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16/04/2018

Les pieds sur terre de Batiste Combret et Bertrand Hagenmüller (2017)

 

Au cœur de Notre-Dame-des-Landes, le Liminbout, hameau d’une dizaine d’habitants tient le haut du pavé. Agriculteur historique, paysans syndicalistes, locataires surendettés venus chercher une autre vie, squatteurs plus ou moins confirmés y apprennent à vivre et à lutter ensemble au quotidien.
« Ici, disent-ils, on ne fait pas de la politique : on la vit. » Loin des représentations habituelles de la ZAD, le film est une immersion dans le huis-clos de ce village devenu au fil des années symbole de la lutte contre l’aéroport et son monde.

 

 

 

 

 

L’évangélisme technologique. De la révolte hippie au capitalisme high-tech de la Silicon Valley - Rémi Durand

 

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Broché : 192 pages
Éditeur : FYP Éditions
Collection : Reboot

Prix public TTC : 20 euros
EAN 13 : 978-2-36405-163-8

 

 

Comment des hippies et des hackers sont-ils parvenus à créer des empires et un capitalisme high-tech ?

De Steve Jobs à Elon Musk, en passant par Bill Gates, Larry Page et Sergueï Brin, les évangélistes de la technologie ont su convaincre que leurs produits ou leurs services peuvent rendre « le monde meilleur », et créer autour de leurs marques et leurs multinationales une vénération quasi religieuse.

Aujourd’hui, cet évangélisme est devenu quasiment incontournable pour les start-up qui s’appuient sur un modèle visant à rassembler une masse critique d’adeptes dans le but de consacrer leur technologie comme standard. Mais sous couvert de faire preuve de pédagogie et d’éduquer le marché et la société aux principes de la collaboration pour la production des savoirs et à l’ère de la contribution, ce nouveau mode de recrutement de « convertis » cherche aussi à propager les idéaux du capitalisme high-tech et renforcer les monopoles.

C’est ce que relate cet ouvrage.

Rémi Durand nous plonge d’abord au cœur de la Silicon Valley des années 1970 et explique comment grâce à la culture hippie une organisation sociale s’est structurée autour des technologies de l’informatique et de la communication, en mêlant extases mystiques, psychédélisme et puces électroniques. Puis, progressivement, les technologies du numérique se sont érigées en porte-étendard d’une société ouverte, prônant la suppression progressive des hiérarchies, la collaboration pour la production des savoirs et des techniques, et la contribution, tout en mettant en avant la créativité de chacun, la passion et le lien communautaire entre les individus.

Mais l’auteur révèle que cette utopie numérique a rapidement opéré un glissement vers l’entrepreneuriat et la nouvelle économie, et a engendré des organisations centralisées et monopolistiques qui concentrent, à l’échelle planétaire, toutes les ressources économiques et intellectuelles. Le pouvoir politique est désormais entre les mains de quelques empires fondés par d’anciens hippies et hackers reconvertis en ogres insatiables d’un capitalisme high-tech triomphant.

À la fois analyse culturelle, saga économique et étude historique des nouvelles technologies, ce livre permet également de comprendre les méthodes de marketing, de management et les dynamiques des univers d’Apple et de Google. 

Sociologue des sciences et des techniques, Rémi Durand est spécialiste des implications culturelles, politiques, économiques et sociales des nouvelles technologies, notamment celles issues de la Silicon Valley. Il est également ingénieur, expert des technologies numériques.

 

 

 

15/04/2018

Zoartoïste (suivi de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses) de Catherine Gil Alcala

 

éditions La Maison Brûlée, 28 novembre 2016

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136 pages, 15,00 €.

 

Théâtre et poésie, théâtre poétique et poésie théâtrale, il faut ici lâcher la rive du connu. Certains renonceront de suite, d’autres oseront plonger au cœur du maelström. Ce n’est pas de lire, qu’il s’agit ici, mais d’expérimenter un état de conscience éclatée, une transe, un démembrement de la raison, qui nous culbutent. Manipulant dans son grand chaudron – visions, rêves, mythes et symboles, qu’elle touille comme prise de démence, Catherine Gil Alcala convoque la magie des mots pour pulvériser le réel et nous faire voir à travers le miroir ce qui est de l’ordre – ou plutôt du désordre – du grand chaos universel. Pythie au verbe noir et flamboyant, elle pousse les mots à leur paroxysme pour nous faire basculer de l’autre côté, du côté du grand rire salvateur, où rien n’est sérieux, tout est primordial.

Et chaque scène se nomme d’ailleurs non pas scène, mais miroir.

L’onde radiophonique qui traverse l’univers, Grand négateur limonade, Le Mort, Les fils de l’orage, Maman tintamarre, Samsara bondissant, Le jongleur dans l’horloge, Les mantras du vent, sont quelques-uns des personnages de ce théâtre fou. Fous comme peuvent l’être les Clowns sacrés.

Et Zoartoïste au centre du théâtre déclare :

« Les paroles innommables clouent des sortilèges dans le ciel.

Des nations en marche me piétinent sur la pointe des pieds en remontant leur montre dans un battement de cœur synchronisé. 

(…)

Je tourbillonne dans les vents qui font rouler la roue de toutes les vies… allant et venant du sentiment océanique à la déréliction du vieillard et du nouveau-né dans l’intimité glaciale de la mort… »

Zoartoïste et on entend aussitôt zoo, art, taoïste, Zohar même mais aussi Artaud.

 

« Zoartoïste… prononce une voix de noyé dans un rêve, c’est le nom d’une divinité animale du monde archaïque ou d’un démiurge industrieux dans la dent creuse d’une caverne tellurique. »

Et Les Fils de l’Orage, quand ils s’adressent au Mort, lui disent :

« L’écho du tonnerre retentit, les enfants jouent le rite tape-pierre de l’orage.

La fin et le début du temps s’enroulent et se déroulent simultanément sur l’axe des pôles.

Un sifflement sourd tout le jour t’enfonce sous la terre des ancêtres.

(…)

Une jouissance t’étrangle, la peur de ta propre annihilation, comme une amante jalouse, t’embrasse trop fort. »

Le texte gicle comme un fruit mûr, parfois même au bord de la décomposition, riche de ses sucs, parfois poisseux et toujours enivrants, hallucinatoires.

Quand La Femme déracinée parle, elle raconte :

« Le soleil se lève sur la sidération du paysage dévasté, les rats et les goules aux dents longues accourent au dîner des cendres.

(…)

Je suis devenue une âme errante au corps de nuage, je rencontre tour à tour chacun des esprits qui zozotent en dansant sur le fil de la nuit, mes amis sont les oiseaux-mouches et tous les êtres minuscules. »

Et la Tête coupée révèle :

« La plage blanche silencieuse de l’état mental parle à travers la bouche ouverte des poissons… quelque chose a été oublié au fond de la mer pendant la traversée des morts… »

L’Agonisant lui a jeté les clés de sa maison dans le puits et a mis ses lunettes noires pour aller se promener tout le long de la nuit. L’Onde Radiophonique qui traverse l’univers dit qu’il est possédé et que « mille minutes saoules tournent à l’envers ». Baron Kriminel bat les cartes et les vévés coulent des doigts des esprits.

Celui qui en sait un peu sur le vaudou reconnaîtra sans doute le Baron Samedi avec son chapeau haut de forme.

Et d’ailleurs, Catherine Gil Alcala n’est-elle pas un peu possédée aussi par toutes ces voix, qu’elle convoque d’un tour de plume ?

« Nuage cheval, ton galop glisse, icône hallucinée… »

Lecteur, pour lire ce livre, mieux vaut déposer en entrant, ta raison dans la benne aux encombrants. La comédienne-poète-chamane t’invite dans un grand jeu sacré. Rite des morts et des renaissances, Le Jeu de l’Univers.

 

Cathy Garcia

 

 

IMG_6401_redim500.jpgCatherine Gil Alcala est auteure, metteur en scène, performeuse. Elle a longtemps navigué entre la poésie, le théâtre, la musique, les arts plastiques... Expérimenter en toute liberté pour traduire le langage de l'inconscient, de la folie... qui sont ses thèmes de prédilection. Deux créations en 2000 sur des trames oniriques dans un théâtre essentiellement d'images : Coquillage, en écoutant son sang couler dans son corps à la galerie Les Filles du Calvaire et au Lavoir Moderne Parisien, et Zoartoïste à la galerie Eof. Puis elle collabore avec Ioan Marinel, musicien tzigane, sur des improvisations et des musiques traditionnelles, et sur des créations de théâtre musical : Je, soussigné, doute... sur des textes d'Adolf Wolflï et De l'éternité et du temps, entremêlant des textes de Plotin en grec ancien et des glossolalies. Depuis quelques années elle privilégie l'écriture. Notamment, elle écrit et met en scène son long poème érotique et surréaliste Maelström excrémentiel au théâtre Les Déchargeurs, puis au festival d'Avignon, et sa pièce sur la folie créative Lorsqu'un homme sait tout à coup quelque chose qu'il ne devrait pas savoir. James Joyce fuit au 59 Rivoli, dans le cadre des Nuits Blanches. Elle conçoit une expo-performance de poupées et de poèmes Doll'art ou les Épopées de Pimpesouée et des performances musicalo-poétiques avec ses aphorismes Les contes défaits en forme de liste de course, au Musée du Montparnasse et dans le cadre du Printemps des poètes. Elle écrit Une nouvelle ville, vie... dans le cadre du « Bocal Agité » à Gare au Théâtre. En 2015, elle publie aux Éditions de la Gare Une Nouvelle ville, vie... dans l'ouvrage collectif Bocal urbain / Vivre la ville demain, et aux Éditions La Maison brûlée : James Joyce Fuit... Lorsqu'un homme sait tout à coup quelque chose suivi de Les Bavardages sur la Muraille de Chine, en janvier 2016 : La Tragédie de l'Âne suivi de Les Farces Philosophiques, en novembre : Zoartoïste et autres textes, en juin 2017 : La Somnambule dans une Traînée de Soufre.

 

http://www.lamaisonbrulee.fr/

 

 

 

 

Destruction de la ferme des Cent Noms à Notre-Dame-des-Landes

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"On n'oublie PAS, on n'oublie RIEN."

 

Des lieux de vie sont devenus des lieux morts après le passage du bulldozer policier sur la Zad de #NDDL cette semaine.

01/04/2018

Lame de fond de Marlène Tissot

 

 

La Boucherie littéraire

coll. Sur le billot, 2016, réimpression 2017

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74 pages, 12 €.

 

« Rien ne dure éternellement, mais tout continue à continuer »

 

Lame de fond a quelque chose du carnet intime que l’on emporte partout avec soi pour y noter nos météos intérieures, sauf que dans Lame de fond, le besoin d’écrire est motivé par un évènement précis : la perte. La perte et l’absence définitive d’un être cher et ce besoin soudain, cette urgence de tout plaquer, pour aller le retrouver sur les lieux qui rallumeront la mémoire. Partir les mains vides avec cette part de soi plus ou moins enfouie que la douleur vient raviver.

Ici l’être cher — mais l’auteur ne le dit pas, on le devine au fil des pages — c’est un grand-père, un grand-père vieux loup des mers adoré, un homme des grands espaces, un homme libre.

« Avec toi, tout est permis. Avec toi, on chahute l’apparence des choses ordinaires, on colorie le monde. »

Mais il ne s’agit surtout pas de rendre un hommage édulcoré au disparu.

« Non, tu n’étais pas parfait. Mais c’est ainsi que je veux me rappeler de toi. Avec chacun des fils dont ta peau d’homme était tissée, les rêches comme les soyeux. »

Et le lieu vers lequel le deuil renvoie l’auteur est un espace-temps, celui de Cancale en Bretagne et celui de l’enfance. Car avec les êtres chers qui nous quittent, ce sont comme des parts de nous qui s’en vont et que seule la mémoire peut convoquer. L’écriture sert alors de catalyseur et de fixateur.

« Des détails en forme de graines semées dans le terreau de l’enfance. Giboulée de souvenirs. Tout cela me semble tellement loin et si présent pourtant. Comme un paysage miniature dans une boule à neige. »

L’écriture de Marlène a toujours été juste, précise, percutante. Dans  Lame de fond elle se polit comme un galet roulé par la mer dans le sable. La douleur non seulement ramène à l’essentiel, mais dénude aussi ce qu’on pourrait appeler l’âme. Il est impossible de tricher avec la mort, elle met le doigt sur toute notre fragilité, met en relief tout ce qui est creux, vide et artificiel en nous et dans nos vies.

« Quel contrat tacite nous oblige à penser en terme d’avenir professionnel, de confort matériel, en termes de consommation, de concurrence, d’efficacité, de sacrifices, en termes de famille à fonder, d’enfants à éduquer, de vacances à planifier ? Doit-on nécessairement être raisonnable, responsable, capable d’adapter sa ligne de conduite à la société, se fondre dans la masse ? (…) Est-ce qu’on se laisse décolorer l’âme sans même le remarquer ? »

Dans toute famille, on peut espérer qu’il y ait au moins une personne qui nous transmette quelque chose qui a à voir avec l’essentiel, c’est le cadeau le plus précieux que l’on puisse faire à quelqu’un, c’est comme un nécessaire de survie. Le grand-père que Marlène évoque est de ceux-là, aussi son absence a la capacité de la rendre à elle-même avec une force et une acuité telle que la douleur de la perte devient une leçon de vie, intense.

« Cours ma belle ! Nage dans le ciel. »

La douleur anesthésie mais l’amour qui transcende la perte exacerbe au contraire tous nos sens, nous rend plus vivants que jamais. Et la mort du grand-père fait germer, dans le cœur de celle qui écrit, le noyau de l’enfance.

« Je marche à reculons, à rebrousse-temps et j’ai enfin l’impression d’avancer dans la bonne direction. »

Marlène nous offre un très beau livre, sensible, il ne peut laisser indifférent, il vient nous toucher, nous bouleverser, au plus secret de nous-mêmes, là où nous planquons nos plus grandes joies et nos plus grandes peines. Comme une lame de fond, il nous prend et nous retourne.

« Je trinque à ton éternité en buvant l’horizon, d’un trait. »

« Tu m’avais prévenue : “tout n’est que commencement.” »

 

Cathy Garcia

 

SDFS.jpgMarlène Tissot est venue au monde inopinément. A cherché un bon bout de temps avant de découvrir qu'il n'y avait pas de mode d'emploi. Sait dorénavant que c'est normal si elle n'y comprend rien à rien. Raconte des histoires depuis qu'elle a dix ans et demi et capture des images depuis qu'elle a eu de quoi s'acheter un appareil. Ne croit en rien, surtout pas en elle, mais sait mettre un pied devant l'autre et se brosser les dents. Écrira un jour l'odyssée du joueur de loto sur fond de crise monétaire (en trois mille vers) mais préfère pour l'instant se consacrer à des sujets un peu moins osés.