09.12.2009

L‘Énergie secrète de l’univers de Maxence Layet

Guy Trédaniel Editeur

Nombre de pages : 280

Largeur * Hauteur : 16 * 24 cm
Date de parution : 05.2006
ISBN : 2-84445-684-7

 

Savez-vous que les océans tournent sur eux-mêmes tels d'énormes tourbillons ? Que les points d'acupuncture se mesurent avec un simple voltmètre ? Que l'on peut entendre les échos des grincements de la Terre ? Que le corps humain rayonne de fréquences radio ? qu'un peu de lumière rouge peut soigner une entorse ?...

Des subtilités du Feng Shui aux armes à impulsions électromagnétiques, le monde que nous raconte Maxence Layet, journaliste scientifique spécialiste en énergies, environnement et nouvelles technologies de l'information, se révèle à la fois captivant, plein d'espoir et parfois très inquiétant

Passant en revue les découvertes scientifiques les plus récentes, des promesses de la médecine électromagnétique aux avancées de l'informatique photonique, Maxence Layet nous entraîne dans les secrets de l'énergie. Un univers palpitant, insoupçonné, mais au coeur de la tradition chinoise et qu'à sa façon l'Occident apprend à maîtriser.

Explorer les secrets de nos ondes cérébrales, remonter aux sources de l'univers quantique, retracer l'histoire de la mémoire de l'eau ou du pouvoir des maîtres du Qi Gong, voici un voyage qui vous mènera aux quatre coins de la France, de la Terre. Et au-delà. 

Mon avis : bien fait, clair et précis, voilà un livre à lire pour tout ceux qui s'intéressent un tant soi peu à ce que nous sommes et à cet univers dans lequel nous évoluons. Cela fait bien longtemps que cela me passionne, et ce livre a le mérite de regrouper en un seul d'innombrables pistes à creuser. Je vous donnerai par la suite d'autres ouvrages qui m'ont accompagnée depuis de nombreuses années dans une recherche à mes yeux essentielle. Une quête de sens, bien-sûr, où science et spiritualité ne sont pas opposées, bien au contraire. Aux questions que l'humanité se posent, il y a des réponses déjà très anciennes mais qui ont été négligées ou tout simplement ridiculisées au nom d'une recherche moderne toute puissante et soi-disant détentrice du seul savoir valable, scientifique et occidental. Or, avec la physique quantique cette science là s'est vu propulsée quelques milliers d'années en arrière, dans des textes et des traditions que l'on pensait, en occident en tout cas, définitivement dépassées, textes védiques, taoïstes pour ne citer que ceux-là, pratiques spirituelles, arts martiaux, médecine holistique, méditation, électromagnétisme... Aujourd'hui nous vivons une période de jonction des savoirs, et tous les savants et chercheurs qui ont été diabolisés, rejetés, méprisés, bannis (et parfois même assassinés) par la science dite officielle vont faire parler d'eux, tout comme la poésie... Si, si tout est lié, je ne saurai pas vous l'expliquer mais je peux en toute certitude vous dire que je sais... et c'est pourquoi vous allez retrouver bientôt sur ce blog toute une série de propositions de lectures qui vous aideront à vous faire votre propre opinion, qui vous aideront à y voir plus clair et vous donneront peut-être envie d'aller encore plus loin. Il y a urgence, car d'un autre côté ces savoirs intéressent tous ceux qui ont un intérêt quelconque à contrôler leurs semblables. Il est temps d'ouvrir grands vos sens et se sortir vos antennes. Nous sommes bien plus que des mammifères consommateurs et corvéables à merci. Eteignez les télés, et lisez, expérimentez, lisez et expérimentez encore.

04.12.2009

Hommage à l’Amiral Leblanc de Guy Cabanel

blogISSN 2100-3246
ISBN 978-2-911917-56-1
96 pages, 10 euros

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Sur l’auteur. – Guy Cabanel a participé dès 1958 aux activités du mouvement surréaliste avec son ami Robert Lagarde, qui illustre son premier ouvrage, À l’Animal Noir. Il a publié plusieurs recueils de poèmes dont Les Fêtes sévères (Fata Morgana, 1970), Les Boucles du Temps (Privat, 1974) ; et plus récemment, aux éditions Quadri à Bruxelles : Le Verbe flottant, illustré par Jacques Zimmermann et Soleil d’ombre, sur des photographies de Jorge Camacho (2009).

Extrait du dos de couverture
«
Le dernier né du chantier naval allait fendre les flots pour la première fois. L’Amiral parla au peuple :
– Ce nouveau bâtiment va grossir notre flotte. Notre puissance n’a pas de limite. Je vous félicite.
Il s’adressa ensuite au capitaine :
« Ce bateau où vous serez maître après moi, comment l’appelons-nous, commandant ?
– Amiral, je propose l’Espadon.
– Bon, va pour la Marie-Jeanne, à vous, peintre !
Ensuite, comme à l’accoutumée. il fit le point dans la chambre des cartes et constata l’immobilité parfaite des choses. »

(une carte maritime dessinée par l’auteur est jointe au livre, illustré par ailleurs par un choix de gravures des XVII et XVIIIe siècles et de cartes postales)

La collection “Abiratures” est dédiée à l’approche poétique, ce court moment d’élaboration qui se concrétise dans la poésie, quelle que soit la forme (rêve, texte, jeu, dessin, dialogue, etc.) qu’elle prend pour s’exprimer. Nous espérons  par là contribuer à ce que la poésie soit saisie dans son essence, car sans elle, la transformation  du monde, plus que jamais nécessaire, ne  sera jamais qu’un prélude à l’assèchement du  vivant (et réciproquement). A lire dans la même collection : L’Effet miroir (2008) de Nicole Espagnol, Roman Erben, Alain Joubert

Grand MERCI AUX ED. AB IRATO QUI ME L'ONT OFFERT !!!

http://abiratoeditions.wordpress.com/

Bon de commande : 2-souscription-cabanel-light[1].pdf

 

02.11.2009

Tour et détours de la vilaine fille de Mario Vargas Llosa

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Présentation de l'éditeur

Que de tours et de malices chez cette " vilaine fille ", toujours et tant aimée par son ami Ricardo, le " bon garçon ". Ils se rencontrent pour la première fois au début des années cinquante, en pleine adolescence, dans l'un des quartiers les plus huppés de Lima, Miraflores. Joyeux, inconscients, ils font partie d'une jeunesse dorée qui se passionne pour les rythmes du mambo et ne connaît d'autre souci que les chagrins d'amour. Rien ne laissait alors deviner que celle qu'on appelait à Miraflores " la petite Chilienne " allait devenir, quelques années plus tard, une farouche guérillera dans la Cuba de Castro, puis l'épouse d'un diplomate dans le Paris des existentialistes, ou encore une richissime aristocrate dans le swinging London. D'une époque, d'un pays à l'autre, Ricardo la suit et la poursuit, comme le plus obscur objet de son désir. Et chaque fois, il ne la retrouve que pour la perdre. Et, bien entendu, ne la perd que pour mieux la rechercher. Il n'est jamais facile d'écrire l'histoire d'une obsession. Mais la difficulté est encore plus grande quand il s'agit d'une obsession amoureuse et quand l'histoire que l'on raconte est celle d'une passion. Mario Vargas Llosa avait déjà affronté ce défi par le passé dans La tante Julia et le scribouillard (1980), l'un de ses romans les plus populaires. Et voici qu'il le relève encore vingt-cinq ans plus tard et nous offre ce cadeau inattendu : une superbe tragi-comédie où éros et thanatos finissent par dessiner une autre Carte de Tendre entre Lima, Paris, Londres et Madrid. Car Tours et détours de la vilaine fille est bien cela : la géographie moderne d'un amour fou.

 

Biographie de l'auteur

Mario Vargas Llosa (Arequipa, Pérou, 1936) est l'auteur de Conversation à " La Cathédrale " (1973), La fête au Bouc (2002) et Le Paradis- un peu plus loin (2003), parmi la vingtaine d oeuvres qui ont fait sa réputation internationale. Il est aussi l'essayiste lucide et polémique de L'utopie archaïque (1999) et du Langage de la passion (2005).
****

Mon avis : j’ai aimé la vilaine fille et son bon garçon, j’ai aimé traverser le temps, les continents, les secousses d’un pli d’Histoire avec eux. J’ai aimé être la liseuse-voyeuse de cet amour impossible qui pose ses cruels jalons sur l’existence de ces deux exilés. Le désir et la mort dansent ensemble tout au long de ce roman qui s’immisce chez le lecteur comme un invité non attendu et auquel on s’attache, un inconnu qui nous semble étrangement familier. Cet amour fou du bon garçon pour la vilaine, la très vilaine fille, envers et contre tout bon sens ne peut nous laisser indifférent, de même l’entêtement désespérée de cette dernière à poursuivre sa propre perte. L’amour c’est sûr n’a rien à voir avec la raison, ni avec la décence et parfois même pas avec l’amour et Vargas Llosa en donne ici, une preuve éclatante.

Je vous conseille au passage un de mes livres préférés de cet auteur, la délirante et extraordinaire épopée de La guerre de la fin du monde  (Gallimard 1983) :

 

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Quatrième de couverture

Alors que le Brésil, en renversant l'empire et la société traditionnelle, se dote d'une république musclée, un prophète se lève dans le désert du Nordeste pour, rassemblant les gueux, prostituées, monstres et bandits du sertao, fonder une sorte de phalanstère mystique. Un Ecossais, anarchiste et phrénologue, le suit à la trace et cherche vainement à rejoindre ce paradis libertaire, mais ses pulsions humaines, trop humaines, viennent ruiner ses espoirs. Cette cité rebelle aux lois, qui fulmine contre l'Antéchrist et refuse en bloc le paiement de l'impôt, le système décimal, le recensement, la circulation de l'argent et l'économie de marché, résistera victorieusement à trois sanglantes opérations militaires avant de succomber.

J'ai lu et recommande aussi du même auteur

L’homme qui parle
Eloge de la marâtre
La fête au Bouc


et vous encourage à découvrir la richesse extraordinaire et haute en couleurs de la littérature latino-américaine, avec des auteurs comme Jorge Amado, Gabriel Garcia Marquez, Pablo Neruda,  bien-sûr mais aussi Horacio Quiroga, Julio Cortazar, Francisco Coloane, João Guimarães Rosa,  Oscar Cerruto, Miguel Angel Asturias, Manuel Scorza, Luis Sepulveda,  J. Sarney,  Lygia Fagundes Telles, Germán Castro Caycedo,  Hernán Rivera Letelier,  Eduardo Antonio Parra, Patricia Melo,  Isabelle Allende...

05.02.2008

la Supplication

Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse (Tchernobylskaïa molitva, Russie, 1997 – JC Lattes 1998) de Svetlana Alexievitch

Il faut lire ce livre, ces paroles de l'Après... Il le faut parce que dans un pays qui prêche, prône et vend à qui mieux mieux le nucléaire, il faut savoir, savoir la folie, la monstrueuse folie d'une telle technologie. Tchernobyl la ville des roses, Tchernobyl "réalité noire",  Tchernobyl oubliée, les enfants de Biélorussie, cobayes d'un dantesque laboratoire à ciel ouvert, Tchernobyl, le grand mensonge, Tchernobyl miroir où l'on peut lire l'avenir... Parfois en lisant la Supplication, la conscience veut s'échapper, s'imaginer dans un roman d'anticipation, fiction démente... Mais il s'agit bien de réalité, une réalité pour des milliards d'années... Tchernobyl... Il faudrait lire la Supplication en buvant des litres de vodka pour tenter de croire encore en des lendemains meilleurs... C.G.

*

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Extrait :


Monologue à deux voix pour un homme et une femme

Nina Konstantinovna et Nikolaï Prokhorovitch Jarkov. Il enseigne le travail manuel et elle, la littérature.
Elle : " J'entends si souvent parler de la mort que je ne vais plus aux enterrements. Avez-vous entendu des conversations d'enfants sur la mort ? En sixième, ils se demandent si cela fait peur ou non. Il n'y a pas si longtemps, à leur âge, ils voulaient savoir comment naissent les bébés. Maintenant, ils s'inquiètent de savoir ce qui se passerait après une guerre atomique. Ils n'aiment plus les oeuvres classiques : je leur récite du Pouchkine et ils me regardent avec des yeux froids, détachés... Un autre monde les entoure... Ils lisent de la science-fiction. Cela les entraîne, dans un monde différent, où l'homme se détache de la terre, manipule le temps... Ils ne peuvent pas avoir peur de la mort de la même manière que les adultes... Que moi, par exemple. Elle les excite comme quelque chose de fantastique.
Je réfléchis à cela. La mort tout autour oblige à penser beaucoup. J'enseigne la littérature russe à des enfants qui ne ressemblent pas à ceux qui fréquentaient ma classe, il y a dix ans. Ils vont continuellement à des enterrements... On enterre aussi des maisons et des arbres... Lorsqu'on les met en rang, s'ils restent debout quinze ou vingt minutes, ils s'évanouissent, saignent du nez. On ne peut ni les étonner ni les rendre heureux. Ils sont toujours somnolents, fatigués. Ils sont pâles, et même gris. Ils ne jouent pas, ne s'amusent pas. Et s'ils se bagarrent ou brisent une vitre sans le faire exprès, les professeurs sont même contents. Ils ne les grondent pas parce que ces enfants ne sont pas comme les autres. Et ils grandissent si lentement. Si je leur demande de répéter quelque chose pendant le cours, ils n'en sont même pas capables. Parfois, je dis juste une phrase et leur demande de la répéter : impossible, ils ne la retiennent pas... Alors, je pense. Je pense beaucoup. Comme si je dessinais avec de l'eau sur une vitre : je suis seule à savoir ce que représente mon esquisse. Personne ne le devine, ne l'imagine.
Notre vie tourne autour... autour de Tchernobyl. Où était Untel à ce moment-là ? À quelle distance du réacteur vivait-il ? Qu'a-t-il vu ? Qui est mort ? Qui est parti ? Pour où ? Je me souviens que, dans les premiers mois après la catastrophe, les restaurants se sont de nouveau remplis. Les gens organisaient des soirées bruyantes... "On ne vit qu'une seule fois...", "Quitte à mourir, autant que ce soit en musique". Des soldats, des officiers sont venus. Mais Tchernobyl est désormais tout le temps avec nous... Une jeune femme enceinte est morte soudain, sans cause apparente. Le pathologiste n'a pas établi de diagnostic. Une petite fille de onze ans s'est pendue. Sans raison. Une petite fille... Et quoi qu'il arrive, les gens disent que c'est à cause de Tchernobyl. On nous dit : "Vous êtes malades parce que vous avez peur. À cause de la peur. De la phobie de la radiation." Mais pourquoi les petits enfants sont-ils malades ? Pourquoi meurent-ils ? Ils ne connaissent pas la peur. Ils ne comprennent pas encore.
Je me souviens de ces jours... J'avais la gorge irritée et me sentais lourde. "Vous vous faites des idées sur votre santé, m'a dit le médecin. Tout le monde se fait des idées à cause de Tchernobyl." Mais non, je me sentais réellement mal, avec des douleurs partout et les forces qui m'abandonnaient. Mon mari et moi étions gênés de nous l'avouer l'un à l'autre, mais nous commencions à perdre l'usage de nos jambes. Tout le monde autour de nous se plaignait, même nos amis, de ne plus avoir la force de marcher, d'avoir envie de s'allonger au milieu de la route. Les élèves étaient avachis sur les tables et perdaient connaissance pendant les cours. Tout le monde était devenu sombre. On ne rencontrait plus de gens souriants, de visages sympathiques. Les enfants restaient à l'école de huit heures du matin à neuf heures du soir. Il leur était strictement interdit de jouer dehors, de courir dans la rue. On leur avait distribué des vêtements : une jupe et un chemisier aux filles, un costume aux garçons, mais ils rentraient chez eux dans ces vêtements et l'on ne savait pas où ils traînaient avec. Normalement, les mères devaient laver ces vêtements chaque jour, de manière à ce que les enfants aillent tous les matins à l'école avec des habits propres. Mais on n'avait pas distribué de vêtements de rechange. De plus, les mères avaient leurs tâches domestiques. Elles devaient s'occuper des poules, des vaches, des cochons... Elles ne comprenaient pas pourquoi elles devaient se charger de ce surcroît de travail. Pour elles, des vêtements sales devaient porter des taches d'encre, de terre, de graisse et non des isotopes à courte période. Lorsque j'essayais d'expliquer la chose aux parents d'élèves, j'avais l'impression de leur parler en bantou. "Qu'est-ce que c'est que cette radiation ? On ne l'entend pas, on ne la voit pas... Mais moi, je n'ai pas assez d'argent pour finir le mois. Les trois derniers jours avant la paie, nous ne mangeons que des pommes de terre et du lait. Laissez tomber..." Et la mère faisait un geste las de la main. Or, justement, on a interdit de boire le lait et de manger les pommes de terre de la région. Les magasins étaient approvisionnés en conserves chinoises de viande et en sarrasin. Seulement, les villageois n'avaient pas assez d'argent pour se les payer. Les consignes étaient destinées à des individus cultivés. Elles supposaient une certaine éducation. Or cela manquait cruellement ! Le peuple pour qui les instructions étaient rédigées n'existe pas chez nous. Et il n'est pas si simple d'expliquer la différence entre un röntgen et un rem... De mon point de vue, je qualifierais ce comportement de fatalisme léger. Par exemple, la première année, il était interdit de consommer ce qui poussait dans les potagers. Et pourtant, non seulement les gens en ont mangé, mais ils en ont même fait des conserves. De plus, la récolte était extraordinaire ! Comment expliquer que l'on ne peut pas manger ces cornichons ou ces tomates... Cela veut dire quoi : on ne peut pas ? Leur goût est normal et ils ne donnent pas mal au ventre... Et personne ne "brille" dans l'obscurité... Pour changer leur plancher, nos voisins ont utilisé du bois local. Ils ont mesuré : la radiation était cent fois supérieure à la normale. Vous croyez qu'ils ont démonté ce parquet pour le jeter bien loin ? Pas du tout, ils ont vécu avec. Les gens se disent que tout cela va se calmer et finir par s'arranger tout seul. Au début, certaines personnes apportaient des produits alimentaires aux dosimétristes. Le niveau de radiation dépassait systématiquement la norme des dizaines de fois. Mais l'habitude a été vite perdue. "La radiation, on ne la voit pas, on ne l'entend pas. Ce sont des inventions des scientifiques !" Les choses ont repris leur cours : les labours, les semailles, la récolte... L'impensable s'est produit : les gens se sont mis à vivre comme avant. Renoncer aux concombres de son potager était plus grave que Tchernobyl. Pendant tout l'été, les enfants ont été forcés de rester à l'école. Les soldats l'ont lessivée à fond et ont enlevé une couche de terre autour d'elle. Mais, à la rentrée, on a envoyé ces écoliers récolter les betteraves, ainsi d'ailleurs que des étudiants et des élèves des écoles techniques. Ils étaient tous forcés d'y aller. Tchernobyl était moins grave que de laisser des légumes non récoltés dans les champs...

28.11.2007

Un livre essentiel vient de paraître

d’  Orietta OMBROSI
 
 
LE CRÉPUSCULE DE LA RAISON
 
Adorno, Horkheimer, Levinas et Benjamin
à l’épreuve de la Catastrophe
 
préface de Catherine CHALIER
 
 
 
*
 
C’est aux Editions Hermann / Philosophie
www.ediitions-hermann.fr
192 pp.  /  24 euros
 
 
Lire
ci-dessous :
 
Extraits de la préface et de l’avant-propos
Sommaire de l’ouvrage
Un bref avis
 
 
*
 
Extrait de la préface
 
[…] La philosophie, la théologie, les sciences et les techniques, la littérature et les arts, si florissants et subtils, héritiers d’un passé riche en idées, en créations et en découvertes, qui faisaient l’orgueil et la passion de cette civilisation, si âpre dans ses luttes contre l’obscurantisme, furent, en quelques années, sommés de servir l’inhumanité ou de disparaître. Toutes les digues élevées par l’esprit et la raison, par la sensibilité et l’émotion, contre le fond ténébreux et redoutable des hommes, cédaient en effet, une à une, face au courant irrésistible d’une barbarie effrayante qui n’eut de cesse de les anéantir. Les livres furent brûlés, les paroles devinrent des slogans meurtriers, les pensées s’éteignirent dans les esprits et, cela est essentiel, la sensibilité et les émotions furent perverties. L’éclair de la compassion, face aux suppliciés, disparut sous un voile de ténèbres.
Le livre d’Orietta Ombrosi parle de cette effroyable
histoire, de cette violence inouïe et de cette apocalypse,
qui jettent une ombre terrible sur le présent.
[…]
penser aux blessures de jadis, entendre la plainte des Juifs d’Europe assassinés, avec des millions d’autres êtres humains, tous aussi impuissants et tous aussi innocents, comme une question adressée à la philosophie c’est  - peut-être en tout cas- préserver les chances de la raison et de la philosophie, voire de l’espoir.
Catherine CHALIER
 
Extrait de l’avant-propos
 
« Penser le désastre. »  Les mots de Maurice Blanchot se gravent dans le cœur de cette réflexion sur la raison à l’épreuve de la Catastrophe qui s’abattit sur les Juifs d’Europe durant la période hitlérienne. Penser le désastre, c’est d’une part comprendre philosophiquement et savoir pourquoi il s’est produit dans cette Europe civilisée, cultivée et née dans l’idéal de la raison humaine, mûrie dans les valeurs du progrès et des Lumières ; de l’autre, c’est penser à l’éventualité d’un avenir pour la pensée philosophique. En effet, dans la désolation de l’ « après - désastre », est-il encore possible de philosopher ? Peut-on encore trouver un sens ? Si oui, comment faire ? Comment penser ?
[…]
C’est à partir de cette confrontation que sont ici convoquées les pensées de Max Horkheimer (1895-1973), Theodor Wiesengrund - Adorno (1903-1969), Emmanuel Levinas (1906- déjà inquiète avant l’heure. […] le choix de ces auteurs, parfois très distants l’un de l’autre, se justifie parce qu’ils ont tous ressenti la nécessité de témoigner de la souffrance et de la mort imposées aux victimes des chambres à gaz, la nécessité de mettre leur pensée personnelle à l’épreuve de ce scandale et face à cet écueil. Ils ont ressenti l’urgence de confronter leur pensée avec le cri et l’agonie des morts d’Auschwitz. Et moi, j’ai tenté de les interroger précisément là, à l’écoute de cette blessure.
Orietta OMBROSI
 
 
 
SOMMAIRE
 
Préface par Catherine Chalier
 
Avant-propos
 
Prélude.  La nostalgie d’Ulysse
Le mouvement du retour
Le cercle du Même
Pourquoi Ulysse ?
 
     Chapitre I.  Face à Béhémoth, ou le monstre nazi
I.                 Les Juifs, un problème dans l’analyse de l’antisémitisme de Horkheimer
II.            L’antisémitisme, un produit de la civilisation d’après Horkheimer et Adorno
III.        L’hitlérisme, un paganisme selon Levinas
 
Chapitre II.  Sur le seuil : Walter Benjamin
I.                 De l’avant vers l’après : catastrophes
1.     Catastrophe et progrès technique
2.   Catastrophe et continuum historique
3.   Catastrophe et rédemption
II.            De l’après vers l’avant : éclairs dans la remémoration
1.     Dialectique du ressouvenir et de la remémoration
2.   Dialectique de la mémoire et de l’oubli
 
     Interlude. Une philosophie du témoignage
     Filip Müller
     Silence des témoins
     Parole des sauvés
     L’ici et le maintenant du témoignage
 
     Chapitre III.  Des pensées de l’exil : Theodor W. Adorno et    Max Horkheimer
I.                 Adorno : un « triste savoir »
1.     La pensée philosophique après Auschwitz : une vérité de sentiment
2.   Une éthique de la souffrance physique
3.   Pensée théorétique face à la douleur et à la mort
4.   Une mort pire que la mort
5.    Éduquer après, ou contre la froideur
II.            Horkheimer : entre désespoir lucide et espérance muette
1.     La raison et son ombre : l’autodestruction
2.    Raison et nomination
3.    Un intellectuel Juif après Auschwitz
 
    Chapitre IV.  « Dans le pressentiment et le souvenir de l’horreur nazie » : Emmanuel Levinas
I.                 Philosopher après Auschwitz : trois enseignements
II.            Une subjectivité de chair et de sang
1.     La subjectivité en tant que sensibilité
2.    La subjectivité en tant que vulnérabilité
3.    La subjectivité en tant que persécution
III.        Un humanisme du « serviteur souffrant »
1.     Auschwitz comme paradigme de la souffrance inutile
2.    La résistance éthique de l’après
 
Conclusion
 
Bibliographie indicative
 
 
Un bref avis
 
Des premiers à lire la thèse de philosophie soutenue à Paris par Orietta Ombrosi, puis son profond livre Le Crépuscule de la raison, j’ai retiré de ma lecture, non seulement un accroissement de savoir, mais aussi une connaissance approfondie des souffrances des victimes du « sacrifice » massif imposé par un non-sens barbare démesuré, une reconnaissance, enfin, du courage de la pensée qui, en dépit de la tentation de l’abandon nihiliste, résiste et oppose le sens et le sentiment de l’humain à un non-sens inouï.  Cette lecture m’a agrandi le cœur, l’esprit, et, d’une certaine façon, m’a doté d’une expérience qui me faisait défaut : celle de la confiance dans le vouloir vivre, celle de la conscience que l’indignité portée par l’homme ne viendra jamais à bout de la dignité qu’il porte en lui également.
Michel HOST      

23.07.2007

Kafka sur le rivage de Haruki Murakami

Kafka Tamura, est un adolescent de quinze ans, qui fuit Tokyo et son père qu'il déteste, avec à ses trousses une prophétie oedipienne. Kafka ne se souvient ni de sa mère, ni de sa soeur qui sont partis quand il avait quatre ans...
Mr Nakata, est un vieil et brave homme, simple d'esprit depuis un étrange accident dans son enfance, qui sait parler avec les chats. Il est parfois chargé de retrouver ceux qui se sont perdus. Sur la piste d'une chatte nommée Sésame, il se retrouve entraîné dans une macabre aventure qui le dépasse et qui le forcera à prendre la route, lui qui n'avait jamais quitté son quartier. Suivant un appel impérieux, le voilà parti dans une quête dont il ignore tout. Il semble lui-même être l'origine d'étranges évènements tels que des pluies de poissons ou de sangsues. Sur son chemin il trouve un compagnon en la personne de Mr Hoshino, jeune chauffeur routier qui va tout laisser tomber pour suivre Mr Nakata dans cette invraisemblable odyssée...

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Ce que j'en pense :

Quand on se plonge dans Kafka sur le rivage il devient extrêmement difficile d’en sortir. Un peu comme de ces sommeils peuplés de rêves au petit matin. Entre road-movie fantastique et tragédie grecque au parfum de sushi, ce roman est tout simplement époustouflant. Onirique, lyrique, d’une étrange douceur, très humain. Un grand roman initiatique qui laisse le lecteur trouver par lui-même certaines des réponses. Entrecroisements de personnages au destin entremêlé, ce roman est aussi dense qu’une forêt, aussi riche qu’une bibliothèque et d’une simplicité déconcertante. La forêt, la bibliothèque : les deux pôles de l’histoire, le reste est dans la tête ou dans le ventre rythmé par la respiration lointaine et hypnotique de la mer. Kafka sur le rivage nous entraîne en ces lieux aux frontières fluctuantes entre vie et mort, rêve et réalité, dans notre propre labyrinthe intérieur, dans les tréfonds de l’âme humaine. Kafka sur le rivage…. Un stupéfiant chef d’œuvre.

31.05.2007

Galsan Tschinag

Je voudrais vous inciter à découvrir un auteur pour lequel j’ai un grand coup de cœur. Il s’appelle Galsan Tschinag, il est né le 26 décembre 1944 dans une famille de chamans touvas de Mongolie. Il a passé sa jeunesse dans les steppes puis est allée étudier à l’Université de Leipzig. Il est revenu dans son pays, et a commencé de publier en 1981. Sa langue d’origine, le touva, ne possède aucune tradition écrite Il écrit donc en Allemand. Une douzaine de titres, romans, récits et études le situent aujourd’hui parmi les tout premiers écrivains étrangers de langue allemande. Il vit aujourd’hui à Oulan Bator et s’est fait l’ardent défenseur des coutumes de son peuple face aux dangers de la modernisation
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Lire Galsan Tschinag c’est comme franchir une porte qui vous transporte non seulement au cœur des steppes, à travers un paysage physique, à la fois rude, austère  et grandiose, pas seulement dans la chaude intimité du cercle de la yourte mais aussi au plus profond du cœur de l’homme et à la frontière d’un savoir mythique entre tradition et modernité. C’est tout le devenir des cultures minoritaires dans le monde dit moderne qui est en jeu. Son écriture simple et belle trace un chemin et ouvre des voies oubliées, où résonnent des chants anciens et puissants. Et quand on commence à lire, on ne peut plus s'arrêter. Mais ce sont des livres qui n'incitent pas au bavardage, ce sont même parfois des pages de silence, alors je vous invite à découvrir par vous-même :
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Dojnaa, L’esprit des péninsules 2003
Dojnaa est la fille d’un lutteur de légende, une chasseuse hors pair, une femme humiliée par son mari qui la laisse seule avec ses enfants, une femme qui doit affronter les loups mais aussi les hommes. Un court roman dédié “à la femme nomade qui porte sur ses épaules le destin d’un monde en train de disparaître.”
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Sous la montagne blanche, Métailié 2004
Récit autobiographique. Après avoir suivi le « Chemin du savoir », celui d’une éducation moderne, «socialiste» à la mode soviétique des années 60 en fréquentant une école très éloigné géographiquement et culturellement de sa steppe natale, celle de ses ancêtres, où vivent les Touvas, le jeune Dshuruguwaa, qui se sent une vocation de chaman, est déchiré entre cette modernité qui prétend détruire les traditions millénaires de son peuple et qui considère sa foi dans le Père-Ciel et la Mère-terre comme arriérée et sa responsabilité à l’égard de la famille, du clan. Dans ce contexte, l’adolescent grandit, fais ses premières expériences sexuelles et vit la destinée tragique d’un grand amour.
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A lire également :
Ciel bleu, une enfance dans le Haut Altaï
Vingt jours et un
Le monde gris
La fin du chant
La caravane

29.05.2007

Matin brun de Franck Pavloff

J'ai découvert ce petit bouquin lors de sa parution en 1998, déjà il circulait de main en main et pour cause... Il me semble aujourd'hui qu'il mérite plus que jamais d'être connu.
Son auteur Franck Pavloff est né en 1940 à Nîmes et il a hérité de son père bulgare, anarchiste, le goût impérieux de bousculer les barbelés et les pensées confisquées. Une dizaine d'années à tisser des projets de développement communautaire à travers l'Afrique et l'Asie. Une vingtaine d'autres à animer des associations de prévention de la délinquance et de la toxicomanie. Spécialiste de la psychologie et du droit des enfants.
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Quatrième de couverture :

"Charlie et son copain vivent une époque trouble, celle de la montée d'un régime politique extrême : l'Etat brun.

Dans la vie, ils vont d'une façon bien ordinaire : entre bières et belote. Ni des héros, ni des purs salauds. Simplement pur éviter les ennuis, ils détournent les yeux.
Sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d'entre nous ?"
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Extrait : "Je n'ai pas dormi de la nuit. J'aurai dû me méfier des Bruns dès qu'ils nous ont imposé leur première loi sur les animaux. Après tout, il était à moi mon chat, comme son chien pour Charlie, on aurait du dire non. Résister davantage, mais comment ? ça va si vite, il y a le boulot, les soucis de tous les jours. Ls autres aussi baissent les bras pour être un peu tranquilles, non ?
On frappe à la porte. Si tôt le matin, ça n'arrive jamais. J'ai peur. le jour n'est pas levé, il fait encore brun dehors. Mais arrêtez de taper si fort, j'arrive."
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Vous pouvez vous procurer Matin brun chez Cheyne éditeur pour la modique somme de 1 euro (oui oui).

Cheyne Editeur 43400 LE-CHAMBON-SUR-LIGNON

09.01.2007

Une saison de machettes, Jean Hatzfeld

Ce que j’en pense :

On ne lit pas Une saison de machettes, on l’avale, comme on peut, difficilement.

On en prend un petit bout, puis on laisse reposer, afin que la nausée passe puis on reprend et comme ça peu à peu on arrive au bout de ces récits qui à vrai dire se passent de tout commentaires. On ne peut que saluer le courage de l’auteur qui a entrepris de recueillir ces témoignages et d’en faire ce document essentiel. Jean Hatzfeld avait déjà fait paraître en 2001 Dans le nu de la vie, Récits des marais rwandais, où il avait recueilli les témoignages des rescapés du génocide. Je n’ai pas lu ce livre, mais j’imagine qu’aussi insupportable qu’il soit, il demeure pourtant un témoignage de victimes, dont on ne peut que se sentir solidaires. Mais quand il s’agit de leurs tueurs, des tueurs qui sont leurs voisins, leurs collègues, leur co-équipiers de foot, leur instituteur, leurs époux… Des tueurs partis "couper", qui vous racontent ça comme des chasseurs du sud-ouest vous raconteraient une partie de chasse aux palombes, des tueurs qui quelque part ne font pas vraiment preuve de remords, qui ne saisissent ou ne veulent pas saisir l’horreur de leurs gestes, alors ces témoignages prennent une coloration complètement surréalistes, atrocement absurdes.

Et pourtant ces hommes là ont parlé, ont accepté de parler. Ils ont même, sauf un, posé pour une photo que l’on retrouve à la fin de l’ouvrage. Pourquoi ?

Et comment garder confiance en l’Homme lorsqu’on se trouve confronté à la folie bestiale d’un génocide ?

Ce sont les questions que posent ce livre, en tentant quelques comparaisons avec d’autres génocides et des ouvrages comme Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne, publié en 1992 par le chercheur américain Christopher Browning, mais il n’y répond pas. Je crois bien qu’il est impossible d’y répondre.
Et en refermant
Une saison de machettes, on ne peut s’empêcher de se demander lesquels d’entre nos voisins viendraient nous découper, nous éliminer ou nous vendre si tout à coup tout basculait… 

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Une saison de machettes
Jean Hartzfeld
Seuil 2003
 
Ancien reporter à Libération, Jean Hatzfeld a quitté le journalisme pour se pencher exclusivement sur le génocide rwandais. Après Dans le nu de la vie, dans lequel il rapportait les récits des rescapés tutsis, il sort un nouvel ouvrage consacré cette fois aux tueurs des marais, Une saison de machettes. Jean Hatzfeld y raconte ses entretiens avec les auteurs du massacre.

12.12.2006

Terre somnambule de Mia Couto

(Terra Sonâmbula, 1993), roman, traduit du portugais par Maryvonne Lapouge-Pettorelli. [Paris], Éditions Albin Michel, « Les Grandes traductions », 1994

Sur une route déserte, un vieil homme et un enfant marchent, épuisés. Alentour, un Mozambique déchiré entre troupes régulières et bandes armées. Devant eux, un car-brousse, ou ce qu'il en reste : tôles incendiées, corps pêle-mêle ; un asile, pourtant, où le vieillard et l'enfant vont faire halte et découvrir, miraculeusement intacts, les cahiers d'un certain Kindzu. Le récit de cet homme parti vers l'inconnu pour renouer avec l'esprit des sorciers et des guerriers sacrés leur livrera peu à peu la clé de leur destin.

Premier roman du jeune écrivain mozambicain António Emílio Leite Couto. Fils du poète Fernando Leite Couto (1924). Biologiste de formation. Militant du Frelimo (Front de libération du Mozambique). Collaborateur de nombreuses publications (África, Colóquio Letras, Hora de Poesia, etc.). Il a été directeur de l’Agence d’information du Mozambique, des revues Tempo et Domingo, et du journal Notícias de Maputo. Après un livre de poèmes (Raiz de Orvalho, 1983), deux recueils de nouvelles (Vozes Anoitecidas, 1986 ; Cada Homen É Uma Raça, 1990), et un volume de chroniques (Chronicando, 1991), il publie son premier roman en 1992 (Terres somnambules), qui a comme toile de fond la guerre civile dans son pays. Depuis, il a fait paraître de nombreux ouvrages (romans, nouvelles, contes) traduits un peu partout dans le monde. Il a également collaboré à plusieurs films. Prodigieux conteur, artisan d'une langue portugaise subvertie, métissée de parlers populaires, « mozambicanée».


Ce que j'en pense :

il est d'abord déroutant ce roman, deux histoires y avancent en filigrane. Un aller-retour incessant entre le présent des deux protagonistes, le vieil homme et l'enfant réfugiés dans un car-brousse incendié, au-milieu des morts, un no man's land sinistre cerné de violence, où passé et présent, réel et rêvé, s'entremêlent constamment et la lecture des cahiers trouvés là, dans lesquels aussi se mélangent l'histoire et le mythe, le vécu et le rêvé... Il n'est pas forcément nécessaire de connaître l'histoire du Mozambique même si cela aide à la compréhension du fond de ce roman. Par contre il est nécessaire de lire avec les tripes, plus qu'avec sa tête, de lire avec cet organe indéfinissable qui se met à vibrer dès qu'on le confronte à la dimension poétique. L'écriture de ce roman est belle, étrange et fascinante, et c'est bien de poésie qu'il s'agit ici. Une poésie qui puise dans l'imaginaire africain autant qu'à la beauté de la langue, ici donc celle de l'ancien colon, le Portugais, en les mêlant eux aussi pour en créer de nouvelles images, riches et surprenantes et qui donnent un style très particulier qui rappelle certains romans latino-américains. Une poésie où se diluent dans une sorte de fièvre, de lent cauchemar, le tragique des destins, la barbarie des guerres civiles comme les paysages qui en sont le décor. L'absurde violence, l'abysse des souffrances, là où l'homme se confond avec l'animal, n'en sont que plus palpables. Etrange, magnifique et bouleversant roman dont on ne sait pas exactement comment on y est entré, ni quand on en est sorti

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