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03/12/2016

Peti rappel : Escadrons de la mort, l'école française

Petit retour en arrière, pour se souvenir que les méthodes "qui ont fait leurs preuves" pendant les dictatures latino-américaine notamment, ont été élaborées en France, - voir notamment La guerre moderne du Colonel Trinquier.............(beurk)

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9782707153494.jpg- et surtout voir ou revoir le documentaire de Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, une école française (et lire son livre du même nom, paru en 2003) - "Dans les années 1970 et 1980, les dictatures militaires du Cône sud de l’Amérique latine ont férocement réprimé leurs opposants, utilisant à grande échelle les techniques de la « guerre sale » (rafles, torture, exécutions, escadrons de la mort…). C’est en enquêtant sur l’organisation transnationale dont s’étaient dotées ces dictatures — le fameux « Plan Condor » — que Marie-Monique Robin a découvert le rôle majeur joué secrètement par des militaires français dans la formation à ces méthodes de leurs homologues latino-américains. Dès la fin des années 1950, les méthodes de la « Bataille d’Alger » sont enseignées à l’École supérieure de guerre de Paris, puis en Argentine, où s’installe une « mission militaire permanente française » constituée d’anciens d’Algérie. De même, en 1960, des experts français en lutte antisubversive, dont le général Paul Aussaresses, formeront les officiers américains aux techniques de la « guerre moderne », qu’ils appliqueront au Sud-Viêtnam. Des dessous encore méconnus des guerres françaises en Indochine et en Algérie, jusqu’à la collaboration politique secrète établie par le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing avec les dictatures de Pinochet et de Videla, ce livre — fruit d’une enquête de deux ans, en Amérique latine et en Europe — dévoile une page occulte de l’histoire de France, où se croisent aussi des anciens de l’OAS, des fascistes européens ou des « moines soldats » agissant pour le compte de l’organisation intégriste la Cité catholique…"

 

 

 

 

 

 

02/12/2016

"No te metas" ? No se olvida, Argentine 1976-1983 : 30 000 disparus

 

Une citation qu'on aimerait oublier, mais on ferait mieux de ne pas l'oublier justement, celle du général Ibérico Manuel Saint-Jean (gouverneur de Buenos Aires entre 1981 et 1982 ) :

 

Nous allons d’abord tuer tous les agents de la subversion, ensuite leurs collaborateurs, puis leurs sympathisants ; après, les indifférents, et enfin les timides. 

 

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24 mars 1976, noche negra

 

No te metas, expression restée tristement célèbre, ne vous en mêlez pas, disaient les militaires à tous les témoins d'enlèvements en plein jour d'hommes, femmes, enfants... 30 000 disparus.... Aujourd'hui on sait, les tortures jamais en panne d'idées, les viols systématiques, les atrocités, les enfants volés, vendus, les "vuelos de la muerte", les corps anesthésiés, jetés dévêtus depuis des avions dans l'Océan, découpés à la scie électrique pour être dévorés par les caïmans dans la lagune, on sait, et l'Argentine tente depuis peu de rendre justice, mais les coupables sont morts de vieillesse ou seulement encore assignés à résidence, dans leurs somptueuses résidences et la bestialité couve toujours, prête à ressurgir au moindre signe de faiblesse, en Amérique Latine comme ailleurs, ne l'oubliez pas...

 

 

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01/12/2016

Martin Almada: "Le Condor vole toujours, il faut lui couper les ailes"

Entre le 12 et 14 octobre 2016, l'avocat et Prix Nobel alternatif de la Paix, Martin Almada, se trouvait en France pour participer à un colloque international sur les archives des dictatures latino-américaines dans les années 1970.

 

 

05/10/2016

Brésil : un coup d’État néolibéral sur fond de crise globale

mardi 4 octobre 2016, par Attac France

Les Jeux olympiques (JO) qui se sont déroulés au Brésil n’ont pu masquer la grave crise économique, écologique, sociale, politique et institutionnelle que traverse le pays. Dans la continuité des mobilisations de 2013, de fortes critiques ont émergé concernant l’organisation des JO : dépenses titanesques au détriment des services publics et déplacements forcés d’habitants pour faciliter les travaux. Mais l’essentiel des mobilisations a eu lieu pour contrer l’offensive de la bourgeoisie, de la droite et de son gouvernement par intérim, de démettre Dilma Rousseff et de s’accaparer le pouvoir illégitimement.

Pour la droite, étouffer les affaires de corruption

Cinq mois après l’ouverture de la procédure d’impeachment, la destitution de Dilma Rousseff a été votée le 31 août par une très large majorité de sénateurs. Le clientélisme aura fini de convaincre les quelques indécis. Dilma Rousseff était accusée de transferts budgétaires réalisés sans l’aval du Congrès. Pratique courante de certains gouvernements antérieurs, de maires et de gouverneurs d’État, cette accusation n’était qu’un prétexte : deux jours à peine après le vote du Sénat, le nouveau gouvernement de droite a promulgué une loi qui autorise à procéder à ces manipulations comptables sans consulter le Congrès.

Avec l’aide du pouvoir judiciaire et des médias, l’oligarchie et la droite voulaient endiguer l’hémorragie provoquée par l’enquête « Lava jato » (« lavage express »), opération qui a révélé un énorme scandale de corruption triangulaire orchestrée entre le groupe public Petrobras, des sociétés du bâtiment et de nombreux dirigeants politiques de tous les partis, de droite comme de gauche. Une course de vitesse s’est engagée pour empêcher que les investigations anti-corruption n’arrivent à leur terme. Une loi scandaleuse, faite sur mesure, est actuellement en train d’être élaborée afin de justifier et normaliser les sources illégales de revenus. L’organe créé pour enquêter sur les cas de corruption au sein du gouvernement a été annexé à un nouveau « Ministère de la transparence, de la surveillance et du contrôle ». Les investigations sur les membres du gouvernement dépendront donc... du gouvernement !

Un coup d’État institutionnel pour amplifier l’offensive néolibérale

Le contexte est marqué par une profonde polarisation de la lutte des classes et une fragilité des gauches dans le continent sud-américain. La bourgeoisie brésilienne veut reprendre les rênes du pouvoir et mettre fin à la gouvernance et aux alliances avec le Parti des travailleurs (PT), en destituant Dilma Rousseff et en empêchant Lula de se présenter une nouvelle fois à la présidence de la République. Elle veut accélérer ses contre-réformes libérales et conservatrices. La procédure de destitution de Dilma Rousseff a compté sur l’appui des puissantes Églises évangéliques et sur le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), principal parti d’opposition au PT.

À peine réélue et pour faire vivre le sentiment anti-Dilma et anti-PT, des protestations de rue et des meetings en faveur de l’impeachment ont été orchestrés par la droite avant même la procédure de destitution. Le président par intérim Michel Temer, leader du PMDB, n’a pas attendu la fin de cette procédure pour appliquer un programme néolibéral d’urgence. Il a immédiatement reçu de la part du syndicat patronal une liste de « 36 mesures indispensables », dont l’objectif est de vider les caisses publiques et de transférer leur contenu à l’oligarchie en détruisant au passage les droits sociaux.

La dérèglementation et la libéralisation sont les piliers du programme du gouvernement actuel. Un projet d’amendement constitutionnel appelé « Mesure provisoire » est défendu par l’actuel ministre des Finances, Henrique Meirelles (Président de la Banque de Boston à la fin des années 90, puis Président de la Banque centrale du Brésil à l’époque de Lula). Cette mesure vise à geler des dépenses fédérales pendant 20 ans ! Elle officialisera la réduction du budget de l’État et donc des dépenses publiques. Le système des retraites en fera les frais : une mesure prévoit le recul de l’âge de départ à la retraite à 70 ans afin de réduire de 30 % les dépenses de ce secteur. Les budgets de la santé et de l’éducation – investissements pourtant garantis par la Constitution – seront aussi réduits, avec entre autre une coupe de 45 % des dépenses universitaires et une remise en cause du système unique de santé (équivalent de la Sécurité sociale). En contrepartie, le gouvernement augmente les investissements militaires, aéroportuaires et nucléaires. Il organise la privatisation du secteur pétrolier. Il favorise les négociations entre salariés et patrons, qui auront alors plus de poids que dans l’actuelle législation. La sous-traitance sera libéralisée.

Le ton conservateur et répressif est donné. Le Ministère des Femmes, de l’égalité raciale, des droits humains et de la jeunesse a été supprimé, ainsi que le Ministère du développement agraire, censé mettre en place la réforme agraire. Le chef de la police militaire de São Paulo a été nommé ministre de la Justice et de la citoyenneté. Il est connu pour la violence de ses moyens employés à l’encontre des mouvements sociaux. La répression bat son plein actuellement avec un pouvoir judiciaire complice.

L’offensive a aussi lieu sur le plan de la politique extérieure. Tout en cherchant une reconnaissance internationale en participant au G20, Temer et son ministre des Affaires étrangères, José Serra, font du Venezuela leur principale cible. En effet, une crise s’est ouverte au sein du Mercosur entre le Brésil et l’Uruguay. Ce dernier a occupé la présidence tournante de l’institution jusqu’en juillet dernier et devait être remplacé par le Venezuela. Le chancelier uruguayen accuse Serra d’avoir voulu « acheter le vote de l’Uruguay » afin d’empêcher le Venezuela d’accéder à la présidence. Les gouvernements de droite de Temer au Brésil, de Macri en Argentine, de Horácio Cartes au Paraguay font en effet pression sur les pays du Mercosur afin de réviser le protocole d’adhésion au détriment du Venezuela, offensive internationale pour déstabiliser un peu plus le successeur de Chávez. Ces montages de projets se déroulent bien entendu en bonne collaboration avec les États-Unis.

Des difficultés qui viennent de loin

Les classes dominantes brésiliennes n’admettent plus de mesures à caractère social, elles veulent prendre leur revanche comme dans le reste du continent. La pratique du coup d’État institutionnel semble être la nouvelle stratégie des oligarchies latino-américaines. Après le Honduras et le Paraguay, c’est au tour du Brésil.
Cependant la crise vient de loin, car l’insatisfaction de la population dépasse largement les rangs traditionnels de la droite. La société brésilienne traverse une crise globale inédite depuis la fin de la dictature. Malgré des mesures sociales au début de la présidence Lula, comme l’augmentation du SMIC et dans une moindre mesure la Bolsa familia, la politique pétiste du gouvernement s’est rapidement convertie à l’extractivisme, à la mise en œuvre de méga-projets inutiles dans le cadre du programme d’accélération du développement (PAC), au développement de l’agro-business et à la libéralisation des transgéniques aux dépens de la réforme agraire et de l’agriculture paysanne. Elle n’a jamais remis en cause le paiement des intérêts de la dette extérieure.

Ces dernières années, la présidente Dilma Rousseff et son gouvernement de coalition ont sacrifié les investissements sociaux et publics, en diminuant au passage la fiscalisation des plus riches. La flexibilité et la précarité au travail n’ont cessé d’augmenter. Pendant les douze années de gouvernement pétiste, la moitié des emplois existants est restée informelle et 95 % des emplois créés l’ont été avec des niveaux de salaire très bas. Le PT a été pris dans une spirale d’alliances de plus en plus ouvertes à la droite, acceptant au gouvernement des représentants du grand capital. Les ambitions sociales et idéologiques prévues à sa création en 1980 ont disparu au fur et à mesure que les ambitions électorales ont augmenté. Malgré le discours pétiste de justice sociale, la politique menée a été « un réformisme presque sans réformes » selon Valério Arcary [1].

Dilma est ainsi la victime de cette situation. Son impopularité s’est approfondie au fur et à mesure qu’elle a appliqué des mesures anti-sociales, approuvées par les alliés de la droite, qui à leur tour ont contribué à ternir sa réputation. Gel des salaires dans les services publics, suspension d’une grande quantité de concours publics, coupes budgétaires dans le secteur de la santé et de l’éducation, multiplication des privatisations, augmentation de la sous-traitance dans les services publics, et adoption d’une « loi anti-terroriste » dont le but a été de criminaliser les luttes de résistance.

Perspectives des mouvements

Les mouvements sociaux, les syndicats et toutes les forces progressistes du Brésil caractérisent la destitution de Dilma Rousseff de coup d’État institutionnel. Le retour de la droite au pouvoir signifie une grande régression démocratique, une offensive contre les acquis sociaux et une intensification de la criminalisation de la résistance et de la mobilisation. Les mouvements populaires réunis au sein du Front Brésil Populaire, du Front peuple sans peur et de l’Espace unité d’action se sont mobilisés contre le coup d’État. Les manifestations appelées par ces fronts, soutenant le PT ou critiques vis-à-vis de lui, ont rempli les artères des grandes villes du pays. En septembre, des milliers de personnes sont descendus dans les rues de São Paulo et des principales villes du pays sous le mot d’ordre « Fora Temer ! » (Temer dégage !) et réclamant des élections anticipées, des « Diretas ja ! » (élections directes immédiatement !) reprise d’un mot d’ordre employé à la fin de la dictature militaire. Ces manifestations ont été particulièrement réprimées.

Le rapport de force sera-t-il à la hauteur ? La solidarité internationale s’amplifiera-t-elle à l’exemple de la pétition « Contre le coup d’État constitutionnel au Brésil » lancée pour soutenir les mouvements sociaux brésiliens ? La campagne municipale a commencé et la gauche brésilienne doit se repositionner là où ces dernières années les alliances entre partis de centre-droit et de gauche étaient devenues monnaie courante. Avec la fin du gouvernement du PT, des bilans doivent être tirés. Doit émerger une nouvelle gauche, radicale et rassemblée, mobilisant massivement, portant un nouveau projet de rupture, écologiste et féministe, défendant le droit du travail, l’agriculture paysanne, intégrant les revendications des populations indigènes, noires et LGBT. L’enjeu est vital pour les forces progressistes.

Article de Flavia Verri et Beatrice Whitaker.

P.-S.

Photo : Fernando Frazão/ABr, CC 3.0.

Notes

[1Arcary,Valério, « Um reformismo quase sem reformas », éd. Sundermann, São Paulo, 2014

 

 

04/03/2016

Berta Caceres, vaillante militante écologique assassinée au Honduras

 

© Goldman Environmental Prize | L'activiste écologique Berta Caceres sur les rives du fleuve Gualcarque, dans l'ouest du Honduras, en 2015

 

Source :  FRANCE 24  03/03/2016

 

Militante écologique depuis les années 1990, Berta Caceres a été tuée par balles jeudi en rentrant à son domicile. La cause environnementale au Honduras perd l’un de ses défenseurs acharnés.

Depuis quelques années, les collègues de travail de Berta Caceres avaient préparé son eulogie. Une façon de défier avec humour les menaces de mort que la militante écologiste hondurienne recevait régulièrement. Des menaces qui ne l’empêchaient pas pour autant de mener son action pacifique contre la construction du barrage d’Agua Zarca, sur la rivière Gualcarque, dans le nord-ouest du Honduras.

Jeudi 3 mars pourtant, Berta Caceres s’est écroulée au moment où elle rentrait chez elle dans la ville de La Esperanza, tuée de plusieurs balles par des inconnus. Selon la police, il s’agirait d’un crime crapuleux, commis par de simples voleurs.

Mais pour la famille de Berta Caceres, les motifs de cet assassinat sont évidents : "Nous savons tous que c’est pour sa lutte écologique", a déclaré sa mère, Berta Flores, sur la chaine de télévision brésilienne Globo, après son décès. Une opinion partagée par Carlos Reyes, dirigeant du Front national de Résistance populaire (FNRP), mouvement d’opposition socialiste, interrogé par l’AFP : "Pour la police, des inconnus sont entrés dans la maison par la porte de derrière et lui ont tiré dessus à plusieurs reprises, mais nous savons tous que ce sont des mensonges".

Née dans les années 1980, Berta Caceres s’intéressa, dès ses études universitaires, à l’activisme politique et au sort des populations du pays les plus démunies. Issue d’une lignée indienne Lenca, elle fonde, en 1993, le Conseil national des organisations indigènes et populaires du Honduras (Copinh), pour venir en aide aux communautés indigènes dans leur lutte pour le respect de leurs droits territoriaux.

C’est en 2006 que les habitants de la région de Rio Blanco viennent pour la première fois la consulter : des machines et des équipements de construction ont fait leur apparition près de la rivière Gualcarque, sans qu’ils en connaissent la raison, ni le but.

Un combat presque remporté

Depuis le coup d’état de 2009 au Honduras, de gigantesques projets d’exploitation des ressources minières ont été lancés par le gouvernement qui a approuvé plusieurs grands projets de barrage, destinés à alimenter en eau ces nouvelles exploitations. Co-venture entre la compagnie hondurienne Desarollos Energetico, DESA, et l’entreprise chinoise Sinohydro, le projet de barrage d’Agua Zarca menace depuis ses débuts les conditions de vie de centaines d’Indiens Lenca installés dans la région.

C’est en leur nom que Berta Caceres s'est investie dans ce difficile combat, montant plusieurs campagnes de protestation. Pendant dix ans, elle dépose des plaintes auprès des tribunaux, organise des manifestations pacifiques, des blocages de route pour empêcher l’accès au site, exigeant le respect des droits des populations locales et leur consultation sur la pertinence du projet. Elle va même jusqu’à saisir la Commission des droits de l’Homme interaméricaine, pour que la Banque mondiale, qui finance une partie du barrage, s’en retire. Ce que celle-ci finira par faire, emboîtant le pas à Sinohydro qui a rompu son contrat avec DESA fin 2013.

En 2015, les efforts de Berta Caceres sont reconnus internationalement. Elle reçoit le prix Goldman Environmental, décerné depuis 1989 aux plus fervents défenseurs de la cause environnementale dans le monde. Une double récompense pour la militante qui a réussi, par sa persistance et celle de son organisation, à faire suspendre la construction du barrage.

Que Berta Caceres ait perdu la vie pour la défense d’un environnement naturel nécessaire à la vie de communautés indigènes ne sera peut-être jamais établi avec certitude. Il est sûr en revanche que les promoteurs du projet d’Aqua Zarca viennent de perdre une opposante convaincue et courageuse.

 

 

 

23/02/2016

Le retour du néolibéralisme autoritaire en Argentine

 

mardi 23 février 2016, par Alfredo Calcagno

François Hollande se rend en visite officielle dans une Argentine qui est en train de prendre un virage à 180 degrés, de retour au néolibéralisme et l’autoritarisme. En à peine deux mois, le nouveau gouvernement de Mauricio Macri a pris des mesures qui réduisent les salaires réels, augmentent les revenus des grands exportateurs et des entreprises transnationales, renforcent le pouvoir des oligopoles et acceptent l’essentiel des demandes des fonds vautour. Le gouvernement cherche à conclure un accord avec ceux-ci afin d’accéder à de nouveaux crédits sur les marchés internationaux, le ré-endettement du pays étant un des piliers de la nouvelle politique économique.

La nouvelle politique envers le capital financier international est illustrée par le remplacement du chef de l’unité contre les crimes financiers par des avocats liés aux banques qui étaient justement poursuivies pour blanchiment et recel de capitaux non déclarés (dont HSBC ; le nouveau ministre des finances, d’ailleurs, figure en bonne place dans la « liste Falciani » du HSBC Genève).

Le nouveau gouvernement renforce son contrôle des médias, en annulant une loi qui fixait des limites à la concentration des moyens audiovisuels, par un décret taillé à la mesure d’un puissant oligopole qui a fait campagne pour lui, le Groupe Clarín. De plus, de nombreux journalistes critiques sont renvoyés de radios et chaînes de télévision publiques et privées. Le gouvernement cherche aussi à mieux contrôler le pouvoir judiciaire, qui lui est déjà largement acquis. Il a fortement réduit les fonctions de la Procuration Nationale dont la titulaire en a défendu l’indépendance, et a même essayé de nommer sans l’accord du Sénat deux nouveaux membres de la Court Suprême, avant de faire machine arrière.

Pour faire passer ces mesures au pas de charge, le gouvernement a fait un usage abusif des « Décrets d’Urgence » ; il a ainsi changé des lois en contournant le parlement, où il n’a pas de majorité.

Une chasse aux sorcières s’est déclenchée dans la fonction publique, avec plus de 25 000 employés mis à la porte du jour au lendemain en fonction de leur orientation politique. Ils sont stigmatisés comme étant des « militants » bénéficiant d’emplois fictifs, mais n’ont pas le droit à l’examen au cas par cas de leur situation qui montrerait le contraire. Les services s’occupant de la culture et des droits de l’homme sont particulièrement touchés.

Le nouveau gouvernement remet en cause la politique de non-répression des protestations sociales du précédent. Un cas emblématique est celui de Milagro Sala, une dirigeante sociale et députée au Parlasur (l’équivalent du Parlement Européen) : malgré son immunité parlementaire, elle a été arrêtée sous le chef d’accusation de « tumulte et appel au délit » pour avoir organisé un campement pacifique dans la place centrale de la ville de Jujuy (d’autres accusations ont été ajoutées depuis). Le message est clair : désormais, manifester pacifiquement est un délit. Des protestations pacifiques d’employés licenciés ont aussi été violemment réprimées, et un nouveau « protocole » pour l’intervention de la police dans de tels cas, sans l’intervention d’un juge, est actuellement élaboré. Le gouvernement de Macri cherche à “criminaliser” la contestation sociale que ses politiques économiques et sociales risquent de déclencher. Ce n’est pas la première fois que néolibéralisme et répression sévissent en même temps en Amérique Latine.

Répression contre des employés renvoyés de la Municipalité de La Plata, le 8 janvier 2016 (Alfredo Calcagno)
Répression contre des employés renvoyés de la Municipalité de La Plata, le 8 janvier 2016 (Alfredo Calcagno)

01/12/2015

Colombie: Meurtre du défenseur des droits humains Daniel Abril et escalade de la violence contre les membres du MOVICE

Source : https://www.frontlinedefenders.org/node/30154

 

Le 13 novembre 2015, le défenseur des droits humains M. Daniel Abril a été tué dans une boulangerie, dans sa ville natale de Trinidad, dans le département de Casanare. Il était l'une des principales voix qui dénonçent les exactions perpétrées par les compagnies pétrolières dans le département de Casanare.

Daniel Abril était membre de la section de Casanares du Movimiento Nacional de Víctimas de Crímenes del Estado – MOVICE (mouvement national des crimes d’État). MOVICE est une organisation de défense des droits humains qui œuvre pour les victimes du conflit armé, effectue un suivi et cherche à obtenir justice pour les violations des droits humains perpétrées par l'État et les paramilitaires. Daniel Abril et d'autres membres du MOVICE sont victimes de menaces et autres formes de harcèlement. Le dernier incident est une campagne de distribution de tracts menaçants contre des membres du MOVICE.

Trois jours après le meurtre de Daniel Abril, le 16 novembre 2015, la défenseuse des droits humains, Mme Maria Cardona Mejía, secrétaire technique de la section de Caldas du MOVICE, a été suivie par un inconnu, qu'elle a entendu dire au téléphone "cuando yo fui militar, masacres era lo que hacíamos, como le vamos a hacer a la peliteñida que tengo al lado y a su jefe" (quand j'étais militaire, on faisait des massacres, comme ce qu'on va faire à la petite blonde à côté de moi, et à son chef). Maria Cardona a déjà reçu plusieurs appels de menaces en 2012 et 2013, dans desquels M. Dario Ecsehomo Diaz, son "chef" au MOVICE, était mentionné.

Le MOVICE a indiqué que depuis plusieurs mois, de plus en plus de ses membres sont affectés par l'élimination, la réduction et la non-application des mesures de protections accordées par l'Unité nationale de protection (UNP). Cela inclut: la réduction des mesures de protection de M. Juan David Diaz, qui a reçu sept menaces de mort rien que cette année, notamment au mois d'octobre; la non-application des mesures de protection pour Martha Lucia Giraldo, secrétaire technique de la section du MOVICE dans la Valle del Cauca, ce qui a conduit à la suspension des mesures en février 2015; le retard dans l'analyse des risques, commencée le 24 septembre 2015 de Mme Rocio Campos, secrétaire technique de la section du MOVICE dans la section de Magdalena Medio, et M. Jaime Pena, membre de la même section de MOVICE. Cette situation met les membres du MOVICE en danger et affecte leur aptitude à mener à bien leur travail.

Front Line Defenders est préoccupée par l'escalade des menaces contre les membres du MOVICE et fait part de ses préoccupations concernant la réduction des mesures de protection accordées par l'UNP, en dépit de l'augmentation des menaces et des attaques.

 
 
 

08/10/2015

L'Amérique latine dans le chaudron du diable


Revue Agone n° 57
Coédition avec la New Left Review 
Coordination Philippe Olivera & Clément Petitjean

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<http://agone.org/revueagone/agone57/>
 
Liens et continuités entre la grande époque des luttes anti-impérialistes et les profondes mutations actuelles, témoignant d’un possible retour de l’Amérique latine comme phare des luttes à venir.

L’Amérique latine ne se réduit pas au rôle dramatique où la cantonne la presse à sensations politiques : un continent écartelé par l’exploitation économique et financière via des organismes internationaux publics ou privés, une mosaïque de vallées sous la coupe des cartels de la drogue, le théâtre de révolutions anti-yankee ancrées dans les mythologies du XIXe siècle ou un regroupement de nouvelles puissances « émergentes » qui cherchent à prendre le train de la croissance.
Plutôt que d’employer les raccourcis habituels, ce recueil d’articles initialement parus dans la New Left Review révèle la diversité et la complexité de ces nations à la recherche de solutions singulières pour sortir du « chaudron du diable » dans lequel l’histoire nous enferme. Faudrait-il pour cela critiquer les errances de Lula et du Parti des travailleurs, suivre la conversion des économies illégales ou revenir sur les fissures de la contre-révolution libérale derrière leurs façades médiatiques ?

Au sommaire :

– Des républiques Potemkine, Bolivar Echevarria 
– Comment fut trouvée la formule d'une grande littérature brésilienne, Roberto Schwartz 
– L’ornithorynque, Chico de Oliveira 
– Des façons d'écouter dans un média visuel, Ismail Xavier 
– "Ce qui existe ne peut pas être vrai", entretien avec Adolfo Gilly 
– Le relooking de Medellin, Forrest Hylton 
– A quoi ressemble la protection  sociale du XXIe siècle, Lena Lavinas 
– Imprévisible Cuba, Emily Morris

À paraître le 13/10/2015
232 pages (12x21 cm) 20.00 €
ISBN : 9782748902334 

Tous les numéros de la revue Agone  : <www.agone.org/revueagone>





17/08/2015

Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Eduardo Galeano

 

 Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Claude Couffon

Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Eduardo Galeano
147 p. Edition Pocket
 
 

Il y a des auteurs qu’on ne découvre que lorsqu’ils disparaissent. Ce fut malheureusement mon cas pour l’uruguayen Eduardo Galeano, que je n’ai connu que cette année. Pour d’autres, c’était déjà un auteur incontournable pour comprendre l’Amérique latine, notamment à travers l’ouvrage qui l’a fait connaître : Les veines ouvertes de l’Amérique latine (Las veinas abiertas de América latina). Près d’un demi-siècle après sa parution, ce brillant essai, qui relate le traitement de l’Amérique latine depuis Christophe Colomb jusqu’à nos jours, est malheureusement très ancré dans la réalité actuelle ; permet de comprendre les problèmes contemporains et persistants du nouveau continent, et nous interroge sur les fondements du mode de vie confortable dans lequel nous baignons en Europe et en Occident.

La conquête de l’Amérique par les Espagnols et Hernán Cortés a été très sanglante, on le sait. Et a été facilitée par une certaine passivité des Indiens. Au Pérou cependant, un dénommé Túpac Amaru, descendant direct des empereurs Incas, décréta la liberté des esclaves, et initia un mouvement de résistance, puis de révolution. Lui et ses guérilleros vaincus, il sera humilié et torturé en public à Cuzco, avec sa femme et ses enfants, puis décapité. Sa tête et ses quatre membres seront envoyés dans cinq lieux différents.

La dignité indienne éliminée, le pillage de l’or et de l’argent peut être sans limites. Galeano raconte avec éloquence cette période guidée par la soif d’or et d’argent des conquérants, parfois à la limite de la folie. Les descriptions des conditions de  travail des mines sont assez écœurantes. Les exemples de cruauté infligée aux esclaves ne manquent pas. Et on apprend aussi que la Bolivie, aujourd’hui un pays très pauvre, fut un des pays les plus riches au monde en matière de ressources, qui a largement contribué au développement des grandes puissances, ceci au prix de la vie de huit millions d’Indiens. Mais sur tout le continent, c’est bien plus d’Indiens qui disparaîtront suite à la conquête de Cortés : « Les Indiens de l’Amérique totalisaient pas moins de soixante-dix millions de personnes lorsque les conquistadors firent leur apparition. Un siècle et demi plus tard, ils n’étaient plus que trois millions et demi », nous dit l’auteur.

Après l’or et l’argent, le sucre. Le sucre, qu’on accuse aujourd’hui de tous les maux, le sucre, dont l’abus rend obèses nos enfants. Christophe Colomb le découvrit aux Îles Canaries avant de le planter en République Dominicaine, et plus tard à Cuba. Dès lors, le sucre rejoindra l’or et l’argent comme un des moteurs principaux de la conquête du continent. Et encore au XXème siècle, le sucre sera un enjeu essentiel de la suite de la conquête, cette fois en faveur des Etats-Unis. En 1965, ils n’hésitent pas à envoyer 40.000 marines en République Dominicaine pour rétablir l’ordre suite à une insurrection contre la dictature militaire. Ces mêmes marines étant « disposés à rester indéfiniment dans le pays en raison de la confusion régnante ». Jusqu’à la révolution cubaine, les relations entre les Etats-Unis et Cuba seront solidement guidées par la main mise des Etats-Unis sur le sucre cubain. Quant à Porto Rico, autre pays sucré, qui aujourd’hui ne parvient plus à payer sa dette, on apprend qu’il fut l’état des Etats-Unis avec le record de soldats ayant combattu au Viêt-Nam. Eduardo Galeano s’attarde également sur les enjeux liés au café, au chocolat, aux légumes, au pétrole.

Dans Les Veines ouvertes de l’Amérique latine, la politique étrangère des Etats-Unis n’est pas montrée sous un jour favorable, c’est le moins qu’on puisse dire. Dans la mesure où Eduardo Galeano cite constamment ses sources, ça en devient déprimant. Ni même le grand démocrate Abraham Lincoln, abolisseur de l’esclavage n’échappa pas au rêve d’annexer toute l’Amérique latine, « destin manifeste » de la grande puissance sur ses pendants naturels. Au début du XXème siècle, Théodore Roosevelt, président des Etats-Unis et prix Nobel de la paix, réalisera une partie de ce rêve en amputant une partie de la Colombie, le canal de Panama : « J’ai pris le canal », dira-t-il fièrement. Il ressort de cette lecture, pour faire court, mais sans trop caricaturer, que les Etats-Unis veulent être partout en Amérique du Sud, et que tout ce qui ne va pas dans leur intérêt mérite une intervention de leur part. Ainsi, on comprend pourquoi ils soutiennent tous les régimes autoritaires qui leur fournissent de la main d’œuvre à bas prix, et n’hésitent pas à déloger eux-mêmes les éléments qui les gênent. Au Mexique, durant les dix ans de guerre entre Emiliano Zapata et le dictateur Porfirio Diaz, ils n’hésiteront pas à bombarder les Zapatistes et a leur envoyer les Marines. Durant vingt ans, ils occuperont Haïti, y introduiront le travail forcé, et tueront 1500 ouvriers en une seule opération de répression. Les exemples de ce type ne manquant pas dans l’ouvrage, sans avoir d’a priori sur la politique étrangère des Etats-Unis dans ce continent, il n’est pas difficile de s’en sentir mal à l’aise.

L’essai permet aussi de mieux cerner les problèmes de l’Amérique latine d’aujourd’hui, et de mieux appréhender les forces politiques qui y émergent. Juan Perón, populiste de droite en Argentine, a le mérite d’avoir nationalisé les entreprises de son pays. Le Venezuela des années 70, bien avant Chavez puis ses problèmes de violence actuels, était déjà un des pays les plus violents au monde, dont l’économie reposait uniquement sur le pétrole, ceci au bénéfice d’une petite minorité pour soixante-dix pour cent de laissés pour compte et une moitié d’enfants et adolescents non scolarisés. Quant à Cuba, en 1960, l’ex-ambassadeur nord-américain déclarera que « jusqu’à l’arrivée de Castro au pouvoir, les Etats-Unis avaient une telle influence sur Cuba que l’ambassadeur nord-américain était le second personnage du pays, parfois même plus important que le président cubain ».

S’il laisse un peu trop de côté les responsabilités locales (des gouvernements) pour se focaliser uniquement sur les intérêts extérieurs, l’auteur se penche sur la place des Indigènes dans les sociétés d’Amérique du sud actuelle. Le peu qui en ressort est assez effarant et mériterait d’être plus largement traité. On apprend qu’une enquête des années 60 révélait que si les Paraguayens ne cessent de rendre hommage à l’esprit guarani, et pis, ont quasiment tous du sang indien, huit Paraguayens sur dix considéraient que « les Indiens sont comme des animaux ». Et selon l’auteur, d’une manière générale « les Indigènes sont incorporés au système de production actuel et à l’économie de marché, bien que ce ne soit pas de forme directe. Ils participent, comme victimes, à un ordre économique et social où ils jouent le rôle difficile des plus exploités parmi les exploités ».

Quatre ans de recherche ont permis à l’auteur de dresser cet inventaire sans précédent des intérêts extérieurs en Amérique latine. Une part d’Histoire méconnue chez nous, et encore trop cachée là-bas, qui laisse difficilement insensible, et fait souvent froid dans le dos. Aucune grande puissance n’est réellement épargnée (ni la France, ni l’Angleterre, ni les Pays-Bas), mais la politique extérieure qui a les conséquences les plus dramatiques vient des Etats-Unis, qui prennent le relais des Espagnols après  la chute de l’empire espagnol. Cet ouvrage politique et économique pour le grand public, vulgarisé, qui pourrait presque s’appeler « La politique économique en Amérique latine pour les nuls » cite constamment ses sources, ne verse jamais dans l’anti-américanisme primaire, et encore moins dans les sordides théories complotistes qui viennent parasiter l’extrême-gauche de nos jours. On sort probablement déconcerté, déprimé par cet essai, et on en sort certainement grandi, car plus instruit. Plus curieux également, car il y a des épisodes dont on aimerait savoir plus. Trois cents pages de livre ne sont malheureusement pas suffisantes pour relater six siècles d’histoire d’un continent.

A l’heure actuelle, la main mise des intérêts extérieurs en Amérique latine n’a pas flanché. Au Mexique, avec l’accord du gouvernement mexicain, les Etats-Unis ont déjà acheté une partie de la compagnie pétrolière Pemex et continuent de construire à Cancún des hôtels où on paye en dollars, et dont l’argent va principalement aux Etats Unis. Quant à Coca-Cola, qui possède de l’eau en bouteille, il n’a aucun intérêt à ce que l’eau des éviers mexicains soit potable.

Karl Marx a dit, comme chacun sait « la religion est l’opium du peuple ». Pour l’Amérique latine, cette partie du monde qui baigne dans le Catholicisme, Eduardo Galeano conclut son ouvrage ainsi : « Il y en a qui croient que le destin repose sur les genoux des dieux, mais la vérité c’est qu’il relève, comme un défi incandescent, de la conscience des hommes ». Un appel à la connaissance et à l’action donc. Espérons qu’il puisse être entendu.

 

par Alexis Brunet  sur http://www.lacauselitteraire.fr/

 

 

 

23/04/2015

Eduardo Galeano - Los Nadies

 

 

 

Les puces rêvent de s'acheter un chien

 et ceux qui sont personne rêvent de quitter la pauvreté,

 qu'un jour magique

 pleuve sur eux la providence

 pleuvent des cruches entières de providence ;

 mais la providence ne pleut pas hier,

 ne pleut pas aujourd'hui, ni demain, ni jamais,

 ni même en bruine, elle ne tombera, la providence,

 aussi fort qu'il puissent bien l'appeler,

 et que la main gauche les démange ou pas,

 ou qu'ils se soient levés un matin du pied droit,

 ou qu'il aient commencé l'année en achetant un balai neuf.

 

 Ceux-là qui sont personne : fils de personne

 et proprios de rien.

 Ceux-là qui sont personne : nuls et

 rendus plus nuls encore,

 que l'on voit courir vers du vent

 et jour à jour mourir leur vie,

 enculés doublement.

 

 Qui ne sont pas, bien qu'ils soient.

 Qui ne parlent pas une langue, mais un dialecte.

 Qui ne professent pas une religion,

 mais des superstitions.

 Qui ne créent pas de l'art, mais de l'artisanat.

 Qui n'ont pas de culture, mais un folklore.

 Qui ne sont pas des êtres humains

 mais des ressources humaines.

 Qui n'ont pas de visage, mais des bras.

 Qui n'ont pas de nom, mais un numéro.

 Qui ne figurent pas dans l'histoire universelle,

 mais dans la chronique rouge des presses locales.

 Ceux-là qui sont personne

 et coûtent moins cher

 que la balle qui les tue.

 

  
traduction inédite de Laurent Bouisset
 

 
 

15/04/2015

Mort de l'écrivain Eduardo Galeano, figure emblématique de la gauche latino-américaine

 

Le Monde.fr | 13.04.2015 à 16h03 • Mis à jour le 14.04.2015 à 08h11 | Par Julie Clarini

     

                                    

image: http://s2.lemde.fr/image/2015/04/13/534x0/4615129_6_3d36_eduardo-galeano-en-avril-2009_94716f5ada91b2f835865b7008843685.jpg

Eduardo Galeano, en avril 2009. Eduardo Galeano, en avril 2009. RONALDO SCHEMIDT / AFP

Le journaliste et écrivain uruguayen Eduardo Galeano est mort lundi 13 avril, à l’âge de 74 ans, dans sa ville natale, Montevideo, après avoir connu l’exil pendant plus de douze ans. Cet auteur prolifique, salué par la critique pour sa prose brûlante, toujours à fleur d’indignation, fut acteur et chroniqueur des luttes d’émancipation qui se sont déroulées sur le continent sud-américain dans le dernier quart du XXsiècle. Son nom restera associé au livre devenu un classique de la gauche latino-américaine, écrit en 1971 : Les Veines ouvertes de l’Amérique latine (traduit en français en 1981), une dénonciation cinglante du pillage des nations d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud par les puissances européennes et nord-américaine, traduite dans une vingtaine de langues. En 2010, le prestigieux prix littéraire Stig-Dagerman distinguait l’écrivain pour « avoir toujours été du côté des damnés de la terre, sans avoir cherché à être leur porte-parole ».

Son parcours, intensément politique, est le reflet d’une époque mouvementée où l’engagement se faisait autant par la plume que par les armes. Né le 3 septembre 1940, il débute très jeune dans la presse, comme journaliste et caricaturiste. A l’âge de 21 ans, il dirige Marcha, l’hebdomadaire-phare des intellectuels latino-américains de gauche, puis le quotidien Epoca. Chassé d’Uruguay par le coup d’Etat de 1973, Eduardo Galeano est également contraint de quitter l’Argentine, pays où il a trouvé refuge et fondé une autre revue, Crisis. Il choisit l’exil en Espagne, à Barcelone, en 1976, et ne revient dans son pays que dix ans plus tard, en 1985, alors qu’y débute la transition démocratique.

« Pour Obama, affectueusement. Hugo Chavez »

Son œuvre engagée témoigne de son attachement indéfectible à la lutte contre l’oppression. Sa trilogie Mémoires du feu (Les Naissances, 1982 ; Les Visages et les Masques, 1984 et Le Siècle du vent, 1986) traduite chez Plon, est une immense fresque inspirée par l’histoire de l’Amérique latine, des peuples précolombiens au XXsiècle : l’écrivain y donne à voir et à sentir, dans un puzzle de faits divers, de témoignages, d’extraits de discours, l’histoire d’un continent qui ploie sous la misère – des pages de prose « violentes, émouvantes, hurlantes de colère », écrivait Pierre Lepape dans Le Monde des livres, en 1988. Seul l’oubli tue véritablement, pensait Galeano, infatigable chroniqueur.

L’une des dernières personnes à avoir rendu visite chez lui à cette grande figure de la gauche latino-américaine est le président bolivien Evo Morales, nouvelle preuve que l’homme fut une figure importante et son œuvre un marqueur. Une anecdote autour de son essai Les Veines ouvertes de l’Amérique latine en témoigne :en marge du sommet des Amériques, en 2009, Hugo Chavez, le président vénézuélien, en avait offert et dédicacé un exemplaire à son homologue américain, Barack Obama — « Pour Obama, affectueusement ».

Aussitôt questionné sur ce geste, Galeano avait répondu que selon lui, ni l’un ni l’autre ne pouvaient comprendre ce texte, ajoutant : « C’est écrit dans une langue qu’Obama n’entend pas. C’est un geste généreux mais un peu cruel. »

Une partie de son œuvre est aujourd’hui disponible en français grâce à la maison d’édition québécoise Lux. Comme tous ses compatriotes, selon lui, il avait voulu être footballeur et avait consacré un très beau livre d’hommage à ce sport, en 1995 : Le Football, ombre et lumière (Climats, 1998). La parution d’un nouveau livre d’Eduardo Galeano, Mujeres (« Femmes »), est prévue jeudi en Espagne.

Eduardo Galeano n’avait jamais perdu la flamme, s’enthousiasmant en 2011 pour le mouvement des Indignés, en Espagne, rassemblé à la Puerta des Sol, à Madrid, qui était pour lui, disait-il, une « injection de vitamine E, pour “Espérance” ». Du reste, dans un entretien à un journaliste espagnol en 2012, il assurait : « Je crois que les mots ont un pouvoir, comme Serenus Sammonicus, qui, en 208, pour éviter la fièvre tierce, conseillait de se mettre sur la poitrine un mot et de se protéger grâce à lui nuit et jour : c’était abracadabra, qui signifie en hébreu ancien “envoie ta foudre jusqu’au bout”… Je choisirais également cette phrase. » Jusqu’à la mort.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2015/04/13/mort-de-l-ecrivain-eduardo-galeano_4615130_3382.html#WWIcIoDCbBF10HmY.99
 
 

27/02/2015

BASURERO LAS ESTRELLAS (Photographies d'Alba-Marina Escalón / Texte de Laurent Bouisset)

    


« Basurero Las Estrellas », c'est le nom d'une décharge appelée : « Les Étoiles ».
Elle se trouve au Guatemala, un pays d'Amérique centrale (et pas du sud), où les touristes font leur footing sur les volcans, achètent des fruits aux Indiens colorés, puis partent faire les fous sur les pyramides de Tikal, après avoir pris le temps d'aspirer l’Éternité sur le lac Atitlán.
Dans ce « basurero », cette décharge, il se passe simplement que des humains – terme très vague, à l'avenir incertain, mais présentant l'intérêt d'associer femmes et enfants acharnés dans cette brume...enfin oui, des humains faisant partie de l'espèce abîmée qui est la nôtre, au long du jour, ben ils font quoi ? Ils trient la merde. Ou plutôt : ils arrachent et fouillent et grattent, et le font tout cela, dévisagés par des vautours ! Pour quoi au juste ? Arracher à « Las estrellas » un bout d'étoile ? Une pépite ? Remballe tes rêves ! Il s'échinent pour du plastique dégueulasse, du pauvre métal, ou encore du carton poisseux, qu'ils iront fourguer deux euros, parfois même trois...
« Bendición », en espagnol, ça signifie : bénédiction. On a du mal à voir le rapport avec cet enfer-là. Pourtant, ben si ! C'est bien le mot qu'ils utilisent, que certains utilisent... peut-être même la majorité, pour qualifier l'odieux « Basurero Las Estrellas »... « A qui n'a rien il est interdit de ne pas aimer la merde », a écrit Samuel Beckett un jour. On y repense. On relit toute son œuvre d'un coup, en voyant ces photos d'Alba. La fin de L'Innommable surtout : « il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. » Innommable réalité. Innommable que, pour pas crever, il faille à ce point consentir à son humiliation, mais pas seulement... mais bien plus innommable encore l'idée que, de ce monde sinistre, on puisse un instant, l'air de rien... s’accommoder.
Un grand, puissant voisin du nord. Un grand, puissant voisin du nord, que les Français ont coutume d'apprécier comme leur allié... Enfin, ce voisin-là, hautain, musclé... a lui aussi considéré longtemps certaines « parcelles » de l'Amérique centrale comme de joyeuses bénédictions. Il faut dire que les entreprises de ce voisin se servaient librement de nombreux fruits. Il faut dire que les richesses de la terre étaient profuses et que les gouvernements de ces pays-là étaient gentils, les laissaient faire, au risque d'appauvrir, il est vrai, leurs populations... mais enfin, l'hospitalité est ce qu'elle est ! La loi du profit salutaire ! Et quand le fâcheux Jacobo Árbenz... Qui se rappelle de lui ? Enfin, quand ce bonhomme inconséquent a eu le tort de penser aux Indiens un peu... cet énorme et puissant voisin démocratique n'a-t-il pas prisla mouche – rappelez-vous... et jeté sur le trône à prendre un certain Castillo Armas ?
Le désastre a ses causes, pourtant. Ne pas leurs laisser de répit. Le désastre a ses responsables précis, mais sous quel nom vivent-ils? Mais dans quel bar de Miami s'envoient-ils de la coke et des putains ? Ont-ils seulement un corps encore en vie ? Ou sous terre ils se décomposent, ces Grands Messieurs nantis d'hier, et sont des décharges à leur tour... oui, des basureros joyeux aussi ! où les vers vont sourire... sous-tirant à la graisse pourrie l'énergie de ramper deux heures... deux heures de vers, un peu plus loin... tandis qu'autour d'eux les humains – guettés par les vautours – naissent et puis meurent, et s'aiment parfois, se font la guerre souvent, ou défendent des idées... des idées lamentables ou ruisselantes de soleil, qui voudraient pouvoir relancer la machine de l'avenir... Mais, au fond, tu y crois ? Tu y crois au futur encore, après avoir vu ça ? Après avoir écumé cette poubelle... tu le sens bouillir dans tes veines, comme Gilgamesh... comme à la fin du tout premier récit écrit... le désir d'élancer vers l'aube un grand oui, malgré tout ?
Apesar de todo en espagnol... azértis en hongrois... malgré tout en français... on ne peut pas continuer... il faut continuer... on va continuer comme eux, pour eux, à mettre en mots la merde... en sons, en notes, en images sidérantes ! conscients qu'après tout le cauchemar qu'ils peuplent, il pourrait nous appartenir de le peupler demain, et qu'alors tes problèmes d'artistes... tes importants problèmes d'artistes, dans le regard du vautour silencieux, et s'approchant de toi, crevé... toi qui pues la décharge et sues la trouille... Enfin, je te laisse le loisir d'imaginer si les statistiques de ton blog, l'annonce du gain d'une résidence (!) ou d'un prix décerné... auront le culot d'importer face à son bec ! son bec attaquant dans tes chairs ! tandis qu'autour de vous deux : plus personne... plus même l'objectif d'un appareil-photo... la brume allongée pour la nuit... le début d'un sommeil pesant...

 
Photographies d'Alba-Marina Escalón
Texte de Laurent Bouisset
 
 
 
 

22/11/2014

Héroïne de la lutte contre l’exploitation minière au Pérou, aidez-la !

 

Avec ses terres et le lagon bleu en arrière plan, Máxima Acuña de Chaupe,  coiffée du chapeau traditionnel des agriculteurs péruviens nous salue le bras en l’air et le pouce tendu vers le ciel.Máxima Acuña : un formidable exemple de courage et d’abnégation (photo: Jorge Chávez Ortiz)

 

Máxima Acuña de Chaupe est une héroïne malgré elle. Cette modeste paysanne péruvienne aurait bien aimé continuer à cultiver ses quatre hectares de terres sur les hauts plateaux andins et à vendre ses récoltes de pommes de terres sur le marché local. Mais, pour avoir refusé de vendre son terrain à une puissante multinationale, elle est devenue un symbole de la résistance à l’exploitation minière dans son pays.

Depuis plusieurs années, la compagnie minière Yanacocha essaie de mettre en œuvre le projet Conga, une extension de la plus grande mine d’or à ciel ouvert d’Amérique du Sud. Elle fait tout son possible pour acquérir les terres des populations locales, quitte à enfreindre leurs droits. Máxima a toujours refusé de céder à l’entreprise les terres qui fournissent les moyens de subsistance à sa famille. Et elle paie très cher ce refus.

Harcèlement de la police et de la société minière

Selon les médias locaux, la police péruvienne et ses forces spéciales (DINOES) mènent une grande campagne d’intimidation à l’encontre de Máxima et de sa famille : passages à tabac, meurtre de leur chien, occupation de leurs terres, destruction de leur maison… La famille a dû ainsi dormir dehors à 3.600 m d’altitude le temps de reconstruire une bâtisse avec l'aide de parents et d'amis.

De son côté, Yanacocha a porté plainte contre la paysanne qui détient le titre de propriété de ce terrain depuis 1994. Le 5 Août 2014, un juge a pourtant condamné Máxima et sa famille à deux ans et huit mois de prison avec sursis, à verser près de 1 500€ de dommages et intérêts à la société minière et à évacuer immédiatement leurs terres.

L’admirable courage de Máxima ne suffit plus face à cet acharnement. Elle a besoin du soutien de la communauté internationale. Écrivons aux autorités péruviennes !

 

Signez et partagez la pétition en ligne :

https://www.sauvonslaforet.org/petitions/965/heroine-de-l...

 

 

17/11/2014

Histoire du tableau “Assassinat dans un restaurant de San Pedro Sula”

Ariel Torres Funes (28 ans) est un journaliste et écrivain hondurien (du Honduras). La peinture fait partie des passions auxquelles il se consacre à titre amateur et épisodique. Il m’a confié, au détour d’une conversation, que le désir de peindre l’envahissait quand il se trouvait confronté à une situation personnelle ou émotionnelle qu’il n’était capable d’endurer qu’à travers la création artistique – sans qu’il n’éprouve, pour cela, le besoin de faire cas des critères purement formels, et encore moins de l’idée d’une approche théorique des arts.

La spontanéité d’un tel processus créatif est très fréquente au Honduras – étant évident que je me réfère là essentiellement aux expériences des artistes amateurs ne vivant pas de leurs créations et n’ayant jamais étudié dans une quelconque école des Beaux-Arts.

 
Dans un pays comme le Honduras, il t’arrive de plonger dans la peinture ou l’écriture, parfois, pour la simple raison que tu n’as pas d’autre moyen de digérer la réalité. C’est un tel processus qui m’a guidé dans ma formation d’écrivain. L’écriture ou la peinture, dans cette perspective-là, remplissent une mission thérapeutique importante en t’aidant à combattre ou à interpréter d’une manière plus claire les sentiments de frustration provoqués par un tel pays.
 

cuadro.JPG

 
En ce qui concerne ce tableau précis maintenant, il a pour sujet un assassinat qui a eu lieu dans un restaurant de la chaine états-unienne Pizza Hut, dans la ville de San Pedro Sula (considérée comme la plus violente du monde), capitale industrielle du Honduras et deuxième plus grande ville après Tegucigalpa.
 
Ariel m’a dit, un jour que nous étions à évoquer ce thème, qu’il avait cette image gravée en lui et qu’elle ne lui laissait jamais de répit. "J’irais même jusqu’à dire qu’elle m’a foutu en l’air des jours entiers", m’a-t-il avoué par la suite.
 
Le patron de Pizza Hut au Honduras est Jorge Canahuati, un des plus puissants oligarques de notre pays, propriétaire non seulement d’un grand nombre d’entreprises, mais également de la moitié des journaux diffusés sur un plan national.
 
Comme l’assassinat s’est produit dans un de ses établissements, il a décidé qu'exceptionnellement aucun des médias qu’il possède ne relaterait cet événement – on sait aussi qu’il a exercé des pressions sur d’autres périodiques qui ne lui appartiennent pas, afin de ne pas ternir l’image de ses restaurants, qui, par ailleurs, investissent des sommes colossales dans la publicité.
 
Il s’agit là d’une des rares exceptions de non-diffusion d’images violentes consentie par ces journaux qui ne refrènent pas vraiment, quotidiennement, leurs publications des photos les plus horribles qui soient.
 
Au Honduras, comme dans nombre d’autres endroits du monde, les dirigeants des grands groupes médiatiques ne se soucient guère de la santé mentale de la population. De fait, les élites honduriennes n’ont jamais considéré la population du Honduras comme citoyenne ; les journalistes, leur emboîtant le pas, n’utilisent ce terme qu’avec parcimonie, parce que l’employer impliquerait tacitement que les personnes possèdent aussi des droits. Sur la plan sémantique, ce n’est pas la même chose d’appeler quelqu’un citoyen que de le considérer seulement comme un habitant.
 
Je ne parle même pas de tous les qualificatifs péjoratifs quotidiennement employés par la presse, qui, de manière continuelle, attisent le racisme, la xénophobie, la violence sexiste, le mépris des pauvres et la liste pourrait se poursuivre encore quelque pages…
 
Les journaux du Honduras – sans exception – alimentent une culture du mépris observable tant au niveau de la sélection des informations que du traitement qu’il en est fait, ou encore des images et du vocabulaire utilisé.
 
Le problème de la presse jaune (ou à sensations) au Honduras est qu’elle est la seule existante au format papier. Il n’y en a pas d’autre. Nous disposons de quatre périodiques à tirage national et les quatre, comme on dit de manière familière, “pissent le sang”.
 
Au Honduras, les médias sont l’instrument idéologique le plus puissant qui existe, par-dessus même les partis politiques. Et, sans l’ombre d’un doute, plus que le reflet de la société, ils sont le reflet de leurs dirigeants. C’est surprenant et effrayant de voir la manière qu’ils ont, par exemple, de décrire la personnalité de leurs propriétaires.
 
Tu peux essayer d’ouvrir un journal de Canahuati et, quand tu en seras venu à bout, tu auras l’impression d’avoir fait une promenade dans un cimetière clandestin. La sensation qu’ils te laissent, c’est que la mort et le mépris de la vie humaine ont atteint, à la fois, un haut degré de perversion et un niveau de légitimité incontestable. Cette réalité, dans un petit pays aux moyens limités, aux canaux d’expression réduits, est parfaitement insupportable.
 
Effectivement, cette peinture, qui aura fini accrochée à un des murs de la maison d’Ariel, accompagnée d’une version gravée dans le bois de ce poème dont je suis l’auteur, est un bon témoignage de l’état de terreur parallèle parasitant les modes de communication au Honduras.
 
 
José Manuel Torres Funes
 
traduction en français de Laurent Bouisset : http://fuegodelfuego.blogspot.fr/
 
 

11/11/2014

EN MEMORIA DE AYOTZINAPA (un poema de José Manuel Torres Funes traduit en français par Laurent Bouisset)

    


Asesino
Por José Manuel Torres Funes
En memoria de Ayotzinapa

El sacrificio fueron ellos
que se desprendían de los brazos de los otros
como cenizas de papel al viento
solo para regresar una y otra vez al fuego

Y sus ojos, rojos de llamas
eran los suyos
de la arena que había sustituido su sangre
del estiércol que había sustituido su carne


La muerte era bien su madre
su cuerpo con el de los otros seres que observaban
el desenlace del horror
se religó dentro la gruesa espesura
mezcolanza suprema y singular que hace de todos,
Uno
se introdujo en el fuego
se inclinó y lo tomó entre sus manos
el fuego como si fuera un pájaro herido
y encendió las antorchas que se siembran
en la patria arada sobre la tierra de los huesos

(Marsella, 2014)






Il furent le sacrifice, eux qui
se détachaient des bras amis
en cendres de papier au vent
qui n'avaient trêve de venir
affronter la fournaise aveugle

Et ces yeux rougeoyants de flammes
étaient les leurs et ceux du sable
en quoi s'était changé leur sang
les leurs et ceux des fanges
à quoi se résumait leur chair

La mort était leur mère
son corps et celui des perdus qui contemplaient
cet épilogue de l'horreur
s’aggloméra dans la forte épaisseur
mixture suprême et singulière ayant fait des atomes
Un seul
elle s'introduisit dans l'ardeur
s'agenouilla et sentit sous ses doigts le feu
palpitant comme un simple oiseau blessé
puis elle incendia ces flambeaux que l'on essaime
au gré de la grande patrie labourée
sur une terre emplie d'os

 
(Marseille, 2014)



Texte de José Manuel Torres Funes
Traduction de Laurent Bouisset
Tableaux de Vladimir Veličković
 
 
http://fuegodelfuego.blogspot.fr/

MEXIQUE : Le voyage vers l'enfer des étudiants disparus

En s'appuyant sur des récits de survivants et sur les aveux de trois membres du commando soupçonné d'être responsable de la disparition des 43 étudiants mexicains, El País retrace les événements de "la nuit la plus noire du Mexique".

 
Des portraits des étudiants disparus affichés devant le palais des Beaux Ats de Mexico, le 5 novembre 2014 - AFP/Yuri Cortez
Des portraits des étudiants disparus affichés devant le palais des Beaux Ats de Mexico, le 5 novembre 2014 - AFP/Yuri Cortez
 

 

La nuit du 26 septembre 2014, Ernesto Guerrero, étudiant de 23 ans, s'est retrouvé avec le canon d'un fusil d'assaut AR-15 pointé sur lui.

"Casse-toi ou je te bute."

A ce moment-là, il ne savait pas que le policier venait de lui épargner une mort certaine. Le policier n'avait ni agi par hasard ni par pitié, mais bien parce qu'il ne pouvait pas se permettre d'embarquer un autre étudiant. Comme Ernesto l'a raconté des semaines plus tard, des dizaines d'étudiants de l'Ecole normale d'Ayotzinapa gisaient sur l'asphalte et les policiers chargeaient les corps dans des camionnettes. Les véhicules étaient pleins à craquer. La police était tellement débordée qu'elle avait même réclamé de l'aide aux agents de la localité voisine de Cocula, et quand Ernesto, armé de son courage, s'est approché pour s'inquiéter du sort de ses amis, il n'y avait plus de place pour lui. Les policiers l'ont alors menacé et lui ont ordonné de partir. "Et j'ai vu s'éloigner mes amis", se souvient-il. C'était la dernière fois qu'il les voyait.

Suivis à la trace par les narcos

Ce 26 septembre, Ernesto s'était rendu à Iguala, avec une centaine de futurs instituteurs dans deux autobus. Venus d'Ayotzinapa, les étudiants motivés et bruyants avaient l'intention, comme ils l'avaient déjà fait par le passé, de récolter des fonds : faire la quête dans les rues du centre, entrer dans les commerces et même bloquer la circulation. Leur arrivée n'est pas passée inaperçue. Les narcos, selon la reconstitution des faits par le procureur de la justice mexicain, les avaient suivis à la trace et alerté le commissariat. Les étudiants n'étaient pas les bienvenus.

En juin 2013, après l'assassinat du leader du mouvement paysan Arturo Hernández Cardona, également torturé, ces derniers avaient accusé le maire de Iguala, José Luis Abarca Velázquez, et s'en étaient pris à l'hôtel de ville. Les narcos et les policiers, qui vivent en parfaite symbiose à Iguala, ont cru que les étudiants allaient repasser à l'action, mais que cette fois ils allaient s'en prendre à un personnage encore plus puissant, la femme du maire, María de los Ángeles Pineda Villa.

L'horreur a ouvert sa gueule toute grande

Selon les enquêtes en cours, l'épouse du maire d'Iguala, est à la tête des finances du cartel des Guerreros Unidos de la ville. Ses liens avec les narcos ne datent pas d'hier. Elle est la fille d'une ancienne petite main d'Arturo Beltrán Leyva, le "chef des chefs", et ses propres frères ont créé sous les ordres de Beltrán, une petite organisation criminelle ayant pour objectif de s'attaquer aux cartels des Zetas et de la Familia Michoacana. Après l'exécution de ses deux frères, elle a pris les rênes de l'organisation à Iguala, et le couple a connu une fulgurante ascension sociale dont le couronnement devait être son élection au conseil municipal en 2015. Or elle avait justement organisé une grande réunion à l'occasion du lancement de sa campagne électorale le 26 septembre.

L'irruption dans la ville des étudiants cagoulés et prêts à en découdre a fait craindre le pire aux autorités. Le maire a exigé de ses sbires qu'ils empêchent cette manifestation à tout prix, et, selon certaines versions, qu'ils livrent les étudiants aux Guerreros Unidos. L'ordre a été exécuté scrupuleusement. L'horreur a ouvert sa gueule toute grande. On ne saura peut-être jamais comment la barbarie a atteint de telles proportions, mais l'enquête policière est arrivée à déterminer que les élèves-enseignants, qui ignoraient certainement la vraie nature du pouvoir municipal d'Iguala, ont été massacrés avec autant de rage que s'ils avaient appartenu à des cartels rivaux.

Partie de chasse macabre

La police s'est acharnée sur les élèves-enseignants, les attaquant par vagues successives. Ces derniers ont tenté en vain de fuir en prenant d'assaut des autocars. Deux d'entre eux ont été par balle, un autre a eu la peau de son visage arrachée, trois personnes étrangères aux faits ont été abattues, car elles avaient été prises pour des étudiants-enseignants. Dans cette partie de chasse, des dizaines d'étudiants ont été arrêtés et conduits au commissariat d'Iguala. Personne n'a donné l'ordre d'arrêter. Le piège s'est refermé.

Par une nuit presque sans lune, les étudiants ont été entassés comme du bétail dans un camion et une camionnette, puis conduits à la décharge de Cocula. Ç'a été un voyage vers l'enfer. Nombre de ces jeunes, sans doute une quinzaine, blessés graves et frappés, sont morts d'asphyxie pendant le trajet. Une fois arrivés sur place, les survivants ont dû descendre un à un. Les mains sur la tête, on les obligeait à marcher sur un court trajet, à s'allonger sur le sol, puis à répondre à des questions. Leurs bourreaux voulaient savoir pourquoi ils étaient venus à Iguala et s'ils appartenaient au cartel rival. Les élèves-enseignants, selon les aveux des suspects, répondaient, terrorisés, qu'ils n'avaient rien à voir avec le trafic de drogue. En vain. A l'issue de l'interrogatoire, ils recevaient une balle dans la tête.

La nuit la plus noire du Mexique

Le noyau dur du commando, même s'il était épaulé par d'autres tueurs, était constitué de Patricio Reyes Landa, Jonathan Osorio Gómez, et Agustín García Reyes. Avec une bestialité méthodique, ils ont tué tous les étudiants. Quant à ceux qui étaient déjà morts, ils les ont traînés par les bras et les jambes hors des véhicules.

Comme pour un rite barbare, ils ont préparé un immense bûcher dans la décharge. Sur un lit de pierres circulaire, ils ont d'abord disposé des pneus, puis du bois. Par-dessus, ils ont placé les cadavres avant de les arroser d'essence et de gazole.

Le brasier a illuminé la nuit la plus noire du Mexique. Les flammes ont été alimentées pendant des heures. Les tueurs, sûrs de leur impunité, se sont éloignés en attendant que le feu se consume. Le lendemain, vers 17 heures, ils se sont approchés des restes, les ont dépecés et fourré les morceaux dans de grands sacs-poubelle noirs. Le soir venu, les assassins ont quitté les lieux. Lors du voyage de retour, ils ont jeté les sacs dans le fleuve San Juan. Il allait encore falloir quelques jours pour que le Mexique ouvre les yeux sur l'horreur.


 

Source : http://www.courrierinternational.com/article/2014/11/11/l...

 

 

 

 

10/11/2014

MEXIQUE• Etudiants disparus : l'indignation embrase la rue

Alors que des suspects ont donné de nouveaux détails sur la disparition de 43 étudiants mexicains, des manifestations ont agité Mexico ce week-end, pour demander au gouvernement de faire la lumière sur cet événement macabre.

           

          

Une manifestante à Mexico, devant le bureau du procureur général Jesus Murillo Karam, le 8 novembre 2014 - AFP/Ronaldo Schemidt Une manifestante à Mexico, devant le bureau du procureur général Jesus Murillo Karam, le 8 novembre 2014 - AFP/Ronaldo Schemidt               

C'est une phrase qui a déclenché la colère de la rue. "Ya me cansé", que l'on pourrait traduire par "On arrête là, je suis fatigué". Cette phrase, c'est le procureur général du Mexique, Jesus Murillo Karam, qui l'a prononcée, le 7 novembre, afin de mettre fin à la conférence de presse au cours de laquelle il avait donné les dernières informations – sordides – sur le calvaire des étudiants disparus, raconte The Guardian. Il avait notamment raconté comment trois suspects avaient décrit avoir brûlé les cadavres des étudiants avant de jeter les restes de leurs dépouilles dans une rivière.

1011-UneMexique.jpg#YaMeCanse : la phrase est vite devenue un hashtag (mot clé) populaire sur les réseaux sociaux, puis, comme titre le site Animal Politico : "L'indignation est passée des réseaux sociaux à la rue". Dès le 7 novembre au soir, quelque 500 personnes se sont réunies dans le centre de Mexico. "Le samedi 8, ils étaient bien plus nombreux", rapporte Animal Politico, qui parle de milliers de manifestants. Parmi les slogans lancés par la foule de Mexicains : "No estoy cansado, estoy encabronado" [Je ne suis pas fatigué, je suis agacé], ou "Ya me cance de tener miedo", [J'en ai assez d'avoir peur]. Des manifestants ont ensuite mis le feu à la porte du palais national, siège du gouvernement.

La Jornada note l'empressement visible du gouvernement à croire en la version des suspects, "alors qu'il n'existe pour l'instant aucune preuve que les choses se sont déroulées comme ils le disent".

"Le 8 novembre est un de ces jours qui resteront gravés dans la mémoire collective", écrit Animal Politico. "Un jour où le courage a pris la forme de visages en colère réclamant la justice."

06/11/2014

OPÉRATION CORREA, un film de Pierre Carles avec la collaboration de Nina Faure et Aurore Van Opstal


1re partie : Les ânes ont soif

 

L’Equateur dirigé depuis 2007 par le président de gauche Rafael Correa propose des solutions originales à la crise économique, sociale et environnementale. Pierre Carles et son équipe s’apprêtent à prendre leur poncho et leur sac à dos pour aller voir à quoi ressemble le « miracle équatorien » boudé et ignoré par la presse française. La 1° partie de ce feuilleton documentaire est d’ores et déjà proposée en accès libre sur internet.

 

à regarder ici : http://www.cp-productions.fr/spip.php?article161

 

Objectif : inciter les internautes à financer la suite de l’enquête outre-Atlantique, la faire circuler en 2015 et ainsi de suite... Trois ou quatre épisodes devraient voir le jour d’ici l’élection présidentielle française de 2017.

 

La visite en France d’un champion de la croissance économique passe rarement inaperçue, même lorsqu’elle ne présente qu’un intérêt médiocre. Un serrage de louches sur le perron de l’Elysée avec un président chinois ou une chancelière allemande rameute à coup sûr le ban et l’arrière-ban des troupes journalistiques. Pourquoi alors la presse hexagonale a-t-elle boudé le dernier séjour à Paris de Rafael Correa ?

Le 6 novembre 2013, le président équatorien était à la Sorbonne pour décrire le modèle économique en train de s’inventer dans son pays, en insolente rupture avec le dogme de l’austérité et de l’inféodation à la finance auquel les dirigeants européens veulent condamner leurs ouailles. En choisissant de ne pas obéir au FMI et d’imposer une renégociation de sa dette dans des conditions acceptables, l’Équateur, petit pays d’Amérique du Sud, aux prises avec des difficultés sans commune mesure avec celles que peut connaître la puissante Union européenne, s’est sorti par le haut du pétrin dans lequel il s’enfonçait. Pas de coupes dans les dépenses publiques, mais des programmes de redistribution qui ont fait chuter le taux d’extrême pauvreté de 16,9 % à 8,6 % au cours des six dernières années. Pas de dépouillement des droits sociaux par un patronat tout-puissant, mais des investissements publics dans les infrastructures et un taux de croissance (4,5 %) parmi les plus élevés d’Amérique latine. Tout n’est pas rose dans le bilan de Rafael Correa, mais au moins le président équatorien représente-t-il une preuve bien vivante que la politique du bulldozer contre les pauvres adoptée en Europe n’est pas nécessairement la seule envisageable.

On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif

Peu de grands médias français – à l’exception du Monde diplomatique et de quelques journaux de presse écrite - ont prêté attention à la visite du président équatorien. Aucune chaîne de télévision ni radio nationale n’a repris le message qu’il souhaitait adresser aux populations européennes : ne faites pas la folie de vous plier aux injonctions des banques, regardez comment l’austérité qu’elles vous infligent aujourd’hui a failli ruiner notre pays par le passé, et comment nous nous en sommes relevés en faisant tout le contraire. Pareil avertissement est-il sans valeur pour le public français ? « On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif », a chuinté Ivan Levaï, vétéran chez France Inter, quand les comparses de Pierre Carles ont commencé à enquêter sur la question. Mais qui sont les ânes ? Et comment redonner soif à une presse goulument ravitaillée dans l’abreuvoir des experts du CAC 40 ?

Après Pas vu pas pris, Enfin pris ?, Fin de concession et Hollande, DSK, etc, Pierre Carles et son équipe poursuivent leur critique radicale des médias. Ils se proposent à présent d’explorer la question du traitement de l’hérésie équatorienne dans la presse française. Il s’agira bien sûr de confronter la chefferie éditoriale à ses choix idéologiques, et de comprendre par quel enchantement l’impasse borgne et insalubre du monétarisme européen se présente à elle comme un horizon indépassable. Il s’agira aussi d’enquêter sur place, en Équateur, afin d’élucider ce que le journal d’affaires colombien Dinero (« argent ») qualifie avec incrédulité de « miracle économique ». L’alternative qui se joue là-bas est-elle un simple mirage ou alors un modèle susceptible d’allumer quelques flammèches à notre horizon ?

La bourse ou la vie

Mais l’exploration journalistique coûte de l’argent. Pour achever le tournage du prochain épisode d’Opération Correa, nous devons réunir au moins 25 000 euros. La somme peut paraître confortable, elle est pourtant dérisoire au regard du budget « normal » d’un documentaire grand public : à ce prix-là, nous n’irions pas loin sans l’expérience, l’implication et l’inventivité de chaque membre de notre collectif. Grâce à votre participation financière, nous pourrons finir d’arpenter les salles de rédaction parisiennes et mener nos propres investigations dans ce pays étrange qui les intéresse si peu. Une fois en boîte avec votre aide, le deuxième épisode du film sera lui aussi librement accessible sur Internet, en streaming et P2P, pour que le public s’en empare et le fasse vivre hors des clous de l’information industrielle.

Action !

Dans ce nouveau projet, il y a l’idée de reproduire ce qu’on peut appeler le cinéma d’enquête et d’action dans lequel vous-mêmes êtes conviés à participer, voire à donner... de votre personne. Si vous êtes en colère contre des médias de masse si peu pluralistes, si vous croyez au pouvoir du cinéma documentaire, si vous avez envie de vous investir pour propager un message de contestation qui ne demande qu’à grandir, soutenir Opération Correa est un moyen de rejoindre une aventure politique qui promet d’être enthousiasmante, réflexive et drôle. Avec cette nouvelle enquête, vous participez à un travail inédit et à la mise en cinéma d’une réelle proposition.

Bande annonce

 
 
 
 

 

 

OPÉRATION CORREA
Un film de Pierre Carles
Interviews : Aurore Van Opstal, Nina Faure, Brice Gravelle, Julien Brygo
Images et son : Pablo Girault, Martin Khalili, Nicolas Mas, Hugues Peyret, David Rit
Scénario, montage et réalisation : Pierre Carles
Conseillers/ères montage : Corinne Billard, Gilles Bour, Matthieu Parmentier, Ludovic Raynaud
Production : Annie Gonzalez, C-P Productions
Avec la participation plus ou moins volontaire de Christophe Barbier, Agnès Bonfillon, Yves Calvi, Thomas Legrand, Elisabeth Quin, Frédéric Taddeï, Alban Ventura, Ivan Levaï... et les interventions de Rafael Correa, Patrick Bèle, Maurice Lemoine, Mylene Sauloy.
Remerciements à Folimage pour l’extrait du film d’animation « Mon âne »
(réalisation : Pascal Le Nôtre - 1994)
et à Maxime Brandely pour la retranscription

 

04/06/2014

Brésil : des « street artist » ont réalisé des graffitis anti coupe du mode un peu partout dans le pays, en voici quelques-uns

 

Source : http://www.demotivateur.fr/article-buzz/des-graffitis-ant...

 


Non, je n'irai pas à la Coupe du Monde au Brésil #ChangeBrazil

 

Cette coupe 2014 semble être l'occasion d'un réveil global des consciences, la situation n'est pas nouvelle au Brésil, loin loin loin de là, elle est même meilleure qu'il y a 20 ans d'une certaine façon, puisque classe moyenne augmentant, conscience sociale et politique semblent avoir augmenté aussi... de même chez nous ? Espérons-le ! Le Brésil et l'Amérique latine est un formidable réservoir d'énergies à changer le monde... Soutenons-les !

cg, 4 juin 2014