Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/07/2017

À TOUS VENTS - un film de Michel Toesca et Cédric Herrou

 

 

 

À TOUS VENTS, retrace la rencontre des habitants de la vallée de la Roya et des réfugiés qui arrivent dans cette vallée en tentant de passer la frontière franco-italienne.

 

Michel Toesca est cinéaste. Il habite dans cette vallée et filme depuis deux ans des hommes et des femmes qui ont décidé d'agir face à une situation humaine révoltante, malgré les risques judiciaires encourus. Des gens qui se connaissaient à peine se rassemblent et s’organisent pour exiger un droit à l’humanité.

 

Cédric Herrou, agriculteur dans la vallée, est rapidement devenu une figure centrale de l’aide aux exilés. Il est un des personnages principaux du film.

 

De leur relation, des risques pris en commun en filmant des actions considérées au début comme illégales, naît une solide complicité.

 

À TOUS VENTS est l’histoire de leur amitié et de tous les liens qui se tissent entre les habitants de la vallée et ces réfugiés qui ont choisi de tout risquer dans l’espoir de connaître une vie meilleure...

 

19263898_1924671181114717_658930254_o-1497805495

 

Nous avons décidé d'auto financer ce film et de faire appel aux dons. L’objectif de 15 000 € est une base minimum pour nous permettre d’avancer dans la fabrication du film. Le budget nécessaire à la réalisation de ce film est évaluée à 150 000 €.

 

Chaque soutien compte, un grand merci à tous ceux qui nous accompagnent !!

 

Plus vous serez nombreux à partager ce lien et plus nous aurons de chance d'atteindre notre objectif de faire une levée de fonds de 150 000 €. 

 

En savoir beaucoup plus ici :

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/a-tous-vents...

 

 

 

 

 

 

10/07/2017

Hamburg - les zombies du G20

 

 

02/07/2017

Revue Lichen n°16 - Juillet 2017

 

Nouveau bandeau lichen.jpg

toujours très heureuse de figurer au menu de Lichen dont voici le n°16 déjà et il est copieux !

 

 

n° 16 (juillet 2017)

Publication à périodicité (éventuellement) mensuelle * ISSN 2494-1360

prix : 1 mot (nous demandons que chaque personne qui consulte et apprécie ce blog nous envoie, en échange, un mot)

Au sommaire de ce numéro :

Éditorial

Jiani Abert : un poème sans titre

Mina Assadi : « Dirigeant » (poème traduit du persan par Babak Sadeq Khandjani)

Sindie Barns : six haïkus

Thierry Blandenet : « Hic et nunc » et « Amour »

Laurent Bouisset : « Un sourire vrai »

Léon Cobra : « Ça coûte combien le bonheur ? » (un poème accompagné d’un collage)

Éric Cuissard : « La fenêtre »

Colette Daviles-Estinès : « Morcelé » (un poème et une photographie)

Ève de Laudec : deux poèmes issus de Des pas sur la terre

Carine-Laure Desguin : « à chercher l’ordre »

Laurent Dumortier : « Danser la pluie »

Laure Escudier : « le sentier vibration est porteur d’un adieu »

Fabrice Farre : trois « poèmes de poche » (1)

Laetitia Gand : « Le printemps agité » et « À la pluie venue »

Cathy Garcia : « La mort-vie »

Aurélien Gernigon : un poème sans titre

Hoda Hili : « Nasses » (XXXI à XXXV)

François Ibanez : « À deux pas »

François Jégou : six fragments poétiques

Valère Kaletka : « Bien serré » et « Ses bras sarments »

Géry Lamarre : « Paradis infimes »

Cédric Landri : trois pantouns

Robert Latxague : « Un mojito para Cuba » (part I)

Hubert Le Boisselier : « Parler » (3)

Guy Lebressan : « La chose »

Le Golvan : encore six inédits extraits de Jours

Hans Limon : « Suspension »

Élodie Loustau : « Le cri dans le cri (1) »

Cédric Merland : quatre variations autour du titre Si elle y pense

Hélène Miguet : « Vibrations »

Ana Minski : « Extrait de monde (3) » (poème) et « Warm Canto » (peinture)

Valéry Molet : « L’ombre »

Pierre Morens : trois poèmes sans titre

Alain Morinais : « Il est un autre lendemain »

Michel-Ange Moukaga : « Temps mort » et « Iris »

Brice Noval : « Retour »

Damien Paisant : « Sur moi »

Anouch Paré : trois poèmes extraits d’une Petite suite animalière

Stéphane Poirier : « Œuf sur le plat »

Paul Polaire : « Ode à mon beau cabas »

Éric Pouyet : « Marguerites montant l’escalier » (photographie)

Hélène Py : « Patenôtrier… »

Bénédicte Rabourdin : « Charlocyclette » (poème graphique)

Saiban : trois « TER Nice-Antibes »

Salvatore Sanfilippo : « Il est descendu »

IgnacioJ. Santanilla-Bahi : « Instantané »

Clément G. Second : deux poèmes extraits de Encres de songerie

Soly Sombra : « Écho » et « A-mer »

Gaëtan Sortet & Khalid El Morabethi : « Maintenant ou jamais »

Sophie Marie Van der Pas, sur une photographie d’Alain Dutour : « Écriture »

Sabine Venaruzzo :  deux « Scenarii nocturnes »

Charlélie Willhelm : « Amazonie »

Note de lecture : Écrits de nature I, d’Alexis Gloaguen (éditions Maurice Nadeau)

Choses vues : les éditions de l'Ormaie et le n° 100 de La Barbacane à la galerie Depardieu à Nice

Guillemet deParantez (s/d.) & alt. : l’Atelier

 

 

 

01/07/2017

Le potager de mon grand-père par Martin Esposito (2016)

 

 

Auteur inconnu

Formatage-1.jpg

23/06/2017

Flexibilisation du travail ou transition écologique, il faut choisir !

 

Aurore Lalucq, codirectrice de l'Institut Veblen pour les réformes économiques
 

La volonté du gouvernement de flexibiliser les emplois amènera à une précarisation des conditions de travail qui va irrémédiablement à l’encontre de la transition écologique. Des pays anglo-saxons à l’Allemagne, la flexibilisation du marché du travail s’est certes traduite par des créations d’emplois, mais des emplois mal rémunérés et peu protégés. On peut considérer qu’il vaut mieux être mal employé que chômeur, c’est un choix de société. Mais il faut être conscient que ce choix, par l’accroissement des inégalités qu’il provoque, est aussi complètement anti-écologique.

En effet, inégalités sociales et inégalités écologiques s’auto-alimentent. Un phénomène parfaitement décrit dans le livre de l’économiste Eloi Laurent et du syndicaliste Philippe Pochet. Les deux auteurs y montrent comment les inégalités sociales favorisent l’irresponsabilité écologique des plus riches (via un transfert des dommages environnementaux des riches vers les pauvres), affectent la santé des plus pauvres (les plus défavorisés sont aussi les plus touchés par les vagues de canicule par exemple) et participent à une relance inutile de la croissance (on préfère aller toujours plus loin dans la taille du gâteau plutôt que mieux le partager).

Les plus défavorisés sont aussi les plus touchés par les vagues de canicule

Par ailleurs, comme le notent plusieurs études, notamment les travaux de Lucas Chancel et de Thomas Piketty, les plus aisés sont ceux qui polluent le plus. Et leur mode consommation, en devenant la norme à atteindre, engendre des comportements mimétiques qui poussent à la surconsommation.

Les 35 heures sont écolos

La volonté du gouvernement de revenir sur les 35 heures va elle-aussi à l’encontre de la transition écologique. L’économiste et sociologue américaine Juliet Schor fut l’une des premières à mettre en évidence le lien entre surconsommation (overconsuption) et surtravail (overwork) aux Etats-Unis. Les conclusions de son étude étaient sans appel : plus les Américains travaillent, plus ils consomment, notamment des produits très impactant pour l’environnement (avions, biens transformés, etc.).

Un constat renforcé par des études du Center for Economic and Policy Research (CEPR) de Washington. Deux chercheurs, David Rosnick et Mark Weisbrot, mettent en évidence que les différences d’impacts environnementaux entre l’Union européenne et les Etats-Unis s’expliquent par la différence de temps de travail. Selon leurs analyses, si les Européens adoptaient un temps de travail équivalent à celui des Américains, ils consommeraient 30 % d’énergie en plus. Plus intéressant encore, les deux chercheurs notent qu’à l’inverse, si les Etats-Unis avaient adopté les standards européens de temps de travail, leurs émissions de CO2 en 2000 auraient été 7 % moindre que celles de 1990 !

Pour tous ces chercheurs, la conclusion est claire : réduction du temps de travail et transition écologique sont indissociables

Le chercheur Jonas Nässén montre également qu’une réduction de 1 % du temps de travail engendrerait une baisse de la consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre de 0,8 % en moyenne et qu’une semaine de travail de 30 heures faciliterait l’atteinte des objectifs de réduction des émissions. Pour tous ces chercheurs, la conclusion est claire : réduction du temps de travail et transition écologique sont indissociables.

En revenant sur les 35 heures et en menant une politique de flexibilisation du marché du travail, le gouvernement fragilise les plus pauvres et exclut en outre la possibilité de mener sérieusement la transition écologique. Il va donc falloir choisir entre idéologie et pragmatisme. Et il semble bien, malheureusement, que le gouvernement ait déjà arbitré. 

Source : https://www.alternatives-economiques.fr/

 

 

 

 

 

 

20/06/2017

"J'ai marché jusqu'à vous" HK (Kaddour Hadadi) - Clip de Rachid Oujdi

 

 

Clip d'après les images du film documentaire de Rachid Oujdi : "J'ai marché jusqu'à vous, récits d'une jeunesse exilée" (2016 /52mn) dont Kaddour Hadadi signe la musique avec Meddhy Ziouche et Saïd Zarouri.

 

 

 

15/06/2017

Ruines de Perrine LE QUERREC lu par Jean Azarel

 

 

3839097360 Ruines.jpg« Berlin 1953 / Unica / Voit Hans, son fantôme du Paradis / Enfant recherché. Hans / <Voit Unica, sa poupée incarnée / Enfant détournée. » Abasourdi, scotché, électrisé, saigné, comme vous voudrez, par la lecture du dernier ouvrage de P.L.Q (P.L.Q : je persiste et signe dans l’utilisation des initiales), j’ai d’abord cru que je n’en dirai rien tant la postface de Manuel Anceau est juste et parfaite. Mais comment rester silencieux et garder pour soi ce qui impose d’être partagé ; puisque comme l’a chanté Jean-Louis Murat « ce qui n’est pas donné est perdu, ce que tu gardes est foutu ». Il est vrai aussi, « Ruines » confortant l’aveu, que je suis définitivement amoureux  de cette langue posologique et de son auteure. Jusqu’à trépas. (Et au-delà d’après certains.) Car l’écriture de Perrine le Querrec (en toutes lettres) est maudite comme le cinéma de Philippe Garrel est maudit. Un petit cercle de lecteurs chez l’une, un quarteron de spectateurs chez l’autre, même si le temps aidant à la connaissance du talent, le cercle des fidèles s’élargit lentement. Tant il est vrai que la vérité fait toujours peur, quand elle n’est pas carrément effroyable.

Ainsi de l’histoire d’Unica Zürn, poupée de chair docile, et d’Hans Bellmer, homme jasmin vénéneux manipulateur, que résume en pages serrées, quasi télégraphiques parfois, le livre factuel et sans parti-pris de Perrine Le Querrec. Unica l’unique, femme précieuse, songe-plein de créativité naïve, brutalement transmutée « à l’insu de son plein gré » en créature fantasmée, hybride et changeante à l’infini, au prix fort de moult humiliations et perversions que d’aucuns verront comme la manifestation de la face obscure de l’amour. Eradication de l’intégrité corporelle, explosion de l’identité sexuelle, dégâts consubstantiels d’une ivresse à contre corps et contre cœur quand la folie, la et les ruine(s) devancent l’appel de la déchéance biologique commune. Si l’automate avec qui Casanova fait l’amour ( ?) dans le film éponyme de Fellini n’est pas loin, ici la cruauté supplante pour un temps le désespoir : l’être humain est toujours là, sommé de contempler sa rivale qu’il nourrit, et contraint au spectacle. « Le trou violet foré jusqu’à l’os / Une blessure sans cesse à combler / Et Hans aura beau manipuler / Trop tard / Dans le combat engagé / Armes blanches, voiles noirs, chairs roses / Ils y laisseront leur peau / Et Unica sa raison troussée. »

Perrine le Querrec nous mène là où elle se tient : en équilibre  sur la pente la plus raide de la montagne. Tout en haut, les cimes sont blanches, en apparence immaculées, mais de quoi sont elles faites ? Pour le savoir, on dévale avec elle tout en poursuivant l’ascension (P.L.Q écrivant, nous lisant), trouvant dans les sauts de page les entrées de secours indispensables pour ne pas risquer la sortie de piste définitive. « ….elle veut juste qu’il sache / Unica est là/ il peut la contempler / …. Unica allongée, hors mot, hors sexe un reproche / informulé, une plainte de vent ».

Littéralement, ce livre cardiologique, récit d’irréparable, d’enfermement, de remords imprudemment décrétés éternels par Bellmer, est à baiser : sans cesse, (à) la vie, (à) la mort, au sens pieux ou païen, comme on voudra, goulûment ou frugalement, c’est selon, avec frénésie ou dévotion, ça ne change rien à l’affaire. Il y a du Pasolini, version « Salo » dans ces Ruines-là, on ne sort pas indemne de la marche, ou alors on a rebroussé chemin depuis belle lurette. Le sommet de la montagne qu’on toucherait presque de la main est toujours aussi loin, les cimes toujours aussi blanches, presque immaculées (de quoi sont elles faites ?), mais le lecteur, souffle court en noir, blanc, et rature d’une mise en page touchée par la maladie, traverse avec le guide Le Querrec des contrées intimes qu’il pensait  inavouables.

 

Jean Azarel / 14 juin 2017

 

12/06/2017

Mooji - Une leçon de conduite à méditer

 

 

06/06/2017

Quand la coolitude des start-up se transforme en prolétariat nouvelle génération

 

Dans Bienvenue dans le nouveau monde, comment j'ai survécu à la coolitude des start-up, Mathilde Ramadier livre une analyse au vitriol des conditions de travail d'un salarié de jeune pousse. Anglicismes à tout-va, contrôle permanent, culte de la flexibilité... Elle revient pour Challenges sur ces quatre ans de prolétariat nouvelle génération.

Mathilde Ramadier dénonce la coolitude des start-up

"Dans ces structures, il y a la reproduction d'un même schéma avec un leader charismatique, incarné généralement par le fondateur de la société, autour duquel se crée un culte de la personnalité."

Florian Sargues
 
 
 

Dans votre ouvrage, vous revenez sur quatre années passées au sein de start-up berlinoises entre 2011 et 2015. Des expériences desquelles vous tirez un tableau très noir tant en terme de management, de missions proposées que d'organisation. A quel moment avez-vous pris conscience que quelque chose clochait?

Mathilde Ramadier: Le déclic est en réalité arrivé assez rapidement, dès l'un de mes premiers entretiens d'embauche en août 2011 à l'issue de mes études. Je postulais alors pour l'un des concurrents d'Airbnb en Allemagne au poste de "manager SEO". Pour ce job, il fallait être diplômé d'un Bac+5, avoir déjà eu une expérience dans la communication, et maîtriser au moins trois langues. Autant dire un profil assez qualifié. A l'issue de l'entretien, mon interlocutrice m'annonce que le poste sera rémunéré 600 euros brut par mois. Naïve, j'ai demandé si c'était à temps partiel. Bien sûr que non, il s'agissait d'un temps plein. Ce fut mon premier grand choc, qui m'a rendue méfiante mais m'a aussi servi pour la suite. 

Pourquoi avoir continué à évoluer dans cet univers si il vous rebutait presque d'entrée de jeu?

A Berlin, 80% des offres d'emplois dans le secteur des services que je ciblais sont issues de start-up [Mathilde Ramadier a notamment travaillé en tant que graphiste, à la communication de sites internet ou encore dans le e-commerce, NDLR]. Difficile donc de passer à côté. Après, la prise de recul a été facilitée par le fait que je voulais d'abord vivre de mes scénarios de bande-dessinée. Travailler dans ces entreprises était donc plutôt un plan B. Pour autant, je prenais ces emplois très au sérieux. Cela représentait plus qu'un job d'appoint pour moi et je me suis dit à plusieurs reprises que si ça marchait dans l'une des start-up, je m'y investirais pleinement. Mais cela n'a pas été concluant.

Vous avez certes travaillé dans plusieurs start-up, mais seulement à Berlin. Ne faites-vous pas de quelques cas une généralité?

Certes, mes expériences sont strictement berlinoises mais en quatre ans j'ai eu affaire avec une douzaine de start-up en tant que salariée et freelance. Pour la rédaction de l'ouvrage, j'ai par ailleurs mené mon enquête un peu partout à commencer par la France. Je peux vous affirmer que ce modèle de fonctionnement, qui trouve ses origines aux Etats-Unis, est complètement globalisé et se moque des frontières. A la différence près bien sûr, que le droit du travail n'offre pas le même niveau de protection aux salariés d'un pays à un autre. Quand j'ai commencé à travailler en Allemagne, le salaire minimum n'existait pas, par exemple. Les choses sont bien différentes en France sur ce point.

Dans votre livre, vous critiquez en particulier la quête extrême d'efficacité et de flexibilité demandée aux salariés, sous couvert d'une communication chaleureuse et d'un environnement de travail agréable. En quoi ce fonctionnement s'écarte-t-il vraiment de celui d'entreprises plus traditionnelles?

Il existe bien sûr des entreprises plus traditionnelles qui reprennent ces codes en version, disons, bêta. Mais il s'agit bien là d'un modèle à part qui se nourrit de l'ère du tout dématérialisé, et d'une espèce d'utopie fondée sur la croyance selon laquelle avoir la bonne idée, la bonne équipe et le bon produit peut révolutionner le monde. Il faut dire que ce type d'idéal tombe à point nommé dans la période actuelle de morosité ambiante.

Selon vous, le vrai visage de ce "nouveau monde" incarné par les start-up d'aujourd'hui n'est en réalité que le reflet d'un "capitalisme sauvage". Vous allez même jusqu'à comparer leur fonctionnement avec celui d'une "dictature totalitaire" et d'un "régime despotique". C'est-à-dire?

Tout à fait. C'est une forme d'organisation totalitaire, voire même sectaire. Dans ces structures, il y a la reproduction d'un même schéma avec un leader charismatique, incarné généralement par le fondateur de la société, autour duquel se crée un culte de la personnalité. Vous avez ensuite l'adoption d'un langage commun généralement bourré d'anglicismes, d'euphémismes et de superlatifs décuplés qui se propagent à une vitesse folle. Les titres de postes eux-mêmes [en référence à certains cités dans son livre: "office manager", "assistant talent recruiter", "growth hacker", NDLR] servent la plupart du temps soit à enjoliver un job banal, soit à masquer une précarité. Plusieurs process sont souvent rebaptisés avec des noms qui se veulent savants mais sont au final très creux. Ajoutés à cette novlangue, des rituels communs, des valeurs communes, une culture d'entreprise commune ou encore une surveillance omniprésente des résultats. Ce qui est assez proche selon moi d'un système totalitaire.... et d'autant plus hypocrite de la part d'entrepreneurs prônant la liberté à tous les étages et qui se révèlent dans les faits plus que liberticides. 

Vos collègues partageaient-ils cette analyse à l'époque?

Il y avait toujours quelques collègues qui partageaient mon avis. Il s'agissait souvent de personnes plus politisées, avec davantage d'expérience professionnelle, ou originaires d'un autre pays. Soyons honnêtes, nous restions minoritaires. Lors de la préparation du livre, j'ai rencontré plusieurs salariés de start-up, en France notamment. Toutes ces personnes se disaient très heureuses les trois premiers mois puis déchantaient généralement ensuite.

Comment expliquez-vous que l'on parle si peu du sujet?

On ne veut pas le croire. On préfère se dire que ces start-up créent de l'emploi, plutôt que de fouiller du côté de leurs pratiques managériales. C'est une facilité politique et c'est bien dommage, car le phénomène ne fait que s'amplifier. J'en veux pour preuve la volonté d'un nombre grandissant de grands groupes à s'inspirer des pratiques soi-disant agiles des start-up. Avec l'ubérisation et l'explosion du travail indépendant, c'est encore pire.

Ce modèle de management est-il viable à long-terme selon vous?

De ce que j'ai vu, je ne sais pas si c'est viable mais en tout cas je suis convaincue que ce n'est surtout pas souhaitable. Après la parution de mon livre, j'ai reçu un nombre conséquent de témoignages de salariés qui se reconnaissent dans cette situation et même de certains entrepreneurs très agacés par ce modèle ambiant. Pour faire bouger les choses, il faut continuer à en parler, qu'un maximum de personnes puissent apporter leur point de vue et leur analyse. 

C'est ce que vous comptez continuer à faire?

Oui, il y aura des suites à mon livre, potentiellement sous la forme de BD. Je ne lâche pas le morceau!

 

Source : https://www.challenges.fr/

 

 

 

 

31/05/2017

Lichen n°15 - juin 2017

 

 

Nouveau bandeau lichen.jpg

Un nouveau Lichen en ligne, un très grand merci à Élisée et le grand plaisir toujours d'en être en très bonne compagnie, donc Colette Daviles-Estinès, Hans Limon.....
 
"Pour ce 15e numéro (dont la version « .pdf » comporte 53 pages), j’ai réuni 50 poètes et/ou « imagier(ère)s », dont 9 nouvelles/nouveaux auteur(e)s viennent rejoindre nos pages blanches et grises (où nous leur souhaitons — comme il est d’usage — la bienvenue) !
 
(...)
 
Pierre Andréani (qui nous rejoint dans le présent numéro) nous signale un article (de Jean-Claude Pinson) très intéressant sur le renouveau que semble connaître aujourd’hui la poésie : http://carnets.revues.org/2015.
 
(...)
 
 
Pour Lichen, le directeur de publication, Élisée Bec."
 
 
 
 
 
 

28/05/2017

Iitaté – Chronique d’un village contaminé II, documentaire de Toshikuni Doï (2013)

 

 

arton5495-12698.jpgUn mois après le tsunami qui déclencha la catastrophe nucléaire du site de Fukushima Dai-ichi le 11 mars 2011, le gouvernement japonais annonce que l’accident nucléaire a atteint le niveau 7, le plus haut niveau de l’échelle Ines (International nuclear event scale). Seule la catastrophe de Tchernobyl, le 26 avril 1986, avait atteint un tel niveau de gravité.
Dès les premiers jours de cette catastrophe, le ministère de la Santé et du Travail relève les maximales d’exposition pour les travailleurs de la centrale à 250 millisieverts (mSv) par an – au lieu de 20 à 50 mSv auparavant.
Car la catastrophe de Fukushima, en dépit des efforts du lobby nucléaire international et notamment français pour minimiser les risques pour la population, est effectivement une catastrophe durable. Sur le site de la centrale, six ans après l’accident, 6 000 liquidateurs continuent de travailler jour et nuit ; le réacteur continue de fuir ; 90 000 réfugiés se trouvent toujours dans une situation précaire.
Trois zones sont définies autour du site, selon leur niveau de contamination, et évacuées par les autorités en 2011.
Les familles, déplacées pour la majorité dans des villages de réfugiés créés ex-nihilo, dispersées, perçoivent des indemnités de base pour la perte de leur revenu d’existence. La décontamination des terres agricoles commence. Si des sommes faramineuses lui sont consacrées, elle n’a cependant des résultats que de surface : les terres, et les eaux, sont inexploitables. Et quand bien même elles le seraient un jour, qui achèterait du lait ou des légumes provenant de ces zones ?
Pourtant, le gouvernement japonais et les maires des communes fantômes poussent les familles à se réinstaller. Aujourd’hui est annoncée d’ailleurs la suppression prochaine du versement des indemnités, bien insuffisantes cependant au maintien d’une vie digne.

Le documentaire de Toshikuni Doï (2013 - 119’ - VOstf) évoque la vie des membres de deux familles d’éleveurs d’un village situé à 60 km de Fukushima Dai-ichi, dispersées du fait de la catastrophe.
Nous sommes en 2013, deux années ont passé depuis l’évacuation du village. Les anciens retournent de temps en temps chez eux honorer leurs morts ou fêter la fin de l’année. Mais leurs petits-enfants sont absents : ce serait prendre trop de risques. Les fils, eux, travaillent désormais comme salariés.
Ces villageois disent leur colère, leur sentiment d’humiliation et de trahison. Ils disent surtout leur attachement à leurs bêtes, à leur terre, à leur culture paysanne, à leur famille.
Après un premier documentaire sur l’évacuation du village d’Iitaté, qui a obtenu un prix au Japon au festival du documentaire de Yuifuin, Toshikuni Doï a souhaité recueillir le sentiment des familles déplacées. Son regard s’est lui aussi déplacé. « Qu’est-ce que le pays natal pour l’être humain ? », « Qu’est-ce que la famille ? » demande ainsi le réalisateur, qui qualifie l’histoire de ces villages et de leurs habitants de « Palestine japonaise ».

Kolin Koba­yashi, journaliste et militant membre du Collectif pour un monde sans nucléaire, évoquera le projet Ethos mis en œuvre après Tchernobyl, entre 1996 et 2001, par le Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN), déployé également à Fukushima. « Aujourd’hui, écrit-il, Fukushima est sous la fé́rule de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et de l’équipe de Jacques Lochard, directeur du CEPN et vice-président de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR). »

 

par Jean-Pierre Crémoux

Source :  http://www.amis.monde-diplomatique.fr/article5495.html

 

 

 

25/05/2017

Werner Lambersy - Dieu est de retour !

 

Dieu est de retour !

 

Pas celui dont on ne sait rien sauf qu'il devrait être amour, mais celui qui sert de prétexte aux fanatiques pour dominer par la terreur sur ce qui reste libre et insoumis.

Il n'y a qu'à voir grandir et prospérer en son nom massacres, génocides et violences de toutes sortes où l'on jette dans la mort des populations !

Celui dont nous avons inventé la tutelle, la parole et les décrets vengeurs, ce dieu-là est de retour. Il aime la paix des cimetières, et ses guerriers, gavés de slogans imbéciles, de promesses creuses et abreuvés de haine, en sont les jardiniers enthousiastes.

L'homme est un singe que l'idée d'absolu a rendu fou ! Toute "révélation" est d'abord une idée reçue, son message prêté à un dieu muet dont la prévoyance est de n'écrire jamais dans aucune religion.

La loi divine est devenue une arme sacrée ; ceux qui l'écrivent en demeurent les juges suprêmes, les exécutants sans pitié. Son pouvoir se fonde sur la peur, le remords et l'or !

Aucun dieu proclamé n'aime le partage et ne pas le servir, les yeux fermés et les oreilles bouchées, est trahir et mérite la mort.

Aux terroristes, rampants ou non, des sociétés cotées en bourse, des oligarques divers ou d'un clergé puissant, répond le terrorisme aveugle et brutal des sociétés féodales que menacent la modernité, les sciences et la création artistique.

Jamais pourtant le génie ne fut plus ouvert à tous les possibles, à la grandeur microscopique et universelle de l'être humain. Dont acte.

Que cela plaise ou non, la vie gagne toujours...

 

W.L. 2016

 

 

Lieu du larcin : Voix Dissonantes http://jlmi.hautetfort.com/

 

 

 

 

10/05/2017

«C'est pour un changement ? Repassez plus tard» par Sarah Roubato

 

 

 

La réalité referme la porte de la salle d’attente. Quelque chose se détache de moi. Cette espèce de force qui se glisse dans la petite carcasse d’un individu quand il croit pouvoir participer à quelque chose de plus grand.

Rendez-vous a encore été pris avec le changement. J’ai reçu une fausse convocation, en onze exemplaires. J’ai encore joué le jeu, j’ai fait semblant de croire qu’un changement de société pouvait passer par l’élection d’un seul homme au sein d’un système qui ne représente plus les citoyens. Excusez-moi. J’ai lu quelque part que la soif prolongée pouvait entraîner le délire.  

 

François Legeait François Legeait

 

 Je passe ma jeunesse à avoir soif

Moi ça fait toute ma jeunesse que j’ai soif. Je me sens la taille d’une comète à qui l’on offre l’étendue d’un bac à sable. J’ai soif d’un changement qui trépigne dans une chambre trop petite pour l’urgence de notre époque. Il ne s’exerce que dans des poches de résistance, dans la débrouillardise, dans le temps qu’il nous reste après avoir rempli notre fonction dans le système que l’on cherche à quitter. Éclaté dans les initiatives personnelles du chacun dans son coin. Alors j’ai cru qu’il fallait aussi espérer un changement de là-haut. Car un changement de société  se fait à toutes les échelles, dans le minuscule et dans le grandiose, dans les gestes de chacun et dans l’horizon pointé par ceux à qui l’on fait confiance pour gouverner.  Mais la destruction est une vieille fille. Elle travaille plus vite que l’invention.

 Le temps d’un printemps qui n’aura pas lieu, j’ai espéré un changement qui permettrait de dépasser les clivages politiques pour rencontrer les véritables enjeux de demain, pour changer le logiciel de production, pour infuser du sens à la mise en relation de nos vies qu’on appelle société,  pour offrir d’autres horizons aux plus jeunes pour qu’ils n’aillent pas s’en chercher un sordide dans les idéologies de la mort.

 Un changement profond qui ferait de l’être humain autre chose qu’un appareil à consommer programmé pour entretenir la grande machine de production de biens et de loisirs. Qui s’inventerait un autre horizon que celui du pouvoir d’achat. Qui saurait voyager, s’amuser, s’informer, en prenant le temps de la rencontre avec un lieu, un peuple, un art, une réalité. D’un être humain pour qui le progrès serait de mettre les nouvelles technologies au service du respect du vivant. Bien sûr nous continuerons à nous battre pour un bout de territoire ou pour asseoir nos privilèges. Bien sûr nos rapports seront toujours déterminés par les enjeux de pouvoir. Nous restons des primates et des mammifères. Mais au moins, que cela se fasse ailleurs que dans la culture du néolibéralisme.

La génération de l’impuissance

François Legeait François Legeait

 

 Pour le changement, il faudra repasser plus tard. C’est un de ces jours où ce qui aurait pu être fait plus de bruit que ce qui est. J’assiste à la victoire de mon impuissance. Je suis de cette génération. La génération impuissante.  Celle qui sait, celle qui pourrait. Celle qui a la volonté, les idées, les outils, la puissance de travail, la force de l’imagination. Qui ne demande qu’à les mettre en oeuvre, si on lui en laissait l’espace. J’aurais préféré pouvoir dire que je ne savais pas, ou que les moyens technologiques, financiers, humains, n’existaient pas encore. Je n’aurai pas cette chance. Je ne pourrai que dire : ils ne m’ont pas laissé. 

Car j’ai démissionné du mythe de l’individu surpuissant. Vous pourrez toujours me chanter le refrain Si tu le veux vraiment, tu vas y arriver ! Si je reconnais la puissance d’un individu à faire front contre l’ordre du monde établi, je sais aussi que la portée de l’action individuelle dépend du contexte social dans lequel il se pose. Le sens de ma vie ne dépend pas que de moi. Il est le choc d’une rencontre entre mon libre arbitre et les circonstances. Mon geste pourra être totalement inutile ou avoir une portée immense, selon la capacité des autres à l’accueillir. Ma voix a besoin de parois pour rebondir et faire écho.

 Un président qu’une majorité ne voulait pas vient d’être élu dans mon pays. La noble idée de donner à tout citoyen la possibilité d’exprimer son opinion a été magistralement détournée. Les grands médias choisissent pour nous qui est petit et qui est grand, qui est digne d’attention et qui ne l’est pas, les sujets importants et ceux qui peuvent être éludés. Ils  préparent le terrain sur lesquels poussent nos opinions et de nos choix, arrosés de l’engrais du scandale, du spectacle, et de la mise en scène de la dispute.

Le pire est déjà au pouvoir. Que pouvait-on imaginer de pire que le système fabriquant un fils faussement bâtard qui nous vend la promesse d’un changement ? Que pouvait-on imaginer de pire que d’avoir à choisir entre deux continuités du même système, celle qui se fonde sur notre peur de ne pas trouver de place hors du système néolibérale, et celle qui se fonde sur notre peur de ce système ? Que pouvait-on imaginer de pire qu’un parti fondé sur le rejet comme seule alternative à la proposition néolibérale ?

 Ne pas choisir est interdit. Un bulletin de vote n’est plus l’expression du libre choix d’un individu. Les brebis ont été dirigées vers la bergerie sans s’en apercevoir, et leur choix s’est limité à choisir par quelle porte, puis par quel pied elles allaient y entrer. La bête aux grandes dents a été bien nourrie pour mieux brandir sa menace.

 Se contenter du monde tel qu’il est ?

Dans ce pays qui fait encore briller les yeux au-delà des mers, j’ai trouvé des gens qui entreprennent le changement. Patiemment, à leur échelle. Loin des slogans et des cris de la foule. Ils travaillent à produire, éduquer, informer, manger, s’exprimer autrement. Ce sont les semeurs d’un monde que je ne connaîtrai pas. Les passeurs d’une autre conscience humaine et politique. Ils posent les rails pour un train que d’autres prendront.

 J’en ai rencontré d’autres qui approuvent, applaudissent, signent des pétitions en ligne, et retournent se coucher sur le coussin de leurs habitudes inchangées. Qui s’offusquent mais acceptent, qui entendent et zappent. Les humains sont devenus des points de connexion par où passent toutes les informations, indifférenciées, à toute vitesse. Il faut bien retourner à nos petites urgences. À croire que nous avons renoncé à notre puissance à convertir la critique en action constructive.

 J’en ai rencontré d’autres encore, les épaules basses, les regards presque éteints, pliés sous les pressions sociales et sous les exigences de l’école, de l’entourage, des discours de bonne conduite, sommés de maintenir leurs rêves en veilleuse. Pourtant j’en ai vu se retourner en une soirée, en une minute. Il suffit parfois d’une phrase, d’un texte, d’une chanson, d’une rencontre sans lendemain, pour retourner la boussole de toute une vie.   

 J’en ai rencontré bien plus qui avancent sans autre horizon que celui qu’on leur a appris, à qui l’on a confisqué le luxe de pouvoir envisager autre chose. Parfois je les envie. Oui, il y a des jours où j’aimerais pouvoir me contenter du monde tel qu’il est. Y trouver ma jouissance et ne pas chercher plus loin. Car je sais qu’il me reste trop peu de temps pour connaître le changement. La seule jouissance que je puisse espérer est celle d’avoir combattu. Le manque d’espérance est plus confortable que l’impuissance. Je sais, ma vie n’est qu’un éternuement à l’échelle d’un changement de société. Seulement je n’ai pas le luxe de croire que j’en aurai une autre. Je n’ai pas envie de passer ma vie dans la salle d’attente du changement.  

Ne pas me contenter d’un changement à mon échelle

François Legeait François Legeait

 

  En bon enfant de l’individualisme, j’ai souvent la tentation de me retrancher dans ma petite personne. De tourner le dos à l’arène. De laisser les autres faire ce qu’ils veulent. Partir, me réfugier dans un autre pays ou dans un cocon local pour vivre parmi ceux qui partagent le même rêve. Faire ce que je peux, à mon échelle, et m’en contenter. Mon émancipation me suffira. Chaque semaine quand je déposerai mon sac de recyclage au milieu des centaines de poubelles non triées dans la rue, je pourrai me dire que je fais ma part. Je réciterai la légende du colibris comme catéchisme.Je serai le bon élève de la culture individualiste qui nous dédouane de toute responsabilité collective. Et j’aurai encore soif.

 Car je sais que je suis aussi de la génération dont la responsabilité est immense. Si je prétends rompre avec l’idéologie qui atomise les individus en unités consommatrices, si je reconnais que je fais partie d’un ensemble, du règne du vivant, de l’espèce humaine, d’une société, d’une nation, et que mon geste doit faire sens pour les autres, alors je ne peux pas me contenter de mon petit changement à mon échelle. L’état du monde exige plus de moi. Dans les périodes de crise, nos gestes nous dépassent. Nos choix deviennent des propositions. Nos renoncements, des condamnations pour l’avenir. Nos espérances, de nouveaux horizons pour que d’autres regards se lèvent. Jamais ne rien faire n’aura eu un tel poids.

 Être de ceux qui auront essayé

 

Francis Azevedo Francis Azevedo
 
Je quitte la salle d’attente. Je ne sais pas où je vais. J’ai mal à mon impuissance. Mais je ne renoncerai pas à mon combat. Je le mènerai simplement avec l’impuissance chevillée au corps. Mon but sera de laisser une trace sur la terre craquelée de notre civilisation. La trace de ceux qui auront essayé. J’aspire à faire partie de ceux qui auront échoué. C’est la seule victoire que cette époque m’autorise. J’ai débarqué trop tard, ou trop tôt. J’irai raconter ceux qui auront entamé un changement avec lequel l’humanité n’a peut-être pas rendez-vous. Je me ferai le scribe des puissances endormies d’un siècle qui porte en gestation le chaos à venir.  

 

 

Sarah Roubato

www.sarahroubato.com

 

 

 

06/05/2017

Peut-on souffrir des tragédies vécues par nos ancêtres ?

 
05.05.2017

Super trash de Martin Esposito (2013)

Pour se rappeler le goût et l'odeur de notre civilisation... filmé en France, Super trash, documentaire réalité par Martin Esposito (2013) ou quand les morts en fin de concession partent à la décharge, enfants compris, quand les hydrocarbures et les bidons d'arsenic et autre se cachent sous nos ordures, ce doc-film dans lequel le réalisateur se donne corps et âme, au sens littéral du terme, et à voir, à faire voir, à diffuser dans les écoles....le vrai visage de notre surconsommation, de notre gaspillage à vomir, les mensonges d'un système corrompu et pourri, dégueulasse, des collines, des montagnes de honte..... Il est là le grand défi de notre siècle : comprendre et changer ça, radicalement, ou crever étouffés, empoisonnés par notre propre merde, nous sommes les êtres vivants les plus crades de cette planète. Les plus stupides aussi.

 

 

 

 

 

01/05/2017

Comme une odeur de printemps avorté par Sarah Roubato

 

Il y a dans l'air comme une odeur de printemps avorté. L'espoir boite des ailes. Regarde bien, petit, regarde bien. Dans l'arène, deux lions se battent. Mais tends l’oreille, petit. Tu entends ? Des bruits de grattage, de reniflage, de coups de pioche. C’est le bruit des taupes. Sous la poussière de l’arène médiatique, des millions de taupes travaillent pour préparer le monde de demain.

 

Etienne quitte la mine, Germinal, Zola, par Claude Berri Etienne quitte la mine, Germinal, Zola, par Claude Berri
 
 
Regarde bien, petit, regarde bien. Y’a un homme qui vient que je ne connais pas. Il revient de l’arène. C’est l’espoir qui boite des ailes. La boue entre par les trous dans ses semelles. La faim qu’il ne sentait plus hier est revenue. Il y a dans l’air comme une odeur de printemps avorté. Les horizons qui le faisaient chanter hier encore lui sont retombés sur le crâne. Il a mal à la tête, il veut s’allonger, faire la sieste pour les quinze prochains jours. Et peut-être pour les cinq ans à venir.

 

Regarde bien, petit, regarde bien. Dans l’arène, le spectacle continue. L’armée des Sauveurs de la République brandit les grands mots d’un régime à bout de souffle. Tout autour, les prêtres de la messe télévisuelle tendent leurs micros : Vous en appelez à voter pour… ? Ce soir vous nous dites que vous ralliez à… ? Le scénario est déjà écrit. Le pire est là. En deux exemplaires. Le choix n’aura pas lieu. Le refus est interdit. Il ne compte pas. Choisir ou ne pas choisir ? Rester dans l’incendie ou bien sauter dans le ravin ? Les brebis attendent que le berger qui leur avait promis de verts pâturages les dirige vers le feu ou bien vers le vide.

Les figurants de la dernière heure jouent la grande tirade de la République en danger. Personne ne donne de consigne, mais tout le monde dit pour qui ne pas voter. La litote est revenue à la mode. Chacun est libre. Libre de voter pour éviter, de voter pour faire barrage, de voter pour empêcher. Voter pour ne pas. Notre liberté a toute l’étendue d’un passage clouté.

Regarde bien et apprends ta leçon, petit. Ce n’est pas en faisant quelque chose d’important que tu feras parler de toi. C’est en faisant parler de toi que tu deviendras important. Sois un phénomène avant d’avoir des idées. Dans ce monde, c’est l’enveloppe qui compte. Un nouveau visage est le renouveau. Être jeune garantit le changement. S’égosiller est le nouveau charisme. Enfile une peau de loup et les gens diront que tu es un loup.

Le caniveau rejette les mots usés : environnement, entraide, harmonie, imagination, envie, possibilités, vivre ensemble, jours heureux, battre le cœur, espérance. Vous êtes arrivés trop tard, messieurs. Ou bien trop tôt. Les enfants de la société du spectacle, de la consommation, du capital et de la communication, gagnants ou perdants, ne veulent pas de vous. Ils dessinent leur horizon avec des feuilles de paye, un pouvoir d’achat, des avantages fiscaux. Ils veulent qu’on les rassure : le monde qu’ils connaissent va pouvoir continuer, enfler, accélérer. 

Dans l’arène, les deux derniers lions se livrent un combat que plus de la moitié des spectateurs n’a pas souhaité. Mais tends l’oreille, petit. Tu entends ? Des bruits de grattage, de reniflage, de pioches, de coups. C’est le bruit des taupes. Sous la poussière de l’arène médiatique, des millions de taupes travaillent pour préparer le monde de demain. Jour et nuit, jour de spectacle et jours de relâche. Elles creusent, abattent des cloisons entre des mondes qui s’ignoraient, relient des galeries, inventent de nouveaux itinéraires de vie. Souvent elles arrivent à des impasses, impossible de creuser plus loin. Alors elles font demi tour, et cherchent un autre accès.

Elles arrivent de tous les coins de la plaine. Des usines, des salles de classe, des champs, des bureaux, des estrades. De la grande ville, des banlieues, des campagnes. Là haut, on leur avait appris qu’elles appartenaient à différentes espèces. Qu’elles devaient évoluer de chaque côté d’une ligne de fracture qui sépare les centre-villoises et les banlieusardes, les rurales et les citadines, les ouvrières et les patronnes, les chômeuses et les travailleuses, les littéraires et les scientifiques, les jeunes et les vieilles, celles qui sont nées ici et celles qui sont nées ailleurs.

Elles préparent le monde de demain. Elles ne savent pas si ce sera suffisant. Tant pis. Sous la poussière, elles creusent. Sous ceux qui rugissent, elles agissent. Sous ceux qui grognent, elles grattent. Sous les coups de griffes, elles reniflent. Pour pouvoir se dire à la fin du spectacle que quelque chose a changé pendant qu’elles sont passées.

Elles ne savent pas qu’elles sont aussi nombreuses. Chacune dans son tunnel suit un instinct, une idée, une intuition, une folie. Elles ont troqué la vision du monde qu’on leur a apprise contre celle d’un monde qui n’existe pas encore. Elles flairent les potentiels. Au fond du tunnel, elles voient d’autres horizons. Dans son couloir, chacune se croit seule. Elles passent souvent à quelques centimètres l’une de l’autre sans se rencontrer. Parfois, un coup de griffe bien placé, le mur tombe, et elles se rencontrent dans une galerie. Alors elles créent des associations, des collectifs, des mouvements, des villages. Creusent des écoles alternatives, des monnaies locales, fabriquent du naturel, organisent des circuits courts, encouragent un tourisme respectueux des espaces qu’il traverse, inventent d’autres modèles d’entreprise, ramènent la culture à la portée de tous, créent des associations pour ceux que leur âge, leur handicap ou leur parcours de vie, isolent de la société.

Elles préparent un monde où nos activités – manger, se chauffer, se déplacer, se maquiller – respectent le vivant, où les générations travaillent, s’amusent et apprennent ensemble, où les nouvelles technologies n’effacent pas la présence aux autres. Elles savent que demain exige de nous qu’on recalibre nos priorités, qu’on change de paradigmes et de cadres. C’est un changement qui ne se décrète pas et qui ne s’écrit pas à l’avance. Un changement qui s’essaye, qui se casse la gueule, qui se repositionne, les mains dans le cambouis du quotidien.

Il va te falloir choisir, petit. Dans chaque geste de ta vie. Entre ce qui s’agite à la surface  et ce qui travaille en sourdine. Entre ceux qui attendent que le changement vienne d’en haut et ceux qui l’appliquent dans chaque geste. Entre ceux qui ont renoncé à leur puissance et ceux qui la reconquièrent. Entre ceux qui font faute de mieux et ceux qui œuvrent pour faire mieux. Entre ceux qui se contentent du monde tel qu’il est et ceux qui poursuivent le monde tel qu’il devrait être.

Etienne quitte la mine, Germinal, Zola, par Claude Berri Etienne quitte la mine, Germinal, Zola, par Claude Berri


Regarde bien, petit, regarde bien. Un jardinier boiteux la semence dans le poing cherche son jardin. Le boiteux avance, guidé par le bruit des taupes sous ses pieds. Quelque chose est en train de monter. Quelque chose de plus grand que les hommes qui l’ont portée. La sève d’un autre printemps qui ne viendra pas cette année. "C'est pour un changement ? Repassez plus tard !" Regarde bien petit, regarde bien. Y’a un homme qui vient que nous ne saurons pas. Tu peux reprendre les armes.

 

Sarah Roubato

www.sarahroubato.com

 

 

30/04/2017

Lichen n° 14 (mai 2017)

 

Nouveau bandeau lichen.jpg

Publication à périodicité (éventuellement) mensuelle * ISSN 2494-1360

prix : 1 mot (nous demandons que chaque personne qui consulte et apprécie ce blog nous envoie, en échange, un mot)

Au sommaire de ce 14e numéro :

Éditorial

Actualités : à lire

Carte postale : « Transparence », par Marie-Anne Schönfeld

Jiani Abert : deux poèmes sans titre

Anouch : « là enfin l’embellie » et « du travail pour les paupières »

Asteln : le nuage (photo et poème)

Antoine Barat-Vassard : « Céline au casse-pipe »

Bernard B : « Pause surréaliste 7 »

Jean-Pierre Bars : quatre poèmes sans titre

Clément Bollenot : trois poèmes très courts sans titre

Pauline Bordaneil : « Incipit » et « Conjonction »

Gabrielle Burel : « La nouvelle »

Éric Cuissard : « Petite suite de poèmes incertains, façon André du Bouchet »

Colette Daviles-Estinès : « Cachets de la poste » et « Poèmier »

Carine-Laure Desguin : « Assoiffer le matin » et « À raison de berge »

Michel Diaz : un poème sans titre (extrait de Dans l’inaccessible présence, à paraître)

Didier Du Blé : un poème sans titre extrait de Vers un autre horizon

Marine Dussarat : « Le clapotis de la vague » et « Juste pour rien »

Laure Escudier : « Le cri du regard », poème, et « Masque 2 », dessin

Cathy Garcia : « Faille ou fêlure »

Gabriel Henry : « Parallèles »

Hoda Hili : « Nasses » (XXI à XXVI)

Leafar Izen : trois courts poèmes

Valère Kaletka : trois poèmes

Abir Khalifé : « Pétrole », traduit de l’arabe par Antoine Jockey

Cédric Landri : trois pantouns

Robert Latxague : « Stylo swing »

Hervé Le Boisselier : « Parler » (1)

Le Golvan : encore d’autres extraits de Jours

Alix Lerman Enriquez : « Une fenêtre s’ouvre »

Bénédicte Liocourt : « mercredi 7 octobre »

Jean Lucq : deux poèmes

Cédric Merland : quatre poèmes très courts

Marc Meyer : « Soma »

Ana Minski : « Extraits de mondes » (2) et « Le dédale des rêves » (peinture)

Brice Noval : « Norev »

Charles Orlac : un poème sans titre

Frédéric Perrot : « Le brouillard » (avec un dessin d’Éric Doussin)

Joëlle Pétillot : « Trois jamais »

Éric Pouyet : « Vous pouvez répéter la question ? »

Bénédicte Rabourdin : « La combine »

Florentine Rey : trois textes courts

Olivier Robert : trois poèmes courts sans titre

Salvatore Sanfilippo : « Si belle » et« Aléatoire »

Marie-Anne Schönfeld : deux « Rencontres »

Clément G. Second : un poème, une photo

Marjorie Tixier : « Bon Iver »

Sophie Marie Van der Pas : Petit haïku de saison

Choses vues : La 2e édition des « Journées d’Avril » à Clans (06)

Éric Cuissard et quelques autres : le jeu des chiffres

Guillemet de Parantez et quelques autres : le don de mots

 

 

 

 

 

28/04/2017

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon - les prédateurs au pouvoir

A lire : Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Les prédateurs au pouvoir. Main basse sur notre avenir, Textuel, 2017, 64 pages.

 

Pourquoi certains électeurs vont-ils voter pour un candidat qui ne leur ressemble pas et qui ne semble même pas défendre leurs intérêts ? Pourquoi acceptons-nous ce fossé qui s’élargit chaque jour davantage entre une classe dominante et les autres ? Comment l’argent est-il devenu une arme de destruction massive aux mains d’une oligarchie ? C’est à ces questions que tentent de répondre les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, dans leur ouvrage Les prédateurs au pouvoir, dans un style clair et corrosif. Pour eux, Marine Le Pen, François Fillon ou Emmanuel Macron ne sont que différents visages de cette oligarchie prédatrice qui a fait main basse sur notre avenir. Rencontre.

Basta ! : Face à l’augmentation des inégalités, à l’intolérable situation dans laquelle se trouvent une partie de la population qui subit le chômage, pourquoi la question du partage des richesses n’est-elle pas plus centrale dans cette campagne ?

Monique Pinçon-Charlot : Il est difficile aujourd’hui de parler des inégalités abyssales, dont la concentration se fait pourtant à une vitesse complètement folle. En 2010, 388 multimilliardaires possèdent la moitié des richesses de l’humanité. En 2016, cette richesse est concentrée entre les mains de seulement 8 super riches ! Mais cela reste tabou car ces richesses ne sont pas le résultat de mérites, de réalisations favorables à l’humanité, mais de spéculations, de prédations sur les ressources naturelles, dans tous les domaines d’activité économique et sociale. Elles sont destructrices pour la planète et pour l’humain, mais sont passées sous silence. Une partie du problème vient du fait que ce sont des patrons du CAC40 qui sont massivement propriétaires des grands médias, qui relaient volontiers la « voix de leur maître » (lire notre enquête « Le pouvoir d’influence délirant des dix milliardaires qui possèdent la presse française »).

Dans ces conditions, comment des responsables politiques qui ne s’attaquent pas aux causes de ces inégalités arrivent-ils à nous faire croire qu’ils œuvrent pour le bien de tous ?

  1. P.-C. : On ressent un désarroi très profond chez les Français avec cette élection présidentielle : ils ne comprennent plus rien ! Ils sentent qu’il y a quelque chose de vicié, de pervers, de cynique dans cette situation, qu’ils sont lobotomisés par les médias, qu’ils n’ont pas les moyens de penser car ils sont dans un brouillard sémantique, idéologique, linguistique. Ils sont en quelque sorte tétanisés, sidérés. Et la classe politique est dans une bulle. On nous dit que le système est démocratique, mais quand on voit comment un ouvrier comme Philippe Poutou est traité... Il n’y a pas d’ouvriers à l’Assemblée nationale, alors qu’ouvriers et employés représentent aujourd’hui encore 52% de la population active ! Un tel décalage entre réalité des classes moyennes et populaires et ce qui se passe au Parlement est problématique.

Comment est-ce possible que des responsables politiques ne voient pas où est le problème, à acheter des costumes de luxe, à se faire payer des cadeaux par des « amis » ?

  1. P.-C. : C’est plus grave que cela. Il y a un processus qui se construit dès la naissance, de recherche d’entre-soi, d’être avec son semblable. C’est aussi un processus d’évitement et de ségrégation du non-semblable. Petit à petit, cela construit le dominant comme s’il venait d’une autre planète, comme s’il était d’une autre « race »… Comme pour la noblesse, avec son prétendu « sang bleu » : la différence était marquée dans la définition même du corps. Et dans la déshumanisation de l’autre, du dissemblable. L’autre, ils s’en fichent… du moment qu’il continue à voter pour eux.

Mais comment expliquer que François Fillon ait encore autant de supporters ?

  1. P.-C. : C’est une question centrale. Pourquoi est-il à un niveau encore si haut dans les sondages malgré la gravité de ce qui lui est reproché ? Les 30 années que nous avons passées à travailler sur l’oligarchie nous ont permis de nous mettre dans leurs têtes – celles de François Fillon et des proches qui le soutiennent, celles des super riches. Ils se sont construits avec un sentiment d’appartenir à une classe sociale, une classe hétérogène évidemment mais suffisamment solidaire pour capter tous les pouvoirs. Ils sont entre eux en permanence : cela permet la construction d’un sentiment d’impunité collective et d’immunité psychologique. Chaque individu se construit une non-culpabilité, une « non mauvaise conscience ». Ce sont des gens « à part », qui estiment qu’ils ne peuvent pas être punis sur le plan pénal, en matière de fraude fiscale ou de corruption. Ils considèrent que les institutions doivent les protéger. Cette classe a une fonction : défendre les intérêts de la classe. Ils ne peuvent pas penser en termes moraux, de culpabilité, cela ne les habite pas. La culpabilité, ça, c’est pour nous ! Eux, ils font leur job de prédation. C’est plus fort que de la corruption, que du vol : on bouffe les autres.

Michel Pinçon : Ce sont des gens aimables, propres sur eux, qui présentent bien, mais ont souvent des casseroles. La sous-évaluation des biens pour les impôts ou l’évasion fiscale, cela va de soi ! Ils estiment qu’ils ont suffisamment travaillé, ils ont hérité de leur parents, ils ont fait fructifier, on ne va pas venir le leur prendre... Il y a une logique dynastique dans cette accumulation. Le fait de transmettre aux enfants, de continuer la dynastie (ou de la fonder). Ils font venir les enfants l’été pour les former dans l’entreprise familiale.

  1. P.-C. : Un peu comme dans l’affaire Fillon…
  2. P. : Malgré les conflits entre eux, cette classe bourgeoise est solidaire sur le fond. L’analyse en terme de classe sociale, ce n’est pas une foutaise, un truc d’autrefois. Il y a une classe bourgeoise qui existe par son niveau de richesses, la propriété des moyens de production, matérielle, mais aussi par la conscience qu’elle a d’elle-même. Et par le fait de veiller au grain pour que ça dure.

On peut comprendre pourquoi ceux-ci votent pour François Fillon. Mais pourquoi les classes populaires votent-elles pour des responsables qui ne leur ressemblent pas ? Dont les intérêts semblent contradictoires avec les intérêts de la classe populaire, comme pour Donald Trump ?

  1. P. : Cela n’a pas été toujours le cas. Dans la période après guerre, le Parti communiste représentait une force sociale considérable. Il y avait notamment chez les ouvriers une conscience de l’existence de classes, de leur appartenance à une classe qui ne possède pas les moyens de production. La chute de l’URSS a été vécue comme l’échec des espoirs de fonder une société qui fonctionne autrement. Avec la destruction de la conscience de classes, l’expression politique peut aller vers des choix non conformes aux intérêts des classes populaires.
  2. P.-C. : Quand Ernest-Antoine Seillière a pris les rênes du Medef [de 1998 à 2005, ndlr], il a procédé à une « refondation sociale », c’est-à-dire une inversion de la théorie marxiste de la lutte des classes : les riches sont devenus des « créateurs de richesses ». Et les ouvriers, qui sont les créateurs de richesses et de plus-value selon la théorie marxiste, sont devenus des « charges » et des variables d’ajustement. C’est un processus de déshumanisation très fort. Les ouvriers qui votent pour le Front national sont des gens perdus, qui ne comprennent pas ce qui leur est arrivé. Ils votent d’ailleurs pour Le Pen en disant : « On va peut-être se faire avoir, mais on aura tout essayé ». Et ils ne vont pas être déçus ! Car Le Pen, c’est la dernière alternance de l’oligarchie.

Le Front national a un discours virulent contre les « élites » françaises. Il participe selon vous de cette oligarchie qu’il dénonce ?

  1. P.-C. : Le Front national, c’est une dynastie familiale. Une dynastie des beaux quartiers, avec de l’argent, des biens immobiliers, une famille assujettie à l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Une dynastie avec un rapport très décomplexé à l’argent public et qui traine ses casseroles : sous-déclaration des biens au fisc, emplois fictifs, surfacturation des frais de campagnes pour prendre du fric à l’État. On est bien dans le registre de l’oligarchie, de la délinquance en col blanc. C’est une dynastie familiale devenue parti politique, avec trois générations, un phénomène de népotisme assez unique en France. Autre élément, dont parle peu la presse, la forte présence d’anciennes familles de la noblesse parmi les hauts dirigeants du FN.

Marine Le Pen a un discours très critique envers l’oligarchie européenne, mais elle contribue à préserver l’opacité de sa bureaucratie ! Les gens ignorent tout des votes de Marine Le Pen : sur la question de l’évasion fiscale, elle s’est opposée à la création d’une commission d’enquête sur les Panama Papers. Deux de ses proches, Frédéric Châtillon et Nicolas Crochet, sont épinglés comme possédant des comptes offshore, selon les Panama Papers. Les eurodéputés du FN ont aussi voté pour le secret des affaires. Mais Marine Le Pen feint toujours de se bagarrer contre l’opacité de la bureaucratie européenne... C’est une imposture (lire notre enquête « Au Parlement européen, les votes méprisants du FN et de Marine Le Pen à l’égard des travailleurs »)

Pourquoi ces éléments sont peu relevés par les médias ?

  1. P.-C. : Parce que les médias ne font pas leur travail. Depuis trente ans, la classe oligarchique a ouvert un boulevard au Front national. Celui-ci a pour stratégie de casser la gauche radicale, de la détourner, de prendre sa parole, son programme, ses électeurs. Résultat : les gens ne comprennent plus rien.

Comment situez-vous Emmanuel Macron ? Vous dites qu’il a réussi un tour de passe-passe pour parvenir à faire croire qu’il n’est pas membre de cette oligarchie, malgré sa « parenthèse Rothschild » et ses liens avec le monde de la finance ?

  1. P.-C. : Emmanuel Macron, il est parfait. C’est l’oligarque parfait. Qui convient parfaitement aux familles sur lesquelles nous avons mené nos études sociologiques. Il n’est « ni de droite ni de gauche »...
  2. P. : … Donc « ni de gauche ni de gauche » !
  3. P.-C. : Voilà… Il représente la pensée unique. Nous sommes dans un monde orwellien, mais il n’y a plus besoin de parti unique : nous avons la pensée unique ! Emmanuel Macron en est un porte-parole absolument extraordinaire. Il connaît des gens dans tous les recoins de l’oligarchie. Il se fait financer par des banquiers anglo-saxons, américains, dont il refuse de donner les noms. Il veut supprimer l’ISF et affirme que c’est une mesure de gauche... Quand on analyse ses discours, on se rend compte que c’est un vide absolument abyssal. C’est pour nous la caricature du conformisme qui se transforme en une espèce de « progressisme radieux » et fallacieux.
  4. P. : Il peut faire illusion. L’illusion de la capacité, de l’expérience. Il apparaît comme un changement serein. Mais il propose une régression sociale sans précédent.

D’où vient son succès ? De l’attrait du « neuf » ?

  1. P.-C. : C’est plus grave que cela. Il peut être le levier pour l’oligarchie mondialisée, celle qui se cache derrière l’idée de mondialisation pour mieux faire passer la marchandisation généralisée de la planète. Macron serait du bon côté du manche. Et un élément décisif. Nous sommes passés à une étape de plus vers un totalitarisme qui ne dit pas son nom. Nicolas Sarkozy et François Hollande n’ont pas tenu leurs promesses : les responsables politiques mentent. Mais là, avec Macron, on est passé au foutage de gueule : « Je ne prends même pas la peine de faire un programme parce que de toute façon je ne le tiendrai pas ». Cela montre à quel point on méprise le peuple. C’est une violence de plus à l’égard des classes populaires et moyennes.

Vous affirmez dans votre ouvrage que « les prédateurs au pouvoir ont fait main basse sur notre avenir ». Quelles sont leurs motivations ? Qu’est-ce qui pousse les plus riches à ces comportements de prédation ?

  1. P.-C. : Il ne s’agit pas d’accumuler pour accumuler. L’argent est devenu une arme pour asservir les peuples. En ne payant plus d’impôts, ils construisent le déficit et la dette – qui n’a pas vocation à être remboursée : c’est une construction sociale, comme le « trou de la sécurité sociale ». Ils spéculent sur le réchauffement climatique et accélèrent la marchandisation de la planète. On spécule même sur le travail social, comme l’accompagnement des sans-abri, qui devient un nouveau marché financier, avec la création des « contrats à impact social ». C’est une destruction de tout ce qui peut ressembler à de la solidarité sociale, par ces oligarques, par le système capitaliste.

La seule raison de vivre des nantis est « l’enrichissement, les pouvoirs qui lui sont liés et l’euphorie de vies hors du commun », écrivez-vous…

  1. P. : Un des gains importants est la création d’une dynastie. C’est quelque chose qui a des effets un peu magiques. Cela donne une immortalité symbolique. Vous avez des rues de Paris qui porte votre nom de famille...
  2. P.-C. : La reproduction des privilèges passe par les familles, par la transmission au sein de la confrérie des grandes familles. On a fait la Révolution il y a plus de deux siècles, mais ce sont encore des grandes familles qui tiennent les rênes de presque tous les secteurs d’activité. La bourgeoisie a singé la noblesse après la Révolution et a inscrit les privilèges et richesses dans le temps long de la dynastie.

La situation peut-elle s’améliorer ?

  1. P.-C. : On nous dit que la richesse des plus riches bénéficie à tous. Mais cette « théorie du ruissellement » fait partie de la guerre idéologique ! Le fossé s’élargit chaque jour davantage entre la classe dominante et les autres classes. L’ascenseur social n’existe plus. Il y a un antagonisme irréductible, qui appelle à un changement radical, à une révolution. Il faut que les titres de propriété leur soient enlevés ! Et que ceux qui travaillent dans les entreprises prennent les rênes et les responsabilités.
  2. P. : La situation est pire qu’avant car il n’y a plus d’unité populaire en face du pouvoir de l’argent. Si Emmanuel Macron est élu, cela risque de s’aggraver encore, car c’est un faux-semblant. Il est perçu comme le Messie…
  3. P.-C. : … alors que c’est le baiser du diable. Et que cette violence de classe atteint les gens dans leur être profond. Nous ne sommes pas du tout dans le « tous pourris ». Ce que nous disons, c’est qu’il faut prendre le problème dans sa globalité, puisque tout est lié : évasion fiscale, réchauffement climatique... Nous voulons mettre en lumière le fonctionnement d’une classe sociale, propriétaire des moyens de production et prédatrice du travail d’autrui. Car c’est vraiment une guerre de classes que mènent les plus riches contre les peuples.

 

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

21 avril 2017 - Bastamag

23/04/2017

Hani Abbas - the Mad elections

Hani Abbas_the Mad elections .jpg