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15/06/2017

Ruines de Perrine LE QUERREC lu par Jean Azarel

 

 

3839097360 Ruines.jpg« Berlin 1953 / Unica / Voit Hans, son fantôme du Paradis / Enfant recherché. Hans / <Voit Unica, sa poupée incarnée / Enfant détournée. » Abasourdi, scotché, électrisé, saigné, comme vous voudrez, par la lecture du dernier ouvrage de P.L.Q (P.L.Q : je persiste et signe dans l’utilisation des initiales), j’ai d’abord cru que je n’en dirai rien tant la postface de Manuel Anceau est juste et parfaite. Mais comment rester silencieux et garder pour soi ce qui impose d’être partagé ; puisque comme l’a chanté Jean-Louis Murat « ce qui n’est pas donné est perdu, ce que tu gardes est foutu ». Il est vrai aussi, « Ruines » confortant l’aveu, que je suis définitivement amoureux  de cette langue posologique et de son auteure. Jusqu’à trépas. (Et au-delà d’après certains.) Car l’écriture de Perrine le Querrec (en toutes lettres) est maudite comme le cinéma de Philippe Garrel est maudit. Un petit cercle de lecteurs chez l’une, un quarteron de spectateurs chez l’autre, même si le temps aidant à la connaissance du talent, le cercle des fidèles s’élargit lentement. Tant il est vrai que la vérité fait toujours peur, quand elle n’est pas carrément effroyable.

Ainsi de l’histoire d’Unica Zürn, poupée de chair docile, et d’Hans Bellmer, homme jasmin vénéneux manipulateur, que résume en pages serrées, quasi télégraphiques parfois, le livre factuel et sans parti-pris de Perrine Le Querrec. Unica l’unique, femme précieuse, songe-plein de créativité naïve, brutalement transmutée « à l’insu de son plein gré » en créature fantasmée, hybride et changeante à l’infini, au prix fort de moult humiliations et perversions que d’aucuns verront comme la manifestation de la face obscure de l’amour. Eradication de l’intégrité corporelle, explosion de l’identité sexuelle, dégâts consubstantiels d’une ivresse à contre corps et contre cœur quand la folie, la et les ruine(s) devancent l’appel de la déchéance biologique commune. Si l’automate avec qui Casanova fait l’amour ( ?) dans le film éponyme de Fellini n’est pas loin, ici la cruauté supplante pour un temps le désespoir : l’être humain est toujours là, sommé de contempler sa rivale qu’il nourrit, et contraint au spectacle. « Le trou violet foré jusqu’à l’os / Une blessure sans cesse à combler / Et Hans aura beau manipuler / Trop tard / Dans le combat engagé / Armes blanches, voiles noirs, chairs roses / Ils y laisseront leur peau / Et Unica sa raison troussée. »

Perrine le Querrec nous mène là où elle se tient : en équilibre  sur la pente la plus raide de la montagne. Tout en haut, les cimes sont blanches, en apparence immaculées, mais de quoi sont elles faites ? Pour le savoir, on dévale avec elle tout en poursuivant l’ascension (P.L.Q écrivant, nous lisant), trouvant dans les sauts de page les entrées de secours indispensables pour ne pas risquer la sortie de piste définitive. « ….elle veut juste qu’il sache / Unica est là/ il peut la contempler / …. Unica allongée, hors mot, hors sexe un reproche / informulé, une plainte de vent ».

Littéralement, ce livre cardiologique, récit d’irréparable, d’enfermement, de remords imprudemment décrétés éternels par Bellmer, est à baiser : sans cesse, (à) la vie, (à) la mort, au sens pieux ou païen, comme on voudra, goulûment ou frugalement, c’est selon, avec frénésie ou dévotion, ça ne change rien à l’affaire. Il y a du Pasolini, version « Salo » dans ces Ruines-là, on ne sort pas indemne de la marche, ou alors on a rebroussé chemin depuis belle lurette. Le sommet de la montagne qu’on toucherait presque de la main est toujours aussi loin, les cimes toujours aussi blanches, presque immaculées (de quoi sont elles faites ?), mais le lecteur, souffle court en noir, blanc, et rature d’une mise en page touchée par la maladie, traverse avec le guide Le Querrec des contrées intimes qu’il pensait  inavouables.

 

Jean Azarel / 14 juin 2017

 

28/04/2017

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon - les prédateurs au pouvoir

A lire : Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Les prédateurs au pouvoir. Main basse sur notre avenir, Textuel, 2017, 64 pages.

 

Pourquoi certains électeurs vont-ils voter pour un candidat qui ne leur ressemble pas et qui ne semble même pas défendre leurs intérêts ? Pourquoi acceptons-nous ce fossé qui s’élargit chaque jour davantage entre une classe dominante et les autres ? Comment l’argent est-il devenu une arme de destruction massive aux mains d’une oligarchie ? C’est à ces questions que tentent de répondre les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, dans leur ouvrage Les prédateurs au pouvoir, dans un style clair et corrosif. Pour eux, Marine Le Pen, François Fillon ou Emmanuel Macron ne sont que différents visages de cette oligarchie prédatrice qui a fait main basse sur notre avenir. Rencontre.

Basta ! : Face à l’augmentation des inégalités, à l’intolérable situation dans laquelle se trouvent une partie de la population qui subit le chômage, pourquoi la question du partage des richesses n’est-elle pas plus centrale dans cette campagne ?

Monique Pinçon-Charlot : Il est difficile aujourd’hui de parler des inégalités abyssales, dont la concentration se fait pourtant à une vitesse complètement folle. En 2010, 388 multimilliardaires possèdent la moitié des richesses de l’humanité. En 2016, cette richesse est concentrée entre les mains de seulement 8 super riches ! Mais cela reste tabou car ces richesses ne sont pas le résultat de mérites, de réalisations favorables à l’humanité, mais de spéculations, de prédations sur les ressources naturelles, dans tous les domaines d’activité économique et sociale. Elles sont destructrices pour la planète et pour l’humain, mais sont passées sous silence. Une partie du problème vient du fait que ce sont des patrons du CAC40 qui sont massivement propriétaires des grands médias, qui relaient volontiers la « voix de leur maître » (lire notre enquête « Le pouvoir d’influence délirant des dix milliardaires qui possèdent la presse française »).

Dans ces conditions, comment des responsables politiques qui ne s’attaquent pas aux causes de ces inégalités arrivent-ils à nous faire croire qu’ils œuvrent pour le bien de tous ?

  1. P.-C. : On ressent un désarroi très profond chez les Français avec cette élection présidentielle : ils ne comprennent plus rien ! Ils sentent qu’il y a quelque chose de vicié, de pervers, de cynique dans cette situation, qu’ils sont lobotomisés par les médias, qu’ils n’ont pas les moyens de penser car ils sont dans un brouillard sémantique, idéologique, linguistique. Ils sont en quelque sorte tétanisés, sidérés. Et la classe politique est dans une bulle. On nous dit que le système est démocratique, mais quand on voit comment un ouvrier comme Philippe Poutou est traité... Il n’y a pas d’ouvriers à l’Assemblée nationale, alors qu’ouvriers et employés représentent aujourd’hui encore 52% de la population active ! Un tel décalage entre réalité des classes moyennes et populaires et ce qui se passe au Parlement est problématique.

Comment est-ce possible que des responsables politiques ne voient pas où est le problème, à acheter des costumes de luxe, à se faire payer des cadeaux par des « amis » ?

  1. P.-C. : C’est plus grave que cela. Il y a un processus qui se construit dès la naissance, de recherche d’entre-soi, d’être avec son semblable. C’est aussi un processus d’évitement et de ségrégation du non-semblable. Petit à petit, cela construit le dominant comme s’il venait d’une autre planète, comme s’il était d’une autre « race »… Comme pour la noblesse, avec son prétendu « sang bleu » : la différence était marquée dans la définition même du corps. Et dans la déshumanisation de l’autre, du dissemblable. L’autre, ils s’en fichent… du moment qu’il continue à voter pour eux.

Mais comment expliquer que François Fillon ait encore autant de supporters ?

  1. P.-C. : C’est une question centrale. Pourquoi est-il à un niveau encore si haut dans les sondages malgré la gravité de ce qui lui est reproché ? Les 30 années que nous avons passées à travailler sur l’oligarchie nous ont permis de nous mettre dans leurs têtes – celles de François Fillon et des proches qui le soutiennent, celles des super riches. Ils se sont construits avec un sentiment d’appartenir à une classe sociale, une classe hétérogène évidemment mais suffisamment solidaire pour capter tous les pouvoirs. Ils sont entre eux en permanence : cela permet la construction d’un sentiment d’impunité collective et d’immunité psychologique. Chaque individu se construit une non-culpabilité, une « non mauvaise conscience ». Ce sont des gens « à part », qui estiment qu’ils ne peuvent pas être punis sur le plan pénal, en matière de fraude fiscale ou de corruption. Ils considèrent que les institutions doivent les protéger. Cette classe a une fonction : défendre les intérêts de la classe. Ils ne peuvent pas penser en termes moraux, de culpabilité, cela ne les habite pas. La culpabilité, ça, c’est pour nous ! Eux, ils font leur job de prédation. C’est plus fort que de la corruption, que du vol : on bouffe les autres.

Michel Pinçon : Ce sont des gens aimables, propres sur eux, qui présentent bien, mais ont souvent des casseroles. La sous-évaluation des biens pour les impôts ou l’évasion fiscale, cela va de soi ! Ils estiment qu’ils ont suffisamment travaillé, ils ont hérité de leur parents, ils ont fait fructifier, on ne va pas venir le leur prendre... Il y a une logique dynastique dans cette accumulation. Le fait de transmettre aux enfants, de continuer la dynastie (ou de la fonder). Ils font venir les enfants l’été pour les former dans l’entreprise familiale.

  1. P.-C. : Un peu comme dans l’affaire Fillon…
  2. P. : Malgré les conflits entre eux, cette classe bourgeoise est solidaire sur le fond. L’analyse en terme de classe sociale, ce n’est pas une foutaise, un truc d’autrefois. Il y a une classe bourgeoise qui existe par son niveau de richesses, la propriété des moyens de production, matérielle, mais aussi par la conscience qu’elle a d’elle-même. Et par le fait de veiller au grain pour que ça dure.

On peut comprendre pourquoi ceux-ci votent pour François Fillon. Mais pourquoi les classes populaires votent-elles pour des responsables qui ne leur ressemblent pas ? Dont les intérêts semblent contradictoires avec les intérêts de la classe populaire, comme pour Donald Trump ?

  1. P. : Cela n’a pas été toujours le cas. Dans la période après guerre, le Parti communiste représentait une force sociale considérable. Il y avait notamment chez les ouvriers une conscience de l’existence de classes, de leur appartenance à une classe qui ne possède pas les moyens de production. La chute de l’URSS a été vécue comme l’échec des espoirs de fonder une société qui fonctionne autrement. Avec la destruction de la conscience de classes, l’expression politique peut aller vers des choix non conformes aux intérêts des classes populaires.
  2. P.-C. : Quand Ernest-Antoine Seillière a pris les rênes du Medef [de 1998 à 2005, ndlr], il a procédé à une « refondation sociale », c’est-à-dire une inversion de la théorie marxiste de la lutte des classes : les riches sont devenus des « créateurs de richesses ». Et les ouvriers, qui sont les créateurs de richesses et de plus-value selon la théorie marxiste, sont devenus des « charges » et des variables d’ajustement. C’est un processus de déshumanisation très fort. Les ouvriers qui votent pour le Front national sont des gens perdus, qui ne comprennent pas ce qui leur est arrivé. Ils votent d’ailleurs pour Le Pen en disant : « On va peut-être se faire avoir, mais on aura tout essayé ». Et ils ne vont pas être déçus ! Car Le Pen, c’est la dernière alternance de l’oligarchie.

Le Front national a un discours virulent contre les « élites » françaises. Il participe selon vous de cette oligarchie qu’il dénonce ?

  1. P.-C. : Le Front national, c’est une dynastie familiale. Une dynastie des beaux quartiers, avec de l’argent, des biens immobiliers, une famille assujettie à l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Une dynastie avec un rapport très décomplexé à l’argent public et qui traine ses casseroles : sous-déclaration des biens au fisc, emplois fictifs, surfacturation des frais de campagnes pour prendre du fric à l’État. On est bien dans le registre de l’oligarchie, de la délinquance en col blanc. C’est une dynastie familiale devenue parti politique, avec trois générations, un phénomène de népotisme assez unique en France. Autre élément, dont parle peu la presse, la forte présence d’anciennes familles de la noblesse parmi les hauts dirigeants du FN.

Marine Le Pen a un discours très critique envers l’oligarchie européenne, mais elle contribue à préserver l’opacité de sa bureaucratie ! Les gens ignorent tout des votes de Marine Le Pen : sur la question de l’évasion fiscale, elle s’est opposée à la création d’une commission d’enquête sur les Panama Papers. Deux de ses proches, Frédéric Châtillon et Nicolas Crochet, sont épinglés comme possédant des comptes offshore, selon les Panama Papers. Les eurodéputés du FN ont aussi voté pour le secret des affaires. Mais Marine Le Pen feint toujours de se bagarrer contre l’opacité de la bureaucratie européenne... C’est une imposture (lire notre enquête « Au Parlement européen, les votes méprisants du FN et de Marine Le Pen à l’égard des travailleurs »)

Pourquoi ces éléments sont peu relevés par les médias ?

  1. P.-C. : Parce que les médias ne font pas leur travail. Depuis trente ans, la classe oligarchique a ouvert un boulevard au Front national. Celui-ci a pour stratégie de casser la gauche radicale, de la détourner, de prendre sa parole, son programme, ses électeurs. Résultat : les gens ne comprennent plus rien.

Comment situez-vous Emmanuel Macron ? Vous dites qu’il a réussi un tour de passe-passe pour parvenir à faire croire qu’il n’est pas membre de cette oligarchie, malgré sa « parenthèse Rothschild » et ses liens avec le monde de la finance ?

  1. P.-C. : Emmanuel Macron, il est parfait. C’est l’oligarque parfait. Qui convient parfaitement aux familles sur lesquelles nous avons mené nos études sociologiques. Il n’est « ni de droite ni de gauche »...
  2. P. : … Donc « ni de gauche ni de gauche » !
  3. P.-C. : Voilà… Il représente la pensée unique. Nous sommes dans un monde orwellien, mais il n’y a plus besoin de parti unique : nous avons la pensée unique ! Emmanuel Macron en est un porte-parole absolument extraordinaire. Il connaît des gens dans tous les recoins de l’oligarchie. Il se fait financer par des banquiers anglo-saxons, américains, dont il refuse de donner les noms. Il veut supprimer l’ISF et affirme que c’est une mesure de gauche... Quand on analyse ses discours, on se rend compte que c’est un vide absolument abyssal. C’est pour nous la caricature du conformisme qui se transforme en une espèce de « progressisme radieux » et fallacieux.
  4. P. : Il peut faire illusion. L’illusion de la capacité, de l’expérience. Il apparaît comme un changement serein. Mais il propose une régression sociale sans précédent.

D’où vient son succès ? De l’attrait du « neuf » ?

  1. P.-C. : C’est plus grave que cela. Il peut être le levier pour l’oligarchie mondialisée, celle qui se cache derrière l’idée de mondialisation pour mieux faire passer la marchandisation généralisée de la planète. Macron serait du bon côté du manche. Et un élément décisif. Nous sommes passés à une étape de plus vers un totalitarisme qui ne dit pas son nom. Nicolas Sarkozy et François Hollande n’ont pas tenu leurs promesses : les responsables politiques mentent. Mais là, avec Macron, on est passé au foutage de gueule : « Je ne prends même pas la peine de faire un programme parce que de toute façon je ne le tiendrai pas ». Cela montre à quel point on méprise le peuple. C’est une violence de plus à l’égard des classes populaires et moyennes.

Vous affirmez dans votre ouvrage que « les prédateurs au pouvoir ont fait main basse sur notre avenir ». Quelles sont leurs motivations ? Qu’est-ce qui pousse les plus riches à ces comportements de prédation ?

  1. P.-C. : Il ne s’agit pas d’accumuler pour accumuler. L’argent est devenu une arme pour asservir les peuples. En ne payant plus d’impôts, ils construisent le déficit et la dette – qui n’a pas vocation à être remboursée : c’est une construction sociale, comme le « trou de la sécurité sociale ». Ils spéculent sur le réchauffement climatique et accélèrent la marchandisation de la planète. On spécule même sur le travail social, comme l’accompagnement des sans-abri, qui devient un nouveau marché financier, avec la création des « contrats à impact social ». C’est une destruction de tout ce qui peut ressembler à de la solidarité sociale, par ces oligarques, par le système capitaliste.

La seule raison de vivre des nantis est « l’enrichissement, les pouvoirs qui lui sont liés et l’euphorie de vies hors du commun », écrivez-vous…

  1. P. : Un des gains importants est la création d’une dynastie. C’est quelque chose qui a des effets un peu magiques. Cela donne une immortalité symbolique. Vous avez des rues de Paris qui porte votre nom de famille...
  2. P.-C. : La reproduction des privilèges passe par les familles, par la transmission au sein de la confrérie des grandes familles. On a fait la Révolution il y a plus de deux siècles, mais ce sont encore des grandes familles qui tiennent les rênes de presque tous les secteurs d’activité. La bourgeoisie a singé la noblesse après la Révolution et a inscrit les privilèges et richesses dans le temps long de la dynastie.

La situation peut-elle s’améliorer ?

  1. P.-C. : On nous dit que la richesse des plus riches bénéficie à tous. Mais cette « théorie du ruissellement » fait partie de la guerre idéologique ! Le fossé s’élargit chaque jour davantage entre la classe dominante et les autres classes. L’ascenseur social n’existe plus. Il y a un antagonisme irréductible, qui appelle à un changement radical, à une révolution. Il faut que les titres de propriété leur soient enlevés ! Et que ceux qui travaillent dans les entreprises prennent les rênes et les responsabilités.
  2. P. : La situation est pire qu’avant car il n’y a plus d’unité populaire en face du pouvoir de l’argent. Si Emmanuel Macron est élu, cela risque de s’aggraver encore, car c’est un faux-semblant. Il est perçu comme le Messie…
  3. P.-C. : … alors que c’est le baiser du diable. Et que cette violence de classe atteint les gens dans leur être profond. Nous ne sommes pas du tout dans le « tous pourris ». Ce que nous disons, c’est qu’il faut prendre le problème dans sa globalité, puisque tout est lié : évasion fiscale, réchauffement climatique... Nous voulons mettre en lumière le fonctionnement d’une classe sociale, propriétaire des moyens de production et prédatrice du travail d’autrui. Car c’est vraiment une guerre de classes que mènent les plus riches contre les peuples.

 

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

21 avril 2017 - Bastamag

07/04/2017

Armand Gatti

 

Bon voyage Monsieur Gatti, vous étiez et restez un grand homme de cœur !

 

Bio et bibliographie d'Armand Gattihttp://www.armand-gatti.org/index.php?cat=biographie

 

 

Extrait du livre biographique de Frédéric Mitterrand. La récréation. 

(Ed. Robert Laffont, octobre 2013, pp.385-386).

 

Samedi 26 mars 2011

Armand Gatti, c'est une terra incognita pour le ministère. On en est resté à sa collaboration avec Jean Vilar, qui remonte à plus de soixante ans, et au soutien que lui accordait Malraux, ce qui n'est pas tout récent non plus. On lit distraitement les articles qui lui sont consacrés et qui rendent compte de ses expériences théâtrales avec des jeunes partis en vrille, des détenus, des immigrés qui n'ont jamais eu droit à la parole, et tant pis si les critiques sont toujours élogieuses, on ne va pas voir ses spectacles; on lui accorde juste assez d'argent pour se donner bonne conscience, ce qui n'est vraiment pas grand‑chose. On en a un peu peur, comme de tout ce qui est inclassable et ne rentre pas dans les tiroirs bien rangés du ministère. Sa réputation d'agitateur libertaire inflexible, la petite bande qui travaille avec lui et qu'on ne connaît pas, tout ce militantisme sur le front de la misère culturelle et de l'abandon social qui n'a jamais été récupéré par la gauche du confort intellectuel, ça sent trop le phalanstère, le loin d'ici, le vieux et le passé. Au fond, il a bientôt quatre‑vingt‑dix ans et on attend qu'il meure, le communiqué de condoléances bien senti du ministre est déjà dans les tuyaux. Je veux aller le voir, je veux l'aider, je veux qu'il puisse continuer.

Une petite rue au fin fond de Montreuil. Des entrepôts en ruine et des restes d'usine. Décor d'Alexandre Trauner.

Je m'attends à tout : un accueil maussade, une arrivée comme celle d'un chien dans un jeu de quilles, voire pas d'accueil du tout et la porte close. C'est tout le contraire, une gentillesse et une empathie merveilleuses. Dans son pavillon bourré de souvenirs d'une vie follement aventureuse dédiée à tous les combats contre l'injustice, il m'embarque pour une formidable traversée du siècle portée par un verbe magnifique. Autour de lui, des gens qui ont la moitié de son âge qui l'accompagnent, le soulagent de sa fatigue, mettent en forme les projets qu'il porte. Rien d'une secte, juste un engagement obstiné et désintéressé. A côté, l'atelier théâtre avec le toit qui fuit, le chauffage qui marche mal et plusieurs spectacles par an qui fond salle comble.

 

Parution : 24 Octobre 2013 / Format : 1 x 240 mm / Nombre de pages : 726 / Prix : 24,00 € / ISBN : 2-221-13307-2

 

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02/04/2017

Bernard Maris expliqué à ceux qui ne comprennent rien à l'économie

 

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Relié - Les Échappés - Paru le : 29/03/2017
 
« Il était animé d’une flamme dès qu’il parlait d’économie, car pour lui, parler de l’économie, c’était parler de l’homme, de la vie des gens, de ce dont les gens ont besoin », se plaît à nous rappeler Gilles Raveaud, disciple, collègue et ami de Bernard Maris.
Bernard Maris était un économiste original. Original, car il redonnait sa juste place à l’humain au sein de ladite « science économique ». Cela faisait sourire nombre de ses confrères qui le reléguaient au rang d’économiste médiatique, préférant s’appuyer sur les chiffres pour asséner leurs démonstrations.

Dans une prose simple et fluide, Gilles Raveaud synthétise l’œuvre de Bernard Maris, et rend hommage à cette personnalité qui manque cruellement au paysage intellectuel français.
En parcourant l’œuvre de Bernard Maris, on se rendra compte que cette discipline n’est pas réservée à une élite et qu’il existe d’autres chemins que ceux présentés par les économistes mainstream, les politiques libéraux, les patrons du Medef & co.

À la façon, distanciée et ironique, de Bernard Maris d’appréhender l’économie, les dessinateurs Coco, Félix, Juin, Riss, Vuillemin et Willem apportent leur touche personnelle à l’ouvrage !

 

Source : http://lesechappes.com/fr/ouvrages/bernard-maris-explique...

 

 

23/03/2017

Nos ancêtres les Arabes de Jean Pruvost

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Ce que notre langue leur doit

La langue arabe offre à la langue française force mots, sans que personne ne s’en doute. Que la langue arabe vienne en troisième position après l’anglais et l’italien a de quoi surprendre.
Dans l’alimentation, par exemple, une pastèque, des artichauts, des aubergines, des épinards à l’estragon, une mousseline, un sorbet arrosé de sirop, en buvant de la limonade ou une orangeade, pour finir avec un café, sans sucre, et un alcool, tout cela vient du monde arabe. Pour la mode, une jupe de coton, un gilet de satin, un caban ou une gabardine… Pour le savant, l’algèbre, les algorithmes, les chiffres
Tous les domaines de l’existence sont ainsi répertoriés pour rappeler les mots arabes que nous utilisons, qu’il s’agisse de la flore, de la faune, des parfums et bijoux, de l’habitat, des transports, de la guerre, des couleurs, des fêtes, de la musique, des lettres et des arts, des religions, etc. Sans oublier les effets sur notre langue de la colonisation, de la guerre d’Algérie, du rap…
Pour Lavisse, « Nos ancêtres les Gaulois » étaient avant tous des barbares et sans les Romains et la civilisation arabe, qui a irrigué tous le Moyen Âge, la Renaissance aurait encore tardé.
Jean Pruvost nous offre une nouvelle fois l’occasion de nous plonger dans le grand voyage des mots de la langue française.
 
 
 
Nos ancêtres les arabes Jean Pruvost / Ed. JC Lattès
 
 
Jean Pruvost est professeur émérite de lexicologie et d'histoire de la langue française à l'Université de Cergy-Pontoise. Il est aujourd’hui président du Comité d’évaluation au CNRS. Il donne chaque matin trois chroniques radiophoniques de langue : sur France Bleu Île de France ; sur RCF et sur Mouv’, il est Doc Dico avec pour chronique « Les mots du rap ».   
 
 
 
note de moi-même : et le mot douane aussi, vient de l'arabe....  ;-)
 
 
 
 
 
 
 
 
 

16/03/2017

Le Livre noir de la médecine - Docteur Dominique Michel Courtois et Maître Philippe Courtois

 
 
« Plus de 450 millions d'actes médicaux sont réalisés chaque année. Dans ce contexte, n’ayons pas peur de le dire, nous assistons aujourd’hui à un suicide de la médecine française, soumise aux lobbies des laboratoires, au mutisme des pouvoirs publics et à des connivences malsaines entre les organismes prétendument de défense et de contrôle. Et c’est vous qui en êtes les victimes innocentes…
Vous êtes ou vous serez les consommateurs obligés d’actes médicaux, de médicaments et, peut-être, les victimes. Ce livre vous aide à vous défendre à armes égales contre le corps médical, les organismes de santé et les assurances.
Pour ne plus jamais être une victime, mais un patient reconnu et respecté. »
 
Toute puissance de l’industrie pharmaceutique,  connivence de certains médecins praticiens, laboratoires sans scrupules, erreurs médicales à répétition : le Dr Dominique-Michel Courtois, médecin expert sur RTL, et son fils, Maître Philippe Courtois, avocat spécialisé dans la défense des victimes de dommages corporels, brisent l’omerta, preuves à l’appui, dans un document choc.

26/02/2017

Petit guide de déradicalisation économique à usage électoral

 

Alors que nous allons bientôt élire le prochain président de la République, il est indispensable d’alerter sur les conséquences des propositions des candidats à cette élection. C’est un des objectifs du livre intitulé L’intégrisme économique, qui sort le 1er mars prochain.

 

 

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Une question est à l’origine de L’intégrisme économique
[1]. Pourquoi continue-t-on de promouvoir les recettes économiques néo-libérales alors que près de 40 ans d’application ont montré leurs effets pervers : multiplication des crises financières ; explosion des inégalités combinée à une hausse de la précarité et de la pauvreté qui fragilisent la cohésion sociale ; dégradations environnementales toujours plus importantes, etc. ? Leurs promoteurs continuent pourtant d’affirmer qu’il n’y a pas d’alternative et que de telles politiques économiques bénéficieront à tous, tôt ou tard.

 

Et si, derrière cette rhétorique de façade, l’objectif n’était pas de servir l’intérêt général mais celui d’une minorité ? C’est ce sillon que nous creusons tout au long de cet ouvrage. L’économie n’y apparaît plus comme une science objective et neutre mais plutôt comme une religion ou, pire, comme un intégrisme religieux qui tente d’imposer une lecture rigoriste d’évangiles économiques dont les dogmes peuvent être rassemblés en dix commandements (l’austérité budgétaire tu prôneras ; la dépense publique tu diminueras ; plutôt que les plus riches, les pauvres tu taxeras ; la libéralisation financière tu assureras ; etc.). Tout en promettant le paradis économique à tous, l’intégrisme économique cherche en réalité à imposer un Ordre néolibéral qui ne bénéficie qu’à ses promoteurs. Pour ce faire, il dispose d’une armée de disciples dont la mission est de convaincre les foules de la bonté du Dieu qu’il vénère, le Marché, et de dénoncer toute pensée hérétique.

Ce livre fournit les clés permettant de comprendre les dérives sectaires de l’intégrisme économique. Nous dévoilons tout d’abord son mode opératoire, c’est-à-dire la façon dont il exerce son pouvoir, en particulier en utilisant la manipulation (chapitre 1). Nous décortiquons ensuite ses dogmes – les dix commandements – et faisons apparaître toute la cohérence d’un projet politique, mené par une minorité pour son propre profit, qui dessert la plus grande partie de la population mondiale (chapitre 2). Nous démasquons enfin ses adorateurs (missionnaires du FMI, inquisiteurs européens, apôtres économiques et clergé médiatique) et déconstruisons leur rhétorique intégriste (chapitre 3). Ce parcours nous conduit à dessiner les contours d’une indispensable dé-radicalisation des esprits touchés, ou seulement tentés, par l’intégrisme économique (épilogue).

L’intégrisme économique fait peser de lourdes menaces sur la démocratie comme sur le débat d’idées. C’est en effet une approche intégriste de la construction européenne qui l’entraine aujourd’hui dans une fuite en-avant anti-démocratique, comme le montre le traitement de la crise grecque, et participe du rejet croissant du projet européen, ce que traduit le Brexit. C’est aussi une vision intégriste de l’économie qui condamne toute approche alternative. La croisade contre le pluralisme des idées au sein de l’université a été menée en 2014 par l’apôtre Saint Jean Tirole, tout juste canonisé par l’intermédiaire de son « prix Nobel d’économie ». Elle se poursuit aujourd’hui à l’appel de Pierre Cahuc et André Zylberberg – dont le récent pamphlet a suscité de nombreux débats[2] – qui se lancent dans une chasse au « négationnisme économique » et appellent à l’épuration de toute pensée dissidente. Face au dogmatisme des intégristes économiques, il est essentiel de réaffirmer que l’économie est toujours plurielle et éminemment politique, et de montrer que d’autres voies sont possibles.

L’introduction de ce livre est reproduite ci-dessous.

 

Introduction : Le dieu Marché

Selon le dictionnaire Larousse, l’intégrisme est « une attitude et une disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ». Si une bataille s’est engagée contre l’intégrisme religieux et ses idées rétrogrades, un autre intégrisme, économique celui- là, sévit plus sournoisement. Il n’a pas eu besoin de recourir à des moyens barbares pour s’imposer. Mais, comme l’intégrisme religieux, il vénère un dieu, le Marché en l’occurrence, et défend une tradition, celle de l’économie néolibérale, avec les dogmes sur lesquels elle repose – austérité, concurrence, libéralisation, etc. –, et ne tolère aucune remise en question. Les prosélytes du Marché, c’est-à-dire les intégristes économiques, nous somment d’agir en son nom et de l’adorer, car lui seul œuvrerait pour le bien de tous. Ils le placent ainsi au centre de toutes nos décisions.

Les intégristes économiques peuvent être rangés en deux catégories. D’un côté, les théologiens et les évangélistes, à savoir les économistes orthodoxes les plus fanatisés, construisent la doctrine et élaborent les tables de la loi, dont les dogmes peuvent être rassemblés en dix commandements. De l’autre, le clergé, composé des principaux responsables politiques et des milieux d’affaires, avec leurs relais médiatiques et économiques, se charge de diffuser une lecture rigoriste des évangiles économiques. Malheureusement, de trop nombreux citoyens, dont l’esprit a été perverti par la propagande intégriste, ont également prêté allégeance à un mouvement qui les dessert pourtant largement.

Bien que nous n’en ayons pas toujours pleinement conscience, l’intégrisme économique nous entoure et rythme nos vies au nom du Marché. Pas un jour en effet sans analyses ou débats sur la croissance: est-elle suffisante ? Va-t-elle revenir ? Quand reviendra-t-elle ? Comment la faire revenir ? Pas un jour non plus sans indications sur les cours de la Bourse et l’évolution du sacro-saint CAC40, baromètre économique de nos sociétés « modernes » qui nous dit le temps qu’il fait sur des marchés financiers dont l’état de santé conditionnerait le nôtre. Pas un jour encore sans questionnements sur l’évolution des prix dont on nous assure qu’ils dépendent d’une loi de l’offre et de la demande quasi divine, puisque assurant le bon fonctionnement du Marché. Pas un jour enfin sans lamentations sur les (mauvais) chiffres du chômage et considérations sur le type d’offrandes au Marché qui permettraient de le réduire.

L’intégrisme économique s’est tellement immiscé dans les esprits que de nombreuses informations sont traitées principalement sous l’angle de leur coût économique, reléguant au second plan les aspects sociaux, politiques, environnementaux ou encore psychologiques, quand ils ne sont pas tout simplement occultés. Ainsi en est-il des conflits sociaux, où le coût économique à court terme d’une grève, évalué en points de croissance perdus pour faire plus sérieux, l’emporte sur l’intérêt des revendications pour le bien-être de la population. De même, l’impact d’une catastrophe naturelle est réduit à une facture de réparations à venir et laisse dans l’ombre la détresse psychologique des personnes touchées par l’événement, donc les moyens de la traiter.

Cette fascination pour le Marché a de quoi interroger. Les intégristes économiques, qui sont devenus les oracles des temps modernes, interprètent le réel, livrent leurs prophéties – sous forme de prévisions économiques – et promettent de nous conduire vers la Terre promise de l’abondance. L’intégrisme économique se présente pourtant comme une science, sérieuse et objective de surcroît, et, à ce titre, se pare d’un formalisme mathématique supposé lui fournir ses galons de science exacte. Dans les faits, il est l’instrument du pouvoir exercé par une minorité à son propre profit et s’emploie à nier toute existence d’alternative, promettant l’enfer – sur terre, dans ce cas – aux récalcitrants, aux hérétiques, bref, à tous ceux qui douteraient de la véracité de ce catéchisme.

Depuis près de quarante ans, nous avons laissé prospérer la religion du Marché et avons accepté de nous soumettre à ses dérives intégristes, ce qui nous a conduits à intérioriser des dogmes économiques qu’il devient de plus en plus difficile de questionner. Face à un tel aveuglement, il est indispensable de comprendre les dérives sectaires de l’intégrisme économique, ce qui implique de dévoiler son mode opératoire (le mode d’exercice de son pouvoir) afin de décortiquer ses fondements (les dogmes) et de démasquer ses adorateurs (les disciples), qu’il convient de déradicaliser pour leur faire retrouver le chemin de la raison (scientifique), de la tolérance et de l’intérêt général, donc celui de l’espoir.

 

 


 

[1] Eric Berr, L’intégrisme économique, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2017, 176 pages.

[2] Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique. Et comment s’en débarrasser, Paris, Flammarion, 2016.

 

 

24/02/2017

Vient de paraître : Le vin des crapauds - Saïd MOHAMED, Bob De GROOF (linogravures)

 

aux Ed. des Carnets du Dessert de Lune 

poésie, février 2017

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70 pages (carré, collé) 19 x 29 cm, 18 €



Préface :



Pas dit qu’on en boirait de ce vin là, mais on a bien envie d’en savoir plus, alors on ouvre la bouteille… Et d’entrée, c’est l’uppercut, un relent d’enfance qui marche au pas et de pourriture tranquille… Et on sait très vite que oui, nous allons boire tout notre saoul, parce que voici venu l’heure du néant, et Saïd Mohamed en dix lignes nous crache le portrait du monde et ses victoires qui ne sont que défaites/Des noces d’étreintes de sang et de merde.
Un uppercut crescendo, et on n’en sort pas indemne.
Le vin des crapauds a vieilli pendant 21 ans dans la cave du poète, et il a le goût acide d’un mauvais vin nouveau, sans doute parce que le malheur, la violence, la bêtise, l’ignorance, les injustices, sont toujours les mêmes, en grappes lourdes, noires, amères, toujours plus grosses et grasses.
Nous récoltons sur nos mains le sang de nos enfants,
Tandis que nos maitres boivent le divin nectar
Des bénéfices de cette boue pétrie aux alliances vénales
Le poème ici fait sauter le bouchon de la bouteille, celle du vin des fous, du vin des nausées, du vin dont s’enivrent ceux qui ont trop vu œuvrer les bouchers adulés par un bétail sans mémoire. Il ne s’adresse même plus à ceux-là mais à l’acier lui-même, non sans ironie.
Bel acier cherche ta voie dans les entrailles,
La viande chaude et le sang doux.
Couvre-toi de gloire, bel acier.
Le vin des crapauds, pauvres crapauds, c’est pour trinquer et vomir à tous les morts pour rien, qui pavent les siècles de leurs chairs pourries.
Je voulais du vin et du silence, dit le poète, mais puisqu’il faut supporter le vain des maux, voilà le vin des mots rances.
Il faut le boire, comme on dit, jusqu’à la lie et faire la nique d’un rire sans dents aux horreurs, car du poète c'est le lot que de la guerre/ devoir encore extraire l'or de l'amour, nommer l’innommable et égrener les mots magiques, envers et contre, envers et contre… Des cendres de l’espoir, on peut toujours tracer des signes. Vraiment ?
Le poète ici, dérisoire manchot face à un énième tsunami de ténèbres, s’écroule de lui-même.
Je ne suis pas ignoble, j'ai honte de vivre.


© Cathy Garcia, le 9 novembre 2017

 



Postface: 


Le vin des crapauds a été écrit en grande partie pendant la première guerre d’Irak, de 1990-91 Certains de ces textes ont été publiés dans la revue Kitoko Jungle Magazine de Guido Kuyl en Belgique, avec des dessins de Bob De Groof. Ensuite, Jacques Morin en a fait en 1995 un numéro de Polder avec des dessins de Fatmir Limani qui publiait lui aussi dans Kitoko. Que Jacmo soit ici remercié.
Devant les événements récents et ceux à venir provoqués par ce Nouvel Ordre Mondial, comme il a été qualifié, et qui a désigné l’Axe du Mal, les Bons et les Méchants. Ce qui n’est rien d’autre qu’un plan pour détruire les vieilles civilisations en les assujettissant mieux aux lois du marché. Construire du nouveau, sur les cendres de l’ancien qui obéit mieux à son maître. Il m’est apparu essentiel de republier l’ensemble de ces textes qui ont été retravaillés et auxquels des nouveaux poèmes sont venus s’ajouter, dont certains ont été publiés par Alain Boudet sur la Toile de l’un.
Bob De Groof, à qui j’ai fait part de mon projet, a tout de suite accepté de s’y investir et pendant un an il a travaillé à la gouge sur les grandes plaques de linogravure. Un tirage de tête sur velin d’Arches et au format 50 x 65 cm en a été fait à vingt exemplaires sur BFK Rives 250 grammes dans l’atelier à Fleur de Pierre par l’ami Étienne de Champfleury sur sa presse Marinoni Voiron de 1912.
Jean-Louis Massot des Carnets du Dessert de Lune qui me publie depuis Souffles en 2006 en fait ici une nouvelle édition. La maquette est de Morgane Pambrun typographe tombée dans les lettres dès sa plus tendre enfance et ensuite formée à l’école Estienne. Des expositions des 14 linogravures sont prévues dans diverses galeries à Paris, Bruxelles, Düsseldorf.
Ces textes et ces dessins sont notre façon de dire « Non à l’horreur ! »


Les auteurs :


Saïd Mohamed est né en Basse-Normandie d’un père berbère, terrassier et alcoolique et d’une mère tourangelle lavandière et asociale. Nomade dans l’âme, il est tour à tour, ouvrier imprimeur, voyageur, éditeur, enseignant à l’école Estienne. A aussi publié en poésie au Dé bleu et à Décharge dans la collection Polder, aux éditions Tarabuste.
Il a obtenu le prix Poésimage en 1995 pour Lettres Mortes, le prix CoPo pour l’éponge des mots en 2014. Boursier du CNL en 2015. Son blog : http://ressacs.hautetfort.com


Bob De Groof est peintre, collagiste, graveur-imprimeur, et photographe. Il a fait des assemblages, installations, du street art et a sculpté des totems.
Des expositions de ses œuvres ont eu lieu en Belgique, France, en Allemagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis. À travers les années, il a exposé une quarantaine de fois individuellement et a participé à une cinquantaine d’expositions de groupe. Ses travaux se trouvent entres autres dans des collections de pays aussi divers que les États-Unis, la Russie et le Maroc.
Faisant la connaissance de Saïd Mohamed pendant leur collaboration respective au fanzine KITOKO JUNGLE MAGAZINE, plus récemment ils ont décidé de réaliser un vieux rêve : la réédition et illustration du poème apocalyptique « Le Vin des Crapauds » écrit par Saïd.
Son site : http://www.bobdegroof.eu/tekst/engels/welkom.htm

 

Pour passer commande :

http://www.dessertdelune.be/store/p826/Le_vin_des_crapaud...

 

 

04/01/2017

Misère de l'espace moderne. La production de Le Corbusier et ses conséquences - Olivier Barancy

 

couv_3086.jpgIl est enfin admis ouvertement que Le Corbusier était un fasciste bon teint. On tolère ses mensonges et sa mégalomanie. On sourit en le voyant mépriser ses (riches) clients. Un observateur impartial découvrira vite qu’il n’a rien inventé, gommant les auteurs dont il s’est attribué les idées. La seule réelle compétence de Le Corbusier fut la promotion de son image publique au détriment de la qualité de son œuvre construite – catastrophique. Mais de tout cela on ne tire aucune conséquence, la plupart des critiques refusant de voir le monde cauchemardesque qu’il voulait édifier. Ce qui n’aurait aucune importance si Le Corbusier n’était devenu le modèle pour les architectes de l’après-guerre qui ont couvert la France de barres et tours en béton. Et si, aujourd’hui, ses théories ne faisaient les affaires des bureaucrates de Chine et de Russie.

Deux types de villes semblent aujourd’hui se distinguer. La plupart des cités comme Amsterdam, Prague ou Paris sont désormais partiellement préservées et destinées à une population privilégiée, tirant une partie de leurs ressources du tourisme international ; la tendance est à la réduction de la surface des chaussées, à la création de rues piétonnes dédiées au commerce de deuxième nécessité et à la “protection” des quartiers anciens. En contrepartie leurs périphéries sont devenues des non-villes. Ailleurs, en Amérique du Nord ou du Sud et singulièrement en Asie, la priorité est donnée à la voiture, l’habitat vertical proliférant de vingt étages est l’unité minimale de base, tandis qu’on se ravitaille dans des centres commerciaux gigantesques situés en périphérie urbaine. Les bidonvilles, bien loin d’être éradiqués, s’accroissent.
   La responsabilité des professionnels de l’aménagement, évidente, n’est pas récente. Les architectes n’ont jamais ressenti la nécessité d’encadrer l’exercice de leur profession par des principes éthiques. Pour promouvoir leur ego, les architectes organisent entre eux des concours de beauté, se remettent réciproquement des prix et des médailles d’or, révélant ainsi leur absence de sens moral.

Fondé sur l’analyse de la production (bâtie ou théorique) de Le Corbusier, ce livre montre l’imposture du créateur, le caractère totalitaire de ses projets et la misère spatiale qu’il a engendrée, de son vivant jusqu’à aujourd’hui.

 


168 pages (12 x 21) 14€
ISBN : 9782748903041


27/12/2016

Trop intelligent pour être heureux, Jeanne Siaud-Facchin

 Comment définir cette population, au delà de ce que les médias montrent, de l’impression trompeuse d’un simple effet de mode et des débats de terminologie, et pourquoi s’en préoccuper? Le mythe d’un surdoué « hyper-performant » et « sur-avantagé » domine dans les esprits (y compris chez certains thérapeutes), avec en fond les confusions régnant autour de la notion d’intelligence, alors même que les psychologues reçoivent de plus en plus de patients, enfants et adultes en souffrance, présentant ce profil singulier, vulnérables psychiquement, car leur mode de fonctionnement est atypique. L’intellect et l’émotionnel se mêlant en eux de manière permanente, leur personnalité se construit singulièrement avec ces ressources-là, puissantes mais avec des bases inhabituelles, qui doivent être reconnues, intégrées et exploitées pour devenir une force et non source de trouble. La terminologie utilisée est souvent discutable en raison des confusions que les différents termes impliquent, le terme « zèbre » que [je] leur préfère et ai choisi a l’avantage de les affranchir de ces a priori : le zèbre, difficilement apprivoisable, se fond dans le décor tout en s’y distinguant par des caractères (leurs rayures) propres à chaque individu… ça colle.

Les recherches en neurosciences menées sur cette population tendent à démontrer des particularités neurobiologiques, et viennent en appui des observations des thérapeutes sur la singularité de cette pensée. Mais elles ne disent pas comment vivre avec les difficultés qu’elle pose au niveau du « ressentir », du « dire », du « faire ». Et c’est pourtant tout l’enjeu, dont la reconnaissance constitue le point de départ, y compris chez l’adulte, car ce mode de fonctionnement ne disparaît pas avec les années et, bien souvent, le surdoué vit avec un image erronée de qui il est, presque étranger parmi les autres, en recherche, en souffrance.

Si l’on reprend les éléments du développement d’une personne surdouée, on note que dès la naissance, il existe des singularités (langage, motricité, comportement). Les premières réactions de l’entourage poseront les premières bases de l’estime de soi. Durant l’enfance viennent s’ajouter les problématiques d’adaptation de ces particularités avec la scolarité, c’est alors que naissent les premières désillusions, l’ennui, les difficultés de socialisation qui vont entamer cette estime et une certaine confiance en l’autre. C’est là aussi que les relations avec les adultes et notamment les parents vont se complexifier. A l’adolescence, les problématiques identitaires, les choix de vie nécessaires et une lucidité affinée viendront encore renforcer angoisses, sentiments de vacuité et écorner un peu plus l’image de soi. Des pathologies spécifiques pourront alors apparaître, nécessitant des prises en charges psychologiques adaptées à ce fonctionnement singulier. Arrivée enfin à l’âge adulte, la personne surdouée demeure avec ce sentiment de différence, l’impression de ne pas vraiment être un « adulte » tel qu’elle l’imaginait.

Se découvrir surdoué implique un dépassement de l’image de soi, souvent négative, et une prise en compte de toutes les composantes de la personnalité des surdoués, au delà de la sur-efficience. A l’âge adulte cela débute souvent par l’intermédiaire de diagnostics posés dans l’entourage ou à travers des rencontres, des lectures, qui font office de miroirs. Sauter le pas vers le bilan psychologique est difficile et courageux, et ce sera le seul moyen pour valider ses hypothèses. Le diagnostic se fait à partir d’une évaluation intellectuelle (en général, il s’envisage à partir d’un score de QI de 130) associée à une exploration de la personnalité par un psychologue expérimenté. La démarche diagnostique est toujours une démarche globale, d’autres éléments (hors QI) devront impérativement être considérés, et seul le psychologue peut effectuer ce travail. Quel que soit le résultat, le bilan permet à la personne de mieux se comprendre. Plusieurs étapes se distinguent dans le cheminement post-bilan : soulagement, puis doutes (tests, compétence du psychologue… tout est bon lorsque l’on se trouve avec cette difficulté de se reconstruire une image différente de soi), puis colère (sentiment de gâchis, peur de ne pas se montrer à la hauteur, maintenant que l’on sait). Le diagnostic est un choc qui fait parfois perdre le nord, et après lequel l’objectif « faire » (en faire quelque chose) masque celui bien plus essentiel d’ « être », d’être enfin soi. Se faire accompagner pourra alors être d’une aide précieuse. On pourra choisir de le dire à certaines personnes de son entourage pour être enfin compris ou pas, ce qui importe surtout c’est ce que le diagnostic va changer dans le regard que l’on porte sur soi, car c’est ce regard-là qui modifiera celui des autres. On pourra choisir encore de rencontrer d’autres personnes concernées par la douance et parfois cela fera avancer très vite si l’on sait en contourner les écueils (ghettoïsation notamment).

Si chaque personnalité est unique, on relève plusieurs facettes communes. On peut tout d’abord noter qu’une certaine typologie se dessine chez les surdoués : ceux qui acceptent le cadre (qu’ils s’étouffent dans une vie banale, au risque de développer des dépressions ou qu’ils utilisent toute leur énergie à réussir engoncés dans ce cadre, à ne montrer aucune faiblesse au risque de développer une angoisse chronique), ceux qui s’affrontent au cadre (créatifs, mais frustrés, en colère, souvent découragés), ceux qui évoluent sans cadre (vivant leur vie mais errants dans le flou, désabusés). Bien entendu, ces groupes ne sont pas figés et l’on peut passer de l’un à l’autre au cours de la vie. Quel que soit son fonctionnement, accéder au sentiment de réussite est vital mais souvent utopique pour un surdoué, or l’idée traditionnelle de ce qu’est la « réussite » ne convient généralement pas à l’image qu’il s’en fait lui. Le bonheur semble un idéal lointain pour cet adulte dont l’âme d’enfant demeure vivace, accolée au sentiment contradictoire d’être « sans âge » (hypermaturité), et de n’être pas indépendant d’un contexte global (dans l’espace et dans le temps). Il est perpétuellement tiraillé entre ce qu’il pense et ce qu’il peut mettre en application, en décalage aussi, et souvent en difficulté lorsqu’il s’agit de vivre le moment présent.

Être un adulte surdoué n’est pas simple, et cela tient autant à la manière dont la personnalité s’est construite qu’au fonctionnement spécifique qui perdure, avec des facettes qui peuvent se retrouver chez d’autres types de personnalités, mais dont l’intensité n’a pas d’égales : lucidité acérée, sentiment de peur omniprésent, sentiment de culpabilité, sensation d’incomplétude, ennui permanent, envie, empathie, hypersensibilité et hyperconscience, sentiment de solitude, amitiés ambivalentes entre engagement indéfectible et repli lié à la peur de la déception, incompréhension réciproque entre soi et le monde, idéalisme, hypercontrôle, absences… chacune de ces caractéristiques colore la personnalité d’une teinte unique. Chacune de ses caractéristiques recèle en elle de nouvelles sources de douleur psychique potentielle.

Pour le cas de la femme surdouée, d’autres éléments encore sont à prendre en compte. Elle adoptera plus fréquemment une stratégie d’hyperadaptation qui pourra finir par devenir très lourde à porter (douleurs cristallisée plutôt qu’extériorisées), d’autant qu’elle trouvera rarement une aide extérieure (elles intimident). Si elle est mère, il lui faudra également gérer les relations avec son enfant (souvent surdoué également) et avec le monde scolaire, ce qui la replacera face à ses propres démons, notamment face à cette peur de ne pas être à la hauteur. Quant à construire un couple… il lui faudra pouvoir réussir à être elle-même sans faire peur ou être vécue comme « castratrice »…

Si l’on considère ce couple, on notera que, fréquemment, les deux personnes qui le composent sont surdouées, leurs failles et leurs forces répondant positivement à celles de l’autre. Le diagnostic lorsqu’il n’est pas posé avant la formation du couple va apporter un élément nouveau, le couple sera nécessairement repensé et réajusté à la lumière de cette nouvelle information. Parfois une thérapie sera nécessaire. Un couple de surdoués n’est pas nécessairement un couple heureux, de nombreux paramètres entrent en ligne de compte…

Pour finir, il paraît important de parler des surdoués qui vont bien, car ils existent, même si les psychologues les connaissent moins (ils ne consultent pas). On peut cependant appréhender, à travers les enfants et adolescents qui grandissent sereinement, les composantes probables de l’accès à l’épanouissement pour un surdoué avec principalement une estime de soi solide, et un développement mesuré entre adaptation et affirmation de soi. A l’âge adulte, la résilience, la plasticité cérébrale, la capacité à saisir les petits bonheurs de la vie et à utiliser ses ressources particulières (intelligence, hypersensibilité, créativité, capacité à rebondir, empathie, énergie notamment) seront les clés du mieux-être, rien n’est donc perdu. Un surdoué devra simplement garder en tête les mécanismes qui peuvent laisser place à des pathologies et peuvent faire sombrer. Les thérapeutes, eux, devront retenir que si la douance n’est pas une pathologie, elle peut induire une souffrance qui se manifestera d’une manière toute particulière. Connaître et reconnaître ce fonctionnement sera indispensable à un diagnostic correct et une prise en charge adaptée.

« Rien n’est jamais joué tant que l’on est en vie »!

 

 

 

03/12/2016

Peti rappel : Escadrons de la mort, l'école française

Petit retour en arrière, pour se souvenir que les méthodes "qui ont fait leurs preuves" pendant les dictatures latino-américaine notamment, ont été élaborées en France, - voir notamment La guerre moderne du Colonel Trinquier.............(beurk)

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9782707153494.jpg- et surtout voir ou revoir le documentaire de Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, une école française (et lire son livre du même nom, paru en 2003) - "Dans les années 1970 et 1980, les dictatures militaires du Cône sud de l’Amérique latine ont férocement réprimé leurs opposants, utilisant à grande échelle les techniques de la « guerre sale » (rafles, torture, exécutions, escadrons de la mort…). C’est en enquêtant sur l’organisation transnationale dont s’étaient dotées ces dictatures — le fameux « Plan Condor » — que Marie-Monique Robin a découvert le rôle majeur joué secrètement par des militaires français dans la formation à ces méthodes de leurs homologues latino-américains. Dès la fin des années 1950, les méthodes de la « Bataille d’Alger » sont enseignées à l’École supérieure de guerre de Paris, puis en Argentine, où s’installe une « mission militaire permanente française » constituée d’anciens d’Algérie. De même, en 1960, des experts français en lutte antisubversive, dont le général Paul Aussaresses, formeront les officiers américains aux techniques de la « guerre moderne », qu’ils appliqueront au Sud-Viêtnam. Des dessous encore méconnus des guerres françaises en Indochine et en Algérie, jusqu’à la collaboration politique secrète établie par le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing avec les dictatures de Pinochet et de Videla, ce livre — fruit d’une enquête de deux ans, en Amérique latine et en Europe — dévoile une page occulte de l’histoire de France, où se croisent aussi des anciens de l’OAS, des fascistes européens ou des « moines soldats » agissant pour le compte de l’organisation intégriste la Cité catholique…"

 

 

 

 

 

 

25/10/2016

Benjamin Péret, l’astre noir du surréalisme par Barthélémy Schwartz

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Libertalia

350 pages – 18€

ISBN : 9782918059882

 

Ce volume comprend une anthologie

de poèmes et un cahier iconographique en couleur

 

En librairie depuis le 20 octobre 2016

* * *

« Qu’est-ce que le surréalisme ? C’est la beauté de Benjamin Péret écoutant prononcer les mots de famille, de religion et de patrie. » (André Breton)

De Dada au surréalisme, Benjamin Péret (1899-1959) est l’un des principaux acteurs des mouvements d’avant-garde qui ont secoué la poésie et l’art moderne au XXe siècle. C’est aussi l’un des moins connus du public. Peu de rééditions, de très rares monographies. Le sort s’est acharné contre ce grand poète dont le rôle et l’importance ont généralement été minimisés par les historiens du surréalisme.

Son engagement dans les mouvements révolutionnaires de son temps, notamment pendant la révolution espagnole aux côtés du POUM et des anarchistes, n’est peut-être pas étranger à cette occultation. Sur sa tombe, au cimetière des Batignolles, ses amis ont fait inscrire une épitaphe qui résume sa vie de révolté permanent : « Je ne mange pas de ce pain-là. »

Cette biographie (suivie d’une petite anthologie et d’un cahier iconographiques en couleur) replace la trajectoire de Benjamin Péret dans les enjeux utopiques du surréalisme, un mouvement qui voulait à la fois « transformer le monde » (Marx) et « changer la vie » (Rimbaud).

 

L’auteur :

Barthélémy Schwartz est né à Paris en 1963. Coanimateur de la revue de bande dessinée Dorénavant (1986-1989), du collectif Ab irato (en 1992), puis de la revue de critique sociale Oiseau-tempête (1997-2006), il a publié Le Rêveur captif (L’Apocalypse en 2012).

 

Mots-clés

Altérité – amitié – amour – anthropophagie – automatisme – Dada – Brésil – Colère – Communisme – conte – dèche – dissidence – Espagne – exil – expérience – expulsion – groupe – guerre – hasard – héritage – humour – inculpation – indien – insolence – Internationale – invectives – marge – marginalité – marxisme – maudit – Mexique – mythe – Poésie – Politique – populaire – prison – rage – rêve – révolte – révolution – rire – scandale – sommeil – subversion – surréalisme – utopie

 

 

 

www.editionslibertalia.com/

04/10/2016

Le Messie du Darfour, entretien avec Abdelaziz Baraka Sakin

 

« Sans l’humour, je ne pourrais pas écrire sur le conflit du Darfour »

 
Juillet 2016, retrouvailles après l’exil. Des femmes revienennt dans leur village de Sehjanna après en avoir été chassées par la guerre au Darfour.

« Il est plus facile de faire passer un chameau par le chas d’une aiguille que de faire entrer un janjawid au royaume de Dieu. » La mise en exergue de la célèbre maxime de Jésus qu’Abdelaziz Baraka Sakin emprunte aux Evangiles et détourne avec malice donne le ton du Messie du Darfour, septième roman de l’écrivain soudanais et son premier traduit en français.

Ce roman épique, à la fois drôle et violent, nous plonge au cœur du conflit du Darfour, qui, depuis 2003, a fait plus de 300 000 morts ainsi que des millions de réfugiés et de déplacés dans cette région de l’ouest du Soudan. D’un bout à l’autre de ce chaos sanglant, une figure sombre, Abderahman, une femme au nom d’homme qui veut se venger des miliciens, les janjawid, en en tuant au moins dix, et une figure lumineuse, un messie d’un genre nouveau qui veut aider les hommes à croire en leur pouvoir. Né au Soudan en 1963, Abdelaziz Baraka Sakin, dont les racines sont au Darfour et au Tchad, est l’écrivain le plus lu dans son pays.

Lire aussi :   Amnesty International accuse le Soudan d’attaques chimiques au Darfour

Ecrits en langue arabe, ses livres abordent la dictature et la guerre civile au Soudan. Ils ont suscité la colère de Khartoum qui les a fait détruire et interdire en 2009 quand l’auteur a reçu le prix Tayeb Salih. Depuis, l’écrivain vit en Autriche, où il a obtenu l’asile politique.

« Le Messie du Darfour » a une forme très particulière. A partir d’une intrigue principale, vous déroulez plusieurs récits : l’enfance d’Abderahman, victime de la violence des « janjawid », tante Kharifiyya qui l’a recueillie enfant, les origines d’Ibrahim Khidir, soldat enrôlé de force dans l’armée soudanaise… Pourquoi avoir choisi cette construction ?

Abdelaziz Baraka Sakin Je m’intéresse beaucoup à la forme, car je considère que le roman n’est pas l’art de l’histoire, mais l’art de construire une histoire. Je suis très influencé par les contes populaires soudanais. Au Soudan, dans les familles, les femmes racontent des histoires avant d’aller dormir. Et donc, dans mes livres, je pars toujours d’un fil conducteur auquel j’accroche progressivement d’autres histoires. Je m’inspire aussi beaucoup du cinéma, car j’essaie d’exposer des scènes plutôt que d’écrire sur des thèmes.

Il y a un contraste dans votre roman entre scènes de guerre et scènes de la vie quotidienne au Darfour.

Pour moi, la violence au Darfour est un élément nouveau. Le Darfour que j’ai connu est le pays de l’hospitalité et de la gentillesse. Je voulais souligner le contraste entre deux mondes très différents. En premier plan, la guerre et, en arrière-plan, ce qui est là depuis toujours : la beauté des paysages et cette montagne, le djebel Marra.

Dans Le Messie du Darfour, les femmes sont les premières à se battre…

Enfant, j’étais très attaché à ma mère. Pour moi, elle constituait le monde entier. Mon père est mort quand j’étais jeune et j’ai vu ma mère accomplir des tâches que même les pères ne faisaient pas seuls. Avant que les islamistes ne prennent le pouvoir au Soudan, les femmes étaient libres dans leur manière de vivre, de penser, de s’habiller. A cause de la guerre civile, les femmes ont toujours été chefs de famille parce que les maris étaient au front. Aujourd’hui, alors qu’il y a toute une série de lois édictées par les islamistes au pouvoir qui vont à l’encontre de leur liberté, les femmes continuent à se battre contre le gouvernement. Bien plus que les hommes.

Votre roman peut se lire comme une histoire de la violence au Darfour dans laquelle les « janjawid » ont le premier rôle…

Si un jour, vous rencontrez un janjawid, vous comprendrez pourquoi je les décris ainsi. Ce ne sont pas des êtres humains. Ce sont des professionnels du crime. Ils sont analphabètes, n’ont pas de religion et ne savent pas apprécier la poésie. Ils ont été conçus pour tuer. Les janjawid sont des mercenaires qui viennent essentiellement des pays voisins. Ils ont été chassés de leur propre terre. Le gouvernement soudanais les a acceptés au Darfour, à condition qu’ils prennent par la force la terre qu’ils souhaitaient occuper. Bien sûr, d’autres personnes y vivaient. Ils ont poussé 90 % des peuples du Darfour à fuir vers les villes ou vers des camps au Soudan ou au Tchad. C’est une épuration ethnique.

Vous n’hésitez pas à vous moquer des « janjawid » dans votre livre…

Quand un sujet est triste, je préfère en parler de manière détournée. Sans l’humour, je ne pourrais pas écrire sur le conflit du Darfour.

Qui est le messie du Darfour ?

Il est la combinaison entre Jésus – selon la tradition musulmane et chrétienne – et Bouddha. Ainsi, il porte le message d’amour et le message du retour vers soi-même. Le bouddhisme m’intéresse parce que c’est une spiritualité : Bouddha n’est pas un prophète mais un professeur. Le messie est une première étape, mais ce n’est pas la solution. La seule solution est politique. Il faut chasser les islamistes du pouvoir. Les Frères musulmans sont arrivés par un coup d’Etat. Il faut les faire partir par des élections démocratiques. Ensuite, il faudra la liberté pour tous. Les Soudanais doivent pouvoir être musulmans, chrétiens… ou bouddhistes.

Vous avez toujours été très critique à l’égard du régime soudanais. Vous ne craignez pas les représailles ?

Je ne suis pas un héros et je ne cherche pas à mourir en martyr. Je suis très pacifique, mais ce pacifisme est l’arme dont le gouvernement a le plus peur. C’est mon arme. Je ne demande à personne de faire comme moi. Je n’ai jamais cherché à être en conflit direct avec Khartoum. J’ai toujours vécu à la campagne, très loin des autorités. C’était ma manière à moi de leur échapper.

Pensez-vous retourner un jour au Soudan ?

Le problème, c’est la censure. On peut continuer à écrire au Soudan à condition de ne pas écrire sur ce qui se passe vraiment. Soit on écrit des histoires d’amour, soit on écrit de manière symbolique, ou mieux, on écrit pour le gouvernement. Le pire, c’est que la censure est exercée par des écrivains qui travaillent pour le régime. Il y a chez eux un mélange d’opinions politiques et d’amertume d’auteurs ratés qui vont se venger en attaquant d’autres écrivains. Etre écrivain au Soudan, c’est se taire ou bien travailler pour le gouvernement.

Le Messie du Darfour, d’Abdelaziz Baraka Sakin, traduit de l’arabe (Soudan) par Xavier Luffin, éd. Zulma, 208 pages, 18 euros.

 

Source : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/30/sans-l-humour-je-ne-pourrais-pas-ecrire-sur-le-conflit-du-darfour_5006050_3212.html

 

 

29/09/2016

Sophie Djigo - Les Migrants de Calais

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http://agone.org/contrefeux/lesmigrantsdecalais/

 

« Calais » est le nom d'une absurdité, produit de la cacophonie des politiques internationales d'immigration : ni le gouvernement français, ni la municipalité ne veulent que s'installent ses hommes et ses femmes qui, coincés dans les « jungles », ne cherchent qu'à poursuivre leur chemin vers l'Angleterre. Ce que les migrants nous donnent la charge de penser, c'est tout à la fois la difficulté de vivre dans un lieu qu'on a pas choisi et notre responsabilité dans cette situation (devenue) invivable. Que signifie une vie en transit ? Quelle alternative peut-on raisonnablement envisager ?

Indissociablement enquête sociologique et philosophique, ce livre explore la condition des migrants, en adoptant leur point de vue, à travers une analyse du vocabulaire où on les enferme, depuis lequel on les regarde et par lequel ils se racontent. Leur traitement révèle la politique d'accueil de l’État français, ses liens contradictoires avec l'idée même de démocratie et la façon dont la France, en dépit de sa longue tradition de défense des libertés et des droits humains, ne représente plus un « bien » pour les êtres en quête d'asile.

À paraître le 21 octobre 2016
216 pages (12 x 21 cm) 16.00 €
ISBN : 9782748902990

 

 

 

27/05/2016

Petit manuel de la transition (nouvelle édition augmentée)

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Un autre monde est-il vraiment possible ? Il le faut car le monde actuel ne l’est plus.

Tout le monde le voit, ce système de compétition féroce et mondialisée fonce dans le mur. Les dégâts sociaux et écologiques s’accumulent, les inégalités explosent, la démocratie devient une coquille vide.

Mais comment imaginer la transition vers une société vivable ? Avec qui et comment ?

Les réponses, multiples, foisonnent déjà sous nos yeux, dans les mouvements de la société. Résistances et actions de désobéissance créative contre les lois du Medef et des transnationales, occupations de places et d’espaces libérés, construction des communs dans l’alimentation, le logement, la monnaie, Internet...
Même si la route est longue, elle peut être tracée. Ce petit manuel propose une stratégie à l’intention de tous ceux, aujourd’hui nombreux, qui se demandent si l’espoir est encore permis.

Attac veut ainsi permettre aux citoyens de s’engager pour faire de la politique autrement, sans carrières ni rivalités, au seul service du bien commun.

Dans cette nouvelle édition augmentée et mise à jour du Petit Manuel de la transition, Attac met en débat une multitude de propositions pour changer de modèle. Des propositions et une méthode : la construction de convergences. Car si les mouvements sociaux ne parviennent pas à travailler ensemble, nous serons emportés par les désastres qui s’annoncent.

L’Europe est au bord du gouffre et la planète ne va pas mieux. Licenciements, chômage, austérité, spéculation, pollutions, dérèglement du climat… le néolibéralisme va de crises en catastrophes.
 
Il est grand temps de bifurquer ! De rompre résolument avec ce capitalisme débridé, intrinsèquement inégalitaire et productiviste et de remettre la démocratie au poste de commande.

 

sortie en librairie le 8 juin 2016.

Prix public 10€ port inclus
 
on peut le commander dès maintenant ici : https://france.attac.org/nos-publications/livres/livres/p...
 
 

16/04/2016

Chronique : « L’Apparition » de Perrine LE QUERREC par Jean Azarel

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Si le vœu du lecteur est de sortir indemne d’un livre, qu’il ne s’aventure pas dans celui-ci. A l’encontre des écrivains qui chantent les vertes prairies de l’enfance et ses sucreries, Perrine Le Querrec explore avec « l’Apparition » des territoires plus reculés aux ritournelles singulières.

« Trois pas du côté du banc, et trois pas du côté du lit. Trois pas du côté du coffre, et trois pas. Revenez-ici. » Dans le village intemporel d’Ici- Bas, le roman de Perrine lance ses dés au gré d’une aventure peu commune, et comme une pièce de monnaie tombe de manière exceptionnelle sur la tranche, le sort en est jeté entre prédestination au malheur, longue traîne des siècles de folie humaine, magie du hasard élémentaire.

Aux confins de la psychiatrie et des anciens mystères, Perrine Le Querrec fraye le chemin d’une écriture hallucinée au service d’une urgence à portée universelle. Elle est une des rares auteures contemporaines dont la forme rattrapée par la transe, rend grâce à la Matière tout en l’accouplant à l’Esprit par l’entremise d’un souffle tectonique qui se fond dans la langue. Leur osmose aux abois constitue le porté à connaissance de dégâts séculaires dont Perrine Le Querrec a hérité par contumace, et qu’elle transcende dans la ferveur d’un imaginaire contraint de se pacser avec la sauvagerie du quotidien.

Dans « l’Apparition », le miracle, avant d’être récupéré puis galvaudé par la cohorte des marcheurs du temple, s’entend au sens médiéval, quasi mystique, du terme. Il se débat dans l’espace d’une gouvernance des hommes par les dieux, les croyances, et leurs avatars. « - C’est tout juste si nous savions où se trouvait notre main droite, tellement nous étions isolés. »

« L’Apparition » raconte l’histoire de PetraPieraPierette, trois soeurs qui n’en font qu’une, et de Létroi, l’idiot du village qui les veille pour trois et s’arrime à Piera jusqu’au cataclysme. La chute finale de Piera retournée, lapidée par la multitude, nous renvoie à celle de Basile, engloutie par la foule, dans le un-happy end de « Têtes Blondes ». La geste incantatoire de Laitroi (orthographe à bascule), conjuguant scansion catatonique et mantra de longue haleine, clôt ce livre hors normes où, comme chez Rilke « Tout ange est terrible ». «  Mon nom Létroit / Ma bien aimée apparue te rends en hâte à la montagne offrir tes trois trous des yeux de la bouche / Tu es juste des os de la peau du jus de pierre mon amour ». A la dernière ligne, le lecteur « s’assoit par terre étourdi ». La messe est dite, aussi profane que sacrée.

Toute révélation des grades supérieurs s’acquière à l’arrache. Il est des extases trop profondément outragées pour ne pas exiger des suites littéraires. Au terme de la transmutation des métaux, fussent-il vils et douloureusement abrasifs, Perrine Le Querrec accouche de l’or fin. On ne saurait trop conseiller aux éditeurs qui ont compris que l’écrivaine est un trésor, de la laisser mettre bas sans péridurale ni entraves.

 

Perrine LE QUERREC, « L’Apparition », éditions Lunatique

 

Jean Azarel / Avril 2016

 

 

 

07/04/2016

Nuit Debout : le réveil d’un rêve ? par Sarah Roubato

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http://www.sarahroubato.com/publiesdans/nuit-debout-le-re...

Francis Azevedo

Jeudi 38 mars 2016

Dans ce pays, le rêve est difficile. Je ne parle pas du rêve qui se chante derrière un slogan et s’éteint une fois rentré chez soi, une fois l’euphorie passée, ni de la vague envie qui dort dans un lieu qu’on appelle un jour, quand j’aurai le temps. Je parle d’un rêve qui s’implante dans le réel. Un rêve qui connaîtra des jours maigres, qui trébuchera, qui se reformulera. Un changement qui ne se déclare pas, mais qui s’essaye, les mains dans le cambouis du quotidien. C’est un rêve moins scintillant que celui des cris de guerre et des appels à la révolution. Il ne produit qu’une rumeur qui gonfle, et vient s’échouer sur nos paillassons, à l’entrée de nos vies. Elle s’étouffera peut-être, à force de se faire marcher dessus par tous ceux qui ont plus urgent à faire.

C’est un pays où les gens passent plus de temps à fustiger ce qui ne va pas qu’à proposer des alternatives, où l’on dit plus facilement “Le probème c’est…” plutôt que “La solution serait…”. Et pourtant… c’est de ce pays qu’est en train de gronder une rumeur, celle d’un rêve qui se réveille, et qui passe sa Nuit Debout.

Il est facile de dire ce que nous voulons – une vraie démocratie, l’égalité des chances, le respect de la terre – et encore plus facile de dire ce que nous ne voulons pas. Bien plus difficile de dire comment nous voulons y arriver. Car voilà qu’il faut discuter, négocier, évaluer, faire avec le réel.

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Pourtant, partout dans le monde, et ici aussi, des semeurs cultivent le changement. Manger autrement, se chauffer autrement, éduquer autrement, vivre ensemble autrement, s’informer autrement. Ils voient leurs aînés, leurs voisins de rue, de métro ou de bureau, n’être que les rouages d’un système auquel ils ne croient plus. Les miroirs sont brisés : les citoyens ne se reconnaissent plus dans leurs élus, dans leurs médias, dans leurs écoles. Et pourtant… pourtant ils votent encore sans conviction, ils écoutent encore la messe de 20 heures et disent à leurs enfants de bien faire leurs devoirs. Il sera toujours plus facile de changer une loi que de changer une habitude, une indifférence ou une peur. Chaque jour, les semeurs luttent contre ces ennemis, bien plus redoutables que ceux dont on veut bien parler.

La génération du Grand Écart

Et moi dans tout ça ? Moi la jeunesse, moi l’avenir, moi Demain ? On m’a collé sur le front bien des étiquettes, mais elles sont tombées les unes après les autres. Ça doit être le réchauffement climatique qui le fait transpirer.

On me parle d’une génération Y, à laquelle j’appartiendrais de par mon année de naissance et mon utilisation supposée des nouvelles technologies. Ou d’une catégorie sociale – jeune, sans emploi, précaire – basée sur mon statut économique. On me parle aussi d’une communauté culturelle, basée sur le pays d’origine de mes parents, et on m’appellera Français d’origine… Pourtant, c’est loin de ces catégories que se retrouvent les gens qui font partie de ma génération, celle qui ne se définit ni par l’âge, ni par la profession ni par le statut socio-économique, ni par l’origine ethno-culturelle. Ils ont 9 ans, 25 ans, 75 ans, vivent au coeur de Paris ou dans une bergerie au pied d’une montagne. Ils sont ouvriers, paysans, professeurs, artistes, chercheurs, médecins, croyants ou athées; leurs origines culturelles chatouillent tous les points cardinaux. Qu’est-ce qui nous lie ? Qu’est-ce qui forme notre nous ?

C’est une posture partagée. Le geste que nous imprimons dans le monde, celui par lequel un sculpteur pourrait nous saisir. La génération rêveuse et combattante de 68 était celle du poing levé et des yeux fermés. La nôtre sera celle qui voit ses pieds s’écarter à mesure que grandit une faille qui va bientôt séparer deux mondes. Celui du capitalisme consumériste en train d’agoniser, et l’autre, celui qui ne connaît pas encore son nom. Un monde où nos activités – manger, se maquiller, se divertir, se déplacer – respectent le vivant, où chacun réapprend à travailler avec son corps, s’inscrit dans le local et l’économie circulaire, habite le temps au lieu de lui courir après. Un monde où les nouvelles technologies n’effacent pas la présence aux autres, et où la politique s’exerce au quotidien par les citoyens.

C’est un monde qui jaillit du minuscule et du grandiose ; du geste dérisoire d’un inconnu qui se met à nettoyer la berge d’une rivière aux Pays-Bas, et du projet démentiel d’un ingénieur de dix-neuf ans pour nettoyer les océans avec un immense filtre.

citation2 Chacun choisit son geste pour répondre à la crise : beaucoup attendent que ça passe, et ferment les yeux en espérant ne pas se retrouver sur la touche. D’autres, inquiets de voir s’amenuiser les aides et les indemnisations, s’acharnent à colmater les brèches d’un monde en train de se fissurer. Ils descendent dans la rue pour préserver le peu que le système leur laisse pour survivre. Certains réclament un vrai changement, pendant que d’autres, loin des mouvements de foule, l’entreprennent chaque jour. Quand les deux se rencontreront, ce sera peut-être le début de quelque chose.

À la fin de chaque journée, je ressens toujours la même courbature. C’est le muscle de l’humeur qui tire. Je fais le grand écart, entre enthousiasme et désespérance. J’ai l’espoir qui boite. On avance comme on peut.

J’avance en boitant de l’espérance

Chaque semaine, j’entends parler d’un nouveau média – une revue papier à cheval entre le magazine et le livre, un journal numérique sans publicité, une télé qui aborde les sujets dont on ne parle pas. Des gens qui cherchent une autre manière de comprendre le monde, qui pensent transversal et qui prennent le temps de déplier les faits. Et chaque soir pourtant, je vois la même lumière bleutée faire clignoter les fenêtres à l’heure de la messe de 20 heures. Dans une heure, ce sera le Grand Débat. La Grande Dispute de ceux qui nous gouvernent. Les voilà penchés au-dessus du lit de notre société malade, comme ces médecins qui débattaient pendant des heures sur la façon de bien faire une saignée.

– Il faut tirer la croissance par le coude gauche !

– Non ! Par le droit !

– C’est ce que vous répétez depuis vingt ans, et regardez le résultat ! C’est par le troisième orteil qu’il faut la tirer ! Et le chômage il faut le réduire en lui faisant subir un régime drastique !

– Certainement pas ! Il faut lui tronçonner les cervicales ! Il perdra d’un coup vingt centimètres !

– Si vous faites ça vous allez avec une repousse par les pieds ! la seule solution c’est d’attaquer le problème aux extrêmités : élaguer les membres inférieurs et postérieurs, 2 cm par an.

Droite, gauche, centre essayent de nous faire croire qu’ils ne sont pas d’accord.

Je fais défiler la roulette de ma souris. Ça y est, Boyan Slat, dix-neuf ans, qui avait lancé l’idée d’un filtre géant pour nettoyer les océans, a obtenu la première validation de son expérience. Je souris, et fais défiler la page. Prochain article : Berta Caceres, une femme qui luttait contre la construction d’un barrage sur des terres autochtones a été assassinée dans les Honduras. Mes mâchoires se resserrent. Mon doigt hésite. Sur quel article cliquer ? Vers quel côté de la fente aller ? Les deux visages se font face devant mes yeux. Deux combattants, deux espérants, qui nous offrent à la fois toutes les raisons d’y croire, et toutes les raisons de renoncer. Tant pis, je cliquerai plus tard. J’ai un rendez-vous. C’est important, les rendez-vous. Surtout à Paris.

En sortant je descends mon sac de cartons, papiers et plastique. La beine à recyclage est pleine à craquer. Tant pis, je vide mon sac dans la poubelle. Dans la rue, mon téléphone sonne. Pas le temps de mettre l’oreillette. Je m’enfile quelques ondes dans le cerveau. Au bout du fil, un ami qui vit dans un hameau de douze habitants dans le sud : “Depuis quatre jours on s’est occupé à sauver un magnolia centenaire de la tronçonneuse municipale”. Ils étaient quatre, ils se sont enchaînés à l’arbre. Le magnolia est sauvé – Je souris. Mais quelque chose m’aveugle. C’est le panneau publicitaire à l’entrée du métro. Cet écran consomme autant que deux foyers – Je me crispe. L’année dernière, la municipalité de Grenoble n’a pas renouvelé les contrats avec les publicitaires, et les remplace progressivement par des arbres – Je souris. Une dizaine de chaussures Converse et Nike me ralentissent. Un groupe d’adolescents. Les bouteilles de Coca et de Sprite dépassent de leurs sacs plastiques. Ils se passent un sac de chips et une barquette de Fingers au Nutella. Il paraît que c’est pour eux qu’il faut qu’on se batte – Je me crispe. Il y a deux semaines, Ari Jónsson, un étudiant en design de produits islandais, a présenté son invention : une bouteille en bioplastique qui se dégrade en fertilisant naturel – Je souris. J’avance en boitant de l’espérance.

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Serait-il impossible de vivre debout ?

Depuis une semaine, des milliers de personnes ont décidé de se mettre debout. Sans porte-parole, sans leader charismatique – par manque ou par choix ? – comme pour dire que le mythe de l’homme providentiel était de l’autre côté, et qu’il fallait trouver autre chose.

Je ne sais ce qui transforme une manifestation en mouvement populaire. Je sais que le vote d’une foule n’est pas la démocratie. Qu’un slogan n’est pas une proposition. Qu’il faut de l’humilité pour que sa parole porte loin. L’art de la parole publique n’est pas de parler de soi devant les autres, mais de parler des autres comme de soi. Je sais que si tous ceux qui se sentent dépossédés de leurs droits se retrouvent pour parler, c’est déjà beaucoup. Je sais que Paris n’est pas la France, et que beaucoup d’idéaux écrits sur le bitume sont déjà mis en oeuvre dans les campagnes, loin des micros des grands médias. Si nos Nuits Debout ne deviennent pas un Podemos, elles auront au moins été le laboratoire d’exploration d’un changement démocratique. Un laboratoire où tous les possibles sont permis. Il faut avoir le courage de donner une chance à ses rêves. Histoire de dire qu’au moins, on aura essayé.

photo : Francis Azevedo

 

 

Sarah Roubato vient de publier Lettres à ma génération chez Michel Lafon. Cliquez sur le livre pour en savoir plus et ici pour lire des extraits. livre sarah

 

et ici pour voir ma note de lecture à son sujet :

http://delitdepoesie.hautetfort.com/archive/2016/02/08/le...

 

 

 

 

 

 

28/03/2016

Un extrait de "DIEU CROIT-IL EN DIEU?" rencontres au-delà des dogmes, de Patrick Lévyt

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préface d'Albert Jacquard, chez Albin Michel/Question de, 1993, 520 pages, 149 Fr, réédition, 1997.

 



CHAPITRE XXVI

CHEIKH ASSAM


NON AUCUN DIEU. QUE DIEU

Quand on vint solliciter sa direction spirituelle à Ibn Hûd, il interrogea: "Dans quelle voie? Celle de Moïse, celle de Jésus ou celle de Mahomet.

Le village, couleur ocre-beige, me donnait l'impression d'être tout entier construit en terre battue. La poussière recouvrait tout, telle une couche de peinture, uniformisant toutes formes visibles dont on eût pu croire qu'elles fussent sorties du sol comme des champignons de la pluie.

Les silhouettes des hommes et des femmes glissantes ou immobiles dans leurs robes blanches ou noires ne modifiaient pas cette impression de lune habitée. Le petit marché faisait une maigre mais salutaire exception colorée qui me semblait être une concession récréative à un univers uni et sévère. Le sang des boucs abattus à la boucherie coulait dans un sable qu'on recouvrait de sable.

Ce hameau, que les cartes géographiques ignorent, charmait la paix dans la solitude des contreforts des chaînes des Himalaya Pakistanaises. Il était relié au pays par une petite route rapiécée et un câble électrique qui acheminait le courant sporadique d'une modernité suspecte.

Deux conversations avec des inconnus m'y avaient conduit. L'une, à Dharamsala, avec un jeune étudiant occidental de l'école de rhétorique de Sa Sainteté le Dalaï Lama, m'avait amené à connaître l'existence d'un sage érudit dont il avait entendu parlé et la région où il habitait. L'autre, dans un autocar avec un voyageur pakistanais m'avait tracé l'itinéraire final. Il avait entendu parler de celui que je cherchais sans même savoir son nom mais dont la sagesse parmi les fidèles commençait à être proclamée. Je m'y suis rendu dans le petit camion qui ravitaillait, deux fois par semaine, cette population isolée.

Le vent par rafales poussait d'invisibles obstacles et soulevait un brouillard de poussière sous un soleil de fer rouge qui me cuisait les joues.

- Salam alekoum!

- Alekoum salam!

Ici, on se saluait en se croisant. Les passants lançaient sur moi des regards discrets mais curieux.

Je me promenais en quête d'une inspiration. Comment découvrirais-je l'homme que je cherchais? Comment demander? Irai-je à la mosquée interroger le muezzin? Je voulais éviter d'ébruiter la raison de ma présence. J'attendais un événement, une occasion.

- Salam alekoum! avais-je lancé alors que j'allais croiser un homme sur la route.

- Alekoum salam, répondit-il en traînant sur la dernière syllabe comme pour arrêter ma marche. Je m'étais arrêté. Nous demeurâmes face à face, immobile et silencieux. Sa longue Kurta encore assez blanche le couvrait jusqu'aux genoux. Un turban coiffait son crâne. Sa barbe noire cachait la plus grande partie de son visage gratté par le vent et le sable comme un rocher millénaire; de la terre s'accumulait dans ses rides. Je ne voyais vraiment que ses grands yeux noirs brillants, et leurs longs cils nonchalants qui m'assuraient qu'il était vivant.

- Que cherches-tu ici? me demanda-t-il dans un anglais de petite école.

Je ne me sentais ni l'envie, ni la force de répondre à l'interrogatoire dont on afflige les étrangers, ou d'entretenir une conversation qui me demanderait de sortir de mon univers et de l'impression d'irréel que m'offrait ce lieu.

- Je regarde les arbres, les hommes, les fourmis et le ciel, et j'écoute ce que je vois.

Il rit, je souris.

- Que te disent-ils?

- La patience... la paix, l'action... et le temps dis-je très lentement.

- La joie est sur toi! s'exclama-t-il.

- Quelle te caresse aussi.

- In cha Allâh (Qu'il plaise à Dieu) dit-il en traînant sur la dernière syllabe et en ouvrant les mains devant lui comme pour accueillir son souhait.

Il me dévisagea. J'acceptais cette interrogation muette. Puis il me posa quand même les "dix questions". D'où viens-tu? Où vas-tu? Restes-tu? Es-tu déjà venu? Que penses-tu de notre pays? Pourquoi voyages-tu? Avec qui? Pourquoi es-tu venu ici? Où es-tu allé déjà? Quand, pourquoi, où, combien de temps?

- Je suis toujours pour toujours où je suis, jusqu'à ce que j'aille ailleurs voir et faire la même chose, autrement. C'est partout le même monde, presque les mêmes hommes, les mêmes questions, les mêmes ignorances. C'est toujours avec moi que je suis, et c'est pour cette rencontre avec toi que je suis venu.

- Allalou Akbar! (Allâh est grand).

J'enchaînai, comme dans la prière:

- La ilâha illah-lâh. (Il n'y a de Dieu que Dieu)

Il écarquilla ses grands yeux.

- Es-tu musulman?

- S'il n'y a qu'un Dieu, je suis musulman aussi.

J'avais insisté sur aussi.

- Mais... connais-tu Mahomet, le prophète? insista-t-il.

- Je connais les prophètes, dis-je en feignant un ton de savant.

- Dans ce village habite un Cheikh, que Dieu le bénisse, qui enseigne la foi. Viens avec moi, je te conduirai chez lui.

La chance s'ouvrait-elle à mon dessein? Cet homme me conduirait-il chez celui que je cherchais? Je n'en doutais pas. J'acquiesçai. Il se présenta: Abdoul Azis.

Nous marchâmes en silence l'un derrière l'autre dans un dédale de ruelles pierreuses, étroites et quasi désertes. Nous foulions des éclats de pots et traversions des nuages de fumées montant autour de feux de détritus. Nous longions, en les rasant pour en prendre l'ombre, des murs de terre percées de portes basses et carrées. Mon guide s'arrêta devant la seule de la ville qui fût ouverte.

- C'est ici, dit-il avec respect, avant d'avancer dans une cours intérieure étonnamment paisible que quelques arbres baignaient d'une ombre protectrice. Au fond, je découvris une maison basse de briques brunes dont la porte était ouverte. Abdoul appela:

- Cheikh Assam! Cheikh Assam!

J'étais arrivé.

Il n'attendit pas de réponse pour entrer, il se déchaussa et m'invita à le suivre. Nous entrions dans une tanière. Nous fûmes immédiatement dans la nuit. Je ne voyais rien, pas même la kurta blanche de mon guide. Pendant un instant j'eus l'impression d'être seul, seul au monde. Mes yeux ne s'habituaient pas assez vite au changement de clarté. J'avançai d'abord à tâtons avant de me souvenir qu'avec un peu de confiance, si on se laisse porter par lui, le corps sent les choses lorsque les yeux ne voient pas. Au bout de la salle, un homme assis ranimait la braise d'un foyer creusé à même le sol en terre battue. Il portait un turban et une robe blanche. Une bougie était placée à coté de lui. Il l'allumait. Je me suis installé sur un tapis posé sur un autre tapis. Peu à peu je pus distinguer la longue barbe grise de celui que j'étais venu trouver, puis les contours de son visage, anguleux, sévère. Il n'avait pas de moustache. Ses yeux ne m'apparaissaient que dans des éclairs lorsqu'il tournait un peu la tête et que les petites flammes du feu s'y reflétaient. Pourquoi ce feu dans ce climat torride? Pourquoi ces volets clos en plein jour?

Abdoul et cheikh Assam se parlèrent d'abord très calmement en Ourdou, puis demeurèrent silencieux. Longtemps. Je savais qu'ils m'examinaient, autrement que par le regard. Consciemment, je rassemblai mes forces pour les dissoudre. Je fis l'effort de cesser de percevoir, de cesser d'analyser, de cesser de penser. Je me fis plus paisible, plus immobile intérieurement, moins attentif à moi-même, comme absent, pourtant lucide, vigilant; je réduisis ma présence.

Le Cheikh bougea et se racla la gorge comme pour me prévenir qu'il allait parler. Il me posa quelques-une des dix questions. Puis, il me demanda dans un chuchotement, dans un anglais parfait:

- Quelle est ta religion?

Il avait une voix douce, presque suave, pourtant plutôt aiguë, mais sans force, comme s'il se parlait à lui-même.

- En Inde je suis hindou, ici je suis musulman, ailleurs je suis parfois juif, chrétien ou bouddhiste. J'écoute, partout ce que l'on dit de Dieu.

- Allalou Akbar. Allâh, qu'Il soit exalté, est le seul Dieu. Cela veut dire le tout incluant est le plus grand.

- C'est une formule mathématique!

- Beaucoup plus que cela. Allâh est plus grand que l'addition de tout, et beaucoup plus petit que chaque fraction du tout. Car plus grand n'est pas une quantité mais une qualité. Quelle est la religion de ton père insista-t-il?

Je n'avais pas envie de répondre à cette question.

- Si la religion se transmettait avec la naissance, on n'aurait pas besoin de l'étudier, ni de se parfaire, et personne ne pourrait se convertir.

Il hochait la tête imperceptiblement, longtemps après que j'eus achevé ma remarque.

- Dieu comme héritage commence par être la langue de ton père, m'expliqua-t-il d'une voix douce et patiente, mais certainement, on peut changer de religion.

Il ne me demanda rien pendant quelque temps. Je questionnai:

- Ne faut-il pas dépasser la religion?

- Pour dépasser une chose, il faut d'abord la connaître. Nombreux sont les chemins de la vérité. Toutes les religions révèlent la vérité.

Il s'exprimait avec emphase dans des certitudes qu'il montrait solides mais qui me paraissaient suspectes, par principe.

- Mais où la cachent-elles, dis-je.

Il ne répondit pas tout de suite, il me regarda comme s'il allait trouver une réponse sur moi.

- Là où tu peux apprendre à la trouver.

Je ne compris pas qu'il parlait de la découvrir en soi. J'insistai, non tant pour démonter quelque chose, que pour essayer d'éviter d'établir entre nous un rapport de catéchisme.

- Lorsqu'on ne trouve pas la vérité, on ne reçoit que l'ordre d'obéir. C'est avilissant. Quel Dieu peut-on connaître dans l'obéissance aveugle? L'homme qui aime Dieu ne doit-il pas répandre la vérité que Dieu lui a montré, l'offrir, comme s'il l'offrait à Dieu.

Je citai un vers de din 'Attâr:

"Pour ton âme demande au Seigneur la connaissance afin que tu répandes pour Lui tout ce qu'il te donne.

Le cheikh goûta cette évocation.

- La connaissance est exigeante, on ne doit pas la donner, mais seulement en montrer la voie à ceux qui la cherchent. Certains ont besoin d'espoir et de devoir.

Il parlait anglais avec application, en roulant les r plus qu'il ne faut; sa voix, bien qu'aigrelette contenait une force de volonté puissante, de la patience et de la précision. Mais ses longs silences, nombreux, étaient plus forts encore que les mots qu'il prononçait. Je repris:

- Certains hommes ne savent pas même questionner, on leur suggère ou leur ordonne de croire; cela n'a pas de sens. On ne peut croire malgré soi; nul ne peut forcer la foi, et une religion est hypocrite qui se contenterait d'une foi d'apparence. Au nom d'un nécessaire ordre collectif, les docteurs des dogmes se sont appropriés Dieu et le Bien, et privent l'individu de la vérité ou de la connaissance qui sont essentielles à sa liberté.

- Que crois-tu que contiennent ces vérités?

- Au-delà de la loi, il y des directions qui mènent l'homme et son âme vers l'absolu.

Il approuva.

- Ici on ne s'occupe que de l'âme, ajouta-t-il. La seule guerre sainte est une guerre contre soi-même, personne d'autre. Que cherches-tu?

- Dieu, directement... La présence... Et la connaissance de la mort, dis-je en essayant de faire semblant de ne pas hésiter.

- Que sais-tu de la mort?

Je fus surpris par cette si simple question. On ne sait rien sur la mort que des théories; on la croit inconnaissable.

- Je ne connais la mort que par ce qui meure, dis-je enfin honnête.

- Tu ne connais donc que le temps, répondit-il sur le ton du médecin qui fait un examen du corps.

- La connaissez-vous?

La conversation se déroulait lentement. Quelques mots étaient jetés dans le silence et la ténèbres. Dans cette lenteur, tout était possible. Même changer. Je me sentais déjà un peu dépassé.

- Depuis des millénaires, les sages ont percé son secret, se contenta-t-il de répliquer tout en balançant sa tête.

- Puis-je le connaître, dis-je trop vite.

Il réfléchit longuement.

- Cela dépend de ce que signifie connaître, finit-il par avancer prudemment.

- Pourquoi la mort est-elle un secret? demandais-je pour éviter sa question.

- Parce que la vie ne veut pas la connaître. Les hommes en ont peur et la fuient; la mort est mystérieuse et injuste pour la vie qui ne se comprend pas. Telle est la nature du secret: la mort ne se cache pas, l'homme se dissimule.

"Cette connaissance n'est pas facile à porter. Si tu ignores que tu possèdes un trésor, tu ne crains pas les brigands. Mais si quelqu'un viens te dire que cet objet, auquel tu ne prêtais guère attention, est un trésor, alors tu le caches, tu t'inquiètes, ou bien, pour vaincre l'inquiétude, tu te détaches de lui, tu penses à lui comme s'il ne t'appartenait pas de toute façon... L'homme est son propre trésor, il prend la mort pour un brigand, et il est inquiet.

- Acceptez-vous de me parler de la mort?

- C'est un très simple secret, c'est un long chemin. Combien de temps comptes-tu rester ici?

- Le temps qu'il faudra... Le temps... de mon permis de séjour.

Je ne savais pas à quoi je m'engageais. Cet homme m'inspirait confiance. C'est pour cette rencontre, que j'avais entrepris ce long voyage. Il poursuivit:

- Qui t'a envoyé vers moi?

- Dieu sur toute chose n'est-il pas tout puissant.

Il ne dit rien pendant un long moment.

- Qui connaît la mort n'a plus peur de rien, sauf de lui-même... et de cela il ne peut pas se cacher, ni fuir.

"D'abord il te faudra du courage; du courage pour cesser de fuir, ensuite tu n'en auras plus besoin, Allâh t'aidera... s'il Lui plaît de t'aider. C'est Lui le chercheur. Dieu guide vers sa lumière qui Il veut . C'est Lui le Guide spirituel de l'univers.

Il m'annonça qu'il me recevrait tous les deux jours, un peu avant le coucher du soleil, et après la prière du soir, puis il me renvoya. C'est ainsi que je reçus la parole de ce pîr pendant plusieurs mois.

Je logeais chez un habitant dont on m'avait dit au marché, qu'il avait une chambre inoccupée. C'était une pièce aux murs bombés au bout d'une maison de pierres et de planche, dont le sol en terre durcie n'était pas plat non-plus. Elle s'ouvrait sur une cours intérieure protégée par des murets de cailloux liés par de la terre. Un palais de simplicité et de paix. Je prenais mes repas avec le propriétaire et ses enfants, en silence car nous n'avions aucune langue commune. Sa femme nous servait. Nous étions assis sur des tapis dans la plus grande pièce juste à côté de la cuisine. Elle officiait devant un four de boue dans lequel elle introduisait des morceaux de branches et de bouses sèches dont elle conservait la cendre qu'elle utilisait comme poudre à récurer la vaisselle. Des jarres gardaient l'eau et les réserves de grains tandis que des niches dans le mur servaient au rangement des ustensiles.

Une image en couleur de la Mecque vue du ciel présidait sur l'assemblée.

... Deux jours plus tard.

- Salam alekom Cheikh, dis-je en me penchant en avant, la main sur le coeur.

- Alekom salam, répondit Cheikh Assam gravement et calmement. Il me tendit la main, je lui donnais la mienne, il la garda longuement entre ses paumes.

Je m'assis à la même place que la première fois. Il me dit de m'approcher.

-Plus près, plus près.

J'étais à moins d'un mètre de lui.

Nous demeurâmes longuement silencieux. Puis il dit:

- Tu peux tout connaître par toi-même, en t'interrogeant longtemps, immobile à l'extérieur comme à l'intérieur, ou en interrogeant Dieu, ou en priant, ou en ne priant pas. Tu peux ainsi connaître toutes choses, et la mort aussi. Les sages nous ont transmis leurs méthodes de recherche et ils ont décrit pour nous les fruits que produisent ces méthodes. Lorsque nous lisons ce qu'ils ont écrit, ou ce que d'autres ont écrit sur eux, nous ne cueillons de leur méthode que la description d'un chemin et son but, mais nous ne connaissons pas le fruit. Nous chercherons le fruit.

Il parlait aussi lentement que lors de notre première rencontre, laissant de l'espace entre les mots et les phrases. Il se tut un moment. Je risquais une question:

- Y a-t-il vraiment un Dieu?

Il tiqua, comme si ma question était stupide ou plutôt grossière. En vérité j'avais voulu évaluer le maître à la qualité de sa réponse. J'étais satisfait par ce silence presque abrasif. Il poursuivit:

- Que nous apprennent les religions sur la nature de Dieu, sur l'Homme et la Création? Toutes donnent à ces questions presque les mêmes réponses, chacune grâce à ses prophètes, dans ses caractères, ses métaphores, son langage.

Il emprunta un ton plus personnel.

- On dit qu'un principe est créateur. Tout en est issue: la création et les créatures, le tangible et l'intangible, l'Homme et l'Ame. On dit d'abord de ce principe qu'on ne peut rien dire de lui. On peut le connaître, on ne peut pas le décrire, et l'on éprouve de la difficulté à parler de lui. On dit pourtant qu'il est le Potentiel, le Permanent, le tout, l'Un, l'Ineffable, le Seigneur. On dit Dieu, l'Esprit, l'âme. C'est le Pîr, le Guide spirituel de l'univers.

Il se tut longuement, puis ajouta:

- Va, regarde en toi ce que tu peux trouver qui ressemble à cela.

Et il me renvoya. Je m'étais attendu à un long discours, comme ceux de rabbi Isaac. Notre rencontre n'avait pas durée une demi-heure. Et j'avais maintenant deux jours à passer dans ce désert de montagne.

Je parcourais les rues du village en me répétant ce que le maître m'avait dit, cherchant Dieu en tout, le tout en chaque chose, traquant l'immuable, tâchant de sentir l'ineffable. Je ne trouvais pas grand chose, seulement ce que je souhaitais trouver, rien de permanent, quelques impressions vagues, évanescentes, désirées! je ne trouvais que moi. Fallait-il pratiquer les méditations que lama Shérab m'avait enseignées? Je rentrai dans ma chambre, et m'obligeai à ne rien faire, ni bouger, ni penser; je cherchai en moi un au-delà du dicible, éternellement potentiel, j'observai, autant que cela se peut, une sorte de vide mais qui était encore ma quête du vide.

...

J'étais assis à ma place devenue habituelle, j'avais fait les salutations d'usages. Cheikh Assam avait encore gardé ma main dans la sienne, puis pendant longtemps, nous n'avons pas échangé un seul mot. Par le silence, Cheikh Assam m'obligeait à l'imiter aussi impérativement que s'il m'en eût donné l'ordre. J'apprenais quelque chose sans pouvoir dire ce que ce pouvait être. Je crois que, en quelque sorte, il m'inspirait sa connaissance. Enfin, il dit:

- Ce n'est pas le créateur qu'il faut haïr, c'est la créature. Il faut aimer Dieu. Allalou Akbar, Dieu est plus grand, tout est inclus en Lui. Tout. Il est le tout-incluant, le plus grand. Va, cherche cela en toi.

Et il me fit signe de partir.

Le soir, la nuit, pendant la journée j'éprouvais le monde aux propositions du maître et m'observais en elles. Je regardais ce qui changeait du monde et en moi à travers elles. Aimer Dieu était aimer le plus grand, un plus grand inaccessible, impensable. Sans doute fallait-il le ressentir. Par la pensée, je faisais une poche et j'y plaçai tout ce que j'étais, puis je me plaçai à l'extérieur. Qu'était alors cette impression qui naissait en moi d'un au-delà du tout?... J'y demeurais.

...

Le feu était allumé; parfois avant un moment de silence, Cheikh Assam jouait à remuer les braises. On n'avait pas ici découvert la cheminée. Un trou entre le mur et le toit servait à évacuer la fumée, mais avant qu'elle n'en trouve le chemin, elle faisait, elle aussi, son détour initiatique et me suffoquait un peu.

- L'absolu est tout. Allâh est grand. Allâh est plus grand. Le tout de l'absolu est le plus grand, plus grand que l'addition de tout. Plus grand que la quantité, il y a la qualité; le plus d'Allâh est un plus qualitatif au-delà de toute qualité, qui appelle en chaque fidèle un changement qualitatif. Ce plus est la révélation elle-même, la révélation de la qualité ultime, au-delà de toute description, au-delà de toute qualité, au-delà du monde et de ce qui fait le monde. Tu dois chercher ce mode sans qualité.

"Le Dieu que tu peux connaître est aussi impeccable que toi dans l'instant où tu l'appelles, conclut-il. Il murmura ensuite quelques mots en ouvrant les mains devant lui.

Je cherchais un plus qualitatif dans la privation de toute qualité. La transcendance est une soustraction et non une aspiration. Le monde existe en moi avec mes propres limites. Lorsque je me définis, je me limite. L'infini est ce plus que soi sans qualité. Allâh est plus grand que la somme de tout. Infini, il est sans qualité.

Je cherchais un regard sans qualité, sans a priori sur le monde, ni jugement. Sans choix. Une indécision sans sujet ni objet, qui révélerait l'indéterminé qui précède toute qualité... toute qualification. Je tâchais de m'y suspendre.

...

- Lâ ilâha Illal-lâh. Il n'y a aucun de Dieu, que Dieu.

Il répéta la formule de nombreuses fois, très lentement. En arabe comme en anglais, il la brisait, en deux temps distincts.

"Lâ ilâha. Illal-lâh. Non, aucun Dieu. Que Dieu. Aucun Dieu. Que Dieu. Que Dieu.

Il ajouta:

"Il est vivant, immuable, unique, infini, transcendant toute limite.

Il demeura silencieux pendant longtemps avant de me renvoyer.

Immuable, quel mot vertigineux! Que pouvais-je trouver d'immuable en moi? Qu'est-ce qu'un je au-delà du temps, du contraste, de la conscience du partiel et du spécifique; de l'identité? Un plan général, au-delà de tout. Unique, donc central, unifiant. Infini, sans limite, sans mouvement. Illal-lâh, Que Dieu! avait répété Cheikh Assam en appuyant sur chacun des mots comme s'il souhaitait que j'entendisse quelque chose qu'il ne voulait pas dire autrement. Me suggérait-il d'abandonner tout autre rapport au monde et à moi-même que ceux que cette série d'adjectifs suggéraient et d'entrer dans le monde de Dieu avec lui; que Dieu! Il n'y a pas d'autre réalité que Dieu. Ou y en a-t-il? Non, Que Dieu!. Vivant et immuable offraient une contradiction insoluble, ou alors proposaient un mode de vie, un mode de relation: Que Dieu encore. Je tâchais de demeurer dans cette attitude, et même d'y agir. Qu'était ce Dieu? Une sacralisation intensive?

 

Le village était propice au mode d'existence contemplatif; austère comme un cloître, rien n'y était agressif. Ni les hommes ni le choses n'adhéraient. Les images qu'il offrait de lui-même semblaient brumeuses, comme un peu liquides dans le flou de l'air chaud. Ses habitants parlaient fort peu entre-eux et s'ils parlaient, ils chuchotaient. On se saluait en se croisant, on s'arrêtait rarement. Souvent les rues étaient désertes. Le silence privait la réalité de toute convention, ainsi elle était plus vide, moins solide. Le silence ici s'élevait comme une prière et il protégeait plus sûrement qu'une muraille.

C'est à ce moment que je décidai d'adopter le costume local. Dans ma nouvelle robe blanche, j'essayais de me dissoudre dans la poussière des chemins rocailleux et des maisons de glaise.

...

Je m'étais déchaussé puis assis tout proche. Ce jour-là c'est moi qui garda sa main. Nous demeurâmes longtemps sans rien dire.

- YHVH est l'être nécessaire et potentiel. Regarde en toi ce qui correspond à cela, me dit Cheikh Assam, il est à la fois vivant, immuable, nécessaire et potentiel.

Longuement, silencieusement, il considéra avec moi ce qu'il venait de dire, puis il me congédia.

Nécessaire, il n'y en a pas d'autre; potentiel, Il est toute chose; potentiel, Il est sans fin, l'infini des activités possibles; nécessaire Il est toute pensée; potentiel, Il rassemble tout en Lui; nécessaire, toute chose en émerge; potentiel, Il est avant, pendant et après tout ce qui se manifeste, donc au-delà du manifeste; nécessaire, Il existe en lui-même. Vivant et immuable, vivant mais immuable.

Cheikh Assam introduisait la religion racine de l'Islam dans son enseignement, cela n'avait pas manqué de me surprendre, mais aussi de me plaire. Rabbi Isaac n'était pas très loin...

Je n'avais personne à qui parler, mais je ne souffrais pas trop de la solitude. Grâce au silence, j'étais plus concentré sur les regards et les recherches que mon pîr me prescrivait de pratiquer. Peu à peu, ils m'habitèrent. La méthode et le silence étaient efficaces: j'avais l'impression continue de ne pas pénétrer le monde mais seulement de glisser dessus.

...

- Il n'y a qu'un seul être. Rien n'est en dehors de lui. Cet être est Brahman, disent les upanishads, Cela, le Soi sans qualité de chaque chose. Il est éternel et pur, incréé et absolu. Existant en soi.

Va, cherche en toi ce qui correspond à cela.

Je liais vivant et immuable à sans qualité et pur. C'est dans un rapport impersonnel avec la création que je cherchais Brahman. Ce qui n'a pas de qualité est infini. Ainsi qu'indescriptible. Le monde sans description s'ouvrait devant moi et m'échappait pourtant.

Le monde devenait beaucoup plus large, et moi beaucoup moins présent à mesure que je domptais le silence.

- Quel est la religion de ton père? m'avait demandé le cheikh lors de notre première conversation. J'avais refusé de lui répondre, je n'avais pas voulu choisir. Ne sachant pas dans quelle voie traiter ma question, le pîr n'avait sans doute pas choisi non plus, il m'enseignait l'hindouisme après l'islam et le judaïsme...

 

...

19/03/2016

Noirs dans les camps nazis

Serge Bilé, journaliste a aussi publié un livre sur le même sujet, sous le même titre, au Serpent à Plumes en 2005, et qui parait le 24 mars, aux Ed. du Rocher dans la collection Poche :

Couv-Noirs.jpgAfricains, Antillais, Américains ont eux aussi été pris dans la tourmente, arrêtés et envoyés dans ces camps où ils étaient sujets à toutes les humiliations...

Outre les témoignages hallucinants collectés auprès des survivants ou de leurs compagnons d'infortune, ce livre révèle des faits méconnus : savait-on que les fameuses lois de Nuremberg concernaient également les Noirs installés à l'époque dans le pays ? Ces Afro-Allemands, stérilisés de force, formèrent d'ailleurs les premiers contingents de déportés expédiés par Hitler dans les camps, bien avant la guerre. Savait-on que ces camps de concentration n'étaient pas l'oeuvre des nazis, mais que les premiers avaient été construits dès 1904, en Namibie, pour éliminer le peuple herero opposé à la colonisation allemande et aux armées du chancelier Bismarck ? Autant de pages d'histoire inédites où l'on apprend aussi, au fil des chapitres, les faits d'armes de ceux qui deviendront par la suite les grands leaders de la cause noire : Nelson Mandela, Martin Luther King, Léopold Sédar Senghor ou encore Aimé Césaire.

 

Journaliste à Martinique 1ère, Serge Bilé est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, parmi lesquels des essais à succès tels La légende du sexe surdimensionné des Noirs, Et si Dieu n'aimait pas les Noirs : enquête sur le racisme au Vatican, Quand les Noirs avaient des esclaves blancs, et dernièrement Poilus nègres. Soldats créoles et africains en 14-18.

 

voir :  http://www.sergebile.com

 

 

Voir aussi : Namibie, le génocide du IIe Reich d'Anne Poiret
 la répétition générale a eu lieu en Namibie au début du XXe siècle.

http://www.africavivre.com/namibie/a-voir/documentaires/n...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14/03/2016

Edouard Cottin-Euziol : « Néolibéralisme versus État-providence »

 

COUV-NEOliberalismeOK-558x1024.jpgLe débat économique entre classiques et keynésiens

Comment tendre vers un système économique plus prospère, juste et durable ?

Comment se déterminent les salaires sur le marché du travail ? Quelles sont les principales causes du chômage ? L’offre crée-t-elle sa propre demande ? L’épargne peut-elle être trop abondante ? Quel est l’impact des politiques de relance budgétaires et du commerce international sur la croissance des économies ? Quelle est l’origine de l’inflation et comment la combattre ? Quelles politiques économiques conduire pour sortir les économies de la crise et bâtir un monde meilleur ?

Pour répondre à ces questions, Edouard Cottin-Euziol imagine un débat entre deux professeurs émérites, acquis à deux théories économiques opposées – les écoles (néo)classique et (post)keynésienne.

Leurs discussions offriront au public les éléments nécessaires pour mieux comprendre le fonctionnement de nos économies ainsi que les grands débats qui secouent actuellement la communauté des économistes et dont l’issue contribuera à façonner le monde de demain.

Une approche vivante et accessible des différences entre les théories (néo)classique et keynésienne.

L'auteur : Édouard Cottin-Euziol est titulaire d’un doctorat en économie portant sur les théories monétaires et la pensée keynésienne. En parallèle de sa thèse, il a enseigné l’économie pendant six ans à l’Université de Limoges. Il effectue actuellement un post-doctorat dans un institut de recherche en Allemagne, au sein d’une équipe qui réfléchit à l’avenir du système monétaire international.

>> Le blog de l'auteur

 

Sommaire :
Préface de Louis-Philippe Rochon
La controverse de Limages
L’organisation de la conférence
Lundi après-midi : Discours inauguraux
Deux siècles de progrès prodigieux
L’écart entre nos maux et nos savoirs
Mardi matin : La détermination des salaires
La productivité des travailleurs
Le pouvoir de négociation des entreprises
Mardi après-midi : L’origine du chômage
L’équilibre du marché du travail
La surproduction et le chômage involontaire
Mercredi matin : Les crises de surproduction
L’offre crée sa propre demande
La faiblesse chronique de la demande
Néolibéralisme versus État-providence
Mercredi après-midi : Les politiques budgétaires et fiscales
L’effet d’éviction
La relance de l’activité
par la dépense publique
Jeudi matin : L’inflation
Une émission excessive de monnaie
L’empreinte sociétale
Jeudi après-midi : Le commerce international
Les avantages absolus et comparatifs
La course au moins-disant social et fiscal
Vendredi matin : Quelles politiques économiques pour sortir
de la crise ?
Libérer les énergies
Relever le défi de l’abondance
Épilogue
Bibliographie

 

 

12 x 22 cm - Collection Économie - 200 pages

 Price: 12.00 €

http://www.yvesmichel.org/product-page/economie/neolibera...