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24/11/2017

Audre Lorde, poétesse humaniste

 

Audre Geraldine Lorde (1934 – 1992) est une femme de lettres américaine, engagée contre le racisme, le sexisme et l’homophobie.

D’Audrey à Audre

Audre Lorde

Fille de Linda Gertrude Belmar Lorde et Frederick Byron Lorde, Audrey Geraldine York nait le 18 février 1934 à Harlem, New York. Dernière de trois filles, elle est malvoyante et officiellement aveugle. Grandissant avec les récits de sa mère, originaire des Caraïbes, elle apprend à parler, lire et écrire vers l’âge de quatre ans.

Encore enfant, Audrey décide de supprimer le « Y » de son prénom, préférant l’assonance entre « Audre » et « Lorde » et s’appropriant sa propre identité. Vers l’âge de treize ans, elle écrit son premier poème. Après avoir obtenu son diplôme au lycée « Hunter College High School », elle perd sa meilleure amie, Genevieve Thompson, et cette perte la marque durablement.

L’indépendance

Quittant le domicile de ses parents, Audre gagne sa vie en exerçant divers métiers (travail en usine, assistante sociale, nègre littéraire…) tout en poursuivant ses études à l’université. Ces années, pendant lesquelles elle s’affirme comme lesbienne et poétesse, sont déterminantes pour elle. Rentrant à New York, elle poursuit ses études tout en continuant à écrire et en travaillant comme bibliothécaire. En 1961, elle obtient une maîtrise en sciences des bibliothèques.

En 1962, Audre épouse Edwin Rollins, un juriste avec qui elle a deux enfants : Elizabeth et Jonathan. Le couple divorcera en 1970. En 1966, Audre est nommée bibliothécaire en chef à la Bibliothèque de Town School à New York. Deux ans plus tard, elle part pour une année de résidence à l’université de Tougaloo dans le Mississippi. Elle y rencontre Frances Clayton, professeure de philosophie, qui devient sa compagne jusqu’en 1989.

La poésie d’Audre Lorde commence à être publiée dans les années 1960. En 1962, ses textes paraissent dans le recueil de Langston Hughes New Negro Poets, USA, puis dans des anthologies à l’étranger et dans des revues littéraires noires. En 1968, la Poet’s Press publie son premier recueil de poème, The First Cities. Deux ans plus tard, son deuxième recueil, Cable to Rage, aborde des thèmes liés à l’amour et à la maternité ; elle y confirme son homosexualité dans le poème « Martha ».

L’intersectionnalité

Audre milite activement contre le racisme, le sexisme et l’homophobie. Critique du féminisme de son époque, trop centré sur les réalités des femmes blanches de classes moyennes, elle s’attache à montrer que l’unité d’une catégorie de femmes est une illusion. Évoquant son expérience de femme noire et lesbienne, elle souhaite que ces différences et recoupements de discriminations soient reconnues, ce qui est décrit aujourd’hui par la notion d’intersectionnalité.

Dans le documentaire qui lui est consacré A Litany for Survival: The Life and Work of Audre Lorde, Lorde explique : « Let me tell you first about what it was like being a Black woman poet in the ‘60s, from jump. It meant being invisible. It meant being really invisible. It meant being doubly invisible as a Black feminist woman and it meant being triply invisible as a Black lesbian and feminist. » (« Laissez-moi vous dire à quoi ressemblait être une poétesse noire dans les années 60. Ça voulait dire être invisible. Ça voulait dire être vraiment invisible. Ça voulait dire être doublement invisible en tant que femme féministe noire et triplement invisible en tant que lesbienne noire et féministe. »)

En 1978, les médecins diagnostiquent un cancer du sein à Audre, qui subit une mastectomie. Six ans plus tard, on lui découvre un cancer du foie. Se concentrant sur ses travaux d’écriture, elle écrit sur sa maladie et en parle dans un documentaire. Le 17 novembre 1992, Audre Lorde décède après quatorze ans de lutte contre le cancer.

 

Source : https://histoireparlesfemmes.com/2014/02/19/audre-lorde-p...

 

 

Sister Outsider d’Audre Lorde : la poésie et la colère par Céline Perrin

Difficile de rendre compte sans une certaine frustration de ce Sister Outsider, recueil dense et intense des essais et propos d’Audre Lorde entre 1976 et 1983, traduits pour la première fois en français. Frustration de ne pas pouvoir rendre compte de tout, et notamment d’une prose poétique à la musique particulière, à la profondeur bouleversante et, parfois aussi, bousculante dans le miroir qu’elle tend. C’est pourquoi, plutôt que de parler de ou sur ces textes, j’ai souhaité au travers d’extraits donner à entendre, autant que possible, d’abord ses mots à elle.


Lesbienne féministe afro-américaine, écrivaine pour qui la poésie a longtemps été la seule manière possible de communiquer et de penser :


« Lorsque quelqu’un me demandait : ‹ Comment te sens-tu ? › ou ‹ À quoi penses-tu ? ›, ou posait de but en blanc une autre question, je récitais un poème, et l’émotion, la réponse vitale, se trouvait quelque part dans ce poème. (…) Mon besoin de dire les choses que je ne pouvais pas dire autrement quand je ne trouvais pas d’autres poèmes à utiliser, c’est ce qui m’a motivée à écrire. »

(Un entretien : Audre Lorde et Adrienne Rich, 88)

Lorde aborde dans ces écrits différentes dimensions structurantes de la vie des femmes – Noires et blanches, lesbiennes et hétérosexuelles – dans une amérique dominée par le sexisme, le racisme et l’homophobie.


« Racisme : croyance en la supériorité intrinsèque d’une race sur toutes les autres et ainsi en son droit à dominer. Sexisme : croyance en la supériorité intrinsèque d’un sexe et ainsi en son droit à dominer. Hétérosexisme : croyance en la supériorité intrinsèque d’une forme d’amour et ainsi en son droit à dominer. »

(« Égratigner la surface : quelques remarques sur les femmes et les obstacles à l’amour », 45)

Ce qui frappe peut-être le plus, une fois le recueil refermé, c’est la volonté de Lorde de rester fidèle, en chaque situation, à une identité aux facettes multiples, aux facettes contradictoires aussi, en raison des divers rapports de domination qui ont contribué à façonner cette identité, sans jamais taire l’une ou l’autre de ces facettes en dépit de l’hostilité qu’elles peuvent susciter. Dans « Transformer le silence en paroles et en actes », elle évoque cette nécessité absolue, dont elle a pris conscience avec violence alors qu’elle se croyait atteinte d’un cancer :


« Ainsi confrontée de force à l’éventualité de ma mort, à ce que je désirais et voulais de ma vie, aussi courte soit-elle, priorités et omissions me sont apparues violemment, sous une lumière implacable, et ce que j’ai le plus regretté ce sont mes silences. De quoi avais-je donc eu si peur ? (…) J’allais mourir, tôt ou tard, que j’aie pris la parole ou non. Mes silences ne m’avaient pas protégée. Votre silence ne vous protégera pas non plus. Mais à chaque vraie parole exprimée, à chacune de mes tentatives pour dire ces vérités que je ne cesse de poursuivre, je suis entrée en contact avec d’autres femmes, et, ensemble, nous avons recherché des paroles s’accordant au monde auquel nous croyons toutes, construisant un pont entre nos différences. »

(40)

« La raison du silence, ce sont nos propres peurs, peurs derrière lesquelles chacune d’entre nous se cache – peur du mépris, de la censure, d’un jugement quelconque, ou encore peur d’être repérée, peur du défi, de l’anéantissement. Mais par-dessus tout, je crois, nous craignons la visibilité, cette visibilité sans laquelle nous ne pouvons pas vivre pleinement. (…) Or, cette visibilité, qui nous rend tellement vulnérables, est la source de notre plus grande force. Car le système essaiera de vous réduire en poussière de toute façon, que vous parliez ou non. Nous pouvons nous asseoir dans notre coin, muettes comme des tombes, pendant qu’on nous massacre, nous et nos sœurs, pendant qu’on défigure et qu’on détruit nos enfants, qu’on empoisonne notre terre ; nous pouvons nous terrer dans nos abris, muettes comme des carpes, mais nous n’en aurons pas moins peur. »

(41)

C’est ainsi que Lorde n’a cessé de s’exposer, à travers ses prises de paroles et ses écrits, aux multiples systèmes d’oppressions et à ce qu’ils produisent de commun. Lesbienne quelque temps mariée à un homme blanc avec qui elle a eu deux enfants, femme Noire vivant en couple avec une femme blanche, elle confronte le sexisme et l’homophobie de la communauté à laquelle elle appartient (« Sexisme : le visage noir d’une maladie américaine » ; « Les enseignements des années 60 »), tout comme le racisme latent de ses sœurs de lutte, les féministes blanches (« De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme »), ou encore dévoile les rapports des femmes Noires entre elles, souvent distordus par ce même racisme intériorisé (« Les yeux dans les yeux : Femmes Noires, haine et colère »).


À travers nombre de ces textes, elle en appelle à la reconnaissance des différences entre femmes, malgré la remise en question que cela suppose. Pas la simple tolérance : la reconnaissance, qui implique finalement pour chacune d’entre nous la capacité de se reconnaître aussi comme la dominante d’une autre, et de dépasser la peur de la colère des dominées comme la culpabilité stérile et évitante de qui se découvre dominant·e.


« Ma colère est une réponse aux attitudes racistes, aux actes et aux présomptions engendrés par de telles attitudes. Si vos relations avec d’autres femmes reflètent ces attitudes, alors ma colère et les peurs qu’elle fait naître en vous sont des projecteurs qui peuvent être utilisés pour grandir, de la même manière que j’ai appris à exprimer ma colère, pour ma propre croissance. »

(« De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme », 137-138)

Une exigence qu’elle attend des féministes blanches, mais qu’elle adopte également pour elle-même :


« Quand je parle de femmes de Couleur, je ne veux pas uniquement dire femmes Noires. La femme de Couleur qui n’est pas Noire et qui m’accuse de la rendre invisible parce que je présuppose que ses combats contre le racisme sont identiques aux miens, cette femme a quelque chose à me dire, et je ferai bien de l’écouter pour éviter que nous nous épuisions en nous affrontant sur nos vérités respectives. Si je participe, consciemment ou non, à l’oppression de ma sœur et qu’elle m’interpelle là-dessus, répondre à sa colère par la mienne ne fait qu’étouffer la substance de notre échange. C’est du gaspillage d’énergie. Eh oui, il est très difficile de rester tranquille en écoutant la voix d’une autre femme dire précisément une angoisse que je ne partage pas, ou à laquelle j’ai moi-même contribué. »

(« De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme », 141)

Ce faisant elle nous confronte à une mise en acte de l’articulation entre différents rapports de domination, avec une puissance que n’aura jamais, me semble-t-il, aucune analyse purement théorique.


Le terme de « survie » revient souvent sous la plume de Lorde. Survivre à la haine raciale incompréhensible à une enfant de cinq ans, survivre à la souffrance. Mais en lisant certains de ses écrits – « La poésie n’est pas un luxe » ou « De l’usage de l’érotisme : l’érotisme comme puissance » par exemple, on comprend qu’il s’agit de bien autre chose encore que de la seule survie. À travers ces textes magnifiquement lumineux, Lorde évoque ce pour quoi la lutte est vitale. Ce qui peut mourir en effet, dans les rets du racisme comme du sexisme, en chacune de nous, c’est d’abord la créativité, le monde des émotions, ces moteurs que sont le désir – ou l’érotisme, qu’elle entend dans un sens très large.



« …nos enfants ne peuvent pas rêver s’ils ne vivent pas, ils ne peuvent pas vivre s’ils ne sont pas nourris, et qui d’autre leur donnera cette précieuse nourriture sans laquelle leurs rêves ressembleront aux nôtres »

(37)

Lorde en appelle à la force du rêve, de la poésie, tout à la fois buts et combustibles de la lutte, de l’aspiration à faire plus que survivre, justement :


« Parce que nous vivons au sein de structures façonnées par le profit, le pouvoir vertical, la déshumanisation institutionnalisée, nos émotions n’étaient pas censées survivre. On attendait des émotions, mises à l’écart tels d’incontournables accessoires ou d’agréables passe-temps, qu’elles s’agenouillent devant la pensée de la même façon que les femmes s’agenouillent devant les hommes. Mais les femmes ont survécu. En poètes. Et il n’y a pas de nouvelles souffrances. Nous les avons déjà toutes endurées. Nous avons enterré cette vérité à l’endroit même où nous avons enterré notre puissance. Elles refont surface dans nos rêves, et ce sont nos rêves qui nous indiquent le chemin de la liberté. Ces rêves deviennent possibles grâce à nos poèmes qui nous donnent la force et le courage de voir, de ressentir, de parler et d’oser.

 »Et si nous considérons comme un luxe notre besoin de rêver, notre désir d’amener nos esprits au plus profond de notre foi, alors nous renonçons à la source de notre puissance, de notre féminité[2][2] Il me semble clair que par féminité Lorde ne désigne...  : nous renonçons aux mondes futurs auxquels nous aspirons. »

(38)

De tels propos lui ont parfois valu de virulentes critiques. On lui a reproché de reconduire les classiques oppositions entre rationalité masculine (blanche) et émotions féminines (Noires), ou encore que :


« …se servir de l’érotisme comme d’un guide, c’était…

Adrienne : Antiféministe ?

Audre : Que nous en étions réduites, une fois de plus, à l’invisible, à l’inutilisable. Qu’en écrivant cela, je nous cantonnais sur le terrain de l’intuition aveugle.

Adrienne : Mais pourtant, tu parles dans cet essai du travail et du pouvoir, deux des dimensions les plus politiques qui soient.

Audre : (…) j’essaie de dire qu’on a utilisé si souvent l’érotisme à nos dépens, y compris le mot lui-même, que nous avons appris à nous méfier de ce qui est au plus profond de nous, et c’est ainsi que nous avons appris à nous dresser contre nous-mêmes, contre nos émotions. (…) Pousser les gens à se dresser contre eux-mêmes, cela n’a pas les mêmes conséquences que les tactiques policières et les techniques de répression. Vous faites en sorte que les personnes intériorisent ces techniques, de façon à ce qu’elles se méfient de tout ce qui provient de leurs richesses intérieures, qu’elles rejettent la partie en elles la plus créative, si bien que vous n’avez même plus besoin de l’écraser. »

(Un entretien : Audre Lorde et Adrienne Rich, 110)

Un recueil d’essais mêlant intimement analyse politique et poésie, un recueil fort et ressourçant à lire de toute urgence, en attendant que les poèmes d’Audre Lorde soient traduits à leur tour avec la même qualité, remarquable, que présente Sister Outsider.

Notes

Sister Outsider. Essais et propos d’Audre Lorde. Sur la poésie, l’érotisme, le racisme, le sexisme… Textes traduits de l’américain par Magali C. Calise ainsi que Grazia Gonik, Marième Hélie-Lucas et Hélène Pour (2003). Éditions Mamélis : Genève, Éditions Trois : Québec, 212 pages.

 

Il me semble clair que par féminité Lorde ne désigne surtout pas ce que nos sociétés ont construit comme étant le féminin, mais ce que nous pouvons et voulons.

 

Source : https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feminist...

 

 

 

 

23/11/2017

Fête du livre et de l'image à Arcambal - 24-26 novembre


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pour tout savoir :

http://www.fetedulivreetdelimage.fr/

 

 

 

SMART 2017, ça commence demain !

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20/11/2017

Tu écris des poèmes, Murièle Modély

 

éditions du Cygne, novembre 2017

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95 pages, 12 €.

 

 

« Tu écris des poèmes », écrit l’auteur, s’adressant à elle-même en usant de ce tu, ce tu qui résonne comme une affirmation ou une accusation, une violence ; aussi bien un silence épais qui vient boucher la sortie des mots qu’un débordement de mots pour recouvrir le silence. Le volcan revient souvent dans l’écriture de Murièle Modély, on pense bien-sûr à l’ile de la Réunion, un volcan peut-être « vibrant et lumineux comme le mot racine/dissimulé dans ta première dent de lait ». Volcan métaphore aussi de ce qui couve dans les entrailles, sous la croûte du quotidien, ce qui brûle et déborde par la moindre fissure, tantôt montagne solide, muette et impassible, tantôt menace d’explosion quand le solide pris de fièvre intense se fait liquide, salive, sueur, sperme, cyprine, alors tout tremble et les mots dévalent « dans tous les sens/à bride abattue/jusqu’à respirer sur la table/l’odeur de langue coupée. »

 

Le poème sourd de l’intérieur, il vient dire quand dire est trop difficile, voire impossible. « Tu écris des poèmes/lorsque tu sens le réel se dérober/dès l’instant où personne ne te comprend/et vice et versa où tu ne comprends personne ». Alors le poème jaillit du cratère, du gouffre : « comme le poème, tu as un trou au milieu de la phrase ». Chez Murièle Modély, les poèmes suintent de ce trou, forment le corps du poète. « Tes poèmes sont n’importe quelle partie de ton corps/n’importe laquelle (…) sauf la tête. » 

 

Le poème est l’hameçon — l’âme-son — au bout du fil, lancé à la mer des réseaux sociaux — à l’amer ? —  où « le vers même minuscule » doit « s’ébrouer contre un dièse ». Et la poète du XXIe siècle pêche des émoticônes, elle n’écrit plus, elle tapote, elle a mal au clavier, mais reste « la danse des canines/leurs morsures affairées dans la pulpe des doigts » pour conjurer le banal qui tue.

 

Le banal et ses petites phrases assassines quant l’amour est un point d’interrogation.  « Il dit – passe moi le sel / et la mer chavire le poème ». Pour ne pas sombrer, la poète n’en finit plus de rafistoler son radeau, elle fait corps avec lui. Le poème est son mat, sa colonne vertébrale, il est une « torsion vibrante au niveau du pubis » et dans le naufrage quotidien, il sublime son cri, tandis que « dans la vie de tous les jours », elle avale un cachet ou achète «  des choses inutiles/en bonne jouisseuse compulsive d’objets. » Pour combler le gouffre, taire les angoisses, alors que le poème lui il sait. Il sait parce qu’il est le corps des angoisses, le corps qui dit, le corps qui suinte.

 

La poésie de Murièle Modély surgit d’un tréfonds moite et obscur, d’une préhistoire qui ne trouve pas sa place dans un monde aux lignes bien droites qui avance et « déroule sous ses semelles/les choses concrètes et laides ». Alors Murièle Modély écrit « avec la langue, à quatre pattes dans la rue », elle « lèche l’herbe, les cailloux, les traces de pas ».

 

Elle écrit des poèmes, des « poèmes rouges, menstrués et vibrants » et dit l’essentiel en trois lignes :

 

« tu as la sensation

quand tu écris

d’être. »

 

 

Et le lecteur à la lire, se sent lui aussi plus vivant, la poésie de Murièle Modély pulse et bat comme le cœur d’un volcan sous la terre.

 

 

Cathy Garcia

 

 

 

201410161645-full.jpgMurièle Modély est née en 1971 à Saint-Denis, île de la Réunion. Installée à Toulouse depuis une vingtaine d'années, elle écrit depuis toujours, essentiellement de la poésie qu’elle publie régulièrement sur son blog : https://l-oeil-bande.blogspot.fr/. Elle présente un penchant fort pour les regards de côté, elle cherche encore et toujours la mer, elle guette sous la lettre le noir / le blanc... Elle a participé par ailleurs à des revues poétiques ou sites : Nouveaux Délits, Microbe, Traction Brabant, L'Autobus, FPDV, etc. Tu écris des poèmes est son troisième recueil publié aux éditions du Cygne, elle a publié également Rester debout au milieu du trottoir aux éditions Contre-Ciel et Sur la table chez Qazaq.fr, ainsi qu’un délit buissonnier de Nouveaux délits, Feu de tout bois, en 2016.

 

 

14/11/2017

Sarah Roubato - Lettre à Zola mais pas que...

 

 

 

 

 

03/11/2017

Écosystème de Rachel Vanier

 

éditions Intervalles, 12 juin 2017

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288 pages, 18 €.

 

 

 

 

« On apprend qu’écrire CEO est devenu tout aussi ringard qu’écrire PDG sur sa carte de visite, qu’il est de bon ton de signer ses courriels Product Design Hero ou Coding Ninja, et qu’il ne faut plus dire la Silicon Valley, mais juste La Vallée. »

 

Écosystème est une sorte de docu-fiction sur l’univers des start-up d’abord en France et puis surtout à San Francisco, au plus près de la sacro-sainte Vallée, sorte d’Olympe où ne sont reçus que les élus, le must pour une start-up ambitieuse étant de ce faire racheter par Google, Facebook ou un autre de ces géants fondateurs d’empires virtuels.

 

Marianne, jeune femme entrepreneure et Lucas, parfait prototype du geek développeur, sont deux amis d’enfance qui passaient déjà alors leur temps à démonter et remonter des ordinateurs. Devenus de jeunes adultes, ils se sont donc lancés dans la très moderne aventure du business des produits high-tech, où plutôt Marianne s’est lancée et Lucas l’a suivie quasi aveuglément comme toujours et ils ont fondé leur propre start-up, à savoir : créer une application, un produit, le lancer sur la toile et espérer grâce à son succès de lever des fonds les plus colossaux possibles. Connectés 24h sur 24, avides du moindre intérêt de la part des médias on-line spécialisés, intérêt qui ferait grimper de façon exponentielle leur impact qui se comptabilise en taux d’utilisateurs, de like, de partages et de commentaires ultra positifs, ils travaillent dans un espace de coworking parisien qu’ils partagent avec d’autres start-uppers, sous l’égide d’une sorte de gourou de l’entrepreneuriat. C’est grâce à lui et suite à la défection d’un troisième associé, qu’ils feront le grand saut pour se plonger dans la Mecque des start-up : San Francisco.

 

Écosystème décrit effectivement un véritable et délirant écosystème, au cœur duquel Marianne suivie par Lucas, tente par tous les moyens de se faire remarquer pour décrocher le gros lot. Une sorte de quête du graal ubérisée, dans un quartier de la ville où plusieurs mondes se côtoient sans jamais se rencontrer : sdf sous crack, jeunesse hyperactive et hyperconnectée qui espère attraper le pompon de quelques millions, voire plus, en attirant l’attention d’investisseurs opportunistes, dans une bulle virtuelle qui enfle tellement qu’elle menace de péter et même des sadomasochistes dans une grande parade très dénudée, l’auteur ayant sans doute voulu suggérer un parallèle. Les start-uppers sont effectivement un autre genre de sadomasochistes et les burn-out sont légions.

 

L’intérêt donc d’Écosystème est surtout celui de faire pénétrer le lecteur lambda dans ce monde d’algorithmes, de codage, d’applis, de pitch, ce délirant néo-business avec son langage, ses règles, ses rites, ses mythes, ses divinités, nous faire sentir la fièvre du milieu aussi bien que son vide abyssal.

 

Un écosystème plus déprimant que drôle en vérité et le roman lui-même, dans lequel on reconnait bien pourtant la patte de l’auteur d’Hôtel International, a un peu de mal à décoller, alourdi peut-être par son sujet très technique, mais c’est bien le roman de la génération start-up qui a donc le mérite de tenter de rendre tangible, sur un plan littéraire, cet univers des plus dématérialisés qui est en train de prendre de plus en plus de place dans nos vies, au point parfois même d’en prendre la place tout court.

 

Cathy Garcia

 

 

 

Rachel-Vanier-Rachel-Vanier-Ecosysteme-la-face-cachee-des-start-ups-6651.jpgRachel Vanier est née à Budapest en 1988. Après avoir grandi à Lille, fait ses études à Paris, s’être échappée à Boston puis avoir crapahuté au Cambodge, elle travaille dans le monde non moins dépaysant de l’innovation et des start-up. Après le remarqué Hôtel International (éditions Intervalles, 2015), Écosystème est son deuxième roman.