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26/10/2017

Pétrole, cash, détournement : les aventures du négociant suisse Gunvor au Congo-Brazzaville

 

Les aventures de Gunvor au Congo font la Une

 

Le 12 septembre, Public Eye révélait les pratiques douteuses de Gunvor au Congo. Informée la veille de la publication de notre enquête explosive, la société de négoce a choisi d’annoncer elle-même qu’elle était désormais directement visée par la justice suisse. Mais sa ligne de défense reste la même depuis 2012 : elle impute les malversations à un « employé félon ». Mise à mal, cette version ne s’est pas imposée. Le Monde a décrit « la percée de Gunvor au Congo » comme « un cas d’école des pratiques corruptives de sociétés occidentales en Afrique ». L’histoire ne s’arrête pas là : Public Eye a eu accès à un nouveau document montrant que jusqu’à six employés de la société ont validé le versement de commissions présumées corruptives. L’étau judiciaire se resserre sur Gunvor…

 

Pour tout savoir : https://www.gunvoraucongo.publiceye.ch/?pk_campaign=NL%20...

 

 

06/10/2017

Marc Arazi, le lanceur d’alerte du phonegate

 

Le Dr Marc Arazi se méfie des ondes du téléphone mobile depuis longtemps. Ancien élu et négociateur pendant 3 ans au Grenelle des Ondes, il s’est  de nouveau mobilisé à la lecture du rapport de l’Anses qui concluait sur les effets possibles des radiofréquences chez l’enfant sur les fonctions cognitives. Un rapport basé sur une étude réalisée par l’ANFR toujours indisponible pour les citoyens.

ARTICLE :

Sur le site Passeurs d’alerte, le portrait de #MarcArazi siège désormais aux côtés de ceux de Julian Assange (Wikileaks) et d’Irène Frachon (Médiator). Son dossier: le #phonegate.

Les ondes du téléphone mobile, Marc Arazi s’en méfie depuis longtemps. A Nogent-sur-Marne où il a élu domicile après avoir revendu au groupe BNP une startup de financement des professionnels de santé fondée alors qu’il était encore tout jeune docteur en médecine, il surveille chaque nouvelle implantation d’antenne relais et monte au créneau dès qu’elle s’approche un peu trop près d’une école ou d’une crèche. Un combat démarré comme riverain d’une antenne, qui s’est poursuivi dans une association locale de protection de l’environnement puis au #Priartem (qui milite sur la réglementation des antennes relais), et l’a conduit à participer au Grenelle des ondes en 2010.

Le rapport de l’Anses qui révèle l’étude de l’ANFR

Un temps maire-adjoint de la ville avant de passer dans l’opposition, l’ancien élu municipal a donc immédiatement vu rouge lorsqu’au début de l’été 2016, il a parcouru le rapport de l’ #Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire et de l’environnement), basée à Maisons-Alfort, qui concluait sur les effets possibles des radiofréquences chez l’enfant sur les fonctions cognitives. Au détour de cette somme de 298 pages, un passage faisait référence à une étude menée par l’ANFR (Agence nationale des fréquences radioélectriques), également basée à Maisons-Alfort, sur le Das des téléphones mobiles en vente. Pour précision le Das (Débit d’absorption spécifique calculé en watt par kilogramme) correspond à la quantité d’énergie absorbée par le corps au contact d’un appareil radio-électrique. Le rapport de l’Anses pointait que les mesures réalisées en 2015 par l’ #ANFR révélait que 89 % des téléphones mesurés au contact présentaient un Das supérieur à 2 W/kg (norme européenne en vigueur au niveau du tronc et de la tête). Un dépassement qui s’explique car les conditions d’utilisation initialement prévues par le fabricant pour calculer le Das n’étaient pas le #portable collé à l’oreille ou dans la poche, mais une distance avec le corps d’au moins 15 mm. Un contexte qui a changé au printemps 2016, date à laquelle la norme européenne a été assortie d’une mise en garde pour prendre en considération l’utilisation au contact, suite à une intervention de la France, tout en conservant un léger flou artistique sur la distance, préférant parler de “quelques millimètres” plutôt que de contact direct avec le corps.

Das supérieur à 2 W/kg pour 89% des téléphones mesurés au contact

89% des téléphones avec un Das supérieur à 2 W/kg au contact ? Voilà une information importante pour les consommateurs. Quels téléphones sont-ils concernés? S’agit-il de Das tête ou tronc? s’ interroge Marc Arazi, à la lecture de ce rapport.

  

Source : passeurdalertes.org

 

 Lire aussi : https://passeurdalertes.org/2017/09/13/danger-portables-faudrait-interdire-telephone-jusqua-14-ans/

 

 

 

 

 

 

03/10/2017

Bruno Parmeniert - Nourrir l'humanité ?

Interview de Bruno Parmentier en direct le 29/09/2017 à 17h.
Economiste, ancien directeur de l'école supérieure d'agriculture d'Angers.

 

15/09/2017

Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied

Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 
Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 
(Photo Patricia de Melo Moreira / AFP)

Le Portugal n'a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d'une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s'est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?

Il y a un an, en juillet 2016, la Commission européenne entamait une procédure pour "déficit excessif" contre le gouvernement de Lisbonne. Le Portugal risquait une amende, selon Bruxelles, puisque il était censé ramener son déficit à 2,5 % de son PIB en 2015 au lieu des 4,4 % annoncés. La procédure a été abandonnée un mois plus tard. Etonnement, la France n'était pas soumise à la même pression, alors qu'elle n'avait pas — elle non plus — tenu ses engagements : 3,4% de déficit au lieu des 3% requis. Depuis, le phénomène s'est radicalement inversé : le Portugal a réduit son déficit à 2,1% en 2016 et devrait le ramener à 1,5% cette année. La France, elle, a abaissé péniblement son déficit à 3,3% en 2016 et table sur 3,2% cette année quand elle s'est engagée à atteindre... 2,8%. L'Espagne est encore à 4,5%.

Mais l'économie portugaise n'a pas réussi à réduire ses déficits par la baisse des dépenses publiques, des réformes structurelles du travail visant à "assouplir" les droits des salariés, ou en abaissant les protections sociales, comme le préconise la Commission européenne. C'est même l'inverse qui a été pratiquée au Portugal depuis un an et demi. Un choix qui explique certainement l'irritation très nettement affichée par Bruxelles au printemps 2016, lors des annonces de Lisbonne. 

> Portugal : les audaces de la gauche irritent à Bruxelles​

Mesures socio-économiques

Depuis novembre 2015, c’est un gouvernement socialiste qui est au pouvoir au Portugal, soutenu et poussé par une union des gauches, composée du Parti communiste portugais, des écologistes, et du "Bloco de esquerda", le bloc de gauche (gauche radicale).

>Ni austérité, ni populisme : le Portugal suit sa voie de gauche

Les choix économiques et sociaux de ce gouvernement se sont portés sur une politique clairement anti-austéritaire et antinomique avec celle pratiquée par le gouvernement précédent, de droite, qui avait gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Ce qui n'avait pas permis de réduire le déficit budgétaire ni le chômage significativement, mais avait fait exploser la précarité et la pauvreté dans le pays.

Le gouvernement du nouveau premier ministre, António Costa, depuis 2 ans, a donc appliqué des réformes qui avaient été déclarées dans son programme de coalition, en parfaite opposition avec la politique précédemment menée, comme le souligne cet extrait : "La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs."

Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23% à 22%. Ces deux augmentations du SMIC portugais ont passé le salaire minimum de 505€ à 557 €. Puis des mesures économiques à vocation sociale — mais aussi de relance du pouvoir d'achat — ont été prises : augmentation des retraites et des allocations familiales, renforcements du droit du travail, baisses des impôts pour les salariés les plus modestes, arrêt des privatisations de services et d'infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures par semaine. Sur le plan purement économique, la stratégie portugaise n'a pas été non plus en accord avec les demandes de la Commission, et se sont pourtant avérées payantes.

Politique anti-austéritaire de relance par la demande

Le chômage se situait à 14,4% en 2014, après une année noire à plus de 16% en 2013, puis s'était stabilisé en 2015 — mais toujours à un niveau élevé — à 12,2%. En 2016, une nouvelle décrue l'a fait parvenir à 11,1%, et en 2017, le chômage est à 8,8% au deuxième trimestre, ce qui laisse envisager, selon les spécialistes, un taux pour de 9,4% pour l'année entière. Un chômage potentiellement inférieur à celui de la France. Les projections actuelles des instituts tablent sur un chômage portugais à 7% en 2019, le plus bas depuis 2004.
Le virage actuel des politiques économiques du pays n'est pas étranger à cette nette amélioration des créations d'emplois sur deux années consécutives avec pour conséquence la progression de la croissance du PIB, évaluée pour 2017 à 2,5%, contre 1,9% pour la zone euro et seulement 1,5% pour la France. Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a confirmé ces bons résultats en juillet à Lisbonne, indiquant que "la réduction du déficit au Portugal est durable" et que "la croissance sera probablement supérieure à 2,5% en 2017". Malgré tout, l'ancien ministre français de l'économie de François Hollande a tenu à dire au gouvernement portugais que "sur le plan du marché du travail, il faudra veiller à mieux intégrer les chômeurs de longue durée." 

Le ministre de l'économie du Portugal, Caldeira Cabral, explique cette reprise économique par plusieur facteurs. Le premier est celui d'un renouveau d'industries orientées à l'export telles que l'automobile, les chaussures ou encore le textile qui avaient quasiment disparu du paysage. Les industriels, installés depuis des années dans les pays de l'Est pour la main d'oeuvre très bon marché, sont en train de revenir vers le Portugal, à la recherche d'une meilleure qualité professionnelle tout en conservant des coûts salariaux avantageux. Les investissements sont effectivement en hausse depuis deux ans, particulièrement dans l'industrie automobile. Caldeira Cabral pense que la hausse des revenus joue aussi, en redonnant confiance aux investisseurs, aux entreprises, avec une demande interne qui augmente et une progression de la consommation vers des produits de meilleure qualité.

Cette politique de relance par la demande, confortée par une politique sociale du mieux-disant est dans le même temps tirée par une revitalisation du tourisme grâce — entre autres — à des projets immobiliers haut de gamme. Plutôt miser sur la qualité, donc que sur les prix bas. Pierre Moscovici, sur ce plan, a tenu à souligner, toujours lors de sa visite de juillet dernier, "Le retour de l’investissement à la fois externe et interne, les bons résultats des exportations ainsi que le boom du tourisme". Mais sur le plan budgétaire, le Commissaire français a étrangement déclaré que "les efforts doivent être poursuivis pour réduire le déficit structurel", alors que le pays est devenu l'un des meilleurs élèves de la classe sur ce sujet, tandis que la France ou l'Espagne ne le sont toujours pas...

Nouveau modèle portugais très discret

Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l'Europe n'ont pas réussi à sortir la tête de l'eau : les déficits budgétaires sont souvent supérieurs aux critères européens, le chômage y est toujours très élevé, les problèmes sociaux causés par la précarité persistent. Les prêts concédés par le FMI, sous l'égide de la BCE et de la Commission européenne pour aider ces pays à retrouver un peu de vigueur et payer leurs dettes ont été tous accompagnés d'obligations de réductions des déficits, par une baisse des dépenses publiques et des demandes précises, comme le gel des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, la baisse des prestations sociales.

Ces politiques dites d'austérité ont été doublées de réformes structurelles du marché du travail visant à assouplir les droits des salariés pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ces réformes du marché du travail sont elles aussi une demande de Bruxelles. La Grèce, l'Italie ou l'Espagne ont effectué ces politiques d'austérité et ces réformes sans succès concret. Tout comme le Portugal jusqu'en 2015. L'Italie, si elle a baissé ses dépenses et a atteint un déficit inférieur à 3% en 2016, n'arrive pas à faire baisser son chômage qui est supérieur à 11%. En Espagne, le chômage est à 18,7% au premier trimestre 2017, et le déficit public ne colle toujours pas aux critères de Bruxelles : 3,6% en 2016. L'échec des politiques de rigueur budgétaire accompagnés des "assouplissements du marché du travail" ne permettent visiblement pas de faire repartir ces économies. 

Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu'une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l'amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que "l'austérité ne fonctionnait pas". De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l'institution internationale qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infracstructures et services.

Malgré tout, si l'exemple portugais était mis en avant, il pourrait être une piste intéressante de redressement "par le haut" des Etats de la zone euro encore affectés par la crise. Une sorte d'espoir de changement économique et social permettant une sortie de crise. A moins que le modèle économique allemand, de plus en plus contesté pour ses effets sociaux négatifs, ne cède la place au modèle suédois qui semble attirer des dirigeants politiques, dont Emmanuel Macron ?

>Suivre le modèle allemand ? Chiche ! (Article de février 2012)

Le modèle suédois reste malgré tout difficile "à vendre", bien que sa réussite économique soit réelle : ce pays n'est pas dans la zone euro, possède depuis longtemps l'un des niveaux de vie les plus élevés du monde, et surtout, ses salariés sont syndiqués à 80%.

Il n'est donc pas certain qu'appliquer les méthodes sociales et économiques en cours en Suède soit possible si facilement pour des pays de la zone euro. Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l'euro... Pour l'instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne.
 
 
 
 

07/09/2017

Henri Guillemin - Le libéralisme (1972)

Dans sa série de conférences télévisées sur le thème "L'autre avant guerre - 1871-1914", l'historien Henri Guillemin évoque le libéralisme économique.

 

 

Aller plus loin : https://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/3477...

 

 

 

23/08/2017

États-Unis – Nouveaux OGM : armes de destruction massive ?

 

Les nouvelles techniques de modification génétique posent question en termes de sécurité. En décembre 2016, dans son rapport d’évaluation des menaces mondiales, le directeur du Renseignement national étasunien, James R. Clapper, les a classées dans la catégorie « Armes de destruction massive ». Six mois plus tard, en mai 2017, son successeur, Dan Coats, les classe parmi les technologies « émergentes et de rupture  »... et en fait la promotion.

Les techniques de modification génétique (Crispr/Cas9, méganucléases, mutagénèse par oligonucléotides…) ne font pas l’objet que d’attentions commerciales. Vantées comme bon marché et faciles à mettre en œuvre – ce qui reste très relatif –, elles inquiètent tout de même nombre d’institutions impliquées dans la « sécurité ». En France, le Conseil national consultatif sur la biosécurité publiait ainsi en février 2017 un rapport concluant notamment que la biologie de synthèse « pose la question de la possibilité de recréer de novo des microorganismes [et] (...) des virus dont la virulence et la contagiosité pourraient présenter de réels risques pour la sécurité sanitaire des populations » [1]. Aux États-Unis, on s’interroge aussi...

En 2016, les nouvelles techniques de modification génétique sont des armes de destruction massive

En 2016, James R. Clapper est le conseiller du Président des États-Unis, Barack Obama, pour les questions de sécurité nationale. À ce titre, il supervise les différentes agences de renseignement du pays et publie un rapport annuel destiné à la Commission des forces armées du Sénat des États-Unis qui liste les menaces identifiées.
En 2014 et 2015, le rapport annuel ne comporte aucune mention précise des techniques de modification génétique mais, dans l’introduction du paragraphe sur les armes de destruction massive, Clapper explique que « les technologies et matériels biologiques et chimiques [...] pénètrent facilement l’économie globalisée. [...] Les dernières découvertes en sciences de la vie diffusent également globalement et rapidement ».
Un début de réflexion qui aboutira, en 2016, à leur classement explicite comme armes de destruction massive, à l’instar du programme de développement d’armes nucléaires nord-coréen, de l’armement nucléaire chinois ou encore des armes chimiques syriennes et irakiennes. Le rapport précise que « la recherche sur [ces nouvelles techniques] effectuée par des pays ayant des normes réglementaires ou éthiques différentes de celles des pays occidentaux augmente probablement le risque de création d’agents ou de produits biologiques potentiellement dangereux. Compte tenu de la large distribution, du faible coût et du rythme accéléré de développement de cette technologie à double usage, son utilisation délibérée ou non intentionnelle pourrait entraîner des conséquences importantes sur le plan de la sécurité économique et nationale » [2].

En 2017, changement de personne... et de position

À la suite de sa démission fin 2016, James R. Clapper est remplacé en mars 2017 par Dan Coats, ancien sénateur de l’état de l’Indiana. Deux mois plus tard, en mai, le rapport annuel sur les menaces mondiales [3], signé Dan Coats, est rendu public. Et dans ce rapport, les techniques de modification génétique ne sont plus classées dans les armes de destruction massive mais parmi les « technologies émergentes et de rupture ». Et si l’auteur du rapport reconnaît qu’elles posent «  de nouvelles questions éthiques et de sécurité », il leur porte surtout un œil favorable et considère que « le développement des technologies de modification du génome accélère le rythme auquel nous pouvons développer de nouvelles approches pour aborder les défis médicaux, sanitaires, industriels, environnementaux et agricoles et révolutionner la recherche en biologie. Néanmoins, ce rapide développement et le large spectre d’utilisation devraient constituer un défi pour les gouvernements et la communauté scientifique souhaitant développer un cadre réglementaire et éthique ou des normes pour encadrer une utilisation responsable de ces technologies ».

Promouvoir les biotechnologies, Dan Coats sait faire : en mai 2013, avec 25 autres sénateurs, il demandait déjà, dans une lettre aux secrétaires d’État à l’Agriculture et au Commerce d’alors [4] que le gouvernement des États-Unis agissent contre « les barrières commerciales sur les cultures dérivées des biotechnologies qui impactent tant les agriculteurs américains que les consommateurs à l’international pour qui ils travaillent ». Pour lui, « les réglementations asynchrones, les politiques de tolérance zéro et les requis de réautorisation sont parmi les obstacles réglementaires les plus répandus et coûteux ». En clair, des refus de cargaisons étasuniennes à cause d’un OGM non autorisé dans le pays importateur, même à l’état de traces, ne devraient plus avoir lieu comme ce fut le cas en Europe avec le riz LL par exemple ou en Chine avec le maïs Viptera [5].

En novembre 2016, c’est au Président des États-Unis, Barack Obama, que le sénateur écrit [6]. Il souhaite réaffirmer la nécessité de s’assurer que « la Chine maintienne et adhère à un système d’autorisation des produits issus des biotechnologies agricoles basé sur la science ». Cette déclaration intervient dans un contexte où les États-Unis augmentent encore leur pression sur les autres pays pour ouvrir leur marché aux biotechnologies agricoles comme en témoigne la position défendue par le secrétaire d’État au Commerce, Robert Lighthizer [7]. Pour le sénateur, « quand le gouvernement chinois échoue à être transparent, à utiliser la science et à respecter ses délais de décision, cela impacte la capacité des agriculteurs [étasuniens] à avoir accès au marché chinois mais également leurs capacités à utiliser les meilleures technologies agricoles innovantes dans leur champs [aux États-Unis] ».

Considérer ces technologies comme armes de destruction massive ne colle pas avec la vision politique que défend depuis plusieurs années ce nouveau conseiller. Malgré ce « déclassement » plus que discret, le sujet continue de retenir l’attention du monde de la sécurité aux États-Unis. Fin août 2017, un rapport intermédiaire devrait sortir, émanant des Académies de sciences, visant à évaluer le changement de nature des menaces biologiques à l’ère de la biologie de synthèse. Une évaluation destinée à « assister le Programme de défense chimique et biologique du ministère étasunien de la Défense » et pour laquelle une consultation publique est en cours [8]. Inf’OGM rendra compte du contenu de ce rapport intermédiaire.
Mais on peut d’ores et déjà constater que les techniques de modification génétique posent la question d’un risque d’utilisation pour élaborer des armes. La position de Dan Coats suggère que ce risque ne doit pas remettre en question leur développement commercial. Cette confiance aveugle à pouvoir gérer ce risque laisse pantois...

Source : https://www.infogm.org/6317-etats-unis-nouveaux-ogm-armes-destruction-massive

23/06/2017

Flexibilisation du travail ou transition écologique, il faut choisir !

 

Aurore Lalucq, codirectrice de l'Institut Veblen pour les réformes économiques
 

La volonté du gouvernement de flexibiliser les emplois amènera à une précarisation des conditions de travail qui va irrémédiablement à l’encontre de la transition écologique. Des pays anglo-saxons à l’Allemagne, la flexibilisation du marché du travail s’est certes traduite par des créations d’emplois, mais des emplois mal rémunérés et peu protégés. On peut considérer qu’il vaut mieux être mal employé que chômeur, c’est un choix de société. Mais il faut être conscient que ce choix, par l’accroissement des inégalités qu’il provoque, est aussi complètement anti-écologique.

En effet, inégalités sociales et inégalités écologiques s’auto-alimentent. Un phénomène parfaitement décrit dans le livre de l’économiste Eloi Laurent et du syndicaliste Philippe Pochet. Les deux auteurs y montrent comment les inégalités sociales favorisent l’irresponsabilité écologique des plus riches (via un transfert des dommages environnementaux des riches vers les pauvres), affectent la santé des plus pauvres (les plus défavorisés sont aussi les plus touchés par les vagues de canicule par exemple) et participent à une relance inutile de la croissance (on préfère aller toujours plus loin dans la taille du gâteau plutôt que mieux le partager).

Les plus défavorisés sont aussi les plus touchés par les vagues de canicule

Par ailleurs, comme le notent plusieurs études, notamment les travaux de Lucas Chancel et de Thomas Piketty, les plus aisés sont ceux qui polluent le plus. Et leur mode consommation, en devenant la norme à atteindre, engendre des comportements mimétiques qui poussent à la surconsommation.

Les 35 heures sont écolos

La volonté du gouvernement de revenir sur les 35 heures va elle-aussi à l’encontre de la transition écologique. L’économiste et sociologue américaine Juliet Schor fut l’une des premières à mettre en évidence le lien entre surconsommation (overconsuption) et surtravail (overwork) aux Etats-Unis. Les conclusions de son étude étaient sans appel : plus les Américains travaillent, plus ils consomment, notamment des produits très impactant pour l’environnement (avions, biens transformés, etc.).

Un constat renforcé par des études du Center for Economic and Policy Research (CEPR) de Washington. Deux chercheurs, David Rosnick et Mark Weisbrot, mettent en évidence que les différences d’impacts environnementaux entre l’Union européenne et les Etats-Unis s’expliquent par la différence de temps de travail. Selon leurs analyses, si les Européens adoptaient un temps de travail équivalent à celui des Américains, ils consommeraient 30 % d’énergie en plus. Plus intéressant encore, les deux chercheurs notent qu’à l’inverse, si les Etats-Unis avaient adopté les standards européens de temps de travail, leurs émissions de CO2 en 2000 auraient été 7 % moindre que celles de 1990 !

Pour tous ces chercheurs, la conclusion est claire : réduction du temps de travail et transition écologique sont indissociables

Le chercheur Jonas Nässén montre également qu’une réduction de 1 % du temps de travail engendrerait une baisse de la consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre de 0,8 % en moyenne et qu’une semaine de travail de 30 heures faciliterait l’atteinte des objectifs de réduction des émissions. Pour tous ces chercheurs, la conclusion est claire : réduction du temps de travail et transition écologique sont indissociables.

En revenant sur les 35 heures et en menant une politique de flexibilisation du marché du travail, le gouvernement fragilise les plus pauvres et exclut en outre la possibilité de mener sérieusement la transition écologique. Il va donc falloir choisir entre idéologie et pragmatisme. Et il semble bien, malheureusement, que le gouvernement ait déjà arbitré. 

Source : https://www.alternatives-economiques.fr/

 

 

 

 

 

 

06/06/2017

Quand la coolitude des start-up se transforme en prolétariat nouvelle génération

 

Dans Bienvenue dans le nouveau monde, comment j'ai survécu à la coolitude des start-up, Mathilde Ramadier livre une analyse au vitriol des conditions de travail d'un salarié de jeune pousse. Anglicismes à tout-va, contrôle permanent, culte de la flexibilité... Elle revient pour Challenges sur ces quatre ans de prolétariat nouvelle génération.

Mathilde Ramadier dénonce la coolitude des start-up

"Dans ces structures, il y a la reproduction d'un même schéma avec un leader charismatique, incarné généralement par le fondateur de la société, autour duquel se crée un culte de la personnalité."

Florian Sargues
 
 
 

Dans votre ouvrage, vous revenez sur quatre années passées au sein de start-up berlinoises entre 2011 et 2015. Des expériences desquelles vous tirez un tableau très noir tant en terme de management, de missions proposées que d'organisation. A quel moment avez-vous pris conscience que quelque chose clochait?

Mathilde Ramadier: Le déclic est en réalité arrivé assez rapidement, dès l'un de mes premiers entretiens d'embauche en août 2011 à l'issue de mes études. Je postulais alors pour l'un des concurrents d'Airbnb en Allemagne au poste de "manager SEO". Pour ce job, il fallait être diplômé d'un Bac+5, avoir déjà eu une expérience dans la communication, et maîtriser au moins trois langues. Autant dire un profil assez qualifié. A l'issue de l'entretien, mon interlocutrice m'annonce que le poste sera rémunéré 600 euros brut par mois. Naïve, j'ai demandé si c'était à temps partiel. Bien sûr que non, il s'agissait d'un temps plein. Ce fut mon premier grand choc, qui m'a rendue méfiante mais m'a aussi servi pour la suite. 

Pourquoi avoir continué à évoluer dans cet univers si il vous rebutait presque d'entrée de jeu?

A Berlin, 80% des offres d'emplois dans le secteur des services que je ciblais sont issues de start-up [Mathilde Ramadier a notamment travaillé en tant que graphiste, à la communication de sites internet ou encore dans le e-commerce, NDLR]. Difficile donc de passer à côté. Après, la prise de recul a été facilitée par le fait que je voulais d'abord vivre de mes scénarios de bande-dessinée. Travailler dans ces entreprises était donc plutôt un plan B. Pour autant, je prenais ces emplois très au sérieux. Cela représentait plus qu'un job d'appoint pour moi et je me suis dit à plusieurs reprises que si ça marchait dans l'une des start-up, je m'y investirais pleinement. Mais cela n'a pas été concluant.

Vous avez certes travaillé dans plusieurs start-up, mais seulement à Berlin. Ne faites-vous pas de quelques cas une généralité?

Certes, mes expériences sont strictement berlinoises mais en quatre ans j'ai eu affaire avec une douzaine de start-up en tant que salariée et freelance. Pour la rédaction de l'ouvrage, j'ai par ailleurs mené mon enquête un peu partout à commencer par la France. Je peux vous affirmer que ce modèle de fonctionnement, qui trouve ses origines aux Etats-Unis, est complètement globalisé et se moque des frontières. A la différence près bien sûr, que le droit du travail n'offre pas le même niveau de protection aux salariés d'un pays à un autre. Quand j'ai commencé à travailler en Allemagne, le salaire minimum n'existait pas, par exemple. Les choses sont bien différentes en France sur ce point.

Dans votre livre, vous critiquez en particulier la quête extrême d'efficacité et de flexibilité demandée aux salariés, sous couvert d'une communication chaleureuse et d'un environnement de travail agréable. En quoi ce fonctionnement s'écarte-t-il vraiment de celui d'entreprises plus traditionnelles?

Il existe bien sûr des entreprises plus traditionnelles qui reprennent ces codes en version, disons, bêta. Mais il s'agit bien là d'un modèle à part qui se nourrit de l'ère du tout dématérialisé, et d'une espèce d'utopie fondée sur la croyance selon laquelle avoir la bonne idée, la bonne équipe et le bon produit peut révolutionner le monde. Il faut dire que ce type d'idéal tombe à point nommé dans la période actuelle de morosité ambiante.

Selon vous, le vrai visage de ce "nouveau monde" incarné par les start-up d'aujourd'hui n'est en réalité que le reflet d'un "capitalisme sauvage". Vous allez même jusqu'à comparer leur fonctionnement avec celui d'une "dictature totalitaire" et d'un "régime despotique". C'est-à-dire?

Tout à fait. C'est une forme d'organisation totalitaire, voire même sectaire. Dans ces structures, il y a la reproduction d'un même schéma avec un leader charismatique, incarné généralement par le fondateur de la société, autour duquel se crée un culte de la personnalité. Vous avez ensuite l'adoption d'un langage commun généralement bourré d'anglicismes, d'euphémismes et de superlatifs décuplés qui se propagent à une vitesse folle. Les titres de postes eux-mêmes [en référence à certains cités dans son livre: "office manager", "assistant talent recruiter", "growth hacker", NDLR] servent la plupart du temps soit à enjoliver un job banal, soit à masquer une précarité. Plusieurs process sont souvent rebaptisés avec des noms qui se veulent savants mais sont au final très creux. Ajoutés à cette novlangue, des rituels communs, des valeurs communes, une culture d'entreprise commune ou encore une surveillance omniprésente des résultats. Ce qui est assez proche selon moi d'un système totalitaire.... et d'autant plus hypocrite de la part d'entrepreneurs prônant la liberté à tous les étages et qui se révèlent dans les faits plus que liberticides. 

Vos collègues partageaient-ils cette analyse à l'époque?

Il y avait toujours quelques collègues qui partageaient mon avis. Il s'agissait souvent de personnes plus politisées, avec davantage d'expérience professionnelle, ou originaires d'un autre pays. Soyons honnêtes, nous restions minoritaires. Lors de la préparation du livre, j'ai rencontré plusieurs salariés de start-up, en France notamment. Toutes ces personnes se disaient très heureuses les trois premiers mois puis déchantaient généralement ensuite.

Comment expliquez-vous que l'on parle si peu du sujet?

On ne veut pas le croire. On préfère se dire que ces start-up créent de l'emploi, plutôt que de fouiller du côté de leurs pratiques managériales. C'est une facilité politique et c'est bien dommage, car le phénomène ne fait que s'amplifier. J'en veux pour preuve la volonté d'un nombre grandissant de grands groupes à s'inspirer des pratiques soi-disant agiles des start-up. Avec l'ubérisation et l'explosion du travail indépendant, c'est encore pire.

Ce modèle de management est-il viable à long-terme selon vous?

De ce que j'ai vu, je ne sais pas si c'est viable mais en tout cas je suis convaincue que ce n'est surtout pas souhaitable. Après la parution de mon livre, j'ai reçu un nombre conséquent de témoignages de salariés qui se reconnaissent dans cette situation et même de certains entrepreneurs très agacés par ce modèle ambiant. Pour faire bouger les choses, il faut continuer à en parler, qu'un maximum de personnes puissent apporter leur point de vue et leur analyse. 

C'est ce que vous comptez continuer à faire?

Oui, il y aura des suites à mon livre, potentiellement sous la forme de BD. Je ne lâche pas le morceau!

 

Source : https://www.challenges.fr/

 

 

 

 

28/04/2017

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon - les prédateurs au pouvoir

A lire : Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, Les prédateurs au pouvoir. Main basse sur notre avenir, Textuel, 2017, 64 pages.

 

Pourquoi certains électeurs vont-ils voter pour un candidat qui ne leur ressemble pas et qui ne semble même pas défendre leurs intérêts ? Pourquoi acceptons-nous ce fossé qui s’élargit chaque jour davantage entre une classe dominante et les autres ? Comment l’argent est-il devenu une arme de destruction massive aux mains d’une oligarchie ? C’est à ces questions que tentent de répondre les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, dans leur ouvrage Les prédateurs au pouvoir, dans un style clair et corrosif. Pour eux, Marine Le Pen, François Fillon ou Emmanuel Macron ne sont que différents visages de cette oligarchie prédatrice qui a fait main basse sur notre avenir. Rencontre.

Basta ! : Face à l’augmentation des inégalités, à l’intolérable situation dans laquelle se trouvent une partie de la population qui subit le chômage, pourquoi la question du partage des richesses n’est-elle pas plus centrale dans cette campagne ?

Monique Pinçon-Charlot : Il est difficile aujourd’hui de parler des inégalités abyssales, dont la concentration se fait pourtant à une vitesse complètement folle. En 2010, 388 multimilliardaires possèdent la moitié des richesses de l’humanité. En 2016, cette richesse est concentrée entre les mains de seulement 8 super riches ! Mais cela reste tabou car ces richesses ne sont pas le résultat de mérites, de réalisations favorables à l’humanité, mais de spéculations, de prédations sur les ressources naturelles, dans tous les domaines d’activité économique et sociale. Elles sont destructrices pour la planète et pour l’humain, mais sont passées sous silence. Une partie du problème vient du fait que ce sont des patrons du CAC40 qui sont massivement propriétaires des grands médias, qui relaient volontiers la « voix de leur maître » (lire notre enquête « Le pouvoir d’influence délirant des dix milliardaires qui possèdent la presse française »).

Dans ces conditions, comment des responsables politiques qui ne s’attaquent pas aux causes de ces inégalités arrivent-ils à nous faire croire qu’ils œuvrent pour le bien de tous ?

  1. P.-C. : On ressent un désarroi très profond chez les Français avec cette élection présidentielle : ils ne comprennent plus rien ! Ils sentent qu’il y a quelque chose de vicié, de pervers, de cynique dans cette situation, qu’ils sont lobotomisés par les médias, qu’ils n’ont pas les moyens de penser car ils sont dans un brouillard sémantique, idéologique, linguistique. Ils sont en quelque sorte tétanisés, sidérés. Et la classe politique est dans une bulle. On nous dit que le système est démocratique, mais quand on voit comment un ouvrier comme Philippe Poutou est traité... Il n’y a pas d’ouvriers à l’Assemblée nationale, alors qu’ouvriers et employés représentent aujourd’hui encore 52% de la population active ! Un tel décalage entre réalité des classes moyennes et populaires et ce qui se passe au Parlement est problématique.

Comment est-ce possible que des responsables politiques ne voient pas où est le problème, à acheter des costumes de luxe, à se faire payer des cadeaux par des « amis » ?

  1. P.-C. : C’est plus grave que cela. Il y a un processus qui se construit dès la naissance, de recherche d’entre-soi, d’être avec son semblable. C’est aussi un processus d’évitement et de ségrégation du non-semblable. Petit à petit, cela construit le dominant comme s’il venait d’une autre planète, comme s’il était d’une autre « race »… Comme pour la noblesse, avec son prétendu « sang bleu » : la différence était marquée dans la définition même du corps. Et dans la déshumanisation de l’autre, du dissemblable. L’autre, ils s’en fichent… du moment qu’il continue à voter pour eux.

Mais comment expliquer que François Fillon ait encore autant de supporters ?

  1. P.-C. : C’est une question centrale. Pourquoi est-il à un niveau encore si haut dans les sondages malgré la gravité de ce qui lui est reproché ? Les 30 années que nous avons passées à travailler sur l’oligarchie nous ont permis de nous mettre dans leurs têtes – celles de François Fillon et des proches qui le soutiennent, celles des super riches. Ils se sont construits avec un sentiment d’appartenir à une classe sociale, une classe hétérogène évidemment mais suffisamment solidaire pour capter tous les pouvoirs. Ils sont entre eux en permanence : cela permet la construction d’un sentiment d’impunité collective et d’immunité psychologique. Chaque individu se construit une non-culpabilité, une « non mauvaise conscience ». Ce sont des gens « à part », qui estiment qu’ils ne peuvent pas être punis sur le plan pénal, en matière de fraude fiscale ou de corruption. Ils considèrent que les institutions doivent les protéger. Cette classe a une fonction : défendre les intérêts de la classe. Ils ne peuvent pas penser en termes moraux, de culpabilité, cela ne les habite pas. La culpabilité, ça, c’est pour nous ! Eux, ils font leur job de prédation. C’est plus fort que de la corruption, que du vol : on bouffe les autres.

Michel Pinçon : Ce sont des gens aimables, propres sur eux, qui présentent bien, mais ont souvent des casseroles. La sous-évaluation des biens pour les impôts ou l’évasion fiscale, cela va de soi ! Ils estiment qu’ils ont suffisamment travaillé, ils ont hérité de leur parents, ils ont fait fructifier, on ne va pas venir le leur prendre... Il y a une logique dynastique dans cette accumulation. Le fait de transmettre aux enfants, de continuer la dynastie (ou de la fonder). Ils font venir les enfants l’été pour les former dans l’entreprise familiale.

  1. P.-C. : Un peu comme dans l’affaire Fillon…
  2. P. : Malgré les conflits entre eux, cette classe bourgeoise est solidaire sur le fond. L’analyse en terme de classe sociale, ce n’est pas une foutaise, un truc d’autrefois. Il y a une classe bourgeoise qui existe par son niveau de richesses, la propriété des moyens de production, matérielle, mais aussi par la conscience qu’elle a d’elle-même. Et par le fait de veiller au grain pour que ça dure.

On peut comprendre pourquoi ceux-ci votent pour François Fillon. Mais pourquoi les classes populaires votent-elles pour des responsables qui ne leur ressemblent pas ? Dont les intérêts semblent contradictoires avec les intérêts de la classe populaire, comme pour Donald Trump ?

  1. P. : Cela n’a pas été toujours le cas. Dans la période après guerre, le Parti communiste représentait une force sociale considérable. Il y avait notamment chez les ouvriers une conscience de l’existence de classes, de leur appartenance à une classe qui ne possède pas les moyens de production. La chute de l’URSS a été vécue comme l’échec des espoirs de fonder une société qui fonctionne autrement. Avec la destruction de la conscience de classes, l’expression politique peut aller vers des choix non conformes aux intérêts des classes populaires.
  2. P.-C. : Quand Ernest-Antoine Seillière a pris les rênes du Medef [de 1998 à 2005, ndlr], il a procédé à une « refondation sociale », c’est-à-dire une inversion de la théorie marxiste de la lutte des classes : les riches sont devenus des « créateurs de richesses ». Et les ouvriers, qui sont les créateurs de richesses et de plus-value selon la théorie marxiste, sont devenus des « charges » et des variables d’ajustement. C’est un processus de déshumanisation très fort. Les ouvriers qui votent pour le Front national sont des gens perdus, qui ne comprennent pas ce qui leur est arrivé. Ils votent d’ailleurs pour Le Pen en disant : « On va peut-être se faire avoir, mais on aura tout essayé ». Et ils ne vont pas être déçus ! Car Le Pen, c’est la dernière alternance de l’oligarchie.

Le Front national a un discours virulent contre les « élites » françaises. Il participe selon vous de cette oligarchie qu’il dénonce ?

  1. P.-C. : Le Front national, c’est une dynastie familiale. Une dynastie des beaux quartiers, avec de l’argent, des biens immobiliers, une famille assujettie à l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Une dynastie avec un rapport très décomplexé à l’argent public et qui traine ses casseroles : sous-déclaration des biens au fisc, emplois fictifs, surfacturation des frais de campagnes pour prendre du fric à l’État. On est bien dans le registre de l’oligarchie, de la délinquance en col blanc. C’est une dynastie familiale devenue parti politique, avec trois générations, un phénomène de népotisme assez unique en France. Autre élément, dont parle peu la presse, la forte présence d’anciennes familles de la noblesse parmi les hauts dirigeants du FN.

Marine Le Pen a un discours très critique envers l’oligarchie européenne, mais elle contribue à préserver l’opacité de sa bureaucratie ! Les gens ignorent tout des votes de Marine Le Pen : sur la question de l’évasion fiscale, elle s’est opposée à la création d’une commission d’enquête sur les Panama Papers. Deux de ses proches, Frédéric Châtillon et Nicolas Crochet, sont épinglés comme possédant des comptes offshore, selon les Panama Papers. Les eurodéputés du FN ont aussi voté pour le secret des affaires. Mais Marine Le Pen feint toujours de se bagarrer contre l’opacité de la bureaucratie européenne... C’est une imposture (lire notre enquête « Au Parlement européen, les votes méprisants du FN et de Marine Le Pen à l’égard des travailleurs »)

Pourquoi ces éléments sont peu relevés par les médias ?

  1. P.-C. : Parce que les médias ne font pas leur travail. Depuis trente ans, la classe oligarchique a ouvert un boulevard au Front national. Celui-ci a pour stratégie de casser la gauche radicale, de la détourner, de prendre sa parole, son programme, ses électeurs. Résultat : les gens ne comprennent plus rien.

Comment situez-vous Emmanuel Macron ? Vous dites qu’il a réussi un tour de passe-passe pour parvenir à faire croire qu’il n’est pas membre de cette oligarchie, malgré sa « parenthèse Rothschild » et ses liens avec le monde de la finance ?

  1. P.-C. : Emmanuel Macron, il est parfait. C’est l’oligarque parfait. Qui convient parfaitement aux familles sur lesquelles nous avons mené nos études sociologiques. Il n’est « ni de droite ni de gauche »...
  2. P. : … Donc « ni de gauche ni de gauche » !
  3. P.-C. : Voilà… Il représente la pensée unique. Nous sommes dans un monde orwellien, mais il n’y a plus besoin de parti unique : nous avons la pensée unique ! Emmanuel Macron en est un porte-parole absolument extraordinaire. Il connaît des gens dans tous les recoins de l’oligarchie. Il se fait financer par des banquiers anglo-saxons, américains, dont il refuse de donner les noms. Il veut supprimer l’ISF et affirme que c’est une mesure de gauche... Quand on analyse ses discours, on se rend compte que c’est un vide absolument abyssal. C’est pour nous la caricature du conformisme qui se transforme en une espèce de « progressisme radieux » et fallacieux.
  4. P. : Il peut faire illusion. L’illusion de la capacité, de l’expérience. Il apparaît comme un changement serein. Mais il propose une régression sociale sans précédent.

D’où vient son succès ? De l’attrait du « neuf » ?

  1. P.-C. : C’est plus grave que cela. Il peut être le levier pour l’oligarchie mondialisée, celle qui se cache derrière l’idée de mondialisation pour mieux faire passer la marchandisation généralisée de la planète. Macron serait du bon côté du manche. Et un élément décisif. Nous sommes passés à une étape de plus vers un totalitarisme qui ne dit pas son nom. Nicolas Sarkozy et François Hollande n’ont pas tenu leurs promesses : les responsables politiques mentent. Mais là, avec Macron, on est passé au foutage de gueule : « Je ne prends même pas la peine de faire un programme parce que de toute façon je ne le tiendrai pas ». Cela montre à quel point on méprise le peuple. C’est une violence de plus à l’égard des classes populaires et moyennes.

Vous affirmez dans votre ouvrage que « les prédateurs au pouvoir ont fait main basse sur notre avenir ». Quelles sont leurs motivations ? Qu’est-ce qui pousse les plus riches à ces comportements de prédation ?

  1. P.-C. : Il ne s’agit pas d’accumuler pour accumuler. L’argent est devenu une arme pour asservir les peuples. En ne payant plus d’impôts, ils construisent le déficit et la dette – qui n’a pas vocation à être remboursée : c’est une construction sociale, comme le « trou de la sécurité sociale ». Ils spéculent sur le réchauffement climatique et accélèrent la marchandisation de la planète. On spécule même sur le travail social, comme l’accompagnement des sans-abri, qui devient un nouveau marché financier, avec la création des « contrats à impact social ». C’est une destruction de tout ce qui peut ressembler à de la solidarité sociale, par ces oligarques, par le système capitaliste.

La seule raison de vivre des nantis est « l’enrichissement, les pouvoirs qui lui sont liés et l’euphorie de vies hors du commun », écrivez-vous…

  1. P. : Un des gains importants est la création d’une dynastie. C’est quelque chose qui a des effets un peu magiques. Cela donne une immortalité symbolique. Vous avez des rues de Paris qui porte votre nom de famille...
  2. P.-C. : La reproduction des privilèges passe par les familles, par la transmission au sein de la confrérie des grandes familles. On a fait la Révolution il y a plus de deux siècles, mais ce sont encore des grandes familles qui tiennent les rênes de presque tous les secteurs d’activité. La bourgeoisie a singé la noblesse après la Révolution et a inscrit les privilèges et richesses dans le temps long de la dynastie.

La situation peut-elle s’améliorer ?

  1. P.-C. : On nous dit que la richesse des plus riches bénéficie à tous. Mais cette « théorie du ruissellement » fait partie de la guerre idéologique ! Le fossé s’élargit chaque jour davantage entre la classe dominante et les autres classes. L’ascenseur social n’existe plus. Il y a un antagonisme irréductible, qui appelle à un changement radical, à une révolution. Il faut que les titres de propriété leur soient enlevés ! Et que ceux qui travaillent dans les entreprises prennent les rênes et les responsabilités.
  2. P. : La situation est pire qu’avant car il n’y a plus d’unité populaire en face du pouvoir de l’argent. Si Emmanuel Macron est élu, cela risque de s’aggraver encore, car c’est un faux-semblant. Il est perçu comme le Messie…
  3. P.-C. : … alors que c’est le baiser du diable. Et que cette violence de classe atteint les gens dans leur être profond. Nous ne sommes pas du tout dans le « tous pourris ». Ce que nous disons, c’est qu’il faut prendre le problème dans sa globalité, puisque tout est lié : évasion fiscale, réchauffement climatique... Nous voulons mettre en lumière le fonctionnement d’une classe sociale, propriétaire des moyens de production et prédatrice du travail d’autrui. Car c’est vraiment une guerre de classes que mènent les plus riches contre les peuples.

 

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

21 avril 2017 - Bastamag

23/04/2017

Hani Abbas - the Mad elections

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01/04/2017

Turquie : le jour où commença la guerre civile pr Tieri Briet

Peut-être que ça commence comme ça, une guerre civile ? Celle que nous sommes si nombreux à redouter, celle dont tout le monde a tellement peur à Istanbul. Peut-être que ça commence sans prévenir, d’un coup de couteau à l’étranger, dans un bureau de vote à l’intérieur d’une ambassade.Là où les exilés de Turquie peuvent voter eux aussi lors du référendum portant sur une réforme de leur Constitution. Peut-être que ça commence par une série de coups de couteaux, par des insultes et par une femme âgée qui s’interpose, appelant au calme avant d’être poignardée à son tour ?

Alors hier, la guerre civile qui menace la Turquie a commencé en dehors de ses frontières, au cœur de la capitale européenne, dans un des beaux quartiers de Bruxelles. Le peu de détails qu’en rapportent les journaux belges n’apporte pas vraiment de précisions. Nous savons tous à quel degré de haine sont arrivés les Turcs à présent, chauffés à blanc par un gouvernement qui s’obstine à nier les droits humains des opposants et des minorités. Et je repense au texte de Simon Abkarian, le comédien, dans le Libé des écrivains du 22 mars  : «Mon père me disait que “les Turcs n’existent que par le glaive et pour le glaive. Quand ils auront tué tous les Non-Turcs, ils se mangeront eux-mêmes et se battront avec leurs ombres.” J’ai toujours cru que mon père se trompait, qu’aucun peuple ne porte en lui le gène de la violence. Pourtant, nous y sommes. Ces purges sont les prémices d’un massacre à venir. » Impossible d’oublier ses phrases qui m’avaient fait froid dans le dos.

La guerre civile des peuples de Turquie a donc commencé vers seize heures, jeudi 30 mars à Bruxelles. Devant l’ambassade de Turquie. Avec un couteau, des insultes et une barre de fer. Pourtant, nombreux sont ceux qui ont donné l’alarme ces derniers mois. A commencer par Garo Paylan, un député du HDP d’origine arménienne. C’était en mars 2016 qu’un journaliste français, Olivier Pascal-Mousselard, recueillait ses paroles : « Tout cela annonce peut-être le début d’une grande guerre intérieure. Car les Arméniens n’avaient pas de fusil et n’étaient pas organisés. C’est tout le contraire avec les Kurdes. »

Début septembre, c’était au tour de l’écrivain Ahmet Nesin, qui a fui la Turquie et demandé l’asile politique à la France en août 2016. Le 2 septembre, il déclarait à un journaliste suisse, pour Le Courrier  : « Je crains une guerre civile en Turquie. » Peut-être n’avons-nous pas fait suffisamment attention. C’était la fin de l’été et nous avions encore un peu la tête ailleurs.

Pourtant, le lendemain, le 3 septembre, c’était un autre écrivain, Nedim Gürsel, qui décidait d’enfoncer le clou dans Le Point : « Il y a un risque de guerre civile en Turquie », disait-il à Valérie Marin la Meslée. Peut-être que nous étions devenus sourds et aveugles. Anesthésiés depuis longtemps face à l’idée qu’une guerre civile devienne le seul destin de ce pays, puisqu’il était tombé aux mains des Musulmans.

Au même moment, le romancier Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006, prenait le relais et donnait une tribune à La Repubblica, un journal italien : « Désormais la liberté de pensée n’existe plus. Nous sommes en train de nous éloigner à toute vitesse d’un État de droit vers un régime de terreur. »

En décembre, du fond de sa prison des femmes, c’était Aslı Erdoğan qui nous mettait en garde« Mon sentiment est que la crise récente en Europe, déclenchée par les réfugiés et les attaques terroristes, n’est pas seulement politique et économique. C’est une crise existentielle que l’Europe ne pourra résoudre qu’en ressaisissant les nations qui la composent. »

Difficile d’être plus clair : « De nombreux signes indiquent que les démocraties libérales européennes ne peuvent plus se sentir en sécurité alors que l’incendie se propage à proximité. La “crise démocratique” turque, qui a été pendant longtemps sous-estimée ou ignorée, pour des raisons pragmatiques, ce risque grandissant de dictature islamiste et militaire, aura de sérieuses conséquences. Personne ne peut se donner le luxe d’ignorer la situation, et surtout pas nous, journalistes, écrivains, académiciens, nous qui devons notre existence même à la liberté de pensée et d’expression. »

Peut-être n’avons-nous pas su lire ces écrivains turcs. Leur lucidité, leur vigilance les a poussés à nous donner l’alerte en publiant dans nos journaux, en nous ouvrant les yeux sur un cauchemar que nous faisons semblant de ne pas comprendre. Aslı Erdoğan pèse ses mots quand elle parle d’une « dictature islamiste et militaire » et de ce « luxe d’ignorer la situation » quand on est journaliste ou écrivain, « nous qui devons notre existence même à la liberté de pensée et d’expression. »

Et maintenant, à l’heure des premières étincelles d’une guerre civile qu’annoncent depuis des mois les grandes voix de la littérature en Turquie, qu’allons-nous faire pour empêcher la guerre civile de se propager, au moment du référendum qui aura lieu le dimanche 16 avril 2017 ? Les discours délirants du président Erdogan, les menaces et les appels à la haine de ses ministres, les incitations au meurtre que les imams profèrent dans les mosquées sont bien assez violents pour mettre le pays à feu et à sang. Alors qu’allons-nous faire ?

Hier, une guerre civile a commencé en Europe, appelée par une « dictature islamiste et militaire » qui n’a pas cessé d’envoyer ses journalistes et ses écrivains en prison. Alors qu’attendons-nous pour utiliser la presse et la littérature pour faire barrage, pour empêcher la guerre civile qui vient crier sa violence dans la capitale de l’Europe ? Pourquoi ne répondons-nous pas à Aslı Erdoğan, quand elle nous annonce que « les démocraties libérales européennes ne peuvent plus se sentir en sécurité alors que l’incendie se propage à proximité. » C’était en décembre. Nous sommes en mars. L’incendie a traversé les frontières. Il est grand temps de répondre à Aslı, si nous ne voulons pas seulement compter les morts.

Image à la une : Détail du tableau de Zehra Doğan “Cri”, “Hawar” en kurde, l’exposition intitulée “141” actuellement en place à Diyarbakır… - voir l'article sur le site source : http://www.kedistan.net/2017/03/31/le-jour-ou-commenca-la...

 


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Né en 1964 dans une cité de Savigny-sur-Orge où il grandit à l'ombre d'une piscine municipale, Tieri Briet vit aujourd'hui à Arles, au milieu d'une famille rom de Roumanie dont il partage la vie et le travail. Il a longtemps été peintre avant d'exercer divers métiers d'intermittent dans le cinéma et de fonder une petite maison d'édition de livres pour enfants. Devenu veilleur de nuit pour pouvoir écrire à plein temps, il est aussi l'auteur d'un récit sur les sans-papiers à travers les frontières, « Primitifs en position d'entraver », aux éditions de l'Amourier, de livres pour enfants et d'un roman où il raconte la vie de Musine Kokalari, une écrivaine incarcérée à vie dans l'Albanie communiste, aux éditions du Rouergue. Père de six enfants et amoureux d'une journaliste scientifique, il écrit pour la revue Ballast et Kedistan, et voyage comme un va-nu-pieds avec un cahier rouge à travers la Bosnie, le Kosovo et la Grèce pour rédiger son prochain livre, « En cherchant refuge nous n'avons traversé que l'exil ».
 


Blog perso : Un cahier rouge

27/02/2017

Pour un bout de papier - Emission du 17 février 2017 - Travail social et Délit de solidarité

 

dimanche 26 février 2017 par CLIME |

Sans frontière ni nation, l’émission Pour un bout de papier vous propose en février de discuter du soutien aux migrants migrantes : Du délit de solidarité qui criminalise l’entraide aux transformations du travail social dans les centres d’accueil des migrant.e.s.

Au sommaire cette semaine :

1 . Les nouvelles du Centre de rétention administrative de Cornebarieu
2 . Travail social ou flicage ? Les travailleuses sociales prennent la parole. En quoi consiste le travail social dans les centres d’accueil et d’orientation mis en place à la suite de l’expulsion de Calais ?
3. Qu’est ce que le délit de solidarité ? Histoire et actualité d’un concept juridique.
4 . Rencontre avec les membres de l’association Amigrants de Cahors.

En complément d’infos :

Le blog DormiraJamais avec un dossier complet sur Denko Sissoko

Un lien Arte (émission de une heure sur Denko Sissoko, les structures pour mineurs isolés étrangers avec des témoignages)

Réécouter l’émission :

http://www.canalsud.net/?Pour-un-bout-de-papier-Emission-...

 

 

 

22/01/2017

Le Louvre et les grands musées sont-ils sous l’influence de l’industrie pétrolière ?

 

par Olivier Petitjean  Source : http://multinationales.org/ 

Attaquées pour leur rôle dans le réchauffement climatique, les majors du pétrole cherchent à redorer leur image, y compris par le mécénat culturel. Des groupes comme BP, Shell ou Total émargent au budget de grands musées comme le Louvre. Une action désintéressée ? Pas totalement, parce que ces opérations de mécénat leur apportent des avantages en termes de fiscalité et de relations publiques. Dans certains cas, on observe même un lien direct entre les expositions proposées par ces musées et les priorités stratégiques des firmes pétrolières qui les financent. En Grande-Bretagne, les militants pour le climat ont réussi à enrayer la machine. Qu’en est-il de ce côté-ci de la Manche ?

En décembre 2015, alors que la Conférence sur le climat (COP21) bat son plein à Paris, des militants vêtus de noir pénètrent dans la Pyramide du Louvre et déversent de la mélasse sur le sol de marbre pour figurer une marée noire. Leur objectif ? Dénoncer le partenariat financier noué entre le prestigieux musée et deux firmes pétrolières, l’italienne Eni et la française Total. À l’extérieur, des activistes brandissent des parapluies noirs marqués de lettres blanches, pour former le slogan Fossil Free Culture (« culture sans énergies fossiles »).

Un grand nombre de ces militants sont britanniques, et leur action s’inscrit dans une campagne beaucoup plus virulente et beaucoup plus médiatisée outre-Manche, ciblant les partenariats des grandes institutions culturelles du Royaume-Uni avec les deux firmes pétrolières « nationales », BP et Shell. Cette campagne ne cesse de prendre de l’ampleur, avec le soutien d’artistes, sous la bannière de la coalition Art Not Oil. Avec quelques succès à la clé. Le Science Museum de Londres a mis fin à ses relations avec Shell, après la révélation d’une tentative d’influence de la firme pétrolière sur le contenu d’une exposition sur le changement climatique en 2015. Surtout, la Tate – institution chapeautant plusieurs musées, dont Tate Modern et Tate Britain –, particulièrement ciblée par les militants, a mis fin à ses relations avec BP après 26 ans de partenariat.

Climat : les opérations marketing de Total

Une dynamique équivalente peut-elle voir le jour en France ? C’est le pari que fait le mouvement pour le désinvestissement des énergies fossiles, sous la bannière de l’organisation 350.org, en lançant aujourd’hui une campagne appelant le Louvre à couper tout lien avec les firmes pétrolières en général et avec Total en particulier. « Les géants du charbon, gaz et pétrole, sponsorisent massivement le monde des arts, dénonce 350.org. Pour quelques milliers d’euros, ils achètent l’image de marque et la légitimité sociale de l’institution à laquelle ils se lient. Ainsi, ils détournent l’attention de leurs activités climaticides et des abus contre les droits de l’homme auxquels ils se livrent à travers le monde. » Pour ces militants, l’objectif est donc de « détruire la crédibilité et la légitimité de l’industrie des énergies fossiles auprès des décideurs et de l’opinion », comme l’explique May Boeve, directrice exécutive de 350.org, afin de les rendre aussi « infréquentables » que le sont devenus, dans la passé, les firmes faisant affaire avec l’Afrique du Sud de l’apartheid, ou celles impliquées dans l’esclavage au XIXe siècle.

Confrontées à ces campagnes ainsi qu’aux questions de plus en plus insistantes de certains investisseurs, les majors pétrolières se donnent du mal pour lisser leur image. Pour éviter le dépôt d’une motion d’actionnaires lors de son Assemblée générale 2016, la direction du groupe Total a publié une « stratégie climat », dans laquelle elle s’efforce de montrer que son activité reste compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. L’analyse de ce document effectuée par l’Observatoire des multinationales, en collaboration avec 350.org, montre cependant qu’il s’agit fondamentalement d’une opération de marketing (lire la version complète de cette note). Total cherche surtout à légitimer la poursuite, pour les décennies à venir, d’investissements massifs dans l’exploitation de nouveaux gisements de pétrole et de gaz, au moyen de nombreuses omissions et tours de passe-passe [1]. Les quelques annonces concrètes en matière d’énergies « nouvelles » paraissent marginales au regard des milliards de dollars consacrés par Total au pétrole et au gaz, et recouvrent souvent en réalité des technologies contestées et bien peu « vertes », comme les agrocarburants ou la capture-séquestration du carbone.

La fondation Total, omniprésente au musée du Louvre

La « stratégie climat » publiée par Total apparaît donc surtout comme un document de communication destiné à rassurer à la fois les investisseurs, ses propres employés, et les pouvoirs publics. Mais aussi les divers partenaires auxquels elle est associée via sa fondation d’entreprise, au premier rang desquels le Louvre. Depuis longtemps déjà, les grandes institutions culturelles françaises sont activement encouragées à recourir au mécénat des entreprises privées pour compenser la baisse des crédits publics. Nul établissement, à part le château de Versailles, n’a poussé cette logique aussi loin que le Louvre, en particulier sous la longue présidence de Henri Loyrette de 2001 à 2013.

Total est apparu d’emblée comme un partenaire central de cette nouvelle orientation. L’entreprise a financé plusieurs opérations d’envergure : la restauration de la Galerie d’Apollon (2004), la création du département des arts de l’Islam (2012), ou encore l’ouverture du Louvre-Lens (2012). Les montants investis par la firme ne sont généralement pas rendus publics. Mais dans le document de « Remerciement aux mécènes » pour l’année 2015, la fondation Total est omniprésente : en tant que membre fondateur du « Cercle Louvre entreprises » ; pour le financement de plusieurs expositions ; pour avoir financé la « Petite Galerie » (un nouvel espace créé en 2015 et destiné au jeune public) ; au titre des « projets scientifiques, restaurations et publications » ; et enfin, au titre des « programmes éducatifs et sociaux ». Seule Eni, autre entreprise pétrolière, peut se targuer d’une telle présence [2].

Et ces relations étroites ne s’arrêtent pas là, puisque Thierry Desmarest, ancien PDG et président d’honneur de Total, a longtemps siégé au conseil d’administration du musée, sur nomination du ministère de la Culture, aux côtés d’un autre grand patron, Henri de Castries, d’Axa. Une pratique très répandue dans les institutions culturelles françaises [3] : c’est ainsi par exemple que le conseil d’administration du Musée d’Orsay compte parmi ses membres la présidente de Coca-Cola Europe, que celui du Musée Rodin accueille Yannick Bolloré, fils de Vincent et PDG du groupe de conseil en communication Havas, ou encore celui du Palais de Tokyo une cadre dirigeante d’Engie.

Diplomatie pétrolière

Une partie des activités de mécénat de la fondation Total – le groupe ne s’en cache pas – est en relation directe avec les activités commerciales de l’entreprise. L’une des principales thématiques de cette fondation, les océans et la biodiversité, concerne directement Total en tant qu’opérateur offshore. La firme pétrolière affiche également son désir de valoriser la culture des pays dans lesquels elle opère, à travers des actions culturelles où elle joue à la fois un rôle de financeur et un rôle d’intermédiaire avec les autorités des pays concernés. « Ce qui est intéressant, c’est d’utiliser la culture pour mieux comprendre les communautés avec lesquelles on travaille. L’action de Total sera d’autant plus pérenne que les communautés avec lesquelles nous traitons se sentiront respectées », se justifiait il y a quelques années Catherine Ferrant, déléguée générale de la fondation Total, à Jeune Afrique.

Grand mécène du Musée du quai Branly depuis 2009, la fondation Total a ainsi soutenu pas moins de dix expositions, pour la plupart centrées sur les arts africains (Côte d’Ivoire, Nigeria, Congo), auxquelles s’ajoutent une exposition sur « Les Arctiques » en 2010 et une sur la Papouasie Nouvelle-Guinée en 2016. Autant de contrées où Total a des activités. Même constat pour l’exposition « Angola, Figures du pouvoir » en 2011 au Musée Dapper à Paris.

Le Louvre est un partenaire de choix pour de telles opérations, particulièrement lorsqu’elles s’inscrivent également dans les priorités diplomatiques du gouvernement français. L’année 2010 a été riche de ce point de vue, avec l’exposition « Sainte Russie » sponsorisée par Total, GDF Suez et Gazprom, dans le cadre de l’Année de la Russie en France. Puis, quelques mois plus tard, « Routes d’Arabie », sponsorisée par Total et la compagnie pétrolière nationale saoudienne Aramco. Au même moment, Total et Aramco finalisaient leur projet de construction d’une raffinerie géante à Jubail, à l’Est de l’Arabie saoudite. À une moindre échelle, la fondation Total a aussi soutenu l’exposition de 2015 sur « L’épopée des rois thraces », réalisée en partenariat avec la Bulgarie – au moment même où Total s’apprêtait à lancer des forages pétroliers et gaziers au large des côtes bulgares en Mer noire.

Des expositions sous influence

En Grande-Bretagne, les militants de Art Not Oil ont mis en lumière des documents suggérant que BP a utilisé son tel mécénat à des fins diplomatiques, et même directement influencé certains choix muséographiques. BP a ainsi financé l’acquisition d’une œuvre d’artistes aborigènes australiennes incluse dans une exposition du British Museum, à un moment où elle était au centre des critiques en Australie du fait de ses projets de prospection offshore dans la Grande Baie Australienne – des projets qu’elle vient d’abandonner.

La même entreprise a financé au printemps 2016, toujours au British Museum, l’exposition « Villes englouties : les mondes perdus de l’Égypte », présentant des découvertes archéologiques récentes dans le delta du Nil, alors même qu’elle était en négociation avec le gouvernement égyptien sur le lancement de forages gaziers dans la même zone. Cette exposition avait été présentée précédemment à Paris à l’Institut du monde arabe sous le titre « Osiris, mondes engloutis d’Égypte », avec le soutien de… la fondation Total ! Dans le communiqué de presse de lancement de l’exposition, l’ambassadeur égyptien en Grande-Bretagne y va d’ailleurs franco : « Nous remercions nos partenaires au Royaume-Uni, comme BP, de travailler avec nous à l’exploitation de nos ressources pour développer notre économie. » Qui a dit qu’art et business ne faisaient pas bon ménage ?

Intentions douteuses

En France, ces pratiques ne sont l’apanage exclusif de Total. Le Musée du Quai Branly, soutenu par de nombreuses fondations d’entreprises, a parfois défrayé les chronique par ses choix peu judicieux. Ce fut notamment le cas en 2011 pour une grande exposition sur la civilisation Maya, sponsorisée par l’entreprise pétrolière franco-britannique Perenco, qui exploite des gisements pétroliers au Guatemala, en zone maya, dans des conditions très controversées (lire notre article). La presse s’en est alors largement fait l’écho.

Les musées français jurent la main sur le cœur que les fondations qui les soutiennent ne se mêlent pas de leurs choix muséographiques, mais ne semblent pas immunisés contre des pratiques similaires à celles mises au jour en Grande-Bretagne. « Les mécènes sont très à cheval sur la liste des œuvres retenues pour une exposition », confiait ainsi au Monde la directrice du mécénat du Quai Branly.

Privatisation d’espaces et location de la « marque »

« Une forte visibilité en tant qu’entreprise citoyenne », « des relations publiques de prestige », « une opportunité de valoriser la culture d’entreprise en interne », sans oublier « des avantages fiscaux substantiels ». C’est ainsi que le Louvre essaie d’attirer les entreprises sur son site internet dédié, louvremecenat.fr. De nombreuses contreparties matérielles sont offertes aux généreux donateurs. Selon les services du Louvre, elles représentent jusqu’à 25% des sommes versées par ces donateurs. Si l’on y ajoute les 60% de déduction fiscale [4] permis par le régime juridique des fondations d’entreprise, ce ne seraient en fait que 15% des dons qui seraient « à charge » pour les mécènes. Parmi les avantages offerts, la gratuité pour tous les salariés des entreprises donatrices. Au moment même où cette mesure a été instaurée en faveur des employés de Total, la direction du Louvre essayait – en vain, à cause de la levée de boucliers – de revenir sur la gratuité pour les artistes et les enseignants. Tout un symbole.

Les bénéfices réels pour le Louvre de cette politique sont très difficiles à évaluer en l’absence de chiffres précis. En 2015, le mécénat d’individus ou d’entreprises a rapporté au Musée 16 millions d’euros, loin derrière les subventions publiques (99 millions) et la billetterie (61 millions). Encouragé par l’État, le Louvre a aussi développé un politique extensive de privatisation de ses espaces – y compris le Jardin des Tuileries, géré par l’établissement du Louvre – pour abonder ses caisses. En 2015, ces activités ont généré 15 millions de revenus.

L’opération « Louvre Abou Dhabi », négociée au plus haut niveau, représente un nouveau pas franchi dans cette logique de commercialisation : la « location » du nom du Louvre pour trente ans aux Émirats arabes unis rapportera 400 millions d’euros au musée, à quoi s’ajouteront un autre milliard à partager avec d’autres institutions françaises pour le prêt d’œuvres à l’émirat. Une manne dont le Louvre s’est servie pour se créer un « fonds de dotation », placé sous l’égide d’un conseil où figurent plusieurs dirigeants d’Axa.

« Nous ne sommes pas là pour soupçonner les gens fortunés »

Il y a aussi des abus retentissants. Ce sont par exemple les « publi-expositions » organisées par le Louvre en partenariat avec des entreprises du secteur du luxe, comme avec l’horloger Breguet en 2009. Mais le plus grand scandale à ce jour reste « l’affaire Ahae », du nom de ce leader de secte sud-coréen qui a réussi, moyennant des dons sonnants et trébuchants, à faire exposer ses photographies de qualité anodine dans le jardin des Tuileries, puis dans le pavillon de l’Orangerie à Versailles. Les directeurs des deux institutions se sont fendus de préfaces dithyrambiques pour le catalogue officiel de ces deux expositions, entièrement financées par Ahae, mais présentées comme des expositions officielles. Quelques mois plus tard, le pot aux roses est révélé grâce à une enquête du journaliste Bernard Hasquenoph [5].

L’affaire fit scandale jusqu’en Corée du Sud où le naufrage dramatique d’un ferry appartenant à Ahae a provoqué au même moment des dizaines de morts, parmi lesquels de nombreux adolescents. Suite à ces événements, le ministère de la Culture a proposé la mise en place d’une charte éthique du mécénat. Le Musée du Louvre s’était pourtant déjà doté d’une telle charte au début des années 2000 [6], laquelle n’a manifestement pas servi à grand chose.

Jusqu’ici, ce sont surtout les problématiques fiscales liées au mécénat qui ont retenu les critiques. N’y a-t-il pas en effet une certaine schizophrénie de la part de l’État à se priver d’un côté de ressources – avec les déductions fiscales pour encourager le mécénat privé – tout en réduisant de l’autre côté les subventions qui permettent le fonctionnement des institutions culturelles, sous prétexte de contraintes budgétaires ? À quelques exceptions près, l’origine des fonds privés, qui prennent une place de plus en plus importante dans les institutions culturelles, n’a pas suscité de débats. « Nous ne sommes pas là pour soupçonner les gens fortunés », s’est défendue la présidente de l’Établissement du Château de Versailles, Catherine Pégard, suite au scandale Ahae.

Pour les militants de 350.org, il est temps de se poser la question beaucoup plus sérieusement, car c’est la vocation même de ces institutions qui peut s’en trouver dénaturée : « Le Musée du Louvre a une responsabilité morale incontournable face à la crise climatique, en tant que courroie de transmission entre les civilisations et les cultures, mais aussi en tant que lieu d’éducation. Ses partenariats avec Total et Eni entrent en contradiction avec ses missions. »

Olivier Petitjean

— 
Photo : Human Cost, Duveen Gallery, Tate Britain. Action et performance organisée en 2011 par Liberate Tate, pour l’anniversaire de la marée noire du Golfe du Mexique provoquée par une plate-forme pétrolière de BP. Durée 87 minutes, une minute par jour de pollution.

[1Par exemple, le fait que les scénarios énergétiques sur lequel se base Total suppose un déploiement massif du nucléaire et des technologies (non prouvées, coûteuses et risquées) de capture-séquestration du carbone. Ou encore la manière dont Total escamote le débat sur les émissions de gaz à effet de serre du gaz de schiste en se référant à une étude réalisée par le Ciraig, et dont les conclusions réelles sont étrangement éloignées de ce qu’en tire la firme française pour sa communication (voir sur ce sujet la note de l’Observatoire des multinationales).

[2Le Louvre, que nous avons contacté dans le cadre de la préparation de cet article, n’a pas répondu à nos sollicitations.

[3Voir la recension exhaustive réalisée par Bernard Hasquenoph sur son site spécialisé Louvre pour tous. Thierry Desmarest et Henri de Castries ont cédé leur place au CA du Louvre en 2014, seul ce dernier ayant été remplacé par une autre dirigeante d’Axa. De Castries reste impliqué dans le conseil d’administration du fonds de dotation du Louvre ainsi que dans la Société des Amis du Louvre.

[4Les entreprises peuvent détruire les fonds apportés à leurs fondations d’entreprise de leurs impôts à hauteur de 60%, dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires hors taxe, ce qui a été décrit comme « le dispositif fiscal le plus avantageux en Europe ». Dans le cas de Total, ces avantages fiscaux paraissent néanmoins marginaux par rapport aux autres mécanismes qu’elle peut mobiliser pour minimiser son ardoise fiscale.

[5Cf. son site « Louvre pour tous » et son livre Ahae. Mécène gangster, Max Milo, 2015.

[6À lire ici.

 

 

La détention des migrants, un business en pleine expansion

 

par Olivier Petitjean Source : http://multinationales.org/

 

Les centres de détention administrative de migrants sont de plus en plus nombreux en Europe et à ses frontières. Ils sont aussi de plus en plus privatisés, avec des conséquences négatives sur les conditions d’hébergement et les conditions de travail des employés, et plus largement sur le respect des droits et de la dignité humaine. En témoigne la récente révolte de migrants dans le centre de Cona, en Italie. De l’autre côté, des entreprises privées nationales ou multinationales profitent d’un marché estimé à un milliard d’euros par an.

Dans les premiers jours de janvier 2017, un groupe de migrants africains a retenu pendant quelques heures les employés du centre de détention de Cona, dans la région de Venise en Italie, et mis le feu à des meubles. Ils protestaient contre la surpopulation du centre, qui hébergeait alors environ 1500 personnes, et contre les mauvaises conditions d’accueil. La révolte a été déclenchée par le décès au centre de Sandrine Bakayoko, une Ivoirienne de 25 ans. Malade depuis plusieurs jours, elle n’aurait pas été pris en charge à temps.

Comme c’est souvent le cas en Italie, le centre de détention de Cona était géré par une « coopérative », appelée Ecofficina, qui faisait déjà l’objet d’une enquête administrative. La structure a en réalité très peu à voir avec l’économie sociale et solidaire ; Ecofficina semble avoir été créée expressément pour capter l’argent public consacré à la détention des migrants, sur fond de connivences politiques [1]. Déjà en 2014, le scandale « Mafia Capitale » avait mis en lumière le rôle de la mafia dans le secteur des centres de rétention en Italie, et la complicité de certains politiques.

Les événements de Cona illustrent aussi les conséquences de la tendance croissante à la privatisation de la gestion des centres de détention des migrants à travers tout le continent. Un rapport publié par Migreurop il y a quelques mois, intitulé La détention des migrants dans l’Union européenne : un business florissant, dresse un tableau alarmant. On comptait en 2015 260 centres de détention de migrants dans l’Union européenne, à quoi il faut en ajouter une centaine hors des frontières communautaires. Ce qui représente une capacité d’accueil théorique (largement dépassée dans les faits) de 50 000 personnes, et un budget de près d’un milliard d’euros par an. La détention administrative des migrants – dont les fondements juridiques sont problématiques, la plupart d’entre eux étant arrivés de manière légale – a aussi et surtout un « coût énorme pour les détenus en termes de droits et de dignité ou d’intégrité physique et mentale. (Tentatives de) suicides, automutilations, troubles psychiques, dépressions, mais aussi traitements dégradants, intimidations, agressions verbales et physiques, viols, etc. sont régulièrement recensés dans ces lieux d’enfermement. » Avec quelquefois des décès à la clé, comme celui de Jimmy Mubenga, un Angolais mort étouffé en 2010 dans l’aéroport Heathrow, entre les mains d’employés de l’entreprise G4S. Le tout pour une « efficacité » douteuse (du point de vue des politiques souhaitées par les gouvernements), puisque l’Union européenne estime que moins de 40% des détentions administratives donnent lieu à des reconduites à la frontière.

Multinationales de la détention de migrants

Mis à part au Royaume-Uni, qui dans ce secteur comme dans d’autres a poussé très loin la logique de privatisation, les centres de détention restent généralement gérés formellement par les pouvoirs publics, mais une partie de plus en plus importantes des « services » qu’ils impliquent (entretien, restauration, hôtellerie, voire accueil et conseil) sont sous-traités à des entreprises. Les prestataires sont encore souvent des entreprises nationales, mais de grands groupes internationaux spécialisés commencent à émerger. Des multinationales comme G4S, Serco ou Geo ont pris leur essor grâce aux privatisations britanniques et ont étendu leurs activités ailleurs dans le monde, comme en Australie, aux États-Unis, et désormais en Grèce pour G4S. La française Sodexo s’est également impliquée dans le secteur, vu comme une extension de ses activités dans les prisons. Gepsa, filiale d’Engie déjà très présente sur le marché de la détention des migrants (comme sur celui des prisons) en France, est également devenue leader en Italie à travers son partenariat avec l’« association culturelle » Acuarinto, et en proposant des tarifs de 20 à 30% inférieurs à ceux de ses concurrents.

En France, beaucoup de grands noms du CAC40 sont impliqués dans la détention des migrants. Outre Engie via sa filiale Gepsa, Bouygues est un autre acteur majeur du secteur, chargé de la construction des centres de rétention dans le cadre de contrats de PPP. En 2010, quatre travailleurs sans-papiers employés sur un chantier par une filiale du groupe de BTP ont été arrêtés par la police et placés en détention… dans le centre même qu’ils avaient contribué à construire. Veolia (pour le centre de rétention de Strasbourg) et Vinci (pour ceux de Marseille et de Sète) sont également sur le créneau, de même que le groupe de restauration collective Elior ou l’entreprise de nettoyage Onet.

‘Low cost’ et déresponsabilisation

La motivation derrière la tendance générale à la privatisation des centres de détention en Europe est on ne peut plus claire : une pression à la baisse sur les coûts, qui se répercute sur les conditions de détention. Dans le centre de détention de Rome, le modèle « low cost » proposé par Gepsa et Acuarinto pour obtenir le marché se serait notamment traduit par « une diminution de l’assistance psychologique auprès des détenus et de l’argent de poche qui leur est distribué, ainsi que par des manquements en matière de restauration et de santé ». La course à la réduction des coûts a également des conséquences sur les conditions de travail, comme l’a rappelé le mouvement social des employés du centre de rétention du Mesnil-Amelot en 2013. Enfin, la logique de privatisation renforce également la situation de non-droit dans laquelle se trouvent déjà de fait les migrants détenus, en diluant les responsabilités entre pouvoirs publics et prestataires privés. Illustration : G4S n’a pas du tout été inquiétée par la justice britannique suite à la mort de Jimmy Mubenga.

Est-il possible de faire mieux ? Un pays au moins, la Suède, a fini par renationaliser entièrement la détention administrative des migrants suite à une série d’abus chez les prestataires. Pas encore une situation idéale, mais sans doute une condition pour réintroduire un peu de droit et de dignité humaine dans un secteur qui s’enfonce rapidement dans la direction inverse.

Olivier Petitjean

 

[1Voir ici et .

 

 

 

 

09/01/2017

Comment la consomation des pays riches met en danger la biodiversité du monde entier

 

 

Le travail au-delà de l’emploi : comment rompre avec les politiques traditionnelles de lutte contre le chômage.

 

Source : LE MONDE |

 

Pierre-Yves Gomez signale que l’individu, contrôlé par « ceux qui détiennent le capital et la technologie », a été formaté « à ne considérer comme relevant du travail que le temps contrôlé par les entreprises ou les administrations. Au point de méconnaître le fait que, sur cent heures travaillées, un Français en effectue en moyenne une moitié comme salarié et l’autre sous des formes autonomes ou auto-organisées, domestiques, associatives ou collaboratives ».

La crise de ce modèle et la révolution technologique (et son corollaire uber) aidant, l’économiste imagine deux perspectives en forme d’alternative : la fondation d’une nouvelle société qui se fonderait sur le travail auto-organisé et indépendant ou une société dans laquelle les entreprises récupéreraient ces formes auto-organisées à leur profit, pour favoriser la flexibilité, avec pour conséquence un accroissement de la précarité.

Le philosophe Bernard Stiegler part du même constat, évoquant même ces « entreprises de prédation dont Uber est devenu le symbole » : « l’avènement du Web en 1993 aura eu la même portée économique et politique que l’avènement de la chaîne de montage de la Ford T en 1913. L’une comme l’autre auront bouleversé les économies industrielles », dit-il. Mais avec à la clef très peu d’emplois. Et l’hostilité à leur encontre des populations.

Redistribution

Il faut dès lors « revaloriser le travail » (progressivement éliminé par l’emploi salarié) « dans un contexte de dépérissement de l’emploi, ce qui signifie aussi qu’il faut redistribuer une part significative des gains de productivité issus de l’automatisation en rémunérant le travail hors emploi ».

Cette « économie contributive » « repose sur un revenu contributif conditionnel, comme l’est le régime des intermittents, complémentaire du revenu minimum d’existence, qui lui est en revanche inconditionnel ».

« La combinaison de ces deux nouvelles formes de redistribution, conçues comme deux aspects d’une nouvelle réalité macroéconomique et d’une nouvelle dynamique industrielle, rendra les économies contemporaines durables, désirables et capables de retrouver la rationalité qui leur fait désormais tellement défaut », conclut Bernard Stiegler.

Cette inquiétude liée à l’automation est partagée par l’économiste Roger Sue pour lequel « entre 40 % et 60 % des emplois seraient menacés à échéance d’une vingtaine d’années » et qui met en avant déstructuration et précarisation de l’emploi, sources de tensions sociales et politiques, dont témoignent les récentes élections, tant en Europe qu’aux Etats-Unis.

Des raisons d’espérer

Rejoignant l’analyse de M. Gomez sur l’opposition entre salariat et autres formes de travail, auto-organisées, Roger Sue constate que face au service public – santé, services à la personne, culture, environnement, etc. – incapable de répondre à la demande, « les associations et autres ONG sont devenues des acteurs économiques majeurs » où « l’emploi n’a cessé de s’y développer ».

Ce qui lui donne des raisons d’espérer : le travail ne manque pas. M. Sue voit plus une chance dans le succès de l’économie collaborative qui « permet l’extension des échanges de savoirs, savoir-faire, produits ou services ». Or, écrit-il, « une société plus dense et plus relationnelle génère plus de travail au sens large. Le centre de gravité de l’économie se déplace ainsi vers la société civile, où se développe une richesse inédite et méconnue qui s’oppose moins à l’économie marchande qu’elle ne la stimule en lui offrant talents et débouchés ».

Avant de conclure que « la politique de l’emploi devrait amplifier ce cercle vertueux pour ne laisser personne au bord du chemin et inciter à l’engagement et à la citoyenneté, valeurs associées au travail dès son origine » et promouvoir « le volontariat, entre bénévolat et salariat », qui « montre la voie, particulièrement avec le service civique ».
Pierre-Yves Gomez signale que l’individu, contrôlé par « ceux qui détiennent le capital et la technologie », a été formaté « à ne considérer comme relevant du travail que le temps contrôlé par les entreprises ou les administrations. Au point de méconnaître le fait que, sur cent heures travaillées, un Français en effectue en moyenne une moitié comme salarié et l’autre sous des formes autonomes ou auto-organisées, domestiques, associatives ou collaboratives ».

La crise de ce modèle et la révolution technologique (et son corollaire uber) aidant, l’économiste imagine deux perspectives en forme d’alternative : la fondation d’une nouvelle société qui se fonderait sur le travail auto-organisé et indépendant ou une société dans laquelle les entreprises récupéreraient ces formes auto-organisées à leur profit, pour favoriser la flexibilité, avec pour conséquence un accroissement de la précarité.

Le philosophe Bernard Stiegler part du même constat, évoquant même ces « entreprises de prédation dont Uber est devenu le symbole » : « l’avènement du Web en 1993 aura eu la même portée économique et politique que l’avènement de la chaîne de montage de la Ford T en 1913. L’une comme l’autre auront bouleversé les économies industrielles », dit-il. Mais avec à la clef très peu d’emplois. Et l’hostilité à leur encontre des populations.

Redistribution

Il faut dès lors « revaloriser le travail » (progressivement éliminé par l’emploi salarié) « dans un contexte de dépérissement de l’emploi, ce qui signifie aussi qu’il faut redistribuer une part significative des gains de productivité issus de l’automatisation en rémunérant le travail hors emploi ».

Cette « économie contributive » « repose sur un revenu contributif conditionnel, comme l’est le régime des intermittents, complémentaire du revenu minimum d’existence, qui lui est en revanche inconditionnel ».

« La combinaison de ces deux nouvelles formes de redistribution, conçues comme deux aspects d’une nouvelle réalité macroéconomique et d’une nouvelle dynamique industrielle, rendra les économies contemporaines durables, désirables et capables de retrouver la rationalité qui leur fait désormais tellement défaut », conclut Bernard Stiegler.

Cette inquiétude liée à l’automation est partagée par l’économiste Roger Sue pour lequel « entre 40 % et 60 % des emplois seraient menacés à échéance d’une vingtaine d’années » et qui met en avant déstructuration et précarisation de l’emploi, sources de tensions sociales et politiques, dont témoignent les récentes élections, tant en Europe qu’aux Etats-Unis.

Des raisons d’espérer

Rejoignant l’analyse de M. Gomez sur l’opposition entre salariat et autres formes de travail, auto-organisées, Roger Sue constate que face au service public – santé, services à la personne, culture, environnement, etc. – incapable de répondre à la demande, « les associations et autres ONG sont devenues des acteurs économiques majeurs » où « l’emploi n’a cessé de s’y développer ».

Ce qui lui donne des raisons d’espérer : le travail ne manque pas. M. Sue voit plus une chance dans le succès de l’économie collaborative qui « permet l’extension des échanges de savoirs, savoir-faire, produits ou services ». Or, écrit-il, « une société plus dense et plus relationnelle génère plus de travail au sens large. Le centre de gravité de l’économie se déplace ainsi vers la société civile, où se développe une richesse inédite et méconnue qui s’oppose moins à l’économie marchande qu’elle ne la stimule en lui offrant talents et débouchés ».

Avant de conclure que « la politique de l’emploi devrait amplifier ce cercle vertueux pour ne laisser personne au bord du chemin et inciter à l’engagement et à la citoyenneté, valeurs associées au travail dès son origine » et promouvoir « le volontariat, entre bénévolat et salariat », qui « montre la voie, particulièrement avec le service civique ».
 

A lire aussi :

France : « Une société de castes, où chaque groupe méprise l’autre et se sent méprisé », par Marion Fontaine, maître de conférences à l’université d’Avignon. Une dynamique d’humiliation et de mépris place les classes populaires en marge du débat politique. La gauche doit répondre à leur quête de reconnaissance et de fierté, estime l’historienne.

« Les querelles du PS sur la question économique sont aussi vieilles que le socialisme lui-même », par Mathieu Fulla, chercheur permanent au Centre d’histoire de Sciences Po. L’économie est pour le PS une arène politique dangereuse où se règlent les luttes intestines. Le sujet est source d’un embarras persistant, que la droite sait exploiter pour lui faire un procès en incompétence.

 

 

05/01/2017

Mahmoud Salameh (MS Graphic)

 

M. Salameh.jpg