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27/02/2015

Je hais les matins de Jann-Marc Rouillan - Nouvelle édition, revue et actualisée

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(Première édition : Denoël, 2001)

288 pages (11x18 cm)            
12.00 € ISBN 978-2-7489-0225-9
à paraître le 13 mars 2015

« Voici plus de treize ans que je matricule en rond. J’ai beaucoup désappris. J’ai désappris la nuit. Il ne fait jamais nuit dans vos prisons. Nous sommes toujours sous les projecteurs au halo orangé, comme sur les autoroutes belges et les parkings de supermarché. J’ai désappris le silence. La prison ne connaît pas le silence. Il s’en écoule toujours une plainte, un cri, une rumeur. » « Plus de pendu aux branches, nous sommes à l’époque du capitalisme démocratique, de la représentation idéologique du “No letal system”. Intra-muros, on assassine par “fatalité” juridico-administrative. On élimine le non-compatible. On le dissout dans l’acide du temps. On le crève comme une bactérie. »

Depuis la prison de Lannemezan où il purge une condamnation à perpétuité et a déjà passé 4 750 matins, Jann-Marc Rouillan décrit son passé de militant d’Action directe, ses camarades, les grandes absentes que sont les femmes, son quotidien de taulard. Entre parloirs et transferts arbitraires, dans cet univers saturé de violence, toujours à la limite de la folie, la fidélité à ses engagements politiques devient pour lui une question de survie, face à cette autre forme de peine de mort qu’est la lente déshumanisation imposée par l’incarcération.
 

Né en 1952 à Auch, Jann-Marc Rouillan a été incarcéré de 1987 à 2011 pour ses activités au sein du groupe Action directe. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages, il a publié chez Agone Lettre à Jules (2004), La Part des loups (2005), Chroniques carcérales (2008), Paul des Épinettes et moi (2010), De Mémoire I, II, III (2007, 2009, 2011). Dernier livre paru, Le Tricard. Chronique du dehors d’un interdit de séjour (Al Dante, 2013).






22/02/2015

Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique, le nouvel essai de Naomi Klein

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en librairie le 25 mars prochain

Coédition Actes Sud/Lux

Notre modèle économique est en guerre contre la vie sur Terre. Nous ne pouvons infléchir les lois de la nature, mais nos comportements, en revanche, peuvent et doivent radicalement changer sous peine d’entraîner un cataclysme. Pour Naomi Klein, la lutte contre les changements climatiques requiert non seulement une réorientation de nos sociétés vers un modèle durable pour l’environnement, mais elle ouvre aussi la voie à une transformation sociale radicale, transformation qui pourrait nous mener à un monde meilleur, plus juste et équitable. Tant par l’urgence du sujet traité que par l’ampleur de la recherche effectuée, Naomi Klein signe ici son livre sans doute le plus important à ce jour.

 

 

 

17/02/2015

Les Usurpateurs - Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir de Susan George

 

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Traduit par Myriam Dennehy

Date de parution 23/10/2014

Documents (H.C)

192 pages - 17.00 € TTC

 
 

Lobbyistes au service d’une entreprise ou d’un secteur industriel, PDG de transnationales dont le chiffre d’affaires est supérieur au PIB de plusieurs des pays dans lesquels elles sont implantées, instances quasi-étatiques dont les réseaux tentaculaires se déploient bien au-delà des frontières nationales : toute une cohorte d’individus ---qui n’ont pas été élus, ne rendent de comptes à personne et ont pour seul objectif d’amasser des bénéfices-- est en train de prendre le pouvoir et d’orienter en leur faveur des décisions politiques majeures, qu’il s’agisse de santé publique, d’agroalimentaire, d’impôts, de finance ou de commerce.

Ces usurpateurs s’ingèrent dans les affaires du monde à coups de financements et de renvois d’ascenseurs, s’infiltrent dans les Nations unies et, sous la houlette de Davos, œuvrent pour un monde à leur image. Ils décident du contenu de traités commerciaux stratégiques, qui se négocient dans le plus grand secret mais toujours sous l’œil attentif des représentants du secteur privé.

Cette clique entrepreneuriale tient les citoyens ordinaires sous sa coupe et ne s’embarrasse guère de l’intérêt public et du bien commun. Il est grand temps de les arrêter.


Franco-américaine, présidente d’honneur d’Attac-France, et présidente du conseil du Transnational Institute (Amsterdam), Susan George s’est engagée depuis longtemps dans les combats internationaux contre les effets dévastateurs de la mondialisation capitaliste. Elle est l’auteur de nombreux essais, depuis le célèbre Comment meurt l’autre moitié du monde (1976), bestseller mondial, jusqu’à « Cette fois, en finir avec la démocratie », Le Rapport Lugano II (Seuil, 2012).

 

 

 

 

10/02/2015

Le livre noir des banques

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ATTAC & Basta!


Date de parution : 11/02/2015
ISBN : 979-10-209-0179-8
320 pages
14,5 x 22 cm

21.50 €


Disponible également en version numérique
Prix : 14.99 €


Des centaines de milliards d’euros : c’est ce qu’ont coûté les plans de sauvetage des banques françaises après le quasi-effondrement du système financier mondial en 2008, pris au piège de ses propres folies spéculatives. Indignation de l’opinion, grandes promesses de régulation : on allait voir ce qu’on allait voir pour recadrer une finance devenue « ennemie ».

Six ans plus tard, où en est-on ? Les banques sont-elles redevenues utiles à l’économie et à la société ? C’est tout le contraire !


 

Des centaines de milliards d’euros : c’est ce qu’ont coûté les plans de sauvetage des banques françaises après le quasi-effondrement du système financier mondial en 2008, pris au piège de ses propres folies spéculatives. Indignation de l’opinion, grandes promesses de régulation : on allait voir ce qu’on allait voir pour recadrer une finance devenue « ennemie ».

Six ans plus tard, où en est-on ? Les banques sont-elles redevenues utiles à l’économie et à la société ? C’est tout le contraire ! Elles paient toujours moins d’impôts et favorisent l’évasion fiscale. Elles continuent de spéculer sur les matières premières et financent des projets très polluants. Elles détournent l’épargne d’utilité sociale ainsi que les financements abondants et gratuits reçus de la Banque centrale européenne. Nos banques coûtent très cher à la société et constituent une véritable et dangereuse bombe à retardement. Ce livre révèle le prix exorbitant, mais passé sous silence, de leurs activités. Et permet de comprendre comment la finance, et notamment les principales banques françaises, organise cette gigantesque captation de richesse, d'une ampleur inégalée.

 

Ce livre explique aussi pourquoi les responsables politiques ont accepté, sans exception, de maintenir un système qui privatise les profits et socialise les pertes. Il montre comment les réformes annoncées ont été réduites à minima. Il retrace l'histoire de conflits d'intérêts et de collusions incroyables, d'une capture idéologique inouïe, de responsables politiques et administratifs sous influence. Une histoire de renoncements, d'aveuglements et de complicités. Entrons dans le monde des banques françaises. Là où la finance a un visage. Celui d'une oligarchie bancaire plus que grassement rémunérée, coupable d’un véritable hold-up planétaire… 

 

http://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Le_livre_...

22/01/2015

(Enfin) Une vision positive de l’enfant

 

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Cet article est involontairement d’une actualité bouleversante.
Ce mercredi 7 janvier, le siège du journal satirique Charlie Hebdo a été attaqué à l’arme de guerre. La rédaction a été décimée.
Puisse cet article contribuer à la réflexion sur la violence et la haine en y apportant des propositions bienveillantes et altruistes.

Oui, la nature humaine est bonne ! d’Olivier Maurel est un livre qui (re)donne la gniaque !
Grand classique de l’éducation bienveillante, cet ouvrage se penche sur la source de la violence humaine et va à contre-courant de l’idée selon laquelle cette violence serait innée, gravée dans nos gènes, notre nature, notre espèce.

Olivier Maurel, admirateur et diffuseur des idées d’Alice Miller est président de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire. Tous ses livres (que je vous recommande !) portent sur la violence et ses causes.

La violence éducative ordinaire, origine et répercussions

Tout le monde en France s’accorde à dénoncer les châtiments corporels faits aux enfants. Mais étonnamment, cette mise au pilori est accompagnée d’une indifférence toute aussi généralisée concernant la violence éducative ordinaire.

La violence éducative ordinaire ce sont les gifles, les fessées, les « petites » tapes sur les mains, la tête, l’arrière-train… C’est aussi la violence psychologique : le mépris, la dévalorisation, l’exclusion, l’indifférence des adultes vis-à-vis des enfants.

«Un sondage SOFRES réalisé en France en janvier 1999 pour l’association Eduquer sans frapper nous apprend que 84% des personnes interrogées donnent des coups à leurs enfants (33% en donnent rarement, 51% en donnent souvent).»

Cette situation n’est pas spécifique à la France. Olivier Maurel nous apprend que 80 à 90% des enfants dans le monde ont reçu des coups de leurs parents ou de leurs enseignants, grands-parents, éducateurs… bref des adultes représentant la base de sécurité de l’enfant.

Nous avons donc (presque) tous subi une forme de violence dans notre éducation (et la moitié d’entre nous de façon régulière !), et ce, à une période de notre vie où notre cerveau est en plein développement et en construction.

Or, la violence éducative ordinaire est une forme de maltraitance. Et c’est un des objectifs de ce livre de démontrer pourquoi.

Effets de la violence éducative

«Il semble cependant qu’on puisse dire qu’appartiennent spécifiquement
aux conséquences de la violence éducative :

  • l’apprentissage des gestes de la violence ;
  • la valorisation de cette forme particulière de violence qu’est la violence éducative ;
  • l’indifférence au spectacle de la violence éducative considérée comme normale ;
  • l’ignorance, l’oubli, le silence, la cécité par rapport à la violence éducative ;
  • le stress provoqué par les coups ou la peur des coups ;
  • l’apprentissage du mépris des enfants, corollaire du fait qu’on a le droit de les frapper comme s’ils étaient des êtres inférieurs ;
  • et bien sûr, les effets physiologiques spécifiques de la violence éducative […] ;»

A partir de travaux de recherche en sociologie (Alice Miller), neurosciences (Antonio Damasio), philosophie (Emmanuel Todd) et même primatologie (le travail de Frans de Waal sur les grands singes), l’auteur établit les effets de la violence éducative sur les victimes et analyse ses conséquences politiques, économiques et sociales. C’est passionnant !

D’où vient la violence éducative ordinaire ?

Le plus gros problème de la violence éducative est qu’elle se nourrit d’elle-même.
Parce qu’on a facilement tendance à reproduire (au moins en partie) le modèle d’éducation que l’on a reçu, parce que l’on a tendance à minimiser la portée des coups reçus (le fameux « J’ai reçu des fessées et j’en suis pas mort-e »), parce qu’il est difficile de porter un regard critique sur ses parents, parce que aussi on ne sait pas comment faire autrement.

Ainsi les nombreuses études démontrant la nature intrinsèque de la violence humaine sont biaisées, car elles ne tiennent pas compte du fait que leur sujet d’étude (les Hommes) sont eux-mêmes conditionnés à cette violence de par leur éducation.

Nous sommes comparables à des sexologues qui vivraient dans une population composée uniquement de femmes excisées et infibulées, et qui considéreraient les conséquences de cette particularité comme naturelles. Quelle confiance pourrait-on faire à leur connaissance de la sexualité humaine ?

Réhabilitation de l’enfant

Olivier Maurel va à l’encontre de l’idée largement répandue selon laquelle l’Homme (et donc l’enfant) est fondamentalement mauvais et que c’est l’éducation/la société/la civilisation qui peut le rendre bon.
Il retrace l’historique de cette conception pessimiste, diffusée depuis des millénaires par les religions (le pêché originel), la psychanalyse (« l’enfant est un pervers polymorphe » et la théorie des pulsions) et la sagesse populaire (« Qui aime bien, châtie bien »).
Au contraire, l’empathie, la sociabilité et la solidarité sont des valeurs fortement ancrées en nous et qui nous ont permis de survivre et d’évoluer tout au long de notre histoire.

Et si on était tous bienveillants ?

L’exemple des 400 « Justes parmi les nations » est pour cela édifiant. Samuel et Pearl Oliner ont étudié l’enfance et l’éducation qu’ont reçu ces hommes et ces femmes qui, au péril de leur vie et sans l’espoir de la moindre récompense, ont sauvé la vie de leurs congénères désignés par la pensée dominante comme sous-hommes.
Il s’avère que tous ces Justes, absolument tous, ont vécu dans un climat familial aimant et respectueux, et ont eu une éducation non autoritaire et non répressive. Ils expliquent d’ailleurs leur choix comme « étant naturel », « allant de soi ». Leur altruisme est instinctif.

A l’inverse, tous les grands dictateurs de l’Histoire ont subi durant leur enfance des violences extrêmes de la part de leurs parents.

«L’enfant n’est pas partagé entre le bien et le mal. Il est tout entier positivité, volonté de vivre et de vivre avec. […] Avoir le choix entre respecter les autres et soi-même, ou leur nuire, c’est en fait avoir le choix entre être soi-même ou se renier.»

L’éducation bienveillante n’est donc pas seulement bénéfique dans la relation parent-enfant, elle est aussi LA solution à la violence de nos sociétés. Nous devons faire confiance à nos enfants et les laisser grandir en les accompagnant et en leur permettant de s’exprimer pleinement plutôt qu’en les contraignant et en les dirigeant. C’est à cette condition que nous aurons des sociétés plus justes, plus égalitaires et plus heureuses.

En conclusion

Malgré quelques redites et des citations parfois surprenantes (j’ai du mal avec les sources du type « un reportage de TF1 nous apprend que…. »), ce livre reste un document quasi exhaustif à lire absolument.
Olivier Maurel ne juge pas, n’accuse pas, mais dévoile les mécanismes historiques, sociologiques, culturels et sociétaux qui font que la violence éducative est malheureusement la norme pour l’immense majorité de l’humanité. Mais cela peut encore changer. Il faut pour cela que les adultes considèrent les enfants comme des êtres à part entière, dont la vulnérabilité ne doit pas être vue comme une faiblesse mais comme un investissement sur l’avenir.
Ce livre confirme bien ma conviction profonde : Les enfants d’aujourd’hui sont les citoyens de demain.

Alors quel monde voulons-nous pour demain ?

Source : http://lesvendredisintellos.com/2015/01/09/enfin-une-visi...

 

 

09/01/2015

La stratégie du choc - Naomi Klein - 2007

La Stratégie du choc, la montée d'un capitalisme du désastre (The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism) est un essai socio-politique altermondialiste publié en 2007 par la journaliste canadienne Naomi Klein, également auteure de No Logo.

 

 

 

24/11/2014

Vient de paraître : Que pèse une vitre qu’on brise d’Abdelmadjid Kaouah

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"Profonds et lapidaires, hantés par le souvenir des compagnons assassinés ou traversés par les douleurs de l’exil, les poèmes du recueil "Que pèse une vitre qu’on brise" d’Abdelmadjid Kaouah témoignent de plus de quarante ans d’écriture et de la place du poète dans l’histoire de la poésie algérienne francophone.
Ce recueil de 86 pages, paru aux éditions algériennes Arak, rassemble une quarantaine de textes, pour la plupart inédits, écrits par Abdelmadjid Kaouah entre 1972 et 2014, offrant aux lecteurs une occasion de découvrir ou de redécouvrir une verve poétique constante, marquée par des drames humains dans l’Algérie contemporaine.
Présentés selon un ordre plus ou moins chronologique, ces textes portent également des hommages à d’autres poètes, algériens comme Tahar Djaout, Youcef Sebti et Jean Sénac (tous trois assassinés) ou étrangers comme l'immense Mahmoud Darwish et le poète bosniaque Izet Sarajlic.
Témoins de l’ "être fraternel" du poète, comme l’écrit Djamel Amrani- autre grand poète algérien dont un article sur Kaouah est inséré au livre- ces poèmes dédiés, parmi les plus poignants du recueil, replongent aussi les lecteurs dans l’horreur de la violence terroriste des années 1990 .
L’évocation de cette époque où "l’on arme la haine/ à coup de versets inversés" est
différemment présentée par le poète, selon les textes: de strophes incantatoires et puissantes, énumérant des noms de victimes dans "Maison livide" (1994), elle devient une vision de "femmes en noir" posant des "talismans" pour conjurer le "règne de l’oubli".

L’exil européen du poète après ces années de "folie" et d’ "enfer" constitue un autre thème majeur du recueil que le poète explore avec autant de diversité. Dans "Les portes de l’exil s’ouvrent à Blagnac", Kaouah s’interroge avec amertume: "Qu’est-ce qu’un aéroport", sinon un "commerce de l’absence/ une maison close puant de nostalgies", alors que dans d’autres, il convoque la figure mythique d’Ulysse.
Cette référence récurrente au héros de l'Iliade, renseigne également sur l’ancrage méditerranéen du poète, comme l’explique le sociologue espagnol Jordi Estivill dans l’avant propos du recueil.
L’évocation de la mer est aussi présente lorsque qu'il s’agit pour Kaouah de parler de ses années de jeunesse dans sa ville natale d’Ain-Taya, une référence à la nature, très présente, surtout dans les plus vieux textes du recueil.
Accompagnés de reproductions de tableaux du peintre Djamel Merbah, "Que pèse une vitre qu’on brise" constitue un événement éditorial rare en Algérie où la poésie n'est quasiment plus publiée.
Il se veut également, par sa qualité d’édition, un juste hommage à ce poète discret et peu cité dans les travaux sur la poésie algérienne d’expression française.
Né dans les années 1950 en Algérie et établi en France depuis les années 1990, Abdelmadjid Kaouah est l’auteur d’une vingtaine de recueils, parus en Algérie et en France. Également journaliste et chroniqueur littéraire, il a notamment dirigé "Quand la nuit se brise", une des meilleures anthologies de la poésie algérienne francophone parue à ce jour."

 

par Fodhil Belloul

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J'avais eu l'immense plaisir d'inviter et recevoir Abdelmajid Kaouah lors d'une soirée poésie organisée dans la cadre des Mardi de St Cirq à St Cirq-Laopopie en 2008. On peut le retrouver également dans le numéro 23 de la revue Nouveaux Délits :

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/archive/2007/...

 

 

 

20/11/2014

Née de la pluie et de la terre de Rita Mestokosho aux Éditions Bruno Doucey

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Photographies de Patricia Lefebvre
Préface de J.M.G. Le Clézio

Parution : le 4 septembre 2014

Le mot de l’éditeur : Née de la pluie et de la terre est le livre d’une rencontre entre deux femmes, de civilisations différentes, qui se reconnaissent comme soeurs dans le tissage d’une parole universelle. L’une est poète, l’autre photographe. Patricia Lefebvre a rencontré Rita Mestokosho lors des séjours qu’elle effectua chez les Innus, peuple autonome du Québec. Ses photographies accompagnent la poésie simple, authentique et chamanique d’une femme qui s’adresse aux forêts, aux lacs, aux rivières, à l’ours, au saumon, au vent ou aux nuages, comme à la grand-mère qui lui a transmis l’amour de la vie. Car la poésie de Rita Mestokosho est, ainsi que l’écrit J. M. G. Le Clézio, préfacier de ce livre, « pleine de cette puissance féminine qui imprègne les peuples anciens. Quelque chose de calme et d’incorruptible qui s’ouvre sur l’avenir. » Comme lui, je suis heureux et fier de faire entendre cette voix native d’un peuple qui lutte pour sa survie.

Extrait :

« Mon coeur est fait de branches de sapin
Entremêlées à toutes les saisons du monde
Je dors pour mieux tapisser tes rêves
Et celui du chasseur en quête d’une terre
Où il pourra alimenter son envie d’être libre
De marcher en admirant les courbes des rivières
De nourrir sa faim et d’assouvir sa soif »

Collection : Passage des arts

Pages : 112
Prix : 17,50 €
ISBN 978-2-36229-071-8

 

J'ai eu l'immense plaisir de publier Rita Mestokocho dans le numéro 33 de la revue Nouveaux Délits :

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/archive/2009/...

 

 

15/08/2014

Marija Gimbutas, archéologue et préhistorienne de l’ère matristique

 

 

Marija Birutė Alseikaitė ou Marija Gimbutienė, généralement connue comme Marija Gimbutas est née le 23 janvier 1921 à Vilnius et morte le 2 février 1994 à Los Angeles, Californie, USA. Elle est une archéologue et préhistorienne américaine d’origine lituanienne.

La culture préhistorique de la déesse

Durant quinze ans, Marija Gimbutas effectue des fouilles archéologiques dans le sud–est de l’Europe méditerranéenne, révélant au monde l’existence d’une civilisation pré-indo-européenne dénommée « culture préhistorique de la déesse », ayant existé à partir du Paléolithique et perduré plus de 25 000 ans. Le langage de la déesse (titre original : The language of the Goddess, 1989), La civilisation de la déesse (1991), Déesses et dieux de la vieille Europe (1974) comptent parmi ses œuvres majeures, qui lui valent une renommée posthume mondiale. Le langage de la déesse est également le titre d’une exposition qui lui fut consacrée en Allemagne au musée Frauen à Wiesbaden en juin 1993.

L’hypothèse kourgane : l’avènement du patriarcat

En 1956, M. Gimbutas publia son hypothèse kourgane, fondée sur le rapprochement de la linguistique comparative et des données archéologiques recueillies lors des fouilles des tumulus de la culture kourgane d’Asie centrale, et destinée à lever un certain nombre d’énigmes relatives aux peuples locuteurs du proto-indo-européen (PIE), qu’elle proposa d’appeler « kourganes » (c’est-à-dire peuple des tumulus des steppes) ; il s’agissait de proposer une origine et une route de migration des proto-indo-européens vers l’Europe. Cette hypothèse, par le rapprochement entre plusieurs disciplines, exerça un impact considérable sur la science préhistorique.

Des cavaliers conquérants

Marija Gimbutas identifie la culture des kourganes à l’habitat originel des Indo-Européens. Cette culture du Mésolithique située entre la Volga et les fleuves de l’Oural se distingue par la domestication précoce du cheval. La mobilité ainsi gagnée aurait créé des groupes de cavaliers combattants, et aurait conduit à des formes de société dites patriarcales. Entre -4500 et -3000, les Indo-européens, ce « peuple de cavaliers », auraient pénétré en plusieurs vagues successives dans la région du Dniepr, l’Ouest de l’Ukraine et la Moldavie. Ils auraient transformé la culture de type agricole existante, et se seraient établis en tant qu’aristocratie dirigeante, imposant leur langue. Cette conquête de l’Europe par la culture des kourganes serait caractérisée en archéologie par la culture rubanée et par la Culture des vases à entonnoir.

Succès bibliographiques

De façon inattendue, Gimbutas connut la faveur du grand public grâce à ses trois derniers livres : Dieux et déesses de l’Europe préhistorique (The Goddesses and Gods of Old Europe, 1974); Le langage de la déesse (1989, thème d’une exposition au musée de Wiesbaden), et La Civilisation de la déesse (The Civilisation of the Goddess, 1991), qui passe en revue ses recherches sur les cultures néolithiques d’Europe : l’habitat, les structures sociales, l’art, la religion et la nature des savoirs.

Du collectivisme égalitaire et pacifique à la société hiérarchique et guerrière de castes

Dans La Civilisation de la déesse, Gimbutas formalise son analyse des différences entre la société européenne primitive, selon elle de type matriarcal et articulée autour du culte d’une déesse mère, et la culture patriarcale (ou « androcratique », pour reprendre l’hellénisme de l’auteur) de l’Âge du bronze qui finit par la supplanter. Selon son interprétation, les sociétés matricarcales (« gynocentrique », « gylanique » pour reprendre les mots de Gimbutas) étaient pacifiques, révéraient les homosexuels et favorisaient la mise en commun des biens. Les tribus patriarcales des kourganes auraient, en migrant vers l’Europe, imposé aux populations matriarcales indigènes un système hiérarchique guerrier.

Articles connexes :

Le Langage de la déesse (1988)

Les « Vénus » de la préhistoire, les figures féminines peintes sur les céramiques, les signes abstraits gravés sur des vases, tous ces vestiges représentaient, selon Marija Gimbutas, une grande déesse – symbole de la vie – dont le culte fut constant au cours de la préhistoire et du néolithique européens.

L’histoire ancienne de l’Europe

Une « déesse » hantait l’esprit des chasseurs de la préhistoire. Une déesse à la féminité marquée et dont la silhouette ou les traits caractéristiques – seins, fesses, pubis, grands yeux – se retrouvent partout en Europe, peints ou gravés sur les parois des cavernes, sculptés sur la pierre, l’os ou le bois. Des milliers d’années plus tard, elle subjuguait encore les paysans du néolithique. Partout en Europe, on la découvre peinte sur des céramiques ou gravée sur les objets quotidiens. Pendant près de 25 000 ans, les premiers Européens auraient ainsi voué un culte à cette déesse, symbole de nature et source de vie, qui fait naître les enfants et pousser les plantes. Puis, vers le Ve millénaire av. J.-C., des peuples indo-européens, farouches guerriers, éleveurs de chevaux, auraient pris le pouvoir sur les sociétés agraires et imposé leur langue, leur pouvoir, leurs mythes : des dieux masculins, autoritaires et violents, auraient alors refoulé dans un lointain passé les charmantes déesses préhistoriques. Voilà, à grands traits, l’histoire ancienne de l’Europe, telle que l’a reconstruite Marija Gimbutas à partir de ses nombreuses recherches archéologiques.

Une Lituanienne à Harvard

Née en 1921, M. Gimbutas a quitté son pays natal pour se réfugier, pendant la guerre, en Autriche, où elle débuta ses études d’archéologie et de linguistique, poursuivies en Allemagne où elle obtint son doctorat en 1946. Après la guerre, on la retrouve aux États-Unis, à l’université de Harvard, où elle est recrutée comme chercheuse, spécialiste de l’archéologie d’Europe de l’Est, domaine alors largement méconnu. C’est dans les années 1960 qu’elle se fait connaître pour sa fameuse théorie de la « culture des kourganes » qui va susciter un premier grand débat dans la communauté scientifique. Kourgane est le nom turc pour désigner les tumulus, ces sépultures monumentales collectives, apparues dans la région de la Volga, entre mer Noire et mer Caspienne, qui se sont répandues ensuite dans toute l’Europe. Les kourganes seraient, selon M. Gimbutas, les symboles les plus marquants du premier peuple indo-européen : un peuple d’éleveurs et de guerriers qui aurait envahi l’Europe et l’Inde du Nord. Par vagues successives, il aurait imposé partout sa langue et ses mythes. Avec cette théorie des kourganes, M. Gimbutas a donné une consistance archéologique à ce mythique peuple indo-européen qui, selon linguistes et mythologues, aurait constitué la souche culturelle commune de l’Europe et de l’Inde du Nord.

En 1963, M. Gimbutas entre à l’UCLA. Dans les années suivantes débute une campagne de fouilles en Europe du Sud-Est (Yougoslavie, Grèce, Italie), fouilles qui vont se prolonger une quinzaine d’années et l’orienter vers une nouvelle direction de recherche. Parmi les vestiges sortis de terre, M. Gimbutas remarque que de nombreuses poteries ont des formes féminines. Certaines arborent des signes géométriques – formes en V, en M, zigzags. On retrouve d’ailleurs ces signes sur des céramiques en forme d’oiseau.

Des symboles négligés par l’archéologie officielle

Plus elle fouille, plus s’accumulent des traces, des traces trop fréquentes pour être négligées, ce que font pourtant la plupart de ses collègues : « L’ensemble des matériaux disponibles pour l’étude des symboles de la vieille Europe est aussi vaste que la négligence dont cette étude a fait l’objet ». Une nouvelle hypothèse émerge. Et si les figures féminines étaient des déesses ? Et les signes et figures géométriques qui les accompagnent des représentations symboliques de ces déesses (comme la croix remplace Jésus dans la symbolique chrétienne) ? Dans cette hypothèse, l’abondance des vestiges attesterait bien de la présence d’une forte présence féminine aux côtés des dieux masculins.

La trinité féminine

En 1974, M. Gimbutas publie un premier livre titré Déesses et dieux de la vieille Europe. Dans ce premier livre, elle soutient qu’un culte de trois déesses féminines était présent dans le Sud-Est de l’Europe. Par la suite, elle étendra son hypothèse à toute l’Europe et fusionnera les figures féminines en une seule et même déesse. Dans les années qui suivent, et jusqu’à sa mort en 1994, M. Gimbutas ne cessera de poursuivre cette piste. Le Langage de la déesse est en quelque sorte l’aboutissement et la synthèse de ses recherches sur la déesse de la préhistoire.

Pour une archéomythologie

Comment décrypter la mythologie d’une société sans écriture dont les vestiges se résument à des céramiques, des outils, des objets gravés de motifs géométriques ? En règle générale, les archéologues se gardent bien de se lancer dans des interprétations symboliques, leur tâche principale se bornant à dater et à classer les matériaux retrouvés pour reconstituer des emprunts, tracer les aires culturelles et leurs contacts possibles. M. Gimbutas, elle, a osé transgresser cet interdit. Elle s’est attachée à reconstituer l’univers mental des sociétés de la préhistoire grâce à une démarche nouvelle : l’« archéomythologie ».

Les symboles de la déesse

Voilà comment elle procède. Dans nombre de sociétés sans écriture, les artistes représentent les femmes non seulement par une silhouette féminine, mais parfois par une simple partie du corps : seins, fesses, yeux… Le triangle pubien est aussi souvent présent. La façon la plus simple, la plus géométrique et la plus universelle de le représenter consiste à tracer un V. Si le V est donc le symbole de la femme, M. Gimbutas pense que les nombreux motifs en chevron (deux V superposés) désignent aussi le sexe féminin. De même, comme on retrouve souvent associés la figure du V et des chevrons gravés sur des céramiques en forme d’oiseau, M. Gimbutas en déduit que la figure de l’oiseau est également un symbole féminin. En admettant cette convention (V, chevrons simples, doubles ou triples, figures d’oiseaux, seins…), il est alors apparu que le signe de la femme est omniprésent dans toute l’Europe du Sud-Est. Par glissements progressifs et juxtapositions de motifs, M. Gimbutas pense alors repérer toute une gamme de figures censées représenter la déesse. Elle peut apparaître sous la forme d’une déesse-oiseau et, par extension, d’un bec d’oiseau ou d’un œuf. L’eau est également associée à la divinité féminine. Elle peut être désignée par un filet qui coule (quelques traits verticaux) ou un M représentant l’onde. Par extension, tous les motifs en M sont supposés représenter l’eau, donc la déesse.

Toute la symbolique de la déesse serait en lien avec le cycle de la vie, « le mystère de la naissance et de la mort, celui aussi du renouveau de la vie – pas seulement de la vie humaine, mais de toute forme de vie sur la Terre comme dans l’ensemble du cosmos ».

La déesse est d’abord « celle qui donne la vie »

La déesse est donc présente dans les rituels de naissance et de fertilité. Voilà pourquoi elle est associée à l’eau, source de toute vie, et par extension à l’oiseau d’eau, mais aussi à la grenouille et au poisson. La déesse est également liée au renouvellement des saisons et donc à la terre nourricière, à la mort et à la régénération. Au fond, toute la symbolique de la déesse renvoie aux « croyances de peuples agricoles concernant la stérilité et la fertilité. La fragilité de la vie, la menace constante de la destruction ainsi que le renouvellement périodique des processus générateurs de la nature sont parmi les plus tenaces ».

De nouvelles clés d’interprétations

Si la démarche archéomythologique prônée par M. Gimbutas est pertinente, l’avancée scientifique est de taille. Elle donne les clés pour interpréter des signes, gravures, motifs abstraits présents dans toute la préhistoire, qui étaient jusque-là traités comme de purs motifs décoratifs ou d’énigmatiques signes que l’on s’interdisait de décrypter. Du coup, les céramiques ornées dévoilent une histoire cachée, et tous ces signes qu’on avait pris pour de simples fioritures se révèlent être un riche langage symbolique associé au culte de la déesse.

Des risques de surinterprétation

Evidemment cette entreprise de décryptage comporte bien des risques. Le premier est celui de la « surinterprétation » des signes. Mais comme le note justement Jean Guilaine en préface, « on portera au crédit de Marija Gimbutas d’avoir ouvert la voie à une archéologie symbolique. (…) Mais justement orienter une discipline foncièrement attachée à l’étude de données matérielles vers le champ de l’imaginaire impliquait déjà un certain courage intellectuel et une forme aiguë de non-conformisme ».

 

Source : http://matricien.org/essais/marija-gimbutas/

 

 

18/06/2014

« Face à la dimension criminelle de la crise, les élites sont aveugles, incompétentes ou complices »

 

par Agnès Rousseaux 5 juin 2014

Et si la crise financière était une vaste fraude ? Dérégulé à l’excès, le capitalisme comporte des incitations au crime et à la fraude absolument inédites, explique Jean-François Gayraud, commissaire de police et criminologue. Il pose dans son ouvrage Le nouveau capitalisme criminel un diagnostic décapant : les responsables politiques sont dans le déni ou l’aveuglement, les acteurs de la fraude de 2008 sont aujourd’hui revenus dans le jeu, les lois votées pour tenter de réguler le système financier n’ont rien changé, et des techniques comme le trading haute fréquence échappent à tout contrôle. Il y a urgence à reprendre en main un système économique devenu criminogène, avec ses dérives frauduleuses et prédatrices. Entretien.

Basta ! : Vous analysez les crises financières au prisme de la criminologie. Pour vous, la crise de 2008 est-elle due à des comportements criminels ?

Jean-François Gayraud [1] : Le nouveau capitalisme qui se développe depuis les années 80 comporte des incitations et des opportunités à la fraude d’une ampleur inédite. L’alliance entre la financiarisation, la dérégulation et une mondialisation excessives forme un cocktail explosif. La criminalité est l’angle mort de la pensée économique, un impensé radical, et ce depuis le 18ème siècle. Cela avait peu de conséquences durant le capitalisme fordiste et keynésien, plus régulé. Désormais, cet impensé est mortifère. On nous explique que cette crise financière des subprimes est liée à un simple dysfonctionnement des marchés : comme si, une fois ce dysfonctionnement disparu, on reviendrait à une situation à peu près normale. Je tente de combler cette erreur de diagnostic en analysant les mutations du capitalisme à la lumière de la criminologie [2].

Il ne s’agit pas d’être « mono-causal » et de tomber dans la théorie du complot. Mais simplement de montrer qu’il y a dans ce capitalisme une dimension criminogène qui n’est ni marginale ni folklorique. « Criminogène » ne veut pas dire criminel. Cela signifie simplement que ce système a des potentialités et des vulnérabilités à la fraude, qui étaient jusqu’à présent inconnues. On voit que toutes les crises financières depuis les années 1980 ont été causées par des bulles immobilières et boursières en parties nées de fraudes systématiques. Au point que désormais, la fraude fait système.

Avons-nous avancé depuis la crise de 2008, pour éviter de nouvelles crises ? Vous dites que nous n’avons fait que rajouter des canots de sauvetage autour du Titanic – des canots qui profiteront aux premières classes...

Entre 2008 et 2012, nous avons connu une révolution, dans le sens astronomique du terme : nous sommes revenus au point de départ ! Rien n’a changé. Les grandes promesses de re-régulation se sont traduites par de petites lois à caractère cosmétique, qui n’ont modifié ni l’architecture du système financier international, ni les mauvaises pratiques, ni les incitations à la prise de risques inconsidérés et à la fraude. Ou alors de manière marginale. Le lobby de la finance a su neutraliser les volontés de réforme en profondeur du système. Il est fascinant de voir que tous les mécanismes à l’origine de la crise de 2008 – comme les modes de rémunération des grands dirigeants par exemple – sont quasiment restés inchangés.

Comment l’expliquez-vous ?

Il y a un problème de déni et d’aveuglement. Pointer la dimension criminelle de la crise est inconfortable. C’est un diagnostic nouveau, moins confortable que ceux qui tentent des explications par les dysfonctionnements du marché ou la théorie des cycles. La dimension sociologique doit aussi être prise en compte. Ces crises financières à répétition, à forte dimension criminelle, naissent en haut de la société, au sein de l’Upper World. Elles interrogent le mode de fonctionnement des élites. Celles-ci n’ont aucun intérêt à revenir sur un système qui, dans sa dimension à la fois prédatrice et frauduleuse, fonctionne à leur avantage depuis les années 80. Il leur a permis de s’enrichir de manière anormale, dans des proportions inconnues depuis le 19ème siècle. Conséquence ? Une montée des inégalités faramineuse, intenable, qui nous conduira au chaos si cette tendance mortifère perdure.

D’où vient cette situation ?

C’est une question de rapport de force entre pouvoir politique et pouvoir financier. Il s’agit d’ailleurs moins d’une confrontation que d’un fonctionnement symbiotique : aux États-Unis, ce sont les grands lobbys, dont celui de la finance, qui permettent l’élection des candidats. Une partie de la classe politique américaine a été capturée par le lobby de la finance : ces élus votent donc des lois en faveur de Wall Street. Depuis 2013, plus de la moitié des parlementaires américains sont millionnaires en dollars ! Qu’en conclure ? Soit qu’il faut être riche pour être élu, soit que l’élection permet de devenir riche ! Exactement ce que les Grecs nommaient une « ploutocratie » : un gouvernement des riches, par les riches, pour les riches.

Ce qui me frappe, c’est la corrélation entre la financiarisation de l’économie, la montée des inégalités, et la multiplication des fraudes sur les marchés financiers. Depuis l’émergence de ce nouveau capitalisme, des élites mondialisées réunies dans une Upper class internationale vivent hors-sol, dans une sorte de séparatisme social, financier, territorial et symbolique. Au même moment, les classes moyennes et populaires en Occident se précarisent et se paupérisent. Ce vaste transfert de richesses, des classes moyennes et pauvres vers les plus riches, est le fruit d’un phénomène de prédation – qui relève d’une analyse de sciences économiques – et aussi d’un phénomène de fraude – qui relève alors plus d’une lecture criminologique.

Au-delà des mécanismes – criminels – de fraude et de manipulation, vous parlez de mécanismes de prédation, comme mode de fonctionnement naturel du capitalisme. Ces mécanismes peuvent-ils être aussi considérés comme un crime ? Où se situe la frontière entre le légal et l’illégal ?

C’est la question centrale. Pour l’ensemble des crises financières nées de la dérégulation, je propose deux niveaux d’analyse. Le premier est macro-économique et macro-criminologique : il s’agit d’analyser comment le système s’organise, afin de repérer ses dimensions criminogènes et prédatrices. On est ici dans le « supra-pénal » : personne ne mettra une paire de menottes à un système économique ou à une idéologie. Et il y a le second niveau d’analyse, micro-économique et micro-criminologique. On entre alors dans le droit pénal. Là, il faut savoir détecter, matériellement et juridiquement les fraudes que le système génère concrètement.

Les régulateurs ont montré leur impuissance jusqu’à présent à agir à ces deux niveaux…

Oui. La crise financière des subprimes est née d’un défaut de régulation. Les gouvernements ont la responsabilité de s’interroger sur les risques de fraude engendrés par les lois qu’ils font voter. On peut être politiquement favorable à la dérégulation, mais encore faut-il être conscient des risques gigantesques que comporte une dérégulation excessive. Penser qu’une dérégulation débridée du secteur financier est « neutre », c’est de la complicité, de l’aveuglement ou de l’ignorance. Imaginez un poulailler, un renard et un fermier. Vous n’allez pas reprocher à la poule d’être une poule, ou au renard d’être un renard. Mais vous êtes en droit de vous poser des questions si systématiquement le fermier laisse la porte du poulailler ouverte la nuit. Il peut toujours feindre de s’indigner en retrouvant ses poules égorgées le matin. Mais il est ou aveugle, ou incompétent, ou complice ! A vous de choisir entre ces qualificatifs.

Est-il encore possible de punir les responsables de comportements criminels ? La justice ne semble pas effrayer les banques...

Dans la crise des subprimes, il y a eu une vraie criminalité. Mais les Etats-Unis se sont contentés a minima et ponctuellement d’une justice transactionnelle (basée sur les transactions en amont de procès, ndlr), qui est loin d’être satisfaisante. Le système judiciaire doit avant tout rechercher la vérité. Telle est notre vision de la justice en Europe. Alors que le système de justice nord-américain ne recherche pas tant la vérité qu’un accord négocié, pour résoudre une situation [3]. Cette justice transactionnelle est-elle de la justice ? On peut en douter. Résultat : il y a une réelle difficulté à connaître la vérité des situations – comme si personne n’ouvrait jamais le capot de la voiture endommagée ! On l’a vu de manière caricaturale dans l’affaire Madoff : le coupable a avoué, mais l’on ne sait toujours pas qui a réellement fait quoi, quels ont été les mécanismes criminels à l’oeuvre, qui sont les complices et où est passé l’argent !

Cette justice transactionnelle ne prévoit que des sanctions financières, payées par les entreprises. Mais ces pénalités sont socialisées et mutualisées, les entreprises les anticipent et les intègrent dans leurs comptes d’une année sur l’autre. Jamais aucun banquier n’est réellement sanctionné à titre individuel. A Wall Street, tous les grands acteurs de la fraude de 2007-2008 sont restés impunis. Les rares qui ont été écartés sont aujourd’hui revenus dans le jeu. Au final, cette justice transactionnelle génère de l’impunité. C’est un encouragement à récidiver.

Est-ce mieux en Europe ?

La situation est parfois pire. Le système américain a au moins une vertu : souvent, il sait poser les diagnostics. Sur l’affaire des subprimes, le diagnostic criminel a été très bien posé par les deux commissions d’enquête du Congrès. Il suffit de lire ces rapports, sans œillères. En France, on a tendance à mettre le couvercle sur les faits. Ainsi, la gigantesque faillite de la banque Dexia a coûté des milliards aux contribuables français, et pourtant il n’y a aucune investigation judiciaire ou parlementaire digne de ce nom. Il y a certainement eu beaucoup d’incompétence et de démesure à l’origine de cette affaire. Mais expliquer cette faillite par l’incompétence et la démesure est peut-être aussi un écran de fumée pratique pour masquer d’autres choses.

Vous décrivez dans votre ouvrage le cas du trading haute fréquence, emblématique de la fraude que peut générer le système – une fraude de très grande ampleur, invisible, et quasiment impossible à sanctionner. Est-ce possible aujourd’hui d’enquêter sur ces fraudes ?

Quel est le bilan des organes de régulation, et de la justice pénale, face aux acteurs du trading haute fréquence (THF) aux États-Unis et en Europe ? Il est égal à zéro. Tout au plus, les régulateurs américain et britannique ont-ils réussi à sanctionner certains acteurs, mais de manière très rare et très ponctuelle, et ce dans un cadre transactionnel, donc non pénal. Pourtant, il n’y a pas de marché sans fraude ni fraudeurs. On le sait depuis Durkheim : rien de plus normal que le crime ! Si vous n’observez pas de fraude sur un marché, il n’y a que deux possibilités : soit les fraudes sont devenues totalement invisibles, soit le marché est tenu par une congrégation de saints ! Un exemple : lorsque l’entreprise états-unienne de trading haute fréquence Virtu Financial a publié ses comptes financiers des cinq dernières années, pour entrer en bourse, on a constaté qu’elle n’avait perdu de l’argent qu’une seule fois sur 1238 séances de bourse ! Voilà qui pose question... A Las Vegas, ceux qui ne perdent jamais d’argent, ce sont les propriétaires de casino. Qui sont les propriétaires du casino à Wall Street ?

Aux États-Unis, les régulateurs ne font que courir après les avancées technologiques. Ils sont en permanence à la traîne d’un système qu’ils ne comprennent pas ou auquel ils ne veulent pas toucher.

Le FBI enquête actuellement sur des délits d’initié concernant des processus de trading haute fréquence... A quoi cela peut-il aboutir ?

Le THF est intrinsèquement un délit d’initié systémique, notamment avec le front running technologique (lorsque les traders utilisent l’information de leurs clients pour s’enrichir, ndlr). Mais tellement visible que nous ne le voyons pas. Nous sommes aveuglés par son omniprésence, telle la Lettre volée dans la nouvelle d’Edgar Poe. Le délit d’initié consiste à disposer d’une information privilégiée avec un temps d’avance : 24 heures du temps des pigeons voyageurs qu’utilisaient les Rothschild au début du 19ème siècle, quelques nanosecondes aujourd’hui ! Les enquêtes ouvertes aux États-Unis [4] concernent certaines pratiques spécifiques, et aussi semble-t-il, l’architecture même du système de THF, avec un questionnement sur le principe de la « colocation », qui consiste à placer les ordinateurs des traders au plus près des serveurs des bourses, pour gagner du temps dans les transmissions. Mais restons prudents : apporter des preuves de fautes pénales est très compliqué, surtout en matière financière. Les financiers ont recours à des armadas d’avocats très compétents. Ce qui peut provoquer des stratégies d’évitement : les États ont-ils encore envie de s’engager dans des bras de fer difficiles à gagner face à des acteurs puissants et influents ?

Les sommes en jeu sont pourtant considérables !

Le THF permet des micro-profits sur chaque transaction grâce à l’hyper-vitesse. Mais pour être rentable, il faut d’énormes volumes ! Les chiffres publiés sur les profits de cette activité ne me semblent pas très sincères. Mais en matière financière quels sont les chiffres fiables ? Nous vivons sous l’empire d’une doxa libérale qui n’a que le mot « transparence » à la bouche, mais dont beaucoup des outils et des dispositifs sont d’une opacité totale !

La difficulté est aussi liée à la complexité du secteur, avec une véritable « course aux armements technologiques » à laquelle se livrent les acteurs du trading haute fréquence...

Le THF est fondamentalement une course au temps. Elle ne peut être gagnée qu’avec des ordinateurs et des algorithmes de plus en plus puissants et rapides qui coutent très chers. Il faut aussi embaucher des compétences rares : les meilleurs mathématiciens, physiciens et informaticiens. Pour transmettre les informations, nous sommes aussi passés de la fibre optique aux ondes courtes. Et le phénomène de colocation, pour s’approcher au maximum des serveurs des bourses, s’est développé. Un paradoxe : dans le monde du cyber et du digital, l’immatérialité devait rendre illusoire les questions de placement géographique, et on redécouvre qu’un trader haute fréquence a les mêmes problématiques qu’un camelot au Moyen Âge !

Le mouvement de dérégulation financière a conduit à la privatisation des places boursières. Elles se sont mises à vendre aux traders des masses d’informations et de données, mais aussi de l’immobilier, en vendant des espaces au plus près des serveurs. Conséquence de cette privatisation : les bourses n’ont aujourd’hui plus aucun intérêt à être regardantes sur les pratiques des traders du THF. Pourquoi renforcer les contrôles, qui feraient migrer les traders vers d’autres places boursières ? Les fraudes étant invisibles, les victimes n’ayant pas de visage et ignorant qu’elles ont été spoliées, quelle peut être l’incitation à bien se comporter ?

Y aura-t-il un gagnant dans cette « course aux armements » ?

On peut douter qu’il y ait un gain pour la collectivité. Quelle est l’utilité sociale de ce système ? En quoi concourt-il au bien public ? Tous ces investissements technologiques et financiers, ces talents qui s’immergent dans le monde de la finance mathématisée, ne seraient-il pas mieux utilisés ailleurs ? Il y a forcément un gain pour les acteurs du THF, sinon ils abandonneraient ce business. L’une des quatre grandes banques françaises a cependant eu le bon sens de se retirer de ce marché (le Crédit agricole. La Société Générale et BNP Paribas restent des acteurs importants du THF, ndlr). Cela montre qu’il y a un début de prise de conscience du fait que cette technique est vicieuse et viciée, et qu’elle peut avoir un coût en terme de réputation.

En cas d’emballement du système, que reste-t-il comme possibilité d’action pour les régulateurs, à part débrancher les machines ?

C’est ce qui s’est passé lors du crash éclair du 6 mai 2010 (le Dow Jones a chuté de 9% en quelques minutes, ndlr) : pour éviter qu’un crash localisé devienne systémique, il faut alors débrancher la prise. Quel terrible aveu d’impuissance ! Par leur poids technologique et financier, ces systèmes de THF sont devenus des immenses blocs de granit jetés dans l’espace financier. Et les lois de régulation n’arrivent plus qu’à limer certaines aspérités de ces blocs.

Le trading haute fréquence menace-t-il l’ensemble du système financier ? A-t-il des conséquences sur nos économies ?

Le THF comporte des risques pour la stabilité des marchés financiers. Il y a une dimension virale. Surtout, le THF est par nature un système de prédation. La proie, c’est d’abord l’investisseur qui s’est jeté dans une grande mare au milieu de requins sans en être conscient. Et ensuite, c’est l’économie réelle. Cet excès de financiarisation n’entraine ni créations d’emploi ni prospérité. Il participe à la spéculation généralisée, comme par exemple celle sur les marchés des matières premières, une spéculation qui contribue à rendre les cours erratiques, ce qui a des conséquences concrètes, dramatiques, sur la vie quotidienne de millions d’hommes et de femmes à travers le monde.

En quoi votre analyse des crises financières sous l’angle du crime est-elle innovante et dérangeante ?

Ce diagnostic est nouveau. Proposer une analyse criminologique des crises financières, c’est aussi montrer, au delà d’une analyse nouvelle des causalités, les conséquences de ces crises issues de la dérégulation. Ces grandes crises ont plongé des millions de personnes dans le chômage, la pauvreté et la précarité. Ces crises à dominante criminelle provoquent également un assèchement du crédit aux entreprises. Celles-ci, mécaniquement, doivent se tourner vers les financements occultes du crime organisé. Les organisations criminelles regorgent toujours d’argent liquide à investir. Les crises financières sont ainsi des périodes d’accélération des processus de blanchiment d’argent et de captation de l’économie légale par le crime organisé. C’est ce qui se produit en Italie depuis 2008.

Les responsables politiques qui cautionnent cela sont-il complices de crimes ?

Il ne faut jamais faire de procès d’intention. L’honnêteté se présume et la culpabilité se démontre. Mais il faudra beaucoup de courage et de lucidité pour sortir d’un système aussi mortifère. 1788 a duré longtemps : près d’un siècle ! Le grand historien de la Révolution française Hippolyte Taine [5] explique comment les élites au 18ème siècle, en l’occurrence la noblesse, furent « en vacances » durant un siècle. Je crois que les élites contemporaines sont en effet en vacances. Elles se divertissent et elles nous divertissent, au sens pascalien. Peu importe de savoir si elles sont conscientes de la situation. La confrontation avec le réel sera de toute façon brutale.

Pour revenir au prisme criminologique, je dirai que les peuples sont pris en tenaille entre une criminalité de l’Upper world et une criminalité de l’Under world, par le haut et par le bas. Il suffit de relire Marx qui explique très bien cela. La seule chose qui me rend optimiste, c’est que je crois au génie national. Le peuple français est plein de ressources, il a des capacités de réaction insoupçonnées. Encore faut-il ne pas le mépriser.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

@AgnesRousseaux

Photo : Source


A lire :
Jean-François Gayraud, Le Nouveau Capitalisme criminel, Odile Jacob, 2014, 350 pages. Pour commander ce livre dans la librairie la plus proche de chez vous, rendez-vous sur le site de lalibrairie.com.

Notes

[1Commissaire divisionnaire, ancien élève de l’École nationale supérieure de police (ENSP, Saint-Cyr-au-Mont-d’Or), docteur en droit, diplômé de l’Institut de criminologie de Paris, il a longtemps travaillé à la direction de la surveillance du territoire (DST). Il est l’auteur notamment de La Grande Fraude. Crime, Subprimes et crises financières (Odile Jacob), 2011, et Le Nouveau Capitalisme criminel (Odile Jacob), 2014.

[2Voir notamment l’analyse de la dimension criminelle de la crise financière de 2008 dans le livre La grande fraude, Crime, subprimes et crises financières, par Jean-François Gayraud, Editions Odile Jacob, 2011.

[3Au civil, cela s’appelle le settlement. Au pénal, c’est le Plea bargaining.

[4Ces enquêtes on été ouvertes par la Securities and Exchange Commission (SEC) (organisme de contrôle des marchés financiers) et le ministère public de l’État de New York. Lire FBI Investigates High-Speed Trading, Wall Street Journal, 31 mars 2014, et FBI Seeks Help From High-Frequency Traders to Find Abuses, Bloomberg, 2 avril 2014.

[5Hippolyte Taine (1828-1893), Les Origines de la France contemporaine.

 

 

 

09/06/2014

Le prénom a été modifié de Perrine Le Querrec

 

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Lu par Jean Azarel

 

« C’est tout noir et marche devant seule droite, avance en face debout ». Ce mantra lourd de sens encore caché, comme pour toute première fois, ouvre chaque paragraphe-confession du dernier livre de Perrine Le Querrec.

 

Car ici, tout est poids. Poids du corps saccagé, poids des corps qui saccagent, poids du souvenir, poids de la vie, poids du passé, du présent, de l’avenir.

« Le prénom a été modifié » raconte six mois de viol collectif d’une adolescente de 15/16 ans par une vingtaine de fous de banlieue sans visage, dans une cité dont on ne s’échappe pas.

Avec « la mort à la main », « ils ont décidé de grandir en remplissant une fille de sperme en la gavant de coups. C’est comme ça qu’ils sont devenus adultes puissants respectés dans le grand ensemble ». Et quinze ans plus tard des pères de famille que la narratrice croise au hasard de ses rares sorties... . « Le prénom a été modifié » raconte le pendant. L’après. L’inoubliable pendant. L’inoubliable après. L’avant, le bienheureux avant, reste en filigrane : lui aussi a été modifié.

 

A chaque rendu/déglutition de sa descente aux enfers terrestres, l’héroïne (sic) « s’assoit par terre étourdie » et le lecteur aussi. Au fil de soixante dix pages nerveuses, l’innommable est nommé, découpé, déchiqueté, mâché, ingéré, péniblement digéré. Il n’y a pas d’échappatoire. La douleur est si forte qu’elle obture quasiment l’idée de vengeance. Si le désir de mourir s’insinue, le désir de tuer est mort-né par trop plein d’horreur, anesthésié par les médicaments, bouffi par la bouffe, rien qu’une ligne sans illusion.

 

Vous avez dit « désir ? ». D’une écriture courte, sèche, serrée comme le cœur, Perrine le Querrec poursuit une œuvre de témoignage rare, à façon, sans concessions. Qui nous colle aux tripes l’outrance de l’outrage. Qui se fout du tabou. Ce court récit, littéralement Dantesque, plaira aux féministes, mettra mal à l’aise les bobos bien pensants, plongera dans l’épouvante les jeunes filles de bonne famille, fera pleurer les hommes comme moi. S’il pouvait briser les barrières du silence littéraire, ce serait merveilleux. « La guerre on pense toujours que c’est bruyant. La guerre c’est aussi un silence total. »

 

A la fin, arrive-t-elle trop tôt ou trop tard, il reste une grande lassitude et l’impérieux besoin d’aimer.

 

Jean Azarel / 8 juin 2014.

 

« Le prénom a été modifié » de Perrine Le Querrec, éditions « Les doigts dans la prose », 13 € port compris.

 

 

05/06/2014

La revue Alimentation Générale devient collection !

 

Après la revue, Alimentation Générale devient une collection !

Alimentation Générale, c'était la revue de bandes dessinées d'humour des éditions Vide Cocagne, dirigée par Terreur Graphique. Aujourd'hui, la collection vient perpétuer l'esprit de la revue, qui pendant 3 ans et 5 numéros, a recueilli la crème de la BD indépendante et lui a donné carte blanche pour des histoires courtes ou à suivre, rassemblant auteurs confirmés ou en devenir sans discrimination et dans la bonne humeur.

Pixel Vengeur ouvre le bal dès juin 2014 avec "Le petit livre noir en couleur de Dominique", et sera suivi de Geoffroy Monde, Fabcaro...

À terme, deux à trois livres viendront enrichir la collection chaque année. Voici les trois premiers, sur lesquels porte cette souscription :

 

Le petit livre noir en couleurs de Dominique, de Pixel Vengeur
Le premier livre de la collection narre la vie de Dominique, le tapir des Sunderbans. Celle-ci aurait pu se résumer à peu de choses, si sa mère n'avait pas eu l'idée de mettre bas sur les ruines d'un vieux cimetière indien... Dès lors, sa vie va être truffée d'obstacles, de malchances et de catastrophes, racontées ici le long des 64 pages couleurs du livre.

Et en bonus, un extrait en avant-première !

sortie 12 juin 2014

 

Serge et Demi-Serge, de Geoffroy Monde
Serge est un vieil homme, Demi-Serge est une demi-tête de renard. Ces deux-là sont déjà apparus sur le blog Saco : Pandemino, et pour Alimentation Générale, Geoffroy Monde les réunit pour de nouvelles aventures absurdes et hilarantes !

Cliquez ici pour une présentation détaillée et inédite de Serge et Demi-Serge !

sortie automne 2014

 

Talk Show, de Fabcaro
Collectionneurs d'apéricubes, écrivains du dimanche, défenseurs des causes inutiles... Tous sont interviewés sur le plateau télévisé de Talk Show, le long des strips désopilants de Fabcaro, auteur du recent "Carnet du Pérou" (éd. Six pieds sous terre).

Cliquez ici pour lire d'autres extraits inédits de Talk Show !

sortie premier trimestre 2015

 

Quelque part entre ses cousins Mauvais Esprit ou Fluide Glacial, Alimentation Générale a accueilli dans ses pages : Geoffroy Monde, Jürg, Olivier Besseron, Jorge Bernstein, Fabrice Erre, Emilie Plateau, Fabcaro, David Ziggy Greene, Tib-Gordon, Bob, Abdel de Bruxelles, Gilles Rochier, Nicoby, Pixel Vengeur, Matt Dunhill, Joseph Safieddine, Vincent Lefebvre, Fabien Tê, Thibault Soulcié, Thomas Gochi, Half Bob, Boris Mirroir, Fritz Bol, Guillaume Carreau, Pinpin, Alexis Horellou, Drangiag, Laurent Houssin, Mo CDM, Cécily, Wassim Boutaleb, Elosterv, Wandrille, Vincent Lévêque, Jacqueline Lee, Fabien Grolleau, James, Delphine Vaute, Lionel Serre, Damien Froidboeuf, Terreur Graphique, Pochep, Thierry Bedouet, Aurélien Ducoudray, Olivier Texier, Guillaume Guerse, Quentin Faucompré, Max de Radiguès...

La bande-annonce du 5ème et dernier numéro de la revue :

 

A quoi va servir le financement ?

Le financement va servir à lancer la collection en préparant dès le départ les trois premiers titres, et en s'assurant de la faire dans les conditions optimales.

Avoir un financement en amont de l'impression nous permet d'avoir une marge de manœuvre plus grande et ainsi garder des prix de vente raisonnables (autour de 15 € chaque livre).

 

A propos du porteur de projet

Vide Cocagne est une maison d'édition BD nantaise, qui outre son activité éditoriale promeut la Bande dessinée et les arts graphiques par l'organisation de festivals, d'événements et d'ateliers.

En 2014, Vide Cocagne sort pas moins de 10 livres, inaugure les collections Alimentation Générale et Épicerie Fine, et se déplace dans toute la France.

 plus d'infos sur le site internet / facebook / twitter / youtube

Les premiers auteurs de la collection

Pixel Vengeur fait ses premières armes en bande dessinées dans les années 80 dans des journaux tels que Viper, le Petit Psikopat Illustré et Rigolo. Puis il devient graphiste en jeux vidéo et découvre l’ordinateur. Il recommence à apparaître en tant qu’illustrateur dans différents mensuels, puis par revenir définitivement en 2000 à la bande dessinée. Il travaille aujourd’hui pour Fluide Glacial, le Psikopat et Spirou.

                         Le site de Pixel Vengeur

 

Geoffroy Monde est magique depuis 2004 et a souvent été élu meilleur espoir. Il raconte tout ça dans des albums publiés aux éditions Lapin et Warum, et sur son blog Saco : Pandemino. Des fois, il ment.

Le site de Geoffroy Monde

 

Fabcaro poursuit depuis une dizaine d'années son exploration de la bande dessinée d'humour entre expérimentation, autobiographie et absurde, seul ou officiant au scénario pour d'autres, alternant les albums pour des éditions indépendantes avec notamment Le steak haché de Damoclès, L'album de l'année ou La clôture, et albums plus grand public, parmi lesquels Z comme Don Diego (avec Fabrice Erre) ou Amour, passion et CX diesel (avec James). Il a également collaboré à divers magazines ou journaux comme Tchô !, L'écho des savanes, Psikopat, ZOO, CQFD, Kramix ou Fluide Glacial pour lequel il travaille actuellement, ou des revues comme Jade et Alimentation générale. Il est aussi l'auteur d'un roman, Figurec, paru en 2006 aux éditions Gallimard.

 

 

 

30/05/2014

Alexandre Jardin - Des gens très bien

 
"Dès que les gens très biens rejoignent les fous, c'est la fin du monde..."

 

 

 

 

12/05/2014

L’Anthologie de la Poésie mauricienne contemporaine d’expression française

vient de paraître aux éditions Acoria

 

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Textes réunis par Yusuf Kadel
Préface Eileen Lohka
Introduction Robert Furlong

Existe-t-il, comme pour la mesure du progrès humain, des paramètres, des indices permettant de mesurer le développement poétique ? Probablement pas, car la poésie transcende le temps et un poème d’il y a mille ans peut paraître plus contemporain qu’un poème tout juste accouché… L’outil pouvant faciliter à la fois une vision panoramique, voire une lecture diagonale d’échantillons d’une production littéraire tant romanesque que poétique reste l’anthologie. Même si celle-ci n’est jamais totalement exempte de directivité, l’anthologie reste un acte littéraire fondateur en soi, car, à travers elle, un auteur ou un collectif d’auteurs considère que telle ou telle somme de production littéraire est représentative d’un génie particulier et/ou reflète une maturité littéraire suffisante… En quelque sorte, elle est une vitrine rassemblant de façon quasi muséale ce qui mérite d’être pérennisé en bloc et qu’il convient de considérer comme emblématique.

 

Y figurent donc avec bien d 'autres à découvrir, trois auteurs publiés dans la revue Nouveaux Délits : Yusuf Kadel, Alex Jacquin-Ng et Umar Timol.

 

Pour commander : http://www.acoria.site-fr.fr/produit/210040/

 

 

 

 

07/05/2014

L'érotisme arabe de Malek Chebel

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Malek Chebel, anthropologue et philosophe vient de faire paraître un ouvrage baptisé "L'érotisme arabe" (Robert Laffont). Il présente dans cet entretien la réalité des rapports entre islam et sexualité, des interactions complexes et nuancées, transcendant les préjugés religieux et sociétaux :

 

 

 

L'érotisme arabe est le fruit d'une tradition millénaire qui a pris son essor bien avant l'arrivée de l'islam. Malek Chebel a rassemblé dans cet ouvrage un florilège des meilleurs textes issus de cette veine littéraire méconnue.
Le Kama-sutra arabe, en premier lieu. Conçu comme un manuel de savoir-vivre amoureux et d'éducation sexuelle, il traite des questions relatives à l'art de la séduction, de la jouissance et de la sensualité. Cet hymne à l'amour physique sous toutes ses formes, sans complexe ni tabou, est ici illustré par le traité de psychologie amoureuse d'Ibn Hazm l'Andalou, Le Collier de la colombe, par le torride Jardin parfumé de Nafzaoui, et par Les Cimes du savoir dans le domaine de la copulation de Sheikh Suyûti, théologien et auteur d'une dizaine de traités d'érotologie.
Le lecteur pourra aussi s'initier à la poésie épistolaire qui a marqué la culture arabe classique, une poésie métaphorique qui use du langage comme d'une arme subversive, la littérature devenant ainsi le meilleur paravent pour parler librement de sexe et d'érotisme. Deux auteurs parmi les plus importants à cet égard ont été repris intégralement dans ce volume : Jahiz, à travers son épître Éloge des éphèbes et des courtisanes, et Ibn Fûlayta avec son Instruction de l'amant en vue de la fréquentation intime de l'aimé(e), traduit pour la première fois en français pour la présente édition et qui relève de l'érotologie pure.
Malek Chebel clôt cet ensemble par un « Dictionnaire culturel de l'érotisme arabe », dans lequel s'expriment en toute liberté la diversité amoureuse comme l'audace d'une tradition aux antipodes de tout intégrisme.

 

 

 

 

06/05/2014

Entretien avec Monique et Michel Pinçon-Charlot, autour de leur livre «La violence des riches - Chronique d'une immense casse sociale» (Editions Zones - La Découverte 2013)

 

 

04/04/2014

HISTOIRES TOUTES BÊTES de Jean-Marc Couvé

 

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avec des illustrations de Jacques Basse

 

 

Le sol est à la fois stable et souple. Pattes et antennes en éveil, je progresse prudemment, malgré le mouvement de l’eau autour de moi, régulier, rassurant. Le coin que je viens de trouver conviendra à merveille pour mes œufs. D’ici, je vois et sens venir, sans qu’on me voit. De cette façon, ce n’est pas encore aujourd’hui que je servirai d’amuse-gueule au Bec Pointu, le terrible volant, qui nous paralyse, moi et mes semblables, quand il pousse son cri strident… »  (extrait)

 

L’Entonnoir – Collection folie douce (2014)
66 pages
9,50 €
Pas d’ISBN
Un peu plus sur l’auteur
Pour un exemplaire dédicacé, contactez l'ami Jean-Marc
Le site de l’éditeur
 

 

 

 

26/03/2014

Appel à souscription pour Brune esclave de la lenteur de Jacques Abeille


(à paraître en mai 2014 chez Ab irato),
(sortie en "avant première" à la Machine à Lire à Bordeaux le 11/04/2014)
ISBN 978-2-911917-62-2
12 €
  • Tirage sur Vergé : 80€
  • Tirage sur Munken : 25€
  • Édition courante : 12€
 Télécharger le bulletin de souscription :
http://abiratoeditions.files.wordpress.com/2014/03/sous-a...
A renvoyer à Ab irato – 6 rue Boulle, 7501 Paris
 
 
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Extrait

les fesses du ciel
façonnent autour de toi
les noirs festons de la passion
tu cernes ma silhouette de craie
tu choisis pour maître
le plus modeste
j’abuserai dans la lenteur

L'auteur
Jacques Abeille est né à Lyon en 1942, il vit à Bordeaux depuis plus
d’un demi-siècle. Il a commencé à participer aux activités surréalistes
en 1964 et n’en a jamais démordu.
Ses principaux romans – Les Jardins statuaires, Les Mers perdues,
Les Barbares, La Barbarie – publiés aux éditions Attila constituent
un cycle de contes fantaisistes. On trouve aux éditions des Vanneaux
un ensemble de proses plus ou moins brisées (D’Ombre) accompagnées
d’encres de Pauline A. Berneron.
Sous le pseudonyme de Léo Barthe, l’auteur a également commis
quelques livres érotiques.

N'oubliez de télécharger le bulletin de souscription !
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Retrouvez-nous le 11 avril 2014 à la librairie La Machine à Lire (Bordeaux)
pour la sortie du livre en "avant première", en présence de Jacques Abeille.
 



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Ab irato éditions
6 rue Boulle - 75011 Paris - France
http://abiratoeditions.wordpress.com/

Diffusion et distribution en librairie :
Diffusion Hobo : 06 46 79 40 71 – http://www.hobo-diffusion.com/
Distribution  Makassar : 01 40 33 69 69 – http://www.makassar-diffusion.com

 

21/01/2014

Le manuscrit original et illustré d’Alice au Pays des Merveilles à lire en ligne

La British Library a mis sur son site la version originelle manuscrite du fameux roman de Lewis Caroll. L’occasion de découvrir des illustrations inédites d'Alice et de ses aventures au Pays des Merveilles.

Le manuscrit des Aventures d'Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll est désormais disponible sur le site de la British Library, la bibliothèque nationale anglaise. Cette version originale du roman, réalisée entre 1862 et 1864, diffère de celle qui a fait son apparition sur les étales des libraires en 1866 puisque plus courte de deux chapitres. L’histoire est évidemment la même, celle des aventures d’Alice et surtout, en plus d’être totalement manuscrite, contient un grand nombre d’illustrations de l’auteur lui-même (la version de 1866 contenait 42 illustrations signées John Tenniel).

 Première page du manuscrit original d'Alice au Pays des Merveilles © The British Library Board, Add.46700 f2

Le roman populaire anglais est chargé d’histoire. Charles Dodgson, sous le nom d’emprunt Lewis Carroll, était mathématicien à Oxford. La British Library explique : "Dodgson adorait les enfants. Il s’est lié d’amitié avec Lorina, Alice et à Edith Liddell, les filles du doyen de l’université Christ Church. Un jour d'été en 1862, il les a emmenées pour une sortie en bateau et leur a raconté les aventures d'Alice dans un monde magique. L’histoire a tellement plu à la petite Alice Liddell, dix ans, que cette dernière l’a prié d’en écrire une version pour elle. Ecrire à la main et dessiner les 37 illustrations lui a pris beaucoup de temps mais il finalement offert le livre de 90 pages à Alice en novembre 1864."

Pourtant, des années plus tard, Alice Liddell fut dans l’obligation de mettre en vente son manuscrit. Acheté aux enchères par un collectionneur américain, il revint à la British Library en 1948 lorsqu’un groupe de bienfaiteurs américains le rendit pour saluer le rôle des Anglais pendant la Seconde guerre mondiale.

Alice et la chenille © The British Library Board, Add.46700 f26

Le reste du manuscrit est à voir ici dans son intégralité.

 

 

Par Fabien Gallet

Source : http://fluctuat.premiere.fr/

06/12/2013

Le moine Ikkyû Sôjun, par Agnès Giard

Peut-être connaissez-vous cette série en BD :Ikkyû, Sakagushi, publiée chez Glénat. Voici donc un bel article pour en savoir plus sur ce moine "fou" du Japon  :

 

Trouver l'éveil entre tes lèvres

Au 15e siècle, un célèbre moine bouddhiste appelé Ikkyû affirma que si une belle femme l’embrassait, il ne résisterait pas au contraire : il goûterait l’instant. Il partagerait l’émotion pure de ce désir sans songer ni aux conséquences, ni au lendemain. Faudrait-il abolir demain pour qu’on se mette à devenir sage ?

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L’esprit du zen se définit comme le désir d’entrer en résonance avec la nature, y compris sa propre nature humaine… Il s’agit de percevoir la beauté cachée des instants et de vivre, avant tout, de vivre. Telle est la leçon de choses proposée par Pascal Fauliot - conteur et adepte d’arts martiaux - qui, dans Contes des sages zen, consacre un grand nombre de pages au moine Ikkyû Sôjun (1394-1481), un personnage resté célèbre dans l’histoire du Japon : il s’accordait toutes les libertés. C’était une sorte d’anar et de libre-bandeur qui décrivait son pénis comme une longue corde rouge, suivant la métaphore du fil de la vie, ou comme un arbre chargé de sève (1).

Alors que des générations de bouddhistes s’étaient cassé la tête sur le kôan de la vieille femme,  le moine Ikkyû  lui régla joliment son compte sous la forme d’un poème  : «Si ce soir une belle femme m’embrassait, le printemps gagnerait mon saule desséché et ferait naître de nouveaux bourgeons». Il mit ce poème érotique dans la préface du Kyôun-shû̄ (Recueil des nuages fous), accompagné des vers suivants : “Le cœur de la vieille femme ? / Comme si elle donnait une échelle à un voleur / elle a offert une femme à un moine pur !” (2). Pour Ikkyû, en vérité, la vieille femme était un Bouddha déguisé. Mettant le feu à la hutte, ne désirait-elle rien d’autre qu’”éclairer” ce moine trop soucieux de sa réputation ? Ikkyû l’avait bien compris, lui qui, refusant de se soumettre aux règles de chasteté, fréquentait les bordels et composait des poèmes iconoclastes : «Si vous me cherchez, rendez-vous chez le poissonnier, le marchand d’alcool ou la prostituée».

Mais ses plus célèbres poèmes sont des poèmes d’amour. Vers la fin de sa vie, Ikkyû composa de superbes déclarations pour sa compagne… Elle s’appelait Shin. On la surnommait Shin-nyô ou Shin-jô, “mademoiselle Shin”. C’était une musicienne aveugle. Ils ont vécu ensemble jusqu’à la fin, jusqu’à ce qu’il meurt à l’âge de quatre-vingt-huit ans, d’une crise aigue de malaria, sur les blancs genoux de son amoureuse… C’est là qu’il situait le paradis. A cette époque, beaucoup de récits bouddhistes, émanant des écoles révolutionnaires zen et tao, vantaient la voie de l’amour comme un des chemins possibles vers l’illumination. Tous les moyens étaient bons pour parvenir à l’éveil, y compris le sexe. Mais on avait rarement vu quelqu’un prôner dans une langue aussi crue les vertus du plaisir ni signifier aussi clairement qu’il n’existe pas d’accomplissement spirituel sans «abandon», dans tous les sens du terme. Ikkyû eut donc ce courage. Le vrai sage n’a cure de la bonne ou mauvaise opinion qu’on peut avoir de lui. Il se contente d’être ce qu’il est.
  
Etant ce qu’il était, avec une pointe d’arrogance mêlée de pessimisme, Ikkyû n’en a jamais fait qu’à sa tête. Peut-être avait-il trop conscience d’être un intouchable. Fils caché de l’empereur Gokomatsu et d’une femme du clan Fujiwara, il a bénéficié toute sa vie d’une certaine licence et sa tombe, dissimulée derrière une lourde porte ornée de chrysanthèmes à seize pétales (par privilège impérial), invisible au commun des mortels, est gérée par l’agence de la famille impériale elle-même. Même sa statue est cachée au public. On sait seulement qu’elle fut sculptée par son disciple Bokusai après sa mort et que l’artiste y colla des poils de moustache, ainsi que des cheveux prélevés sur son cadavre, afin, peut-être, d’en perpétuer la scandaleuse apparence… Ikkyû avait en effet si peu cure de son image qu’il ne se rasait jamais vraiment. Sa biographie est donc celle d’un cas presque unique dans l’histoire du bouddhisme au Japon : celle d’un homme tourmenté, sévère, qui vivait de la façon la plus frugale et qui, vêtu de haillons, courait les filles et composait sans arrêt des poèmes sur la beauté du monde. Son portrait, au Musée National de Tôkyô, également signé par Bokusai, laisse peu de doute sur le caractère angoissé de cet hérétique notoire qui vit pourtant, l’instant d’un croassement de corbeau, le visage souriant d’un Buddha émerger d’une aurore… Voici brièvement sa biographie.

Né pendant la période trouble de Muromachi sous le nom de Senguikumaru, il entra au monastère à l’âge de cinq ans. Il grandit au temple Ankoku puis au Kennin-ji dans la province de Kyotô, mais dès seize ans –ne supportant plus la bêtise, l’arrivisme et l’hypocrisie de ses pairs–, il se mit à chercher désespérement un homme digne de devenir son maître. Aucun ne lui convenait. “Il régnait à l’époque un grand désordre, explique Frank Brinkley, dans une Histoire du peuple japonais. Les maîtres de la secte zen avaient été élevés par le gouvernement des Ashikaga aux plus haute dignités”. Alors que partout régnait le tumulte, une galaxie de prêtres zen affirmaient que les choses de ce monde étaient vaines et sans valeur. Certains donnaient l’exemple en pratiquant la méditation au milieu de la solitude. D’autres violaient sciemment les dogmes de leur propre foi. Ils avaient des femmes, des gitons et des enfants, polissaient des lances dans l’enceinte des temples, entretenaient des milices et géraient des fortunes de magnat. Il était alors commun qu’un homme se rase la tête et porte des vêtements bouddhiste tout en continuant à mener des armées. Les soldats se confondaient avec les moines. Les monastères s’affrontaient même, par les armes et par le feu, pour la possession de beaux garçons…

Dans ce contexte troublé, qualifié de gekokujô (littéralement “l’inférieur renverse le supérieur”, autrement dit n’importe qui peut devenir l’égal d’un noble), la civilisation japonaise connut paradoxalement un essor artistique intense. Sous l’impulsion des seigneurs de la guerre, à la recherche probablement d’un ordre strict au milieu du chaos, l’art des jardins, du thé, de la calligraphie et des parfums se développa avec un raffinement poussé. Il fallait une discipline extrême pour prétendre au statut d’homme de goût. Il n’est pas étonnant que dans ce contexte Ikkyû se soit rapidement distingué. Excentrique et radical, il se mit à composer des vers iconoclastes et passa de temple en temple, sans cesser jamais de les critiquer, jusqu’à ce qu’il rencontre Ken’O, un ermite solitaire, survivant dans une hutte aux environs de Kyôto, qui lui apprit à méditer.

Il  n’y avait rien à gagner auprès de ce prêtre mendiant, rien d’autre que la sagesse. Ce qui explique pourquoi Ikkyû devint son unique disciple et, à la mort de Ken’O, tenta de se suicider par noyade… Ikkyû avait vingt ans. Après avoir brûlé le corps de son maître, il se retrouva seul, désespéré. Quel homme serait désormais capable de le guider ? Il entendit alors parler d’un nommé Kasô, austère adepte du zazen, qui, pour échapper à la corruption ambiante, vivait sur les bords du lac Biwa et faisait faire à ses disciples des vêtements pour poupées qui assuraient de maigres revenus à leur communauté. Ikkyû, enthousiaste, resta cinq jours et cinq nuits à la porte de leur ermitage, mangeant à peine. Pour le dissuader, les moines jetèrent sur lui leurs eaux sales, mais en vain. Kasô l’autorisa finalement à se joindre à eux et lui donna des kôan à résoudre, entre deux vêtements de poupée…

En 1418, Ikkyû eut sa première expérience spirituelle. Il méditait sur le kôan intitulé “les 60 coups de Tozan”. Une troupe de musiciennes aveugles faisait alors résonner ses chants dans les environs. Porté par la musique et les accents joyeux des tambourins, il sentit brusquement son corps se dilater, son esprit ne faire plus qu’un avec le monde… Une vague de bonheur le submergea. Kasô alors lui donna son nom - Ikkyû (“un repos”) -, par allusion à cet espace de liberté parfaite, une pause dans la vacuité, que représente la voie vers l’illumination. Pascal Fauliot note que Ikkyû s’écrit avec deux idéogrammes : le premier est un trait unique qui signifie le chiffre 1. Le deuxième représente «un homme appuyé contre un arbre, signifiant ainsi qu’il se repose entre deux mondes». Est-il possible que la musique des aveugles lui ait ouvert cette porte entre les mondes ? Il eut une deuxième expérience d’illumination, en entendant un corbeau croasser. En 1428, à la mort de Kasô, Ikkyû se fit vagabond sous le nom de “nuage fou”, Kyôun.

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Sa vie errante ne l’empêchait pas de fréquenter les cercles d’artistes et de poètes, de boire en quantité et de se rendre chez les filles en tenue monastique qu’il invitait d’ailleurs, pionnier du genre, à faire partie de ses disciples… Ikkyû “pratiquait” le sexe comme une expérience spirituelle, avec la même assiduité que ses exercices de méditation. Et lorsqu’il fit la connaissance d’une belle aveugle nommée Shin, il s’éprit d’elle passionnément, sans faire la différence entre leurs plaisirs, les jeûnes et sa quête spirituelle. Ikkyû ne distinguait pas le zen de l’amour. C’était une ascèse aux allures excessives. Quand il faisait l’amour à Shin, il fallait que cela soit “dans les trois existences à venir, au cours de soixante kalpa”, c’est-à-dire  un nombre infini de fois, jusqu’à ce que le temps se fige. De leur relation, on ne sait pratiquement rien d’autre que quelques maigres faits. Ils se rencontrèrent durant l’hiver 1470, au temple Yakushido. Shin-nyô était une jongleuse et artiste aveugle née à Tango, âgée de trente ans. Elle battait du tsuzumi, un petit tambour en forme de diabolo, et ses yeux morts émurent Ikkyû. Il avait soixante-seize ans. Personne ne sait vraiment ce qu’il se passa entre eux. Ils se retrouvèrent au même endroit un an plus tard. Leur liaison devint officielle et l’année suivante, à l’automne 1472, Shin-nyô vint s’établir chez Ikkyû, qui avait élu domicile dans un petit temple à l’écart de Kyôto, le Shuon-an. Moins de deux plus tard, malgré le scandale, Ikkyû fut nommé à la tête d’un des plus importants complexes zen de la capitale  : il devint le chef du Daitoku-ji qui avait été rasé pendant les guerres d’Onin et que de nombreux bienfaiteurs contribuaient à reconstruire. Les dons affluaient en masse. Il fallait un homme intègre pour diriger ce nouveau centre du pouvoir religieux. Presqu’à regret, Ikkyû accepta ce poste qui faisait de lui un des hommes les plus importants de son temps, mais il refusa de s’y établir et préféra achever la reconstruction du Shuon-an, afin d’y vivre en concubinage avec sa jeune amie.

Le Shuon-an, surnommé Ikkyû-ji (temple d’Ikkyû) se situe à  environ 20 kilomètres de Kyôto. On peut encore y voir le grossier palanquin de bois sur lequel Ikkyû, alors âgé de quatre-vingt ans, se faisait transporter pour rejoindre la capitale. Sur les routes glissantes et pierreuses de l’époque, l’aller-retour devait être particulièrement long et douloureux. Malgré tout, c’est à ce temple isolé qu’Ikkyû resta fidèle, jusqu’au bout. C’est là qu’il fit bâtir la minuscule maison, semblable à un pavillon de thé, où il vécut avec Shin. On l’appelle Kokyuan. Ses murs sont en torchis, son toit de chaume et ses ouvertures de bois et de papier laissent passer la bise glaciale d’hiver aussi bien que les chaleurs lourdes de l’été… Fermée aux visiteurs en raison de son extrême fragilité, cette modeste hutte n’est maintenant accessible qu’au prix fort  : il faut la louer, l’espace d’une cérémonie de thé, pour pouvoir contempler, par l’ouverture des cloisons coulissantes, le jardin orné de pierres et d’arbustes qu’Ikkyû et Shin devaient voir chaque matin, serrés l’un contre l’autre. Leur vie était ascétique, mais s’il faut en croire les poèmes qu’Ikkyû écrivit alors et qui furent édités en 1480, un an avant sa mort, ils n’ont presque jamais cessé de s’y aimer. Dans son Recueil de nuages fous, il écrit  :

«Je suis fou de la belle Shin, elle vient des jardins célestes / Allongé sur les oreillers, la langue dans l’étamine de sa fleur / Je remplis ma bouche du parfum pur de sa source / Le crépuscule vient, puis des ombres du clair de lune, alors que nous chantons les chansons fraîches de l'amour.»

Il écrivit aussi  : «Ma main ne vaut pas celle de Shin / Cette femme est maître en jeux de l’amour / Quand ma tige se fane, elle la fait reverdir». Ikkyû trouvait sa délivrance dans le printemps de sa bien-aimée. Lui que les passions violentes et la colère n’ont jamais quitté, en quête constante du "vide véritable", il n’était plus avec Shin que des fleurs qui «s’ouvrent par centaines, puis tombent» dans une sorte de rêve transcendental et embaumé.

«Tu es venue, telle un printemps sur l’arbre desséché. Verts bourgeons, fleurs vibrantes, fraiche promesse… Shin, si jamais j’oubliais tout ce que je te dois, si profondément, amour, Laisse-moi brûler en enfer à jamais».

"Les gens me prennent pour un dément / Mais je n'en ai cure : / Si je suis déjà un démon sur terre, / Plus besoin de craindre les enfers ! / Chaque jour, les moines / Commentent à l'infini le dharma / Et chantent inlassablement / Les précieux soutras. / Ils feraient mieux d'apprendre / Comment déchiffrer / Les lettres d'amour envoyées / Par la pluie, la neige, la lune et le vent." (Traduction de Pascal Fauliot, page 140, Contes des sages zen)

Pour en savoir plus : Contes des sages zen, Pascal Fauliot, éd. du Seuil.

Note 1/ Faut-il le préciser ? Les moines zen n'avaient absolument pas le droit d'épouser une femme. La chasteté était une règle absolue. Ikkyû a donc brisé un interdit majeur.

Note 2/ Traduction de Pascal Fauliot : "La vieille grand-mère a tenté en vain / De donner une échelle à ce vaurien / En lui offrant une jeune beauté. / Si j'avais été à sa place, / Le vieux tronc de saule / Aurait fait de nouveaux bourgeons". (page 65, Contes des sages zen)

 

 

Source : http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/page/4/