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24/09/2020

Georges Cathalo a lu "Printemps captif", délit buissonnier n°4

 

COUV small.jpgIl y aura, c’est certain, dans les mois à venir, toute une profusion d’écrits sur la crise sanitaire. Il semble urgent de chercher des résiliences pour faire face aux turpitudes de l’époque, comme lire « quelques poèmes de Nuno Judice ». On peut aussi lire les poèmes de Lionel Mazari, poèmes qui slaloment entre les écueils du temps présent. Quelques jongleries verbales arrivent comme des respirations entre des bouffées d’ultra-réalisme. Mazari n’hésite pas à affirmer : toute ma sagesse est viatique / et la folie me désaltère. C’est sûrement ainsi qu’il va falloir aborder les temps à venir en se ménageant des espaces où assis sur un banc dans le noir , on découvre ce qui se passe comme « ces ombres calmes aux fenêtres » avec ces  brancardiers venus sauver de pauvres gens blessés par la réalité . Pour finir, signalons la belle illustration de couverture de Morgane Plumelle où deux oiseaux en liberté semblent défier notre printemps captif.

 

à lire en ligne ici :

https://www.dechargelarevue.com/No10-Passer-de-friches-en...

 

 

 

 

22/09/2020

Revue Nouveaux Délits numéro 67

 

 

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Octobre 2020

 

Ensauvagement, en voilà un terme galvaudé encore, quand il sert à définir une spirale ultra-médiatisée de violence. Pourquoi ne pas dire simplement enviolencement ? Si la société s’ensauvageait littéralement, on verrait le béton disparaître sous la verdure. On devrait plutôt parler au contraire de dénaturation, d’artificialisation, d’abrutissement, de dégénérescence… Et souvent même, on devrait se taire ! Il y a en effet tant et trop à dire, et le bruit ambiant est déjà tellement fort, tellement cacophonique, que je préfère m’ensauvager justement et me taire, ou siffloter, ou miauler ou braire ou turlutter… Turlutter oui, comme les alouettes ! Chanter comme les baleines, feuler, grincer, barrir, ricaner comme les hyènes, sûr que ce n’est pas l’envie de mordre qui manque parfois… Mugir, hennir, rugir, glapir, tout plutôt qu’user des mots en dégradant et souillant leur sens. Aussi me voilà affamée de poésie, de celle qui justement ensauvage le langage, le croque et le recrache baigné de sucs, illuminé de l’intérieur par des processus qui échappent à toute explication, tout contrôle, tout dogme, toute rationalisation. Même la noirceur n’est qu’un des innombrables aspects de la lumière quand on passe sa langue par le trou de la poésie, la noirceur n’a rien à voir avec la cruauté. La cruauté n’est pas sauvage, n’est pas l’apanage des bêtes, ni même des brutes, c’est un désir vicié, une froide volonté de faire souffrir, d’humilier, de détruire l’autre. C’est de la cruellisation dont on devrait s’inquiéter, de celle qui s’attaque aux enfants, aux animaux, aux femmes, aux plus fragiles, et qui n’a rien à voir avec la violence de celui qui se défend comme il peut et souvent très mal et à tort d’une autre violence, moins visible, mais toute aussi agressive dans ses effets.

Et si une des clés pour rééquilibrer, soigner et pacifier nos sociétés était un ré-ensauvagement justement de la Terre ? Renouer, hommes, femmes et toutes nuances intermédiaires, avec la puissance femelle qui sacralise, protège et nourrit ? Sacraliser, du latin sancio : « rendre inviolable ».

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AU SOMMAIRE

 

 

Délit de poésie : Hélène Decoin, Claire Cursoux, Ana Minski, Aline Recoura, Antoine Bertot, Martin Payette.

 

Délit d’auto-promotion : présentation et extraits d’À la loupe, tout est rituel, dernière publication en date de Cathy Garcia Canalès.

 

Résonances : Le Grand Jeu de Cécile Minard – Rivages poche, 2019 & Le Chemin des âmes de Joseph Boyden, Albin Michel, 2006.

 

Les Délits d’(in)citations poussent au bas des pages, faites-en provision pour l’hiver.

 

Vous démasquerez le bulletin de complicité souriant à la sortie, toujours partant pour de nouvelles aventures.

 

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Illustrateur : Nelson Jacomin

alxavi.nls@gmail.com

 

Nelson Jacomin est né en 1993 dans le Var. Peintre, photographe, il monte avec deux amis l'association Mercator en 2018 à Paris. Ils publient et éditent de nombreux fanzines et organisent expositions et évènements dans Paris et alentours. Depuis 2020, vit et travaille entre la Suisse et Paris.

Insta : https://www.instagram.com/nelson_jacomin/

 

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Lumières. Pluies. Océans sauvages. Emportez-moi dans la moelle frénétique de vos articulations. Emportez-moi ! Il suffit d’un soupçon de clarté pour que je naisse viable. Pour que j’accepte la vie. La tension. L’inexorable loi de la maturation. L’osmose et la symbiose. Emportez-moi ! Il suffit d’un bruit de pas, d’un regard, d’une voix émue, pour que je vive heureux de l’espoir que le réveil est possible parmi les hommes.

Emportez-moi ! Car il suffit d’un rien, pour que je dise la sève qui circule dans la moelle des articulations cosmiques.

 

Frankétienne

in L’oiseau schyzophone

 

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En juillet est sorti le 4e Délit buissonnier :

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Poèmes de Lionel Mazari

écrits sous confinement entre le 17 mars et le 19 avril 2020

 

 

« alors...
plutôt que d'écouter couiner les ambitieux,
que la crise épidéconomique,
— hélas vécue comme une épreuve
par nous, véritables mortels —
stimule et extasie,
j'ai ce jour d'huis préféré
profiter de l'arrêt cardiaque du monde
et de la suspension de son souffle,
pour lire, bercé anesthésié
par cette nouvelle musique de danse macabre,
quelques poèmes de Nuno Judice ;
puis tout en sirotant un citron chaud
édulcoré au miel de sapin,
ce jour d'huis préféré,
tandis que tournoyaient dans le ciel gris doux
dépourvu d'effets dramatiques
quelques corbeaux émoustillés,
voir merles et pies, brindilles au bec,
préparer leur nid,
sans se soucier de notre mort,
parmi des explosions de pâquerettes
et l'éclosion de trois tulipes. »

 

 

tirage numéroté, 40 pages agrafées

 papier calcaire 100 g. couverture 250 g. 100 % recyclé

Illustrations en couverture : Morgane Plumelle

 

10 € +2 € de port,  à commander à

 l’Association Nouveaux Délits

 

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Nouveaux Délits - Octobre 2020 – ISSN: 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable : Cathy Garcia Canalès -  Illustrateur : Nelson Jacomin - Correcteur : Élisée Bec

 

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

 

 

 

 

03/01/2020

Revue Nouveaux Délits numéro 65

 

 

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Janvier 2020

 

 

Une époque qui semble de plus en plus violente, oppressante, rapide, bruyante, voire cacophonique, absurde, déshumanisée trop souvent, et pour inaugurer une nouvelle année, j’ai vraiment ressenti le besoin d’une énergie plus apaisée — non pas que la douceur soit le monopole de la femme bien au contraire, et quelle merveille que la tendresse d’un homme — mais juste débuter l’année avec une énergie plus yin. Une énergie sacrément puissante, qu’on ne s’y trompe pas, comme peut l’être l’eau, mais peut-être plus aisément dans l’intériorité, moins frileuse dans ses émotions, plus sensuelle aussi et reliée à la nature hors et au-dedans de nous. Un numéro de femmes, il y en a eu un seul avant ça, c’était en janvier 2010, donc 9 ans, c’est un bon cycle pour recommencer. Voici donc un numéro offrant différentes couleurs, saveurs et textures en bouche. Femmes poètes, femmes à différentes saisons de la vie. Femme, mère, grand-mère peut-être et fille… Et là je dois vous avouer mon immense émotion et ma grande joie, cela faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu de délit coup de pouce — c'est-à-dire la publication d’un poète mineur dans la revue ce qui ne signifie par pour autant une écriture mineure, loin de là ! La poésie serait-elle génétique, ou bien serait-elle une sorte de virus que l’on pourrait transmettre par l’éducation ou par amour ? C’est la question que je me pose car pour ce que j’en sais, cela s’est fait sans aucune volonté de ma part, j’en suis la première ébahie et c’est donc avec une grande émotion que j’accueille dans ce numéro mon enfant, qui fêtera ses 17 ans en 2020, comme la revue. Je n’en dis pas plus, je vous souhaite seulement pour cette nouvelle année qui débute, beaucoup de magie, beaucoup de lumière et de la belle obscurité, de celle qui chavire l’âme sans lui faire de mal. Je nous souhaite à toutes et tous, la paix, la sérénité intérieure car on le sait, 2020 ne sera pas un miracle, mais j’ose espérer cependant que quelque chose bouge au cœur même de l’humanité, que quelque chose brille de plus en plus dans nos consciences. J’ose espérer oui et puis 2020, tout le monde l’a remarqué, ça rime avec vin, un bon petit vin de derrière les fagots dans sa belle robe rubis. Allez santé !!

 

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AU SOMMAIRE

 

 Délit de poésie : Danielle Laurent Carcey ; Barbara Le Moëne ; Patricia Castex Menier ; Diane Bifrare ; Zoé Besmond de Senneville ; Cindy Lajournade

 

Délit coup de pouce : Key Mignot, troubadour onirique

 

 Résonances : Radicelles de Murièle Modély & Dé-camper de Florentine Rey

 

Délits d’(in)citations décoiffent les coins de pages.

Vous trouverez la bulletin de complicité au fond en sortant, facultatif mais nécessaire, il compte sur vous.

 

 

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Illustratrice : Barbara le Moëne

 

 

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Lorsqu'un soir je rentrais dans la chambre, complètement hagarde, par hasard je me regardais dans la glace. Elle reflétait l'image d'une possédée, sauvage et lubrique, repoussante et fascinante. Échaudée, les yeux enfoncés dans les orbites, la chemise de nuit de travers, le corps sans forme. La voilà la sorcière. Cette créature de la terre, aux instincts dénudés, débridés, avec son insatiable appétit de vie, femme et bête en même temps.
Mary Wigman

 

 

 

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Les vrais compagnons, ce sont les arbres, les brins d'herbe, les rayons du soleil, les nuages qui courent dans le ciel crépusculaire ou matinal, la mer, les montagnes. C'est dans tout cela que coule la vie, la vraie vie, et on n'est jamais seule quand on sait la voir et la sentir.
Alexandra David-Néel
in Journal de Voyage, Tome 1

 

 

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C’est quoi une femme à quarante-huit ans passés ?

Quarante-huit ans passés, plus envie de faire semblant. C’est quoi une femme à quarante-huit ans passés ? C’est quoi une femme seule à quarante-huit ans passés? Plus d’un an que je n’ai pas été touchée dedans, pire encore : ça fait longtemps qu’un homme ne m’a pas donné envie d’écrire.

J’ai eu l’art de m’être laissée mal choisir. On appelle ça des expériences, mais c’est juste parce que j’ai mis trop longtemps à me rencontrer pour de vrai. Est-ce que quarante-huit ans passés, c’est enfin la maturité ?

C’est un âge où certain-e-s ressentent le besoin de mentir, mentir sur leurs rêves,  mentir sur leur corps, sur les traces que la vie y a laissé, sur la graisse qu’on a tassé pour se protéger, d’autres justement, n’ont plus envie de mentir. Un besoin de vérité, de nudité, de douceur, d’un authentique jus de vie : être aimé vraiment, aimer vraiment. Avec outrance, avec sagesse, avec puissance, avec lenteur, avec autant de subtilité que d’intensité,  avec du rire et de la poésie, avec de l’audace et du tournis, parce qu’Éros versus Thanatos, là ça ne rigole plus.

C’est un âge où on se dit que si à vingt ans on avait su tout ce qu’on savait maintenant…  Et on préfère ne rien s’en dire.

C’est un âge où soudain on n’a plus envie d’attendre, plus envie d’être fidèle à son malheur. Un âge de volcan qui n’a pas dit son dernier mot.

 

Cathy Garcia Canalès, octobre 2018

 

 

 

Nouveaux Délits - Janvier 2020 – ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable : Cathy Garcia Canalès -  Illustratrice : Barbara le Moëne - Correcteur : Élisée Bec

 

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

 

 

 

 

08/12/2019

La garde de nuit (enfer hospitalier) Acte I

 

Ce recueil retrace la descente aux enfers d'un soignant hospitalier: écrasé entre charge de travail et mentale, écartelé entre vœu d’Hospitalité et course à la rentabilité. Comment survivre dans cet univers médiéval, fascinant, complexe, beau et violent. Et comment résister lorsque la perte de sens prend parfois le dessus sur la vocation? - Prologue et Acte I -

 

 

 

Le dragon jaune Le dragon jaune

 

 

Prologue

Quand le dragon vole.

Long soir d’été.

Un dragon insomniaque, déterminé, détonnant et oblong, escarboucle lumineuse au front, escalade en flammes rouges et vertes l’à-pic de mon jardin d’étoiles pour mieux se précipiter à l’assaut du fleuve.

Tournesol guerrier saigné au flanc, il tourne ses pétales au son doux et velouté d’un elfe crachant lentement sa soupe de lamier blanc.

Il découpe de ses pales sombres la voie lactée qui retombe en goutte-à-goutte d’étoiles filantes dans les veines de l’être qu’il porte au ventre, bien loin du sol, au delà de la forêt des ombres.

Cette âme pâle et souffrante, heurtée et paralysée comme cette lune d’été, il l’a gobée sur la plaine, au milieu des tôles froissées. Il la régurgitera bientôt sur l’esplanade ronde de la Tour des miracles.

Ici, l’air du soir, à nouveau calme, se recouche. La Garde veillera d’un œil intranquille sur le silence des remparts de ma nuit.

Au cœur de mes rêves, l’écran s’embrase de bleu et alors monte l’alerte…


 

La Tour de pierre La Tour de pierre

 

 

 

Premier Acte 

La pierre

 

La Tour

Informe architecturale, elle trône tel une diva sous sa peau criblée par le vitriol des ans. Neuf bourrelets de souffrance étagée seyant sur un fondement au sous-sol sismique.

Dans ses entrailles grises ou colorées, presque désamiantées, des trachées artères pompent de leurs plèvres cancéreuses un air retraité, qu’elles exsufflent par leurs gueules grillagées.

Des veines translucides ramènent, par pulsations rythmées, les capsules de sang étiquetées vers le cœur du laboratoire de la méga cité.

Des barges, poussées par des cygnes bleus, portent les malades et glissent, au flux péristaltique des canaux hospitaliers, aux mains de gondoliers asservis à leurs tablettes connectées.

Sur les berges escarpées, on observe la ronde perpétuelle des spectres d’humanité - rose morose, verte de rage, blanche de saignée - qui filent au rythme des machines à pointer. Âmes garrotées puis vidées de leur vocation, encloîtrées entre leur vœu d’Hospitalité et la boulimie de la bête à rentabilité.

Pourtant, aux parois de ses boyaux sombres, on voit encore flamboyer quelques torches de générosité. En ombres chinoises, donneurs et greffés, main dans la main, échangent leurs amitiés, dans une dernière valse de fraternité.

Ainsi, sous les emblèmes d’Eros et Thanatos réunis, la Tour domine tout : ses saigneurs et ses serfs, ses remparts et ses tourelles. De Planoise en contrebas, toute une volée de passerelles rampe sur son pas.

Les cheminées d’évacuation et les feux sentinelles fument au toit. Aux alentours, les odeurs de chair humaine se mêlent à celles du bois.

Et au crépuscule, le vol immobile d’une crécerelle sonne le glas.

 

Princes du sang

A la table ronde des conciliabules pluridisciplinaires, sous leurs armoiries de bistouris ou de cathéters, les saigneurs s’affrontent en joutes orales passionnées, défendent leur maison ou leur chapelle puis transigent avant de partir avec leur ost pour la bataille.

--- Leurs campagnes : rebâtir les canaux vasculaires, lutter contre l’extravasation et dégorger les plaines inondées ; éventrer les barrages ischémiques, libérer le flux artériel des fleuves et irriguer les aires cérébrales asséchées

--- Leurs gloires : ligaturer les vouivres anévrysmales, sauver les noyés des lacs sanguinaires, décapiter les hydres artério-veineuses, étouffer les guivres fistuleuses.

--- Leur Sainte Mission: préserver nos corps de l’hémorragie en refondant notre calice vasculaire.

--- Leur Saint Graal : vaincre la Maladie, sans verser le sang des blessés ou des morts.

 

 

Ici, je suis.

Ici, je suis chevalier Hospitalier, moine soldat, mercenaire, vassal, dans l’allégeance à la Tour.

Ici, je sais écrire, trancher et recoudre, publier les bans, convoquer l’ost, mener mes troupes, faire fructifier mon fief, et par dessus tout, offrir ma vie au champ de bataille hospitalier.

Ici, je porte encore l’exhaustion de ces années de combats larvés pour une victoire acérée sur les terres d’un prince noir. Perfidement adoubé chevalier puis homme-lige. Dans l’Immixtio manuum, vassal aux mains choyées. In fine, féal aux doigts broyés, désavoué sous le miroir brisé, emprisonné dans le vertige des arcanes d’une autre Tour.

L’honneur en étendard et l’exil pour seule survie, je m’exfiltrai in extremis.

Ici, je suis le chevalier errant, le vainqueur inféodé venu du Nord, et personne n’imagine le trésor d’énergie vitale dont il m’avait déjà patiemment spolié.

 

Chaque matin

Mains heureuses d’enfant joueur qui, dans le jardin des salles opératoires, font voler des papillons en papier d’emballage stérile.

Puis la matière pensante de mon cerveau, par ces mains prolongée, opère d’autres cerveaux - éveillés.

 

Artisan de l’humain (neuro-chir-urgien)

Mains fermes de forgerons, elles empoignent, frappent et soudent le titaneaux colonnes écroulées. Mains calleuses de menuisier, elles redressent, chevillent et vissent le bois des nuques brisées. Mains appliquées de tuyauteur, elles détectent, calfatent et tarissent les fuites de liquide méningé. Mains blanches de mosaïste, elles récupèrent, réassemblent et jointent les puzzles de crânes éparpillés.

Mains agiles de poissonnier, elles ligaturent, sectionnent et enlèvent leurs tentacules aux hydres vasculaires. Mains féroces de volailler, elles saisissent, étranglent et asphyxient au col les crêtes anévrismales. Mains tranchantes d’équarrisseur, elles excisent, parent et ficellent les chefs aux chairs scalpées. Mains rouges de boucher, elles taillent, désossent et s’essuient au bleu des tabliers.

Mains savantes de puisatier, elles forent, pompent et drainent le fluide des nappes sous-crâniennes. Mains vigiles d’aiguadier, elles dérivent, vident et assèchent de leur sang les zones inondées. Mains créatrices et architectes, elles dessinent, déroutent et aqueduquent le cœur aux hémisphères abandonnés. Mains bleues de fontainier, elles ponctionnent, guident et recueillent l’eau de roche à la source des lombes.

Mains têtues de maraicher, elles séparent, coupent et cueillent des méningiomes gros comme des oranges. Mains soigneuses d’horticulteur, elles visent, greffent et plantent des électrodes aux noyaux gris des cerveaux. Mains cloquées de cantonnier, elles creusent, élargissent et égalisent l’os arthrosique des canaux rachidiens. Mains vertes de jardinier, elles traitent, élaguent et déracinent les ramées de gliomes cancéreux.

Mains douces de coiffeuse, elles peignent, rasent et tressent au cuir les cheveux horripilés. Mains patientes de couturière, elles découpent, cousent et rapiècent de Goretex les méninges déchirées. Mains ciseleuses de joaillière, elles assemblent et attachent des colliers de veines au cou des artères. Mains mauves de lavandières, elles lavent, rincent et essorent aux soleils scialytiques les têtes de leurs victimes.

Mains charcutières dans le ventre de la bête.

Mains ouvrières dans le rouage de la machine.

Mains téméraires dans les tréfonds de la Tour.

 
L’apprenti sourcier

Deux êtres tremblants, chacun dans leur tranchée, de chaque côté du lit de la rivière blanche qui les sépare. Face tournée au sol, le patient courbe l’échine, se recroqueville en serrant son coussin de misère sur ses dents. L’apprenti sourcier, lui, officie nerveusement et calcule sa trajectoire, méticuleusement.

Une bise glaciale s’abat alors sur la plaine des reins. Tressaillement dans les rangs, au premier bataillon antiseptique. Un drapeau bleu perforé a été déployé. Au centre, on aperçoit une clairière, rose comme un champ de bataille. Cercle d’effroi dans les lombes qui délimite la cible. Raidissement, au deuxième bataillon antiseptique.

Palpation appuyée d’une phalange, humide sous les gants, qui fouille profondément les ligaments. On énumère les épineuses questions. Où est la moelle ? Où trouver la voie ? Où créer la brèche ?

Puis, l’alerte d’une attaque par le ciel et la peur sur les deux fronts. Derrière celui du patient, sonnent les clairons de son instinct de survie. Se réfugier dans les galeries de son courage. Se boucher les oreilles. Fermer les yeux. Serrer les dents. Serrer les poings. Et attendre…

Le bâton aiguisé et brillant de l’apprenti sourcier tremble, tremble, tremble sous la lune pâle. Il lui indique le chemin de la source. Soudain dans le bas du dos de son patient, comme la trace stridente et acérée d’une flèche brûlante. Spasme des muscles paravertébraux suivi d’un fin craquement d’outre.

Ses yeux s’éclairent alors. Son cœur ralentit. Entre ses doigts, la joie fleurit. Dans les mains du nouveau sourcier, l’eau de roche jaillit, pure. De l’autre côté du champ de bataille, on attend encore inquiet l’annonce du cessez-le-feu par l’arrachement de terre, dans un dernier trismus, de l’étendard de la victoire.

Enfin, on pansera la plaie punctiforme du blessé.

 

Le chêne sacré

Elle est là, qui attend tremblante, comme la frondaison sous le vent mauvais, à l’heure du rendez-vous d’annonce.

Elle est là, qui angoisse au creux de ses cernes pour son Homme à l’écorce du crâne scarifiée. Elle pressent le Mal qui lui ronge la cervelle, comme la vermine dans l’aubier.

Lui, le grand abatteur d’arbres, autrefois libre comme la forêt comtoise, autrefois puissant comme le chêne millénaire, et à présent, posé las, à son tour, branche ballante, racines instables, fibres cérébrales entaillées, dans ce corps qui penche et menace, comme un arbre vermoulu, sous la cognée du cancer.

Elle est là, qui s’effondre au coup vil asséné par le coin de la sentence diagnostique: glioblastome, la gale du cerveau qui pousse et poussera son Homme au chablis. Condamnation à perpétuité.

Elle est là, qui pleure à nouveau la sève amère, infiltrée dans ses veines depuis la mort du petit, noyé durant trente trois lunes, autre cher de sa chair, tombé et rongé avant elle.

Dans le désespoir, je serre son bois de cœur, tendre et sombre, dans ma main, et nous buvons sa douleur à l’ombre du grand chêne.

 

Sur le fil

Encore une journée qui s’achève, dans le bonheur masochiste de ne pas avoir encore touché un seul instant le sol.

Imprudent funambule que je suis, en équilibre, toujours instable, sur le fil à couper le bord de ma vie, tendue au travers du gouffre hospitalier.

Encore une journée qui m‘achève.

 

Laurent Thines

(qu'on peut lire aussi dans le dernier n° de la revue Nouveaux délits, le 64)

 

 

 

30/09/2019

Parution de la revue Nouveaux Délits numéro 64

 

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Je ne sais pas si cela vient de ce mois de septembre qui crépite de tensions, de nervosité ou de mon côté hyperactif, multitâche, de mon cerveau zébré en arborescence, de mon mental de Gémeaux capable de non seulement penser à plein de choses à la fois mais de les faire aussi simultanément, tout en réfléchissant, avec gourmandise, à toutes celles que j’ai envie de faire. Créer chez moi est compulsif, faire du lien aussi, transmettre, partager, pas étonnant que je me sois fait piéger par face de bouc.

Je ne sais cependant pas si c’est l’afflux incessant de sollicitations, de données, d’informations, de questions exigeant réponse instantanée, qui nous submergent via toutes les nouvelles technologies  — et encore je n’ai pas de portable (je ne suis pas loin de faire partie des derniers des Mohicans). Je ne sais pas si cela vient des individualités de plus en plus selfisées, de la paperasse à n’en plus finir, pire quand elle est dématérialisée, avec ce tsunami d’identifiants, de codes, de mots de passe, de captcha (attention, marque commerciale déposée) et paradoxalement d’un manque croissant de professionnalisme — wow, j’ai vraiment utilisé ce terme ? — en tous les domaines, car peu importe comment et pourquoi les choses sont faites, ce qui compte c’est le fric, le fric, le fric et les plus pauvres de ramer et suer après ou sombrer dans une hyperactivité pathologique (devrais-je consulter ?) et pour bien d’autres, les « élus », c’est le fricot, le régal, la bombance. Ceux-là aussi sont en Enfer, comme Tantale, mais ils ne le savent pas, tant il leur est doux de se gaver, mais plus ils en ont et plus ils en veulent, jamais rassasiés et la planète n’est pas assez vaste, pas assez nutritive pour leur goinfrerie. S’ils aimaient manger de la chair humaine, c’est certain, ils nous dévoreraient littéralement.

Je ne sais pas si c’est le fait que tant de mes convictions profondes, et qui ne datent pas d’hier, soient aujourd’hui à la une des médias et alors que je devrais m’en réjouir, j’ai pourtant l’impression que cela fait surtout du bruit, de la mode, du tweet et que la meilleure des intentions est récupérée, détournée, avant même d’avoir été énoncée. Je ne sais pas si c’est la sensation de vivre de plus en plus dans un gros fake, une cauchemardesque fête foraine, bien que je fasse partie de celles et ceux — il y en a — qui sont descendu-e-s du manège depuis longtemps.

Bref, je suis fatiguée et je voulais donc dire que je faisais pour ce numéro, une grève d’édito ! Trop tard ? C’est tout moi, incapable de ne pas faire les choses, surtout quand personne ne m’oblige à les faire. Mais j’avoue, encore une fois, ce fut un plaisir de m’adresser à vous, je suis descendue du manège mais pas du bateau, alors ramons les amis, ramons ensemble et chantons, chantons avec nos voix, nos mots, nos poumons, nos tripes. Et apprécions le silence qui suit, le vrai silence : celui qui nous permet de sentir le battement de nos cœurs à l’unisson. Tant qu’on le peut encore.


C.G.

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Il faut faire attention : avoir le vent en poupe, c'est l'avoir dans le cul.
Pierre Peuchmaurd in Fatigues

 

 

 

AU SOMMAIRE


Délit de poésie :

Hommage à Jean-Pierre Hanniet et ses Poélitiques
Duo pour les gilets jaunes : Laurent Thines & Cathy Jurado
Olivier Robert, des extraits d’Accalmie un souffle

Délit de griot blanc : aphorismes, pensées et un conte rouge du tribun des rues, Jg Tartar(e)

Délit d’autopromotion : Cathy Garcia Canalès, préface et extraits de Pandémonium II

Résonance : L’anarchie ou le chaos de Philippe Godard


Les Délits d’(in)citations arrosent les coins de pages pour lutter contre la sécheresse de la pensée tandis que le bulletin de complicité sifflote au fond en sortant. Il ne va pas tarder à tendre le chapeau.

 

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Illustrateur : Joaquim Hock

https://joaquimhock.blogspot.com




Il n’est personne au monde aujourd’hui qui ne sache à quoi s’en tenir. Et que nous faisons tout ce que nous ne devons pas faire, que nous acceptons tous ce que nous savons ne pas pouvoir, ne pas vouloir accepter, que nous nous laissons tous entraîner en mettant tout sur le compte de la fatalité historique, aussi bien d’un côté que de l’autre… du mur de l’argent.


Louis Guilloux 
in Carnets, 5 août 1969

 

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Comme une vaillante petite tailleuse de livres, je vous en sors deux d’un coup ! Et c’est dans la posture du grand écart que je fais moi aussi ma rentrée littéraire, avec deux livres aux antipodes l’un de l’autre : un dur et un doux, un noir et un lumineux, un grave et un léger, un engagé enragé et un tout délicieux sans danger pour le lecteur, ce qui n’empêche l’humour dans le premier avec les superbes illustrations originales de Joaquim Hock — l’Illustre Illustrateur Attitré de cette revue que l’on retrouve aussi avec une vive joie dans ce présent numéro — et de la profondeur dans la légèreté du second : toutes ces nuances humaines.

Donc, en même temps que Pandémonium II  présenté dans ces pages, paraît aussi Toboggan de velours, qui comme son nom l’indique vous invite à vous laisser glisser les yeux bandés. Poèmes d’atmosphère, douceur, magie, mystère et quelques piquants soyeux d’impertinence. D’un format vertical cette fois de 32 pages et accompagné de collages en couleur de l’auteur.

 

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 « Glissade vers la nuit
ses rivages de velours
son écrin de pluie
toute chaude d'amour
se saisir de la chair
y sculpter le plaisir
descendre vers la mer
abreuver son désir
et rejoindre l'Éther »




En savoir + sur ses deux parutions sur :  http://cathygarcia.hautetfort.com/


Tous mes livres auto-édités sont fabriqués et imprimés par mes soins, exclusivement sur du papier 100% recyclé haut de gamme.

Tirages entièrement numérotés.

 

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Nouveaux Délits - Octobre 2019 – ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable : Cathy Garcia Canalès -  Illustrateur : Joaquim Hock - Correcteur : Élisée Bec

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

 

 

 

 

 

 

 

 

29/05/2019

Douces et reconnaissantes pensées pour Jean-Pierre Hanniet

 

C'est en recevant le dernier numéro des Adex, ce journal poético-artistique du Pays de Valois dont il était avec son épouse fondateur, que j'apprends un peu tard que tous deux sont partis à quatre mois d'intervalle : Carole Harding-Hanniet en octobre 2018 et Jean-Pierre, le 8 février dernier. Je savais pour ce dernier que la santé était devenue fragile mais il y a pourtant des personnes qui sont tellement vivantes, qui mettent tellement en valeur ce mot 'vie", qu'on ne pense pas que cela puisse s'arrêter un jour. Jean-Pierre avec qui j'ai eu l'occasion d'échanger suffisamment pour voir en lui un grand homme, était un fervent soutien de ma revue Nouveaux Délits et de mon écriture par ailleurs, un soutien fidèle et discret. Nul doute que son voyage continue et que sa bonté continue à œuvrer, car rien ne se perd, tout se transforme et j'aime à croire que le meilleur de nous-mêmes est justement notre part d'immortalité.

Merci Jean-Pierre de tout cœur !

 

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Jean-Pierre HANNIET, né en 1937, élève de l’Ecole Normale d’Instituteurs de Beauvais, fera sa carrière d’instit dans le Valois. Il y animera diverses associations culturelles, une revue de poésie “Banderille” avant de se consacrer à une vie politique militante. Elu Conseiller général de l’Oise en 1970, il exercera des fonctions électives diverses vingt cinq ans durant et initiera des ouvrages scolaires consacrés à l’éducation civique, publiés chez Bordas. Il fonde en 1995 Les Adex.

Collections Tempoèmes :
« Les poélitiques » – © Les Adex 2006
« Sillages » – © Les Adex 2003
« De haut et de travers » – © Les Adex 1997
« Au fil de mes temps » – © Les Adex 1997

Collections Graphipoèmes :
« Couleur Safran » — Les Adex 2008
« Paroles Bleues » — Les Adex 2001
« Saisons de platanes II » — Les Adex 2001
« Saisons de platanes » — Les Adex 1999 (épuisé)

Associé à Lucas-Faytre dans la séries Les carnets qui rêvent : « Nus à la Grande Chaumière » – © ADAGP 2012

http://www.lesadex.com/

 

 

 

 

01/04/2019

Revue Nouveaux Délits n°63

 

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 Avril 2019

 

 

 

Une des solutions, peut-être, serait d'oser prendre le risque de la dégringolade sociale. Oser l'humiliation, oser être considérés comme des merdes, mais refuser radicalement d'être complices d'un système aussi arbitraire, stupide et mortifère que le nôtre, humains du XXIe s.

 

Faire autre chose, autrement, librement, modestement, même si ça veut dire être dans la galère. Trop nombreux sont ceux qui ont peur de chuter dans la pauvreté (la grosse tache qui nous désigne comme honteux) et donc la plupart se taisent, ravalent, se bouchent les écoutilles, au pire ils deviennent désabusés et cyniques ou se cherchent des boucs émissaires sur lesquels faire refluer toutes leurs frustrations, mais ils continuent à faire des boulots pourris qui pourrissent la terre, leur vie, leur âme ; se rendent complices de ce qu'ils dénoncent même parfois, mais n'osent pas lâcher prise, dire non. Pour compenser, ils consomment, consomment, parce que c'est la seule récompense à leur résignation, leur compromission, la mort de leurs rêves interdits, consommer toujours plus.

 

On peut aller dans la rue autant qu'on voudra, mais tant qu'on n'osera pas être autrement, qu'on n’osera pas essayer autrement, vivre autrement, pas plus tard, ni demain, mais là, maintenant, immédiatement, en assumant le risque d'y perdre gros sur le plan matériel pour être en phase avec notre être profond, le plus authentique — un risque qui, tant qu'on sera si peu nombreux à le prendre, est un risque réel : celui d'y perdre gros sur le plan de la reconnaissance socioprofessionnelle, sur le plan des apparences pour la famille, les amis, les voisins, à ses propres yeux formatés par une idée de la réussite totalement biaisée... — tant qu'on n'osera pas ce pas, ce pas qui, en nombre, pourrait vraiment être le premier pas vers un nouveau monde ; tant qu'on n'osera pas dire "I quit", alors rien ne changera, tout empirera.

 

L'action qui porte à conséquence, c'est celle que l'on fait là où on est et en tant que nous-mêmes, individuellement, dans tous les aspects de notre vie : désobéir chaque fois que ce qu'on nous demande, nous impose, nous colle dessus, n'est pas juste, n'est pas viable, n'est pas défendable pour nous-mêmes comme pour les autres ici et loin ailleurs, pour la planète, pour les générations à venir.

 

Désobéir, c'est se réveiller, avoir ce courage-là car cette sacro-sainte avidité matérielle nous mène droit dans le mur pour le confort et la satisfaction (égoïste est un faible mot) d’une microminorité. La vraie solidarité, l'entraide, l’humanité, on les découvrira quand on aura franchi ce pas là, en nombre... Je suis pour le gilet troué et maintes fois reprisé, le gilet fait de bouts de tissus rapiécés comme un Boro japonais : la guenille magnifiée.

                                                                                 

C.G.

 

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AU SOMMAIRE

 

Délit de poésie :

 

֍ Estelle Cantala

֍ Majead At’Mahel : extraits de Sentimentale barbarie

֍ Gaël Guillarme : extraitdUne étoile entre les dents

 

Délit d’enthousiasme en milieu hostile : Jacques Kindo

 

Délits courts : Michèle Krakowski vous fera sourire mais non sans inquiétude

 

Délit philosophico-félin : Extraits de Zébulon ou le chat de Maëlle Levacher

 

Résonance :

 

  • Zoartoïste (suivi de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses) de Catherine Gil Alcala, éditions La Maison Brûlée, 2016.

 

  • Ne tournez pas la page de Seray Şahiner, traduit du turc par Ali Terzioğlu & Jocelyne Burkmann, Belleville éditions, 2018.

 

Délits d’(in)citations en pleine floraison insouciante tandis qu’un nouveau bulletin de complicité au fond en sortant dit que l’étau se resserre.

 

 

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Illustrateur : Pierre Rosin

 

Vit près de Poitiers. Peintre à l'huile, en images numériques et en poésie. Ses lignes s’entremêlent, s’agrippent les unes aux autres et finissent par représenter un personnage. Parfois il s'y accroche des mots. La mise en forme, le passage à la couleur, sont réalisés sur ordinateur. Si le modèle obtenu s’y prête, il est transposé sur toile et peint traditionnellement à l’huile. Il expose ensemble ou séparément ses images et ses poèmes qu'il a regroupés dans deux recueils de poésie peinture : jardin doux et amers et courbure. Il a illustré plusieurs recueils de poésie. Ses poèmes paraissent en revue et un reste de beau pour le reste des jours suivi de je émigration a été édité chez À l'Index en fin 2018. On peut le lire dans le n°60 de la revue (avril 2018). 

http://www.pierrerosin.fr/

 

  

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Une plante mal approchée avec désir ou colère, se dissimule à nos yeux. Nous devons parler à la nature. Demander avec humilité permission aux plantes et aux fleurs de les toucher. Elles donnent lumière. Elles donnent lumière et fragrance à ceux qui communiquent avec elles.

 Krishnamurti

 

 

 

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Qui a fait le monde ?

Qui a fait le cygne et l’ours noir ?

Qui a fait la sauterelle ?

Je veux dire cette sauterelle-ci — celle qui a bondi hors de l’herbe,

celle qui mange du sucre au creux de ma main, qui bouge ses mandibules de gauche à droite, plutôt que de haut en bas  —  qui regarde autour d’elle avec ses énormes yeux compliqués.

La voilà qui lève ses pâles avant-bras et se nettoie soigneusement la tête.

La voilà qui déploie ses ailes, et s’envole au loin.

Je ne sais pas exactement ce qu’est une prière.

Mais je sais comment prêter attention, comment tomber dans l’herbe, comment m’agenouiller dans l’herbe, comment flâner et être comblée, comment errer à travers champs,

ce que j’ai fait tout au long de la journée.

Dis-moi, qu’aurais-je dû faire d’autre ?

Tout ne finit-il pas par mourir, trop rapidement ?

Dis-moi, qu’entends-tu faire de ton unique, sauvage et précieuse vie ?

 

Mary Oliver (1935 - 2019)

 in La journée d’été

 

 

 

Nouveaux Délits - Avril 2019 - ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable : Cathy Garcia Canalès - Illustrateur : Pierre Rosin - Correcteur : Élisée Bec

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

 

 

 

 

 

01/01/2019

Revue Nouveaux Délits n°62

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Janvier 2019

 

À nous toutes et tous, convives parmi d’autres formes de vie dont aucune n’est quantité négligeable, de cette toute petite planète de plus en plus abimée et qui ne pas tarder à nous envoyer bouler, à nous toutes et tous, humains, bons vivants, survivants, gavés, affamés, élus, exclus, exploitants, exploités, avec ou sans terre, avec ou sans papier, avec ou sans droit, maltraitants, maltraités et toute la palette de plus en plus mince des entre-deux, je nous souhaite, à toutes et tous, une surprenante année d’évolution, aussi improbable que magnifique, une année où les consciences se mettront à briller tellement fort que nul ne pourra les ignorer, aussi perché, aussi borné soit-il ! Une année 2019, avec du vrai neuf qui ne soit pas pure pacotille. Que l’ouverture de l’esprit — laquelle n’est pas, nous rappelait ce cher Desproges, une fracture du crâne — et celle du cœur deviennent pandémiques. Souhaitons-nous un truc dingue, incroyable, une fulgurance empathique, un éclair de lucidité universelle qui foudroie d’un coup l’arrogance et la cupidité, le mensonge, les peurs et vieilles rengaines encrassées, un truc qui déculotte d’un coup tous ceux qui confondent pouvoir et intelligence et leur remette l’humilité en place. Un virus de sagesse et de générosité que rien ne puisse arrêter afin que le principe d’équité devienne partout et en tout, une évidence, car voyez-vous « le monde est nous tous, ou rien ».

 


Haïssez celui qui n’est pas de votre race.
Haïssez celui qui n’a pas votre foi.
Haïssez celui qui n’est pas de votre rang social.
Haïssez, haïssez, vous serez haï.
De la haine, on passera à la croisade,
Vous tuerez ou vous serez tué.
Quoi qu’il en soit,
vous serez les victimes de votre haine.
La loi est ainsi :
Vous ne pouvez être heureux seul.
Si l’autre n’est pas heureux,
vous ne le serez pas non plus,
Si l’autre n’a pas d’avenir,
vous n’en aurez pas non plus,
Si l’autre vit d’amertume,
vous en vivrez aussi,
Si l’autre est sans amour,
vous le serez aussi.
Le monde est nous tous, ou rien.
L’abri de votre égoïsme est sans effet dans l’éternité.
Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus.

Louis Calaferte

 

 

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AU SOMMAIRE

 

 

Délit de poésie : Florentine Rey, Guénane, Patrick Boutin, Guillaume Simon

 

Délit d’évasion : extrait de La Rumeur Sourde du Récif de Xavier Combres, récit d’un séjour aux Iles Loyauté, Nouvelle-Calédonie

 

Délit de poésie brésilienne : Nilton Resende, Regina Alonso, Tereza Du'Zai  et Itamar Vieira Junior, traduits par Stéphane Chao

 

Résonances : Il ne se passe rien mais je ne m’ennuie pas d’Heptanes Fraxion & Je danse encore après minuit de Florentine Rey.

 

Délits d’(in)citations en flocons au coin des pages mènent au bulletin de complicitéà la patience légendaire, qui sifflote au fond en sortant.

 

 

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Illustrateur : Michel Vautier

http://www.michelvautier.fr

 

« MV, on retrouve ce signe cryptogrammé parfois dans quelques recoins des peintures de Michel Vautier, comme un souvenir de lui-même, tant il aime s’effacer …/… Certains utilisent la photographie pour peindre (ils sont nombreux), d’autres (beaucoup moins nombreux) utilisent la peinture pour photographier, et c’est bien là me semble-t-il que la tournure du travail de MV prend tout son sens. Comme si MV utilisait la peinture en toile de fond pour faire de la photographie (ou l’inverse)… MV décline avec énormément d’enthousiasme et de clarté tous ces composants qui font de la photographie non plus un modèle mais une substance, une matière à part entière. »  j.f. Yorobietchik, septembre 2018.

 

 

 

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J'ai vu que ce n'était pas l'homme qui était impuissant dans sa lutte contre le mal, j'ai vu que c'était le mal qui était impuissant dans sa lutte contre l'homme. Le secret de l'immortalité de la bonté est dans son impuissance. Elle est invincible.

Vassili Grossman

 

 

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Jeûnez de la méchanceté !

 

 Empédocle (485-440 av. J.-C. environ)

 

 

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

 

 

***

 

  Il devrait y avoir une heure avant l'aube 

Ce premier livre édité par BUzo, l’association qui porte la Nuit de la Poésie de Crest, est un ouvrage collectif, un livre de solidarité vendu au profit du collectif allexois de solidarité avec les réfugié.e.s.

 

 

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Parution 8 janvier 2019

56 pages
15 € (+ 2,10 de port)

 

Préface d’Emily Loizeau

 

Textes de : Cathy Garcia, Grégoire Damon, Colette Daviles-Estinès, Abdellatif Laâbi, Julie Rossello-Rochet, Alissa Thor, Chloé Landriot, David Myriam, Claire Rengade, Marlène Tissot, Stéphanie Quérité, Samuel Gallet, Claire Audhuy, Julio Serrano Echeverría, Rafael Cuevas Molina, Rodrigo Arenas Carter, Alberto Blanco, Laurence Loutre-Barbier, Serge Pey, Snayder Pierre Louis, Baptiste Cogitore, Laura Tirandaz.

 

Traductions : Laurent Bouisset / Illustrations : Julien Sibert, Simon Fuste et Noémie Ségala / Graphisme : Noémie Ségala / Ouvrage collectif rassemblé par Samaël Steiner

 

À commander à BUzo  9 rue Gustave André, 26400 CREST

  

https://www.nuitdelapoesie-crest.fr/edition/

 

 

 

 

 

 

15/11/2018

Revue Nouveaux Délits n°61 - Cathy Garcia Canalès

 

 

Extrait de "Mordre les temps de mort" parmi les extraits du recueil Aujourd'hui est habitable présentés dans ce numéro en écho à sa parution chez cardère éditeur, en septembre 2018. Lu par l'auteur.

En savoir plus : http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

 

 

 

23/09/2018

Revue Nouveaux Délits n°61

 

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octobre 2018

 

Quand j’ai commencé la revue, dans les premiers numéros, j’étais systématiquement au sommaire. C’était une façon de faire connaître mon travail en même temps que celui des autres auteurs que j’accueillais. Puis devant leur nombre sans cesse croissant et lassée aussi de ma présence, j’ai libéré la place avec joie. Mais le problème des poètes revuistes, comme ces cordonniers (quand il y en avait) mal chaussés, c’est qu’à force de se mettre au service de l’écriture des autres, ils n’ont plus beaucoup, voire plus du tout de temps pour la leur. Il y a aussi un fait : la réciprocité chez les êtres humains — et les poètes ne font pas exception — ne coule pas de source, c’est pourquoi le proverbial « jamais aussi bien servi que par soi-même » prend au final tout son sens.

 

Alors pour une fois, je reprends un bout de territoire ici, juste le temps de mettre un coup de projecteur entre autre sur la sortie d’un livre à lente maturation auquel je tiens et que publient les éditions Cardère, qui hébergent déjà trois autres de mes bébés. La bonne maison Cardère publie avant tout des ouvrages sur le pastoralisme, la poésie c’est en plus et elle n’a jamais eu l’imbécile idée de choper la grosse tête ou de s’illusionner sur un quelconque pouvoir d’éditeur, pas plus qu’elle ne s’illusionne sur les auteurs eux-mêmes. Une chose est essentielle en poésie — et qui dit poésie, dit vie — : une forme d’humilité. Pas une posture humble non, juste quelque chose de très naturel, humus, humilité, humain, cette racine plantée dans la terre qui nous nourrit et qu’il ne faut jamais oublier, quelle que soit la force et l’envolée de notre imaginaire ou de nos prétentions.

 

Écrire est une chose, être lu en est une autre. Entre les deux se tissent de fragiles et éphémères passerelles dans lesquelles se prend la rosée de l’aube, trésor qui scintille un instant — précieux instant — avant que le jour ne vienne le boire.

 

CG

 

monde de rosée
rien qu'un monde de rosée
pourtant et pourtant

Issa

 

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AU SOMMAIRE

 

 

Délit de poésie : Arnaud Martin, Didier Trumeau, Jérémie Tholomé (Belgique) et Cathy Garcia Canalès

 

Délit  de table : « Aujourd’hui c’est raviolis » extrait d’une pièce de théâtre de Marcel Moratal,

 

Délit de vagabondage : « Une vie de carton », récit nomade de Julien Amillard

 

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Résonance :

Ma Patagonie de Guénane, La sirène étoilée, 2017

Lame de fond de Marlène Tissot, La Boucherie littéraire, 2017

 

Et un flash spécial sur Calepin paisible d’une pâtresse de poules, le n°2 de la série Délits vrais – poésie postale, qui est passé en format livre en septembre.

 

C’est aussi la rentrée des Délits d’(in)citation sagement installés au coin des pages et vous trouverez un bulletin de complicité qui n’a pas pris la grosse tête, toujours au fond en sortant.

 

Illustratrice : Muriel Dorembus

 

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http://www.murieldorembus.fr

 

 

 

 

je balaie le sol, allume de l'encens et ferme la porte pour dormir
la natte, comme des rides dans l'eau, la tenture comme de la fumée
ici en étranger, je me réveille, où suis-je ?
je soulève le store de la fenêtre à l'ouest, les vagues rejoignent le ciel

Han Shan

 

 

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 Le Délit buissonnier n° 3 est sorti en juillet !

 

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Petite histoire essentielle de la futilité
textes de Bruno Toméra
illustrations originales de Jean-Louis Millet

 


 « Au retour dans la bagnole, intercalé dans la file des pressurés
l'humanité klaxonnait, gueulait, les bras au ciel, pressés
de se jeter corps et âmes dans d'autres emmerdements.
Le connard de derrière habillé en voiture dernier cri
gesticulait dans le rétro, le poing brandi.

 Garde toujours le piaf des urgences dans ton cœur
Garde toujours le piaf des urgences dans ton cœur.
Que je me suis dit
. »

 

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40 pages agrafées
tirage limité et numéroté sur papier recyclé  
offset 90 g couverture calcaire 250 g

10 € 
    
 à commander à l'Association Nouveaux délits

 http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/delits-buisso...

 

 

 

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Nouveaux Délits - octobre 2018 - ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable : Cathy Garcia Canalès - Illustratrice : Muriel Dorembus - Correcteur : Élisée Bec   

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

 

25/06/2018

Avis de parution : Petite histoire essentielle de la futilité de Bruno Toméra - Délit buissonnier n°3, juillet 2018

 

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40 pages agrafées

 

tirage limité et numéroté

sur papier recyclé  

offset 90 gr

couverture calcaire 250 gr

 

textes de Bruno Toméra

 

 

 

l’auteur  présenté par Jean-Louis Millet :

 

Tom   le malgré tout poète

Quelle est cette manie de vouloir coller une bio ?  les poèmes se

suffisent, non ? Pour les bios je préfère l'intime à deux, dans un canapé

moelleux, prêts à se défenestrer l'ego et le corps, dans le duel de la

parade séductrice.... (non je rigole)

 

Mais, faut se méfier des chats acculés dans les coins de murs, balancent

toujours de foutus coups de pattes, enfin...  je suis aux aguets des

pulsions de révoltes comme autant de petits espoirs de cette humanité

déchue.

 

Ce regard entrouvre la porte d'un désir

que nous n'aurons pas le temps de franchir

c'est le cambriolage d'une caresse

qui restera là, dérobée, sans adresse.

 

… mais, avec le recul, y a de quoi pondre quelques belles foutues

phrases  sur le tapis savonneux de l'existence.

Mon rire délivre insolent et joyeux l'impertinence de vivre.

 

 

Tom

Ouvrier mécanicien pour la raison sociale, poète essentiellement

chercheur de vie et d’étonnement, chercheur de musicos chanteurs & enchanteurs aussi pour que les mots puissent vaincre les lois de la

gravité.

 

 

Bio recomposée par petits prélèvements dans l’œuvre

et les échanges épistolaires avec « le malgré tout poète ».

 

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illustrations originales de Jean-Louis Millet

 

 

Grand spécialiste en rien mais curieux de tout : dessin, peinture, sculpture, photo, écriture, vidéos, édition virtuelle, chasse aux connivences & alternatives… Ensemble de ‘’propos’’ mis en actes dans l'animation de blogs et de sites dont "Zen-évasion", site cave-grenier aux malles ego-mystérieuses : http://www.zen-evasion.com/. Il a déjà maintes fois illustré la revue ainsi que d’autres publications Nouveaux Délits comme Ailleurs simple ; Claques & boxons ; Guerres et autres gâchis  (textes de Cathy Garcia) et ses encres sont à l’origine du livr’art : États du Big Bang. Il a illustré Le poulpe et la pulpe de Cathy Garcia également (Cardère éd., 2010) et Des brins et des bribes (éd. Du Cygne, 2011) de Werner Lambersy et Cheval rouge de Fanny Sheper, 2017 (thebookedition.com). Il a exposé ses travaux artistiques, notamment à Perros-Guirec, en Bretagne, sa terre évasion.

 

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« Au retour dans la bagnole, intercalé dans la file des pressurés

l'humanité klaxonnait, gueulait, les bras au ciel, pressés

de se jeter corps et âmes dans d'autres emmerdements.

Le connard de derrière habillé en voiture dernier cri

gesticulait dans le rétro, le poing brandi.

 

Garde toujours le piaf des urgences dans ton cœur

Garde toujours le piaf des urgences dans ton cœur.

Que je me suis dit. »

 

 

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Serrant mes mains dans ses mains

elle me dit :

“Gamin, c'est une bulle de savon, la vie,

ça pique les yeux et c'est fini.”

 

 

 

 

 

10 €

 

 à commander à

Association Nouveaux délits

Létou

46330 St Cirq-Lapopie

 

 

 

 

 

23/03/2018

Revue Nouveaux Délits n°60

 

 

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Avril 2018

 

Eh bien, voilà un numéro qui n’a pas été simple à réaliser, il a fallu que je m’adapte aux circonstances assez pénibles et aux données qui m’étaient accessibles. Aussi Je profite de cet édito pour remercier infiniment celles et ceux d’entre vous qui ont pu répondre présent(e)s à mon appel à soutien pour le rachat d’un nouvel ordinateur, indispensable, le mien ayant pris définitivement congé après une dizaine d’années de pas trop mauvais services. Merci donc, d’ici quelque temps, une nouvelle machine devrait permettre de poursuivre l’aventure dans de bonnes, voire de meilleures conditions et aussi de stocker à l’abri, entre autres, 15 années de Nouveaux Délits !

 

 Ce n’est pas quelque chose sur quoi j’aime m’étaler mais il faut savoir peut-être que si cette revue existe, c’est par une sorte de passion entêtée de ma part, car elle est réalisée (volontairement) sans subvention et bénévolement, dans un contexte de précarité permanente, qui a d’ailleurs tendance à s’accroître d’année en année et ce numéro 60 a eu un accouchement particulièrement difficile. Cependant, je crois bien qu’au final, c’est un beau bébé ! Un peu étrange, douloureux même, mais riche de toute sa complexité humaine et de cette énergie qui passe dans les mots, qui les traverse et parfois nous transperce, cet appel d’air, ce désir indéfinissable de saisir, en nous et hors de nous par les filets de la parole, ce qui le plus souvent demeure insaisissable.

 

CG

 

 

Je pense donc j’écris. J’écris ce que je ne sais pas dire. Le gouffre entre le semblant et le réel. Réel morcelé, multiplié par un coefficient inconnu, un prisme, un miroir à mille facettes. Toute parole est attaquable, transformable, critiquable. Toute parole pourrait être vaine et pourtant nous avons besoin de ce moyen imparfait de communication, nous sommes des êtres communiquant, nous sommes même des vases communicants. La réalité est absurde. Parler de réalité est absurde. Alors, se raccrocher à quoi ?

À une fleur, à la graine qui va peut-être germer, au nuage qui passe. À un rayon de lune ou de soleil. C’est ça la poésie et pas autre chose, c’est trouver une réalité à laquelle s’accrocher. La nature, la douleur, l’amour, la haine. La possibilité d’échapper à sa propre carcasse.

 

Cathy Garcia in Journal 2001

 

 

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AU SOMMAIRE

 

 

Délit de poésie :

 

፠  Valère Kaletka

፠  Pierre Rosin

፠  Daniel Birnbaum

፠  Joseph Pommier

፠  Florent Chamard

፠  Vincent Duhamel

፠  Antonella Eye Pocelluzi

 

Résonance :

 

Des abribus pour l’exode, Marc Tison, Le Citron Gare éd.

Double fond, Elsa Orroyo (Argentine), Métailié éd.

 

 

Délits d’(in)citations percent la brume des coins de page.

Vous verrez le bulletin de complicité au fond en sortant qui vous fait de gros appels de phares, tout en résistant une fois de plus à la hausse des tarifs postaux (et du reste).

 

 

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Illustrateur : Jean-Louis Millet

jlmillet@free.fr

 

Grand spécialiste en rien mais curieux de tout : dessin, peinture, sculpture, photo, écriture, édition virtuelle, chasse aux connivences & alternatives… ensemble de  ‘’propos’’  mis en actes dans l'animation de blogs et de sites dont "Zen-évasion", site cave-grenier aux malles ego-mystérieuses ; http://www.zen-evasion.com/. Il a déjà maintes fois illustré la revue ainsi que d’autres publications Nouveaux Délits.

 

 

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Soir de printemps -
de bougie en bougie
la flamme se transmet
Yosa Buso

 

 

 

La simplicité joyeuse et volontaire, comme je la vis et l’ai vécue avant même de l’avoir nommée, c’est de savoir apprécier ce qu’on a, quels que soient nos moyens, et ceci sur tous les plans. Pas dans l’idée d’une discipline qu’on s’impose, d’une vertu à cultiver, non, pas d’efforts qui finiront par nous dégoûter, nous révolter et nous faire retomber plus bas qu’au départ, c’est vraiment autre chose. C’est une sorte d’initiation à l’essence du plaisir. C’est d’abord apprendre à regarder les choses à la loupe et à amplifier nos sensations. Lorsqu’on passe près d’une plante à toutes petites fleurs, souvent elle est tellement insignifiante qu’on ne la remarque pas ou à peine, mais si on prend le temps de se pencher et de la regarder de près, alors se révèlent des trésors de nuances, de finesse, de beauté. C’est pourquoi j’aime faire de la macro en photo. En macro une punaise devient un joyau, mais la macro, c’est aussi une façon de voir que l’on peut appliquer à tous les domaines de notre vie. Pas seulement pour aller remuer ce qui ne va pas, ce qui manque, ce qui fait mal, ça en général on sait tous le faire et il faut parfois le faire, mais il faudrait aussi le faire pour aller arroser les minuscules graines de joie inconditionnelle qui n’attendent que notre attention pour s’épanouir. Alors, ça ne veut pas dire se forcer à être d’un optimiste béat ou se voiler la face, bien au contraire, plus on sait apprécier le minuscule, plus on voit aussi la moindre petite ombre triste de ne pas être prise en compte elle aussi, car la vie est faite d’ombres et de lumière et nous avons à apprendre des deux. Les deux sont nécessaires pour prendre conscience, terme emprunté au latin classique « conscientia », la « connaissance en commun », donc quelque chose qui va au-delà de l’individu, quelque chose que nous partageons et que nous devons chacun alimenter autant que possible, afin que l’humanité dans son ensemble puisse évoluer. Ainsi la simplicité joyeuse et volontaire pourrait s’apparenter à une sorte de travail d’alchimiste : en plongeant dans l’infiniment petit, on dégage les éléments les plus élémentaires du réel et il nous est alors possible de transformer le plomb en or. (…)

La simplicité ce n'est pas seulement faire des choses mais c'est aussi et surtout ÊTRE. Faire autant que possible des choix qui nous permettent d’être plutôt que de paraître et/ou d'avoir (deux redoutables diktats), donc que ce soit sur le plan pratique et matériel ou moral, toujours se poser la question de l'utilité, du sens de ce qu'on l'on fait, de ce que l'on achète, de ce que l'on possède, de ce que l'on pense, de ce que l'on dit. L'utilité d'une façon très vaste et le sens et l'impact des choix que nous faisons, comment nous utilisons notre temps et quelle place nous laissons dans notre vie pour l'essentiel. Ce qui veut dire déterminer déjà qu'est-ce qui est réellement essentiel pour nous et là nous trouverons ce qui est essentiel communément à la plupart des êtres humains et puis ce qui nous est essentiel à nous tout personnellement et particulièrement, et pour déterminer cela il faut se connaître, au-delà de ce que nous avons appris, au-delà de ce que nous pensons devoir être ou faire, au-delà de ce que nous pensons devoir prouver et au-delà des attentes que nous pensons être les nôtres ou celles des autres qui nous entourent et de la société elle-même.

 

Cathy Garcia

 

Vous pouvez lire l’intégralité du texte ici http://conscienceauquotidienaccompagnementpersonnalisepourconsommeraut.hautetfort.com/

 

 

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Nouveaux Délits  -  avril 2018  -  ISSN : 1761-6530  -  Dépôt légal : à parution  -  Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits Coupable responsable : Cathy Garcia Illustrateur : Jean-Louis Millet Correcteur : Élisée Bec  http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

 

31/01/2018

Nouveaux Délits numéro 59, revue du mois pour Décharge

 

Février, c’est

Nouveaux Délits n° 59

publié le 31 janvier 2018 , par Jacmo dans Accueil> Revue du mois

 
 

Cathy Garcia la « coupable responsable » de la revue poursuit son chemin de livraisons expédiées sans anicroche. Elle conclut pour l’année nouvelle son édito ainsi : ….que la paix ferme le bec des imbéciles qui ne laissent pas passer la lumière.
Cinq auteurs sont conviés dans ce numéro à qui sont attribuées entre 7 et 12 pages, ce qui constitue un bel aperçu pour chacun.

Illustrateur du numéro : Arnaud Martin.

Pénélope Corps. Les gens naissent avec des trous dans le ventre… Un langage oralisé qui ne s’embarrasse des conventions ni des conformités ordinaires. S’il y a figures de style, ce n’est pas par jeu mais par nécessité, entre anaphores et répétitions. D’une façon générale, les poètes choisis ici par Cathy Garcia ne sont pas économes de mots et usent de vers proches de la phrase et de strophes voisines de la période. Les titres des textes résumeraient à eux seuls l’angle assez brut de sa poésie : L’humanité est un trou, Super 8, J’écris pas, On n’est pas meilleurs, Dimanche en décembre.

Le passé de Benoit Arcadias, ancien interné des hôpitaux, résonne dans ses textes. Lesquels racontent chaque fois des rencontres dans le métro ou le train. Des choses qui lui sont arrivées, mettant en scène au final hostilité ou déception.
Jean-Louis Millet propose 7 fragments d’un « psychorama holographique ». Il s’agit de listes assez longues de ce qu’on pourrait appeler des données à la fois abstraites et précises. Exemples pris presque au hasard : La valise éventrée des restes du quotidien d’une vie ou La croûte d’une banquise dans la fermentation d’un rêve ou encore, avec, pour le coup, une image L’ombre d’un pommier vivante au moindre souffle d’air Cette accumulation de traits, ayant pour point commun l’article défini, tend à rendre réel un univers hétéroclite et poétique. Ajoutons que ces listes sont seulement interrompues parfois par un Question/ réponse ou la réponse vient avant la question. Réponse : dans l’ombre de la lumière / Question : Où est la seule réalité ?

Marc Guimo est l’auteur du tout récent Polder (Co-collection Décharge/Gros textes) : Un début de réalité. Il donne ici des extraits d’un ensemble dans la prolongation intitulé : « Réalité dispersée ». On reste dans la même logique. Le problème du mur, c’est qu’il ne croit pas naturellement à la fenêtre. On est toujours à la limité de l’absurde et du fantastique. On est allé trop loin / En ne bougeant pas L’auteur n’est pas fixé sur la forme, passant facilement de l’aphorisme au long poème, avec ce vers final : Voulez-vous qu’on rajoute une musique d’ascenseur qui descend ?
Enfin Pablo Gelgon qui, en tant que charpentier, sait parler des « Mains qui voyagent » : Elles n’en finissent plus de saigner sur le beau bardage d’épicéa / On voudrait bien avoir des mains comme un pied de biche et soulever / Agripper sans avoir peur de rien suinter / On voudrait bien l’oublier l’écorchure / La bonne vieille croûtasse / La main finit par ajuster la manière…
Deux résonances critiques à propos de recueils de Walter Rhuhlmann et Murièle Modély et le tour est joué.

Illustrations d’Arnaud Martin : sensible à l’expressionnisme et au romantisme sombre du XIX° siècle et à la mélancolie sous toutes ses formes…

 

Rappel  : On se procure le polder de Marc Guimo : Un début de réalité contre 6 €, à nos éditions (4 rue de la Boucherie - 89240 - Egleny). Paypal possible : ici.

 

MERCI à Jacques Morin !

Lien : http://www.dechargelarevue.com/Nouveaux-Delits-no-59.html

 

02/01/2018

Revue Nouveaux Délits n°59, éclosion !

 

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Eh bien voilà revenue l’année nouvelle ! Nous savons que ça ne veut pas dire grand chose, mais si ça peut nous permettre de nous sentir de même un tant soit peu neufs, décidés à laisser derrière nous le pesant et l’obsolète... Une nouvelle chance, un nouveau départ, un peu de poudre de perlimpinpin qui brille, une virginité en toc, un lustre qui disparaitra en deux coups d’éponge, mais quelques secondes de rêve, ce n’est pas rien, alors on ne va pas se les gâcher en faisant du mauvais esprit, surtout quand on s’appelle « Nouveaux Délits ».

 

Si la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil, comme l’écrivait Char, alors elle est au soleil pendant que d’autres sont au bureau, aussi spacieux soit-il. Alors, fait-elle vraiment souffrir cette lucidité ? Et si elle était justement la garante du rêve ? Entre la transparence et l’opacité, il y a la beauté de la translucidité, ce qui n’est pas sans rapport avec la poésie.

 

Aussi, je vous invite sans plus de blabla à la découverte des poètes de ce nouveau numéro. Je les ai choisis avec mon meilleur mauvais goût, clin d’œil à de pauvres petites idées fixes et préconçues et donc pas très neuves, de ce qu’est, doit être et ne peut pas être la poésie. Ne cherchez pas, la poésie n’y est déjà plus ! Souhaitons-nous plutôt de tirer le meilleur jus de cette année inédite et de le boire en chantant à tue-tête. Soyons sérieux : rions beaucoup et aimons plus encore !

 

Bonne année 2018 à vous toutes et tous et que la paix ferme le bec des imbéciles qui ne laissent pas passer la lumière.

 

CG

 

 

La poésie n’est pas un art pur, indépendant. Elle n’est que révélatrice. La poésie n’a pas besoin d’être, c’est tout le reste qui n’est pas, sans elle.

Cathy Garcia in Qué wonderful monde

(Nouveaux délits, coll. Les délits vrais éd. 2012)


 


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AU SOMMAIRE

 

 

Délit de poésie dans l’irrespect total de la parité (mais c’est LA poésie) :

 

Pénélope Corps

Benoit Arcadias

Jean-Louis Millet avec six fragments de Psychorama holographique

Marc Guimo et des extraits de sa Réalité dispersée

Pablo Gelgon

 

Résonances :

 

Civilisé de Walter Ruhlmann, Urtica 2017

J’écris des poèmes de Murièle Modély, Éd. du Cygne, 2017

 

Délits d’(in)citations, petits flocons mignons qui fondent au coin des pages.

Vous trouverez le nouveau bulletin de complicité au fond en sortant, il est en tout point pareil que l’ancien, en digne résistant à la hausse des tarifs postaux.

 

 

 

Illustrateur : Arnaud Martin


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http://www.arnaudmartinpeintre.com/


 

 

L’homme d’Osa

Il descendait de la montagne,
il rentrait chez lui,
on lui a fait traverser le fjord
depuis Osa jusqu’à Öydvinstö.
Il avait la main ouverte,
il a offert de payer.

Mais l’homme d’Osa
Ne voulut rien entendre.
– Je veux payer ;
j’habite trop loin
pour te rendre la pareille.
– Eh bien, rends service
à un autre homme,
dit l’homme d’Osa,
et il reprit les rames.

Olav H. Hauge

in Nord profond

 

Paru en octobre dernier

 

 

SURSIS

 

Treize micro-fictions poétiques, bizarres, décalées, dérangées… Dérangeantes ?

 

 « Je l'observe avec étonnement et soudain, je vois ses lèvres venir s'écraser contre le rempart de verre et son regard virer au gris. Je la vois se retourner sur elle-même, cette crispation soudaine qui ne trompe pas. Je me demande, l’espace d’un instant, si elle pourra obtenir rapidement son sursis, puis je m'éloigne, je voudrais profiter du mien. »

 

 

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10 € + 1,50 de port

 

neuf collages originaux (impression nb)

28 pages agrafées

 

papier 90 g calcaire,

couverture 250 g calcaire

100 % recyclé

autoédité à tire d’ailes



 

De cet ouvrage, a été réalisé un tirage de tête (épuisé) limité à 13 exemplaires, numérotés et signés avec illustrations en couleurs. Ces collages de format A4 sont maintenant en vente. Visibles sur http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/

 

 

 

avant que tu ne partes.jpg


 

Et toujours de la poésie À ÉCOUTER (et autres délires vocaux) sur http://cathygarcia.hautetfort.com/donner-de-la-voix/

et sur la chaîne youtube Donner de la voix.

Du fait maison avec les moyens et la technicienne du bord, pour le plaisir et le partage.

 

 

Nouveaux Délits - Janvier 2018 - ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits Coupable responsable : Cathy Garcia Illustrateur : Arnaud Martin Correcteur : Élisée Bec          http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com

 

 

02/12/2017

Nouveaux Délits n°58 sur Radio Galère (Poésie du Guatemala en version bilingue)

 

Dataplex / Résistances Musicales du mardi 28 novembre 2017 avec Damien Morel, Laurent Bouisset, Annette Zingle et Jean-Marie Nicolas, Antonella Porcelluzzi et Nicolas Guyot + les voix enregistrées de Cathy Garcia, Ana Minski et les auteurs guatémaltèques, par ordre d'apparition : Julio Serrano Echeverría, Regina José Galindo, Luis Carlos Pineda et Vania Vargas.

 

 

 

28/11/2017

Revue Nouveaux délits n°58, live sur radio Galère, Marseille, le 28 novembre à 22h

 

 Julio Serrano es un lugar comun  SMALL.jpgDemain soir, c'est-à-dire mardi 28 novembre 2017 à 22h sur Radio Galère, en direct de La Friche de Marseille : émission DATAPLEX / RESISTANCES MUSICALES consacrée intégralement au numéro 58 de la revue Nouveaux Délits spécial Guatemala (celui que j'ai eu la chance de coordonner, traduire et préfacer, grâce à l'aide précieuse et dynamique de Cathy Garcia). Lectures d'Antonella Eye Porcelluzzi, d'Annette Zingle et Jean-Marie Nicolas, de Cathy Garcia et moi-même + tous les auteurs de la revue (ReginaJose Galindo, Julio Serrano Echeverría, Luis Carlos Pineda, Vania Vargas) ayant envoyé leurs textes enregistrés en VO pour l'occasion. Lectures bilingues et forcément intenses que l'on pourra écouter partout sur terre à l'adresse suivante :

http://www.radiogalere.org/

Monterez-vous dans le train à temps ? Sinon, il y aura un podcast, ne vous en faites pas, il devrait arriver en fin de semaine au plus tard...

Laurent Bouisset

 

 

 

 

 

 

 

21/09/2017

Revue Nouveaux Délits, le NUMÉRO 58 - Octobre 2017 - spécial Guatemala

 

 

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Pour l’édito de ce spécial Guatemala, je laisse la parole à Laurent Bouisset, grâce à qui ce numéro a pu se réaliser et qui a, entre autre, traduit tous les poèmes que vous allez pouvoir lire et, je l’espère, apprécier. Un très grand merci à lui, ainsi qu’à Anabel, sa compagne, qui a réalisé les superbes illustrations.                CG

 

 

Fuego del fuego. Feu du feu. Je ne me rappelle plus pourquoi le peintre guatémaltèque Erick González a décidé d'appeler notre blog comme ça... Une bière de trop a dû jouer... Pas très sérieux au début, c’est certain. Un peu une blague. Un délire au petit matin d’une nuit de fête sous les volcans... du côté d’Antigua... à moins que ce soit à Pigalle, dans un troquet... Tiens, si on faisait un blog ? Après, ça s’est mis en place à mesure. On a changé de direction souvent. Tordu les lignes, comme on aime tant le faire, en permanence. N’empêche qu’un axe fort est resté : celui consistant à faire passer de l’autre côté de l’Atlantique des textes. Des textes en feu qui n’ont jamais gagné le prix Nobel. Qui n’ont jamais été traduits ni mentionnés ici, au pays des Grandes Lettres et du vin rouge, mais qui enjambent athlétiquement les codes et barrières nationales figés pour nous parler de quoi au juste ? De l’humain face au pire. L’humain esseulé dans sa mouise, face à ses maîtres, avec quand même des différences sensibles : plus de la moitié des Guatémaltèques (sur)vivent au jour le jour très en dessous du seuil de pauvreté, dans l’injustice et l’inégalité terribles d’un pays croupissant sur le podium des plus dangereux au monde, si l’on en croit un classement les plaçant devant la Syrie et l’Irak, juste derrière l’Afghanistan, c’est dire... alors que la France fait plutôt figure de pays riche... pays du Premier Monde blasé où la poésie n’arrête pas de rappeler qu’elle n’est pas morte, c’est bien. C’est même très bien qu’elle ne décède pas. Ce serait encore mieux qu’elle recrache cette froideur. Cette manie formaliste et hermétique de jouer sur la langue en permanence, en oubliant que la langue, c’est la vie. Et la langue sans la vie, c’est du jambon gelé dans du formol. Pas de ça ici. Pas de chichi formel sur Fuego del fuego, ou presque pas. Du réel brut. De la réalité visqueuse abordée par les quatre auteurs aujourd’hui accueillis dans ce Nouveaux Délits spécial Guatemala, merci Cathy ! Merci pour l’espace et l’écoute ! Regina José Galindo, pour commencer sur les chapeaux de roue par de la lutte au corps furieuse et tendre. Luis Carlos Pineda, poète free-jazz, vient nous calmer au fond de rapides en furie où les notes fusent et les corps cherchent l’étreinte au bout de la nuit.

Julio Serrano Echeverría nous parle des migrants cheminant dans le désert (« en n’étant qu’ombre ») après avoir vécu l’horreur sur les trains traversant le Mexique. « Nadies », aurait dit Galeano, l’auteur uruguayen parti en 2015. « Nadies », c’est-à-dire « moins que rien » haïs par Trump, qui, la nuit, rêvent de haricots (présage de pauvreté, selon un dicton latino) ou de baskets neuves, luxe suprême... Et puis Vania... Vania Vargas parlant de la mort, si proche là-bas, à chaque coin de rue (plus de seize homicides par jour en 2010, et ce chiffre enfle...) Vania Vargas peignant la solitude et la voix des fantômes à l’oreille murmurant, tandis que ses poings fragiles cognent le vide. Et voilà que ce numéro se referme déjà... après avoir donné la parole à ces (seulement) quatre poètes nés après 1974. Génération comme on dit d’après guerre (arrivée sur terre juste avant ou, pour l’un deux, en plein milieu du génocide des années quatre-vingt). Pourquoi donc aussi peu ? Pourquoi ne pas en mettre plus ? Rechercher l’exhaustivité n’avait pas de sens... et puis c’est vrai qu’on peut aller se balader sur Fuego del fuego après, si on a encore faim ! Mais quatre, c’est déjà largement assez, quand y pense. C’est déjà quatre mondes assez denses où se tord l’âme et la peau enfle. Certains lecteurs auront peur, c’est possible. D’autres vomiront ou refermeront la revue vite. A la fin de certaines lectures, y en a qui viennent me demander, anxieux : « Pourquoi si noir ? Pourquoi si sombre tout le temps et pas des fleurs ? » Oh ben j’ai rien contre les pâquerettes ! Le printemps des poètes et tout ce délire... J’en vois pas tellement dans les quartiers-nord, c’est tout... J’en vois pas non plus des collines entières dans ce pays traumatisé où les os d’hier trouent la terre encore et crient. Tu voudrais peindre comment le ciel mignon et les pommes bio quand le réel a la douceur d’un matelas de clous rouillés sous ton dos sale ? Les chaussures qu’Anabel a peintes puent la défaite. Trouées, dégueues, râpées, elles gisent. En France, on les jetterait. On irait de ce pas en acheter d’autres. Là-bas, elles marchent. Elles continuent à marcher même usées, parce de toute façon, y a pas le choix. C’est ça ou tomber raide, alors tant pis. Avancer malgré tout. Les poètes qui nous touchent écrivent comme ça. Comme des grolles tabassées par les chemins, les coutures mal en point et tout près de la déchirure finale. Ce qui sort de ce harassement, les jours de fête ? L’émotion... La blue note... Le feu du feu dans les boyaux... Oui, c’est peut-être ça que raconte le nom du blog... C’est peut-être aussi simple que ça, au fond... Placez donc un seau d’eau à vos côtés avant de lire. On sait jamais ce qui pourrait flamber... A très vite. Saludos.

 

Laurent Bouisset, Marseille, le 13 août 2017

http://fuegodelfuego.blogspot.fr/

 

 

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AU SOMMAIRE

 

Délit de poésie guatémaltèque en version bilingue :

 

Regina José Galindo

Luis Carlos Pineda

Julio Serrano Echeverría

Vania Vargas 

 

Résonances : Rancœurs de province de Carlos Bernatek (Argentine), éd. de l’Olivier, février 2017

 

Délits d’(in)citations font écho entre ici et là-bas.

 

Vous trouverez comme toujours le bulletin de complicité tout pimpant au fond en sortant.

 

 

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Illustratrice : Anabel Serna Montoya

 

Née à Aguascalientes au Mexique au XXe siècle, elle vit actuellement à Marseille après avoir étudié l’art-thérapie en Espagne et travaillé comme enseignante d’arts plastiques au Mexique. Sa pratique artistique est multiple, allant de la photographie (argentique et sténopé de préférence) à la peinture à l’encre de Chine, en passant par la couture (de ses propres cheveux à même la toile, entre autres...), les ex-voto détournés dans un sens marxiste, le body painting ou encore les installations. Elle aime explorer les textures et les supports pour parvenir à l’émotion. Elle est à l’écoute permanente des autres et surtout des personnes exclues, que ce soit en pleine rue, en milieu psychiatrique ou en prison (les Baumettes à Marseille, par exemple, où elle a travaillé au contact des détenus). Elle aime l’art brut. L’art vital qui dérange et donne du feu. Déteste Facebook. N'a ni blog ni site personnels. Ne vend pas ses œuvres. S’avoue perplexe devant les biennales d’art contemporain (vides et froides souvent à ses yeux). Ses peintres préférés sont Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Rivera, Bosch et surtout le Goya des peintures noires (celui qui déchire les carcans et va vers l’ombre). Dernièrement illustratrice d’un livre de poèmes : Dévore l’attente aux éditions du Citron Gare, elle prépare une exposition pour la deuxième nuit de la poésie à Crest, début février 2018 (à suivre).

 

 

 

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Deux livres de pâtes de Métis

Une demi-livre de filet d’Espagnol

Cuit et haché menu

Une petite boite de raisins secs dévote

Deux cuillérées de lait malinche

Faire revenir des casques de conquérants

Trois oignons de jésuites

Un petit sachet d’or multinational

Deux gousses de dragon

Une carotte présidentielle

Deux cuillérées de commères

De la graisse d’Indiens de Panchimalco

Deux tomates ministérielles

Une demie tasse de sucre lunette de fusil

Deux gouttes de lave de volcan

Sept feuilles de zizi

(ne pense pas mal, c’est un somnifère)

Mettre le tout à cuire à feu doux

Pendant cinq cent ans

Et tu verras le résultat

 

Claribel Alegira

(Nicaragua, 1924)

 

 

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Nouveaux Délits - Octobre 2017 - ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits Coupable responsable : Cathy Garcia Illustratrice : Anabel Serna Montoya Traducteur : Laurent Bouisset Correcteur : Élisée Bec

 

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

 

 

Le Délit buissonnier n° 2, est sorti en juillet

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Instantanés

de Myriam OH (Ould-Hamouda)

avec des illustrations de Silvère Oriat

 

Extrait :

 

« je me fous du temps qu'il fait
de ce que raconte la une des journaux
de ta manie de parler et y perdre celui que tu es
je me fous de ces combats
qui te font veiller tard ou bien lever tôt
le monde appartient à ceux
qui s'octroient le droit de le quitter un peu
je me fous de la pluie
je me fous du beau temps
de la morale qui frappe à ma porte
je me fous de tes paupières qui tombent
je me fous de l'ombre qui les souligne
pourvu que ton regard brille
assez pour que je m'y envoie en l'air »

 

 

 

Des textes qui bousculent, qui réveillent, qui claquent au vent comme le pavillon pirate de la vérité toute crue, une vérité pleine d'amour pourtant, car on ne peut aimer véritablement que ce que l'on accepte pleinement, sans décorum, sans artifice : la vie, les gens, ces autres nous-mêmes, tels qu'ils sont, tels que nous sommes.       CG

 

 

44 pages agrafées
tirage limité et numéroté

sur papier recyclé offset 90 gr - couverture calcaire 250 gr

 

10 € - port offert

À commander à l’Association Nouveaux Délits

 

 

 

27/03/2017

Revue Nouveaux Délits, le NUMÉRO 57 - Avril 2017

 

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Avril-mai-juin 2017

 

 

 

 

La France s’apprête à élire une nouvelle tête au stand de tir et le niveau des débats aiguise le désir de silence, aussi cet édito va-t-il donner l’exemple.                                   CG

 

 

  

 Je perds l’usage de la parole

Mes lèvres sculptent un silence

Alors pour me faire comprendre

Parmi les décombres je danse…

André Laude

in Riverains de la douleur

 

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AU SOMMAIRE

 

 

Délit de poésie :

 

Hans Limon, poèmes extraits de Barbarygmes et autres bruits de fond

Marianne Desroziers

Alexo Xenidis

Grégoire Damon

  

Délit nomade : Home Mobil d’Amélie Guyot

 

Résonances :

Ce que nous avons perdu dans le feu, nouvelles de Mariana Enriquez, Éd. du sous-sol 2017

Ni vivants, ni morts – La disparition forcée au Mexique comme stratégie de terreur de Federico Mastrogiovanni, Métailié 2017

 

 

Les délits d’(in)citations font des clins d’œil aux coins des pages et le bulletin de complicité toujours aussi pimpant, aguiche au fond en sortant.

 

 

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Illustratrice : Alissa Thor

 

Née à Paris en 1974. Autodidacte. Vit à Paris et travaille à Rouen. Études de Lettres et de Philosophie. Documentaliste à l'Éducation Nationale pendant 12 ans. Depuis 2011, se consacre exclusivement à la peinture et à l’écriture (un recueil de poésie est en préparation). Longtemps « intello » et prenant plaisir à manier les abstractions. « J'ai eu le besoin radical de rompre et de me confronter directement à la matière : prendre la vie, par l'autre bout si l'on veut. L'expressionnisme est naturellement le mouvement qui me « parle » le plus.... » Son site : http://www.alissathor.com

 

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L'enjeu de l'éveil, c'était, semblait-il, non la vérité et la connaissance, mais la réalité, le fait de la vivre et de l'affronter. L'éveil ne vous faisait pas pénétrer près du noyau des choses, plus près de la vérité. Ce qu'on saisissait, ce qu'on accomplissait ou qu'on subissait dans cette opération, ce n'était que la prise de position du moi vis-à-vis de l'état momentané de ces choses. On ne découvrait pas des lois, mais des décisions, on ne pénétrait pas dans le cœur du monde, mais dans le cœur de sa propre personne. C'était aussi pour cela que ce qu'on connaissait alors était si peu communicable, si singulièrement rebelle à la parole et à la formulation. Il semblait qu'exprimer ces régions de la vie ne fît pas partie des objectifs de langage. 


 
Hermann Hesse 

in Le jeu des perles de verre

 

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Et toujours de la poésie À ÉCOUTER 

sur http://cathygarcia.hautetfort.com/donner-de-la-voix/

et sur la chaîne youtube Donner de la voix.

Du fait maison encore, avec les moyens et la technicienne du bord, juste pour le plaisir et le partage.

 

 

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 et en quatrième de couverture, un peu de pub....

 Cathy Garcia publie coup sur coup

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poèmes écrits entre 1990 et 2013 illustrations originales (encres) de l'auteur

 

petites fictions qui parlent de mort,

drame, tristesse, solitude

 

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édité, imprimé et agrafé par l’auteur

Tirage limité et numéroté  

sur papier 90gr calcaire  couverture 250 gr calcaire  100 % recyclé  

à commander directement à l‘auteur  10 €  (+ 2 € pour le port)

 

 

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Bonzaïs hallucinogènes ou nano-histoires sans les nains

suivi de Conne plainte du poète

aux éditions Gros Textes

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Illustrations originales (collages) de l'auteur

 

affreurismes loufoques et plus si affinités

 

« LE CŒUR  Il faut le faire battre tant qu’il est chaud »

 

54 pages au format 15 x 10 cm

6 € (+ 1 € de port – port compris à partir de l’achat de 2 exemplaires)

 

 

 

31/12/2016

Revue Nouveaux Délits, le NUMÉRO 56 - Janvier 2017

 

 

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janv. fév. mars 2017

 

Voici donc le 13ème édito de bons vœux pour la nouvelle année, ce qui devrait suffire à porter bonheur parce que pour ce qui est du stock de formules, il est depuis belle lurette épuisé…. Et aussitôt une question vient clignoter dans mon cerveau arborescent : mais c’est qui cette lurette ? Il s'agirait en fait, dixit the web, d'un mot inventé, un hybride entre belle et heurette, heurette signifiant « une petite heure », ce qui est pour le moins étrange, si on considère que toute heure est censée avoir la même durée. En temps en tout cas, mais peut-être pas en sensation de temps. On sait bien qu’une heure de plaisir passe bien plus vite qu’une heure de galère, une heure à la plage passe certainement plus vite qu’une heure sous les bombes, pour peu qu’elles tombent à côté. Il en va donc sans doute de même pour les années, aussi pourrions-nous penser que si nous avons l’impression que « ça » passe de plus en plus vite, c’est que tout ne va pas si mal pour nous finalement. Aussi pourrait-on se souhaiter tout pleins de belles lurettes, non ? Pour ma part j’aurais tellement de choses à souhaiter concernant le sort de l’humanité, que je préfère me taire et laisser la parole aux poètes.                       CG

 

 

Il était une chose que seule la terreur pouvait obtenir, c’était que ces centaines d’hommes bouillonnant au fond de la baraque fissent silence. Seule la terreur… et la poésie. Si quelqu’un récitait un poème, tous se taisaient, un à un comme des braises s’éteignent. () Un manteau d’humanité les recouvrait. J’apprenais que la poésie est un acte, une incantation, un baiser de paix, une médecine. J’apprenais que la poésie est une des rares, très rares choses au monde qui puisse l’emporter sur le froid et sur la haine. On ne m’avait pas appris cela.

Jacques Lusseyran in Le monde commence aujourd’hui

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AU SOMMAIRE

 

 Délit de poésie non formatée :

 

µ Anna de Sandre

µ Samaël Steiner

µ Myriam Ould-Hamouda

µ Saïd Mohamed

µ Quelques prensées de Matthias Richard

µ Le tremble au cœur autour (extraits) de Jacques Allemand

 

Résonance :

 

Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard 2016

Les Palsou – Un conte de Noël d’André Bouchard, Seuil jeunesse 2016

 

 

Les délits d’(in)citations réfugiés dans les coins ont des choses à dire. Quant au bulletin de complicité, il tapine toujours au fond en sortant.

 

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Illustrateur : Patrick le Divenah

 

De sang breton, de naissance angevine, d’habitat parisien. Bigame, car aime autant le mot que l’image. D’où les associations parfois, dans des textes ou des collages. Aspiré par le souffle, inspiré par la spirale, l’absurde, la poésie des sciences, et bien d’autres choses encore, avec passion. Publié dans une trentaine de revues littéraires et d’autres en ligne. Édité chez Passage d’encres, L’Échappée belle, Gros Textes, p.i.sage intérieur, La Tête à l’envers, La Lucarne des écrivains ; et dans des ouvrages collectifs (Henry, Lilo, L’Atelier du Gué, classiques Garnier prochainement…). Rubriques dans inks-passagedencres (cf. Les mots la langue : Par ici la bonne soupe ; cf. Critique : Chefs-d’œuvre derechef). Collagiste dessinateur (illustration de couvertures et de diverses revues). Son site : http://prosesie.free.fr

 

 

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Les efforts de dizaines d’années étaient annulés en quelques semaines, l’État, déjà instable depuis toujours, s’était effondré en quelques semaines, la stupidité, la cupidité, l’hypocrisie régnaient tout à coup comme aux pires époques du pire régime, et les hommes au pouvoir œuvraient à nouveau sans scrupules à l’extirpation de l’esprit. Une hostilité générale à l’esprit, que j’avais observée depuis des années déjà, avait atteint un nouveau paroxysme répugnant, le peuple, ou plutôt les masses populaires étaient poussées par les gouvernants à assassiner l’esprit et excitées à se livrer à la chasse aux têtes et aux esprits. Du jour au lendemain, tout était à nouveau dictatorial, et, depuis des semaines et des mois, j’avais déjà éprouvé dans ma chair à quel point on exige la tête de celui qui pense. Le sens civique des braves bourgeois, bien décidé à se débarrasser de tout ce qui ne lui convient pas, c’est-à-dire avant tout de ce qui est tête et esprit, avait pris le dessus, et tout à coup, était à nouveau exploité par le gouvernement, et pas seulement par ce gouvernement d’Europe. Les masses, esclaves de leur ventre et des biens matériels, s’étaient mises en mouvement contre l’esprit. Il faut se méfier de celui qui pense et le persécuter, telle est la devise ancienne selon laquelle on se remettait à agir de la manière la plus atroce. Les journaux parlaient un langage répugnant, ce langage répugnant qu’ils ont toujours parlé, mais qu’au cours des dernières décennies ils n’avaient au moins plus parlé qu’à mi-voix, ce à quoi ils ne se croyaient tout à coup plus tenus : presque sans exception, ils jouaient les assassins de l’esprit, comme le peuple et pour plaire au peuple. Pendant ces semaines-là, les rêves d’un monde voué à l’esprit avaient été trahis, livrés à la populace et jetés au rebut. Les voix de l’esprit s’étaient tues. Les têtes étaient rentrées dans les épaules. La brutalité, la bassesse et la vulgarité régnaient désormais sans partage. Ce fait, s’ajoutant à la stagnation de mon travail, n’avait pu qu’entraîner une profonde dépression de tout mon être et m’affaiblir d’une manière qui, pour finir, avait provoqué la pire crise de ma maladie.

 

Thomas Bernhard

in Vomissons

 

 

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Temps modernes

Cette année je ne sortirai pas de sa boîte la petite maison de bois
Sa mousse ses décors son étoile
Ma joie d’enfant de la dresser
Les Rois Mages ont été retenus à la frontière
Pour trafics divers
Et renvoyés dans leur pays on ne savait pas trop lesquels
Alors on a choisi à pile ou face la Syrie ou le Yémen
L’Âne est parti à l’abattoir pour faire des hamburgers
Le Bœuf tire des chariots de cuir au Bangladesh
À Joseph on a dit
Qu’on n’était plus pour le rapprochement familial
Et Marie a fait une fausse couche dans la jungle de Calais
Le Berger s’est pendu à cause de ses dettes c’était
Un berger grec
Il restait le Ravi mais il gênait la bonne société
Il ne gênera plus ils l’ont interné bien attaché
Il rit maintenant dans du capitonné
Cette année
Je ne sortirai pas de sa boîte la crèche
Je la laisse avec l’illusion du printemps qui renaît
Avec l’hospitalité avec la tendresse,
Rangée dans le grenier, pour les dents des rats.

 

Alexo Xenidis

 

 

Nouveaux Délits - Janvier 2017 - ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits Coupable responsable de tout : Cathy Garcia Illustrateur : Patrick Le Divenah Correcteur : Élisée Bec  

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

26/09/2016

Deux extraits de Feu de tout bois lus par l'auteur, Murièle Modély

 

 

 

 

 

 

En savoir plus :

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/archive/2016/...