03.05.2008

Des balles pour du muguet

Dimanche dernier 27 avril 2008 un groupe de jeunes « gens du voyage » (tel est le nom que portent en France les Roms français, puisque la France ne reconnaît pas ses minorités ethniques) est entré dans un superbe parc de la région parisienne appartenant à la famille de Rothschild.

Ces jeunes voulaient y cueillir du muguet pour le revendre le premier Mai. A première vue ce délit n’a pas de quoi porter préjudice à des milliardaires et aurait peut-être pu améliorer le quotidien de familles défavorisées et discriminées.

Mais le gardien a cru bon de tirer au fusil sur les jeunes et a atteint l’un d’eux d’une balle dans l’épaule. Le jeune homme a été transporté à l’hôpital de Creil où heureusement ses jours ne sont pas en danger. Si la balle avait atteint l’artère carotide, l'aorte ou le cœur, il serait mort pour un brin de muguet.

Des forces de police impressionnantes ( deux départements) ont entouré le secteur,appuyées par l'armée munie de gilets par balles craignant des « représailles » des Gens du voyage.

Le gardien a été déféré au Parquet de Pontoise mais remis en liberté sous contrôle judiciaire.

Nous, délégués titulaires et suppléants au Forum des Rroms et Gens du voyage estimons qu’il s’agit d’un crime grave, et que tirer sur de jeunes Roms qui cueillaient des fleurs est un geste qui rappelle fâcheusement les nettoyages ethniques dont l’Europe souffre depuis trop longtemps. Nous protestons énergiquement contre ce genre de comportement.

Les délégués du Forum près du Conseil de l’Europe :

Esméralda Romanez

Jean Sarguera

Brahim Music

Lucia Presber

L’équilibre climatique pourrait basculer d’ici sept à dix ans

28 avril 2008

L’équilibre climatique de l’hémisphère nord pourrait « basculer » d’ici sept à dix ans, provoquant une hausse aussi subite que sensible de la température moyenne du globe, en raison de la disparition de plus en plus prévisible de la calotte polaire en été et du réchauffement de l’océan Arctique.

Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir, 24 avril 2008

C’est ce qu’affirme Louis Fortier, océanographe de l’université Laval, qui est aussi le directeur d’Articnet, le plus important programme de recherche en réseau sur les changements climatiques à travers le Canada. Ce programme comprend notamment un important volet d’études dans l’océan Arctique lui-même avec le brise-glace Amundsen. Ce dernier est présentement en pleine dérive pour étudier la polynie circumpolaire, soit le mouvement des glaces en fractionnement à la fin de l’hiver.

Le professeur Fortier, qui prononcera ce soir, au Cœur des sciences de l’UQAM, une conférence sur l’accélération des changements climatiques au-delà de toutes les prévisions [1], rejoint les conclusions de plusieurs autres éminents chercheurs, dont James Hansen, qui dirige le Goddard Institute de la NASA. Hansen soutient depuis quelques semaines que l’humanité a franchi en 1990 le seuil critique dans le dossier des changements climatiques, lorsque la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère terrestre a dépassé le cap des 350 parties par million (ppm). Nous en sommes présentement à 385 ppm et cette concentration augmente au rythme de 2 à 3 ppm par année. Goddard comme Louis Fortier estiment cependant que la partie n’est pas perdue, mais « que le monde doit se réveiller et vite ! »

Selon Louis Fortier, les scientifiques ne peuvent plus hésiter et « doivent dire ce qu’ils savent », quitte à risquer de passer pour alarmistes.

« Les scientifiques du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) ont été trop timides, dit-il dans une entrevue donnée au Devoir. Le GIEC est commandité par les gouvernements » et ses conclusions doivent faire l’objet de consensus qui ne sont pas arrêtés uniquement par des scientifiques mais aussi par des politiques.

« Cet imprimatur politique, précise Louis Fortier, fait en sorte qu’on arrache toutes les dents de ses rapports. On en est rendu au point où on voit des sceptiques se réfugier derrière les conclusions du GIEC de 2004 pour dire que ce ne sera pas si pire, après tout. Présentement, on sent un remords monter parmi les chercheurs parce qu’on n’a pas été assez ferme, qu’on n’a pas assez défendu nos conclusions. On a plié devant le barrage des négationnistes pour mitiger nos conclusions. C’est grave, parce que les politiques vont certainement nous reprocher de ne pas les avoir avertis à temps. On a aussi été influencé par l’opinion publique qui ne veut pas entendre parler de catastrophes alors que des solutions existent pourtant, dont plusieurs cependant ne veulent pas entendre parler. »

Une accélération forcenée

Pour Louis Fortier, notre équilibre climatique actuel dépend du « bilan radiatif » de notre hémisphère, c’est-à-dire de sa capacité de réfléchir plutôt que d’absorber une importante proportion des rayons solaires grâce au pouvoir réfléchissant de la vaste calotte polaire. Par contre, ce qui se passe présentement accélère la mutation du climat au-delà de toutes les prévisions, dit-il, parce que plus la calotte polaire fond rapidement en été, plus l’océan Arctique absorbe la chaleur solaire, ce qui accélère la fonte de la glace l’année suivante parce qu’elle est moins épaisse d’une année à l’autre.

Tout se passe comme dans l’habitacle d’une voiture stationnée en été, donne-t-il en exemple. Si on enlève les réflecteurs du pare-brise, on provoque une hausse soudaine de la température intérieure. Or, dit-il, on prévoyait il n’y a pas vingt ans que la calotte polaire disparaîtrait vers 2070-2080 si les concentrations de gaz carbonique continuaient d’augmenter. Puis, des modèles plus perfectionnés ont prédit que l’océan Arctique serait libre de glace solide en été vers 2030. Et au rythme où on mesure maintenant la diminution du couvert de glaces, précise Louis Fortier, cela va se produire vraisemblablement dans sept ans environ, vers 2015, à moins d’épisodes météorologiques imprévus.

La calotte polaire de l’océan Arctique, explique le chercheur, a perdu l’été dernier 1,2 million de kilomètres carrés supplémentaires par rapport à 2006. Il y a une trentaine d’années, cette calotte affichait une surface de 8 millions de km2, mais elle n’en compte plus aujourd’hui que 4 millions.

Et, le plus inquiétant, ajoute ce spécialiste des glaces, c’est que la proportion de la « glace pluriannuelle », celle qui est forte et qui durait de deux à 11 ans, diminue sans cesse parce que son épaisseur diminue, ce qui la rend plus friable et la fait passer dans la partie vouée à la fonte annuelle. « De la glace de 10 ans, dit-il, il en reste très peu au pôle Nord. »

Avec la disparition prévisible de la calotte polaire d’ici quelques années, prévoit ce chercheur, c’est tout le bilan radiatif de notre hémisphère qui va soudainement basculer, faute d’apports en froid et en fraîcheur pour maintenir les températures tempérées actuelles. Il faut donc, dit-il, devancer de 30 ans les prédictions du GIEC, ce que corrobore aussi la fonte beaucoup plus rapide que prévu des glaces du Groenland. Cela est d’autant plus compréhensible et inévitable que les modèles prévisionnels utilisés par le GIEC ne tiennent pas compte de la réduction de l’albédo (le pouvoir réfléchissant) de la calotte polaire, tout comme ces modèles ne tiennent pas compte de la diminution de l’épaisseur des glaces.

Un chercheur de l’École navale supérieure d’océanographie des États-Unis a voulu intégrer ces variables et ces conclusions dans un modèle : les conclusions se sont avérées tellement inquiétantes, explique Louis Fortier, que ce chercheur a décidé de ne pas les publier « pour ne pas faire peur au monde ».

Un seuil déjà dépassé

James Hansen, le grand patron du Goddard Institute de la NASA, soutient que le seuil de 550 ppm de gaz carbonique ne tient plus, ce qui correspond en gros à une augmentation de la température moyenne de 6 oC. Ce seuil a souvent été évoqué comme celui de la catastrophe climatique totale ou de l’irréversibilité des changements.

Hansen soutient aujourd’hui que même le taux de 450 ppm préconisé par l’Europe comme objectif pour la deuxième phase de Kyoto est trop élevé car, à son avis, si les modèles mathématiques prédisent que c’est le nouveau seuil de l’irréversibilité, la paléontologie nous apprend au contraire que c’est autour de 350 ppm qu’il faut situer ce seuil critique, soit la concentration de CO2 atmosphérique des années 90.

Louis Fortier se dit d’accord avec les conclusions de James Hansen, « si on veut sauver la civilisation ».

Si la température moyenne augmentait de 2 à 6 oC sur la planète, dit-il, le climat entrerait dans une phase qui pourrait durer entre 10 000 et 15 000 ans, avant de revenir à ce qu’on connaît aujourd’hui. C’est ce que nous apprennent les traces laissées par le début de l’éocène, il y a 54 millions d’années, le seul moment documenté où on a vu basculer le climat aussi rapidement. Et il a fallu alors quelque 20 000 ans pour que se modifie cette tendance.

La disparition de l’albédo arctique va aussi chambarder profondément cet écosystème et reconfigurer la géopolitique internationale car, dit-il, cette nouvelle mer sera ceinturée par les grandes puissances que sont les États-Unis, l’Europe et la Russie, tout comme il y a 2000 ans les grandes puissances se sont concentrées autour de la Méditerranée.

Et les enjeux économiques, voire alimentaires, seront importants car déjà des pays comme la Corée s’équipent de grands pétroliers capables de naviguer même en hiver dans l’océan Arctique, alors que le Canada ne prévoit pas s’équiper pour patrouiller son propre territoire.

Les pêcheries de cette région, ajoute Louis Fortier, vont profiter des six mois de lumière et d’eaux libres, comme dans la mer du Nord. Si plusieurs espèces actuelles y sont vouées à la disparition - ours polaires, poissons et oiseaux - d’autres les remplaceront et la région deviendra une réserve alimentaire particulièrement convoitée.

Louis Fortier n’est pas sûr du tout que nous sommes collectivement prêts à faire face à des changements climatiques aussi importants et à si court terme, qui risquent de malmener la paix internationale avec leur cortège de réfugiés climatiques, d’affrontements pour le contrôle des eaux douces raréfiées, etc


Publication originale Le Devoir

Illustration : extension de la calotte glaciaire arctique, 1982-2007



[1] N.D.L.R. La conférence a été annulée ; voir http://www.coeurdessciences.uqam.ca/

 

Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1943

Affamer les pauvres, par Chomsky

16 mai 2007

La pression à la hausse sur les cours du maïs, qui devient désormais une ressource énergétique avec la filière Ethanol, a provoqué une augmentation de 50% sur les tortillas au Mexique, déclenchant des protestations parmi les travailleurs agricoles dont c’est l’alimentation de base. Loin des prétentions des thuriféraires de la mondialisation qui la présentent comme un mécanisme ne faisant que des gagnants, la réalité de la domination américaine sur les marchés déstabilise les plus faibles en Amérique Latine.

Par Noam Chomsky, 16 mai 2007, The International News

Le chaos provoqué par ce qu’on appelle l’ordre international est bien néfaste pour ceux qui se trouvent dans les niveaux inférieurs de la structure. Les tortillas [crêpes de maïs mexicaines] sont maintenant l’enjeu d’un conflit. Dans plusieurs régions du Mexique le prix des tortillas a augmenté de plus de 50%. En janvier, dans la ville de Mexico, des dizaines de milliers de travailleurs et de paysans ont manifesté sur le Zócalo, place centrale de la ville, pour protester contre le prix trop élevé des tortillas.

En réponse le gouvernement du président Calderón est parvenu à un accord avec les producteurs et les détaillants pour fixer une limite aux prix de la tortilla et de la farine de maïs, très probablement une solution temporaire.

La hausse des prix menace le principal produit alimentaire des Mexicains pauvres. C’est l’un des résultats de ce qu’on pourrait appeler l’effet éthanol, conséquence de l’acharnement des Etats-Unis à vouloir produire de l’éthanol à partir du maïs - substitut énergétique du pétrole, dont les principales réserves se trouvent bien sûr dans les régions du monde où l’ordre international est le plus menacé.

Ainsi l’effet éthanol aux Etats-Unis a fait monter les prix d’une bonne quantité de produits alimentaires, comme les céréales et la volaille. Il n’existe pas de relation directe entre l’instabilité au Moyen-orient et le coût de l’alimentation aux Etats-Unis, bien entendu. Mais comme toujours dans le commerce international les puissants font incliner la balance. Depuis bien longtemps l’un des objectifs de la politique extérieure des Etats-Unis a toujours été de créer un ordre global dans lequel les entreprises états-uniennes disposent d’un libre accès aux marchés, aux ressources et aux opportunités d’investissement. C’est ce qui est communément appelé le « libre échange », dénomination qui ne résiste pas au premier examen sommaire.

Cela n’est en rien différent de ce que la Grande-Bretagne, antécesseur dans la domination mondiale, avait imaginé durant la deuxième moitié du XIXème siècle quand elle adopta le libre échange, non sans avoir auparavant atteint une puissance industrielle bien supérieure à tous ses rivaux potentiels grâce à 150 ans d’interventionnisme étatique.

Les Etats-Unis ont dans une grande mesure suivi le même modèle. Généralement les grandes puissances désirent un certain niveau de libre échange lorsqu’elles considèrent que cela favorise les intérêts économiques qu’elles protègent. Cela a toujours été, et cela reste, l’un des caractères principaux de l’ordre international.

Le boom de l’éthanol relève de la même logique. Comme le signalent C. Ford Runge et Benjamin Senauer, spécialistes de l’économie agricole, dans le dernier numéro de Foreign Affairs, « l’industrie du biocombustible n’est pas activée par les forces du marché mais elle est depuis longtemps dominée par les intérêts de quelques entreprises », notamment par Archer Daniels Midland, le plus grand producteur d’éthanol.

La production d’éthanol se maintient grâce aux subventions de l’Etat et grâce aux tarifs douaniers forts élevés qui empêchent l’entrée de l’éthanol brésilien issu de la canne à sucre, nettement meilleur marché et de meilleure qualité. En mars lors d’un voyage du Président Bush en Amérique latine, la seule chose à laquelle il soit parvenu c’est à un accord avec le Brésil pour une production conjointe d’éthanol.

Mais Bush, tout en répétant la rhétorique du libre échange pour autrui soulignait que les hauts tarifs douaniers qui protègent les producteurs états-uniens seraient maintenus, ainsi que bien entendu tous les dispositifs d’aides gouvernementales pour cette branche.

Malgré les énormes subventions apportées à l’agriculture [états-unienne], financées par les contribuables, les prix du maïs et des tortillas ont augmenté très vite. L’un des facteurs c’est que les industriels commencent à utiliser les variétés de maïs mexicain qui sont meilleur marché. Cela fait monter les prix. Le Traité de libre commerce (TLC) de 1994 peut jouer un rôle de plus en plus important. Les déséquilibres initiaux du TLC ont eu pour conséquence d’inonder le Mexique de produits de l’agro-industrie subventionnée - contraignant bien des producteurs mexicains à abandonner leur terre.

L’économiste mexicain Carlos Salas après une analyse détaillée des données a signalé que, après une augmentation constante jusqu’en 1993, l’emploi dans l’agriculture a commencé à baisser avec l’entrée en vigueur du TLC, notamment parmi les producteurs de maïs - conséquence du TLC selon les conclusions de Carlos Salas et d’autres. Un sixième de la force de travail mexicaine dans l’agriculture a disparu depuis le début du TLC, et ce n’est pas fini. Cela fait baisser les salaires dans d’autres secteurs de l’économie et cela fait augmenter l’immigration vers les Etats-Unis. Ce n’est certainement pas tout à fait par hasard si le Président William Clinton a militarisé la frontière mexicaine -auparavant assez ouverte-, en 1994, juste au moment de l’entrée en vigueur du TLC.

Le Mexique auparavant autosuffisant sur le plan alimentaire est devenu dépendant des Etats-Unis du fait de la politique de « libre échange ». Le prix du maïs augmentant aux Etats-Unis, sous la pression des grandes entreprises et de par l’interventionnisme de l’Etat, on peut anticiper que les prix continueront d’augmenter de façon drastique au Mexique. De plus en plus les biocombustibles sont susceptibles d’« affamer les pauvres » dans le monde, disent Runge et Senauer, dans la mesure où les produits sont transformés en éthanol pour les privilégiés - le manioc en Afrique sub-saharienne pour prendre un autre exemple préoccupant.

De la même façon, dans le sud-est asiatique, les forêts tropicales sont taillées et brûlées pour produire de l’huile de palme destinée aux biocombustibles. Et aux Etats-Unis l’environnement est menacé par l’utilisation de grandes quantités d’intrants dans la production de maïs pour d’éthanol.

Le prix élevé de la tortilla, comme les autres soubresauts de « l’ordre international », montre le lien qui existe entre les événements du Moyen-orient au Midwest [« Moyen Occident », région centrale des Etats-Unis] et la nécessité d’établir des relations commerciales basées sur des accords vraiment démocratiques entre les personnes, et non sur des intérêts dont l’objectif principal ce sont les bénéfices des grandes entreprises subventionnées et protégées par l’Etat qu’elles dominent complètement, sans la moindre considération pour le coût humain.


Publication originale Starving The Poor - The International News , Traduction : Numancia Martínez Poggi Le Grand Soir

21.04.2008

Nouvelle loi chasse... Communiqué ASPAS

Les fumeurs vont armer les jeunes,
Les chasseurs vont entrer dans nos jardins !

Que reste-t-il du Grenelle de l’Environnement ? Après les autoroutes qui n’en finissent pas d’asphalter nos territoires, la spectaculaire reculade face au lobby des OGM, l’ASPAS, comme de très nombreux protecteurs de la nature, fait l’amer constat que ce très médiatique show ne sera malheureusement pas suivi de mesures concrètes. Le « Grenelle » s’annonce déjà comme une nouvelle Bérézina pour la protection de la nature, de l’environnement et du climat.

Avant même que la loi « Grenelle » ne soit présentée devant les assemblées, nombre de parlementaires s’en donnent à cœur joie pour défendre à contresens de l’urgence écologique quelques lobbies anti-environnementalistes.

Ladislas Poniatowski, chasseur invétéré et porte-parole du lobby cynégétique au Sénat, présentera le 13 mai prochain sa proposition de loi devant les sénateurs : une dixième loi chasse depuis 1994 !!!

Au rang des propositions de M. Poniatowski (et des chasseurs) quelques perles dignes d’un véritable bêtisier :

- Afin d’enrayer la chute du nombre de chasseurs, il est proposé d’alléger le coût du permis de chasse pour les très jeunes chasseurs de moins de 18 ans. Mais pour ne pas grever le budget de l’ONCFS le manque à gagner serait rattrapé par une nouvelle augmentation de la taxe sur les cigarettes !!! Les fumeurs vont ainsi financer des armes pour les jeunes.

- Les propriétaires fonciers se verraient obligés de faire réaliser un plan de tir sur leur terrain sur demande des fédérations départementales des chasseurs ! Soit la fin de la reconnaissance du droit de non-chasse qui avait valu, sur une plainte déposée par l’ASPAS, une condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

L’ASPAS en appelle au Président de la République et au ministre de l’Écologie pour qu’enfin de véritables mesures soient prises pour stopper l’érosion de la biodiversité, lutter contre le réchauffement de la planète et préserver notre environnement. Tous points qui nous ont été présentés avant et pendant le Grenelle de l’Environnement, et que nous voyons s’éloigner de plus en plus.
L’ASPAS en appelle également a un peu plus de réserve de la part des parlementaires vis-à-vis du très puissant lobby de la chasse.


Contact presse : Pierre Athanaze – Président de l’ASPAS
Tél. : 06 08 18 54 55

http://www.aspas-nature.org/

18.04.2008

Arménie - avril 2008

729741021.jpg

 

http://www.yevrobatsi.org/st/item.php?r=4&id=4626

16.02.2008

Touche pas à mon fromage !

Ou comment en finir avec le fromage fermier ….et avec…les paysans ?
Les fromagers fermiers occupent, crime impardonnable, une part du marché : cela porte ombrage aux Lactalis, Lepetit, Danone et autre Président.
Interdire le fromage fermier soulèverait sans doute quelques remous, d’autant plus que l’image de ce dernier, via l’interprofession*, est utilisée par les industriels comme une vitrine.
Il faut donc trouver une solution : conserver le mot « fromage fermier » mais faire en sorte que celui-ci ne soit plus produit que par très peu de fromagers, fermiers de nom, mais industriels de pratique.
Allez vous trouver une solution à ce casse-tête, chers lecteurs ?
Je crains que non car, sauf vot’ respect, vous n’avez pas une imagination aussi fertile que la DGCCRF** (comprenez « les fraudes »).
Et cependant, c’est si simple : un tout petit morceau du « Décret Fromage » va permettre de tordre le coup à ces gêneurs, sans que cela provoque le moindre soulèvement populaire.
Pourquoi s’insurger quand on veut « informer le consommateur », « le rassurer » ? C’est sacré, l’information du consommateur ! (Sauf pour les résidus de pesticides et autres métaux lourds voir antibiotiques ou OGM inférieurs à 0,9% - ce serait là une mise en danger de l’agroalimentaire, de l’industrie chimique, grands bienfaiteurs de notre société).
Voici donc la solution à l’énigme :« La matière grasse d’un fromage doit être exprimée en teneur de matière grasse pour 100 grammes de produit fini. »(Applicable au1/12/07)
Mais, voilà le hic : le fromage fermier est un produit dont la composition varie selon les saisons, les animaux, le degré de dessiccation.
Quand tu as une usine à fromage, tu écrèmes ton lait (ou tu ajoutes de la crème) de façon qu’il ait un taux de matière grasse bien défini avant la fabrication du fromage. 
Quand tu es éleveur fromager fermier (ce qui veut dire que tu transformes le lait produit sur ta ferme, selon des méthodes traditionnelles), tu transformes un lait qui varie selon les saisons, qui est différent d’un élevage à un autre. Bref, ton produit varie en fonction de la nature (quelle horreur ! stérilisez- moi ça !)
Le producteur fermier devra donc effectuer des analyses extrêmement fréquentes, posséder un jeu d’étiquettes innombrables : comment supportera t’il ce surcoût de frais et ce surcroît de travail ? Seules pourront résister les très grosses exploitations, fermière par l’image mais industrielles dans la pratique.
Juste une histoire d’éleveurs ?
Pas sur ! Un jour viendra où l’on fera analyser la teneur en sucre de vos grappes de raisin, grain par grain évidemment. Normal, un diabétique pourrait être incommodé ou un pèse–personne révéler un surpoids dont vous serez tenus pour responsables.
La saisonnalité ? Juste un mot pour les marketteurs !
Dans la réalité qui est là, devant nous, c’est la standardisation totale au profit de l’industrie agroalimentaire et de ses fournisseurs.
Ce n’est pas une histoire de bonne bouffe ou de malbouffe.
C’est l’histoire d’une déshumanisation, d’une dénaturation qui n’épargnera personne.


Marie-Hélène Chambrette
*Interprofession= ANICAP, Association Nationale Interprofessionnelle Caprine (association interprofessionnelle nationale).
** Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes


Selon une « Etude de la variabilité du taux de matière grasse des fromages fermiers de chèvre et de brebis en région PACA » menée par le Centre Fromager de Carmejane, les fourchettes observées en teneur de matière grasse varient de 15% à 45%

11.12.2007

SURVIE Infos n°27

Billets n°164 (Décembre 2007)

Bouffonneries (Edito)

L’arche de Zoé a fait couler des ruisseaux d’encre et de salive. Tout le monde en France y est allé de son couplet sur ceux que, par un effet facile, on a appelé les zozos et qu’on a qualifiés de naïfs. On s’est un peu étonné que ces naïfs aient pu être transportés par l’armée française sur place, à quoi il a été répondu qu’elle le faisait pour toutes les ONG - comme ça, gentiment, il n’y a qu’à demander. On n’est pas plus serviable. L’armée française est encore plus naïve que les ONG naïves. On fond d’attendrissement.

Mais personne ne s’est étonné que ces zozos de l’arche de Zoé, présentée comme une petite association plus ou moins folklorique, aient pu disposer de moyens logistiques considérables : une dizaine de 4X4 pour leurs allées et venues, petit avion pour les transports des enfants vers Abéché, affrètement d’un Boeing avec son équipage pour l’évacuation, équipement et matériel à volonté pour le séjour sur place, recrutement de nombreux collaborateurs tchadiens. Tout cela n’a pas pu être fi nancé par les quelques milliers d’euros demandés à chacune des cent familles désireuses d’accueillir un « enfant du Darfour ».

Après le fiasco de l’opération, la ridicule évacuation à grand spectacle des journalistes par Sarkozy, les déclarations intempestives du même sur son intention d’aller chercher le reste de la troupe des zozos, la France a réussi l’exploit de faire l’unanimité de l’opinion tchadienne et africaine contre elle. Puis le souffl é médiatique est retombé. Le président de l’Arche de Zoé, du fond de sa prison au Tchad, s’est dit « lâché » par tout le monde. Circulez, il n’y a plus rien à voir.

On a pu revenir aux choses sérieuses, à la guerre des Tchadiens entre eux, qui fait rage à nouveau, à l’appui des avions français aux troupes de Déby, aux couacs de la mission militaire européenne pour sécuriser les frontières du Tchad et de Centrafrique, qui n’arrive pas à se mettre en place. Les Européens traînent les pieds à venir s’engluer dans ce qui leur apparaît comme un problème néocolonial français de contrôle de la région. Le volet guerrier court sans doute au même fi asco que le volet humanitaire, pour les mêmes mauvaises raisons : chacun spécule sur les bénéfi ces politiques à tirer de son intervention. L’Afrique et les Africains ne sont que la toile de fond des manœuvres et des rivalités des grandes puissances.

La morale, brandie par tous, a si peu de part dans l’action de chacun, qu’on annonce cette semaine au Sénat français, lors du cinquième Forum du développement durable, comme invité d’honneur, le grand spécialiste en développement qu’est Sassou Nguesso, président du Congo Brazzaville. Ce serait bouffon si ce n’était pas aussi sinistre. Le héros de l’enrichissement personnel, celui dont la famille alimente les histoires de dépenses scandaleuses, celui qui a mis le Congo à feu et à sang et l’a plongé dans la misère, va venir en France parler de développement.

Cette nouvelle n’a pas ému grand monde dans le milieu politico-médiatique des défenseurs de l’humanité, trop occupés à faire la morale à la planète pour voir ce qui se passe à Paris. Pourquoi agir sur ce qui est de notre ressort quand on peut discourir sur tout ce qui est hors de notre portée ! Le président Nicolas Sarkozy, le ministre Jean-Marie Bockel ont fait, cet été, de grandes déclarations sur l’exigence de démocratie et de bonne gouvernance pour que la France entretienne des relations d’amitié avec les chefs d’État. Si Sassou Nguesso offre l’exemple de ces qualités, on ne voit pas à qui d’autre on pourrait bien les dénier.

Odile Tobner

Au sommaire ce mois-ci :

  EUROPE AFRIQUE Accords de dupes

Les Accords de partenariat économique (APE), actuellement en négociation, imposent une modification profonde des relations commerciales entre l’Union européenne et les pays Afrique Caraïbes Pacifique (ACP)

  FRANCE CONGO-BRAZZAVILLE Un imposteur au Sénat

Le président congolais Denis Sassou Nguesso devant les sénateurs français à l’occasion du cinquième Forum du développement durable les 6 et 7 décembre. Un véritable spécialiste !

  RDC Après Nairobi, l’espoir est-il permis au Kivu ?

Perspectives dans la région des Grands Lacs après l’accord de Nairobi signé entre la république démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda.

  TCHAD Éloge de l’engagement

Les journalistes français et l’affaire de l’arche de Zoé.

  TCHAD Retour à la case départ

Les combats ont repris sans surprise dans l’est du Tchad. Un scénario écrit d’avance.

  CENTRAFRIQUE Un éternel recommencement

La visite du président François Bozizé à l’Élysée et les petits grincements dans les relations entre la France et la Centrafrique.

FRANCE Immigrés malgré eux

L’État français refuse de rendre à leur pays d’origine les reliques humaines ramenées des expéditions coloniales du XIXe siècle.

  RWANDA Opération Turquoise : trois points de suspension

Le film d’Alain Tasma consacré à l’Opération Turquoise, sur Canal Plus, est-il sans compromis ?

  LIRE Le Talon d’Achille du capitalisme.

L’argent sale et comment renouveler le système d’économie de marché, de Raymond Baker.

  LIRE Du racisme français, Quatre siècles de négrophobie, par Odile Tobner

Depuis le Code noir (1685), rares sont les intellectuels français qui ont remis en question le socle raciste sur lequel repose notre regard sur « les noirs », africains ou antillais.



 

16.11.2007

Système HAARP

Non ce n'est pas une (mauvaise) blague...

http://www.dailymotion.com/video/x18yz5_haarp-arme-ultime-1

http://www.dailymotion.com/video/x18ys0_haarp-arme-ultime...

http://www.dailymotion.com/video/x18ymd_haarp-arme-ultime...

SOUS L'OEIL DES PUCES / RFID et démocratie

Le livre

La multiplication des technologies de surveillance, d'analyse du comportement et de stimulation de la consommation va-t-elle bouleverser notre vie quotidienne au cours des prochaines années? C'est à cette question que l'essai: "Sous l'oeil des puces - La RFID et la démocratie" publié par Actes Sud tente de répondre.
Le livre présente une technologie nouvelle, l'identification par radiofréquences, ou RFID, qui commence à se développer en France à grande échelle dans l'indifférence générale. Qui sait que le passe Navigo de la RATP ou le boîtier Liber-T permettant le passage sans arrêt au péage des autoroutes utilisent déjà la RFID? Les sociétés de transport identifient ainsi chaque usager dès lors qu'il utilise ces systèmes très pratiques.
Demain, chaque produit manufacturé sera équipé d'une puce RFID. Ces dernières communiqueront par radio avec des ordinateurs qui pourront analyser les déplacements de chaque consommateur. La police disposera d'un moyen supplémentaire de surveillance de la population. Quelle société engendrera une telle généralisation de systèmes d'espionnage de la vie privée? Que restera-t-il des libertés individuelles ? Le spectre de Big Brother est-il en train de ressurgir sous la forme de Small Brothers?


Le site http://www.smallbrothers.org/

Ce site a pour vocation de présenter le contenu du livre "Sous l'oeil des puces - La RFID et la démocratie" mais également de prolonger son propos. Le problème posé par l'extension de la surveillance des citoyens est en effet en pleine actualité. Tous les jours de nouvelles applications voient le jour et viennent enrichir le débat sur les libertés individuelles.
Au delà de la thèse exposée dans l'essai, ce site apporte des informations sur la RFID et il propose de suivre l'actualité des Small Brothers, de mentionner les sites qui en parlent et de recueillir vos réactions et vos témoignages.

L'essai analyse le contexte dans lequel apparaît la RFID, technologie banale en apparence. Il tente de se projeter dans la société qui pourrait se concrétiser d'ici quelques années en faisant appel à la fois à l'enquête journalistique et à deux courtes fictions. Grâce à elles, le lecteur s'immerge plus facilement dans ce futur proche chargé d'interrogations. Le livre veut susciter une réflexion sur des enjeux démocratiques dont il est aujourd'hui indispensable et urgent de débattre.

14.09.2007

Pourquoi Sarkosi va échouer

par Xavier Théry, publié dans Vendémiaire n°26

http://www.geocities.com/actpol/V26.html

Hier soir j'ai regardé la soirée électorale à la télévision. Pour la première fois depuis 30 ans, j'ai coupé au bout de 10 minutes. Pourtant j'ai eu à subir par le passé bien des déconvenues et je suis prêt à les affronter. Mais là, j'ai réellement pris conscience que Sarkozy et son idéologie césaro-libérale avaient anéanti le débat républicain pour de nombreuses années. Encéphalogramme plat chez les commentateurs et chez tous les opposants potentiels. Il n'y a plus rien en dehors de l'UMP et il n'y a plus rien en dehors de Sarkozy au sein de l'UMP. Même Poutine n'est pas encore parvenu au même résultat en Russie.
Certains - et ils sont nombreux (au moins 45% des Français apparemment) - vont s'en réjouir car ils y voient un gage de succès. Je pense exactement l'inverse car je suis convaincu que Sarkozy va échouer. Voici pourquoi :

Au plan institutionnel
Tous les commentateurs politiques et les hommes les plus sages au sein de chaque parti étaient tous convaincus jusqu'à une période récente qu'il fallait revivifier le débat politique au sein du parlement. Comment ?
- En réformant en profondeur le Sénat qui ne représente plus rien sinon une France rurale qui n'existe plus depuis 40 ans
- En redonnant l'initiative des lois et de l'ordre du jour des sessions parlementaires aux députés conjointement au gouvernement
- En garantissant une véritable représentativité à tous les courants de la vie politique par une dose de proportionnelle et une refonte du découpage des circonscriptions
- En engageant le renouvèlement des élus par la limitation drastique du cumul des mandats
La chambre la plus à droite que l'Histoire de France ait connu depuis la grande guerre va bientôt prendre place et aucune des mesures urgentes qui s'imposaient ne va être prise. L'Assemblée Nationale va devenir la chambre d'enregistrement des ordonnances sarkoziennes. Le dialogue entre le gouvernement et les représentants du peuple - comme dans toutes les démocraties occidentales - va définitivement s'effacer pour laisser la place à un dialogue de Sarkozy avec lui-même : miroir, mon beau miroir... La présidentialisation à outrance du régime ne s'accompagnera à aucun moment d'un renforcement des pouvoirs de contrôle de l'Assemblée (comme aux USA).
Qu'en résultera-t-il ? Un divorce encore accru entre les élites (les édiles en l'occurrence) et le peuple. Sur les 45 % de voix accordées au parti du président, on peut considérer qu'il y en avait 30% de sincères. 15% se sont ralliées parce que l'offre en face était nulle. Quand les difficultés vont venir, Sarkozy va bien se retrouver face à 70 % des Français qui n'auront pas voté pour lui ou qu'il l'auront fait par dépit. Ils seront représentés par seulement 10%de députés dans la nouvelle chambre. Où croyez-vous que les débats vont avoir lieu ? Dans la rue bien sûr.

Au plan politique
Les problèmes exposés plus haut pourraient être limités si l'ouverture affichée par le gouvernement était réelle et sincère. Si nous avions affaire à un vrai gouvernement d'union nationale.Mais en fait d'ouverture qu'avons-nous ? Un inconnu (Eric Besson) surgi de l'anonymat du PS où il rongeait son frein depuis des années ? Un Kouchner dont chacun a pu constater depuis 5 ans la dérive à droite en même temps que l'adhésion aux thèses néo-conservatrices (le droit d'ingérence prôné par Kouchner n'est rien d'autre que le droit d'intervention défendu par Bush en Irak... Une élucubration de gauchistes reconvertis au néo-libéralisme) ? Quelques ringards (Tapie, Séguéla...) qui n'ont jamais honoré le débat public ? Non, il n'y a aucune ouverture. Juste un simulacre.
Dans ces conditions, comment va évoluer l'idéologie au pouvoir ? Mal. Il ne faut pas compter sur les ministres "d'ouverture" pour contrebalancer quoi que ce soit ; quand on a trahi son camp on se fait jusqu'au-boutiste On a cru un instant lors de la campagne présidentielle que Sarkozy allait obliquer, sous l'influence de Guaino, vers une forme de social-libéralisme fortement teinté de patriotisme économique. Les premiers signaux envoyés - j'en ai déjà parlé - ne vont absolument pas dans ce sens. Airbus s'apprête à fermer 4 usines en France et à démanteler tout le tissu industriel dans le secteur aéronautique. Le gouvernement ne bougera pas malgré les inquiétudes évoquées par Sarkozy lors de la campagne. La puissance de la "chambre introuvable" ne résidera pas dans sa capacité à installer un débat public fort. Elle ne servira qu'à donner l'illusion à Sarkozy qu'il est porté par une immense ferveur et que les Français partagent son idéologie. L'homme est psychologiquement fragile. Il n'a jamais accepté la contradiction. Ça tombe bien il n'y aura plus aucune contradiction.
Le débat politique dans les prochains mois va se résumer aux "bulletins de la Grande Armée" que le service de presse de notre petit caporal va diffuser dans les médias. On ne parle même plus d'état de grâce mais d'apesanteur : porté par les louanges, Sarkozy entre en lévitation. Les syndrome Ceaucescu n'est pas loin.

Au plan budgétaire
Tout le monde est d'accord. Il faut réformer en profondeur la fiscalité française qui est compliquée, souvent inefficace et parfois inutilement confiscatoire. Il existe des centaines de niches fiscales aberrantes. Une réforme en profondeur, une remise à plat s'impose. Un grand débat national aurait pu avoir lieu. Mais faute d'opposition, faute de véritable espace de délibération public, le débat n'aura pas lieu. Il y a eu une esquisse de débat... entre le ministre du budget et le président de la République sur la question de la déductibilité des intérêts financiers. Ce débat a été tranché en 5 minutes... par Nicolas Sarkozy. Fermez le ban !... Qu'aurons-nous donc en guise de réforme ? quelques mesures qui vont satisfaire environ 2 à 5% des Français les plus avantagés ; et accabler les autres puisque ces mesures vont coûter 15 milliards d'euros et qu'il va falloir combler le déficit. Comment ? Borloo l'a annoncé hier soir sous la pression de Fabius (ou du moins ne l'a pas démenti ce qui revient au même dans les circonstances présentes) : par le relèvement du taux de la TVA. Ce relèvement sera déguisé dans un semblant d'innovation sur la question de la TVA sociale. mais là encore aucun débat, aucune réforme de fond. On fera semblant de favoriser le développement durable, mais il s'agira surtout de faire payer à tous les Français les cadeaux qui auront été faits à quelques uns. Idem pour les heures supplémentaires. Quelques dixièmes de pourcents accordés aux salariés, mais 1 ou 2 pourcents imposés aux consommateurs.
Une fois de plus une occasion de mettre tous les problèmes sur la table aura été perdue. Pourquoi ? Parce que parmi ces problèmes, il y avait la question du déséquilibre évident entre la taxation des revenus du travail et des revenus de la rente. C'était la question centrale et la droite ne veut surtout pas l'aborder. Parce que Sarkozy a été élu majoritairement par les vieux et les rentiers, il est hors de question d'aller au fond des choses; on n'ira donc pas.
Mais la TVA ne suffira pas à combler les trous. Et les déficits vont continuer à se creuser. Fillon et Woerth l'ont avoué : "on va ralentir l'effort"... Là encore, ce sont les jeunes qui paieront pour les vieux. Parce que Sarkozy ne fera rien adopter pour contrebalancer les mesures déflationistes de la Banque Centrale Européenne. Seule un peu d'inflation peut atténuer l'impact de la dette. La concurrence fiscale que se livrent les pays européens - y compris à l'intérieur de la zone euro - est suicidaire. Les gouvernement n'ayant plus la possibilité de dévaluer, il font de la défiscalisation compétitive... Et ils vont assécher toutes les ressources fiscales en Europe. Sarkozy n'en a pas pris la mesure. Il va vite déchanter. Et nous avec.

Au plan des relations internationales
Il y a deux sujets structurants actuellement pour les affaires étrangères françaises. Le système anti-missile construit en Europe et l'affaire du Kosovo. Dans le premier cas, aucune instance européenne n'est en mesure de donner son avis sur cette affaire hormis le conseil politique de l'Otan qui n'est qu'une chambre d'enregistrement des décisions européennes. Les déclarations de Poutine laissent accroire qu'on pourrait s'acheminer vers une crise forte entre l'Europe et la Russie. Alors que depuis 17 ans les liens se resserraient. la manœuvre américaine est habile.
Souvenons-nous que lors de la crise des missiles de Cuba en 1963, ce sont bien les Américains qui joué les provocateurs : ils avaient installé des missiles à courte portée et à tête nucléaire en Turquie juste à la frontière soviétique. Les missiles russes à Cuba n'avaient d'autre objectif que de rétablir l'équilibre et les Soviétiques ont obtenu ce qu'ils voulaient : que les Américains retirent leurs missiles de Turquie ce qu'ils ont fait immédiatement par un accord secret signé avec les Russes. On peut se demander aujourd'hui si comme en 1963, les Américains ne prennent pas des initiatives intempestives et délibérées pour nous éloigner systématiquement des Russes. (En 1963, l'ouverture vers l'ouest initiée par Kroutchev a été stoppée nette suite à cette affaire de Cuba). L'affaire du Kosovo et les déclarations de Bush ce week-end invitant les Kosovars à proclamer leur indépendance va placer les pays de l'Union Européenne dans une situation impossible : ils seront obligés d'appuyer les Kosovars contre les Serbes et leurs alliés russes et ce en contradiction formelle avec le droit international. La man?uvre américaine est claire.
Dans ce cadre, quelle politique suivra Sarkozy ? L'avez-vous entendu prendre une position intelligible sur ces questions ? Non bien entendu. Lui et son ministre atlantiste vont occuper le terrain en donnant le change dans deux domaines :
- sur le terrain de l'ingérence humanitaire au Darfour
- sur le terrain des accords de Kyoto et de leur application
Dans les deux cas, ils vont "chatouiller" un peu les Américains et leur donner quelques leçons de morale à pas cher. Mais toute cette gesticulation à venir masquera l'essentiel à savoir que les Américains vont décider du sort de la sécurité européenne et de ses rapports avec ses voisins immédiats que sont la Turquie et la Russie. Les rétractations récentes de Sarkozy sur l'affaire turque montrent d'ailleurs bien que sur ce dossier ses rodomontades de campagne ne tiennent pas un instant face au pressing américain.
Sarkozy va donc gravement échouer en politique étrangère. Il va peut-être briller à bon compte avec son nouvel ami Kouchner en allant décharger un ou deux sacs de riz au Darfour sous les sunlights, mais sur le fond des problèmes la diplomatie française va marquer le pas. Le choix de Lévitte comme sherpa est éclairant à ce titre. Cet atlantiste convaincu avait été choisi par Chirac pour tenter de recoller les morceaux avec Washington (mais après que Chirac avait su prendre suffisamment de distance pour dénoncer ce qui devait l'être). Ne comptez pas sur lui pour conseiller à notre président la moindre prise de position indépendante. La création du "conseil national de sécurité" par Sarkozy qui le placera sous la responsabilité de Lévitte est tout à fait significative : c'est un décalque du NSC américain. La seule différence, c'est qu'on y parlera français (est-ce bien certain ?...) et qu'on n'y priera pas le Seigneur chaque semaine. Mais cette transposition est tout un symbole : on en revient à la situation ante 1958. Désormais et il faudra s'y habituer, c'est bien à Washington que s'ordonnera le destin de l'Europe.

Au plan des affaires européennes
Sarkozy se prépare à nous faire avaler une mauvaise pilule : le traité constitutionnel rebaptisé "mini-traité" va rentrer par la fenêtre du vote au parlement alors que les Français l'ont évacué par la grande porte du référendum. Mépris démocratique complet, mais bien dans la logique du personnage complètement égocentrique, auto-centrique même. "Vous m'avez élu, vous saviez ce que je voulais faire, alors ne vous plaignez pas"... "Le référendum c'est moi" en quelque sorte : version réactualisée de l'absolutisme louisquatorzien.
C'est vrai, ne nous plaignons pas. Il ne fallait pas voter Sarkozy. En attendant, le traité va entrer en fonction d'ici un an ou deux et Sarkozy va ainsi parachever complètement du côté français le grand œuvre libéral : plus aucune politique alternative ne sera possible. Ne refaisons pas le débat , les arguments sont connus. Sachons toutefois en mesurer les conséquences : il faut définitivement faire notre deuil de toute politique industrielle ambitieuse. Le laminage par le bas de nos intérêts industriels à l'échelle planétaire. Alors on verra petit Cesar s'agiter, serrer les mains des ingénieurs, consoler le "délocalisé". Mais il ne fera rien car il a définitivement renoncé à faire quoi que ce soit. Son logiciel en la matière est celui de la droite la plus classique.

Au plan économique et social
La politique économique de Sarkozy découle de ses choix internationaux : alignement sur le modèle libre-échangiste intégral proposé par le traité européen, renoncement à manifester la moindre indépendance. Sarkozy, élève médiocre, avocat d'affaire spécialisé dans les relations avec les collectivités locales ne connaît de l'économie que ce que lui en ont dit ses parrains en économie : les ordonnateurs du grand capitalisme financier et mondialisé. De Gaulle qui avait vu les milieux d'affaire se corrompre totalement dans la collaboration avec l'ennemi savait à quoi s'en tenir sur les leçons d'économie que lui donnaient ceux qu'il était bien obligé de recevoir à l'Elysée. Il ne les fréquentait pas pour autant. Sarkozy, lui, vit avec eux, sort avec eux dîne avec eux. Une fusion totale. pensez-vous un seul instant qu'il soit capable de penser autrement que ceux au service desquels il s'est mis ? Peut-il imaginer que ce qui est désagréable à Dassault ou à Lagardère n'est pas nécessairement nuisible à la France et au Français ? Je laisse cette question à la sagacité de mes lecteurs.
Dans l'immédiat, ses choix économiques auront un effet sur la hausse de l'immobilier qui va repartir de plus belle, sur les bénéfices des banques qui vont être un peu plus subventionnés par le budget de l'Etat et sur les placements financiers. Le gouvernement de Sarkozy est-il en mesure de dynamiser l'emploi ? Même dans son camp , nombreux sont ceux qui craignent que les mesures sur les heures supplémentaires ne favorisent la flexibilité au détriment de l'emploi.
Au plan social, le grand chantier va être celui du pilonnage du contrat de travail et du code du travail. A économie mondialisée, travailleurs précarisés. Pouvez-vous imaginer un seul instant que cette politique soit favorable au développement de l'économie. Il faudra effectivement "travailler plus pour gagner plus" et même dans la plupart des cas travailler plus pour gagner autant. Jusqu'à une période récente, la croissance économique reposait sur l'innovation et sur la valeur ajoutée. Pas sur le travail : on travaille moins en 2000 qu'en 1970 mais on produit beaucoup plus. Dans le logiciel sarkozien, pour gagner plus, il faudra travailler plus, c'est à dire faire l'impasse sur la productivité. Je ne sais pas si vous saisissez bien le changement de paradigme qui s'opère dans l'esprit de notre président (qui n'a d'ailleurs jamais travaillé de sa vie, au sens où nous l'entendons vous et moi, mais seulement organisé des "arrangements"...). Evidemment cela n'aura pas un effet immédiat sur l'économie, mais si vous attendez de Sarkozy qu'il soit un "booster" de l'économie vous allez être rapidement déçu. Son logiciel s'est arrêté en 1860. Au moment ou un autre petit César faisait siennes les théories libérales qui venaient de naître. Tout ce qui est advenu depuis, notamment aux Etats-Unis après guerre apparaît à ces gens-là comme une perversion de l'esprit capitaliste sous la pression des forces communistes extérieures. Le mur tombé et la pression retombée, il faut selon eux expurger le capitalisme de ses éléments délétères que sont l'épanouissement de l'homme et le progrès social. Et renouer avec le travail "libérateur"...

===
Voilà pourquoi je crois que Sarkozy va échouer. Il a une vue très succincte de l'économie et sa philosophie repose sur des idées simples. Il n'est pas disposé à penser le monde complexe et les enjeux colossaux qui nous font face.
En ce moment la polémique fait rage sur la vidéo de Sarkozy au G8 où il paraît ivre (1). La première, celle qui semble avoir été diffusée par la TV belge (bien qu'on accuse ce document d'avoir été trafiqué - à vérifier) le fait apparaitre passablement éméché. Mais la seconde (diffusée officiellement par LCI et qui ne porte pas à polémique) n'est pas moins inquiétante : pour sa première sortie internationale d'importance le nouveau président de la République Française apparait complètement flottant, dépassé par les évènements, incapable de prendre de la hauteur par rapport à son sujet, balbutiant un discours improvisé complètement décousu. Et là un effroi vous envahit. Vous vous dites : "ne vaudrait-il pas mieux qu'il eût été saoul" ?

Xavier Théry

(1) http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3220,36-921248@...

D'accord ? Pas d'accord ? Envoyez-nous vos textes !


Pour recevoir nos infos au jour le jour, abonnez-vous à la lettre d'informationde Vendémiaire :
http://vendemiaire.over-blog.org

Pour vous abonner gratuitement à Vendémiaire, il vous suffit de nous envoyer un mail vide à actpo@yahoo.fr

© Vendémiaire

Toutes les notes