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17/08/2017

Le neveu d’Amérique de Luis Sepúlveda

 

Métailié, mai 2017, parution en poche du livre paru en 1996

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174 pages, 9 €.

 

 

Des notes disséminées, prises au cours d’un voyage, un très long voyage étalé sur des années, voyage intérieur autant que de kms parcourus, qui mena l’auteur d’une des plus infâmes prisons de la dictature chilienne, celle de Temuco, où il passera deux années et demi de sa jeunesse, jusqu’à Martos en Andalousie, village natal de son grand-père anarchiste, exilé lui aussi, afin de tenir une promesse faite à ce dernier. Pour cela, il lui faudra errer à travers une bonne partie de l’Amérique du sud pendant très longtemps. Errance épique avec le poids de cette interdiction de quitter le continent, le poids d’une seule stupide et incompréhensible lettre qui marque son passeport.

 

Une vieille chanson chilienne dit : « Le chemin a deux bouts et aux deux quelqu’un m’attend. » L’ennui c’est que ces deux bouts ne limitent pas un chemin rectiligne, mais tout en courbes, lacets, ornières et détours, qui ne conduisent nulle part.

 

Morceaux d’errance qui rassemblés sur le papier deviennent un récit d’aventures. Sepúlveda est un conteur magnifique qui sait aller au cœur du lecteur, il a ce talent de raconter les paysages et les humains avec autant d’humour que d’amour. Et sur sa route, nombreuses ont été les rencontres fortes, de celles qui ne s’oublient pas et qui lui ont appris l’humanité, celle des autres et la sienne.

 

La Patagonie, région où à partir de 1976 la dictature a commencé à reléguer les prisonniers politiques, tient une place très particulière dans le cœur de Luis Sepúlveda. Il finira par y retourner avec bonheur plus tard, sur les traces de Butch Cassidy et Sundance Kid, en hommage à Bruce Chatwin qui a tiré son chapeau avant qu’ils ne puissent faire ce voyage ensemble, comme ils l’avaient imaginé dans un bar de Barcelone, vu que cela a pris de très nombreuses années avant que Sepúlveda obtienne le droit de revenir au Chili.

 

En Patagonie, pays des extrêmes, tout le monde semble avoir un talent de conteur, qui se révèle entre autre dans un étonnant concours de mensonges.

 

Sur cette terre nous mentons pour être heureux. Mais personne ici ne confond mensonge et duperie.

 

Des rencontres et des amitiés qui donnent la force d’avancer et de préserver envers et contre tout la dignité. Des notes pour arrêter les eaux de l’oubli, titre d’un livre de Taibo I et qui ont voyagé avec l’auteur pendant très longtemps avant de devenir pour le lecteur, un cadeau inestimable.

 

Cathy Garcia

 

 

1003028-prodlibe-luis-sepulveda.jpgLuis Sepúlveda est un écrivain chilien né le 4 octobre 1949 à Ovalle. Son premier roman, Le Vieux qui lisait des romans d’amour, traduit en trente-cinq langues et adapté au grand écran en 2001, lui a apporté une renommée internationale. 1975 : il a vingt-quatre ans lorsque, militant à l’Unité populaire (UIP), il est condamné à vingt-huit ans de prison par un tribunal militaire chilien pour trahison et conspiration. Son avocat, commis d’office, est un lieutenant de l’armée. Il venait de passer deux ans dans une prison pour détenus politiques. Libéré en 1977 grâce à Amnesty International, il voit sa peine commuée en huit ans d’exil en Suède. Il n’ira jamais, s’arrêtant à l’escale argentine du vol. Sepúlveda va arpenter l’Amérique latine : Équateur, Pérou, Colombie, Nicaragua. Il n’abandonne pas la politique : un an avec les Indiens shuars en 1978 pour étudier l’impact des colonisations, engagement aux côté des sandinistes de la Brigade internationale Simon-Bolivar en 1979. Il devient aussi reporter, sans abandonner la création : en Équateur, il fonde une troupe de théâtre dans le cadre de l’Alliance française. Il arrive en Europe, en 1982. Travaille comme journaliste à Hambourg. Ce qui le fait retourner en Amérique du Sud et aller en Afrique. Il vivra ensuite à Paris, puis à Gijon en Espagne. Le militantisme, toujours : entre 1982 et 1987, il mène quelques actions avec Greenpeace. Son œuvre, fortement marquée donc par l'engagement politique et écologique ainsi que par la répression des dictatures des années 70, mêle le goût du voyage et son intérêt pour les peuples premiers.

 

12/08/2017

L’été des noyés de John Burnside

 

traduit de l’anglais (Écosse) par Catherine Richard.

Ed Métailié, mai 2017, parution en poche du roman publié en 2014.

 

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330 pages, 12 euros.

 

 

L’été des noyés démarre comme un thriller, dans une atmosphère déjà très particulière, puisque se déroulant à Kvaløya, une île tout au nord de la Norvège, dans le cercle arctique dont l’été est propice aux insomnies et aux hallucinations, avec son jour quasi permanent - le fameux soleil de minuit. Très vite cependant, l’auteur nous faire basculer nous-mêmes dans un sorte de torpeur, entre rêve et cauchemar. Nous tombons dans la tête de Liv, la narratrice, un peu comme Alice tombe dans le trou en suivant le lapin blanc. Ici le lapin blanc, c’est le lieu lui-même. Cette île coupée du monde, ce nulle part. C’est là que Liv, jeune fille de 18 ans, vit en permanence avec sa mère, Angelika Rossdal, peintre célèbre qui a choisi pour travailler, une vie de recluse dans cette grande maison de bois peinte en gris, au cœur de laquelle son atelier fait figure de sanctuaire. Ce qui ne l’empêche pas de recevoir des journalistes ou un groupe d’admirateurs locaux, les prétendants, comme les appelle Liv, pour un thé chaque samedi. Liv qui vient de terminer sa scolarité, ne semble pas souffrir de cette vie isolée et n’a pas de projets. Elle ne connait pas son père et elle a un seul ami, un vieil homme qui ne vit pas très loin et qui la nourrit d’histoires et de légendes liées à ces lieux, eux-mêmes déjà assez irréels. Il lui parle notamment de la huldra, une créature en réalité plutôt affreuse, apparaissant sous la forme d’une très belle jeune femme vêtue de rouge, qui entraîne les jeunes gens sur des chemins mortels. Aussi quand les premiers noyés sèment le trouble dans la minuscule communauté de l’île, Kyrre le vieil ami de Liv, y voit plus qu’un drame inexpliqué. Et puis il y a Maia, cette fille bizarre, paumée, qui semble liée aux noyades et qui commence à hanter de façon malsaine l’esprit de Liv. Surtout depuis que celle-ci semble avoir noué une relation intime avec Martin Crosbie, un de ces estivants qui louent chaque année la petite hytte - une cabane en bord de grève du vieux Kyrre, pour goûter à l’expérience d’un été arctique loin de tout. Sauf que Martin Crosbie n’est pas un vacancier comme les autres, semble t-il.

 

La particularité de ce roman, outre le sujet et le lieu où il prend place, c’est que l’auteur nous plonge vraiment dans la tête de Liv et que c’est plutôt tortueux là-dedans. La jeune fille tend à ressasser mentalement d’innombrables questionnements, avec une acuité hypertrophiée de sensations entrecoupées d’espaces qui semblent aussi vides que les prairies qui s’étendent à perte de vue, après le jardin et le bois de bouleaux qui entourent la maison. Espaces dans lesquels elle-même bascule, visions et sensations se confondent et une sourde angoisse peut se transformer à tout moment en accès de panique.

 

Il ne faudrait pas trop en révéler, car ce roman est une expérience qu’il faut tenter soi-même. Il se peut qu’on la trouve désagréable ou qu’au contraire on se sente aspiré avec l’impossibilité de s’en arracher. Poétique, halluciné, dérangeant, étouffant même, ce roman est comme un champignon vénéneux que l’on aurait gobé par mégarde.

 

Y’a-t-il vraiment quelque chose de surnaturel dans les disparitions qui s’enchainent ? Serait-ce «  la trouée dans l’étoffe du monde par laquelle ceux qui condamnent les vieilles légendes, ne peuvent éviter de disparaître », qu’ils y croient ou pas ? Où est-ce que nous sommes entrainés par l’imagination exacerbée d’une jeune fille trop solitaire, agitée par le souffle de Bieggaålmaj, l’ancien dieu du vent sami ?

 

« Car ce vent, cet esprit avait une mémoire éternelle, qui dépassait le lieu, le temps et les saisons ».

 

La narratrice n’a jamais quitté cette grande maison perdue, c’est de là qu’elle raconte l’histoire de cet été si particulier, l’été des noyés, qui a probablement déterminé le reste de sa vie. Liv est comme habitée d’une nostalgie d’un monde très ancien, plus ancien que les humains et les légendes seraient « les chemins, sinueux et accidentés, vers cette époque et d’une certaine manière, jonchant ça et là la trame de l’histoire, les souvenirs d’un lieu que nous n’avons jamais vu. »

 

« C’est l’idée d’un inimaginable Avant. » Quand le monde était seulement peuplé d’arbres, de bêtes et d’esprits. Aussi la narratrice, si elle évite de parler de ces choses aux vivants, s’est–elle habituée au fait que dans sa maison, il y ait « des ombres dans les plis de toutes les couvertures, des frémissements imperceptibles dans le moindre verre d’eau ou bol de crème posé sur une table – et, certains jours, de minuscules, presque infimes poches d’apocalypse dans l’étoffe de ce monde, prêtes à crever » et à la surprendre où qu’elle soit.

 

Cathy Garcia

 

 

 

burnside-324.pngJohn Burnside a reçu le Forward Poetry Prizes 2011, principale récompense destinée aux poètes en Grande-Bretagne. John Burnside est né le 19 mars 1955 dans le Fife, en Écosse, où il vit actuellement. Il a étudié au collège des Arts et Technologies de Cambridge. Membre honoraire de l’Université de Dundee, il enseigne aujourd’hui la littérature à l’université de Saint Andrews. Poète reconnu, il a reçu en 2000 le prix Whitbread de poésie. Il est l’auteur des romans La Maison muette, Une vie nulle part, Les Empreintes du diable et d'un récit autobiographique, Un mensonge sur mon père. John Burnside est lauréat de The Petrarca Awards 2011, l'un des plus prestigieux prix littéraire en Allemagne.

 

 

 

05/08/2017

Civilisé de Walter Ruhlmann

 

Urtica, juillet 2017

 

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42 pages, 7 € (port inclus).

 

 

 

La tendreté est un mot de boucher

 

Civilisé est à prendre à rebrousse-poil, car ce terme prend ici une connotation péjorative. Walter Ruhlmann nous livre un recueil sans concession, sombre, parfois brutal et désespéré.

 

J’écrase les mégots dans des tasses de thé,

je sens le gaz souffler à mes narines,

un air marin de pacotille.

 

Éros et Thanatos se livrent à une danse plutôt macabre et c’est Thanatos qui mène. Civilisé fait partie de ces recueils qu’il est bon pour un auteur de cracher, le genre de crachat qu’on balancerait à son reflet dans la glace, un reflet que l’on a dû mal à supporter. Éros ici est dénudé de ses rêves et parures, le reflet dans la glace est sans pitié, reste alors le sexe et la mort, et quand même le sexe a un goût trop amer, reste la mort qui nous dévisage. Civilisé, c’est déjà mourir à son être le plus profond, c’est peut-être le trahir. Walter Ruhlmann se dévisage lui-même ici, se débite même, corps tout entier, sucs et trippes. Un regard impitoyable qui englobe ses semblables et dissemblables.

 

Elle navigue en radeau sur des rivières d’éthers,

des lacs de méthadone brûlée,

des ruisseaux de lisiers.

 

Le glauque, l’infâme hantent ces pages, et la mort du père est une blessure qui demeure à vif.

 

Père

j’écris depuis le sac

enfermé comme un chat

prêt à être noyé

 

Le corps se délite et la peur, la douleur, deviennent rage.

 

J’aurais besoin de profondeurs,

De ces abysses incommensurables :

Les trous béants, les failles sans fond,

Les caves ouvertes comme des bouches prêtes à sucer.

 

(…)

Superficie douteuse, superficiel je suis,

les profondeurs me recrachent, elles me vomissent

 

Walter Ruhlmann comme le figure l’illustration de Norman J. Olson en couverture, se livre nu, plus encore, il nous déroule ses entrailles, matière et odeur et comme le hurle le titre du dernier poème « Tu pue sapiens ». Il y a pourtant comme une quête sous-jacente dans ce recueil, une quête de pureté sans avoir besoin de se trahir, pureté que l’auteur va chercher dans un passé mythique personnel où les princes auraient des ailes, mais toute histoire a une chute, tout nous ramène au sol et le sol à la pourriture. Difficile de trouver une rédemption à la condition humaine, le civilisé n’a jamais eu cette innocence originelle où les anges ne salissent pas leurs ailes et où la chair ne serait pas corruptible. Civilisé cherche à tâtons dans le noir, la moiteur, la profusion des corps, sa nature perdue et ce jusqu’à l’excès et la turpitude.

 

J’ai passé tant de nuits à baiser,

sucer des queues tendues,

caresser des peaux ternes, des poils gris

 

(…)

Un hôtel sans limite

le ciel seul comme frontière

 

(…)

Et j’attendais mon tour

le cul dressé à plaire

 

La nature qui elle-même dans ce recueil nous renvoie souvent une image sombre et abjecte.

 

Chacals, vautours, freux, scolopendres

tous viendront goûter à ma viande

 

Civilisé veut dire mentir et c’est de ce mensonge obligé que suppure la haine de soi. Ici les mots deviennent des armes de vérité, pour dire ce qui ne se dit pas, pour dire ce que le civilisé est censé taire.

 

Inspirer la fumée par tous tes orifices,

le cul branché en permanence sur les fourmilières chatoyantes

chatouillé des cuisses à la nuque

anus gonflé par les piqûre d’insectes,

ou par la bite de tes contemporains :

vas te faire enculer.

 

Il y a de la noirceur, de la lucidité et aussi beaucoup de tristesse dans ce recueil.

 

Tu ne détestes rien, tu aimes ce qui vient,

tu n’es qu’un trou de plus

avalant les ruisseaux gras,

goûtant leurs flots infâmes

 

Mais on ne peut s’empêcher de voir au-delà de cette obscurité, car la force qui habite ce recueil est de celle qui sait crever les ténèbres.

 

 

Cathy Garcia

 

 

 

Walter.jpgWalter Ruhlmann enseigne l’anglais. Il a dirigé mgversion2>datura de 1996 à 2017 et les éditions mgv2>publishing de 2008 à 2017. Walter est l’auteur de recueils de poèmes en français et en anglais et a publié des poèmes et des nouvelles dans diverses revues dans le monde entier. Son blog : http://thenightorchid.blogspot.fr. Certains des textes de Civilisé sont parus dans Axolotl, Le capital des mots, Journal de mes paysages, Mes paysages écrits, Libellé, Le livre à disparaître, Microbe, Mots à maux, Nouveaux délits, Traction-Brabant & mgversion2>datura.

 

 

 

29/07/2017

3000 € de Thomas Melle

 

traduit de l’Allemand par Mathilde Julia Sobottke

Ed. Métailié, mars 2017

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190 pages, 18 €.

 

  

Anton a eu ce qu’on pourrait appeler un accident de parcours, brillant étudiant en droit, il a comme on dit décroché, ces tentatives pour se rattraper en conduisant un taxi ont à peine ralentit la chute, une pente glissante bien arrosée à l’alcool. Denise est caissière, mère sexy et célibataire d’une fillette qui semble avoir quelques soucis de développement. 3000 €, c’est le montant de la dette d’Anton pour laquelle il est sur le point de passer en procès, intenté par les banques. Dette qui roule amasse beaucoup, moins il peut payer et plus le montant enfle. 3000 € c’est le paiement que Denise attend pour avoir tourner un film porno diffusé sur le net. Anton et Denise. Ils n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre, si ce n’est que chacun dit non à sa façon. Chez Anton, cela prend la forme de renoncements, d’une fuite en avant dans les rêves. Hébergé dans un foyer, il préfère dormir carrément dehors.

 

Il a laissé faire. Laisser faire les choses, dans le cas d’Anton, ça équivaut à présent à une décision.

 

Pour Denise, c’est lutter contre sa parano qui la fait paniquer et voir des regards lubriques qui savent, qui l’ont vue, à chaque client qui passe à sa caisse. Et l’argent qui n’arrive pas…

 

Anton et Denise, une rencontre improbable. Un amour est-il possible sous la lumière crue d’un réel fade et impitoyable ? La loi de gravité qui ramène chacun à sa propre problématique, ce poids qui les emporte, s’il provoque parfois des collisions sentimentales, est cependant trop lourd pour comprendre l’autre, au sens « prendre avec ». Chacun tourbillonne sur sa trajectoire. Anton dans une autre vie n’aurait probablement jamais remarqué Denise et Denise doit se battre pour donner à sa propre vie et à sa fille ce qu’elle imagine être un avenir meilleur. Anton a déserté son destin, Denise voudrait échapper au sien, tous deux sont perdus sur leur propre ellipse. Une histoire banale en somme, une parmi tant d’autres, un portrait froid et lucide de la réalité sociale allemande d’aujourd’hui où rêver est dangereux. Pour 3000 €, il s’agit de savoir se vendre ou pas.

 

Une mesure de contention peut-être ? Volontiers. Suppression de vos cotisations ? Oh oui, volontiers. Vous prendre bien un viol ? Très volontiers.

 

 

Cathy Garcia

 

 

 

Thomas-Melle-©-Dagmar-Morath.jpgThomas Melle est né en 1975, il a étudié la littérature comparée et la philosophie à Tübingen et aux États-Unis, il est traducteur et écrivain. Il fait des débuts très remarqués en 2011 avec le roman Sickster (lauréat du Prix Franz-Hessel.) 3000 € a obtenu le Prix de littérature de la Ville de Berlin en 2014 et son nouveau roman publié en Allemagne a été finaliste du Prix du livre allemand 2016.

 

 

 

 

 

28/07/2017

Vingt-sept degrés d’amour de Chloé Landriot

 

 

illustrations de l’auteur et de Joëlle Pardanaud

Éditions le Citron Gare, mai 2017

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85 pages, 10 €.

 

 

L’un pour l’autre nous sommes

Merveille

Cette étrange présence

Qui ne s’habitue pas.

 

 

Sous le signe de l’arbre et de l’infinie richesse du symbole, arbre que l’on retrouve dans toutes les illustrations, réalisées ici à quatre mains par l’auteur et sa propre mère, le lien affectif se niche de façon limpide au cœur du livre tout comme il en tisse également la forme. Un livre porteur d’une parole de femme, d’une femme solaire ou qui aspire en tout cas à l’être. Amante généreuse, compagne et puis mère elle aussi. Un hymne à l’amour quand corps et nature ne font plus qu’un et que les mots s’en vont puiser à la source, cherchent la lumière comme le font aussi bien les jeunes pousses que les vieux arbres. Dans ces vingt-sept degrés d’amour, il y a du corps et il y a de l’âme et ils ne sont pas séparés par une fausse pudeur. Femme en plénitude qui connait ses ombres, qui prend sa force dans le désir assumé et assouvi et pour qui les mots tracent un sentier vers la transcendance, tendent leur toile d’une branche à l’autre. L’auteur n’ignore pas cependant que le silence reste la meilleure façon d’exprimer le mystère renouvelé du vivre dans sa dimension la plus sacrée.

 

L’amour et le lien à l’autre comme une voie initiatique.

 

J’avance encore à tes côtés

En tenant par la main

Cette chance imparfaite et boiteuse

Cette chance.

 

Ce qui n’empêche la lucidité, le duo ayant aussi ses duels au premier sang.

 

C’est la règle

Entre toi et moi

La preuve

Que je te touche

Que tu ne fais pas semblant

Que je ne te fuis pas

 

Et sur cette voie de compagnonnage naissent des fruits et tombent des feuilles mortes. Cycles qui ne sont peut-être pas éternels…

 

Je ne sais maintenant

Où vous pourrez puiser l’eau fraîche des espoirs

Où vous pourrez apprendre à traquer la beauté

À rester humain

Ni si vous nous pardonnerez

Nôtre infâme bêtise

Où bien si vous croirez que c’est votre destin

Et que vous lutterez

Laissant aux morts les questions vaines

 

Cycles dont il faut tâcher de comprendre les rythmes, afin de s’y accorder avec justesse, avec sagesse. C’est ce que tente Chloé Landriot dans ces Vingt-sept degrés d’amour.

 

Cathy Garcia

 

  

Chloé Landriot est née en 1980 à Saint-Etienne. Auteure d’une thèse sur l’art épistolaire royal au XVIe siècle, elle a décidé de délaisser les bibliothèques feutrées pour la « vraie vie » d’un collège de la banlieue lyonnaise, où elle enseigne depuis sept ans. Mère de deux enfants, elle essaie de vivre de plus en plus les yeux ouverts et de mener (à sa modeste mesure) des combats qui ne font pas de perdants. C’est pourquoi elle pratique l’aïkido, ne va plus au supermarché, et sensibilise ses élèves à la question de l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est aussi pour cela qu’elle écrit. Elle s’est mise à dessiner sans prétention un jour où il n’y avait plus de mots. Quelques-uns de ses poèmes ont été publiés récemment dans les revues Décharge, Verso, Traction-Brabant et Cabaret. Vient de sortir dans la collection Polder de Gros Texte son premier recueil, Un récit, en mai 2017. Ses dessins paraissent dans Traction-Brabant. Elle intervient aussi à la Maison pour Tous à Lyon où elle anime une « pause poésie » mensuelle.

Joëlle Pardanaud est née en 1956 à Saint-Etienne et elle est la mère de Chloé. Elle vit en Charente. Elle a renoué depuis quelques temps avec le dessin, qu’elle pratiquait dans sa jeunesse : « C'est grâce à mon petit-fils Guilhem que je me suis remise à dessiner, explique-t-elle, pour lui dire combien il me manquait. Alors, j'ai su que le dessin me permettrait de combler mon désir d'être près de mes enfants et petits-enfants grâce au papier, aux crayons et aux tubes de peinture ». Elle a accepté de contribuer à illustrer Vingt-sept degrés d’amour : une collaboration mère-fille qui prend tout son sens dans ce recueil.

 

http://lecitrongareeditions.blogspot.fr/

 

27/07/2017

L’empereur d’Amazonie de Marcio Souza

 

traduit du Portugais (Brésil) par Béatrice de Chavagnac – Métailié, mai 2017 (première édition française chez JC Lattès - 1983).

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224 pages, 10 €.

 

 

Au-delà de l’équateur, tout est permis. (Proverbe portugais du XVe siècle) Pas tout. (Luiz Galvez, détrôné)

 

Ce roman est volontairement un pastiche de roman-feuilleton, un récit construit en une suite de textes extrêmement courts portant chacun un gros titre en majuscule, comme s’il paraissait dans un journal, mais sous ses faux airs populaires, c’est un roman dense et érudit qui tient son lecteur en haleine. Un roman que l’on peut qualifier sans hésiter, de picaresque, irrévérencieux et loufoque, mais fidèle d’une certaine façon à la réalité des lieux et de l’époque prise dans une forme de folie. Le récit prend place en Amazonie à la fin du XIXème, en plein boom du caoutchouc et nous conduit jusque dans la région de l’Acre, que se sont disputés à cette période la Bolivie et le Brésil, avec comme toujours les intérêts américains en arrière-plan.

 

Au fin fond d’une Amazonie hostile, moite, suffocante et boueuse, l’argent coule à flot presqu’autant que l’alcool et on distingue mal le luxe de la luxure. Le climat et l’éloignement de la civilisation, même si l’élite se targue d’en amener les signes les plus clinquants au plus profond de cette immensité de moins en moins vierge, libèrent facilement les instincts de débauche. Il y règne une sorte de fièvre permanente qui en devient le prétexte. C’est encore la grande époque paradoxale de l’opéra de Manaus et des bordels tapageurs, mais le faste entame cependant son déclin, suite à l’entourloupe de Sir Wickam, qui pour le compte de la reine Victoria, a fait passer en contrebande soixante-dix mille graines d’hévéa, direction la Malaisie, ce qui va faire perdre au Brésil le monopole du caoutchouc.

 

Avec une ironie mordante et un humour féroce, le narrateur y narre ses péripéties et celles des autres protagonistes, y décrit l’époque et ses travers, sur le plan historique, politique et celui des mœurs, l’ensemble partageant une même outrance et décadence. Luiz Galvez l’Espagnol, journaliste, séducteur opportuniste et aventurier en quête de fortune facile, pratique l’autodérision avec talent dans ce récit qui se veut être celui de ses mémoires. « Le lendemain matin, je compris que le monde ne mérite pas tant d’analyses quand l’estomac se tord et exige une attitude. » Les mémoires d’un vieillard rédigées en 1945 à Cadiz et dont le manuscrit sera retrouvé en 1973 chez un bouquiniste parisien par un touriste brésilien, alter ego de Marcio Souza.

 

Pour échapper à des ennuis d’alcôves et à la police du Para, suite à son implication avec des révolutionnaires luttant contre l’impérialisme américain, plus par connivence sexuelle que par convictions politiques, Galvez doit remonter toujours plus loin sur l’Amazone de Belém à Manaus, où se rend également la Compagnie française d’opéra et d’opérettes et sa célèbre cantatrice, et d’autres encore, comme une équipe de recherche menée par un professeur qui pense que l’opéra de Manaus est en réalité un vaisseau spatial extra-terrestre. Galvez, tel un héros, échappe aux dangers et aux embûches de toutes sortes, aux autorités, aux maris jaloux, aux fièvres, aux sauvages cannibales… Mais de temps en temps, l’auteur Marcio Souza, dans une sorte de schizophrénie littéraire, vient rétablir dans le récit une vérité que le narrateur déforme, emporté par son imagination. Tout ici n’est qu’excès mais le lecteur ne s’en plaindra pas, bien au contraire, il s’en délecte.

 

« On ne s’était tapé aucun blanc, du moins par voie orale, au cours du XIXe siècle. Notre héros a évidemment cherché a donné un peu de couleur locale aux jours médiocres qu’il a passé à Santarem où il avait, en réalité, débarqué en compagnie de Joana, la sœur sans vocation religieuse. »

 

De fil en aiguille, ou plutôt de beuveries en beuveries, Galvez se retrouvera finalement à la tête d’une pseudo-armée avec la complicité de quelques barons du caoutchouc, pour prendre le contrôle de Puerto Alonso et proclamer l’indépendance du territoire de l’Acre, dont il deviendra de ce fait, empereur, pris dans un tourbillon de délire monarchique décadent et bouffon. Un empereur d’Amazonie pour six mois, dont la chute sera aussi lamentable et ridicule que le fut l’ascension.

 

On apprendra alors que ce personnage a réellement existé, « il a exercé son noble pouvoir dans le Nord du Brésil. Il a effectivement dirigé une des révolutions acréennes. (…) Les aventures picaresques de Luiz Galvez s’accordent parfaitement avec le caractère de vaudeville des milieux politiques du cycle du caoutchouc. »

 

C’est donc un portrait très révélateur de cette époque délirante, « un fou-rire désabusé, hurlant de vérité », comme le dit Jorge Amado dans sa préface. On devinera derrière l’humour caustique, l’apparente légèreté du ton et ses airs d’opérette, les turpitudes réelles d’une Histoire pas très reluisante en réalité et qui ouvriront la porte à plus d’un siècle de dérives, d’exploitation et de destruction. Histoire qui hélas continue son avancée, telle une armée de bulldozers dont on n’a plus du tout envie de rire.

 

Cathy Garcia

 

 

Marcio_Souza_2_137.jpgMarcio Souza est né à Manaus (Brésil) en 1946, il est aujourd'hui un des chefs de file de la littérature amazonienne. Ses romans incisifs et drôles ont connu un grand succès commercial, y compris à l'étranger, ce qui lui a permis de réaliser des expériences théâtrales, éditoriales et cinématographiques. Il est aussi l'auteur d'essais et de livres d'histoire. De retour au Brésil après avoir enseigné aux États-Unis, il joue un rôle très actif à la tête de la culture dans le gouvernement de son État d'origine puis comme directeur de la fondation culturelle Funarte.

 

 

 

24/07/2017

TAMPAX, une arme chimique furtive et mortelle...

 
 
 
Les Tampax représentent un marché colossal et leur secret de fabrication est farouchement conservé par Procter & Gamble, le fabriquant de la marque TAMPAX, leader mondial du marché, (ainsi que des lessives et détergents…..). Or, qui sait que ces cartouches si absorbantes et si pratiques sont imbibées… de DIOXINES - cette substance hautement cancérogène ?
Le cancer du col de l'utérus est le second cancer féminin, et une femme meurt du cancer de l'utérus toutes les deux minutes dans le monde ! Y aurait-il un rapport ??? La moyenne des femmes ayant cinq jours de menstruation par mois durant 38 ans, utilisera donc statistiquement 11.000 tampons au cours de sa vie.
 
Ce produit d'hygiène intime féminin est classé par la FDA (Food and Drug Administration) comme un instrument médical. Ainsi, les fabricants ne sont pas tenus de se conformer aux mêmes règles d'étiquetage que celles en vigueur pour les aliments, médicaments ou cosmétiques. Tout comme pour les tests de toxicité dans la distribution alimentaire, les tests d'ordre chimique sur les tampons sont réalisés par les fabricants ou des chercheurs privés qui sont payés par ceux qui fabriquent et vendent les tampons. A noter que Procter & Gamble tient à garder secrète la recette de sa soupe chimique vu que les seules femmes américaines rapportent deux milliards de dollars par an pour leurs serviettes hygiéniques et leurs tampons chimiques.
Enquête sur la composition des Tampax
 
A l'origine, les tampons étaient composés à 100% de coton. Lorsque les femmes se sont plaintes de fuites, les fabricants ont augmenté leur pouvoir absorbant en mélangeant le coton à des fibres synthétiques hautement absorbantes comme du polyester, du polyacrylate, de la viscose et de la cellulose de carboxymehtyl. Au début des années 80, des rumeurs ont couru concernant les tampons lorsque 38 femmes sont mortes de syndromes de chocs toxiques (TTS), d'une infection bactériologique liée à l'usage de tampons super absorbants. Suite à ces événements, bien qu'ils aient nié tout lien avec ces morts, les fabricants de tampons changèrent la composition de leurs produits. Au cours des tests privés, il fut établi que ces matériaux synthétiques attiraient les bactéries qui conduisaient à des TTS. De nouvelles études amenèrent à sélectionner un mélange de viscose et de coton comme « composant » le plus sécuritaire, et c'est précisément ce qui reste dans les tampons classiques d'aujourd'hui.
Or, il ya deux problèmes de taille :
 
1 - Le coton conventionnel utilise pour sa culture environ 38 tonnes de pesticides chaque année aux Etats-Unis. Ces produits chimiques comptent parmi les plus toxiques utilisés en agriculture et l'Agence pour la Protection de l'Environnement a déclaré 7 de ces produits chimiques parmi les 15 principaux utilisés pour la production de ce coton, comme cancérigènes pour l'être humain.
 
2 - Le viscose utilisé dans les Tampax est fabriqué à partir de pulpe de bois et parmi les nombreux produits chimiques qui sont utilisés pendant le processus de conversion du bois, c'est dans le chlore utilisé pour blanchir la pulpe de bois que réside le plus grand danger. Le procédé crée des hydrocarbones chlorés, un groupe de produits chimiques dangereux, dont l'un des produits dérivés est la dioxine, l'une des substances les plus toxiques connues.
 
Alors, en réponse aux réclamations des consommateurs et du gouvernement américains dans le cadre de leur loi sur la santé des femmes et la dioxine, suivie par la loi sur la recherche et la sécurité des tampons, l'industrie du tampon a récemment changé sa méthode de blanchiment par une nouvelle méthode qui remplace le chlore gazeux par du dioxyde de chlore. Le dioxyde de chlore est connu pour ses propriétés désinfectantes, et est utilisé pour contrôler les micro-organismes nocifs, y compris les bactéries, les virus ou les champignons. Ce nouvel agent de blanchiment devait théoriquement aboutir à un produit exempt de dioxine.
 
Et bien non ! Des études ont démontré que la fabrication de dioxyde de chlore ne génère pas un produit aussi pur que le prétendent les fabricants de tampons. Des réactions chimiques qui ont lieu pendant le processus de blanchiment libèrent du chlore gazeux… qui engendre encore de la dioxine. Bien sûr, la nouvelle méthode de blanchiment diminue la quantité de dioxines créées, mais ne les élimine pas vraiment. Etant donné que la dioxine est cumulative et lente à se désintégrer, le danger reste par le contact répété (5 jours par mois, 12 mois par an, pendant près de 40 ans!)
Petits rappels sur la dioxine
 
La dioxine est une molécule produite par la combinaison de chlore et de composés organiques, qui a été le composant actif du sinistre agent orange américain utilisé au Vietnam. Elle est considérée comme la substance la plus mortelle connue pour l'humanité (on dit qu’une seule cuillère à soupe serait suffisante pour tuer l’humanité entière. Cette toxine est un sous-produit de l'incinération des déchets, de la fabrication de pesticides chimiques et du blanchiment du papier et des pâtes à papier). Elle est classée POP (polluant organique persistant) qui s'accumule dans le corps.
 
Et comme si le coton imbibé de dioxine et de pesticides ne suffisait pas, les tampons contiennent également de nombreux produits chimiques supplémentaires qui comprennent :
- des amplificateurs d'absorption,
- des désodorisants,
- des parfums synthétiques.
 
Effets de contamination des Tampax sur la femme
 
La dioxine s'accumule chez les humains, en particulier dans les tissus adipeux féminins et le lait maternel. Le principal moyen d'élimination est donc par le lait maternel ou le placenta. Ainsi elle commence à s'accumuler dans l'organisme du fœtus et, plus tard, dans celui de l'enfant en bas-âge. Les enfants et les fœtus sont donc les plus exposés aux risques alors que leurs systèmes nerveux et immunitaire sont en plein développement. Cette toxine persistante se propage non seulement à travers les différentes populations, mais aussi de manière générationnelle.
 
Des douzaines de maladies et affections sont liées à l'accumulation de dioxine dans l'organisme. On peut les regrouper en trois catégories: celles faisant intervenir les enzymes, les facteurs de croissance et les hormones. Un récent rapport de l'Agence pour la Protection de l'Environnement confirme que la dioxine est un "cancérogène pour l'homme" et ce produit chimique cancérogène connu est en contact direct avec nos organes internes et nos zones très sensibles. Des études Suédoises ont établi un lien entre les tampons contenant de la dioxine et une augmentation des cancers de l'appareil génital féminin.
 
En fait, les tampons sont placés contre les tissus adipeux humides pendant des périodes prolongées créant un environnement idéal pour l'absorption de produits chimiques. La dioxine agit comme un perturbateur endocrinien. Une des maladies les plus directement liés à l'effet de perturbation endocrinienne de la dioxine libérée par les tampons est l'endométriose, une maladie où les cellules endométriales de la muqueuse de l'utérus se développent de manière inappropriée à l'extérieur de l'utérus. Elles poussent sur les ovaires, à l'extérieur de l'utérus ou des trompes de Fallope ou ailleurs dans la cavité abdominale.
 
En plus du cancer et de l'endométriose, les perturbations de la croissance, des enzymes et des hormones causées par l'exposition à la dioxine ont été associées à :
 
- des anomalies congénitales,
- l'incapacité à porter une grossesse à terme,
- la diminution de la fertilité,
- la réduction du nombre de spermatozoïdes,
- l’installation du diabète,
- des troubles de l'apprentissage,
- l’altération du système immunitaire,
- des problèmes pulmonaires,
- des maladies de la peau
- la réduction du niveau de testostérone.
Autre problème : les fibres synthétiques et leurs résidus
 
Des études ont montré que les fibres synthétiques créent un environnement idéal pour la croissance des bactéries "Staphylococcus aureus" à l'origine du syndrome de choc toxique. Ces caractéristiques sont attribuées aux tampons au très haut pouvoir absorbant qui, par conséquent, laissent derrière eux, des quantités concentrées de protéines dont ces bactéries nuisibles ont besoin pour produire leur poison.
 
En plus d'augmenter le risque de syndrome de choc toxique, les fibres synthétiques sont abrasives pour la paroi vaginale qui est très sensible. Les tampons Tampax sont insérés profondément dans le vagin avec un applicateur et s'étendent en longueur. Cela pousse le tampon contre la zone cervico-utérine, provoquant des microcoupures et incrustant des fragments de tampon dans les tissus du col et la paroi vaginale (citrinibaum). En plus des coupures provoquées par le tampon lui-même, le retrait du tampon laisse aussi des fibres qui peuvent être à l'origine de futures ulcérations.
 
Ces ulcérations sont causées par la combinaison des substances chimiques du tampon et par la friction provoquée par son retrait. Les substances chimiques du tampon "rongent littéralement le tissus vaginal. Ces ulcérations augmentent les risques d'une femme de contracter une MST en créant une porte d'entrée vers le flux sanguin. Pour aggraver les choses, le coton génétiquement modifié qui est utilisé aux USA résiste aux effets des antibiotiques. Par conséquent, les femmes qui utilisent des tampons de coton OGM peuvent ne pas répondre aux antibiotiques prescrits.
Une petite expérience impressionnante
 
Lors de ses recherches, Meghan Telpner est tombée sur des documents traitant des fibres microscopiques et chimiques laissées dans leur sillage par les tampons et qui sont absorbées directement par les tissus adipeux et le flux sanguin.
Elle explique :
« J'ai essayé moi-même de placer un tampon dans un verre d'eau pendant 6 heures (la durée moyenne d'usage d'un tampon) pour faire le constat de mes propres yeux. Lorsque j'ai retiré le tampon de l'eau, j'ai trouvé des centaines de minuscules particules blanches semblables à des fils fluorescents en suspension dans l'eau, certaines s'étaient déposées au fond du verre, d'autres rasaient les bords. Compte tenu de la quantité de particules qui étaient clairement visibles à l'œil nu, je peux seulement imaginer le volume de produits chimiques et de fibres microscopiques qui sont présentes dans le vagin et intégrées dans le tissu vaginal à chaque utilisation de tampon. »
L'impact environnemental
 
Les tampons Tampax sont tout simplement un fléau. Selon le bureau de consultance en matière de déchets Franklin & Associés, "6,5 milliards de tampons et 13,5 milliards de serviettes hygiéniques, en plus de leur emballage, ont fini dans des décharges ou des systèmes d'égout, cela déjà en 1998... Et selon le Centre pour la Conservation Marine, plus de 170.000 applicateurs de tampon ont été collectés le long des zones côtières américaines entre 1998 et 1999.
Des alternatives plus prudentes
 
Il existe plusieurs options très valables pour les femmes. Les solutions alternatives sont disponibles à l'achat sur internet et dans la plupart des magasins d'alimentation naturelle. Elles comprennent le passage des tampons conventionnels :
 
aux éponges de mer naturelles,
aux serviettes réutilisables respectueuses de l'environnement,
aux coupelles menstruelles.
 
Des tampons 100% bio sont fabriqués à partir de coton certifié sans OGM. Ils ne contiennent ni colorants irritants, ni parfum, et ne comportent pas les risques liés aux fibres synthétiques. Choisir le coton bio et sans chlore réduit les quantités de toxines dangereuses dispersées dans l'environnement ainsi que la pollution par les pesticides et produits chlorés tout en les tenant à l'écart de notre corps.
Ces tampons s'utilisent exactement de la même manière que les tampons conventionnels avec divers degré d'absorption, avec ou sans applicateur. Il est recommandé d'utiliser le taux d'absorption le plus bas pour éviter les risques de syndromes de choc toxiques. Les tampons bio ne sont que légèrement plus chers que les tampons conventionnels.
 
 
 
Source : Meghan Telpner : Toxic Death Sticks
http://www.denmarkonline.dk/files/tampax-tampons.pdf
 

17/07/2017

À TOUS VENTS - un film de Michel Toesca et Cédric Herrou

 

 

 

À TOUS VENTS, retrace la rencontre des habitants de la vallée de la Roya et des réfugiés qui arrivent dans cette vallée en tentant de passer la frontière franco-italienne.

 

Michel Toesca est cinéaste. Il habite dans cette vallée et filme depuis deux ans des hommes et des femmes qui ont décidé d'agir face à une situation humaine révoltante, malgré les risques judiciaires encourus. Des gens qui se connaissaient à peine se rassemblent et s’organisent pour exiger un droit à l’humanité.

 

Cédric Herrou, agriculteur dans la vallée, est rapidement devenu une figure centrale de l’aide aux exilés. Il est un des personnages principaux du film.

 

De leur relation, des risques pris en commun en filmant des actions considérées au début comme illégales, naît une solide complicité.

 

À TOUS VENTS est l’histoire de leur amitié et de tous les liens qui se tissent entre les habitants de la vallée et ces réfugiés qui ont choisi de tout risquer dans l’espoir de connaître une vie meilleure...

 

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Nous avons décidé d'auto financer ce film et de faire appel aux dons. L’objectif de 15 000 € est une base minimum pour nous permettre d’avancer dans la fabrication du film. Le budget nécessaire à la réalisation de ce film est évaluée à 150 000 €.

 

Chaque soutien compte, un grand merci à tous ceux qui nous accompagnent !!

 

Plus vous serez nombreux à partager ce lien et plus nous aurons de chance d'atteindre notre objectif de faire une levée de fonds de 150 000 €. 

 

En savoir beaucoup plus ici :

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/a-tous-vents...

 

 

 

 

 

 

10/07/2017

Hamburg - les zombies du G20

 

 

02/07/2017

Revue Lichen n°16 - Juillet 2017

 

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toujours très heureuse de figurer au menu de Lichen dont voici le n°16 déjà et il est copieux !

 

 

n° 16 (juillet 2017)

Publication à périodicité (éventuellement) mensuelle * ISSN 2494-1360

prix : 1 mot (nous demandons que chaque personne qui consulte et apprécie ce blog nous envoie, en échange, un mot)

Au sommaire de ce numéro :

Éditorial

Jiani Abert : un poème sans titre

Mina Assadi : « Dirigeant » (poème traduit du persan par Babak Sadeq Khandjani)

Sindie Barns : six haïkus

Thierry Blandenet : « Hic et nunc » et « Amour »

Laurent Bouisset : « Un sourire vrai »

Léon Cobra : « Ça coûte combien le bonheur ? » (un poème accompagné d’un collage)

Éric Cuissard : « La fenêtre »

Colette Daviles-Estinès : « Morcelé » (un poème et une photographie)

Ève de Laudec : deux poèmes issus de Des pas sur la terre

Carine-Laure Desguin : « à chercher l’ordre »

Laurent Dumortier : « Danser la pluie »

Laure Escudier : « le sentier vibration est porteur d’un adieu »

Fabrice Farre : trois « poèmes de poche » (1)

Laetitia Gand : « Le printemps agité » et « À la pluie venue »

Cathy Garcia : « La mort-vie »

Aurélien Gernigon : un poème sans titre

Hoda Hili : « Nasses » (XXXI à XXXV)

François Ibanez : « À deux pas »

François Jégou : six fragments poétiques

Valère Kaletka : « Bien serré » et « Ses bras sarments »

Géry Lamarre : « Paradis infimes »

Cédric Landri : trois pantouns

Robert Latxague : « Un mojito para Cuba » (part I)

Hubert Le Boisselier : « Parler » (3)

Guy Lebressan : « La chose »

Le Golvan : encore six inédits extraits de Jours

Hans Limon : « Suspension »

Élodie Loustau : « Le cri dans le cri (1) »

Cédric Merland : quatre variations autour du titre Si elle y pense

Hélène Miguet : « Vibrations »

Ana Minski : « Extrait de monde (3) » (poème) et « Warm Canto » (peinture)

Valéry Molet : « L’ombre »

Pierre Morens : trois poèmes sans titre

Alain Morinais : « Il est un autre lendemain »

Michel-Ange Moukaga : « Temps mort » et « Iris »

Brice Noval : « Retour »

Damien Paisant : « Sur moi »

Anouch Paré : trois poèmes extraits d’une Petite suite animalière

Stéphane Poirier : « Œuf sur le plat »

Paul Polaire : « Ode à mon beau cabas »

Éric Pouyet : « Marguerites montant l’escalier » (photographie)

Hélène Py : « Patenôtrier… »

Bénédicte Rabourdin : « Charlocyclette » (poème graphique)

Saiban : trois « TER Nice-Antibes »

Salvatore Sanfilippo : « Il est descendu »

IgnacioJ. Santanilla-Bahi : « Instantané »

Clément G. Second : deux poèmes extraits de Encres de songerie

Soly Sombra : « Écho » et « A-mer »

Gaëtan Sortet & Khalid El Morabethi : « Maintenant ou jamais »

Sophie Marie Van der Pas, sur une photographie d’Alain Dutour : « Écriture »

Sabine Venaruzzo :  deux « Scenarii nocturnes »

Charlélie Willhelm : « Amazonie »

Note de lecture : Écrits de nature I, d’Alexis Gloaguen (éditions Maurice Nadeau)

Choses vues : les éditions de l'Ormaie et le n° 100 de La Barbacane à la galerie Depardieu à Nice

Guillemet deParantez (s/d.) & alt. : l’Atelier

 

 

 

01/07/2017

Le potager de mon grand-père par Martin Esposito (2016)

 

 

Auteur inconnu

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23/06/2017

Flexibilisation du travail ou transition écologique, il faut choisir !

 

Aurore Lalucq, codirectrice de l'Institut Veblen pour les réformes économiques
 

La volonté du gouvernement de flexibiliser les emplois amènera à une précarisation des conditions de travail qui va irrémédiablement à l’encontre de la transition écologique. Des pays anglo-saxons à l’Allemagne, la flexibilisation du marché du travail s’est certes traduite par des créations d’emplois, mais des emplois mal rémunérés et peu protégés. On peut considérer qu’il vaut mieux être mal employé que chômeur, c’est un choix de société. Mais il faut être conscient que ce choix, par l’accroissement des inégalités qu’il provoque, est aussi complètement anti-écologique.

En effet, inégalités sociales et inégalités écologiques s’auto-alimentent. Un phénomène parfaitement décrit dans le livre de l’économiste Eloi Laurent et du syndicaliste Philippe Pochet. Les deux auteurs y montrent comment les inégalités sociales favorisent l’irresponsabilité écologique des plus riches (via un transfert des dommages environnementaux des riches vers les pauvres), affectent la santé des plus pauvres (les plus défavorisés sont aussi les plus touchés par les vagues de canicule par exemple) et participent à une relance inutile de la croissance (on préfère aller toujours plus loin dans la taille du gâteau plutôt que mieux le partager).

Les plus défavorisés sont aussi les plus touchés par les vagues de canicule

Par ailleurs, comme le notent plusieurs études, notamment les travaux de Lucas Chancel et de Thomas Piketty, les plus aisés sont ceux qui polluent le plus. Et leur mode consommation, en devenant la norme à atteindre, engendre des comportements mimétiques qui poussent à la surconsommation.

Les 35 heures sont écolos

La volonté du gouvernement de revenir sur les 35 heures va elle-aussi à l’encontre de la transition écologique. L’économiste et sociologue américaine Juliet Schor fut l’une des premières à mettre en évidence le lien entre surconsommation (overconsuption) et surtravail (overwork) aux Etats-Unis. Les conclusions de son étude étaient sans appel : plus les Américains travaillent, plus ils consomment, notamment des produits très impactant pour l’environnement (avions, biens transformés, etc.).

Un constat renforcé par des études du Center for Economic and Policy Research (CEPR) de Washington. Deux chercheurs, David Rosnick et Mark Weisbrot, mettent en évidence que les différences d’impacts environnementaux entre l’Union européenne et les Etats-Unis s’expliquent par la différence de temps de travail. Selon leurs analyses, si les Européens adoptaient un temps de travail équivalent à celui des Américains, ils consommeraient 30 % d’énergie en plus. Plus intéressant encore, les deux chercheurs notent qu’à l’inverse, si les Etats-Unis avaient adopté les standards européens de temps de travail, leurs émissions de CO2 en 2000 auraient été 7 % moindre que celles de 1990 !

Pour tous ces chercheurs, la conclusion est claire : réduction du temps de travail et transition écologique sont indissociables

Le chercheur Jonas Nässén montre également qu’une réduction de 1 % du temps de travail engendrerait une baisse de la consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre de 0,8 % en moyenne et qu’une semaine de travail de 30 heures faciliterait l’atteinte des objectifs de réduction des émissions. Pour tous ces chercheurs, la conclusion est claire : réduction du temps de travail et transition écologique sont indissociables.

En revenant sur les 35 heures et en menant une politique de flexibilisation du marché du travail, le gouvernement fragilise les plus pauvres et exclut en outre la possibilité de mener sérieusement la transition écologique. Il va donc falloir choisir entre idéologie et pragmatisme. Et il semble bien, malheureusement, que le gouvernement ait déjà arbitré. 

Source : https://www.alternatives-economiques.fr/

 

 

 

 

 

 

20/06/2017

"J'ai marché jusqu'à vous" HK (Kaddour Hadadi) - Clip de Rachid Oujdi

 

 

Clip d'après les images du film documentaire de Rachid Oujdi : "J'ai marché jusqu'à vous, récits d'une jeunesse exilée" (2016 /52mn) dont Kaddour Hadadi signe la musique avec Meddhy Ziouche et Saïd Zarouri.

 

 

 

15/06/2017

Ruines de Perrine LE QUERREC lu par Jean Azarel

 

 

3839097360 Ruines.jpg« Berlin 1953 / Unica / Voit Hans, son fantôme du Paradis / Enfant recherché. Hans / <Voit Unica, sa poupée incarnée / Enfant détournée. » Abasourdi, scotché, électrisé, saigné, comme vous voudrez, par la lecture du dernier ouvrage de P.L.Q (P.L.Q : je persiste et signe dans l’utilisation des initiales), j’ai d’abord cru que je n’en dirai rien tant la postface de Manuel Anceau est juste et parfaite. Mais comment rester silencieux et garder pour soi ce qui impose d’être partagé ; puisque comme l’a chanté Jean-Louis Murat « ce qui n’est pas donné est perdu, ce que tu gardes est foutu ». Il est vrai aussi, « Ruines » confortant l’aveu, que je suis définitivement amoureux  de cette langue posologique et de son auteure. Jusqu’à trépas. (Et au-delà d’après certains.) Car l’écriture de Perrine le Querrec (en toutes lettres) est maudite comme le cinéma de Philippe Garrel est maudit. Un petit cercle de lecteurs chez l’une, un quarteron de spectateurs chez l’autre, même si le temps aidant à la connaissance du talent, le cercle des fidèles s’élargit lentement. Tant il est vrai que la vérité fait toujours peur, quand elle n’est pas carrément effroyable.

Ainsi de l’histoire d’Unica Zürn, poupée de chair docile, et d’Hans Bellmer, homme jasmin vénéneux manipulateur, que résume en pages serrées, quasi télégraphiques parfois, le livre factuel et sans parti-pris de Perrine Le Querrec. Unica l’unique, femme précieuse, songe-plein de créativité naïve, brutalement transmutée « à l’insu de son plein gré » en créature fantasmée, hybride et changeante à l’infini, au prix fort de moult humiliations et perversions que d’aucuns verront comme la manifestation de la face obscure de l’amour. Eradication de l’intégrité corporelle, explosion de l’identité sexuelle, dégâts consubstantiels d’une ivresse à contre corps et contre cœur quand la folie, la et les ruine(s) devancent l’appel de la déchéance biologique commune. Si l’automate avec qui Casanova fait l’amour ( ?) dans le film éponyme de Fellini n’est pas loin, ici la cruauté supplante pour un temps le désespoir : l’être humain est toujours là, sommé de contempler sa rivale qu’il nourrit, et contraint au spectacle. « Le trou violet foré jusqu’à l’os / Une blessure sans cesse à combler / Et Hans aura beau manipuler / Trop tard / Dans le combat engagé / Armes blanches, voiles noirs, chairs roses / Ils y laisseront leur peau / Et Unica sa raison troussée. »

Perrine le Querrec nous mène là où elle se tient : en équilibre  sur la pente la plus raide de la montagne. Tout en haut, les cimes sont blanches, en apparence immaculées, mais de quoi sont elles faites ? Pour le savoir, on dévale avec elle tout en poursuivant l’ascension (P.L.Q écrivant, nous lisant), trouvant dans les sauts de page les entrées de secours indispensables pour ne pas risquer la sortie de piste définitive. « ….elle veut juste qu’il sache / Unica est là/ il peut la contempler / …. Unica allongée, hors mot, hors sexe un reproche / informulé, une plainte de vent ».

Littéralement, ce livre cardiologique, récit d’irréparable, d’enfermement, de remords imprudemment décrétés éternels par Bellmer, est à baiser : sans cesse, (à) la vie, (à) la mort, au sens pieux ou païen, comme on voudra, goulûment ou frugalement, c’est selon, avec frénésie ou dévotion, ça ne change rien à l’affaire. Il y a du Pasolini, version « Salo » dans ces Ruines-là, on ne sort pas indemne de la marche, ou alors on a rebroussé chemin depuis belle lurette. Le sommet de la montagne qu’on toucherait presque de la main est toujours aussi loin, les cimes toujours aussi blanches, presque immaculées (de quoi sont elles faites ?), mais le lecteur, souffle court en noir, blanc, et rature d’une mise en page touchée par la maladie, traverse avec le guide Le Querrec des contrées intimes qu’il pensait  inavouables.

 

Jean Azarel / 14 juin 2017

 

12/06/2017

Mooji - Une leçon de conduite à méditer

 

 

06/06/2017

Quand la coolitude des start-up se transforme en prolétariat nouvelle génération

 

Dans Bienvenue dans le nouveau monde, comment j'ai survécu à la coolitude des start-up, Mathilde Ramadier livre une analyse au vitriol des conditions de travail d'un salarié de jeune pousse. Anglicismes à tout-va, contrôle permanent, culte de la flexibilité... Elle revient pour Challenges sur ces quatre ans de prolétariat nouvelle génération.

Mathilde Ramadier dénonce la coolitude des start-up

"Dans ces structures, il y a la reproduction d'un même schéma avec un leader charismatique, incarné généralement par le fondateur de la société, autour duquel se crée un culte de la personnalité."

Florian Sargues
 
 
 

Dans votre ouvrage, vous revenez sur quatre années passées au sein de start-up berlinoises entre 2011 et 2015. Des expériences desquelles vous tirez un tableau très noir tant en terme de management, de missions proposées que d'organisation. A quel moment avez-vous pris conscience que quelque chose clochait?

Mathilde Ramadier: Le déclic est en réalité arrivé assez rapidement, dès l'un de mes premiers entretiens d'embauche en août 2011 à l'issue de mes études. Je postulais alors pour l'un des concurrents d'Airbnb en Allemagne au poste de "manager SEO". Pour ce job, il fallait être diplômé d'un Bac+5, avoir déjà eu une expérience dans la communication, et maîtriser au moins trois langues. Autant dire un profil assez qualifié. A l'issue de l'entretien, mon interlocutrice m'annonce que le poste sera rémunéré 600 euros brut par mois. Naïve, j'ai demandé si c'était à temps partiel. Bien sûr que non, il s'agissait d'un temps plein. Ce fut mon premier grand choc, qui m'a rendue méfiante mais m'a aussi servi pour la suite. 

Pourquoi avoir continué à évoluer dans cet univers si il vous rebutait presque d'entrée de jeu?

A Berlin, 80% des offres d'emplois dans le secteur des services que je ciblais sont issues de start-up [Mathilde Ramadier a notamment travaillé en tant que graphiste, à la communication de sites internet ou encore dans le e-commerce, NDLR]. Difficile donc de passer à côté. Après, la prise de recul a été facilitée par le fait que je voulais d'abord vivre de mes scénarios de bande-dessinée. Travailler dans ces entreprises était donc plutôt un plan B. Pour autant, je prenais ces emplois très au sérieux. Cela représentait plus qu'un job d'appoint pour moi et je me suis dit à plusieurs reprises que si ça marchait dans l'une des start-up, je m'y investirais pleinement. Mais cela n'a pas été concluant.

Vous avez certes travaillé dans plusieurs start-up, mais seulement à Berlin. Ne faites-vous pas de quelques cas une généralité?

Certes, mes expériences sont strictement berlinoises mais en quatre ans j'ai eu affaire avec une douzaine de start-up en tant que salariée et freelance. Pour la rédaction de l'ouvrage, j'ai par ailleurs mené mon enquête un peu partout à commencer par la France. Je peux vous affirmer que ce modèle de fonctionnement, qui trouve ses origines aux Etats-Unis, est complètement globalisé et se moque des frontières. A la différence près bien sûr, que le droit du travail n'offre pas le même niveau de protection aux salariés d'un pays à un autre. Quand j'ai commencé à travailler en Allemagne, le salaire minimum n'existait pas, par exemple. Les choses sont bien différentes en France sur ce point.

Dans votre livre, vous critiquez en particulier la quête extrême d'efficacité et de flexibilité demandée aux salariés, sous couvert d'une communication chaleureuse et d'un environnement de travail agréable. En quoi ce fonctionnement s'écarte-t-il vraiment de celui d'entreprises plus traditionnelles?

Il existe bien sûr des entreprises plus traditionnelles qui reprennent ces codes en version, disons, bêta. Mais il s'agit bien là d'un modèle à part qui se nourrit de l'ère du tout dématérialisé, et d'une espèce d'utopie fondée sur la croyance selon laquelle avoir la bonne idée, la bonne équipe et le bon produit peut révolutionner le monde. Il faut dire que ce type d'idéal tombe à point nommé dans la période actuelle de morosité ambiante.

Selon vous, le vrai visage de ce "nouveau monde" incarné par les start-up d'aujourd'hui n'est en réalité que le reflet d'un "capitalisme sauvage". Vous allez même jusqu'à comparer leur fonctionnement avec celui d'une "dictature totalitaire" et d'un "régime despotique". C'est-à-dire?

Tout à fait. C'est une forme d'organisation totalitaire, voire même sectaire. Dans ces structures, il y a la reproduction d'un même schéma avec un leader charismatique, incarné généralement par le fondateur de la société, autour duquel se crée un culte de la personnalité. Vous avez ensuite l'adoption d'un langage commun généralement bourré d'anglicismes, d'euphémismes et de superlatifs décuplés qui se propagent à une vitesse folle. Les titres de postes eux-mêmes [en référence à certains cités dans son livre: "office manager", "assistant talent recruiter", "growth hacker", NDLR] servent la plupart du temps soit à enjoliver un job banal, soit à masquer une précarité. Plusieurs process sont souvent rebaptisés avec des noms qui se veulent savants mais sont au final très creux. Ajoutés à cette novlangue, des rituels communs, des valeurs communes, une culture d'entreprise commune ou encore une surveillance omniprésente des résultats. Ce qui est assez proche selon moi d'un système totalitaire.... et d'autant plus hypocrite de la part d'entrepreneurs prônant la liberté à tous les étages et qui se révèlent dans les faits plus que liberticides. 

Vos collègues partageaient-ils cette analyse à l'époque?

Il y avait toujours quelques collègues qui partageaient mon avis. Il s'agissait souvent de personnes plus politisées, avec davantage d'expérience professionnelle, ou originaires d'un autre pays. Soyons honnêtes, nous restions minoritaires. Lors de la préparation du livre, j'ai rencontré plusieurs salariés de start-up, en France notamment. Toutes ces personnes se disaient très heureuses les trois premiers mois puis déchantaient généralement ensuite.

Comment expliquez-vous que l'on parle si peu du sujet?

On ne veut pas le croire. On préfère se dire que ces start-up créent de l'emploi, plutôt que de fouiller du côté de leurs pratiques managériales. C'est une facilité politique et c'est bien dommage, car le phénomène ne fait que s'amplifier. J'en veux pour preuve la volonté d'un nombre grandissant de grands groupes à s'inspirer des pratiques soi-disant agiles des start-up. Avec l'ubérisation et l'explosion du travail indépendant, c'est encore pire.

Ce modèle de management est-il viable à long-terme selon vous?

De ce que j'ai vu, je ne sais pas si c'est viable mais en tout cas je suis convaincue que ce n'est surtout pas souhaitable. Après la parution de mon livre, j'ai reçu un nombre conséquent de témoignages de salariés qui se reconnaissent dans cette situation et même de certains entrepreneurs très agacés par ce modèle ambiant. Pour faire bouger les choses, il faut continuer à en parler, qu'un maximum de personnes puissent apporter leur point de vue et leur analyse. 

C'est ce que vous comptez continuer à faire?

Oui, il y aura des suites à mon livre, potentiellement sous la forme de BD. Je ne lâche pas le morceau!

 

Source : https://www.challenges.fr/

 

 

 

 

31/05/2017

Lichen n°15 - juin 2017

 

 

Nouveau bandeau lichen.jpg

Un nouveau Lichen en ligne, un très grand merci à Élisée et le grand plaisir toujours d'en être en très bonne compagnie, donc Colette Daviles-Estinès, Hans Limon.....
 
"Pour ce 15e numéro (dont la version « .pdf » comporte 53 pages), j’ai réuni 50 poètes et/ou « imagier(ère)s », dont 9 nouvelles/nouveaux auteur(e)s viennent rejoindre nos pages blanches et grises (où nous leur souhaitons — comme il est d’usage — la bienvenue) !
 
(...)
 
Pierre Andréani (qui nous rejoint dans le présent numéro) nous signale un article (de Jean-Claude Pinson) très intéressant sur le renouveau que semble connaître aujourd’hui la poésie : http://carnets.revues.org/2015.
 
(...)
 
 
Pour Lichen, le directeur de publication, Élisée Bec."
 
 
 
 
 
 

28/05/2017

Iitaté – Chronique d’un village contaminé II, documentaire de Toshikuni Doï (2013)

 

 

arton5495-12698.jpgUn mois après le tsunami qui déclencha la catastrophe nucléaire du site de Fukushima Dai-ichi le 11 mars 2011, le gouvernement japonais annonce que l’accident nucléaire a atteint le niveau 7, le plus haut niveau de l’échelle Ines (International nuclear event scale). Seule la catastrophe de Tchernobyl, le 26 avril 1986, avait atteint un tel niveau de gravité.
Dès les premiers jours de cette catastrophe, le ministère de la Santé et du Travail relève les maximales d’exposition pour les travailleurs de la centrale à 250 millisieverts (mSv) par an – au lieu de 20 à 50 mSv auparavant.
Car la catastrophe de Fukushima, en dépit des efforts du lobby nucléaire international et notamment français pour minimiser les risques pour la population, est effectivement une catastrophe durable. Sur le site de la centrale, six ans après l’accident, 6 000 liquidateurs continuent de travailler jour et nuit ; le réacteur continue de fuir ; 90 000 réfugiés se trouvent toujours dans une situation précaire.
Trois zones sont définies autour du site, selon leur niveau de contamination, et évacuées par les autorités en 2011.
Les familles, déplacées pour la majorité dans des villages de réfugiés créés ex-nihilo, dispersées, perçoivent des indemnités de base pour la perte de leur revenu d’existence. La décontamination des terres agricoles commence. Si des sommes faramineuses lui sont consacrées, elle n’a cependant des résultats que de surface : les terres, et les eaux, sont inexploitables. Et quand bien même elles le seraient un jour, qui achèterait du lait ou des légumes provenant de ces zones ?
Pourtant, le gouvernement japonais et les maires des communes fantômes poussent les familles à se réinstaller. Aujourd’hui est annoncée d’ailleurs la suppression prochaine du versement des indemnités, bien insuffisantes cependant au maintien d’une vie digne.

Le documentaire de Toshikuni Doï (2013 - 119’ - VOstf) évoque la vie des membres de deux familles d’éleveurs d’un village situé à 60 km de Fukushima Dai-ichi, dispersées du fait de la catastrophe.
Nous sommes en 2013, deux années ont passé depuis l’évacuation du village. Les anciens retournent de temps en temps chez eux honorer leurs morts ou fêter la fin de l’année. Mais leurs petits-enfants sont absents : ce serait prendre trop de risques. Les fils, eux, travaillent désormais comme salariés.
Ces villageois disent leur colère, leur sentiment d’humiliation et de trahison. Ils disent surtout leur attachement à leurs bêtes, à leur terre, à leur culture paysanne, à leur famille.
Après un premier documentaire sur l’évacuation du village d’Iitaté, qui a obtenu un prix au Japon au festival du documentaire de Yuifuin, Toshikuni Doï a souhaité recueillir le sentiment des familles déplacées. Son regard s’est lui aussi déplacé. « Qu’est-ce que le pays natal pour l’être humain ? », « Qu’est-ce que la famille ? » demande ainsi le réalisateur, qui qualifie l’histoire de ces villages et de leurs habitants de « Palestine japonaise ».

Kolin Koba­yashi, journaliste et militant membre du Collectif pour un monde sans nucléaire, évoquera le projet Ethos mis en œuvre après Tchernobyl, entre 1996 et 2001, par le Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire (CEPN), déployé également à Fukushima. « Aujourd’hui, écrit-il, Fukushima est sous la fé́rule de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et de l’équipe de Jacques Lochard, directeur du CEPN et vice-président de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR). »

 

par Jean-Pierre Crémoux

Source :  http://www.amis.monde-diplomatique.fr/article5495.html

 

 

 

25/05/2017

Werner Lambersy - Dieu est de retour !

 

Dieu est de retour !

 

Pas celui dont on ne sait rien sauf qu'il devrait être amour, mais celui qui sert de prétexte aux fanatiques pour dominer par la terreur sur ce qui reste libre et insoumis.

Il n'y a qu'à voir grandir et prospérer en son nom massacres, génocides et violences de toutes sortes où l'on jette dans la mort des populations !

Celui dont nous avons inventé la tutelle, la parole et les décrets vengeurs, ce dieu-là est de retour. Il aime la paix des cimetières, et ses guerriers, gavés de slogans imbéciles, de promesses creuses et abreuvés de haine, en sont les jardiniers enthousiastes.

L'homme est un singe que l'idée d'absolu a rendu fou ! Toute "révélation" est d'abord une idée reçue, son message prêté à un dieu muet dont la prévoyance est de n'écrire jamais dans aucune religion.

La loi divine est devenue une arme sacrée ; ceux qui l'écrivent en demeurent les juges suprêmes, les exécutants sans pitié. Son pouvoir se fonde sur la peur, le remords et l'or !

Aucun dieu proclamé n'aime le partage et ne pas le servir, les yeux fermés et les oreilles bouchées, est trahir et mérite la mort.

Aux terroristes, rampants ou non, des sociétés cotées en bourse, des oligarques divers ou d'un clergé puissant, répond le terrorisme aveugle et brutal des sociétés féodales que menacent la modernité, les sciences et la création artistique.

Jamais pourtant le génie ne fut plus ouvert à tous les possibles, à la grandeur microscopique et universelle de l'être humain. Dont acte.

Que cela plaise ou non, la vie gagne toujours...

 

W.L. 2016

 

 

Lieu du larcin : Voix Dissonantes http://jlmi.hautetfort.com/