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25/05/2018

Ma Patagonie de Guénane

 

 

La sirène étoilée, novembre 2017

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47 pages, 12 €.

 

 

 

« le bout du monde ressemble au début du monde »

 

Ce recueil est un hommage, un magnifique et poignant hommage à une terre et à ses habitants disparus.

 

« L’horizon   les dents du vent

aimantent les solitaires

les rêveurs de rupture

ceux qui ne craignent de se rencontrer »

 

C’est ainsi qu’il faut comprendre le « ma » devant Patagonie : non pas une appropriation conquérante des lieux, pas comme un adjectif possessif donc, mais comme la perception très personnelle de l’auteur au-delà de ce qui se donne à voir aujourd’hui.

 

Devant l’immensité des paysages, la puissance de leur mémoire et leur beauté qui raconte ce qui fut, elle s’incline avec humilité et une grande sensibilité.

 

« savoir se taire quand on écrit »

 

Ce n’est pas le premier recueil de Guénane qui évoque la Patagonie, mais ici elle s’attache avec les maigres outils du poète — « en poésie aucun mot n’est cloué/ il n’a aucune prise » — à rendre âme et justice aux premiers habitants de ces terres :

 

« Indiens Tehuelche

nomades aux empreintes géantes

onze mille ans de présence

 

(…)

civilisation Évangiles tourments

hommes blancs qu’ils voyaient roses

les Yámana s’éteignirent en 15 ans

 

(…)

1839 « Créatures abjectes et misérables »

Darwin écrit dans son Journal

 

(…)

Indiens Ona

(…) 1880   carnage

Ona tous traqués  immolés

Aucun exil possible sur une île

 

Toutes ces vies horriblement massacrées et l’arrogante bêtise des « découvreurs ».

 

(…)

Je voyage en silence

Dans la témérité des traces

Une main posée sur la grotte du cœur. »

 

Rendre justice aussi aux animaux en péril :

 

« je regarde cabrioler les baleines

 dans un golfe de maternité

(…)

elles sombrent  jaillissent

trente tonnes de graisse

de grâce

saluent le ciel  replongent »

 

et à la nature défigurée :

 

« espérer que son souffle survive

sous les talons du tourisme 

 

(…)

 

Lointain Sud engagé

dans la prolifération assassine

de nos inutilités ».

 

 

Ainsi l’auteur a su capter, non seulement les paysages, mais leur essence même, visions d’un monde disparu. Elle parvient à transmettre au lecteur tout le respect qu’ils lui inspirent, sans tomber dans l’aveuglement d’un romantisme exacerbé, bien au contraire, sa lucidité est vive et aiguisée comme le vent d’été austral « qui garde trace des sauvageries polaires ».

 

« la Patagonie épineuse érafle

les images faciles

mais elle attire

ses dix millions d’années apaisent

les esprits trop griffés

rassurent les insatiables

les soiffards d’horizon

 

(…)

La Patagonie c’est elle qui vous explore

ouvre vos brèches fouille votre cœur. »

 

 

Ma Patagonie a clairement une dimension écologique et politique engagée. Tout territoire a une histoire, celle de cette « Terre des feux éteints/des rêves consumés » est particulièrement cruelle.

 

« la colère du vent vient de loin

dans sa voix mugissent des ombres. »

 

Histoire d’un monde disparu :

 

« si aujourd’hui les chevaux fiscaux

hennissent sur la piste

la mémoire agrippe les cavaliers du passé

soudés à leur monture   ponchos au vent

ils avaient des ailes. »

 

Et d’un monde sur le point de disparaître sous l’avancée d’un prétendu progrès :

 

« Le vent happe les dépotoirs sauvages

plaque les plastiques aux buissons

nos indestructibles macromolécules»

 

et d’un tourisme de masse, « paisible ravage ».

 

« si tu prononces

Humains

pourquoi cette impression toujours

que s’annonce un déclin ? »

 

(…)

 

comment fait-elle l’Histoire

avec ce perpétuel goût de l’échec en bouche

d’où tient-elle cet estomac d’acier ? »

 

Notre propre histoire finalement, à toutes et tous.

 

« Si ta mémoire mesure le temps

évite la dangereuse nostalgie

se pencher à la portière de sa vie

c’est déjà la Patagonie »

 

(…)

Nous gardons tous en nous des lieux que jamais

Nous ne foulerons le cœur tiède »

 

Ma Patagonie, incontournable.

 

Cathy Garcia

 

 

GUENANE_IMG.jpgGuénane est née le 26 juillet 1943 à Pontivy (Morbihan), sa famille ayant quitté la ville de Lorient bombardée par les Alliés. Elle ne se souvient pas avoir appris à lire et à écrire. Elle a commencé à étudier le violon à 7 ans. Elle a grandi au bord du Blavet, un fleuve marin, et a vite compris que chacun porte en lui ses propres marées. Dans les années 1960, elle fait des études de lettres à Rennes ; elle fait aussi partie de la petite troupe de théâtre du Cercle-Paul-Bert et déclame avec le groupe Poésie Vivante de Gilles Fournel, le mot Résistance avait alors son sens fort. Le 24 juillet 1964, avec le poète avignonnais Gil Jouanard, elle rencontre René Char, chez lui, à L'Isle-sur-la-Sorgue, une rencontre intense. Son premier recueil, paru aux éditions Rougerie en 1969, s'intitule Résurgences, un mot emprunté à René Char. Resurgere / renaître ; insurgere / s'insurger : toute sa démarche d'écriture est contenue dans ces mots. Renaître toute la vie à sa manière. Elle a enseigné à Rennes puis elle a longtemps vécu en Amérique du Sud. Années de dictature mais aussi avec la sensation d'avoir foulé les derniers arpents du paradis originel avant l'emballement économique mondial. Elle vit là où le fleuve d'origine qui lui enseigna le large se jette dans l'océan. Dans Un Fleuve en fer forgé (Rougerie), elle évoque son enfance auprès du Blavet en termes durs et implacables. "On ne repeint pas ses lieux d'enfance" dit-elle. Dans La Ville secrète (Rougerie) et La Guerre secrète (Apogée), elle évoque Lorient sous les bombes. Son roman Dans la gorge du diable (Apogée) se déroule dans les dictatures sud-américaines des années 1970-80. Demain 17 heures Copacabana (Apogée) se situe au Brésil dans les années 1970-80. L'Intruse, roman historique (Chemin Faisant) plonge dans le 19 e siècle, du second Empire à la guerre de la Triple-Alliance, l'épopée la plus sanglante de toute l'Amérique du Sud. Le titre de son recueil Couleur femme a été pris comme thème du Printemps des Poètes 20101.

Dernières publications poétiques : Tangerine éclatée, livret, collection La Porte, 2017 ;  En Rade 4, brèves de cale illustrées par Pascal Demo et Killian Duviard, édition associative Chemin Faisant, 2017 ; Atacama, éditions La Sirène étoilée, illustrations Gilles Plazy, 2016 ; Le Détroit des Dieux, livret, collection La Porte, 2016 ; La Sagesse est toujours en retard, Éditions Rougerie, 2016 ;  Au-delà du bout du monde, livret, collection La Porte , 2015 ;  En Rade 3, brèves de cale, illustré par NicoB, édition associative Chemin Faisant, 2015 ;  L'Approche de Minorque, livret, collection La Porte, 2014 ;  Un rendez-vous avec la dune, Éditions Rougerie, 2014.

Martin Gusinde - L’esprit des hommes de la Terre de Feu, Selk’nam, Yamana, Kawésqar

 

 

 

Dans cette vidéo, Xavier Barral nous raconte l'histoire de ce projet : de la découverte des images de Martin Gusinde en Terre de Feu jusqu'à la réalisation avec Christine Barthe du livre et de l'exposition "L'esprit des hommes de la Terre de Feu, Selk'nam, Yamana, Kawésqar" (Éditions Xavier Barral, 2015).

À travers quatre voyages en Terre de Feu entre 1918 et 1924, le photographe et missionnaire allemand Martin Gusinde est l’un des rares occidentaux à vivre parmi les peuples Selk’nam, Yamana et Kawésqar et à être introduit au rite initiatique du Hain. Les 1200 clichés qu’il rapporte constituent un témoignage unique sur ces peuples aujourd’hui disparus.

 

Disparus c'est à dire massacrés....


À partir de 1880 les estancieros ou propriétaires terriens, en grande partie d'origine britannique, commencèrent la colonisation du territoire selknam. Leurs territoires qui auparavant étaient un espace libre pour ces chasseurs nomades, furent parsemés de clôtures. Beaucoup de Selknams brisèrent les clôtures et chassèrent, pour se nourrir, les ovins importés, qu'ils appelèrent les «guanacos blancs». Ce fut le prétexte pour la mise en route d'un génocide oublié et volontairement ignoré. Les habitants ancestraux de la Terre de Feu furent dès lors chassés comme des bêtes et exterminés, enfants et bébés inclus. Les riches estancieros reçurent l'appui de troupes régulières de l'armée argentine et de tueurs à gage. Les valeureux indigènes de l'île essayèrent bien de se défendre. Mais leurs arcs et leurs flèches étaient dérisoires face à des fusils. Quelques-uns survécurent dans des missions salésiennes. Peu après, des épidémies dues aux maladies contractées auprès des blancs achevèrent la sinistre besogne... Au fil des décennies, les quelques survivants disparurent. L'une des dernières Ona, appelée Ángela Loij, mourut en 1974. Le dernier représentant du peuple Selknam est décédé en 1999.


 Voir aussi :

http://cathygarcia.hautetfort.com/archive/2016/03/12/femm...

 

 

 

20/05/2018

Vient de paraître : Nécor manigances Dandois saisissantes - Urtica

illus_couv_pdandois

Ça gratte, ça écorche, ça grignote aux écornures
Boniments, élégances, radiothérapie des ligaments.
Fleur de sel et autre pigmentation vénérienne
Ribambelle et flagellation des cordes vocables.
Particules, poussières, rhume des soins
Sauvetage assidu d’endorphines faméliques.
Médecine légale des sentiments à nu
Voyeurisme amateur déporté par transparence.

On palpe, on pince, on tâte les arrières faussetés
Véhémences, torsions, foulures des condiments.
Sauce naguère et assortiment des passés
Élongation des nuances de farces et matraques.
Atmosphère, oxydation, grippe inestimable
Émasculation des niveaux de gris tempête.
Doctrine sédimentaire des couches émotionnelles
Tabloïd grandeur mature dégorgé sans souffrance.

Le corps est un autre homme qui tente de survivre à l’extérieur.
L’homme est un autre décor qui se serpente de l’intérieur.

Necromongers, Les tentacules de l'esprit

Les auteurs:


Necromongers: Ma courte carrière, déjà enrobée de quelques mythiques navets (précédemment acceptés chez Revue Métèque, Corbeau, Absynthe, La Matière Noire, Gorezine), sent la patate chaude à des kilomètres à la ronde. Fort de quelques années d’écriture (une vingtaine dans l’ombre environ) et de quelques kilos en trop, je m’efforce d’améliorer les deux avec une hargne sans précédent.
Mon histoire commence là où mes contrées de volutes se sont égarées, en direction d’une brume épaisse. Je suis né un jour où la Simca 1000 trônait encore comme une représentation perfide de l’adultère mécanique. Un temps névralgiquement (si si) condensé comme une utopie galopante, d’une naïveté addictive. J’ai tué ce rêve jusqu’à l’insomnie, lui faisant l’ombre nécessaire à son oubli.

Pascal Dandois: Artiste béquillard et multidisciplinaire ayant publié des textes, nouvelles et poèmes, dans divers revues et fanzines (Violences, Le Bateau, 17secondes, Bloganozart, etc.), ayant participé à l’anthologie Dimension Violences chez Rivière Blanche, et La folie chez Jacques Flament, a illustré les nouvelles de Patrick Boutin dans les recueils La fin des haricots, A la folie, pas du tout et Corps et âme chez Z4 éditions, et La cité des brumes de Sylvain René de La Verdière chez le Garage L.

Poésie et arts -- 26 pages
A commander auprès de l'éditeur urticalitblog@gmail.com
Prix 6€ port compris

 

 

 

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17/05/2018

Key M. - Journée contre l'homophobie et la transphobie

Journée contre l'homophobie 2018.jpg

 

 

03/05/2018

Traction Brabant 78

 

 

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avec mon gribouglyphe "Rêves" (2009) dedans :

 

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http://traction-brabant.blogspot.fr/

 

01/05/2018

Appel - Collecte solidaire pour publication d'Après le déluge de Jean Monod

 
40 jours pour Le Déluge ! - ABC' éditions Ah Bienvenus Clandestin_2

« Après le déluge » – le nouvel essai d'anthropologie historique de Jean Monod – Collection Éclipses – à publier

Présentation du projet

Le second volume de l'étude de Jean Monod sera un livre dense de 320 pages au format A5 dont la couverture et la tête de chacun des huit chapitres seront illustrées en noir et blanc par Gwenaëlle d'Azémar.

Origine du projet

L'anthropologue Jean Monod a commencé une série de réflexions sur la conjonction des pouvoirs entre doctrinaires et guerriers. “Du pillage au don”, rédigé en 2014 avec Diane Baratier, révélait cette évidence que partout où ils sont apparus, les États se sont imposés par la force armée : les populations sont réduites au travail ou préparées à des guerres de conquêtes.

Cette critique de l'idée de civilisation s'est poursuivie fin 2015 avec “OURANOS – les trois fonctions de la religion dans l’État”. Par sa connaissance des mythologies, Jean Monod y prouvait que, dans un État, la religion a la triple fonction de sacraliser le pouvoir, d'aliéner les consciences et de mythifier l'histoire.

Son prochain opus décrypte les mythes du Déluge. Ceux-ci travestissent les guerres de conquêtes en cataclysmes naturels. L'endoctrinement des populations repose sur les certitudes de l'histoire réécrite de leurs ancêtres et de l'occupation des terres.

Le 27 juillet 2018, jour de l'éclipse lunaire totale, sera lancé sous ce titre d'APRÈS LE DÉLUGE, le second volume de la collection “Éclipses” lancé par Jean Monod dans la perspective de traiter ces périodes que les historiens officiels préfèrent négliger, où les sociétés ont su évoluer sans armée, sans église et sans police.

A quoi servira l'argent collecté ?

Les sommes collectées devraient pouvoir financer l'illustration, l'imprimerie et le lancement de l'ouvrage, respectivement : 500, 3 000 et 500 €

Notre équipe

L'auteur Jean Monod, l'éditeur Jean-Jacques M’U, l'illustratrice Gwenaëlle d'Azémar, la correctrice Sophie Lauys, le maquettiste Denis Masot.

 

https://www.helloasso.com/associations/abc-editions-ah-bi...

 

 

14:37 Publié dans COPINAGE | Lien permanent | Commentaires (0)

30/04/2018

Nous sommes l'humanité, un documentaire pour et avec les Jarawas d'Alexandre Dereims (2018)

 

pour en savoir plus à propos des Jarawas et agir :

https://www.survivalinternational.fr/peuples/jarawa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la vérités sur les vaccins, par le Porfesseur Didier Raoult

 

LA_VERITE_SUR_LES_VACCINS_hd.pngLA VÉRITÉ SUR LES VACCINS

DIDIER RAOULT, OLIVIA RECASENS

Pour ou contre ? Dangereux ou non ? Beaucoup d’entre nous ne savent plus quoi penser et pour cause : on ne les a jamais renseignés, scientifiquement, sans parti pris, sur la vaccination. Le Pr Didier Raoult, microbiologiste mondialement reconnu qui dirige le plus grand centre français consacré aux maladies infectieuses (l’IHU de Marseille), comble cette lacune.

Être pro ou anti-vaccin n’a pas de sens. La question à se poser est : quel vaccin est utile, pour qui, dans quelles circonstances ? Or, savez-vous que 3 des 11 vaccins désormais obligatoires en France sont obsolètes dans ce pays ? Que d’autres ne sont pas recommandés alors qu’ils préviennent des maladies graves ? Que le vaccin contre la grippe, peu efficace chez les personnes âgées, devrait être au contraire distribué aux enfants ?

Quant à redouter les effets nocifs d’un vaccin, la seule attitude valable est d’évaluer le rapport risques/bénéfices pour choisir intelligemment, au lieu d’écouter les fabricants de peur comme ce fut le cas pour le vaccin contre l’hépatite B, aujourd’hui lavé de tout soupçon.

« Notre politique vaccinale est incohérente, dépassée et inefficace », affirme Didier Raoult, propositions à l’appui pour éviter des aberrations comme celles concernant la grippe aviaire et HIN1, et pour regagner la confiance de la population.

UN LIVRE D’UTILITÉ PUBLIQUE

http://www.michel-lafon.fr/livre/1991-LA_VERITE_SUR_LES_V...

 

 

 

 

27/04/2018

Ne tournez pas la page de Seray Şahiner

 

traduit du turc par Ali Terzioğlu & Jocelyne Burkmann

Belleville éditions, 13 avril 2018

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160 pages, 17 €.

 

 

Voilà un vrai livre coup de poing et une voix qui va forcément marquer la littérature contemporaine turque. Dans ce roman noir et caustique qui démarre sur ces mots : « Elle fait le saut de la mort avec sa fille », l’héroïne de Seray Şahiner raconte sur un ton désabusé, faussement léger et avec un humour redoutable — celui des désespérés — l’enfer banalisé de son parcours de femme dans la ville d’Istanbul.

 

Arrivée de la campagne avec sa famille qui l’exploite, violée par son patron qui la met enceinte, abusée par celui qu’elle pensait aimer, vendue par sa famille puis violée encore et tabassée quotidiennement par son riche, vieux et alcoolique mari, tel semble être le destin de Leyla Tasçı. 

« Mon oncle m’avait prévenue : quand il ne s’avinait pas, mon mari était un homme bon. Qu’est-ce que j’en sais ? Je ne l’ai jamais vu sobre… […] Le premier mois mon mari ne m’a pas battue. Ça doit être ce qu’on appelle la lune de miel. »

 

Et « au-delà d’un certain point le dégoût se transforme en indifférence ».

 

Telle est donc la vie de Leyla Tasçı à l’image de celle non fictionnelle de tant d’autres femmes, juste une vie ordinaire avec une violence ordinaire qui ne se cantonne pas à la société turque. Dans cette descente aux enfers que rien ne semble pouvoir arrêter, Leyla Tasçı va cependant puiser la force de relever la tête dans un ultime élan de survie, cette force des femmes à qui il reste une miette de dignité pour vouloir à tout prix éviter à leurs filles de subir ce qu’elles subissent. Il n’est pas tant question de courage que de vie ou de mort, quand le contexte familial, conjugal et culturel qui les opprime ne leur laisse plus d’autre choix que de tuer ou être tuée. Et Seray Şahiner, à travers son personnage inspiré par Fille de…, une nouvelle de Serap Uluyol, décrit admirablement le funeste et implacable engrenage qui peut réduire une femme à néant dans une société qui sait se faire sourde et aveugle au nom du mari, du patron et du père avec la complicité silencieuse et résignée de trop nombreuses mères.

 

Le mécanisme de destruction est rendu ici à la perfection avec une crudité et un réalisme féroce. L’impertinence et l’éclatante liberté de ton que l’auteur prête à son personnage, donne à ce roman une dimension clairement engagée. Ne tournez pas la page — en écho, il semble que l’on pourrait entendre aussi : « ne tournez pas la tête » — est un roman de révolte, un roman qui dénonce, qui interpelle et qui ne peut laisser indifférent, il a clairement une vocation et quand on a tourné justement la dernière page, le mot féminisme a repris des couleurs et on repense à Rebecca West qui en 1913 écrivait : « Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme, tout ce que je sais, c'est qu'on me traite de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson.»

 

Cathy Garcia

 

 

 

BAT-couverture-coiffure-seraysahiner.jpgSeray Şahiner est née à Bursa en 1984 et a grandi à Istanbul, où elle a fait des études de journalisme. Elle a collaboré à bon nombre de journaux et fanzines turcs, a été correspondante pour Marie-Claire et a également écrit des scripts pour la télévision. Ses romans ont attiré l’attention du public lors du Yasar Nabi Nayır Short Story Competition organisé par le Varlık literary magazine, grand magazine turc.

 

 

 

 

 

 

16/04/2018

Les pieds sur terre de Batiste Combret et Bertrand Hagenmüller (2017)

 

Au cœur de Notre-Dame-des-Landes, le Liminbout, hameau d’une dizaine d’habitants tient le haut du pavé. Agriculteur historique, paysans syndicalistes, locataires surendettés venus chercher une autre vie, squatteurs plus ou moins confirmés y apprennent à vivre et à lutter ensemble au quotidien.
« Ici, disent-ils, on ne fait pas de la politique : on la vit. » Loin des représentations habituelles de la ZAD, le film est une immersion dans le huis-clos de ce village devenu au fil des années symbole de la lutte contre l’aéroport et son monde.

 

 

 

 

 

L’évangélisme technologique. De la révolte hippie au capitalisme high-tech de la Silicon Valley - Rémi Durand

 

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Broché : 192 pages
Éditeur : FYP Éditions
Collection : Reboot

Prix public TTC : 20 euros
EAN 13 : 978-2-36405-163-8

 

 

Comment des hippies et des hackers sont-ils parvenus à créer des empires et un capitalisme high-tech ?

De Steve Jobs à Elon Musk, en passant par Bill Gates, Larry Page et Sergueï Brin, les évangélistes de la technologie ont su convaincre que leurs produits ou leurs services peuvent rendre « le monde meilleur », et créer autour de leurs marques et leurs multinationales une vénération quasi religieuse.

Aujourd’hui, cet évangélisme est devenu quasiment incontournable pour les start-up qui s’appuient sur un modèle visant à rassembler une masse critique d’adeptes dans le but de consacrer leur technologie comme standard. Mais sous couvert de faire preuve de pédagogie et d’éduquer le marché et la société aux principes de la collaboration pour la production des savoirs et à l’ère de la contribution, ce nouveau mode de recrutement de « convertis » cherche aussi à propager les idéaux du capitalisme high-tech et renforcer les monopoles.

C’est ce que relate cet ouvrage.

Rémi Durand nous plonge d’abord au cœur de la Silicon Valley des années 1970 et explique comment grâce à la culture hippie une organisation sociale s’est structurée autour des technologies de l’informatique et de la communication, en mêlant extases mystiques, psychédélisme et puces électroniques. Puis, progressivement, les technologies du numérique se sont érigées en porte-étendard d’une société ouverte, prônant la suppression progressive des hiérarchies, la collaboration pour la production des savoirs et des techniques, et la contribution, tout en mettant en avant la créativité de chacun, la passion et le lien communautaire entre les individus.

Mais l’auteur révèle que cette utopie numérique a rapidement opéré un glissement vers l’entrepreneuriat et la nouvelle économie, et a engendré des organisations centralisées et monopolistiques qui concentrent, à l’échelle planétaire, toutes les ressources économiques et intellectuelles. Le pouvoir politique est désormais entre les mains de quelques empires fondés par d’anciens hippies et hackers reconvertis en ogres insatiables d’un capitalisme high-tech triomphant.

À la fois analyse culturelle, saga économique et étude historique des nouvelles technologies, ce livre permet également de comprendre les méthodes de marketing, de management et les dynamiques des univers d’Apple et de Google. 

Sociologue des sciences et des techniques, Rémi Durand est spécialiste des implications culturelles, politiques, économiques et sociales des nouvelles technologies, notamment celles issues de la Silicon Valley. Il est également ingénieur, expert des technologies numériques.

 

 

 

15/04/2018

Zoartoïste (suivi de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses) de Catherine Gil Alcala

 

éditions La Maison Brûlée, 28 novembre 2016

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136 pages, 15,00 €.

 

Théâtre et poésie, théâtre poétique et poésie théâtrale, il faut ici lâcher la rive du connu. Certains renonceront de suite, d’autres oseront plonger au cœur du maelström. Ce n’est pas de lire, qu’il s’agit ici, mais d’expérimenter un état de conscience éclatée, une transe, un démembrement de la raison, qui nous culbutent. Manipulant dans son grand chaudron – visions, rêves, mythes et symboles, qu’elle touille comme prise de démence, Catherine Gil Alcala convoque la magie des mots pour pulvériser le réel et nous faire voir à travers le miroir ce qui est de l’ordre – ou plutôt du désordre – du grand chaos universel. Pythie au verbe noir et flamboyant, elle pousse les mots à leur paroxysme pour nous faire basculer de l’autre côté, du côté du grand rire salvateur, où rien n’est sérieux, tout est primordial.

Et chaque scène se nomme d’ailleurs non pas scène, mais miroir.

L’onde radiophonique qui traverse l’univers, Grand négateur limonade, Le Mort, Les fils de l’orage, Maman tintamarre, Samsara bondissant, Le jongleur dans l’horloge, Les mantras du vent, sont quelques-uns des personnages de ce théâtre fou. Fous comme peuvent l’être les Clowns sacrés.

Et Zoartoïste au centre du théâtre déclare :

« Les paroles innommables clouent des sortilèges dans le ciel.

Des nations en marche me piétinent sur la pointe des pieds en remontant leur montre dans un battement de cœur synchronisé. 

(…)

Je tourbillonne dans les vents qui font rouler la roue de toutes les vies… allant et venant du sentiment océanique à la déréliction du vieillard et du nouveau-né dans l’intimité glaciale de la mort… »

Zoartoïste et on entend aussitôt zoo, art, taoïste, Zohar même mais aussi Artaud.

 

« Zoartoïste… prononce une voix de noyé dans un rêve, c’est le nom d’une divinité animale du monde archaïque ou d’un démiurge industrieux dans la dent creuse d’une caverne tellurique. »

Et Les Fils de l’Orage, quand ils s’adressent au Mort, lui disent :

« L’écho du tonnerre retentit, les enfants jouent le rite tape-pierre de l’orage.

La fin et le début du temps s’enroulent et se déroulent simultanément sur l’axe des pôles.

Un sifflement sourd tout le jour t’enfonce sous la terre des ancêtres.

(…)

Une jouissance t’étrangle, la peur de ta propre annihilation, comme une amante jalouse, t’embrasse trop fort. »

Le texte gicle comme un fruit mûr, parfois même au bord de la décomposition, riche de ses sucs, parfois poisseux et toujours enivrants, hallucinatoires.

Quand La Femme déracinée parle, elle raconte :

« Le soleil se lève sur la sidération du paysage dévasté, les rats et les goules aux dents longues accourent au dîner des cendres.

(…)

Je suis devenue une âme errante au corps de nuage, je rencontre tour à tour chacun des esprits qui zozotent en dansant sur le fil de la nuit, mes amis sont les oiseaux-mouches et tous les êtres minuscules. »

Et la Tête coupée révèle :

« La plage blanche silencieuse de l’état mental parle à travers la bouche ouverte des poissons… quelque chose a été oublié au fond de la mer pendant la traversée des morts… »

L’Agonisant lui a jeté les clés de sa maison dans le puits et a mis ses lunettes noires pour aller se promener tout le long de la nuit. L’Onde Radiophonique qui traverse l’univers dit qu’il est possédé et que « mille minutes saoules tournent à l’envers ». Baron Kriminel bat les cartes et les vévés coulent des doigts des esprits.

Celui qui en sait un peu sur le vaudou reconnaîtra sans doute le Baron Samedi avec son chapeau haut de forme.

Et d’ailleurs, Catherine Gil Alcala n’est-elle pas un peu possédée aussi par toutes ces voix, qu’elle convoque d’un tour de plume ?

« Nuage cheval, ton galop glisse, icône hallucinée… »

Lecteur, pour lire ce livre, mieux vaut déposer en entrant, ta raison dans la benne aux encombrants. La comédienne-poète-chamane t’invite dans un grand jeu sacré. Rite des morts et des renaissances, Le Jeu de l’Univers.

 

Cathy Garcia

 

 

IMG_6401_redim500.jpgCatherine Gil Alcala est auteure, metteur en scène, performeuse. Elle a longtemps navigué entre la poésie, le théâtre, la musique, les arts plastiques... Expérimenter en toute liberté pour traduire le langage de l'inconscient, de la folie... qui sont ses thèmes de prédilection. Deux créations en 2000 sur des trames oniriques dans un théâtre essentiellement d'images : Coquillage, en écoutant son sang couler dans son corps à la galerie Les Filles du Calvaire et au Lavoir Moderne Parisien, et Zoartoïste à la galerie Eof. Puis elle collabore avec Ioan Marinel, musicien tzigane, sur des improvisations et des musiques traditionnelles, et sur des créations de théâtre musical : Je, soussigné, doute... sur des textes d'Adolf Wolflï et De l'éternité et du temps, entremêlant des textes de Plotin en grec ancien et des glossolalies. Depuis quelques années elle privilégie l'écriture. Notamment, elle écrit et met en scène son long poème érotique et surréaliste Maelström excrémentiel au théâtre Les Déchargeurs, puis au festival d'Avignon, et sa pièce sur la folie créative Lorsqu'un homme sait tout à coup quelque chose qu'il ne devrait pas savoir. James Joyce fuit au 59 Rivoli, dans le cadre des Nuits Blanches. Elle conçoit une expo-performance de poupées et de poèmes Doll'art ou les Épopées de Pimpesouée et des performances musicalo-poétiques avec ses aphorismes Les contes défaits en forme de liste de course, au Musée du Montparnasse et dans le cadre du Printemps des poètes. Elle écrit Une nouvelle ville, vie... dans le cadre du « Bocal Agité » à Gare au Théâtre. En 2015, elle publie aux Éditions de la Gare Une Nouvelle ville, vie... dans l'ouvrage collectif Bocal urbain / Vivre la ville demain, et aux Éditions La Maison brûlée : James Joyce Fuit... Lorsqu'un homme sait tout à coup quelque chose suivi de Les Bavardages sur la Muraille de Chine, en janvier 2016 : La Tragédie de l'Âne suivi de Les Farces Philosophiques, en novembre : Zoartoïste et autres textes, en juin 2017 : La Somnambule dans une Traînée de Soufre.

 

http://www.lamaisonbrulee.fr/

 

 

 

 

Destruction de la ferme des Cent Noms à Notre-Dame-des-Landes

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"On n'oublie PAS, on n'oublie RIEN."

 

Des lieux de vie sont devenus des lieux morts après le passage du bulldozer policier sur la Zad de #NDDL cette semaine.

01/04/2018

Lame de fond de Marlène Tissot

 

 

La Boucherie littéraire

coll. Sur le billot, 2016, réimpression 2017

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74 pages, 12 €.

 

« Rien ne dure éternellement, mais tout continue à continuer »

 

Lame de fond a quelque chose du carnet intime que l’on emporte partout avec soi pour y noter nos météos intérieures, sauf que dans Lame de fond, le besoin d’écrire est motivé par un évènement précis : la perte. La perte et l’absence définitive d’un être cher et ce besoin soudain, cette urgence de tout plaquer, pour aller le retrouver sur les lieux qui rallumeront la mémoire. Partir les mains vides avec cette part de soi plus ou moins enfouie que la douleur vient raviver.

Ici l’être cher — mais l’auteur ne le dit pas, on le devine au fil des pages — c’est un grand-père, un grand-père vieux loup des mers adoré, un homme des grands espaces, un homme libre.

« Avec toi, tout est permis. Avec toi, on chahute l’apparence des choses ordinaires, on colorie le monde. »

Mais il ne s’agit surtout pas de rendre un hommage édulcoré au disparu.

« Non, tu n’étais pas parfait. Mais c’est ainsi que je veux me rappeler de toi. Avec chacun des fils dont ta peau d’homme était tissée, les rêches comme les soyeux. »

Et le lieu vers lequel le deuil renvoie l’auteur est un espace-temps, celui de Cancale en Bretagne et celui de l’enfance. Car avec les êtres chers qui nous quittent, ce sont comme des parts de nous qui s’en vont et que seule la mémoire peut convoquer. L’écriture sert alors de catalyseur et de fixateur.

« Des détails en forme de graines semées dans le terreau de l’enfance. Giboulée de souvenirs. Tout cela me semble tellement loin et si présent pourtant. Comme un paysage miniature dans une boule à neige. »

L’écriture de Marlène a toujours été juste, précise, percutante. Dans  Lame de fond elle se polit comme un galet roulé par la mer dans le sable. La douleur non seulement ramène à l’essentiel, mais dénude aussi ce qu’on pourrait appeler l’âme. Il est impossible de tricher avec la mort, elle met le doigt sur toute notre fragilité, met en relief tout ce qui est creux, vide et artificiel en nous et dans nos vies.

« Quel contrat tacite nous oblige à penser en terme d’avenir professionnel, de confort matériel, en termes de consommation, de concurrence, d’efficacité, de sacrifices, en termes de famille à fonder, d’enfants à éduquer, de vacances à planifier ? Doit-on nécessairement être raisonnable, responsable, capable d’adapter sa ligne de conduite à la société, se fondre dans la masse ? (…) Est-ce qu’on se laisse décolorer l’âme sans même le remarquer ? »

Dans toute famille, on peut espérer qu’il y ait au moins une personne qui nous transmette quelque chose qui a à voir avec l’essentiel, c’est le cadeau le plus précieux que l’on puisse faire à quelqu’un, c’est comme un nécessaire de survie. Le grand-père que Marlène évoque est de ceux-là, aussi son absence a la capacité de la rendre à elle-même avec une force et une acuité telle que la douleur de la perte devient une leçon de vie, intense.

« Cours ma belle ! Nage dans le ciel. »

La douleur anesthésie mais l’amour qui transcende la perte exacerbe au contraire tous nos sens, nous rend plus vivants que jamais. Et la mort du grand-père fait germer, dans le cœur de celle qui écrit, le noyau de l’enfance.

« Je marche à reculons, à rebrousse-temps et j’ai enfin l’impression d’avancer dans la bonne direction. »

Marlène nous offre un très beau livre, sensible, il ne peut laisser indifférent, il vient nous toucher, nous bouleverser, au plus secret de nous-mêmes, là où nous planquons nos plus grandes joies et nos plus grandes peines. Comme une lame de fond, il nous prend et nous retourne.

« Je trinque à ton éternité en buvant l’horizon, d’un trait. »

« Tu m’avais prévenue : “tout n’est que commencement.” »

 

Cathy Garcia

 

SDFS.jpgMarlène Tissot est venue au monde inopinément. A cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu'il n'y avait pas de mode d'emploi. Sait dorénavant que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu'elle a dix ans et demi et capture des images depuis qu'elle a eu de quoi s'acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais sait mettre un pied devant l'autre et se brosser les dents. Écrira un jour l'odyssée du joueur de loto sur fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l'instant se consacrer à des sujets un peu moins osés.

 

 

31/03/2018

Qu'est ce que le soufisme? INTRODUCTION AU SOUFISME: RÉALITÉ ET CARICATURES

par Slimane Rezki

 

 

 

 

 

 

LE SHÎ’ISME ET LE SOUFISME. Leurs relations principielles et historiques.

 

par SEYYED HOSSEIN NASR.


L’étude des rapports existant entre le shiisme et le soufisme est assez complexe, aussi bien au point de vue de leur réalité métahistorique que sous l’angle de leur manifestation dans l’histoire. Dans une telle étude, nous n’avons pas à nous occuper de la critique de certains orientalistes qui mettent en question le caractère islamique et coranique du shiisme et du soufisme. Ces critiques se basent sur l’hypothèse a priori qui veut que l’Islam ne soit pas une religion révélée et même que s’il est une religion, il est simplement celle de « l’épée » pour les bédouins du désert, et du coup renient complètement que le côté gnostique et ésotérique de la religion musulmane soit dérivé de la révélation islamique.
Beaucoup d’orientalistes pensent que l’absence des documents historiques, se rapportant aux premiers siècles de l’hégire, corrobore leur thèse comme si la non-existence en soi-même pouvait infirmer l’existence de quelque chose qui aurait pu exister sans avoir laissé des traces écrites que nous pourrions étudier et analyser aujourd’hui. La réalité du shiisme et du soufisme, comme étant des aspects essentiels de la révélation islamique, est trop évidente pour être niée par n’importe quel argument historique. L’arbre étant jugé suivant ses fruits, la spiritualité ne peut être que le fruit d’un arbre dont les racines sont plongées dans une vérité révélée. Renier cette évidente vérité serait comme si nous doutions de la sainteté chrétienne d’un saint François d’Assise, parce que l’on ne dispose pas de documents historiques témoignant clairement des premières années de la succession apostolique. En effet, ce que la présence d’un saint François prouve est le fait opposé, c’est-à-dire que la succession apostolique doit être vraie, même s’il n’existe pas de documents historiques. On pourrait affirmer mutatis mutandis la même chose à propos du shiisme et du soufisme.
En tout cas, cette étude se base sur le fait que le soufisme et le shiisme sont de caractère islamique ; en effet, le shiisme et le soufisme constituent des aspects intrinsèques de l’orthodoxie islamique, compris non pas seulement sous le sens théologique, mais dans toutes les formes révélées.
Le rapport entre le shiisme et le soufisme est compliqué par le fait que ces deux réalités spirituelles et religieuses ne se situent pas sur le même plan de l’Islam. L’Islam a un aspect exotérique (zâhir) et un aspect ésotérique (bâtin), qui constituent avec toutes leurs divisions intérieures la structure verticale de cette révélation. Mais l’Islam se divisant aussi en sunnisme et en shiisme, on peut dire que ces deux constituent la structure « horizontale » de cette tradition.
Mais si ce n’était que cela, la question serait relativement simple en effet, la dimension ésotérique de l’Islam, qui, dans le milieu sunnite, s’identifie presque complètement avec le soufisme, se répercute sur tous les aspects du shiisme, non seulement sur l’aspect ésotérique, mais encore sur l’aspect exotérique.
On pourrait dire que l’ésotérisme ou la gnose islamique s’est cristallisée dans la forme du soufisme dans le monde sunnite tandis qu’il a fécondé toute la structure du shiisme, surtout pendant les premiers siècles de l’ère islamique.

Du point de vue sunnite, le soufisme présente des similitudes avec le shiisme, et il a même assimilé des aspects du shiisme. Le grand historien Ibn Khaldûn écrit : « Donc les soufis furent imprégnés des théories shiites. Les théories shiites ont pénétré si profondément dans les idées religieuses des soufis qu’ils fondaient leur pratique de l’utilisation du manteau (khirqah) surle fait que ‘Alî habilla Hasan al-Basrî d’un tel manteau, et l’obligea solennellement de consentir à suivre la voie mystique. (Donc la tradition commencée par ‘Alî était suivie selon les soufis par al-Junayd, un des maîtres soufiques).
Du point de vue shiite, le shiisme est à l’origine de ce qu’on appellera plus tard le soufisme. Mais ici, par le shiisme, on veut dire les enseignements ésotériques du Prophète, c’est-à-dire les (asrâr) que plusieurs autorités shiites identifient avec la taqîyah des shiites.
Chacun de ces deux points de vue présente un aspect de la même réalité, mais considéré à travers deux mondes qui appartiennent à l’orthodoxie totale de l’Islam. Cette réalité est l’ésotérisme ou la gnose islamique. Si l’on considère le soufisme et le shiisme dans leur manifestation historique, durant les périodes ultérieures, ni le shiisme, ni le sunnisme ni le soufisme sunnite ne dérivent l’un de l’autre. Chacun tient son autorité du Prophète lui-même et de la source de la révélation islamique. Mais si l’on entend par le shiisme l’ésotérisme islamique comme tel, il sera naturel qu’il soit inséparable du soufisme. Par exemple, les Imams shiites jouent un rôle fondamental dans le soufisme, mais en tant que représentants de l’ésotérisme islamique et non pas comme Imam shiite.
Il y a en effet une tendance parmi les historiens musulmans tardifs, aussi bien que chez les savants modernes, à appliquer d’une manière régressive les claires distinctions qui paraitront plus tard aux deux premiers siècles de l’hégire. Il est vrai qu’on peut discerner un élément « shiite », même pendant la vie du Prophète, et que le shiisme et le sunnisme ont leur origine dans la révélation islamique et qu’ils existent providentiellement pour que l’Islam puisse intégrer des éléments ethniques et psychologiques divers dans la communauté islamique. Mais dans les premiers siècles, on ne peut pas discerner les mêmes divisions claires et distinctes que l’on trouvera plus tard. Il y avait des éléments sunnites avec des tendances définitivement shiites. Il y avait aussi des contacts intellectuels et sociaux, établis par les shiites avec des éléments sunnites. En fait, dans certains cas, il est difficile de dire si un auteur particulier était shiite ou sunnite, surtout avant, le IVe-Xe siècle, bien que dans cette période la vie spirituelle et religieuse du shiisme et du sunnisme possède déjà un parfum distinct. Dans ce milieu moins cristallisé et plus fluide, les éléments d’ésotérisme islamique qui, du point de vue shiite, sont particulièrement shiites, paraissent dans le monde sunnite en tant que l’ésotérisme islamique comme tel.
On trouve le meilleur exemple de ce principe dans la position de ‘Ali ibn Abî Tâlib. Le shiisme est essentiellement « l’Islam de ‘Ali », lequel représente pour les shiites l’autorité « spirituelle » et «temporelle» après le Prophète. Dans le sunnisme aussi, ‘Ali est à l’origine de presque tous les ordres soufiques, et il est l’autorité spirituelle par excellence après le Prophète. Le célèbre hadîth, «Je suis la cité de la connaissance et ‘Ali en est la porte », qui est une référence directe au rôle initiatique de ‘Alî dans l’ésotérisme islamique, est accepté par les shiites aussi bien que par les sunnites. Mais «  la régence spirituelle » (khilâfah rûhânîyah) de ‘Ali paraît au soufisme dans le monde sunnite non pas comme quelque chose de shiite, mais comme reliée directement à l’ésotérisme islamique, en soi-même.
Cependant, le cas de ‘Ali et la vénération que lui témoignent
les shiites et les sunnites montrent que des rapports très intimes les rattachent l’un à l’autre. Le soufisme ne possède pas une sharî’ah, il n’est qu’une voie spirituelle (tarîqah) attachée à un rite particulier shari’ite comme le rite malékite ou shâféite. Le shiisme possède une sharî’ah et une tarîqah. Dans son aspect de tariqah pur, le shiisme est presque identique au soufisme tel qu’il existe chez les sunnites. Il y a même certaines confréries soufiques, telles que celle des Ni’matulâhîs, qui ont existé dans les deux mondes des sunnites et des shiites. Outre cela, le shiisme possède, dans son aspect shari’ite et théologique, des éléments ésotériques qui sont apparentés au soufisme. On pourrait même dire que le shiisme, même dans son aspect extérieur, est orienté vers les stations spirituelles (maqâmât-i rûhânî) du Prophète et des Imams, qui sont aussi le but de la vie spirituelle dans le soufisme.
Quelques exemples de ces rapports vastes et complexes entre le shiisme et le soufisme peuvent éclairer les principes que nous avons déjà considérés. En Islam en général et dans le soufisme en particulier, le saint s’appelle wali (waliallâh, ami de Dieu) et la sainteté (wilâyah). Dans le shiisme, toute la fonction de l’Imam est associée avec le pouvoir et la fonction de ce qu’en persan on appelle walâyat et qui dérive de la même racine que wilâyah et a un rapport intime avec elle. Même quelques autorités ont considéré ces deux notions comme étant identiques. En tout cas, selon le shiisme, le Prophète de l’Islam, comme tous les grands prophètes avant lui, a eu en outre la fonction prophétique d’avoir été le messager d’une nouvelle législation divine (nubawwah) et (risâlah), a eu aussi la fonction du guide spirituel et le pouvoir initiatique (walâyat) qu’il a transmis par l’intermédiaire de Fâtimah à ‘Alî, et de ‘Alî à tous les Imams. Etant donné la présence perpétuelle de l’Imam, cette fonction et ce pouvoir sont toujours présents et peuvent guider les hommes dans la vie spirituelle. « Le cycle d’initiation » (dâ’iart al-wilâyah), qui suit «  le cycle de la prophétie » (dâ’irat al-nubuwwah), continue donc jusqu’à nos jours et garantit la présence perpétuelle d’une voie ésotérique en Islam. On peut dire la même chose à propos de wilâyah, parce qu’elle aussi implique une présence spirituelle permanente en Islam, qui donne la possibilité aux hommes de pratiquer une vie spirituelle et d’atteindre à la sainteté. C’est pourquoi certains soufis comme Hakim al-Tirmidhî, se sont particulièrement occupés de cet aspect fondamental du soufisme. Naturellement, il y ades différences entre le soufisme et le shiisme en ce qui concerne la manière dont fonctionne ce pouvoir et la personne qui la représente, aussi bien que celui qui est considéré comme « le sceau de la sainteté ». Mais la similitude entre les doctrines shiites et soufiques est assez remarquable et elle résulte directement du fait que les deux interprétations de la doctrine de wilâyah ou wilâyat sont deux aspects de la même réalité, c’est-à-dire l’ésotérisme islamique qui est lui-même appelé
walâyat.
Parmi les pratiques des soufis, il y en a une qui est intimement reliée, dans le sens symbolique, à la notion de la wilâyah et dans son origine à la notion shiite de walâyat. Cette pratique, le port du manteau et sa transmission par le maître au disciple, symbolise la transmission des enseignements spirituels et la grâce (barakah) particulière associée à l’acte d’initiation. Chaque état de l’Etre est comme un manteau ou un voile qui « couvre » l’état plus élevé, parce que symboliquement le « plus haut » s’associe toujours avec «l’intérieur ». Le manteau soufique symbolise la transmission d’une influence spirituelle qui permet au disciple de pénétrer l’état de conscience « profane » pour atteindre un nouvel état de conscience. Symboliquement, c’est par la vertu de ce manteau ou le voile transmis par le maître au disciple, que celui-ci peut déchirer son propre voile intérieur qui le sépare de Dieu.
Le port et la transmission du manteau et le symbolisme de cet acte et son rapport avec le shiisme sont confirmés par Ibn Khaldûn dans un passage déjà cité. Dans le Hadith-i kisâ’ (la tradition du vêtement) qui est célèbre dans le shiisme, le Prophète appelle sa fille, Fâtimah, aussi bien que ‘Ali et ses fils Hasan et Husayn, et leur demande de se mettre tous autour de lui.
Puis, il prend un manteau et il le place de manière telle qu’il les couvre complètement.
Le manteau et sa transmission symbolisent la transmission de la walâyat universelle du prophète à la forme de la walâyat partielle (walâyat-i fâtimiyah) à Fâtimah et par celle-ci aux Imams.
Il y a une référence directe au symbolisme ésotérique du manteau dans une tradition shiite bien connue, qu’en raison de son importance et de sa beauté, nous citons complètement :
« On a rapporté du Prophète
la paix soit sur lui et sur sa famille ce dit : « Quand je fus ravi au ciel en l’ascension nocturne et que j’entrai au paradis, je vis au milieu de celui-ci un palais fait de rubis rouge. Gabriel m’en ouvrit la porte et j’y vis une demeure faite de perles blanches. J’entrai dans la demeure et vis en son centre un coffre fait de lumière et fermé par une serrure faite de lumière. Je dis : « Ô Gabriel ! Qu’est ce coffre et qu’y a-t-il en lui ? » Gabriel dit : « Ô, Ami de Dieu (habiballâh) ! En elle est le secret de Dieu (sirrallâh), que Dieu ne révèle à personne, sauf à celui qu’Il aime. » Je dis : « Ouvre-m’en le couvercle ? » Il dit : « Je suis un esclave qui suit le commandement divin. Prie ton Seigneur jusqu’à ce qu’Il accorde la permission de l’ouvrir. » J’implorai donc la permission de Dieu. Une voix vint du Trône divin disant : « Ô Gabriel ! Ouvre-la ! » Il l’ouvrit. Je vis en elle la pauvreté spirituelle (faqr) et le manteau (muraqqa’ah). Je dis :
« Qu’est-ce que ce faqr et ce muraqqa’ah ? »
La voix du ciel dit : «  Ô Muhammad, ce sont deux choses que j’ai choisies pour toi et ton peuple (ummah) depuis le moment où Je vous ai créés tous deux. Ces deux choses, Je ne les donne à personne sauf à ceux que J’aime. Et Je n’ai rien créé de plus précieux qu’elles. » Alors le saint Prophète dit : «  Dieu que son Nom soit exalté a choisi le faqr et le muraqqa’ah pour moi, et tous deux sont pour lui les choses les plus précieuses. » Le Prophète tourna son attention vers Dieu et quand il revint de son ascension nocturne (mi’raj), il fit revêtir à ‘Alî le manteau avec la permission de Dieu et sur son commandement. ‘Alî le revêtit et il y cousit des pièces jusqu’à ce qu’il dise : « J’ai cousu tant de pièces sur ce manteau que je suis embarrassé devant celui qui coud. » ‘Ali le fit revêtir à son fils Hasan après lui, puis ce fut Husayn et ensuite les descendants de Husayn l’un après l’autre jusqu’au Mahdi. Le manteau reste avec celui-ci maintenant. »
Ibn Ahi Jumhûr, aussi bien que les commentateurs shiites plus tardifs de ce hadith, ajoute que le manteau revêtu et transmis par les soufis n’est pas le même manteau que celui dont il est question dans le hadîth. Ce que, plutôt, les soufis cherchent à faire, c’est d’arriver à imiter les circonstances de la vêture du manteau telle que le Prophète la fit et, par cet acte, de devenir conscients des mystères divins (asrâr) que symbolise le manteau, dans la mesure de leur capacité.
Toute la question de la wilâyah et du manteau qui la symbolise met en évidence l’élément commun le plus important entre le soufisme et le shiisme, qui est la présence d’une forme ésotérique et cachée de connaissance et d’instruction. L’usage de la méthode du ta’wil, ou herméneutique spirituelle, pour comprendre le saint Qur’ân aussi bien que le « texte cosmique », et la croyance en des degrés de signification à l’intérieur de la révélation, qui sont communs au soufisme et au shiisme, résultent de la présence de cette forme ésotérique de connaissance. La présence de la wilâyah, ou walâyat
, est le garant, dans le shiisme comme dans le soufisme, d’un caractère gnostique et ésotérique dont le ta’wil et le mode caractéristique d’instruction présent en tous deux sont les expressions naturelles.
Etroitement associé à la walâyat est le concept de l’Imam dans le shiisme, car l’Imam est celui qui possède le pouvoir et la fonction de la walâyat. Le rôle de l’Imam est central pour le shiisme, et nous ne pouvons nous occuper ici de toutes ses ramifications. Mais, du point de vue spirituel, il est important de mettre en valeur sa fonction de guide spirituel, une fonction qui ressemble beaucoup à celle du maître soufi. Le shiite cherche à rencontrer son Imam, qui n’est autre que son guide spirituel intérieur, si bien que certains soufis shiites parlent de l’Imam de l’existence de chaque personne (imâm wujûdika). Si on laisse de côté les fonctions shari’ites et aussi les fonctions cosmiques de l’Imam, sa fonction initiatique et son rôle de guide spirituel sont semblables à ceux des maîtres soufis.
De fait, tout comme dans le soufisme où chaque maître est en contact avec le pôle (qutb) de son époque, dans le shiisme toutes les fonctions spirituelles à chaque époque sont intérieurement reliées à l’Imam. L’idée de l’Imam comme pôle de l’univers et celle de qutb en soufisme sont presque identiques, comme c’est affirmé si clairement par Sayyid Haydar Âmulî quand il dit : « Le qutb et l’Imam sont deux expressions ayant la même signification et se référant à la même personne ». La doctrine de l’homme universel (al-insân al-kâmil), exposée par Ibn ‘Arabi, est très semblable à la doctrine shiite du qutb et de l’Imam, comme l’est la doctrine du mahdî développée par les maîtres soufis postérieurs. Toutes ces doctrines se réfèrent essentiellement à la même réalité ésotérique, à la haqîqat al-muhammadîyah, telle qu’elle se présente à la fois en shiisme et en soufisme. Et en ce cas, en tant qu’il s’agisse de la formulation de cette doctrine, il a pu y avoir des influences shiites directes sur les formulations soufies postérieures.
Une autre doctrine, qui est commune aux shiites et aux soufis, bien que sous certaines formes différentes, est la « lumière muhammadienne » (al-nûr al-muhammadî) et la chaîne initiatique (silsilah). Le shiisme croit qu’il y a une « lumière primordiale » passée d’un prophète à l’autre et, après le Prophète de l’Islam, aux Imams. Cette lumière préserve les prophètes et les Imams du péché, en les rendant impeccables (ma’sûm), et leur accorde la connaissance des mystères divins. Pour acquérir cette connaissance, l’homme doit être relié à cette lumière à travers l’Imam qui, suivant le Prophète, agit comme l’intermédiaire de l’homme à l’égard de Dieu dans la quête de la connaissance divine. De la même manière, dans le soufisme, pour obtenir l’accès aux méthodes qui, seules, rendent possible la réalisation spirituelle, l’homme doit être relié à une chaîne initiatique, ou silsilah, qui remonte au Prophète et par laquelle une barakah
coule de la source de la révélation jusqu’à l’être de l’initié. La chaîne s’appuie donc sur la continuité d’une présence spirituelle qui ressemble fort à la « lumière muhammadienne » du shiisme. De fait, les soufis plus tardifs parlent eux-mêmes de la « lumière muhammadienne ». Dans la période primitive, spécialement dans les enseignements de l’Imam Ja’far al-Sâdiq, la doctrine shiite de la « lumière muhammadienne » et la doctrine soufie de la chaîne spirituelle se rejoignent et, comme dans les autres cas, ont leur source dans les mêmes enseignements ésotériques de l’Islam.
Nous voulons finalement, dans cette comparaison entre doctrine shiite et doctrine soufie, mentionner les stations spirituelles et gnostiques (maqâmât-i ‘irfânî). Si nous nous tournons vers une étude de la vie du Prophète et des Imams comme on la trouve par exemple dans la compilation de Majlisi dans le Biâhr al-anwâr, nous découvrons que ces récits sont fondés, plus que tout autre chose, sur les états intérieurs spirituels des personnages considérés. Le but de la vie religieuse dans le shiisme est, en réalité, d’arriver à imiter la vie du Prophète et des Imams et d’atteindre leur état. Bien que pour la majorité des shiites, ceci reste seulement comme une possibilité latente, l’élite (khawâss) y a toujours été pleinement attentive. Les stations spirituelles du Prophète et des Imams, conduisant à l’union avec Dieu, peuvent être considérées comme le but final vers lequel tend la piété shiite et sur lequel est fondée toute la structure spirituelle du shiisme.
Dans le soufisme aussi, le but qui est d’atteindre Dieu ne peut être réalisé qu’en passant par les états (ahwâl) et stations (maqâmat) qui occupent une place si éminente dans les traités classiques du soufisme. La vie soufie aussi est une vie axée sur l’accomplissement de ces états, bien que le soufi ne recherche pas ces états en eux-mêmes, mais cherche Dieu en sa sublime Essence. Il est vrai qu’en soufisme chacun est attentif aux états et aux stations, tandis qu’en shiisme l’élite seule y est éveillée, mais ceci est assez naturel dans la mesure où le soufisme est lui-même le chemin de l’élite spirituelle, tandis que le shiisme concerne une communauté entière, possédant sa propre dimension exotérique et ayant sa propre élite aussi bien que ses croyants ordinaires (‘awâmm). Mais dans la signification spéciale donnée aux stations spirituelles dans les récits shiites de la vie du Prophète et des Imams, il y a une similitude frappante avec ce qu’on trouve en soufisme. Ici encore tous deux se réfèrent à la même réalité, l’ésotérisme islamique, àl’aspect pratique et « réalisé » auquel se rapportent les stations spirituelles.

Article de Seyyed Hossein NASR tiré de « Le shî’isme imamite » aux PUF, 1970.

 

 

Entre sunnites et chiites, quelle différence ?

 

 

 

 

Comprendre le conflit au Yémen en 5 minutes

 

Une vidéo de 2015 comme l'article ci-dessous

 

 

 

 

 

 

Comment s’est construite la « rébellion houthiste » au Yémen ?


Article publié le 05/03/2015

Par Clément Pellegrin

Gouvernement yéménite et partisans houthistes sont engagés depuis 2004 dans une guerre qui a tué environ 10 000 personnes et fait 200 000 déplacés. Celle-ci a connu plusieurs développements, « rounds » ou « hûrûb » (guerres en arabe), avec des déclencheurs à chaque fois différents et des médiations incertaines. La prise du palais présidentiel en janvier 2015 correspond à un nouveau cycle de cet affrontement. La « rébellion houthiste » est actuellement portée par le groupe armé Ansar Allah, que dirige Muhammad al-Houthi, cousin des frères Abd al-Malik et Husayn al-Houthi, deux leaders historiques de la contestation zaydite.

Le Yémen est souvent présenté comme un pays au bord de la scission, entre le nord et le sud, entre zaydites chiites et sunnites chaféites, entre houthistes et wahhabites, en proie à un affrontement par procuration entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Ce sont ici davantage des fractures, qui peuvent servir chacune de point d’entrée dans une compréhension des crises yéménites contemporaines. Ainsi, on compare le Yémen à la Syrie ou à l’Irak qui ont subit de violents processus de confessionnalisation, avec l’apparition de milices. Selon cette grille de lecture, largement véhiculée par l’État yéménite et reprise par bon nombre de médias occidentaux, les « rebelles houthistes », de confession chiite, auraient pris Sanaa dans l’intention de rétablir l’ancien imamat zaydite, avec le soutien de l’Iran [1].

Toutefois, les origines du mouvement zaydite étaient bien loin d’un tel mot d’ordre : anti-impérialiste, anti-américaniste, anti-sionniste, sa ligne politique ne détonnait nullement du discours politique ambiant au Yémen. En outre, elle se voulait porter une revivification culturelle davantage qu’un programme politique. A partir de ce moment, le gouvernement yéménite n’a eu de cesse de confessionnaliser la contestation, notamment par le biais d’une stigmatisation de plus en plus forte des zaydites. La réaction d’Husayn al-Houthi, qui dirigeait le mouvement jusqu’en 2004, a été de présenter sa lutte comme une nécessaire défense face à l’agression de l’État. En outre, le régime prétendait lutter contre l’irrédentisme de la région. C’était réécrire l’histoire en essentialisant le mouvement zaydite, c’est-à-dire en ramenant ses militants à une identité supposée d’autant plus facile à stigmatiser. La seconde stratégie du gouvernement a eu une composante régionale, dans le but d’ancrer le conflit dans la guerre contre le terrorisme. Le troisième facteur ayant entretenu le conflit est l’émergence d’une véritable économie de guerre, appuyée sur de solides réseaux de contrebande. Enfin, la dernière actualité du mouvement houthiste semble démontrer une fois de plus son attachement à des enjeux politiques yéménites plutôt qu’à sa supposée participation au terrorisme international.

De la revivification culturelle à l’entrée en politique

En 1990, dans le contexte politique pluraliste qui a accompagné la réunification du Yémen, les élites zaydites se sont dotées d’un parti, le Hizb al-Haqq (Parti du droit ou de la vérité). Dans leur manifeste de la même année, les oulémas réformateurs du parti déclarent l’abandon de l’imamat. Samy Dorlian y voit « le dépassement concentrique des appartenances primordiales [2] », c’est-à-dire non pas tant une dissolution de l’identité zaydite mais l’affirmation de sa compatibilité avec le régime républicain. Dès sa création, le parti al-Haqq a institué un forum de réflexion visant à revitaliser la culture zaydite par l’édition et la diffusion de manuscrits historiques, la Jeunesse Croyante.

Mais il fait scission en 1997, emmené par Husayn al-Houthi, ancien député du Hizb al-Haqq. Ce dernier est alors entré en contestation politique : au niveau local il entendait contrer l’influence salafiste en plein essor, dont le centre était situé à Dammaj (en banlieue de Sa’da) ; au niveau national, il s’est montré en désaccord avec le choix du Président Saleh de se ranger du côté des États-Unis après les attentats du 11 septembre. En 2002, Husayn al-Houthi prononce un discours dans lequel il fustige l’ordre géopolitique mondial, incarné selon lui par l’impérialisme américain et le projet sioniste, deux facteurs menaçant la souveraineté du Yémen. Le slogan illustre bien la perception de la menace dont parle al-Houthi :
Dieu est grand
mort à l’Amérique
mort à Israël
la malédiction sur les juifs
l’islam vaincra

Il interpelle alors le gouvernement yéménite, en l’enjoignant d’orienter sa politique étrangère dans le sens de la résistance. Avec l’intervention américaine en l’Irak en 2003, les partisans de ce slogan se font de plus en plus nombreux. Le gouvernement yéménite, sentant le danger d’une détérioration de ses relations avec les États-Unis, répond par l’arrestation de centaines d’opposants. Bien que l’ancien député et le Président Saleh aient cherché dans un premier temps à discuter, la situation atteint rapidement un point de non-retour.
L’affrontement armé débute le 18 juin 2004, lorsque Husayn al-Houthi est tué lors d’une opération de police visant à le capturer. Son frère, Abd al-Malik al-Houthi, prend alors sa suite. Toutefois, le politologue Laurent Bonnefoy rappelle l’absence d’agenda politique clairement défini chez les houthistes : jusqu’à maintenant, la motivation déclarée d’Husayn et d’Abd al-Malik d’entrer en confrontation armée était la nécessité de se défendre.

Confessionnalisation et stigmatisation

L’équation que propose alors le Président Ali Abdallah Saleh, via la propagande et les intellectuels organiques du régime, est la suivante : le mouvement houthiste est une rébellion d’un groupe de chiites radicaux, emmenée par les sayyid-s, les descendants du prophète et anciens dirigeants du Yémen. Frustrés d’avoir été écartés du pouvoir en 1962, ils mènent une lutte sécessionniste pour rétablir l’imamat zaydite chiite, appuyés par l’Iran dont ils admirent la révolution islamique de 1979.
Dans la guerre contre les houthistes, le président Saleh n’hésite pas à aller à contre courant des évolutions historiques que connaissait la région de Sa’da (au nord du Yémen, région frontalière avec l’Arabie saoudite). Laurent Bonnefoy a mis en évidence que durant les années 1990 et jusqu’à 2004, le mouvement allait dans le sens d’une atténuation de la stigmatisation des zaydites. Le renouveau était vu comme culturel et non politique. Les controverses qui existaient entre salafis et partisans du renouveau zaydite auraient été davantage intellectuelles qu’armées. Or, en stigmatisant les zaydites via la dénonciation des sayyid-s, le président Saleh espérait trouver des alliés sunnites dans les qabili-s, les hommes des tribus. Le régime a considéré en effet que l’opposition confessionnelle salafistes/zaydites [était] déterminée par la fracture sociale qabili-s/sayyid-s. La stratégie n’a fonctionné qu’imparfaitement, puisque la moitié des partisans des al-Houthi demeurent des hommes de tribu. L’un des proches lieutenants (Abdallah Ayda al Rizami) des leaders durant les quatre premières phases de la guerre de Sa’da était lui-même un homme de tribu.

La stratégie de stigmatisation des zaydites a pris plusieurs formes au cours de la guerre de Sa’da : fermetures de librairies, arrestations de personnes à Sanaa en raison de leur provenance de la région de Sa’da, nomination par le ministère des biens de maimorte (Waqf-s) de prédicateurs salafis dans les mosquées zaydites de Sa’da, et réécriture de l’histoire du zaydisme dans la presse [3]. Toutefois, cette communication politique s’appuie sur un retournement des faits : la « rébellion houthistes » aurait un programme politique clair inspiré par l’Iran. Mais celle-ci n’a jamais fait mention de la wilayat al faqih, n’a pas prêté allégeance au guide de la révolution iranienne à l’instar du Hezbollah libanais.

Pour Samy Dorlian, professeur à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-En-Provence et spécialiste du Yémen, le facteur discrimination a joué un rôle primordial dans le développement de la guerre de Sa’da puisqu’il a « provoqué des recompositions identitaires chez les citoyens d’origine zaydite [4]. » Ainsi, les houthistes ont été d’abord qualifiés comme tels par la propagande de l’État : « Un des principaux intellectuels et juristes zaydites de Sanaa, al-Murtadâ al-Muhatwarâ, qui dirige le centre d’enseignement al-Badr, mentionne le mécanisme : « C’est parce que l’État désigne sans cesse certaines personnes sous le nom de “houthistes” que ces gens deviennent effectivement “houthistes”. » [5] »

La régionalisation du conflit

La seconde stratégie du régime a été une stigmatisation en externe du mouvement zaydite, en le présentant comme proche de l’Iran et soutenu par le régime des Mollahs. Les houthistes seraient donc une menace globale par leur appartenance au mouvement chiite transnational. Laurent Bonnefoy analyse cette communication politique comme « une volonté manifeste du régime d’intégrer les tensions locales que connaît le Yémen dans un cadre cognitif fixé par l’agenda international et régional [6]. » S’il est vrai que le slogan des houthistes rappelle singulièrement certains mots d’ordre du Hezbollah libanais, et que l’on trouve des portraits de son secrétaire général Hassan Nasrallah un peu partout dans la région de Sa’da, il semblerait que la réciproque ne s’observe pas. Les griefs que cherche à faire reconnaître les houthistes sont yéménites, leur lutte est locale, qu’il s’agisse de leur combat contre les groupes salafis (membres d’al-Islah) ou djihadistes Al Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA). Le sens de leur slogan, nous l’avons vu plus haut, concerne avant tout la souveraineté du Yémen. En outre, aucun portrait d’al-Houthi n’est présent dans le sud-Liban. Toutefois, la communication politique du régime a porté ses fruits, notamment auprès de certains états du Conseil de Coopération du Golfe, dont le Yémen est candidat à l’adhésion depuis 2006. En 2007-2008, le Qatar a tenté de jouer un rôle de médiation entre les deux partis, en obtenant un éphémère cessez-le-feu. En 2009, le Président Saleh s’est rétracté en déclarant que cette médiation avait finalement contribué à renforcer la rébellion « en lui laissant croire qu’elle était l’égale d’un État [7] ». En août de la même année, la tension monte encore d’un cran et le Président Saleh applique un objectif de la « terre brûlée ». En novembre 2009, l’armée saoudienne entre au Yémen sous prétexte de poursuivre des combattants houthistes qui avaient passé la frontière. Les rares infrastructures (hôpitaux, écoles) présentes à Sa’da sont détruites et le Président impose un cessez-le-feu et le respect par les rebelles de six points (abandon des armes prises aux militaires, réouverture des routes, abandon des positions dans les montagnes, libération des prisonniers civils et militaires, yéménites ou saoudiens, abandon des bâtiments officiels et promesse de ne pas attaquer l’Arabie saoudite).

Les tenants d’une économie de guerre

Le mouvement zaydite a vu le jour dans la ville et la région de Sa’da, au nord du Yémen, frontalière avec l’Arabie saoudite. Il s’agit principalement d’une zone de hauts-plateaux, et qui a été la dernière à rentrer dans la République Yéménite en 1970 : pas par conquête mais par un accord de réconciliation. Par la suite, Sa’da fut écartée des plans de politiques de développement, en infrastructures notamment. Laurent Bonnefoy rappelle que le conflit concerne une zone où les réseaux de contrebande ont pu proliférer en raison du délaissement de l’État. A une vingtaine de kilomètres de Sa’da, dans la ville de al Talh, se tient l’un des plus grands marchés d’armes du Moyen-Orient. La porosité de la frontière avec l’Arabie saoudite ainsi que la proximité de la mer rouge ont facilité l’expansion des trafics. Une économie de guerre s’est rapidement mise en place dans la région, qui a pu susciter l’envie d’une grande part des hommes d’affaires, politiques et militaires yéménites : « la captation des ressources de l’économie de guerre est progressivement devenue un enjeu politique dans la mesure où elle satisfaisait certains intérêts et précipitait une recomposition des équilibres entre groupes concurrents [8] ». La guerre trouve son intérêt également dans la compétition pour l’attribution de l’aide. Au début de l’année 2009, le gouvernement annonce la création d’un fonds de reconstruction de 55 millions de dollars. Les comités qui se sont succédés pour gérer ce fonds étaient composés d’hommes issus des élites tribales locales, de figures politiques nationales et de technocrates. Pour Laurent Bonnefoy, les programmes d’aides ont « favorisé les tensions entre les belligérants, et donc la reprise des combats [9] ».

Le « round » de 2014 : vers un agenda politique plus affirmé ?

Le président Saleh tombe en 2011 à la suite de la pression populaire. Les combats entre le nouveau gouvernement et les houthistes ne tardent pas à reprendre. Dernièrement, les partisans d’Ansar Allah, groupe combattant dirigé par Muhammad al-Houthi, cousin d’Abd al-Malik, sont allés plus loin que la simple défense en se montrant capables d’exercer un certain pouvoir sur l’État.
En septembre 2014, ils rentrent dans la capitale Sanaa pour exiger l’abandon du redécoupage des régions. Selon eux, ce plan de fédéralisation du Yémen allait permettre l’accaparation des régions riches en hydrocarbures par les proches du président Abd Rabbo Mansour Hadi et la division électorale des zaydites, les rendant minoritaires dans leurs régions d’origine. Dans ce nouveau cycle d’affrontement, qui a vu le président partir en exil fin février 2015 à Aden, les houthistes font montre d’un agenda politique plus précis qu’auparavant : ils ont installé un comité révolutionnaire à Sanaa qui concentre les pouvoirs exécutif et législatif, et ont émis une alternative au plan de régionalisation proposé par le Président Hadi : le Yémen devrait être séparé en deux régions administratives. Pour le Président et l’ensemble des observateurs occidentaux, il s’agit là d’un appel à la partition du pays sur fond de coup d’État.

Lire sur Les clés du Moyen-Orient :
- Le Yémen, prochain champ de bataille du Moyen-Orient ? Entretien avec Benjamin Wiacek, rédacteur en chef de La Voix du Yémen
- République Arabe du Yémen (Yémen du Nord), 1970-1990
- Le Yémen de l’imam Yahya (1918-1948) : la difficile création d’un Etat moderne
- Fin de l’imamat zaydite au Yémen (1948-1962)
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- Yémen : des fractures toujours ouvertes
- Pour comprendre l’actualité du Yémen : Yémen, une histoire longue de la diversité régionale (de l’Antiquité au XIXe siècle)
- Rébellion chiite au Yémen
- Qu’est-ce qu’Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique ?
- Le protectorat d’Aden dans les années 1950

Bibliographie :
- Aymeric Janier, « Les houthistes, révoltés insoumis du Yémen  », Le Monde, 15/12/2013. URL : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/12/15/le...
- François-Xavier Trégan, « Au Yémen, les houthistes parachèvent leur coup d’Etat », Le Monde, 09/02/2015, URL : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/02/09/au...
parachevent-leur-coup-d-etat_4572691_3218.html
- Laurent Bonnefoy, « La guerre de Sa‘da : des singularités yéménites à l’agenda international », Critique internationale 3/ 2010 (n° 48), p. 137-159.
- Laurent Bonnefoy, Frank Mermier, Marine Poirier (dir.), Yémen, le tournant révolutionnaire, Paris, Karthala, 367 p.

Notes :

[1« Le zaydisme est une branche du chiisme née en 740 en Mésopotamie et en Asie centrale autour de Zayd bin ‘Alî al-Husayn, puis institutionnalisée au Yémen par al-Hâdî Ilâ al-Haqq Yahya bin al-Husayn (mort en 911). Cette secte majoritaire dans certaines des hautes terres yéménites est au fondement du régime de l’imamat qui a régné sur tout ou partie du Yémen jusqu’en 1962, soit pendant plus d’un millénaire. Le zaydisme connaît aujourd’hui d’importantes évolutions sur le plan de la doctrine et de son application politique. Elle s’est notamment structurée autour de la réaffirmation du rôle des hachémites (sayyids), « aristocratie » régnante jusqu’en 1962 dont la position politique, religieuse et sociale avait été mise à mal par la révolution républicaine ainsi que par un mouvement historique profond d’égalisation formelle des citoyens (la prétention des hachémites à détenir le pouvoir religieux et temporel s’est vue niée par le système républicain du Nord qui s’appuyait pour l’essentiel sur les tribus, tandis que les hiérarchies traditionnelles étaient mises à mal par l’idéologie socialiste au Yémen du Sud). » Selon Laurent Bonnefoy, « La guerre de Sa‘da : des singularités yéménites à l’agenda international », Critique internationale 3/ 2010 (n° 48), p. 137-159.

[2Samy Dorlian, « L’enjeu identitaire de la guerre de Saada », "confessionnalisation", stigmatisation, recomposition. » in Laurent Bonnefoy, Frank Mermier, Marine Poirier (dir.), Yémen, le tournant révolutionnaire , Paris, Karthala, p 72.

[3Samy Dorlian, L’enjeu identitaire de la guerre de Saada, p. 80 .

[4Ibid p 72.

[5Laurent Bonnefoy, « La guerre de Sa‘da : des singularités yéménites à l’agenda international » p. 140.

[6Ibid p 164.

[7Cité par Laurent Bonnefoy, « La guerre de Sa‘da : des singularités yéménites à l’agenda international », p 154.

[8Laurent Bonnefoy, « La guerre de Sa‘da : des singularités yéménites à l’agenda international », p 159.

[9Ibid, p. 154.

 

 

29/03/2018

Yémen, le chaos et le silence, un documentaire de François-Xavier Trégan (2018)

visible jusqu'au 25 avril sur Arte +7