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25/05/2017

Werner Lambersy - Dieu est de retour !

 

Dieu est de retour !

 

Pas celui dont on ne sait rien sauf qu'il devrait être amour, mais celui qui sert de prétexte aux fanatiques pour dominer par la terreur sur ce qui reste libre et insoumis.

Il n'y a qu'à voir grandir et prospérer en son nom massacres, génocides et violences de toutes sortes où l'on jette dans la mort des populations !

Celui dont nous avons inventé la tutelle, la parole et les décrets vengeurs, ce dieu-là est de retour. Il aime la paix des cimetières, et ses guerriers, gavés de slogans imbéciles, de promesses creuses et abreuvés de haine, en sont les jardiniers enthousiastes.

L'homme est un singe que l'idée d'absolu a rendu fou ! Toute "révélation" est d'abord une idée reçue, son message prêté à un dieu muet dont la prévoyance est de n'écrire jamais dans aucune religion.

La loi divine est devenue une arme sacrée ; ceux qui l'écrivent en demeurent les juges suprêmes, les exécutants sans pitié. Son pouvoir se fonde sur la peur, le remords et l'or !

Aucun dieu proclamé n'aime le partage et ne pas le servir, les yeux fermés et les oreilles bouchées, est trahir et mérite la mort.

Aux terroristes, rampants ou non, des sociétés cotées en bourse, des oligarques divers ou d'un clergé puissant, répond le terrorisme aveugle et brutal des sociétés féodales que menacent la modernité, les sciences et la création artistique.

Jamais pourtant le génie ne fut plus ouvert à tous les possibles, à la grandeur microscopique et universelle de l'être humain. Dont acte.

Que cela plaise ou non, la vie gagne toujours...

 

W.L. 2016

 

 

Lieu du larcin : Voix Dissonantes http://jlmi.hautetfort.com/

 

 

 

 

10/05/2017

«C'est pour un changement ? Repassez plus tard» par Sarah Roubato

 

 

 

La réalité referme la porte de la salle d’attente. Quelque chose se détache de moi. Cette espèce de force qui se glisse dans la petite carcasse d’un individu quand il croit pouvoir participer à quelque chose de plus grand.

Rendez-vous a encore été pris avec le changement. J’ai reçu une fausse convocation, en onze exemplaires. J’ai encore joué le jeu, j’ai fait semblant de croire qu’un changement de société pouvait passer par l’élection d’un seul homme au sein d’un système qui ne représente plus les citoyens. Excusez-moi. J’ai lu quelque part que la soif prolongée pouvait entraîner le délire.  

 

François Legeait François Legeait

 

 Je passe ma jeunesse à avoir soif

Moi ça fait toute ma jeunesse que j’ai soif. Je me sens la taille d’une comète à qui l’on offre l’étendue d’un bac à sable. J’ai soif d’un changement qui trépigne dans une chambre trop petite pour l’urgence de notre époque. Il ne s’exerce que dans des poches de résistance, dans la débrouillardise, dans le temps qu’il nous reste après avoir rempli notre fonction dans le système que l’on cherche à quitter. Éclaté dans les initiatives personnelles du chacun dans son coin. Alors j’ai cru qu’il fallait aussi espérer un changement de là-haut. Car un changement de société  se fait à toutes les échelles, dans le minuscule et dans le grandiose, dans les gestes de chacun et dans l’horizon pointé par ceux à qui l’on fait confiance pour gouverner.  Mais la destruction est une vieille fille. Elle travaille plus vite que l’invention.

 Le temps d’un printemps qui n’aura pas lieu, j’ai espéré un changement qui permettrait de dépasser les clivages politiques pour rencontrer les véritables enjeux de demain, pour changer le logiciel de production, pour infuser du sens à la mise en relation de nos vies qu’on appelle société,  pour offrir d’autres horizons aux plus jeunes pour qu’ils n’aillent pas s’en chercher un sordide dans les idéologies de la mort.

 Un changement profond qui ferait de l’être humain autre chose qu’un appareil à consommer programmé pour entretenir la grande machine de production de biens et de loisirs. Qui s’inventerait un autre horizon que celui du pouvoir d’achat. Qui saurait voyager, s’amuser, s’informer, en prenant le temps de la rencontre avec un lieu, un peuple, un art, une réalité. D’un être humain pour qui le progrès serait de mettre les nouvelles technologies au service du respect du vivant. Bien sûr nous continuerons à nous battre pour un bout de territoire ou pour asseoir nos privilèges. Bien sûr nos rapports seront toujours déterminés par les enjeux de pouvoir. Nous restons des primates et des mammifères. Mais au moins, que cela se fasse ailleurs que dans la culture du néolibéralisme.

La génération de l’impuissance

François Legeait François Legeait

 

 Pour le changement, il faudra repasser plus tard. C’est un de ces jours où ce qui aurait pu être fait plus de bruit que ce qui est. J’assiste à la victoire de mon impuissance. Je suis de cette génération. La génération impuissante.  Celle qui sait, celle qui pourrait. Celle qui a la volonté, les idées, les outils, la puissance de travail, la force de l’imagination. Qui ne demande qu’à les mettre en oeuvre, si on lui en laissait l’espace. J’aurais préféré pouvoir dire que je ne savais pas, ou que les moyens technologiques, financiers, humains, n’existaient pas encore. Je n’aurai pas cette chance. Je ne pourrai que dire : ils ne m’ont pas laissé. 

Car j’ai démissionné du mythe de l’individu surpuissant. Vous pourrez toujours me chanter le refrain Si tu le veux vraiment, tu vas y arriver ! Si je reconnais la puissance d’un individu à faire front contre l’ordre du monde établi, je sais aussi que la portée de l’action individuelle dépend du contexte social dans lequel il se pose. Le sens de ma vie ne dépend pas que de moi. Il est le choc d’une rencontre entre mon libre arbitre et les circonstances. Mon geste pourra être totalement inutile ou avoir une portée immense, selon la capacité des autres à l’accueillir. Ma voix a besoin de parois pour rebondir et faire écho.

 Un président qu’une majorité ne voulait pas vient d’être élu dans mon pays. La noble idée de donner à tout citoyen la possibilité d’exprimer son opinion a été magistralement détournée. Les grands médias choisissent pour nous qui est petit et qui est grand, qui est digne d’attention et qui ne l’est pas, les sujets importants et ceux qui peuvent être éludés. Ils  préparent le terrain sur lesquels poussent nos opinions et de nos choix, arrosés de l’engrais du scandale, du spectacle, et de la mise en scène de la dispute.

Le pire est déjà au pouvoir. Que pouvait-on imaginer de pire que le système fabriquant un fils faussement bâtard qui nous vend la promesse d’un changement ? Que pouvait-on imaginer de pire que d’avoir à choisir entre deux continuités du même système, celle qui se fonde sur notre peur de ne pas trouver de place hors du système néolibérale, et celle qui se fonde sur notre peur de ce système ? Que pouvait-on imaginer de pire qu’un parti fondé sur le rejet comme seule alternative à la proposition néolibérale ?

 Ne pas choisir est interdit. Un bulletin de vote n’est plus l’expression du libre choix d’un individu. Les brebis ont été dirigées vers la bergerie sans s’en apercevoir, et leur choix s’est limité à choisir par quelle porte, puis par quel pied elles allaient y entrer. La bête aux grandes dents a été bien nourrie pour mieux brandir sa menace.

 Se contenter du monde tel qu’il est ?

Dans ce pays qui fait encore briller les yeux au-delà des mers, j’ai trouvé des gens qui entreprennent le changement. Patiemment, à leur échelle. Loin des slogans et des cris de la foule. Ils travaillent à produire, éduquer, informer, manger, s’exprimer autrement. Ce sont les semeurs d’un monde que je ne connaîtrai pas. Les passeurs d’une autre conscience humaine et politique. Ils posent les rails pour un train que d’autres prendront.

 J’en ai rencontré d’autres qui approuvent, applaudissent, signent des pétitions en ligne, et retournent se coucher sur le coussin de leurs habitudes inchangées. Qui s’offusquent mais acceptent, qui entendent et zappent. Les humains sont devenus des points de connexion par où passent toutes les informations, indifférenciées, à toute vitesse. Il faut bien retourner à nos petites urgences. À croire que nous avons renoncé à notre puissance à convertir la critique en action constructive.

 J’en ai rencontré d’autres encore, les épaules basses, les regards presque éteints, pliés sous les pressions sociales et sous les exigences de l’école, de l’entourage, des discours de bonne conduite, sommés de maintenir leurs rêves en veilleuse. Pourtant j’en ai vu se retourner en une soirée, en une minute. Il suffit parfois d’une phrase, d’un texte, d’une chanson, d’une rencontre sans lendemain, pour retourner la boussole de toute une vie.   

 J’en ai rencontré bien plus qui avancent sans autre horizon que celui qu’on leur a appris, à qui l’on a confisqué le luxe de pouvoir envisager autre chose. Parfois je les envie. Oui, il y a des jours où j’aimerais pouvoir me contenter du monde tel qu’il est. Y trouver ma jouissance et ne pas chercher plus loin. Car je sais qu’il me reste trop peu de temps pour connaître le changement. La seule jouissance que je puisse espérer est celle d’avoir combattu. Le manque d’espérance est plus confortable que l’impuissance. Je sais, ma vie n’est qu’un éternuement à l’échelle d’un changement de société. Seulement je n’ai pas le luxe de croire que j’en aurai une autre. Je n’ai pas envie de passer ma vie dans la salle d’attente du changement.  

Ne pas me contenter d’un changement à mon échelle

François Legeait François Legeait

 

  En bon enfant de l’individualisme, j’ai souvent la tentation de me retrancher dans ma petite personne. De tourner le dos à l’arène. De laisser les autres faire ce qu’ils veulent. Partir, me réfugier dans un autre pays ou dans un cocon local pour vivre parmi ceux qui partagent le même rêve. Faire ce que je peux, à mon échelle, et m’en contenter. Mon émancipation me suffira. Chaque semaine quand je déposerai mon sac de recyclage au milieu des centaines de poubelles non triées dans la rue, je pourrai me dire que je fais ma part. Je réciterai la légende du colibris comme catéchisme.Je serai le bon élève de la culture individualiste qui nous dédouane de toute responsabilité collective. Et j’aurai encore soif.

 Car je sais que je suis aussi de la génération dont la responsabilité est immense. Si je prétends rompre avec l’idéologie qui atomise les individus en unités consommatrices, si je reconnais que je fais partie d’un ensemble, du règne du vivant, de l’espèce humaine, d’une société, d’une nation, et que mon geste doit faire sens pour les autres, alors je ne peux pas me contenter de mon petit changement à mon échelle. L’état du monde exige plus de moi. Dans les périodes de crise, nos gestes nous dépassent. Nos choix deviennent des propositions. Nos renoncements, des condamnations pour l’avenir. Nos espérances, de nouveaux horizons pour que d’autres regards se lèvent. Jamais ne rien faire n’aura eu un tel poids.

 Être de ceux qui auront essayé

 

Francis Azevedo Francis Azevedo
 
Je quitte la salle d’attente. Je ne sais pas où je vais. J’ai mal à mon impuissance. Mais je ne renoncerai pas à mon combat. Je le mènerai simplement avec l’impuissance chevillée au corps. Mon but sera de laisser une trace sur la terre craquelée de notre civilisation. La trace de ceux qui auront essayé. J’aspire à faire partie de ceux qui auront échoué. C’est la seule victoire que cette époque m’autorise. J’ai débarqué trop tard, ou trop tôt. J’irai raconter ceux qui auront entamé un changement avec lequel l’humanité n’a peut-être pas rendez-vous. Je me ferai le scribe des puissances endormies d’un siècle qui porte en gestation le chaos à venir.  

 

 

Sarah Roubato

www.sarahroubato.com

 

 

 

06/05/2017

Peut-on souffrir des tragédies vécues par nos ancêtres ?

 
05.05.2017

Super trash de Martin Esposito (2013)

Pour se rappeler le goût et l'odeur de notre civilisation... filmé en France, Super trash, documentaire réalité par Martin Esposito (2013) ou quand les morts en fin de concession partent à la décharge, enfants compris, quand les hydrocarbures et les bidons d'arsenic et autre se cachent sous nos ordures, ce doc-film dans lequel le réalisateur se donne corps et âme, au sens littéral du terme, et à voir, à faire voir, à diffuser dans les écoles....le vrai visage de notre surconsommation, de notre gaspillage à vomir, les mensonges d'un système corrompu et pourri, dégueulasse, des collines, des montagnes de honte..... Il est là le grand défi de notre siècle : comprendre et changer ça, radicalement, ou crever étouffés, empoisonnés par notre propre merde, nous sommes les êtres vivants les plus crades de cette planète. Les plus stupides aussi.

 

 

 

 

 

01/05/2017

Comme une odeur de printemps avorté par Sarah Roubato

 

Il y a dans l'air comme une odeur de printemps avorté. L'espoir boite des ailes. Regarde bien, petit, regarde bien. Dans l'arène, deux lions se battent. Mais tends l’oreille, petit. Tu entends ? Des bruits de grattage, de reniflage, de coups de pioche. C’est le bruit des taupes. Sous la poussière de l’arène médiatique, des millions de taupes travaillent pour préparer le monde de demain.

 

Etienne quitte la mine, Germinal, Zola, par Claude Berri Etienne quitte la mine, Germinal, Zola, par Claude Berri
 
 
Regarde bien, petit, regarde bien. Y’a un homme qui vient que je ne connais pas. Il revient de l’arène. C’est l’espoir qui boite des ailes. La boue entre par les trous dans ses semelles. La faim qu’il ne sentait plus hier est revenue. Il y a dans l’air comme une odeur de printemps avorté. Les horizons qui le faisaient chanter hier encore lui sont retombés sur le crâne. Il a mal à la tête, il veut s’allonger, faire la sieste pour les quinze prochains jours. Et peut-être pour les cinq ans à venir.

 

Regarde bien, petit, regarde bien. Dans l’arène, le spectacle continue. L’armée des Sauveurs de la République brandit les grands mots d’un régime à bout de souffle. Tout autour, les prêtres de la messe télévisuelle tendent leurs micros : Vous en appelez à voter pour… ? Ce soir vous nous dites que vous ralliez à… ? Le scénario est déjà écrit. Le pire est là. En deux exemplaires. Le choix n’aura pas lieu. Le refus est interdit. Il ne compte pas. Choisir ou ne pas choisir ? Rester dans l’incendie ou bien sauter dans le ravin ? Les brebis attendent que le berger qui leur avait promis de verts pâturages les dirige vers le feu ou bien vers le vide.

Les figurants de la dernière heure jouent la grande tirade de la République en danger. Personne ne donne de consigne, mais tout le monde dit pour qui ne pas voter. La litote est revenue à la mode. Chacun est libre. Libre de voter pour éviter, de voter pour faire barrage, de voter pour empêcher. Voter pour ne pas. Notre liberté a toute l’étendue d’un passage clouté.

Regarde bien et apprends ta leçon, petit. Ce n’est pas en faisant quelque chose d’important que tu feras parler de toi. C’est en faisant parler de toi que tu deviendras important. Sois un phénomène avant d’avoir des idées. Dans ce monde, c’est l’enveloppe qui compte. Un nouveau visage est le renouveau. Être jeune garantit le changement. S’égosiller est le nouveau charisme. Enfile une peau de loup et les gens diront que tu es un loup.

Le caniveau rejette les mots usés : environnement, entraide, harmonie, imagination, envie, possibilités, vivre ensemble, jours heureux, battre le cœur, espérance. Vous êtes arrivés trop tard, messieurs. Ou bien trop tôt. Les enfants de la société du spectacle, de la consommation, du capital et de la communication, gagnants ou perdants, ne veulent pas de vous. Ils dessinent leur horizon avec des feuilles de paye, un pouvoir d’achat, des avantages fiscaux. Ils veulent qu’on les rassure : le monde qu’ils connaissent va pouvoir continuer, enfler, accélérer. 

Dans l’arène, les deux derniers lions se livrent un combat que plus de la moitié des spectateurs n’a pas souhaité. Mais tends l’oreille, petit. Tu entends ? Des bruits de grattage, de reniflage, de pioches, de coups. C’est le bruit des taupes. Sous la poussière de l’arène médiatique, des millions de taupes travaillent pour préparer le monde de demain. Jour et nuit, jour de spectacle et jours de relâche. Elles creusent, abattent des cloisons entre des mondes qui s’ignoraient, relient des galeries, inventent de nouveaux itinéraires de vie. Souvent elles arrivent à des impasses, impossible de creuser plus loin. Alors elles font demi tour, et cherchent un autre accès.

Elles arrivent de tous les coins de la plaine. Des usines, des salles de classe, des champs, des bureaux, des estrades. De la grande ville, des banlieues, des campagnes. Là haut, on leur avait appris qu’elles appartenaient à différentes espèces. Qu’elles devaient évoluer de chaque côté d’une ligne de fracture qui sépare les centre-villoises et les banlieusardes, les rurales et les citadines, les ouvrières et les patronnes, les chômeuses et les travailleuses, les littéraires et les scientifiques, les jeunes et les vieilles, celles qui sont nées ici et celles qui sont nées ailleurs.

Elles préparent le monde de demain. Elles ne savent pas si ce sera suffisant. Tant pis. Sous la poussière, elles creusent. Sous ceux qui rugissent, elles agissent. Sous ceux qui grognent, elles grattent. Sous les coups de griffes, elles reniflent. Pour pouvoir se dire à la fin du spectacle que quelque chose a changé pendant qu’elles sont passées.

Elles ne savent pas qu’elles sont aussi nombreuses. Chacune dans son tunnel suit un instinct, une idée, une intuition, une folie. Elles ont troqué la vision du monde qu’on leur a apprise contre celle d’un monde qui n’existe pas encore. Elles flairent les potentiels. Au fond du tunnel, elles voient d’autres horizons. Dans son couloir, chacune se croit seule. Elles passent souvent à quelques centimètres l’une de l’autre sans se rencontrer. Parfois, un coup de griffe bien placé, le mur tombe, et elles se rencontrent dans une galerie. Alors elles créent des associations, des collectifs, des mouvements, des villages. Creusent des écoles alternatives, des monnaies locales, fabriquent du naturel, organisent des circuits courts, encouragent un tourisme respectueux des espaces qu’il traverse, inventent d’autres modèles d’entreprise, ramènent la culture à la portée de tous, créent des associations pour ceux que leur âge, leur handicap ou leur parcours de vie, isolent de la société.

Elles préparent un monde où nos activités – manger, se chauffer, se déplacer, se maquiller – respectent le vivant, où les générations travaillent, s’amusent et apprennent ensemble, où les nouvelles technologies n’effacent pas la présence aux autres. Elles savent que demain exige de nous qu’on recalibre nos priorités, qu’on change de paradigmes et de cadres. C’est un changement qui ne se décrète pas et qui ne s’écrit pas à l’avance. Un changement qui s’essaye, qui se casse la gueule, qui se repositionne, les mains dans le cambouis du quotidien.

Il va te falloir choisir, petit. Dans chaque geste de ta vie. Entre ce qui s’agite à la surface  et ce qui travaille en sourdine. Entre ceux qui attendent que le changement vienne d’en haut et ceux qui l’appliquent dans chaque geste. Entre ceux qui ont renoncé à leur puissance et ceux qui la reconquièrent. Entre ceux qui font faute de mieux et ceux qui œuvrent pour faire mieux. Entre ceux qui se contentent du monde tel qu’il est et ceux qui poursuivent le monde tel qu’il devrait être.

Etienne quitte la mine, Germinal, Zola, par Claude Berri Etienne quitte la mine, Germinal, Zola, par Claude Berri


Regarde bien, petit, regarde bien. Un jardinier boiteux la semence dans le poing cherche son jardin. Le boiteux avance, guidé par le bruit des taupes sous ses pieds. Quelque chose est en train de monter. Quelque chose de plus grand que les hommes qui l’ont portée. La sève d’un autre printemps qui ne viendra pas cette année. "C'est pour un changement ? Repassez plus tard !" Regarde bien petit, regarde bien. Y’a un homme qui vient que nous ne saurons pas. Tu peux reprendre les armes.

 

Sarah Roubato

www.sarahroubato.com

 

 

30/04/2017

Lichen n° 14 (mai 2017)

 

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Publication à périodicité (éventuellement) mensuelle * ISSN 2494-1360

prix : 1 mot (nous demandons que chaque personne qui consulte et apprécie ce blog nous envoie, en échange, un mot)

Au sommaire de ce 14e numéro :

Éditorial

Actualités : à lire

Carte postale : « Transparence », par Marie-Anne Schönfeld

Jiani Abert : deux poèmes sans titre

Anouch : « là enfin l’embellie » et « du travail pour les paupières »

Asteln : le nuage (photo et poème)

Antoine Barat-Vassard : « Céline au casse-pipe »

Bernard B : « Pause surréaliste 7 »

Jean-Pierre Bars : quatre poèmes sans titre

Clément Bollenot : trois poèmes très courts sans titre

Pauline Bordaneil : « Incipit » et « Conjonction »

Gabrielle Burel : « La nouvelle »

Éric Cuissard : « Petite suite de poèmes incertains, façon André du Bouchet »

Colette Daviles-Estinès : « Cachets de la poste » et « Poèmier »

Carine-Laure Desguin : « Assoiffer le matin » et « À raison de berge »

Michel Diaz : un poème sans titre (extrait de Dans l’inaccessible présence, à paraître)

Didier Du Blé : un poème sans titre extrait de Vers un autre horizon

Marine Dussarat : « Le clapotis de la vague » et « Juste pour rien »

Laure Escudier : « Le cri du regard », poème, et « Masque 2 », dessin

Cathy Garcia : « Faille ou fêlure »

Gabriel Henry : « Parallèles »

Hoda Hili : « Nasses » (XXI à XXVI)

Leafar Izen : trois courts poèmes

Valère Kaletka : trois poèmes

Abir Khalifé : « Pétrole », traduit de l’arabe par Antoine Jockey

Cédric Landri : trois pantouns

Robert Latxague : « Stylo swing »

Hervé Le Boisselier : « Parler » (1)

Le Golvan : encore d’autres extraits de Jours

Alix Lerman Enriquez : « Une fenêtre s’ouvre »

Bénédicte Liocourt : « mercredi 7 octobre »

Jean Lucq : deux poèmes

Cédric Merland : quatre poèmes très courts

Marc Meyer : « Soma »

Ana Minski : « Extraits de mondes » (2) et « Le dédale des rêves » (peinture)

Brice Noval : « Norev »

Charles Orlac : un poème sans titre

Frédéric Perrot : « Le brouillard » (avec un dessin d’Éric Doussin)

Joëlle Pétillot : « Trois jamais »

Éric Pouyet : « Vous pouvez répéter la question ? »

Bénédicte Rabourdin : « La combine »

Florentine Rey : trois textes courts

Olivier Robert : trois poèmes courts sans titre

Salvatore Sanfilippo : « Si belle » et« Aléatoire »

Marie-Anne Schönfeld : deux « Rencontres »

Clément G. Second : un poème, une photo

Marjorie Tixier : « Bon Iver »

Sophie Marie Van der Pas : Petit haïku de saison

Choses vues : La 2e édition des « Journées d’Avril » à Clans (06)

Éric Cuissard et quelques autres : le jeu des chiffres

Guillemet de Parantez et quelques autres : le don de mots

 

 

 

 

 

28/04/2017

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon - les prédateurs au pouvoir

A lire : Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Les prédateurs au pouvoir. Main basse sur notre avenir, Textuel, 2017, 64 pages.

 

Pourquoi certains électeurs vont-ils voter pour un candidat qui ne leur ressemble pas et qui ne semble même pas défendre leurs intérêts ? Pourquoi acceptons-nous ce fossé qui s’élargit chaque jour davantage entre une classe dominante et les autres ? Comment l’argent est-il devenu une arme de destruction massive aux mains d’une oligarchie ? C’est à ces questions que tentent de répondre les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, dans leur ouvrage Les prédateurs au pouvoir, dans un style clair et corrosif. Pour eux, Marine Le Pen, François Fillon ou Emmanuel Macron ne sont que différents visages de cette oligarchie prédatrice qui a fait main basse sur notre avenir. Rencontre.

Basta ! : Face à l’augmentation des inégalités, à l’intolérable situation dans laquelle se trouvent une partie de la population qui subit le chômage, pourquoi la question du partage des richesses n’est-elle pas plus centrale dans cette campagne ?

Monique Pinçon-Charlot : Il est difficile aujourd’hui de parler des inégalités abyssales, dont la concentration se fait pourtant à une vitesse complètement folle. En 2010, 388 multimilliardaires possèdent la moitié des richesses de l’humanité. En 2016, cette richesse est concentrée entre les mains de seulement 8 super riches ! Mais cela reste tabou car ces richesses ne sont pas le résultat de mérites, de réalisations favorables à l’humanité, mais de spéculations, de prédations sur les ressources naturelles, dans tous les domaines d’activité économique et sociale. Elles sont destructrices pour la planète et pour l’humain, mais sont passées sous silence. Une partie du problème vient du fait que ce sont des patrons du CAC40 qui sont massivement propriétaires des grands médias, qui relaient volontiers la « voix de leur maître » (lire notre enquête « Le pouvoir d’influence délirant des dix milliardaires qui possèdent la presse française »).

Dans ces conditions, comment des responsables politiques qui ne s’attaquent pas aux causes de ces inégalités arrivent-ils à nous faire croire qu’ils œuvrent pour le bien de tous ?

  1. P.-C. : On ressent un désarroi très profond chez les Français avec cette élection présidentielle : ils ne comprennent plus rien ! Ils sentent qu’il y a quelque chose de vicié, de pervers, de cynique dans cette situation, qu’ils sont lobotomisés par les médias, qu’ils n’ont pas les moyens de penser car ils sont dans un brouillard sémantique, idéologique, linguistique. Ils sont en quelque sorte tétanisés, sidérés. Et la classe politique est dans une bulle. On nous dit que le système est démocratique, mais quand on voit comment un ouvrier comme Philippe Poutou est traité... Il n’y a pas d’ouvriers à l’Assemblée nationale, alors qu’ouvriers et employés représentent aujourd’hui encore 52% de la population active ! Un tel décalage entre réalité des classes moyennes et populaires et ce qui se passe au Parlement est problématique.

Comment est-ce possible que des responsables politiques ne voient pas où est le problème, à acheter des costumes de luxe, à se faire payer des cadeaux par des « amis » ?

  1. P.-C. : C’est plus grave que cela. Il y a un processus qui se construit dès la naissance, de recherche d’entre-soi, d’être avec son semblable. C’est aussi un processus d’évitement et de ségrégation du non-semblable. Petit à petit, cela construit le dominant comme s’il venait d’une autre planète, comme s’il était d’une autre « race »… Comme pour la noblesse, avec son prétendu « sang bleu » : la différence était marquée dans la définition même du corps. Et dans la déshumanisation de l’autre, du dissemblable. L’autre, ils s’en fichent… du moment qu’il continue à voter pour eux.

Mais comment expliquer que François Fillon ait encore autant de supporters ?

  1. P.-C. : C’est une question centrale. Pourquoi est-il à un niveau encore si haut dans les sondages malgré la gravité de ce qui lui est reproché ? Les 30 années que nous avons passées à travailler sur l’oligarchie nous ont permis de nous mettre dans leurs têtes – celles de François Fillon et des proches qui le soutiennent, celles des super riches. Ils se sont construits avec un sentiment d’appartenir à une classe sociale, une classe hétérogène évidemment mais suffisamment solidaire pour capter tous les pouvoirs. Ils sont entre eux en permanence : cela permet la construction d’un sentiment d’impunité collective et d’immunité psychologique. Chaque individu se construit une non-culpabilité, une « non mauvaise conscience ». Ce sont des gens « à part », qui estiment qu’ils ne peuvent pas être punis sur le plan pénal, en matière de fraude fiscale ou de corruption. Ils considèrent que les institutions doivent les protéger. Cette classe a une fonction : défendre les intérêts de la classe. Ils ne peuvent pas penser en termes moraux, de culpabilité, cela ne les habite pas. La culpabilité, ça, c’est pour nous ! Eux, ils font leur job de prédation. C’est plus fort que de la corruption, que du vol : on bouffe les autres.

Michel Pinçon : Ce sont des gens aimables, propres sur eux, qui présentent bien, mais ont souvent des casseroles. La sous-évaluation des biens pour les impôts ou l’évasion fiscale, cela va de soi ! Ils estiment qu’ils ont suffisamment travaillé, ils ont hérité de leur parents, ils ont fait fructifier, on ne va pas venir le leur prendre... Il y a une logique dynastique dans cette accumulation. Le fait de transmettre aux enfants, de continuer la dynastie (ou de la fonder). Ils font venir les enfants l’été pour les former dans l’entreprise familiale.

  1. P.-C. : Un peu comme dans l’affaire Fillon…
  2. P. : Malgré les conflits entre eux, cette classe bourgeoise est solidaire sur le fond. L’analyse en terme de classe sociale, ce n’est pas une foutaise, un truc d’autrefois. Il y a une classe bourgeoise qui existe par son niveau de richesses, la propriété des moyens de production, matérielle, mais aussi par la conscience qu’elle a d’elle-même. Et par le fait de veiller au grain pour que ça dure.

On peut comprendre pourquoi ceux-ci votent pour François Fillon. Mais pourquoi les classes populaires votent-elles pour des responsables qui ne leur ressemblent pas ? Dont les intérêts semblent contradictoires avec les intérêts de la classe populaire, comme pour Donald Trump ?

  1. P. : Cela n’a pas été toujours le cas. Dans la période après guerre, le Parti communiste représentait une force sociale considérable. Il y avait notamment chez les ouvriers une conscience de l’existence de classes, de leur appartenance à une classe qui ne possède pas les moyens de production. La chute de l’URSS a été vécue comme l’échec des espoirs de fonder une société qui fonctionne autrement. Avec la destruction de la conscience de classes, l’expression politique peut aller vers des choix non conformes aux intérêts des classes populaires.
  2. P.-C. : Quand Ernest-Antoine Seillière a pris les rênes du Medef [de 1998 à 2005, ndlr], il a procédé à une « refondation sociale », c’est-à-dire une inversion de la théorie marxiste de la lutte des classes : les riches sont devenus des « créateurs de richesses ». Et les ouvriers, qui sont les créateurs de richesses et de plus-value selon la théorie marxiste, sont devenus des « charges » et des variables d’ajustement. C’est un processus de déshumanisation très fort. Les ouvriers qui votent pour le Front national sont des gens perdus, qui ne comprennent pas ce qui leur est arrivé. Ils votent d’ailleurs pour Le Pen en disant : « On va peut-être se faire avoir, mais on aura tout essayé ». Et ils ne vont pas être déçus ! Car Le Pen, c’est la dernière alternance de l’oligarchie.

Le Front national a un discours virulent contre les « élites » françaises. Il participe selon vous de cette oligarchie qu’il dénonce ?

  1. P.-C. : Le Front national, c’est une dynastie familiale. Une dynastie des beaux quartiers, avec de l’argent, des biens immobiliers, une famille assujettie à l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Une dynastie avec un rapport très décomplexé à l’argent public et qui traine ses casseroles : sous-déclaration des biens au fisc, emplois fictifs, surfacturation des frais de campagnes pour prendre du fric à l’État. On est bien dans le registre de l’oligarchie, de la délinquance en col blanc. C’est une dynastie familiale devenue parti politique, avec trois générations, un phénomène de népotisme assez unique en France. Autre élément, dont parle peu la presse, la forte présence d’anciennes familles de la noblesse parmi les hauts dirigeants du FN.

Marine Le Pen a un discours très critique envers l’oligarchie européenne, mais elle contribue à préserver l’opacité de sa bureaucratie ! Les gens ignorent tout des votes de Marine Le Pen : sur la question de l’évasion fiscale, elle s’est opposée à la création d’une commission d’enquête sur les Panama Papers. Deux de ses proches, Frédéric Châtillon et Nicolas Crochet, sont épinglés comme possédant des comptes offshore, selon les Panama Papers. Les eurodéputés du FN ont aussi voté pour le secret des affaires. Mais Marine Le Pen feint toujours de se bagarrer contre l’opacité de la bureaucratie européenne... C’est une imposture (lire notre enquête « Au Parlement européen, les votes méprisants du FN et de Marine Le Pen à l’égard des travailleurs »)

Pourquoi ces éléments sont peu relevés par les médias ?

  1. P.-C. : Parce que les médias ne font pas leur travail. Depuis trente ans, la classe oligarchique a ouvert un boulevard au Front national. Celui-ci a pour stratégie de casser la gauche radicale, de la détourner, de prendre sa parole, son programme, ses électeurs. Résultat : les gens ne comprennent plus rien.

Comment situez-vous Emmanuel Macron ? Vous dites qu’il a réussi un tour de passe-passe pour parvenir à faire croire qu’il n’est pas membre de cette oligarchie, malgré sa « parenthèse Rothschild » et ses liens avec le monde de la finance ?

  1. P.-C. : Emmanuel Macron, il est parfait. C’est l’oligarque parfait. Qui convient parfaitement aux familles sur lesquelles nous avons mené nos études sociologiques. Il n’est « ni de droite ni de gauche »...
  2. P. : … Donc « ni de gauche ni de gauche » !
  3. P.-C. : Voilà… Il représente la pensée unique. Nous sommes dans un monde orwellien, mais il n’y a plus besoin de parti unique : nous avons la pensée unique ! Emmanuel Macron en est un porte-parole absolument extraordinaire. Il connaît des gens dans tous les recoins de l’oligarchie. Il se fait financer par des banquiers anglo-saxons, américains, dont il refuse de donner les noms. Il veut supprimer l’ISF et affirme que c’est une mesure de gauche... Quand on analyse ses discours, on se rend compte que c’est un vide absolument abyssal. C’est pour nous la caricature du conformisme qui se transforme en une espèce de « progressisme radieux » et fallacieux.
  4. P. : Il peut faire illusion. L’illusion de la capacité, de l’expérience. Il apparaît comme un changement serein. Mais il propose une régression sociale sans précédent.

D’où vient son succès ? De l’attrait du « neuf » ?

  1. P.-C. : C’est plus grave que cela. Il peut être le levier pour l’oligarchie mondialisée, celle qui se cache derrière l’idée de mondialisation pour mieux faire passer la marchandisation généralisée de la planète. Macron serait du bon côté du manche. Et un élément décisif. Nous sommes passés à une étape de plus vers un totalitarisme qui ne dit pas son nom. Nicolas Sarkozy et François Hollande n’ont pas tenu leurs promesses : les responsables politiques mentent. Mais là, avec Macron, on est passé au foutage de gueule : « Je ne prends même pas la peine de faire un programme parce que de toute façon je ne le tiendrai pas ». Cela montre à quel point on méprise le peuple. C’est une violence de plus à l’égard des classes populaires et moyennes.

Vous affirmez dans votre ouvrage que « les prédateurs au pouvoir ont fait main basse sur notre avenir ». Quelles sont leurs motivations ? Qu’est-ce qui pousse les plus riches à ces comportements de prédation ?

  1. P.-C. : Il ne s’agit pas d’accumuler pour accumuler. L’argent est devenu une arme pour asservir les peuples. En ne payant plus d’impôts, ils construisent le déficit et la dette – qui n’a pas vocation à être remboursée : c’est une construction sociale, comme le « trou de la sécurité sociale ». Ils spéculent sur le réchauffement climatique et accélèrent la marchandisation de la planète. On spécule même sur le travail social, comme l’accompagnement des sans-abri, qui devient un nouveau marché financier, avec la création des « contrats à impact social ». C’est une destruction de tout ce qui peut ressembler à de la solidarité sociale, par ces oligarques, par le système capitaliste.

La seule raison de vivre des nantis est « l’enrichissement, les pouvoirs qui lui sont liés et l’euphorie de vies hors du commun », écrivez-vous…

  1. P. : Un des gains importants est la création d’une dynastie. C’est quelque chose qui a des effets un peu magiques. Cela donne une immortalité symbolique. Vous avez des rues de Paris qui porte votre nom de famille...
  2. P.-C. : La reproduction des privilèges passe par les familles, par la transmission au sein de la confrérie des grandes familles. On a fait la Révolution il y a plus de deux siècles, mais ce sont encore des grandes familles qui tiennent les rênes de presque tous les secteurs d’activité. La bourgeoisie a singé la noblesse après la Révolution et a inscrit les privilèges et richesses dans le temps long de la dynastie.

La situation peut-elle s’améliorer ?

  1. P.-C. : On nous dit que la richesse des plus riches bénéficie à tous. Mais cette « théorie du ruissellement » fait partie de la guerre idéologique ! Le fossé s’élargit chaque jour davantage entre la classe dominante et les autres classes. L’ascenseur social n’existe plus. Il y a un antagonisme irréductible, qui appelle à un changement radical, à une révolution. Il faut que les titres de propriété leur soient enlevés ! Et que ceux qui travaillent dans les entreprises prennent les rênes et les responsabilités.
  2. P. : La situation est pire qu’avant car il n’y a plus d’unité populaire en face du pouvoir de l’argent. Si Emmanuel Macron est élu, cela risque de s’aggraver encore, car c’est un faux-semblant. Il est perçu comme le Messie…
  3. P.-C. : … alors que c’est le baiser du diable. Et que cette violence de classe atteint les gens dans leur être profond. Nous ne sommes pas du tout dans le « tous pourris ». Ce que nous disons, c’est qu’il faut prendre le problème dans sa globalité, puisque tout est lié : évasion fiscale, réchauffement climatique... Nous voulons mettre en lumière le fonctionnement d’une classe sociale, propriétaire des moyens de production et prédatrice du travail d’autrui. Car c’est vraiment une guerre de classes que mènent les plus riches contre les peuples.

 

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

21 avril 2017 - Bastamag

23/04/2017

Hani Abbas - the Mad elections

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21/04/2017

Le n°2 de Chats de Mars est né

 

 

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Il est noir (!) et propose des textes de Cathy Garcia Canalès, Michel Meyer, Ingrid S. Kim, Pénélope Corps et Christophe Siébert. Empreintes de Christophe Lalanne. 

 

 

 

 

20/04/2017

Brésil : le grand bond en arriere de Mathilde Bonnassieux et Frédérique Zingaro (2016)

A voir absolument !!!

 

 

 

18/04/2017

Ni dieu, ni maître, une histoire de l'anarchismed de Tancrère Ramonet (2016)

 

Du manifeste fondateur de Proudhon (1840) à la chute de Barcelone (1939)...

Qui sont-ils ? D'où viennent-ils et que pensent-ils, ceux qui hier comme aujourd'hui se disaient anarchistes ? Pourquoi alors qu'ils furent fichés, traqués, enfermés, leurs visages nous demeurent-ils étrangers ? Pourquoi leur pensée nous semble-t-elle confuse et leur histoire si inquiétante ?

Né du capitalisme, frère ennemi du communisme d'Etat, l’anarchisme a presque autant de sensibilités qu’il n’a de figures, et s’il nous semble aujourd’hui minoritaire, on oublie qu’il fut un temps où il fit trembler la terre.

Car l'anarchisme est à l'origine de toutes les grandes conquêtes sociales et toutes les avancées individuelles : de la création des bourses du travail à l'obtention de la journée de 8 heures, de l'invention de nouvelles formes d'éducation au développement des luttes, les anarchistes ont toujours été à l’avant-garde.

Pourtant, on les a partout réprimés. On les a menés, enchainés à la guillotine, ou on les sangla au dossier de la chaise électrique. Et pour ces hommes et ces femmes qui rêvaient de bâtir un monde meilleur, le pire des châtiments reste encore d'être considérés comme des apôtres de la destruction.

En revenant sur tous les grands événements de l'histoire sociale des deux derniers siècles, cette série documentaire dévoile pour la première fois l’origine et le destin de ce courant politique qui combat depuis plus de 150 ans tous les maîtres et les dieux.
A partir d’images d’archives inédites ou oubliées, de témoignages des plus grands spécialistes mondiaux et de documents exceptionnels, Ni Dieu ni maître raconte l'histoire d'un mouvement qui, de Paris à New York et de Tokyo à Buenos Aires, continue encore et toujours de souffler son vent de liberté et de révolte sur le monde.

 

 

 

 

15/04/2017

Fragments de Corinne Pluchart

Éditions Vagamundo 2016

 

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144 pages, 13 €.

 

 

Fragments est un recueil de silences, et n’est-ce pas le plus difficile à atteindre avec des mots : le silence ? Ici, ils sont de différentes textures, ponctués de souffle, recueillis comme une prière ou « le silence brutal –coupant la gorge » Les images sont comme des petites taches devant les yeux, des taches de bleu souvent, ou plus grises, plus sombres comme la pierre, le granit.

 

- et de s’écorcher les genoux

sur la ténacité des pierres.

 

Il y a le vide, l’absence,

 

L’absence de l’autre

son seuil

et la pluie derrière

brouillant les peaux.

 

Le vide et l’absence dans lesquels s’engouffrent la mer ou la lumière.

 

Bords cousus

un à un par la lumière

plus bas – la mer

 

Sur ton front, cicatrices bleues.

 

Il y a l’appel de l’horizon et puis des angles qui reviennent, ainsi que le mot disloqué. Fragments, fragiles, translucides, comme des fragments de peaux, lorsque celle-ci perd d’elle-même pour mieux se régénérer. Transmutation. L’espace extérieur et l’espace intérieur fusionnent, dans une sorte d’alchimie par laquelle l’esprit cherche à s’élever, à s’arracher au plus dense, au rugueux, au douloureux mais dont la réalité n’est pas niée.

 

le monde –

comme une bavure à l’intérieur.

 

Fragments est divisé en quatre temps : Déflagration, Silence, Passage, Seuil. On sent que c’est un recueil qui a demandé une longue maturation, qui sous une apparente simplicité touche à quelque chose d’infiniment spirituel qui échappe aux mots et dont la nature se fait à la fois le réceptacle et le catalyseur. C’est très beau et presque pur, comme une larme.

 

Nul horizon

Pour enfouir la blessure silencieuse

Et l’azur noué,

Comme un linceul de lumière.

 

Cathy Garcia

 

 

photo-pluchart.jpgCorinne Pluchart est née le 7 mars 1966, à Meaux, en Seine-et-Marne. Elle vit à Sains, où elle enseigne en école maternelle. Depuis l’adolescence, elle écrit, marche, interroge, observe le paysage, l’océan. Elle compose en écriture et peinture, mue par un profond désir de lumière. De l’abbaye du Mont-Saint-Michel jusqu’au lointain Finistère, son pays de cœur, le chemin la traverse dans une solitude amie. Fragments est son premier livre publié. Son blog : http://corinne.pluchart.over-blog.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

13/04/2017

Le soufisme, une voie musulmane vers l’écologie

 

24 juin 2016 / Entretien avec Abd El Hafid Benchouk

Source : Juliette Kempf pour Reporterre

 



L’harmonie avec la nature et le respect du vivant se trouvent au cœur de la pratique de la confrérie soufie naqshbandi, où la chose extérieure recèle toujours un sens intérieur. Reporterre est allé à la rencontre d’Abd El Hafid Benchouk, membre de cette confrérie, dans la petite boutique de sa société, Les Deux Orients, boulevard Ney, à Paris.

Abd El Hafid Benchouk est membre de la confrérie soufie naqshbandi et créateur de la société Chifa — « santé, guérison » en arabe — qui conditionne et vend des produits de santé naturelle. Né en Algérie et arrivé en France à l’âge de 5 ans, son parcours l’a amené à trouver en islam sa voie spirituelle, dans le soufisme.


Reporterre — Qu’est-ce que le soufisme et la voie naqshbandi ?

Abd El Hafid Benchouk — Chaque voie soufie, dans la religion musulmane, a une lignée, une chaîne initiatique qui remonte de cœur à cœur, d’homme en homme, de maître en maître — on les appelle « cheikh » — jusqu’au prophète Mohammad. Ainsi, l’enseignement spirituel se transmet de façon directe et personnelle aux disciples. La voie naqshbandi prend sa source en Ouzbékistan, à Boukhara, où est enterré le cheikh fondateur, Bahaouddin Naqshbandi. Elle n’était pas connue en Occident jusqu’à cheikh Nazim Al Haqqanî, qui est mort en 2014. C’est en France que je l’ai découverte.

Quelle place la nature tient-elle dans cette voie ?

La particularité de notre maître cheikh Nazim, et de son fils cheikh Mehmet qui a pris sa suite, est qu’ils vivent dans un petit village, Lefke, à Chypre Nord, où se trouve la zaouiya — centre spirituel et social où se réunit la communauté. Là-bas, il y a des jardins, des orangeraies, on se reconnecte immédiatement. Cheikh Nazim a toujours insisté sur le retour à la nature. Il est devenu cheikh dans les années 1970, et dans les années 1980, au moment du « boum » de la modernité, il a commencé à donner la directive de sortir des villes et de s’installer à la campagne. Il a appris à ses disciples l’économie dans le sens vrai du terme, c’est-à-dire de respecter toute chose. Il les réprimandait gentiment s’ils gâchaient la nourriture. Là-bas, tout est naturel. On mange surtout des légumes, et un peu de viande. Il a remis au goût du jour les parfums naturels. Les parfums sont très recherchés par les musulmans parce que le prophète les avait désignés comme l’une des choses les plus aimables de ce monde. Hélas, aujourd’hui beaucoup de musulmans utilisent des espèces de muscs synthétiques, chimiques. Dans la voie, on a redécouvert la rose, le jasmin, l’ambre ; des disciples ont commencé à faire des commerces de ces parfums naturels extraordinaires. C’est un retour aux sources et à l’essence des choses. À la zaouiya de Lefke, on fait le pain sur place, on se chauffe au feu de bois, et surtout : on est bienvenu 365 jours par an, sans condition. Tu viens n’importe quand, musulman, pas musulman, tu dors, tu manges… Une fois, on a rencontré et accueilli un groupe du mouvement rainbow, certains sont venus prier avec nous.

La création de Chifa est-elle liée à votre engagement dans la voie naqshbandi ?

J’ai toujours aimé être à la campagne. Le problème de la ville est que la nature en est absente. Et pour nous croyants, elle est la manifestation directe du Créateur. Il y a un besoin inné, chez l’être humain, de s’y reconnecter. La voie a confirmé ce qu’il y avait au fond de notre être, ensuite on a continué. Chifa est un concours de circonstances. J’étais responsable de la librairie soufie du quartier des libraires, à Paris. J’avais remarqué qu’un produit était très demandé par les musulmans : l’huile de nigelle. La nigelle, cette petite graine noire qu’on trouve sur les pains arabes, a des vertus dont celle de renforcer le système immunitaire. Mais tout le monde en rapportait du bled. On a monté une société qui proposerait des produits à base de nigelle conditionnés en France. Cet engouement vient d’un dire du prophète (un hadith) : « Guérissez-vous par la graine de nigelle. Elle soigne tous les maux sauf la mort. » Des études scientifiques ont établi qu’elle contient un principe actif, la thymoquinone, qui stimule le système immunitaire. Ce n’est pas la nigelle elle-même qui guérit, mais elle aide à la guérison en renforçant le corps… On décline donc la nigelle sous toutes ses formes : huile, capsules, poudre, savon, mélangée avec du miel, ainsi que d’autres produits de santé naturelle : des tisanes, d’autres huiles, etc.

 


Pourriez-vous dire à quelqu’un qui ne connaît pas l’islam ce qui, dans cette religion, est lié à la nature ?

La première indication la plus claire, la plus directe, c’est le compte des mois, qui est lunaire. Cela nous met en connexion constante avec le cycle lunaire. Il s’agit d’observer la Lune, de savoir dans quel état elle est à chaque instant. L’un des noms du prophète lui-même est « la pleine Lune », qui signifie la réflexion totale du Soleil sur la Lune, le Soleil symbolisant la présence divine, et la Lune l’âme humaine.

Un autre lien plus fort est la prière, qui se fait selon le rythme du Soleil et des saisons. Les horaires de la prière de l’aube et de celle du coucher du Soleil varient énormément au cours de l’année. En hiver, elles se font environ entre 7h30 et 17h, et en été la distance peut aller de 4h à 22h. Le pratiquant va donc au rythme des saisons. Plus les jours s’allongent, plus sa prière change d’amplitude en s’allongeant elle-même. Toutes les années, il respire avec le cosmos, inspire, expire, avec tout son être. On n’est pas dans un temps mécanisé comme aujourd’hui.

 

Cela va encore plus loin : dans les positions de la prière, l’homme doit réaliser tous les règnes existants. La première est la position axiale, debout. C’est la particularité de l’homme d’être le lien entre ciel et terre. La seconde est l’inclinaison, qui symbolise le règne animal, c’est une glorification à l’immensité, à l’étendue de Dieu. La troisième est la prosternation, qui symbolise le règne minéral. On devient moins que rien, c’est là qu’on est le plus proche de Dieu, quand l’ego disparaît et que peut apparaître le soleil de la présence divine. La quatrième posture est assise. C’est l’état contemplatif, le règne végétal. On a réuni tous les règnes. Si l’on fait ce rite avec conscience, il se passe quelque chose qui est au-delà des mots. D’ailleurs il est improprement appelé « prière ». Il s’agit en arabe du mot « salat », qui signifie « connexion, jonction ». La prière, c’est l’invocation. Dans la salat, on se met en connexion, on disparaît de ce monde, puis on y revient en souhaitant la paix autour de soi. On est en état de pacification totale. Ce qui est à l’intérieur peut alors se manifester à l’extérieur.

On le perd très vite en retournant dans la vie active, c’est pour cela qu’un autre rite précède la salat : les ablutions, liées à l’eau. Il s’agit de se purifier intérieurement et cela se manifeste par une purification extérieure. Tout a toujours un sens extérieur et intérieur. On purifie nos mains — ce que l’on fait —, notre bouche — ce que l’on dit —, notre nez — ce que l’on sent —, notre visage — ce que l’on représente —, nos bras — notre force —, nos pieds — où l’on va. Une fois cette intention faite, tu peux entrer dans la connexion.

Si l’on n’a pas d’eau, on se purifie avec de la terre. Tous les éléments naturels sont symboles de purification. Si l’on n’a pas de terre, on le fait avec une pierre, que l’on peut toujours avoir sur soi, en voyage par exemple. Le minéral est omniprésent dans la vie des croyants.

 


Est-il possible de conserver ce lien avec la nature pour ceux qui vivent en ville ?

On se déconnecte si l’on fait les choses mécaniquement. Le problème de l’islam aujourd’hui, qui n’est pas le problème de l’islam mais le problème de notre époque, c’est le manque de spiritualité. Dans l’islam lui-même, si on évacue le côté spirituel, on arrive à quelque chose de quantitatif, mécanique, à faire la prière à une minute près... S’il n’y a pas cette spiritualité que le soufisme apporte, cette profondeur de la vision, alors on va dans le même matérialisme que tout le monde, et on ne va pas faire attention à ce qui nous entoure, à ce que nous mangeons, etc.

Une attention, une vigilance permanentes sont demandées. Cela élargit-il la perception ?

La salat nous coupe du rythme effréné de la vie de tous les jours. On court toujours après le temps, et dans ces moments de méditation, on se reconnecte avec l’éternité, avec l’éternel présent. C’est ce qui se passe pendant le ramadan. C’est extraordinaire parce que toute une communauté s’arrête pour se dire : stop, je suis peut-être autre chose qu’un animal.

Faites-vous un lien entre le manque de spiritualité et la détérioration de la planète ?

Forcément. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », comme a dit Rabelais. Le matérialisme et l’absence du spirituel sont liés, parce qu’il n’y a pas de conscience de l’au-delà, du jugement, plus de sens. Les personnes qui se posent la question de la planète ont le sens spirituel ouvert, la conscience de l’autre, de la responsabilité personnelle.

L’ensemble de la communauté soufie est-elle d’accord là-dessus ?

Oui, sans aucun doute.

Diriez-vous la même chose de l’ensemble de la communauté musulmane non soufie ?

Non, je dirais qu’elle est atteinte des mêmes maux que l’Occident à cause de la frénésie matérialiste, du vouloir consommer à tout prix.

Comment la communauté soufie se positionne-t-elle d’un point de vue politique ?

Certains soufis aujourd’hui se sont ouverts à la réflexion politique. J’ai été invité aux premières Assises musulmanes de l’écologie, en octobre dernier, pour donner une conférence. Mais dans le soufisme, on ne poussera personne à militer dans un sens, c’est une voie qui ouvre la personnalité à sa réalisation particulière, lui apprend à être à l’écoute de ce qui est juste pour elle. Si des gens s’intéressent, on les encourage forcément. C’est pour cela qu’on a mis en place une ferme spirituelle, dans le Perche, sur le modèle de la zaouiya mère à Chypre. Ce qu’on y fait est toujours en lien avec la vie intérieure. Par exemple, on taille les arbres pour tailler les défauts de notre âme, on retourne la terre… terre intérieure pour faire germer, etc.

 


Que pouvez-vous dire du pèlerinage à la Mecque, n’est-il pas devenu un lieu de business ?

Martin Lings raconte le changement des lieux saints dans un film… Il y est allé en 1948, puis en 1976. En 1948, d’où que tu arrivais, tu voyais tout de suite la Kabba, qui était le bâtiment le plus haut, et aujourd’hui… je ne vous dis pas, c’est catastrophique ! La mentalité wahhabite des Saoudiens, qui tiennent les lieux sacrés, manifeste très bien leur matérialisme. Elle est à l’opposée du soufisme. Le voyage initiatique, avant le monde moderne, était dans le voyage lui-même, qui prenait du temps, et dans les rites. Aujourd’hui, il se fait par la difficulté, parce qu’il y a énormément de monde : comment retrouver sa centralité au milieu de la foule…



Donc si on le fait vraiment avec conscience…

On devient un avec le cosmos !


Se fait-on souvent une mauvaise idée de la religion ?

Tout à fait, on ne la voit qu’extérieurement. Je dirais que la religion musulmane est voilée à l’extérieur, comme une femme voilée, et ce n’est qu’en donnant la dot qu’on peut l’épouser. Le soufisme au sein de l’islam est voilé lui aussi, et ce n’est qu’avec la pureté d’intention qu’on peut le voir, et voir les choses telles qu’elles sont réellement, recevoir les autres avec le cœur et pas avec la tête. Le mental est utile mais il n’est pas le principal, il est comme la Lune, il doit refléter le Soleil.

- Propos recueillis par Juliette Kempf

 

 

 

12/04/2017

Cabaret hors-série # 1 : Birthday present 5e anniversaire 2012-2017

 

 
 
cabareths1couv.jpgLa revue Cabaret fête ses 5 ans ! Pour célébrer cette date, un numéro hors-série, #1, sort ce mardi 11 avril. Avec 69 auteures et 7 illustratrices. Numéro gratuit et uniquement en PDF, en pièce jointe à ce courrier ou téléchargeable ici.
 
Avec @ude, Anothine L., Samantha Barendson, Hélène Bischoffe, Alexandra Bouge, Sophie Brassart, Marie-Anne Bruch, Gabrielle Burel, Estelle Cantala, Michèle Capolungo, Angèle Casanova, Anna Maria Celli, Jehanne de Champvallon, Laurence Chaudouët, Annalisa Comes, Murielle Compère-Demarcy, Colette Daviles-Estines, Sandrine Davin, Olivia Del Proposto, Simona-Grazia Dima, Mireille Disdero, Eve Eden, Céline Escouteloup, Marie Evkine, Jacqueline Fischer, Mélanie Fourgous, Chloé Galland, Cathy Garcia, Odile Gattini, Marie Françoise Ghesquier, Nadia Gilard, Mary Gréa, Mich’elle Grenier, Delfine Guy, Geneviève Halftermeyer-Pawlak, Annie Hupé, Anna Jouy, Claire Kalfon, Ingrid Klupsch, Chloé Landriot, Barbara Le Moëne, Marilyse Leroux, Chloé Malbranche, Anne-Marguerite Michel, Adeline Miermont-Giustinati, Anne-Marguerite Milleliri, Mye Me, Patricia Paul, Lorraine Pobel, Véronique Pollet, Chantal Robillard Puvinel, Isabelle Rolin, Mélanie Romain, Barbara Savournin, Christine Schmidt, Régine Seidel, Géraldine Serbourdin, Somotho, Luminitza C. Tigirlas, Laura Tirandaz, Marlène Tissot, Marie Laure Vallée, Marie-Antoinette Vallon, Christine Van Acker, Elise Vandel-Deschaseaux, Laurence Vielle, Marie de Vezins, Emilie Voillot
Chorégraphie : Aartus, Guénolée Carrel, Sabrina Cerisier, Barbara Le Moëne, Mlle Lise, Flora Michele Marin, Sophie Wexler
 
La revue Cabaret est disponible :
 
- point de vente Libraire 2B -  59 rue Centrale 71800 La Clayette

- abonnement 10 € pour 4 numéros par an. Formulaire en pièce jointe à imprimer ou à reproduire sur papier libre.

 
 
Le Petit Rameur & Revue Cabaret

31 rue Lamartine - 71800 La Clayette - France

www.revuecabaret.com - www.petitrameur.com

 

 

 

07/04/2017

Armand Gatti

 

Bon voyage Monsieur Gatti, vous étiez et restez un grand homme de cœur !

 

Bio et bibliographie d'Armand Gattihttp://www.armand-gatti.org/index.php?cat=biographie

 

 

Extrait du livre biographique de Frédéric Mitterrand. La récréation. 

(Ed. Robert Laffont, octobre 2013, pp.385-386).

 

Samedi 26 mars 2011

Armand Gatti, c'est une terra incognita pour le ministère. On en est resté à sa collaboration avec Jean Vilar, qui remonte à plus de soixante ans, et au soutien que lui accordait Malraux, ce qui n'est pas tout récent non plus. On lit distraitement les articles qui lui sont consacrés et qui rendent compte de ses expériences théâtrales avec des jeunes partis en vrille, des détenus, des immigrés qui n'ont jamais eu droit à la parole, et tant pis si les critiques sont toujours élogieuses, on ne va pas voir ses spectacles; on lui accorde juste assez d'argent pour se donner bonne conscience, ce qui n'est vraiment pas grand‑chose. On en a un peu peur, comme de tout ce qui est inclassable et ne rentre pas dans les tiroirs bien rangés du ministère. Sa réputation d'agitateur libertaire inflexible, la petite bande qui travaille avec lui et qu'on ne connaît pas, tout ce militantisme sur le front de la misère culturelle et de l'abandon social qui n'a jamais été récupéré par la gauche du confort intellectuel, ça sent trop le phalanstère, le loin d'ici, le vieux et le passé. Au fond, il a bientôt quatre‑vingt‑dix ans et on attend qu'il meure, le communiqué de condoléances bien senti du ministre est déjà dans les tuyaux. Je veux aller le voir, je veux l'aider, je veux qu'il puisse continuer.

Une petite rue au fin fond de Montreuil. Des entrepôts en ruine et des restes d'usine. Décor d'Alexandre Trauner.

Je m'attends à tout : un accueil maussade, une arrivée comme celle d'un chien dans un jeu de quilles, voire pas d'accueil du tout et la porte close. C'est tout le contraire, une gentillesse et une empathie merveilleuses. Dans son pavillon bourré de souvenirs d'une vie follement aventureuse dédiée à tous les combats contre l'injustice, il m'embarque pour une formidable traversée du siècle portée par un verbe magnifique. Autour de lui, des gens qui ont la moitié de son âge qui l'accompagnent, le soulagent de sa fatigue, mettent en forme les projets qu'il porte. Rien d'une secte, juste un engagement obstiné et désintéressé. A côté, l'atelier théâtre avec le toit qui fuit, le chauffage qui marche mal et plusieurs spectacles par an qui fond salle comble.

 

Parution : 24 Octobre 2013 / Format : 1 x 240 mm / Nombre de pages : 726 / Prix : 24,00 € / ISBN : 2-221-13307-2

 

lien permanent

06/04/2017

Trakt n°1

 

Suis dedans avec des textes très inédits et un tableau, papier épais très glacé, ça en jette, avec du texte, des photos, de l'art singulier, aborigène aussi, c'est beau, ça coûte 10 euros. Seb Russo aux commandes.

 

 

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pssica d’Edyr Augusto

 

traduit du Portugais (Brésil) par Dinhiz Galhos

Asphalte, février 2017.

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142 pages, 15 €.

 

 

Phrases courtes et sèches, style minimaliste, l’auteur entasse les dialogues à même le corps du texte, pas de tiret, ni de guillemets, ni de retour à la ligne. Il ne s’encombre pas de fioritures, nous sommes ici dans le brut du brut, à l’image de la brutalité dont il est question dans ce roman très noir. Les amateurs de belles littératures resteront sur leur faim, le sujet étant ce qu’il est, l’auteur ne cherche pas à en tirer une esthétique. Le malaise que ressent le lecteur est un moindre mal au regard de l’histoire de Jane, ex-Janalice, une collégienne de 14 ans, dont le petit ami n’a rien trouvé de mieux que faire circuler dans le collège via les réseaux sociaux, une vidéo de leurs ébats, une fellation plus exactement. Humiliée, rejetée par tous, y compris ses parents, Janalice est envoyée chez une tante à Belém. Livrée à elle-même, elle se met à errer dans le centre- ville et chaque nuit se fait violer sous la menace, par le compagnon de sa tante. La blancheur de sa peau, sa beauté exceptionnelle et des formes déjà très avantageuses malgré ses 14 ans, attirent rapidement la convoitise. Elle fait connaissance avec une fille qui traine dans la rue et qui est en couple avec un vieux junkie. Profitant de sa naïveté, ces deux derniers la vendent à des trafiquants. Janalice se fait kidnapper en plein jour et en pleine rue. C’est ainsi que devenue Jane, Janalice va remonter le bassin amazonien, passant de main et main, dans un réseau de prostitution infantile, qui l’amènera jusqu’à Cayenne. Viennent se mêler à l’histoire d’autres personnages, plus ou moins criminels, certains plus doux que d’autres et un portugais blanc d’origine angolaise, installé sur l’île de Marajo, dont la femme a été décapitée et démembrée par une des bandes ultra violentes, qui pillent, trafiquent et assassinent tout au long des rivières de l’État du Pará. Un vieux policier à la retraite, ami du père de Janalice, tentera en vain de la retrouver. C’est la mort qui talonne Jane, des morts stupides et violentes sur lesquelles la narration n’a pas le temps de s’arrêter. Difficile de reprendre son souffle, on lit sans plaisir, mais on est happée par le rythme halluciné de l’horreur. Ce livre est comme une mauvaise fièvre qui vous terrasse. Jane, consommée par les hommes, détruite par la drogue et la violence, perd toute mémoire de Janalice, la collégienne de 14 ans, tandis que les hauts placés des administrations locales sortent toujours indemnes de leurs turpitudes. Taux d’impunité, sang pour sang, justice zéro. Bien que pssica (malédiction) soit une fiction, l’auteur qui plante tous ses romans dans sa région natale, l’État du Pará, y dénonce une terrible réalité. A lire donc si on veut s’ouvrir les yeux sur l’intenable.

 

Et comme toujours avec Asphalte, vous trouverez à la fin du livre, une playlist musicale, choisie par l’auteur lui-même. Ambiance.

 

Cathy Garcia

 

 

650x375_edyr_1574362.jpgEdyr Augusto est né en 1954 à Belém. Journaliste et écrivain, il a débuté sa carrière en tant que dramaturge à la fin des années 1970. Il écrit toujours pour le théâtre et endosse parfois le rôle de metteur en scène. Edyr a également écrit des recueils de poésie et de chroniques. Belém, son premier roman, peinture noire de la métropole amazonienne, est paru au Brésil en 1998 et en France en 2013. Ont suivi Moscow, Nid de vipères et Pssica. Très attaché à sa région, l'État du Pará, au nord du Brésil, Edyr Augusto y ancre tous ses récits. Il a deux fils, un petit-fils, une compagne qui est actrice et deux chiens. Passionné de football, il donnerait tout pour devenir joueur professionnel.

 

Publié sur : http://www.lacauselitteraire.fr/pssica-edyr-augusto 

 

 

 

 

04/04/2017

Rancœurs de province de Carlos Bernatek

 

traduit de l’Espagnol (Argentine) par Delphine Valentin

éditions de l’Olivier, 23 février 2017

 

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288 pages, 22 €.

 

 

Selva et Leopoldo, dit Poli. Une jeune femme un peu coincée et un homme déjà mûr, deux tranches de vies, pas très belles, amères même. Deux histoires qui sont racontées ici en alternance sans aucun lien entre elles, si ce n’est qu’elles se passent toutes deux dans la province argentine, éloignée de Buenos Aires. Deux personnages modestes, voire fades, sans envergure, qui se retrouvent chacun happé par des évènements hors de leur contrôle.

 

Poli, petit vendeur itinérant d’encyclopédies, qui gagne de quoi assurer un minimum qui ne suffit pas à sa famille qu’il voit peu, découvre que sa femme le trompe depuis un moment avec un riche avocat. Celle-ci le met alors à la porte sans ménagement, alors que dans un même temps il est remercié par sa boite. Il perd donc sa femme et son fil qui ont trouvé un meilleur parti, son travail, sa maison. Ne lui reste que sa camionnette et quelques encyclopédies, avec lesquelles il part au hasard, complètement largué sur tous les plans. C’est ainsi qu’il atterri dans un petit village où une bande d’évangélistes l’embauche pour vendre des Bibles et du dentifrice…

 

Selva a vingt-cinq ans et enchaine sans perspective les petits boulots, aussi cette offre de tenir un bar dans une station balnéaire qu’elle ne connait pas, durant la saison estivale, pour un type qui a des affaires un peu partout, lui parait être une opportunité idéale pour prendre un peu le large vis à vis de sa mère, avec qui elle vit encore et dont elle porte le prénom. Ce pourrait être l’occasion de travailler sans patron sur le dos et avec l’impression d’être aussi en vacances.

 

Rancœurs provinciales parle de ces gens modestes, qui osent à peine envisager de décoller un peu d’une vie ennuyeuse et qui soudain s’enfoncent pour des raisons extérieures à leur volonté, ou trahis par leurs propres faiblesses ou leur négativité. La sexualité est au premier plan dans ce roman, explicitement, pour l’un c’est sans doute la seule façon de se sentir vivre, mais aussi de perdre plus encore ce qui compte, pour l’autre, c’est un fantasme refoulé, une méfiance, un dégoût des hommes. En arrière-plan, l’Argentine, sa situation politique, économique, son histoire dramatique, sa corruption et les petits qui payent, toujours et encore. Victime et bourreau finissent par se confondre dans une sorte de spirale descendante et infernale.

 

Carlos Bernatek parvient à nous tenir en haleine, et avec brio, dans ce roman qui fait penser au genre polar noir, avec du sexe et un humour proche du cynisme, mais le style est trompeur, il est bien moins graveleux et bien plus littéraire que ce qu’il veut faire croire. Roman qui parle des gens qui n’intéressent personne, de la dramatique banalité de leur vie. La violence y est très concentrée, elle surgit brièvement, de façon brutale et rapide. Une violence physique aussi bien dans la douleur que dans la jouissance, mais il y a également une violence latente et permanente dans l’atmosphère, qui ronge peu à peu les esprits, tel le sable qui persiste à tout envahir, à passer sous les portes de la station balnéaire où Selva attend vainement que Waldo, le propriétaire du bar, lui envoie la marchandise qui lui permettrait de procéder à l’ouverture. Pendant ce temps, dans le petit village desséché à la chaleur accablante où Poli est devenu l’amant de la jeune épouse du patron des évangélistes, ces derniers font croire aux habitants qu’ils vont y apporter la mer.

 

Selva, Poli, leurs déroutes finiront-elles par se croiser ?

 

Cathy Garcia

 

 

 

AVT_Carlos-Bernatek_5294.jpgNé en 1955 à Buenos Aires, Carlos Bernatek a notamment été finaliste du prix Planeta en 1994 et premier prix du prestigieux Fondo Nacional de las Artes en 2007. Banzaï est son premier roman traduit en France. 

 

 

 

 

 

02/04/2017

Bernard Maris expliqué à ceux qui ne comprennent rien à l'économie

 

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Relié - Les Échappés - Paru le : 29/03/2017
 
« Il était animé d’une flamme dès qu’il parlait d’économie, car pour lui, parler de l’économie, c’était parler de l’homme, de la vie des gens, de ce dont les gens ont besoin », se plaît à nous rappeler Gilles Raveaud, disciple, collègue et ami de Bernard Maris.
Bernard Maris était un économiste original. Original, car il redonnait sa juste place à l’humain au sein de ladite « science économique ». Cela faisait sourire nombre de ses confrères qui le reléguaient au rang d’économiste médiatique, préférant s’appuyer sur les chiffres pour asséner leurs démonstrations.

Dans une prose simple et fluide, Gilles Raveaud synthétise l’œuvre de Bernard Maris, et rend hommage à cette personnalité qui manque cruellement au paysage intellectuel français.
En parcourant l’œuvre de Bernard Maris, on se rendra compte que cette discipline n’est pas réservée à une élite et qu’il existe d’autres chemins que ceux présentés par les économistes mainstream, les politiques libéraux, les patrons du Medef & co.

À la façon, distanciée et ironique, de Bernard Maris d’appréhender l’économie, les dessinateurs Coco, Félix, Juin, Riss, Vuillemin et Willem apportent leur touche personnelle à l’ouvrage !

 

Source : http://lesechappes.com/fr/ouvrages/bernard-maris-explique...

 

 

01/04/2017

Sous les lunes de Jupiter d'Anuradha Roy

traduit de l'anglais par Myriam Bellehigue (Inde) - Actes Sud, février 2017

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320 pages, 22,50 €

 

Une très particulière ambiance dans ce roman, nimbé par une sorte de douceur, sans doute due à l’ambiance de bord d’océan dans le golfe du Bengale, dans la petite ville sainte de Jarmuli ; mais une douceur, une langueur même, qui contraste avec une vraie violence. Notamment celle d’un passé que Nomi, personnage central du roman, retourne chercher en Inde. Née là-bas, elle avait passé les dernières années de son enfance enfermées dans un ashram, alors que tous les siens avaient été avalés par la guerre.

Nomi est une jeune femme qui vit en Norvège où elle a été adoptée et c’est la première fois qu’elle retourne en Inde, officiellement pour y faire des repérages pour un documentaire. Sur place, elle est accompagnée par un assistant, Suraj, un homme un peu perdu qui fuit dans l’alcool. Dans le train pour Jarmuli, Nomi partage la cabine de trois femmes assez âgées, qui se font pour la première fois de leur vie une virée entre copines. L’une d’elle Gouri, commence à perdre la tête. Ces trois femmes, Nomi, Suraj et d’autres personnes encore, chacune aux prises avec ses espoirs, ses tourments ou un passé douloureux, vont pendant quelques jours se croiser et se recroiser à Jarmuli, leurs histoires individuelles tissant peu à peu une toile qui les relie.

Le lecteur à son tour se fait prendre dans cette toile et dans le va et vient entre le présent et le passé de Nomi, sombre passé qu’elle tente de faire ressurgir. L’ashram dirigé par Guruji, un gourou à la renommée internationale, dont les mœurs vis-à-vis de ses jeunes « élues » n’avaient pas grand-chose à voir avec la sainteté. Nomi était l’une d’elles.

L’écriture ici sous une apparence inoffensive est le miel qui nous englue dans la toile, et garde nos sens en éveil. Il y a une très grande sensualité dans ce roman et aussi une hypersensibilité, la blessure des corps et des âmes. La tête lit mais le corps tout entier éprouve ce que la tête lit, le désir qui se fait convoitise, la douleur, la lourde chaleur orageuse, l’humidité, le parfum et la saveur du chaï vendu sur la plage. Le lecteur se fait littéralement embarquer et la tête lui tourne un peu à lui aussi. Le roman baigne dans une sorte de flou, une brume de sons, de couleurs, d’odeurs, le tournis du foisonnement de ce vaste pays et des questionnements de chacun. Un danger rôde, omniprésent, telle la figure d’un grand homme debout dans l’océan, aux long cheveux blancs et au regard trop perçant. Et chacun vient chercher sans le savoir une forme de réconfort auprès du vieux Johnny Toppo, qui chante en préparant son chaï.

« – Si on trouve qu’une chanson est triste, c’est qu’on est soi-même triste. On ne pleure que lorsqu’on a déjà des larmes. Et pourquoi diable une fille comme vous serait-elle triste ? ».

Que vient-on fuir à Jarmuli, que vient-on chercher ? Sans doute le but principal de toute quête : vaincre sa peur.

 

Cathy Garcia

 

 

 

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Anuradha Roy est née en 1967. Après des études à Calcutta et à Cambridge, elle a travaillé comme journaliste pour plusieurs quotidiens et magazines indiens. Elle codirige actuellement la maison d’édition Permanent Black et réside à Ranikhet, petite ville nichée à 2 000 mètres dans l’Himalaya. Sous les lunes de Jupiter, son troisième roman, a remporté le prestigieux DSC Prize for Fiction 2016 et a concouru pour le Man Booker Prize 2016.

 

 

Note publiée sur http://www.lacauselitteraire.fr/