une traduction intégrale est disponible sur le site de l’Observatoire des multinationales.

Voir aussi, des mêmes auteurs, cet autre article traduit par l’Observatoire des multinationales : « Pétrole ougandais : Total cherche à échapper à l’impôt grâce à un traité de libre-échange ».

Le texte ci-dessous présente la recherche qui sous-tend l’enquête :

Les critiques du TAFTA, le traité de commerce en discussion entre l’Union européenne et les États-Unis, ont pour cible prioritaire les mécanismes de résolution des litiges État-investisseurs, ou ISDS (pour Investor-State Dispute Settlement, en anglais). Il s’agit d’un mécanisme grâce auquel les investisseurs peuvent poursuivre un État s’ils estiment avoir été traités de manière inéquitable. Selon ces critiques, les multinationales se voient ainsi donner le pouvoir sans précédent d’échapper aux lois, à travers une sorte de système de justice privatisée contre lequel aucun appel n’est possible.

En réalité, l’ISDS n’est pas un phénomène si nouveau. Les plaintes ne sont pas simplement déposées contre nous, pays européens ; au contraire, c’est plus souvent de nous qu’elles proviennent. En 2014, pas mois de 52 % de toutes les plaintes connues avaient pour origine l’Europe occidentale.

Le nombre total de cas est impossible à connaître. Les données sont difficiles à obtenir. C’est pourquoi des journalistes de De Groene Amsterdammer et Oneworld ont entrepris quatre mois de recherches, avec le soutien d’EU Journalism Grants.

Ce travail a notamment débouché sur une cartographie interactive unique en son genre de tous les cas d’ISDS, dont beaucoup n’ont jamais été cités dans la presse. Cartographie qui inclut, autant que possible, le nom des arbitres, les plaintes, les suites et, dans de nombreux cas, le résumé des différends. Pour la présente enquête, nous avons interrogé de nombreux arbitres, des avocats, des investisseurs, des chercheurs et des fonctionnaires, y compris des représentants de pays qui se sentent dupés par l’ISDS, comme le Venezuela, l’Afrique du Sud ou l’Indonésie.

La cartographie et les articles qui l’accompagnent sont disponibles sur le site www.aboutisds.org. Ils ont été publiés initialement en néerlandais à l’adresse www.oneworld.nl/isds.

 

 

 

18/02/2016

Paris : un célèbre herboriste condamné pour «exercice illégal de la pharmacie»

lamentable condamnation...

Source : Le Parisien

| MAJ :

 
 
 

Il affirmait pouvoir combattre 80% des maladies avec des plantes : l'herboriste Jean-Pierre Raveneau a été condamné ce mercredi à un an de prison avec sursis pour «exercice illégal de la pharmacie en récidive».

Le tribunal correctionnel de Paris l'a également condamné pour «commercialisation ou distribution de médicaments (...) dépourvus d'autorisation de mise sur le marché, ouverture d'un établissement pharmaceutique sans autorisation et contrebande de marchandises prohibées». Il a assorti la condamnation d'une mise à l'épreuve de trois ans.

Un an de prison ferme et 50.000 euros d'amende avaient été requis à son encontre.

Tisanes, huiles essentielles… dans cette célèbre herboristerie parisienne de la rue d'Amsterdam (VIIIe), près de la place Clichy, une des plus vieilles d'Europe, les amateurs pouvaient se fournir, entre balance en cuivre et pilon, en plantes médicinales en vrac et en mélanges préparés sur place dans un petit laboratoire.

Hypertension, virus H1N1, troubles de la prostate, psoriasis, paludisme, fibromes, herpès génital ou constipation extra-forte, Jean-Pierre Raveneau expliquait à ses clients pouvoir combattre 80% des maladies.

Un combat contre le «monopole pharmaceutique»

Problème, depuis 1941, la loi réserve aux seuls pharmaciens de l'ordre et à leurs officines le quasi-monopole de l'exploitation des plantes médicinales à l'exception de 150 d'entre elles, jugées non-toxiques. Le dernier herboriste diplômé a lui disparu en 2000 à 95 ans. Et Jean-Pierre Raveneau, bien que docteur en pharmacie, n'était plus inscrit à l'ordre et n'exerçait pas dans une officine.

«J'ai toujours estimé qu'il était possible avec un diplôme de pharmacien d'exercer dans l'herboristerie», avait justifié Jean-Pierre Raveneau à l'audience, expliquant avoir passé une bonne partie de sa vie à s'opposer au «monopole pharmaceutique» en obtenant la déclassification de la vitamine C, de minéraux et d'oligo-éléments, assimilés auparavant à des médicaments.

Mercredi, le tribunal a également condamné la propriétaire de l'établissement et d'une autre herboristerie parisienne, Nicole Sabardeil, à trois mois de prison avec sursis et 2000 € d'amende et sa société Pharma Concept à 50 000 € d'amende. Un revendeur, Mamadouba Camara, a écopé de 3000 € d'amende avec sursis. L'ensemble des prévenus devront en outre verser solidairement 2000 € de préjudice moral à l'ordre des pharmaciens qui s'était constitué partie civile.

«Mon but a toujours été d'apporter du bien-être»

«Pour vendre les produits retrouvés dans leurs herboristeries, M. Raveneau et Mme Sabardeil auraient dû être inscrits à l'ordre des pharmaciens», a jugé le tribunal. Leurs établissements ne sont pas des officines alors qu'ils dispensaient au détail «des médicaments» et qu'on y exécutait «des préparations magistrales ou officinales».

«M. Raveneau a constitué un circuit parallèle en suivant la mode des médecines alternatives», avait expliqué à l'audience un contrôleur de l'agence régionale de santé. «Les plantes, c'est l'origine du médicament. Elles ont des vertus mais peuvent aussi être du poison. En 2009, on avait dit à Raveneau qu'il exerçait une activité illégale, il n'en a pas tenu compte.»

«Je ne délivre pas d'ordonnances, rien que des conseils. J'ai vendu des plantes et des mélanges mais pas des médicaments. Mon but a toujours été d'apporter du bien-être. Quand je parle de combattre (une maladie), c'est s'y opposer mais je n'ai jamais prétendu guérir telle ou telle pathologie», avait plaidé le prévenu.

 

 

15/01/2016

Le clitoris au fil des siècles, de sa découverte à sa mauvaise réputation

Source : http://www.racontemoilhistoire.com/2015/04/27/clitoris-au-fil-siecles-decouverte-mauvaise-reputation/

Attention, dans cet article, présence d’illustrations à caractère sexuel, avec des poils. Si tu es mineur, tu peux quand même regarder. Surtout si tu veux voir un clitoris chanter du Claude François. Les personnes peu à l’aise avec leur corps et l’humour peuvent connaitre quelques difficultés. Je me dégage de toute responsabilité. En revanche, dans les liens, il y a des images avec du sang, de la souffrance et de la vérité. A vous de voir si vous cliquez ou pas.

Le clitoris existe depuis toujours, enfin, depuis l’humain quoi (et certains animaux, oui oui), mais si on en croit les scientifiques… C’est pas si vieux. 

L’Antiquité

En -300 Hypocrate a bien compris que c’est l’organe du plaisir féminin, il l’appelle « le serviteur qui invite ses hôtes ». A cette époque, on pense que sans plaisir, la femme ne peut pas engendrer. Du coup, on stimule à fond. Cette pensée va s’étendre à tout le Moyen-Age. Même si l’Église trouve le sexe dégueulasse, les médecins préconisent le massage de cet organe encore un peu inconnu. Mais le premier mec à le nommer vraiment, c’est au milieu du XVIème siècle. Ouais, quand même… Avant, c’était un peu une zone d’ombre. On allait quand même pas ausculter le jardin secret d’une femme lol. Aujourd’hui, je vous raconte l’histoire du clitoris, pas depuis son invention mais depuis sa découverte. Et c’est déjà pas mal.

1559 : La grande découverte

Avant le XVIème siècle, on a pas de trace du clitoris, ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas, non, ça veut dire qu’on ne s’y intéresse pas. Ou qu’on le cache. Ou les deux. En 1559, le médecin italien Mateo Realdo Colombo (on dirait un nom de pizza, j’aime bien) s’intéresse au sexe féminin, et à l’anatomie. Nécessairement, il tombe sur cet organe que tout le monde semble ignorer. Il fait quelques recherches, et après quelques expériences il déclare «  le clitoris est par excellence le siège du plaisir de la femme ». Il appelle ça « un organe si joli et tellement utile ».

Bien ouej mec ! T’es peut-être pas le premier à t’en rendre compte, mais t’es bien le premier à le crier haut et fort. ! Il le dessine même, mais en tout petit.

Malheureusement, au fil des siècles, ça va foirer. Les mecs semblent oublier ce détail, pourtant important, de la femme. D’ailleurs, à la même époque, André Vésale, anatomiste et médecin, pas la moitié d’un con, estime que le clitoris est une malformation de la femme. Genre, un truc hermaphrodite, une bite qui a mal tourné. Du coup, on a tendance à les enlever. Une excision quoi…

Le XVIIème siècle : le clitoris est le pénis de la femme

 

Au XVIIème siècle, la médecine signale le clitoris sur de nombreux dessins anatomiques, c’est une belle avancée. Les médecins le comparent au pénis de l’homme, ce qui est finalement plutôt positif quand on sait à quel point les hommes tiennent à leur bite. Et au XVIIème siècle, les médecins sont des hommes. Des hommes cools, mais pas trop trop non plus. S’ils sont pour la stimulation clitoridienne, c’est pas pour la femme et son plaisir, non. C’est parce qu’à l’époque, comme à l’Antiquité, on pense que la femme doit avoir un orgasme pour tomber enceinte. Aussi, la masturbation clitoridienne est-elle franchement mise en avant. On l’encourage, et on tente à mort l’orgasme simultané. Tu sais, c’est quand le monsieur et la dame ont un orgasme en même temps. Oui, ça existe même en dehors des pornos. Enfin, à ce qu’il paraît.

Lumières sur le clitoris*

*Je crois que je n’ai jamais été aussi fière d’un sous-titre. C’est pas mal non ? On parle du XVIIIème siècle, on parle du clitoris, on parle des Lumières et du clitoris… bref.

Les philosophes des Lumières, la liberté, l’amour, le plaisir ? Tu parles. Que dalle ! Au XVIIIème siècle, c’est la fin de l’heure de gloire du clitoris. On pense finalement que l’organe exclusivement féminin est la source de tous les maux de la terre. Le docteur Tissot parle de toutes les maladies produites par la masturbation. (tu peux cliquer, c’est un peu drôle). L’onanisme c’est le mal absolu, bin oui, chaque personne qui se masturbe s’éloigne un peu de la grossesse, et c’est pas le tout, mais on a un taux de natalité à tenir. Y’a des guerres, et on a besoin de bonhommes comme chair à canon. Toutes les pratiques masturbatoires sont aussi bien perçues que les contraceptifs. Alors imagine un peu…

Au tout début du XIXème siècle, en Allemagne, on a pas peur d’enlever l’intégralité du clitoris sur les petites filles qui osaient mettre leur main dans la culotte. Sauf que 1) c’est vraiment fils de plâtre de faire ça 2) il y avait plus de 20% de mortalité suite à des infections de la vulve. Super. Grande classe. C’est pas en tuant les femmes que vous aurez des gosses les baltringues.

Le XIXème siècle : jouir oui, mais à deux seulement

 

On retourne au XVIIème siècle, le clitoris, oui, mais en couple seulement. Pour porter en elle le fruit de son mariage, la meuf doit nécessairement jouir pendant le coït… Une femme qui ne jouit pas est une femme infertile. Et franchement, c’est pas classe du tout hein. Aussi, une femme qui se masturbe seule peut avoir des pensées « mauvaises », genre fantasmer sur le voisin, ou pire, la voisine. Aussi, un mari se doit de caresser sa femme jusqu’à l’orgasme, de peur qu’elle soit insatisfaite et doive le faire seule… Ou avec le voisin. Ou la voisine. Mais du coup, la femme célibataire ou veuve, elle fait comment pour éviter ce genre de pensées nauséabondes qu’est le plaisir ? Eh bien… Elles vont chez le médecin. Pas pour se faire exciser non non, on est pas des sauvages. Non, je déconne, évidemment, ça existe. Pour lutter contre les pratiques masturbatoires, on excise… C’est le cas des docteurs Thésée Pouillet, Pierre Garnier, et aussi Paul Broca, des hommes évidemment. Mais l’excision n’est pas la seule solution, et heureusement…

Les femmes ont recours à l’orgasme médicalement assisté.

Beaucoup de femmes sont considérées comme hystériques, rappelons que c’est une maladie imaginaire, ça n’a jamais existé. Les hommes ont créé cette maladie pour pouvoir mieux enfermer les femmes un peu chiantes, au fort caractère, ou un peu cinglées. C’est vrai, beaucoup de meufs étaient considérées comme hystériques et beaucoup avaient des profils très très différents. Pour soigner l’hystérie, donc, les médecins préconisaient les orgasmes médicalement assistés. Pourquoi ? Parce que ça rapporte du fric ! Cela a pu représenter jusqu’à 30% de leur chiffre d’affaire. J’veux dire, ça commence à compter sur une carrière.

En 1840, on commence à penser que le clitoris n’a peut-être rien à voir avec la reproduction. On le dessine et tout. (image 1)(image 2). Charles Négrier, un médecin français l’explique dans Recherches anatomiques et physiologiques sur les ovaires dans l’espèce humaine, considérés spécialement sous le rapport de leur influence dans la menstruation

1930, on efface le clitoris

En 1905, Freud explique que la sexualité clitoridienne est infantile. La seule qui importe est celle de la pénétration vaginale, parce qu’on a toujours besoin d’un vrai bonhomme tavu. Aussi, les petites filles qui stimulent leur clitoris ne font que revendiquer leur envie d’avoir une bite… En gros le clitoris doit disparaître, et les femmes ont besoin de thérapie. Business is business hein.

Dans les années 1930, le monde de la médecine s’est enfin mis d’accord sur le fait que le clitoris ne joue absolument aucun rôle dans la reproduction. Aucun. L’organe est complètement inutile, c’est un gadget égoïste de la femme, ou pire encore un moyen contraceptif. Bin oui, la masturbation éloigne de la procréation tout ça… Alors, le verdict est sans appel : le mot clitoris est enlevé du dictionnaire. Ni plus ni moins. Comme si ça n’existait pas. Dans les années 1960, ça va être encore pire. C’est l’obscurantisme total. On en parle pas, on ne le touche pas, ça n’existe pas… Et puis, y’a la révolution sexuelle, alors on en parle pas mais on le touche. C’est déjà pas mal…

Le clitoris d’aujourd’hui

En 2010, Annie Sautivet lance une étude sur les adolescents français et le clitoris… Seulement 50% des 13/14 ans connaissent l’existence du clitoris. Peu savent le situer… Et parmi eux, il n’y a que 16% qui connaissent sa fonction érogène… Eh beh, on est pas sortis du sable hein…

Enfin, de nos jours, de nombreuses associations luttent encore contre l’excision des jeunes filles dans le monde. C’est plus ou moins efficace. On en entend un peu parler, mais pas trop, j’veux dire, c’est quand même vachement moins grave que de couper la bite d’un monsieur, parce que le monsieur il ne pourra plus avoir d’enfant, alors que la dame, même sans clitoris, elle peut. Le plaisir est secondaire. Ou interdit, ça dépend. Quant à la douleur, on s’en fout. Et les conditions d’hygiène ? Lol, rien à foutre (image pouvant un peu heurter ta sensibilité). La femme ne fait pas de sexe pour prendre du plaisir, seulement pour pérenniser l’humanité… Pour en savoir plus, tu peux lire cet article. Ca fait froid dans le dos.

Eh voici l’histoire du clitoris résumée en une image par Pauline Roland (son site, son fb, son twitter), c’est ici.


 

 

 

 

29/12/2015

La Méditerranée empoisonnée

Source : https://www.monde-diplomatique.fr/2015/05/LANDREVIE/52952

 

Mercredi 23 décembre 2015. Suite à la décision du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT) du 22 décembre, l’usine de Gardanne, objet d’une enquête dans notre édition de mai 2015, bénéficie d’un nouveau sursis pour mettre en conformité ses rejets liquides, tandis que le problème du stockage sur site demeure entier.

Economie circulaire ou recyclage toxique ?

Voici l'article de Mai 2015 à ce sujet :

Au nom de la préservation de l’emploi, l’usine d’alumine des Bouches-du-Rhône a bénéficié d’un très long moratoire pour mettre fin aux rejets de boues rouges dans la Méditerranée. Vingt ans plus tard, la pollution perdure et l’emploi n’a jamais paru autant menacé, faute de solutions durables. Les documents que nous versons au dossier démontrent l’importance de l’enjeu sanitaire.

Arsenic, uranium 238, thorium 232, mercure, cadmium, titane, soude, plomb, chrome, vanadium, nickel : voilà quelques composants des « boues rouges » déversées chaque jour par centaines de tonnes dans la mer Méditerranée. Une canalisation construite en 1966 rejette ces déchets à sept kilomètres des côtes, au cœur d’un site remarquable par sa biodiversité, devenu en avril 2012 le parc national des Calanques. En un demi-siècle, près de trente millions de tonnes ont été répandues à deux cent cinquante mètres de profondeur. Elles dispersent leurs éléments toxiques du golfe de Fos à la rade de Toulon, s’ajoutant aux eaux polluées du Rhône.

Ces boues émanent de l’industrie de l’aluminium. Une histoire ancienne dans cette région : la bauxite, le minerai d’aluminium, fut découverte aux Baux-de-Provence en 1821. Le procédé Bayer, mis au point à Gardanne à partir de 1893, consiste à dissoudre l’alumine qu’elle contient avec de la soude, ce qui génère une grande quantité de résidus toxiques à forte coloration rouge. L’usine appartient aujourd’hui à la société Alteo, premier producteur mondial d’« alumines de spécialité », qui exporte chaque jour plus de mille deux cents tonnes de produits finis, en particulier pour la confection d’écrans plats à cristaux liquides et de tablettes tactiles. Sur un territoire où le travail devient rare, Alteo représente près de quatre cents emplois directs et plus d’un millier en comptant la sous-traitance.

De Marseille à Cassis, les marins remontent des filets teintés de rouge et des poissons chargés en métaux lourds. Certaines espèces ont totalement disparu. Le « crime » a pourtant été dénoncé dès 1963, au moment du projet de canalisation, par le célèbre biologiste Alain Bombard. Océanographe à la retraite, Gérard Rivoire s’inquiète aussi de l’exposition radiologique : « La radioactivité naturelle de la Méditerranée est de 12 becquerels par litre ; celle des boues à la sortie du tuyau dépasse les 750 Bq/l. C’est un risque majeur pour la faune marine et pour la chaîne alimentaire. »

Alteo conteste cette analyse. Certaines études — financées par l’entreprise — permettraient de conclure à une « absence d’impact notable des résidus sur les animaux aquatiques, y compris à forte profondeur (1) ». Les batailles d’experts et l’identité de leurs commanditaires mettent en évidence la difficulté de faire valoir l’intérêt public en matière d’environnement et de santé.

Visite chez Emmanuel Macron

« Cela fait vingt ans qu’ils auraient dû se mettre aux normes », s’insurge Mme Corinne Lepage. Ministre de l’environnement en 1995, elle avait donné à l’exploitant jusqu’au 31 décembre 2015 pour cesser les rejets. Elle ne faisait là qu’honorer la signature par la France de la Convention pour la protection de la mer Méditerranée contre les pollutions, adoptée à Barcelone en 1976 et renforcée en 1995.

Jouant sur un compte à rebours désormais serré, l’exploitant espère aujourd’hui imposer sa solution : séparer les éléments solides et liquides de ces boues grâce à un système de filtres-presse qui permet la valorisation de ces déchets. Miracle de l’« économie circulaire », les boues rouges deviennent alors de la Bauxaline, une matière première étanche utilisée comme remblai. En mai 2014, la société Aluminium Pechiney, propriétaire de la canalisation, demande à la préfecture une nouvelle concession de trente ans pour l’ouvrage, tandis qu’Alteo réclame une modification des conditions d’exploitation de son usine de Gardanne : plutôt qu’un arrêt total de tout rejet, elle souhaite obtenir l’autorisation de déverser en mer quatre-vingt-quatre tonnes par an d’effluents liquides.

Le 8 septembre 2014, le conseil d’administration du parc national des Calanques suscite un vif émoi en donnant son feu vert par trente voix contre seize. Son avis est assorti de réserves : il demande notamment un contrôle continu des rejets par un comité indépendant et le suivi de l’état de la canalisation. Un avis non conforme aurait probablement conduit à la fermeture de l’usine, ce que les élus locaux redoutaient, mais sans s’être inquiétés lorsqu’il était encore temps ni des conséquences sanitaires ni des risques de délocalisation. Devant le tollé, la ministre de l’écologie Ségolène Royal commande trois expertises et, dans un communiqué du 19 septembre, rappelle qu’« il faut viser un objectif de zéro rejet d’arsenic et de métaux lourds en mer ».

Premier à rendre ses travaux, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) reconnaît que les effluents résiduels ne respecteraient pas, pour sept paramètres, les valeurs limites fixées en 1998 par l’arrêté ministériel sur les rejets liquides dans le milieu naturel des installations classées (2). Evoquant des solutions combinées qui réduiraient très fortement les rejets mais « nécessiteraient plusieurs années pour être mises en place », il conclut au sujet de la proposition d’Alteo : « C’est la seule solution opérationnelle à la fin 2015, qui ne remet pas en cause la continuité de l’activité industrielle. »

« On n’en attendait pas moins du BRGM », lance Mme Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe Europe Ecologie - Les Verts (EELV), qui se mobilise depuis 2010 avec son collègue José Bové pour exiger l’arrêt des rejets. Le BRGM peut difficilement passer pour indépendant : il figure comme partenaire d’Alteo pour la commercialisation de la Bauxaline dans le cadre d’un projet européen baptisé « Bravo » (3) — ce que Mme Royal pouvait difficilement ignorer.

Pour sa part, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) indique que la Méditerranée « semble contaminée par le mercure avec la même amplitude que le reste des océans (4) », ni plus ni moins. L’étude note toutefois que le canyon sous-marin de Cassidaigne, où débouche la canalisation, présente des concentrations en mercure de « deux à huit fois la valeur de référence géologique » et recommande le recueil d’informations complémentaires dans la zone de rejet.

Alors que l’industriel se retranche derrière les enquêtes qu’il finance pour affirmer « l’innocuité générale des résidus collectés en mer », les conclusions de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) apparaissent bien plus critiques à son égard. Selon elle, le nombre très limité de données fournies par Alteo rend les interprétations « très difficiles » (5). Les experts sanitaires recommandent de réaliser de nouvelles campagnes de pêche, de déterminer la composition réelle de l’effluent futur et de caractériser les concentrations en contaminants associés à la transformation de la bauxite. Le 7 avril dernier, au vu de ce rapport, Mme Royal a stoppé net l’enquête publique sur les projets d’Alteo et demandé de nouvelles analyses, cette fois sous le contrôle de l’Anses. Alarmée par les conditions d’entreposage des résidus miniers, la ministre demande aussi au préfet d’intervenir sur le site de production.

Car la mer, les baigneurs, les poissons et ceux qui les mangent ne sont pas les seuls concernés par les dangers de contamination. L’inquiétude monte aux abords du site de Mange-Garri, situé sur une commune voisine de Gardanne. Depuis des décennies, des déchets de fabrication viennent y échouer. Selon une autorisation préfectorale du 16 novembre 2012, la Bauxaline peut y être déposée jusqu’en 2021. En janvier dernier, coup de théâtre : le maire de Bouc-Bel-Air interdit aux riverains du site de boire l’eau de leur puits, ainsi que de l’utiliser pour l’arrosage ou même pour remplir leur piscine. Alteo vient de signaler une résurgence polluée, afin de « prévenir tout risque sanitaire éventuel ».

Faute d’expertise fiable, Le Monde diplomatique a fait analyser des prélèvements par le laboratoire de toxicologie biologique et pharmacologie de l’hôpital Lariboisière à Paris. L’eau a été recueillie le 31 janvier 2015 en trois points : au niveau de la résurgence, dans un puits privé et à la sortie du tuyau où l’usine déverse ses eaux pluviales dans la Luynes, la rivière la plus proche. On y retrouve les mêmes éléments que dans les boues rouges, y compris de l’uranium 238. Les analyses que nous avons commandées montrent des concentrations en aluminium bien supérieures à celles admises par la réglementation. Les taux mesurés se révèlent supérieurs à ceux d’un document provisoire concernant les prélèvements effectués les 3 et 4 février 2015 par Antea Group pour le compte d’Alteo. Les eaux pluviales charrient également de grandes quantités d’arsenic (6). Ce qui démontre l’absence d’étanchéité du dépôt de Mange-Garri.

Autre préoccupation : la radioactivité du site se révèle trois à cinq fois plus élevée que la radioactivité naturelle. En 2006, l’industriel avait missionné la société Algade pour étudier l’impact sur l’environnement (7). L’enquête avait conclu que l’exposition du public à cette radioactivité ne pouvait dépasser le dixième de la valeur admise par la réglementation française. Pour Alteo, ces résidus ne sont pas plus radioactifs que certaines roches comme le granit. Mais les effets sur la santé peuvent être très différents en cas d’inhalation de radionucléides via les poussières de boues rouges.

En novembre 2014, des prélèvements avaient été étudiés par un laboratoire indépendant, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), qui indiquait (8) : « Dans les déchets analysés, on constate des teneurs nettement supérieures à la moyenne de l’écorce terrestre pour l’uranium 238 et ses descendants (environ 140 Bq/kg) ; le thorium 232 et ses descendants (environ 340 Bq/kg). » Certes, ces résultats ne sont guère éloignés des mesures faites par Algade. Mais la Criirad en tire des conclusions très différentes. Compte tenu des insuffisances méthodologiques concernant le type de radioéléments détectés et la non-prise en compte des ingestions de poussière, il n’y aurait aucune certitude sur l’innocuité de l’exposition des habitants : l’effet peut se combiner avec la contamination chimique, et l’on sous-estime les impacts à long terme. D’autre part, l’étude de l’Algade ne démontre pas l’absence de radon 222 dissous, ni de plomb et de polonium 210, très radiotoxiques en cas d’ingestion.

Concernant le recyclage de la Bauxaline, il faudra tenir compte de la nouvelle directive européenne, en cours de transposition (9), qui oblige notamment à calculer les concentrations en thorium et en uranium. La Commission européenne autorise la commercialisation pour des concentrations ne dépassant pas un indice inférieur ou égal à 1. Selon la Criirad, l’indice de la Bauxaline serait compris entre 2 et 4. Pour la vendre à des constructeurs de routes ou d’ouvrages d’art, Alteo devra impérativement faire baisser la radioactivité en la mélangeant à d’autres substrats. Si l’on ajoute le coût du transport, le projet est-il seulement viable ?

En apprenant, début avril, la demande d’études complémentaires et le report de l’enquête publique — probablement à l’automne —, les dirigeants d’Alteo sont immédiatement allés plaider leur cause auprès du ministre de l’économie Emmanuel Macron. Au sortir de cette rencontre, M. Eric Duchenne, numéro deux de l’entreprise, affirmait que la fermeture de l’usine n’était pas à l’ordre du jour.

La Bauxaline séduit en tout cas les élus locaux. Quel que soit leur bord, ils se contentent généralement des études fournies par l’exploitant, pourtant dénoncées depuis des années par les associations écologistes ou les pêcheurs. L’un des élus les plus coopératifs se nomme François-Michel Lambert, député EELV des Bouches-du-Rhône. Le recyclage des boues en matériaux de construction devient une solution emblématique pour l’Institut de l’économie circulaire, qu’il préside. Et qu’a naturellement rejoint l’établissement de Gardanne, aux côtés de nombreuses autres entreprises comme EDF, Vinci ou Veolia.

« Au total, nous avons investi une trentaine de millions d’euros », souligne M. Duchenne. L’investissement dans les trois filtres-presse rassure aussi les syndicats, même si l’ambiance au sein de l’entreprise « n’est pas excellente », selon Mme Brigitte Secret, déléguée syndicale CFE-CGC : « Aujourd’hui, les gens de l’usine en ont un petit peu ras le bol de tout ça. C’est la meilleure technique connue actuellement sur le marché. L’usine a investi des sommes colossales pour réduire son impact environnemental. Alteo s’est équipé de nouvelles machines pour ramasser les poussières et on pratique des arrosages systématiques de nos produits pour qu’il n’y ait pas d’envolement. »

Ristourne sur la redevance de l’eau

Un salarié qui a souhaité rester anonyme se montre plus circonspect : « C’est très difficile de connaître la vérité. En tant qu’employés d’Alteo, on ne veut ni se mettre en danger ni devenir des pollueurs professionnels, c’est une évidence. Mais je pense que les salariés prennent le risque de ne pas connaître toute la vérité pour continuer à bosser. Ils n’ont pas envie qu’on dise qu’il faut fermer l’usine parce qu’il y aurait un danger pour notre santé. Parce que si on ferme l’usine, ça fait mille personnes au chômage, là, d’un seul coup ! »

En réalité, les trois filtres-presse destinés à déshydrater les boues ont été financés pour moitié par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse. Un joli cadeau auquel s’ajoute une ristourne sur la redevance de l’eau, passée de 13 millions d’euros à seulement 2, 6 millions en 2014. Lorsqu’il était encore député, en 2012, l’actuel maire de Bouc-Bel-Air, M. Richard Mallié (UMP), a été à l’origine d’un amendement sur mesure permettant ce rabais dans la loi de finances rectificative. « Il fallait bien sauver l’usine », justifie-t-il aujourd’hui.

L’entreprise qui a su s’attirer tant de faveurs appartenait à l’origine à Aluminium Pechiney, qui est resté propriétaire des infrastructures. Après le rachat en 2003 de Pechiney par Alcan, lui-même racheté quatre ans plus tard par Rio Tinto, elle est tombée en 2012 dans l’escarcelle de l’américain HIG Capital. Celui-ci fait partie de la galaxie des fonds de placement qui ont activement soutenu la campagne du républicain Willard (« Mitt ») Romney contre M. Barack Obama lors de l’élection présidentielle américaine de 2012 (10).

En attendant les compléments d’enquête sur l’environnement demandés par la ministre de l’écologie, les questions de santé publique restent les plus difficiles à éclaircir. Les envols d’éléments toxiques inquiètent les riverains, qui suffoquent littéralement quand le mistral se lève. En visitant leurs maisons, on peut voir les traces de cette poussière rouge qui s’infiltre partout. D’après notre décompte, sur la vingtaine d’habitants vivant au plus près du dépôt de boue, huit souffrent de cancers, une de la maladie de Charcot et cinq ont des problèmes de thyroïde. Pressé par ses administrés depuis des mois, le maire de Bouc-Bel-Air vient de demander une enquête au ministère de la santé. L’Agence régionale de santé (ARS), quant à elle, refuse de livrer ses chiffres de morbidité par cancer pour les communes de Gardanne et de Bouc-Bel-Air. Et le médecin du travail qui s’occupe des salariés de l’usine n’est guère plus loquace…

Barbara Landrevie

Journaliste.
Monde Diplomatique
 

(1) Questions-réponses sur www.alteo-environnement-gard...

(2) « Usine d’alumines de spécialités d’Alteo Gardanne. Tierce expertise… » (PDF), rapport final du BRGM, Orléans, décembre 2014.

(3) Bauxite Residue and Aluminium Valorisation Operations, projet soutenu par la Commission européenne.

(4) Expertise sur la « Contamination significative historique en milieu marin en Méditerranée... » (PDF), Ifremer, Issy-les-Moulineaux, 23 janvier 2015.

(5) Appui scientifique et technique de l’Anses, saisine no 2014- SA-0223, Maisons-Alfort, 2 février 2015.

(6) L’aluminium est neurotoxique. L’arsenic est cancérigène, également responsable de troubles digestifs et de la reproduction.

(7) Algade émane de l’ancienne Cogema, aujourd’hui Areva.

(8) Rapport publié sur le site Hexagones.fr, décembre 2014.

(9) Directive 2013/59/Euratom.

(10) « Vote counting company tied to Romney », Free Press, 27 septembre 2012.

UE - Le Parlement dénonce les excès des brevets sur le vivant Eric MEUNIER

Source : http://www.infogm.org/5882-europe-parlement-denonce-exces-brevet-sur-le-vivant

décembre 2015

 

Le jeudi 17 décembre, les députés du Parlement européen ont adopté à une forte majorité [1] une résolution, non contraignante, qui demande à la Commission européenne de clarifier les règles légales pour que les produits (végétaux ou animaux) obtenus par des techniques de sélection reproduisant des phénomènes naturels [2] soient exclus de la brevetabilité.

 
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La brevetabilité du vivant est en pleine expansion dans l’Union européenne. Le 25 mars 2015, la Grande Chambre de l’Office européen des brevets (OEB) confirmait en effet qu’un produit végétal est brevetable même s’il a été obtenu par un procédé non brevetable qui « consiste intégralement en des phénomènes naturels tels que le croisements ou la sélection » [3] [4].

Par ailleurs, les nouvelles techniques de biotechnologie, brevetables, permettent, de facto, de breveter tous les produits qui en sont issus... et par ricochet, certains caractères des plantes dits « natifs » parce qu’ils existent ou peuvent exister naturellement. Le langage courant a consacré l’expression très approximative et réductrice de « gène natif ». Il ne s’agit en effet que très rarement d’un seul gène et la plupart du temps, aucune séquence génétique n’est clairement identifiée. Un caractère, « trait » ou « unité fonctionnelle d’hérédité » brevetable est dans les faits constitué de l’association d’une fonction (résistance à un insecte, tolérance à un herbicide, caractères nutritionnel...) à son support physique héréditaire qui n’est pas obligatoirement décrit avec précision et dont seule la présence est identifiée par des paramètres génétiques, moléculaires, chimiques ou physiques. Ces paramètres, dématérialisés pour pouvoir être compilés dans des bases de données informatiques, sont qualifiés d’« information génétique » ; « génétique » parce qu’elle identifie un support héréditaire, même en l’absence d’indication du moindre paramètre strictement génétique.

Des brevets sur les « gènes natifs » légalement possibles en Europe

L’Union européenne a réglementé son droit des brevets en adoptant en 1998 la directive 98/44. Selon cette directive, l’identification du lien entre une information génétique et une fonction exprimée par certaines plantes ou certains animaux peut être qualifiée d’invention brevetable dès lors qu’elle est nouvelle et susceptible d’application industrielle. Ce brevet s’applique alors à toutes les plantes, à tous les animaux et à leurs produits contenant l’information génétique et exprimant la fonction décrite dans le brevet, qu’ils soient ou non issus de la multiplication du produit breveté ou de l’utilisation du procédé breveté.

Pour les agriculteurs et les obtenteurs de nouvelles variétés, cela pose un sérieux problème : si une séquence génétique brevetée se trouve « naturellement » ou suite à une contamination « accidentelle » dans leurs semences, leur usage est de facto soumis à l’autorisation du détenteur du brevet. Pour les agriculteurs, cela les oblige tout simplement à acheter chaque année des semences brevetées afin de pouvoir amener la preuve qu’ils ont payé les droits de licence qui sont exigés dès qu’une rapide analyse de leur récolte révèle la présence du marqueur génétique d’un brevet. Pour les obtenteurs, cela remet en cause le régime de propriété intellectuelle portant sur les variétés de plantes adopté en Europe, le Certificat d’Obtention Végétale (COV). Ce COV prévoit en effet une exception pour les obtenteurs qui leur permet non seulement de sélectionner une nouvelle variété en utilisant une variété protégée par un COV, mais aussi de commercialiser la nouvelle variété ainsi obtenue sans rien devoir au propriétaire du COV. Ce qui n’est pas le cas pour le droit européen des brevets, pour lequel l’obtenteur doit obligatoirement obtenir une licence d’exploitation s’il veut travailler avec une plante portant un caractère breveté. D’où le problème qui se pose aujourd’hui aux agriculteurs et aux obtenteurs, qui de plus ne savent souvent même pas si les plantes qu’ils cultivent ou qui sont les bases de leur sélection variétale sont couvertes par des brevets ou non.

Les professionnels des semences, industries comme organisations de la société civile, se sont donc mobilisés [5]. Mais les objectifs ne sont pas les mêmes. En effet, de nombreuses organisations de la société civile réclament depuis longtemps une interdiction totale des brevets sur le vivant. Les industries souhaitent, elles, renforcer leur compétitivité.

À la demande des semenciers, certains pays européens [6] ont déjà introduit dans leurs lois nationales une exception de recherche permettant d’utiliser librement un produit breveté pour des travaux de recherche ou de sélection sans rien demander ni payer au titulaire du brevet. Il en est de même du futur brevet unitaire européen. Mais, sans le droit de licence correspondant, cette exception ne permet pas de commercialiser un nouveau produit s’il contient encore l’information génétique brevetée, ou s’il est issu de la multiplication, « sous forme identique ou différenciée », du produit du procédé initialement breveté. Le nouvel obtenteur peut par exemple élaborer un nouveau produit - contenant la même information génétique déjà brevetée par ailleurs - dès lors qu’il l’associe à une nouvelle fonction suffisamment différente de celle qui est décrite dans le premier brevet, ou composé de nouveaux indicateurs d’une même fonction, ou encore apporter un perfectionnement important au procédé initialement breveté... Mais l’exception de recherche ne l’autorise pas à commercialiser son nouveau produit sans obtenir un droit de licence du détenteur du premier brevet, contrairement à l’exception de l’obtenteur d’un COV qui n’impose pas cette obligation.

Pour pallier les risques de blocage de l’innovation sans renoncer à leurs brevets, certains semenciers se sont organisés au sein d’une plate-forme internationale de licences pour les végétaux dans laquelle ils s’assurent l’accès à leurs brevets respectifs [7]. Leur objectif est de rendre ce système obligatoire par la loi afin d’avoir accès aux brevets des grandes multinationales qui refusent d’y adhérer volontairement.

Un Parlement qui conteste l’interprétation d’une directive qu’il a lui-même votée

La résolution adoptée le 17 décembre 2015 au Parlement européen demande notamment que « la Commission [européenne] clarifie d’urgence les règles existantes - en particulier la directive sur les inventions biotechnologiques - […] afin de veiller à ce que les produits obtenus par une sélection conventionnelle ne puissent être brevetés ». Elle demande également que « l’UE et ses États membres (...) [garantissent] l’accès et l’utilisation du matériel obtenu à partir de processus [sic, le terme correct est en fait "procédé"] essentiellement biologiques pour la sélection végétale ». A toutes fins utiles, la résolution demande à la Commission de transmettre à l’OEB cette clarification qui devrait alors être mise en œuvre (l’OEB ne dépend pas de l’Union européenne mais doit, de facto, suivre la législation européenne puisqu’une majorité de ses membres y est soumise et qu’elle sert de référence pour l’interprétation de ses propres règles d’exécution).

Le Parlement européen précise également sa propre interprétation de la directive européen selon laquelle « les produits obtenus à partir de processus essentiellement biologiques, comme les plantes, les semences, les caractères ou les gènes natifs, devraient par conséquent être exclus de la brevetabilité ». Par cette interprétation, le Parlement, qui est chargé de co-rédiger les lois européennes, conteste frontalement l’application par le juge d’une directive qu’il a lui-même approuvée.

Une résolution qui favorise les technologies génétiques et ignore les besoins des petits sélectionneurs et des paysans

Si cette résolution répond aux attentes des gros obtenteurs qui détiennent déjà de nombreux brevets qu’ils peuvent échanger pour avoir accès à ceux de leurs concurrents, sa portée est à relativiser car elle ne couvre pas les produits obtenus par les nouvelles techniques de biotechnologie, brevetables, et qui peuvent, par ailleurs, exister naturellement.
Ainsi, une séquence génétique qui a été modifiée par mutagenèse dirigée par oligonucléotide [8] n’est pas exclue de la brevetabilité par cette résolution alors même qu’une séquence ne pouvant pas en être distinguée peut exister à l’état naturel [9] et se retrouver de ce fait couverte par le brevet.

Préalablement au vote, la Confédération Paysanne et le Réseau Semences Paysannes avaient réagi à la proposition de résolution en soulignant l’insuffisance de la directive 98/44 à protéger les agriculteurs et les petits sélectionneurs [10]. Les deux organisations soulignaient ainsi, à la veille du vote au Parlement européen, que cette résolution « réclame certes l’interdiction des brevets sur les plantes issues de procédés naturels de sélection, mais qu’elle ne s’oppose pas à la brevetabilité de leurs gènes ou caractères natifs lorsqu’ils sont recopiés et ré-assemblés par les nouvelles techniques de modification génétique ». Pour elles, « si cette résolution devenait loi, toutes les plantes et tous les animaux contenant un gène ou un caractère natifs ainsi brevetés ne pourraient plus être cultivées ni élevés librement, y compris celles et ceux qui ne sont pas issus du procédé breveté, mais de procédés naturels de sélection ». En d’autres termes, les brevets sur les « gènes natifs » obtenus à partir de procédés essentiellement biologiques seraient peut-être interdits ; mais si l’obtention de ces mêmes « gènes » est possible par une nouvelle technique de biotechnologie brevetable, alors ces brevets resteraient autorisés dans les faits.

De même, la résolution du Parlement européen demande à l’Union européenne « d’autoriser la sélection avec des matières biologiques relevant de la portée d’un brevet ». Pour aller plus loin que cette exception de sélection déjà existante dans quelques lois nationales [11] et obtenir un accès libre et gratuit aux traits brevetés pour commercialiser les produits issus de leur modification par la nouvelle sélection, certaines associations de semenciers comme Plantum [12] revendiquent une « exception totale de sélection ». Mais le Parlement ne les a pas suivies. Sa résolution n’exclut en effet pas un accès payant. Elle renvoie au contraire aux articles de la directive qui définissent les procédures de licences obligatoires que le détenteur du brevet ne peut certes pas refuser d’accorder à ceux qui les demandent, mais qui restent sonnantes et trébuchantes.

Cette demande est jugée insuffisante par la Confédération Paysanne et le Réseau Semences Paysannes qui considèrent que l’application aux brevets de cette exception, qu’elle soit partielle ou totale, est sans intérêt pour les agriculteurs et les petits sélectionneurs. En effet, dDans le cas du droit de protection des obtentions végétale qui la définit, cette exception permet d’utiliser une variété protégée afin d’en sélectionner une autre. Cette utilisation peut se faire par des procédés qui s’effectuent naturellement comme le croisement et la sélection, à la portée d’un paysan ou d’un petit sélectionneur. Mais dans le cas du brevet, cette exception ne permet pas l’utilisation du trait génétique breveté pour l’intégrer par croisement dans une nouvelle variété, ni pour reproduire des semences contaminées ou contenant naturellement les gènes brevetés. Cela annulerait de fait le brevet qui protège toutes les plantes caractérisées par ce seul gène, ou trait, et non par l’ensemble du génotype des plantes qui caractérise une variété. Cette exception permet uniquement l’utilisation du trait génétique breveté pour en sélectionner un autre selon ces organisations qui expliquent donc que « seules les grandes entreprises de biotechnologie modifient les gènes pour en sélectionner d’autres. Les agriculteurs et les petits sélectionneurs ne pourraient jamais profiter d’une telle « exception totale de sélection ». Elle serait réservée au club fermé des biotechniciens qui se partageraient ainsi l’exclusivité totale de l’accès au patrimoine semencier et animal sélectionné et conservé par des centaines de générations de paysans ».

Les deux organisations appelaient donc les parlementaires européens à « refuser toute forme de brevet sur les plantes, les animaux, leurs composantes génétiques ou leurs caractères natifs obtenus ou pouvant être obtenus par des procédés naturels tels que le croisement et la sélection » et à « exiger une exception totale de l’agriculteur n’entravant d’aucune manière ses droits de conserver, d’utiliser, d’échanger et de vendre ses propres semences et ses propres animaux de ferme, de vendre sa récolte, ses animaux et les produits qui en sont issus et d’accéder sans droit de licence à toutes les ressources génétiques dont il a besoin ». Définie par le droit des obtentions végétales, l’application de cette exception de l’agriculteur au droit des brevets serait, selon le Réseau Semences Paysannes, beaucoup plus forte que celle de l’exception de l’obtenteur. Contrairement à cette dernière qui ne permet d’utiliser le produit protégé par un droit de propriété intellectuelle que pour en sélectionner et en commercialiser un nouveau, l’exception de l’agriculteur permet de commercialiser un produit identique au produit protégé par le droit de propriété intellectuelle à partir du moment où il est issu de l’utilisation par les agriculteurs « à des fins de reproduction et de multiplication, sur leur propre exploitation, du produit de la récolte qu’ils ont obtenu par la mise en culture, sur leur propre exploitation » [13], de semences protégées par le droit de propriété intellectuelle. Les agriculteurs n’auraient ainsi pas besoin de modifier l’information génétique brevetée pour pouvoir utiliser leurs semences et commercialiser leur production.

La résolution adoptée par le Parlement européen est une résolution non législative, autrement dit un avis politique non contraignant pour la Commission européenne et l’Organisation européenne des brevets. Elle devient aussi un élément d’un possible débat à venir autour de la directive 98/44, même si elle ne demande pas explicitement que cette directive soit modifiée. Elle peut par contre constituer un argument de poids en cas de procédure auprès de la Cour européenne de justice, ou au cas où les États membres voudraient rouvrir la directive 98/44... Et les Pays-Bas ont déjà annoncé leur volonté de mettre à profit leur présidence de l’UE durant le premier semestre 2016 pour mettre ce sujet à l’ordre du jour du Conseil...

 

23/12/2015

« Comment la mafia du tabac nous manipule », un ouvrage saisissant sur les coulisses du lobby du tabac

 

Publiée mardi 18 août

Sorti il y a quelques semaines en librairies, l’ouvrage de Marc Lomazzi, journaliste et rédacteur en chef adjoint du Parisien-Aujourd’hui en France révèle, témoignages de cadres importants de l’industrie du tabac à l’appui, les coulisses du puissant lobby du tabac et ses méthodes dignes de la mafia.

Trafic d’influence, infiltration des hautes sphères de l’Etat, entente sur les prix, évasion fiscale, pots-de-vin, circuits parallèles de ventes, ciblage systématique des jeunes, l’auteur enquête au sein d’une industrie qui « tue en quinze jours autant que la route en un an »

 

Une petite idée de ce qui vous attend dans ce livre qu’il faut absolument lire !

Profession lobbyiste – L’auteur décrit le profil du lobbyiste dans cette industrie pas comme les autres, dont les 3 commandements sont de faire obstacle aux lois, peser sur la politique fiscale du gouvernement, influencer la fixation des prix du tabac. Via de multiples méthodes d’influence allant du pantouflage, en passant par la création d’études fantômes jusqu’à l’intimidation.

Députés enfumés – Elus mobilisés par les industriels du tabac pour monter au créneau, reprenant mots pour mots argumentaires, rapports parlementaires rédigés de A à Z par les lobbyistes de l’industrie du tabac, chantages aux élections, pseudo vote de fumeurs présentés comme hostiles aux mesures de santé, instrumentalisation du réseau des buralistes, attaques contre les élus pro-santé, Marc Lomazzi revient sur les relais de cette industrie et leurs techniques efficaces.

Affaires d’Etat – Impératifs budgétaires de Bercy versus ceux de la santé publique, quand la lutte contre le tabagisme devient une tactique politique, le chapitre décrit comment gouvernements de droite comme de gauche font le choix de protéger les revenus du tabac.

Arnaque sur les prix – Le journaliste y démontre le fonctionnement en cartel de l’industrie du tabac qui, avec l’administration de Bercy, fixe les prix leur permettant d’assurer des marges bénéficiaires pour cigarettiers et buralistes, et un certain niveau de recettes fiscales, pour l’Etat, sans réduire la consommation de tabac. La fiscalité, sujet d’une telle complexité et d’une telle opacité que peu s’y aventure…

Un allié aux Douanes – Le journaliste revient sur le cas de Galdéric Sabatier, ce haut fonctionnaire des Douanes pris en flagrant délit de conflit d’intérêt chez Françoise lors d’un déjeuner des fumeurs de havanes organisé par British American Tobacco, filmé par le magazine d’enquête Cash Investigation. Un chapitre pour mieux comprendre les méthodes hors-la-loi du portrait du numéro 3 des Douanes…

Hold-up fiscal – Le livre revient sur les pratiques d’optimisation fiscale des cigarettiers, en s’appuyant sur le témoignage de l’ancienne directrice financière d’un géant du tabac. Un sujet qui ne semble préoccuper aucun élu, depuis qu’un certain Thomas Thévenoud, saisi du dossier, a laissé celui-ci inachevé suite à sa démission.

Contrebande et trafics illicites – Le livre rappelle comment l’industrie du tabac après avoir été reconnue coupable de complicité avec les réseaux mafieux, de corruption et de blanchiment d’argent a réussi à retourner la situation et redorer son blason, grâce à des « accords » avec les autorités européennes.  

Complot à Bruxelles – La puissance du lobby se traduit au-delà des frontières au niveau de Bruxelles, avec l’affaire « Dalli », ancien Commissaire européen à la santé John Dalli forcé de démissionner au moment même où devait être discutée la nouvelle directive tabac déterminant les politiques antitabac des pays. Affaire liée à un pacte secret ? On y apprend notamment qu’une clause particulière serait incluse dans la transaction passée avec l’industrie du tabac dans le cadre de poursuites engagées contre les fabricants pour organisation de la contrebande. Cette clause prévoirait que le versement des sommes à régler par les fabricants soit conditionné à l’absence de durcissement de la réglementation antitabac.                                                                                               

Les petits génies du marketing –  Comment cette industrie multirécidiviste (condamnée 450 fois par le CNCT) « qui a toujours un coup d’avance » contourne aujourd’hui l’interdiction de la publicité ? A découvrir dans l’ouvrage…

Dessous-de-table à tous les étages – Le journaliste aborde la question des rémunérations illicites et autres cadeaux, contrepartie de primes à la commande de cartouches de cigarettes, de la mise en avant des paquets de tabac dans les linéaires, de publicités dans les débits pour les lancements de nouvelles marques et pourcentages sur les ventes. Système de pots-de-vins, fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale chez des commerçants, préposés de l’administration qui sont censés ne rien percevoir en dehors de la redevance liée à la vente des produits du tabac.

Le ciblage des enfants et des ados ou comment ces derniers sont l’objet d’une guerre commerciale sans merci entre cigarettiers en raison d’un enjeu de business juteux pour producteurs et vendeurs de tabac : cartographie des déplacements des jeunes par ville, sélection des buralistes en fonction du potentiel « jeune », démarchages des débits par les commerciaux des fabricants de tabac, mise en place de système de primes pour les buralistes (plus le débit de tabac est proche d’un lycée, plus la prime sur la vente d’un produit est importante, les buralistes les plus performants pouvant mettre de côté entre 6000 et 8000 euros par an de pots-de-vin). Interdiction de vente aux mineurs non respectée, contrôles inexistants, justice laxiste, le chapitre rappelle pourquoi la France constitue un des pays d’Europe avec la consommation de tabac une des plus élevées d’Europe.

La guerre du paquet sans logo – Le chapitre détaille les coulisses de l’arbitrage autour de la mesure du paquet neutre - comment Marisol Touraine a travaillé son plan de réduction du tabagisme en secret jusque la dernière minute (la haute administration étant infiltrée par l’industrie du tabac) - et la bataille des acteurs du tabac contre la mesure pour la faire capoter..

Sea, sex and fun – Orgies, alcool à flot, embrigadement sectaire, bonus importants, le journaliste dévoile enfin les mœurs et pratiques en interne pas toujours très orthodoxes de l’industrie du tabac pour souder les équipes et éviter les cas de conscience.

 

Source : http://www.cnct.fr/dernieres-actus-59/comment-la-mafia-du-tabac-nous-manipule-un-ouvrage-saisissant-139.html