Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/10/2016

L'extraordinaire au quotidien par Sarah Roubato

Qu’est-ce que « L’extraordinaire au quotidien? »

mafalda-b

Au coin de la rue, il y a des gens qui cultivent l’extraordinaire au quotidien. Hors système, hors norme, ils mènent leur révolution. La nôtre aussi. Celle de demain. Ils ont accepté de me donner quelques heures, quelques jours de leur vie, dans un lieu qui leur parle. Pour ces gens démesurés, il fallait autre chose que des questions réponses et un récit biographie. Un portrait avec des ruptures, des diagonales, et des changements de perspective. 


Encore des portraits ? 

Et si le principal mal de la France était la représentation que les Français ont de leur société ? Quand on bourlingue hors des grands axes et hors des grands médias, on rencontre des gens extraordinaires et on se demande pourquoi personne n’en parle. Il était temps de poser un autre regard sur une France que l’on dit trop vite condamnée et pessimiste, en donnant la parole à des gens qui ont décidé de pratiquer autrement leur métier, ou tout simplement leur vie, là où ils sont et à leur échelle.

Un paysan qui travaille sans tracteur, uniquement par traction animale, un ancien champion du monde de boxe qui allie boxe et soutien scolaire pour les enfants de banlieue, une sculpteure qui part trois mois sur un paquebot pour sculpter des marins, des détenus en prison, des enfants en instituts psychiatriques, des religieuses dans un couvent. Un auteur compositeur interprète qui chante dans des lavomatics, dans des stations service, et qui écrit des chansons sur mesure pour les gens. Un boulanger qui fut chimiste et marin, et ne travaille qu’avec des blés anciens. Un homme qui travaille au Samu Social et fabrique des automates valant des milliers d’euros, refuse de travailler avec JP Gauthier, efface les œuvres qu’il peint sur les murs de son appartement chauffé au pétrole en plein Paris.

Ces inspirateurs impriment un geste à leur vie qui  résonne en chacun de nous. Avec eux, on parle de transmission, de la féminité, d’éducation, du regard qu’on pose sur soi, de résistance. Finalement, peu importe qu’on s’intéresse ou non à la boxe, à la sculpture ou aux chevaux. Ces personnes, essaimées dans toute la France, de toutes générations, exerçant dans des milieux très différents, nous montrent qu’il est toujours possible de faire un pas de côté pour s’inventer une autre manière de vivre.

Comment ça se passe ? 

De bouche à oreille, des errances de la route à celles d’internet, j’atterris un beau matin chez quelqu’un que je ne connais pas. J’y reste quelque jours, le temps d’installer une confiance, un véritable échange, pour tirer autre chose que des récits de vie ou des informations. Je vis à son rythme. Je la laisse me parler de ce qu’elle veut, où elle veut. Pas d’interviews, seulement des conversations informelles où, finalement, c’est l’essentiel qui ressort.

Ça donne quoi ? 

Des portraits d’une vingtaine de minutes croisant la voix de la personne interrogée pendant ses activités, ma narration, et son choix de musiques. C’est le récit d’une rencontre, d’un véritable échange. Je déplie ce que ses paroles m’inspirent.

Comment les écouter ? 

Ces portraits sont réalisés et produits de façon totalement indépendante, sans aucune source de financement. Les dépenses incluent le matériel audio (1000 euros), les déplacements, et le temps de montage (3 semaines à temps plein par épisode). Dans un contexte où les médias se réinventent, les créateurs ne peuvent que faire appel aux auditeurs.

C’est pourquoi ces portraits sont en vente. Oui je sais, il n’est pas commun de payer pour écouter un podcast. Mais nous payons bien pour acheter une musique ou un film, pour ouvrir notre fichier à l’imprimerie, pour nous sécher les cheveux chez le coiffeur ou pour un sac plastique à l’épicerie. Le monde change. Ce qu’on ne payait pas hier, nous le payons aujourd’hui. D’autres choses qu’on payait hier sont accès gratuit aujourd’hui. À vous de décider ce que vous voulez payer pour ces créations sonores, car la bonne nouvelle, c’est que c’est vous qui fixez le prix, en sélectionnant un montant dans le bouton Paypal. Pour chaque portrait, un extrait est en écoute libre.

Les soirées d’écoute collective

Aujourd’hui, on se réunit pour regarder un film ou aller voir un concert. L’expérience de l’écoute, du podcast ou de la musique, reste individuelle. Il est loin le temps où on se réunissait chez le voisin autour du poste de radio.

Pourtant beaucoup d’entre nous souhaitent retrouver du collectif et du partage, s’éloigner du matraquage de l’image et de l’information. Alors pourquoi ne pas se réunir, dans votre salon, dans une cave, dans un café, pour écouter collectivement ces portraits et en parler ? Si vous souhaitez organiser une soirée, rendez-vous sur la page contact.

 

Sarah Roubato

 

voir aussi :  http://delitdepoesie.hautetfort.com/archive/2016/02/08/le...

 

 

 

05/10/2016

Hommage à Miguel Hernàndez dans l'émission de Christian Saint-Paul

"Trouver pour 3 € un livre de sélection des poèmes de Miguel Hernàndez dans la gare routière de Grenade m'avait réjoui. 

J'avais alors décidé de lire des poèmes de Miguel Hernàndez dans une prochaine émission.
 
 J'ai tenu à reprendre la publication des éditions hegipe qu'animait alors notre ami le jeune poète espagnol Pedro Heras
 
Je revois sa venue dans les studios de Radio Occitania, notre amitié immédiate, notre promenade sur les rives de l'étang de Bouzigues avec Claude Bretin, Michel Eckhard-Elial ; Pedro Heras était serein, splendide d'intelligence. Nous avons connu ce jour là, un arrêt sur la marche inexorable du temps et son lot de misère qui allait l'emporter très vite.
 
Ensuite, Claude et moi étions présents lors de la  Cérémonie hommage au poète Pedro HERAS le 18 février 2008 à Cazevielle Pic Saint-Loup.
Vous pouvez toujours consulter sur notre site un souvenir de ce jour en cliquant sur :  http://les-poetes.fr/pedro/Untitled-2.htm
 
Des douleurs, depuis 1981 où nous parlons des poètes, depuis 1983 à Radio Occitanie, nous en avons connues, fatalement.
 
 Gil Pressnitzer, avant lui Charles Dobzynski, pour les plus récents. Mais ceux qui sont foudroyés dans leur jeunesse, comme Pedro  Heras, comme Matiah Eckhard  auteur du prodigieux livre posthume "Lointains chants sacrés d'où je suis né", laissent une plaie inguérissable. Alors il est de de notre devoir de les faire vivre en puisant dans leurs écrits comme des traces indélébiles.
 
Miguel Hernàndez a été fauché par la tuberculose dans une sordide prison du régime franquiste en 1942. Pablo Neruda était parvenu à lui éviter le peloton d'exécution. Mais les terribles conditions de détention ont fait ce travail de mort, plus lentement, plus douloureusement. Il est mort, Miguel Hernàndez, comme Cadou, à l'âge de 31 ans. Et pourtant quelle oeuvre ! "
 
Christian Saint-Paul
 
 
Vous pouvez écouter l'émission qui lui a été consacrée en cliquant sur :

http://les-poetes.fr/son/2016/160929.wma

 

 

 
 
 
 

24/09/2016

Pie Tshibanda - Un Fou noir au pays des blancs (extrait)

 

 

19/09/2016

Parent pervers narcissique et conséquences sur l'enfant

 

 

 

 

 

 

 

 

14/09/2016

La guerre et l'exil

 

Camp de Frakaport, près de Thessalonique
 

...

Nous sommes ici
depuis trois mois. –
Avant nous étions à Idomeni,
sous des tentes en plein vent. –
Les tentes ici sont installées
dans un ancien entrepôt. –
Nous regrettons Idomeni. –
Ici nous sommes totalement isolés,
sans contact avec le monde extérieur. –
Les Grecs sont aussi pauvres que nous. –
Il n’y a pas de travail, rien à faire. –
En face il y a une usine d’épuration d’eau
et l’air est irrespirable. –
Quand ils nous ont évacués d’Idomeni,
ils nous ont dit qu’on serait mieux dans ce camp. –
Pourquoi nous ont-ils menti ? –
Nous vivons au milieu des déchets. –
Les enfants ont la fièvre. –
Certaines personnes souffrent du paludisme. –
Nous sommes 550 réfugiés entassés sous ces tentes
où nous crevons de chaud jour et nuit. –
Qui pouvons-nous alerter ? –
Nous voudrions partir d’ici. –
Rejoindre des proches en Allemagne. –
Nous errons sur la route à l’entrée du camp. –
Sans jamais croiser personne. –
Nous sommes en Europe
et nous vivons comme des bêtes. –
Quand les camions-citernes arrivent,
tout le monde court
pour aller à la douche ou aux toilettes. –
Il n’y a de l’eau que quelques heures par jour. –
Pourquoi nous ont-ils menti ? –
Pourquoi nous ont-ils évacués
pour nous emmener dans ce camp loin de tout ? –
Nous regrettons Idomeni
et ses tentes en plein vent. –
Là-bas il y avait quelques commerces. –
Nos enfants ne vont pas à l’école,
nos enfants ont la fièvre. –
Nous vivons dans un ghetto. –
Nous avons rêvé de l’Europe,
et maintenant nous y sommes. –
L’hiver approche
et nous devrons rester ici,
dans la puanteur et la saleté. –


Mise en ligne le 4 septembre 2016

 

pour en lire et en savoir plus, allez sur le site de Laurent Margantin, Oeuvres ouvertes :

http://oeuvresouvertes.net/spip.php?rubrique182...

 

 

10/09/2016

Pascal Ulrich (1964-2009)

 

pascal ulrich les yeux rouges 2004.jpg

 

Pascal Ulrich est né le 23 février 1964 à Strasbourg dans le quartier Finkwiller. Sa sœur décède à l’âge de un an. Enfant, c’est un bon élève et c’est sa grand-mère qui l’élève jusqu’à son décès. Pascal a alors 9 ans. Vers 14 ans, il commence à rompre avec ses parents et quitte l’école. Deux ans plus tard, il fait une fugue avec une riche hollandaise de 21 ans. Ensemble, ils font le tour de l’Europe et avec elle, Pascal découvre sauvagement ses premiers ébats amoureux, la drogue, l’alcool, la poésie et écrit ses premiers poèmes. A 17 ans, il fait un coma éthylique et est interné durant 3 semaines. Il entre ensuite dans le monde du travail mais ne le supporte pas. A 23 ans, en 1987, il crée une petite revue de poésie « Dada 64 » et publie plusieurs recueils. A 25 ans, il fait une tentative de suicide et reste 6 mois en hôpital psychiatrique. A sa sortie, il obtient une pension d’invalidité et ne travaillera plus. 
 
Pascal se consacre alors exclusivement à l’écriture, au dessin, à la lecture et à la musique qu’il écoute jour et nuit. Ses œuvres sont régulièrement publiées dans de nombreuses revues de poésie. Certaines lui demandent même d’écrire des chroniques et des critiques. Sur France culture, dans plusieurs émissions, on peut entendre ses poèmes. Il participe à plusieurs expositions à Schiltigheim mais aussi au Mexique, au Brésil ou à Cuba même s’il n’est pas présent. Pascal entretient également une importante correspondance avec des écrivains et éditeurs en France, en Belgique mais également en Inde. A partir des années 1990, il commence à décorer ses enveloppes avec des feutres de couleur. Ainsi, l’Art postal deviendra chez Pascal une de ses principales occupations. 
 
       En janvier 1996, il devient micro éditeur en créant « Absurde crépuscule » et publie des recueils de poésie ainsi qu’une revue du même nom. En 1997, il fait une pancréatite aigue et après son hospitalisation, ne boira plus une goutte d’alcool pendant des années. Au cours de l’été 1998, il monte un atelier avec un sculpteur, dans le port de Khel, en Allemagne, avec de nombreux autres artistes, inspirés par Andy Warhol et la Factory de New York. Pascal prend alors le pseudonyme de « Bakou » et découvre la peinture acrylique. Durant les années 2000, Pascal dessine et peint énormément et son style va évoluer d’une manière spectaculaire. Il voyage à Marseille, Toulouse, Paris, Lyon ainsi qu’en Belgique. En 2004, il recommence à boire. Les années suivantes, il va enchaîner dépression, séjours en hôpital psychiatrique, délirium tremens, cure de sevrage alcoolique et nouvelle pancréatite. En janvier 2008, il publie « Epitaphes » un recueil de 105 aphorismes.
 
       Le 1er mars 2009, Pascal saute depuis la fenêtre de son appartement qui se trouve au 5ème étage. L’urne contenant ses cendres est déposée dans le caveau familial à Strasbourg.  
 
     Dans son testament, Pascal Ulrich lègue ses dessins, peintures et sculptures à la ville de Strasbourg et toute sa correspondance à la Bibliothèque Jacques Doucet à Paris.
       
        Après plusieurs mois de démarches auprès de la mairie et de la bibliothèque, personne ne semble désireux d'acquérir ce fond.
 
Ses textes ont été publiés et sont encore publiés ainsi qu'une conséquente bibliographie par son ami Robert Roman, Ed. du Contentieux, Toulouse

voir : http://pascalulrich.blogspot.fr/

 

 

pascal ulrich LE SALUT AU DESSIN 26 07 2008.jpg

 

 

 

06/09/2016

Migrants, mi-hommes #DATAGUEULE 52

 

 

03/09/2016

Asli Erdogan, écrivaine turque, actuelement en prison...

«Inculpée pour incitation au désordre», La romancière Asli Erdogan a été emprisonnée par la Sécurité turque. Suliane Brahim de la Comédie-Française lit ce texte autobiographique. A retrouver en début d'émission La Compagnie des Auteurs http://bit.ly/2bAYXmE

 

 

02/09/2016

À Gourdon, dans le Lot, nous avions un C.A.O, un Centre d'Accueil et d'Orientation

Il avait pour mission d'accueillir des personnes réfugiées et leur permettre de prendre un temps de repos pour faire un choix sur leur devenir. En complément des conditions d'accueil mises en place par l'État et la municipalité, un collectif s'était organisé pour faire le lien entre les personnes réfugiées et la population locale.

Le doc date de quelques mois, mais savoir recevoir et accueillir dignement est plus que jamais d'actualité.

 

 

 

27/08/2016

Alep : l'histoire du marchand de fleurs

L'humanité.....il y en aura toujours un pour nous sauver des autres, de là l'espoir ténu, fragile mais puissant aussi comme le parfum des roses, ça finit mal mais l'essentiel ne meurt pas, prix nobel de la paix pour la mémoire de cet homme !

 

 

 

 

 

 

01/08/2016

Les initiatives citoyennes face aux attentats : la riposte de la société civile

par Sarah Roubato
 
Après les attentats de Nice, pendant que les politiciens nous disent qu’il va falloir vivre avec les attentats, de en plus de Français se demandent comment ré-agir autrement. J’interviens en fin de première partie de l’émission Une semaine en France diffusée sur France Culture samedi, à réécouter ci-dessous :
 
Que faire ? Dans un premier temps éteindre le poste d’information continue, pour avoir d’autres yeux que ceux qui se gargarisent du spectacle de l’horreur. Ne pas se contenter de l’image que les médias projettent de notre société.
 
Notre système politique ne nous permet pas d’infléchir la politique extérieure de notre pays et sa participation à des guerres, puisque nous remettons ce pouvoir entre les mains d’un seul homme qui n’a pas à nous consulter. Mais on peut agir sur l’autre versant des causes de ce qui nous arrive : les causes sociales qui font que la France est un terreau fertile pour que pousse le djihadisme. Car ces “monstres”, ces “barbares” sont bien les produits de notre société.
 
C’est dans le quotidien, là où chacun se trouve, que de petites initiatives voient le jour. Comment faire qu’un jeune va trouver un autre idéal auquel s’accrocher que celui que propose Daesh ? Ce basculement peut se faire en une une heure, une rencontre. Si on fait l’effort de sortir de son petit monde, de faire quelques stations de métro pour aller voir ces exclus dont les médias nous parlent – et tous ceux dont ils ne nous parlent pas. Leur partager ce qu’on sait faire – la cuisine, la randonnée, la pêche, la création de sites internet, le sort. Offrir ne serait-ce qu’à un seul jeune la possibilité d’exprimer sa frustration dans un art, lui faire rencontrer d’autres exclus sociaux aussi, des vieux qui vivent tout seuls, des jeunes qui vivent dans des villages complètement désertés, des gens avec des handicaps, des maladies, leur donner la possibilité à eux aussi d’aider et donc de retrouver une puissance et un sentiment d’appartenance à la société.
 
L’indifférence fait dégâts considérables. La société est comme la peau d’un tambour, chaque geste que l’on fait – et qu’on ne fait pas – résonne à l’autre bout.
 
 
 
 
 

un commentaire à l'article de Sarah, que je recopie ici, sans citer le nom de l'auteur par respect pour la vie privée :

Il faut donner quelque chose à perdre aux gens qui pourraient basculer par désespoir personnel dans la fabrique de l'horreur pour les autres.
Comment ?
Je parle en tant qu'ancien policier de la BAC mais aussi (encore plus loin dans le temps) ancien policier auxiliaire qui faisait de l'ilotage.
Ilotage : rôle moins répressif que les autres policiers, ce qui permettait d'aller discuter avec des jeunes, certains délinquants mais, qui auraient voulu choisir une autre voie.
La solution tient, je pense, dans l'idée d'utiliser la culture des cités, ses codes, l'identité que les jeunes se sont créée pour en faire une force d'avenir. De par la lâcheté des politiques qui prétendent hypocritement vouloir la liberté, la fraternité, et l'égalité pour tous n'ont fait que donner le sentiment inverse. Conséquence, ces jeunes de cités sensibles sont à ce jour les seuls à pouvoir cloisonner un endroit et en faire une zone de non droit. Tout le monde y perd. Eux entretiennent la ghettoïsation, la population a peur d'eux et les rejette à l'emploi. Les politiques d'aujourd'hui, faut-il encore le rappeler, n'ont aucune vision de terrain, ne voyant la société qu'à travers des graphiques et des camemberts et n'ont que leur carrière à la bouche, et ils sont entourés de conseillers qui par ambitions personnelles (aussi) leur font croire au monde des bisounours où ça n'irait pas encore si mal...
Si ! La société va mal ! Super mal même !
On a de la matière grise ghettoïsée dont on ne fait pas acquisition, vu que la corruption d'en haut de la pyramide ronge les fondations de notre vivre ensemble.
Les jeunes des cités sensibles, il faut leur donner les moyens d'avoir des choses à perdre.
Les voitures electriques high tech doivent être conçues dans les cités où rien ne se passe hormis le traffic de stups. Ils sont capables de faire une entreprise illegale et d'employer du monde ? Pourquoi ne seraient-ils pas capables de faire la même chose pour une entreprise licite ? Pas besoin de diplôme de l'energie et des idées et que ces jeunes collaborent avec les ingenieurs de bonne volonté qui souhaitent les aider. Des ingénieurs que des corrompus ont empêché des réaliser leur rêve, il y en a plein en France. Il suffit que les jeunes des cités sensibles intouchables leur offrent protection au coeur de leur zone de non droit. Là, des miracles vont apparaître !!!
Ces gens (des cités sensibles) doivent pouvoir exprimer leur style, mettre au défi cette société qui a peur d'eux ! La mettre au defi de faire mieux qu'eux en terme de vision d'avenir. Ce sont des cités sensibles françaises que doivent sortir la technologie verte, celle de l'avenir.
La police n'a pas le droit d'entrer ? Consigne venue de très haut ? Ok donc, elle n'aura pas non plus le droit d'entrer quand ces jeunes feront la promotion des générateurs à hydrogène individuels. Ces générateurs vont faire faire la tronche à certains gros groupes industriels français ! Ceux qui ne les embauchent pas !!! La police ne peut pas rentrer dans les cités ? Très bien elle ne rentrera pas non plus quand les jeunes feront la demonstration que leur hypercar électrique dessinée et construite sur place abat le 0 à 100 km/h plus vite qu'une ferrari sur le parking de supermarché du franprix du coin.
Notre cohésion nationale, nous devons maintenant refuser qu'elle vienne d'en haut, nous devons la construire de manière autonome, entre nous. Il suffit d'écouter les derniers titres de Kerry James pour comprendre que certains jeunes ont fait le bon constat. Entre force de l'ordre intelligentes et jeunes de la cité acceptant de franchir le pas, la reprise en main de la société par les forces vives de la Nation est désormais envisageable."

 

en savoir plus sur Sarah Roubato, voir : http://delitdepoesie.hautetfort.com/archive/2016/02/08/le...

 

 

 

 

 

 

 

27 juillet 1982 : L’homosexualité n’est plus un délit en France (c'était hier)

 

Sur une proposition de ministre de la Justice, Robert Badinter, l’Assemblée Nationale vote la dépénalisation de l’homosexualité en France (D’après une proposition du candidat à la présidentielle François Mitterrand).

L’homosexualité sera retirée de la liste des maladies mentales de l’OMS. (Organisation Mondiale de la Santé) neuf ans plus tard (1991).

 

Lesbian & Gay Pride (144) - 28Jun08, Paris (France)

[Lesbian & Gay Pride – Paris, juin 2008]

 


Source : Que s’est-il passé aujourd’hui ?

http://www.1-jour.fr/

 

 

 

 

 

 

29/07/2016

Les crânes oubliés de la conquête de l’Algérie Abonnés

ob_6068ca_75535118.jpg

LE TERRORISME A UNE HISTOIRE [REPORTAGE RADIO 40’41]

 

Le

 

« … Un plein baril d’oreilles… Les oreilles indigènes valurent longtemps dix francs la paire et leurs femmes, demeurèrent comme eux d’ailleurs, un gibier parfait… »  [1]

C’est en ces termes choisis qu’un général français racontait les exploits de ses troupes pendant la guerre de conquête de l’Algérie.

 

« … Tout ce qui vivait fut voué à la mort… On ne fit aucune distinction d’âge, ni de sexe… En revenant de cette funeste expédition plusieurs de nos cavaliers portaient des têtes au bout de leurs lances… »

REPORTAGE : Les crânes oubliés de la conquête d’Algérie (EXTRAIT)

 

Vous êtes sans doute déjà allé visiter le musée de l’Homme, place du Trocadéro à Paris… Mais les souterrains, avez-vous déjà pensé aux souterrains ? Dans les caves du musée de l’Homme, il y a des crânes, des murs de crânes !

18 000 crânes entreposés les uns à côté des autres, conservés, classés, répertoriés. Sur les étiquettes, on lit :

« Bou Amar Ben Kedida, crâne n°5 943. Boubaghla, crâne n°5 940. Mokhtar Al Titraoui, crâne n°5 944. Cheikh Bouziane, crâne n°5 941. Si Moussa Al Darkaoui, crâne n°5 942. Aïssa Al Hamadi, lieutenant de Boubaghla, tête momifiée n°5 939… »

Ils sont trente-sept Algériens au total.

Les crânes de ces Algériens décapités pendant la conquête coloniale furent longtemps exhibés comme des trophées de guerre. Ils témoignent de la résistance tenace opposée, dès 1830, à la colonisation. Comme à Zaatcha, une oasis du sud-est algérien, théâtre, en 1849, d’un massacre colonial d’une rare barbarie…

Remisés dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle, jamais réclamés par l’Algérie, ces restes mortuaires sont tombés dans l’oubli. L’historien et anthropologue Ali Belkadi en a retrouvé la trace en 2011 et depuis, une pétition réclame leur retour au pays natal… Retour sur une histoire peu transmise et mal connue…

« Et je dis que de la colonisation à la civilisation, la distance est infinie ; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de tous les statuts coloniaux élaborés, de toutes les circulaires ministérielles expédiées, on ne saurait réussir à extirper une seule valeur humaine. » Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme

Les différentes séquences du reportage :


Programmation musicale :
- Souad Massi : Raoui
- Serge Reggiani : Le Zouave Du Pont De L’Alma
- Gesky : Abd El-Kader
- Tramel : Qu’est-ce que t’attends pour aller aux colonies ?

Marie GALL attend vos messages sur le répondeur de Là-bas si j’y suis au 01 85 08 37 37.

reportage : Anaëlle VERZAUX et Rosa MOUSSAOUI
réalisation : Sylvain RICHARD

(


En savoir plus :

« Les crânes de résistants algériens » n’ont rien à faire au Musée de l’homme

LE MONDE | 09.07.2016 à 13h30 | Par collectif

En mai 2011, l’archéologue et historien algérien Ali Farid Belkadi lançait une pétition « pour le rapatriement des restes mortuaires algériens conservés dans les musées français », en particulier les crânes de résistants algériens tués par le corps expéditionnaire français dans les années 1840 et 1850, qu’il venait de retrouver dans les réserves du Musée de l’homme à Paris.
Alors que cet appel était lancé un an après le vote, par le Parlement français, d’une loi exigeant la « restitution [à la Nouvelle-Zélande] de toutes les têtes maories détenues en France », il n’a eu malheureusement que très peu d’écho. En mai dernier, l’universitaire et écrivain algérien Brahim Senouci a lancé un nouvel appel pour que soient restituées les « têtes des résistants algériens détenues par le Musée de l’homme », afin que leur pays les honore, avec cette fois un écho nettement plus large.
Il nous a paru important de le relayer en rappelant la raison de la présence dans un musée parisien de ces restes mortuaires, à partir de l’histoire de l’un d’entre eux : le crâne du cheikh Bouziane, chef de la révolte de Zaâtcha en 1849, écrasée par une terrible répression, emblématique de la violence coloniale.

Un siège de quatre mois
En 1847, après la reddition d’Abd-el- Kader, les militaires français croient que c’en est fini des combats en Algérie après plus de dix ans d’une guerre de conquête d’une sauvagerie inouïe. Mais, alors que le danger était surtout à l’ouest, il réapparaît à l’est début 1849, dans le Sud-Constantinois, près de Biskra, où le cheikh Bouziane reprend le flambeau de la résistance. Après des affrontements, il se retranche dans l’« oasis » de Zaâtcha, une véritable cité fortifiée où, outre des combattants retranchés, vivent des centaines d’habitants, toutes générations confondues.

« Le cheikh Bouziane reprend le flambeau de la résistance. Après des affrontements, il se retranche dans l’« oasis » de Zaâtcha, une véritable cité fortifiée où, outre des combattants retranchés, vivent des centaines d’habitants, toutes générations confondues ».
Le 17 juillet 1849, les troupes françaises envoyées en hâte entament un siège, qui durera quatre mois. Après un premier assaut infructueux, l’état-major prend la mesure de la résistance et envoie une colonne de renfort de plus de 5 000 hommes, commandée par le général Émile Herbillon (1794-1866), commandant de la province de Constantine, suivie d’une autre, des zouaves dirigés par le colonel François Canrobert (1809-1895). Deux officiers supérieurs, plusieurs milliers d’hommes contre une localité du grand sud algérien, deux décennies après la prise d’Alger : la résistance algérienne était d’une ampleur et d’une efficacité exceptionnelles.
Le 26 novembre, les assiégeants, exaspérés par la longueur du siège, voyant beaucoup de leurs camarades mourir (des combats et du choléra), informés du sort que les quelques Français prisonniers avaient subi (tortures, décapitations, émasculations…), s’élancent à l’assaut de la ville. Chaque maison devient un fortin, chaque terrasse un lieu d’embuscade contre les assaillants. Après d’âpres combats, au cours desquels les Français subissent de lourdes pertes, le drapeau tricolore flotte sur le point culminant de l’oasis.
Deux ans plus tard, Charles Bourseul, un « ancien officier de l’armée d’Afrique » ayant participé à l’assaut, publiera son témoignage : « Les maisons, les terrasses sont partout envahies. Des feux de peloton couchent sur le sol tous les groupes d’Arabes que l’on rencontre. Tout ce qui reste debout dans ces groupes tombe immédiatement sous la baïonnette. Ce qui n’est pas atteint par le feu périt par le fer. Pas un seul des défenseurs de Zaâtcha ne cherche son salut dans la fuite, pas un seul n’implore la pitié du vainqueur, tous succombent les armes à la main, en vendant chèrement leur vie, et leurs bras ne cessent de combattre que lorsque la mort les a rendus immobiles. ». Il s’agissait là des combattants.

Destruction méthodique
Or, l’oasis abritait aussi des femmes, des vieillards, des enfants, des adolescents. La destruction de la ville fut totale, méthodique. Les maisons encore debout furent minées, toute la végétation arrachée. Les « indigènes » qui n’étaient pas ensevelis furent passés au fil de la baïonnette.
Dans son livre La Guerre et le gouvernement de l’Algérie, le journaliste Louis de Baudicour racontera en 1853 avoir vu les zouaves « se précipiter avec fureur sur les malheureuses créatures qui n’avaient pu fuir », puis s’acharner : « Ici un soldat amputait, en plaisantant, le sein d’une pauvre femme qui demandait comme une grâce d’être achevée, et expirait quelques instants après dans les souffrances ; là, un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre une muraille ; ailleurs, c’étaient d’autres scènes qu’un être dégradé peut seul comprendre et qu’une bouche honnête ne peut raconter. Des procédés aussi barbares n’étaient pas nécessaires, et il est très fâcheux que nos officiers ne soient pas plus maîtres en expédition de leurs troupes d’élite, qu’un chasseur ne l’est d’une meute de chiens courants quand elle arrive avant lui sur sa proie. »
D’après les estimations les plus basses, il y eut ce jour-là huit cents Algériens massacrés. Tous les habitants tués ? Non. Le général Herbillon se crut obligé de fournir cette précision : « Un aveugle et quelques femmes furent seuls épargnés ». Le pire est que la presse française d’alors reprit ce rapport cynique.

Fusillés puis décapités
Il y eut trois autres « épargnés »… provisoirement. Les Français voulurent capturer vivant – dans le but de faire un exemple – le chef de la résistance, le cheikh Bouziane. Au terme des combats, il fut fait prisonnier. Son fils, âgé de quinze ans, l’accompagna, ainsi que Si-Moussa, présenté comme un marabout. Que faire d’eux ? Ces « sauvages » n’eurent pas droit aux honneurs dus aux combattants.
Le général Herbillon ordonna qu’ils soient fusillés sur place, puis décapités. Leurs têtes, au bout de piques, furent emmenées jusqu’à Biskra et exposées sur la place du marché, afin d’augmenter l’effroi de la population. Un observateur, le docteur Ferdinand Quesnoy, qui accompagnait la colonne, dessina cette macabre mise en scène qu’il publia en 1888 dans un livre, témoignage promis à un certain avenir…
Que devinrent les têtes détachées des corps des combattants algériens ? Qui a eu l’idée de les conserver, pratique alors courante ? Où le furent-elles et dans quelles conditions ? Quand a eu lieu leur sordide transfert en « métropole » ? Cela reste à établir, même si certaines sources indiquent la date de 1874, d’autres la décennie 1880. Il semble certaines d’elles aient été d’abord exposées à la Société d’anthropologie de Paris, puis transférées au Musée de l’homme. Elles y sont encore aujourd’hui.
Soutenir les appels de citoyens algériens à rapatrier ces dépouilles dans leur pays, pour leur donner une sépulture digne comme cela fut fait pour les rebelles maori ou les résistants kanak Ataï et ses compagnons (en 2014), ne revient aucunement pour nous à céder à un quelconque tropisme de « repentance » ou d’une supposée « guerre des mémoires », ce qui n’aurait strictement aucun sens. Il s’agit seulement de contribuer à sortir de l’oubli l’une des pages sombres de l’histoire de France, celles dont l’effacement participe aujourd’hui aux dérives xénophobes qui gangrènent la société française.

Les signataires : Pascal Blanchard historien ; Raphaëlle Branche, historienne ; Christiane Chaulet Achour, universitaire ; Didier Daeninckx, écrivain ; René Gallissot, historien ; François Gèze, éditeur ; Mohammed Harbi, historien ; Aïssa Kadri, sociologue ; Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire ; Gilles Manceron, historien ; Gilbert Meynier, historien ; François Nadiras, Ligue des droits de l’homme ; Tramor Quemeneur, historien ; Malika Rahal, historienne ; Alain Ruscio, historien ; Benjamin Stora, historien ; Mohamed Tayeb Achour, universitaire.

 

 

 

24/07/2016

Les Deschiens - le bénévole

 

 

 

04/07/2016

Auteur : un métier difficile ?

 (et alors, si en plus c'est un poète....)

PAR STÉPHANIE ATEN

  

Écrire à longueur de journée, tranquillement installé chez soi, libre de ses horaires, de son rendement, de ses mouvements.

Pas de patron démoralisant ni de collègue envahissant.

On travaille pour soi, à son rythme, selon ses envies, et dans la passion...

Auteur : le métier idéal !...

Détrompez-vous...

Être auteur, c'est aussi passer son temps à travailler gratuitement, sans garantie de retour sur investissement. C'est galérer financièrement, et ne bénéficier d'aucune considération, ni d'un point de vue juridique, ni d'un point de vue social.

Un auteur, même lorsqu'il est scénariste, n'a aucun statut. Il n'a pas droit aux allocations chômage, en revanche, il cotise. Auprès des "Agessa", qui le ponctionnent sur toutes les sommes touchées, même minimes. Il n'a pas de "congés payés", ni d'assurance maladie avantageuse, ni de "13ème mois". L'auteur n'est protégé par aucune convention collective, et doit se soumettre à ce qu'on tolèrera de lui donner en cas de contrat. Et c'est, le plus souvent, maigre... très, maigre.

L'auteur est un être isolé, auquel on demande d'être "professionnel", tout en considérant, dès qu'il s'agit de le payer, qu'il pratique en fait un hobby. Un romancier se doit de "savoir écrire", de maîtriser parfaitement sa langue, de connaître la construction dramatique sur le bout des doigts, et de travailler son talent pour produire des ouvrages dignes de ce nom. Un scénariste se doit d'être à l'aise avec le cahier des charges de l'écriture scénaristique, de travailler vite, de savoir s'adapter, "il s'agit d'un métier", répètent avec sévérité les producteurs.

Par contre, quand il s'agit de le payer... de considérer le travail accompli, de lui donner toute sa valeur, non seulement en termes quantitatifs, mais aussi qualitatifs, là, tout à coup... être auteur devient un "hobby".

"Après tout, il fait ça parce que ça lui plaît, ce n'est pas une profession à proprement parler"...

On me demande souvent pourquoi la création (particulièrement audiovisuelle) est si peu dynamique ou de mauvaise qualité en France.

Je pense que la réponse se trouve dans les phrases précédentes.

Il est psychologiquement et nerveusement extrême, de travailler dans des conditions financières catastrophiques, une reconnaissance quasi-inexistante, une précarité perpétuelle, et un taux d'échecs épuisant.

Car être auteur, c'est aussi accepter de beaucoup travailler sur des écrits, tout en sachant pertinemment que les éditeurs ou les producteurs, 95 fois sur 100, vous diront non, même si votre travail est de qualité. Ce n'est "pas le moment", "pas ce qu'on cherche", "pas la tendance", sont des arguments qu'on vous renvoie en plein visage sans ciller, sans ambages, sans aucune considération pour les semaines de travail fourni en amont, visant à répondre aux demandes d'idées nouvelles et de créativité sans cesse renouvelées.

Quand vous allez voir un architecte pour qu'il vous construise une maison, même si, au final, vous ne tombez pas d'accord sur ses propositions, vous le payez pour le travail fourni.

Lorsqu'un technicien du cinéma travaille sur un tournage, même si le film ne se fait pas pour X raisons, le technicien sera payé.

L'auteur, lui, travaille sans filets, sans garantie, et la plupart du temps, sans être rémunéré.

Être auteur, en France, c'est donc vivre dans le paradoxe.

Notre culture adore la création, l'imagination, les arts. Elle les encense, les vénère, leur reconnaît tous les mérites, et se targue de briller dans le monde entier. Et pourtant, l'auteur n'a pas d'existence tangible. Il n'a pas de factures à payer, pas d'estomac à remplir, et pas de vie à gérer. Il "ne travaille pas", il s'amuse, des heures durant, pour parvenir au résultat final qui vous enthousiasme tant.

Les lecteurs réclament sans cesse de nouveaux livres,

les spectateurs de nouveaux films et programmes télévisés,

toujours et encore, toujours et encore...

Comment pensez-vous que ces œuvres se font pour répondre à vos attentes ?...

Les auteurs travaillent. Beaucoup.

Mais ne sont pas autorisés à vivre de leurs compétences.

Alors oui...

être auteur est un métier difficile.

Mieux vaut être conscient de cet état de fait avant de se lancer à corps perdu dans un métier qu'on fantasme souvent, sans réellement en connaître les tenants et aboutissants.

Être auteur est un sacerdoce, un Everest qu'on gravit en tongs et sans oxygène. Il faut  aimer les défis, et à vrai dire... il ne faut même aimer que cela.

 

Stéphanie Aten

 

Scénariste et romancière "engagée", parce qu'être auteur, c'est alimenter l'inconscient collectif et participer à l'élaboration de la société. Voir la page de l'auteur

 

Source : https://www.skop.io/a/auteur-un-metier-difficile...

 

 

 

 

03/06/2016

Anne A R, photographe - I am with them

Anne A R I am Mahmoud_0.jpg

 

http://www.annea-r.com/#!i-am-with-them/zc6yi

 

 

 

 

31/05/2016

Désolée pour le dérangement

 

 

25/05/2016

Grotte de Bruniquel : c'est définitif, Néandertal n’était pas la moitié d'un idiot

Prise de mesures pour l’étude archéo-magnétique de la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne). Ces structures sont composées
d’éléments alignés, juxtaposés et superposés (sur 2, 3 et même 4 rangs). 

Prise de mesures pour l’étude archéo-magnétique de la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne). Ces structures sont composées
d’éléments alignés, juxtaposés et superposés (sur 2, 3 et même 4 rangs). 

Photo: Etienne FABRE - SSAC

 
Une équipe franco-belge vient de révéler l'existence d'une structure fabriquée par l'homme 176 500 ans avant notre ère. C'est à dire, bien avant Chauvet ou Lascaux et l'homme moderne.

Avec ses arcades sourcilières proéminentes, son front fuyant et son nez énorme, l’homme de Néandertal n’a franchement pas l’air d’avoir inventé la machine à cambrer la banane. Pendant longtemps, la communauté scientifique a même pris cet être humain petit, trapu et musclé pour un demeuré préhistorique. Délit de sale gueule et jugement trop hâtif. Depuis quelques années, à force de découvertes, les paléontologues redorent le blason de l’homme de Néandertal. Notre cousin maîtrisait le feu, taillait le silex admirablement, utilisait sans doute un langage, enterrait ses morts et … construisait des machins bizarres au fond des grottes !

C'est la nouvelle découverte majeure publiée ce mardi 15 mai 2016 dans la revue Nature. Dans la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), une équipe de chercheurs franco-belge a déniché une étrange structure circulaire constituée de quatre cents morceaux de stalagmites, pesant en tout 2,2 tonnes et âgée de 176 500 ans ! Donc beaucoup plus vieille que la plus ancienne preuve formelle de fréquentation des grottes par des hommes : Chauvet et ses 38 000 ans. De quoi alimenter les débats sur les capacités cognitives de Néandertal !

Bauges d'ours et griffades

L'histoire débute en 1990, quand un jeune spéléologue découvre la fameuse grotte, splendeur souterraine constellée de lac, calcite flottante, draperies translucides, concrétions en tous genres. Les premiers à entrer dans cet espace hors du temps remarquent des ossements de mammifères du pléistocène (rennes, ours, bisons), des bauges d'ours, des griffades... Et puis, à 336 mètres de l'entrée, ils tombent sur un drôle de tas de stalagmites qui semblent former un cercle. Tout autour de la forme circulaire, les spéléologues notent des os calcinés, de la calcite rougie par les flammes : les vestiges de feux. Qui les a allumés ? Quand ? Et cette structure : est-elle naturelle ou bien construite par l'homme ?

En 1995, une première équipe de chercheurs détermine, à partir d'un os brûlé retrouvé sur place et grâce à la technique du carbone 14, que les feux datent de 47 600 ans : cela ne veut rien dire sinon que la limite de datation au carbone 14 a été atteinte. Et puis, curieusement, la grotte est délaissée.

La nature ne dispose pas d'étai

Il faudra attendre une nouvelle campagne de recherche, lancée en 2013, pour aller plus loin, beaucoup plus loin. A l'aide d'un relevé 3D des structures et l'inventaire de la position exacte des stalagmites, l'équipe formée de Dominique Genty, directeur de recherche au CNRS, Jacques Jaubert, professeur de préhistoire à l'Université de Bordeaux et Sophie Verheyden, chercheuse à l'Institut royal des Sciences naturelle de Belgique, prouvent l'origine anthropique de cette drôle de construction qui s'étend sur 29 mètres carré : les stalagmites ont été découpées et déplacées, elles sont agencées et parfaitement calibrées ; certaines structures sont juxtaposées ou superposées sur quatre rangs, on remarque même des étais destinés à caler la construction. La nature ne dispose pas d'étai ! C'est donc l'homme, le constructeur. Quant aux vestiges brûlés, répartis sur dix-huit points de chauffe, selon les chercheurs, ils témoignent de la présence de feux « d'éclairage ».

Que l'homme investisse des grottes, ce n'est pas nouveau, même si c'est déjà très rare. Au début du Paléolithique récent, en Europe, en Asie ou en Océanie, quelques courageux s'aventurent sous la terre, loin de la lumière du jour. La plupart du temps, ils y dessinent ou font des gravures, comme à Chauvet, Lascaux (-22 000 ans), Altamira en Espagne (-18 000 à -15 000 ans). Des structures comme celles de Bruniquel ? On n'en retrouve quasiment jamais. Et c'est toujours l'homme moderne qui signe tout ce qu'on retrouve.

Méthode Uranium-thorium

La formidable découverte, on la doit à la Belge Sophie Verheyden, spécialiste des stalagmites, qui, inspectant la fameuse structure, décide d'en prélever des échantillons très bien placés (au bout des stalagmite arrachées et à la base des embryons de stalagmites qui se sont formées après la construction) pour dater (avec la méthode appelée Uranium-thorium) précisément la construction. Verdict : -176 500 ans ! Ce n'est donc pas homo sapiens qui est dans le coup, mais Néandertal ! Quand Jacques Jaubert, spécialiste des Néandertaliens, apprend la nouvelle, il n'en revient pas : « Avant d'avoir vu les résultats, je n'aurais jamais imaginé que des Néandertaliens étaient capables de s'aventurer si profondément dans une grotte ! »

Forts de cette incroyable découverte, Sophie Verheyden, Jacques Jaubert et Dominique Genty vont maintenant s'atteler à répondre à la question à mille euros : à quoi pouvait bien servir une telle structure ? Etait-ce un lieu de culte ? Une aire de pique-nique pour manger des ours grillés ? Une protection contre le froid de l'ère glaciaire ? Et pourquoi s'aventurer si loin de l'ouverture de la grotte ? Les questions pleuvent sur le front pas si bas de l'homme de Néandertal.

 

Source :

http://www.telerama.fr/monde/grotte-de-bruniquel-c-est-de...

 

 

 

 

 

 

14/05/2016

Les militantes anarchistes individualistes : des femmes libres à la Belle Époque

 

par Anne Steiner

 

Dans les premières années du vingtième siècle, des femmes luttent pour le droit à une sexualité libre, diffusent des conseils et des méthodes pour la limitation volontaire des naissances, réfléchissent à de nouvelles méthodes d’éducation, refusent le mariage et la monogamie, expérimentent la vie en communauté. Militantes anarchistes individualistes, elles ne croient pas que la révolution ou la grève insurrectionnelle puisse être victorieuse dans un avenir proche et refusent la position de génération sacrifiée. Pour elles, l’émancipation individuelle est un préalable à l’émancipation collective et la lutte contre les préjugés est une urgence. C’est pourquoi, elles questionnent toutes les normes, toutes les coutumes, toutes les habitudes, soucieuses de n’obéir qu’à la seule raison. Ces femmes, institutrices, couturières, blanchisseuses, domestiques, ont laissé peu de traces dans l’histoire, et sont pour la plupart aujourd’hui oubliées. Par l’évocation de leurs itinéraires et de leurs écrits, cet article vise à leur rendre un peu de visibilité.

1Dans les travaux qui retracent la genèse du mouvement féministe, les figures des femmes anarchistes individualistes du début du xxe siècle ne sont guère citées. Peut-être parce que, étant hostiles au régime parlementaire comme au salariat, elles se sont tenues à l’écart des combats menés par les féministes de la Belle Époque pour l’obtention du droit de vote et pour l’amélioration des conditions de travail des femmes, peut-être aussi parce que, à l’exception des articles publiés dans la presse libertaire et de quelques brochures aujourd’hui oubliées, elles ont laissé peu de traces écrites.

2Ces femmes, qui n’ont été ni des réformistes, ni des révolutionnaires, ont essentiellement exprimé leur refus des normes dominantes par des pratiques, telles que l’union libre, souvent plurale, la participation à des expériences de vie communautaire et de pédagogie alternative et, enfin, par la propagande active en faveur de la contraception et de l’avortement, aux côtés des militants néo-malthusiens. En évoquant leurs itinéraires et leurs écrits, nous aimerions rendre un peu de visibilité à ces « en-dehors » qui ont voulu, sans s’en remettre à d’hypothétiques lendemains qui chantent, vivre libres ici et maintenant.

L’anarchisme individualiste : un courant émancipateur

Le rejet de l’ouvriérisme

3On peut dater de la fin des années 1890 l’apparition en France d’un courant individualiste au sein du mouvement anarchiste. Opposé aux anarchistes communistes comme aux anarcho-syndicalistes, à ceux qui rêvent d’insurrection comme à ceux qui mettent tous leurs espoirs dans la grève générale, il se caractérise par la primauté accordée à l’émancipation individuelle sur l’émancipation collective. Leur méfiance envers toute tentative révolutionnaire vient en partie de ce qu’ils la croient vouée à l’échec, du moins dans un futur proche, et qu’ils refusent la position de génération sacrifiée :

  • 1  Le Rétif (alias Victor Serge), l’anarchie, 14 décembre 1911.

Les individualistes sont révolutionnaires, mais ne croient pas à la Révolution. Ne pas y croire ne veut pas dire nier qu’elle soit possible. Cela serait absurde. Nous nions qu’elle soit probable avant longtemps ; et nous ajoutons que si un mouvement révolutionnaire se produisait à présent, même victorieux, sa valeur novatrice serait minime […]. La révolution est encore lointaine ; et pensant que les joies de la vie sont dans le Présent, nous croyons peu raisonnable de consacrer nos efforts à ce futur.1

  • 2  Le Rétif, l’anarchie, n°309, 9 mars 1911.

4Cette urgence de vivre est constamment réaffirmée au fil des colonnes de l’anarchie, organe des individualistes anarchistes : « La vie, toute la vie est dans le présent. Attendre, c’est la perdre. »2. Mais leur refus d’œuvrer pour la révolution se fonde aussi sur la certitude que celle-ci ne saurait accoucher d’un monde meilleur dans l’état actuel des mentalités :

  • 3  Bénard, l’anarchie, 26 mai 1910.

Nous avons toujours dit que voter ne servait à rien, que faire la révolution ne servait à rien, que se syndiquer ne servait à rien, aussi longtemps que les hommes resteront ce qu’ils sont. Faire la révolution soi-même, se délivrer des préjugés, former des individualités conscientes, voilà le travail de l’anarchie.3

5Ils dressent en effet un constat pessimiste de l’état d’aliénation dans lequel se trouvent plongées les masses, de leur faible combativité, de leur trop forte natalité, de leur consommation excessive d’alcool et de tabac.

  • 4  « Quel lamentable troupeau ![…] A mesure que leurs carcasses se décharnent, que leur dos se voûte (...)

6Leur critique de l’ouvriérisme est féroce. Ils accusent les révolutionnaires et les syndicalistes de rendre un culte au travailleur, un travailleur d’image d’Epinal, sain, vigoureux, et fier. À la classe ouvrière rédemptrice, sujet de l’histoire, ils opposent « le lamentable troupeau »4 dont la résignation confirme la thèse de la servitude volontaire développée par La Boétie. Persuadés que l’oppression ne se maintient que par la complicité des opprimés, ils considèrent que la lutte contre les tyrans intérieurs doit accompagner la lutte contre les tyrans extérieurs :

  • 5  Libertad, l’anarchie, 12 juillet 1906, in Le Culte de la charogne, Marseille, Agone, 2006, p. 239.

L’ennemi le plus âpre à combattre est en toi, il est ancré en ton cerveau. Il est un, mais il a divers masques : il est le préjugé Dieu, le préjugé Patrie, le préjugé Famille, le préjugé Propriété. Il s’appelle l’Autorité, la sainte bastille Autorité devant laquelle se plient tous les corps et tous les cerveaux.5

  • 6  Manfredonia, Gaetano, Anarchisme et changement social, Lyon, Atelier de création libertaire, mai 2 (...)

7C’est cette volonté d’introduire la rationalité dans tous les aspects de la vie quotidienne qui les conduira à réhabiliter le plaisir, à dénoncer la répression sexuelle et l’institution du mariage, et à faire de l’émancipation des femmes une condition de l’émancipation de tous. Convaincu qu’il ne peut y avoir de régénération sociale sans régénération individuelle préalable, l’anarchiste individualiste est un « éducationniste-réalisateur », suivant la classification proposée par Gaetano Manfredonia6, c’est-à-dire un militant qui, à la différence de l’insurrectionnel ou du syndicaliste, ne croit la révolution ni possible, ni souhaitable si elle n’est pas précédée par une évolution des mentalités.

Des universités populaires aux causeries populaires

  • 7  Cf. le bilan critique dressé par Marcel Martinet, écrivain et militant révolutionnaire, né en 1887 (...)

8Cette conception de la lutte a conduit les anarchistes individualistes à participer à l’expérience des universités populaires née dans le contexte de l’affaire Dreyfus, à l’initiative de Georges Deherme, ouvrier typographe de sensibilité anarchiste et de Gabriel Séailles, professeur de philosophie à la Sorbonne. Pour une cotisation très modique, les adhérents avaient accès à une bibliothèque de prêt, des cours de langues, des consultations juridiques et pouvaient suivre des conférences organisées plusieurs soirs par semaine. Entre 1899 et 1908, deux cent trente universités populaires ont ouvert leurs portes sur l’ensemble du territoire français pour un auditoire de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Leurs modalités de fonctionnement variaient quelque peu de l’une à l’autre, mais le principe en était le même : faire venir les intellectuels au peuple et permettre à tous l’accès à la culture. Tous les thèmes, toutes les disciplines y étaient abordés par des conférenciers bénévoles, étudiants, journalistes, professeurs de lycées et de collèges, et plus rarement universitaires, sans grand souci de cohérence. On pouvait y parler un soir de poésie contemporaine ou d’art égyptien et le lendemain d’astronomie ou de téléphonie. Mais les orateurs ne dominaient pas toujours leur sujet et les auditeurs manquaient le plus souvent de la formation de base pouvant leur permettre d’appréhender le contenu des interventions. Ce qui a suscité un certain nombre de réserves aussi bien chez les intellectuels qui craignaient les méfaits d’une vulgarisation maladroite que chez les militants qui redoutaient que la scène des universités populaires ne se transforme en terrain d’entraînement pour de jeunes intellectuels plus ambitieux7 que généreux.

9C’est cette crainte qui amena les anarchistes individualistes Libertad et Paraf-Javal à fonder les causeries populaires, plus explicitement libertaires dans leur mode de fonctionnement. Les premiers lieux de conférences et de débats se sont ouverts dans les quartiers de Ménilmontant et de Montmartre, puis en banlieue et même en province. Devant le succès rencontré par ces initiatives, quelques individualistes parisiens décidèrent de fonder un journal pour favoriser la circulation des idées entre les différents groupes et l’échange d’expériences. En avril 1905, sort le premier numéro de l’hebdomadaire l’anarchie. « Cette feuille, affirme l’éditorial, désire être le point de contact entre tous ceux qui, à travers le monde, vivent en anarchiste sous la seule autorité de l’expérience et du libre examen ». Le journal devient rapidement avec un tirage de six mille exemplaires le premier organe individualiste et assure une nouvelle visibilité à ce courant jusqu’ici contraint de s’exprimer dans les colonnes de publications libertaires de sensibilité différente. Il paraît régulièrement de 1905 jusqu’en 1914 et compte de nombreux abonnés en province.

Trajectoires de militants et militantes

Les enfants de la première démocratisation scolaire

10Dans leur grande majorité, les militants anarchistes individualistes qui gravitent autour des causeries populaires et qui se reconnaissent dans l’anarchie sont de jeunes ouvriers parisiens, nés en province entre 1880 et 1890, qui ont quitté l’école à l’âge de douze ou treize ans et qui ont vécu douloureusement ce contact précoce avec le monde du travail. Plusieurs d’entre eux se sont syndiqués et ont participé à des conflits sociaux violemment réprimés et voués à l’échec, ce qui a durablement ébranlé leur confiance dans l’action de masse. Arrachés à une école où ils étaient souvent en situation de réussite mais qui ne leur a fourni qu’un savoir élémentaire, ils ne peuvent se reconnaître dans la classe sociale à laquelle ils sont assignés. Ils ont été en effet plus longtemps scolarisés que leurs parents, des ouvriers ou des paysans tout juste alphabétisés, sans se voir offrir la moindre perspective de mobilité sociale. Dans une société où la condition ouvrière ne s’améliore que très lentement, ils se voient privés de toute possibilité de développement personnel. Aussi se retrouvent-ils dans le constat dressé par Victor Kibaltchiche, futur Victor Serge, dans l’anarchie :

  • 8  Le Rétif, l’anarchie, n°354, 18 janvier 1912.

Vivre pour l’anarchiste, qu’est-ce que c’est ? C’est travailler librement, aimer librement, pouvoir connaître chaque jour un peu plus des merveilles de la vie… Nous revendiquons toute la vie. Savez-vous ce que l’on nous offre ? Onze, douze ou treize heures de labeur par jour, pour obtenir la pitance quotidienne. Et quel labeur pour quelle pitance ! labeur automatique, sous une direction autoritaire, dans des conditions humiliantes et malpropres. Moyennant quoi la vie nous est permise dans la grisaille des cités pauvres.8

  • 9  Mémoires d’Octave Garnier, Archives de la préfecture de police, citées par Jean Maîtron in Ravacho (...)

11 Cette volonté d’échapper à une condition jugée avilissante a conduit certains d’entre eux à l’illégalisme, considéré comme une pratique subversive et un moyen de survie hors du salariat. La fausse monnaie, le vol et l’estampage sont pratiqués par maints compagnons et les condamnations à la prison ou aux travaux forcés en sont souvent le prix. Cette dérive illégaliste atteint son apogée avec une série de hold-up sanglants perpétrés en 1912 dans le sillage de l’affaire Bonnot. L’un des protagonistes de cette épopée tragique, Octave Garnier, fait écho aux paroles de Victor Serge dans ses mémoires retrouvées par la police sur les lieux de son exécution : « C’est parce que je ne voulais pas vivre la vie de la société actuelle et que je ne voulais pas attendre que je sois mort pour vivre que je me suis défendu contre mes oppresseurs par toutes sortes de moyens à ma disposition»9.

  • 10  Mahé, Anna, « Les amis libres », l’anarchie, n°118, juillet 1907.

12Mais qu’ils soient partisans ou adversaires de l’illégalisme, les individualistes, pour vivre en anarchistes ici et maintenant, et non pas dans cent ans comme les y exhortait Libertad, privilégient surtout la voie de l’expérimentation sociale. Ils fondent des collectifs d’habitat et de travail, tentent de restreindre leur consommation en supprimant tous les produits nuisibles ou inutiles, portent des vêtements moins contraignants, pratiquent le nudisme, défendent la liberté sexuelle et se donnent les moyens de n’avoir que les enfants qu’ils désirent. Cette quête d’une vie autre se traduit également par des pratiques telles que les balades dominicales dans des sites champêtres aux alentours de Paris ou les séjours à Chatelaillon, une station balnéaire au sud de La Rochelle où ils se retrouvent chaque été, à l’initiative d’Anna Mahé, cofondatrice de l’anarchie, pour faire de « cette plage de sable magnifique que les bourgeois n’envahiront pas car nous faisons bonne garde un coin de camaraderie, hors des préjugés »10.

L’importance des femmes dans le mouvement

13De nombreuses femmes adhèrent au discours individualiste et prennent part au mouvement des causeries. Il est bien difficile d’avancer des chiffres car les anarchistes ne tiennent évidemment pas de registre d’adhérents : ils forment une constellation aux contours mouvants. Mais tous les rapports de police attestent de leur présence aux réunions et s’en étonnent parfois tandis que des clichés pris lors des balades dominicales par les individualistes eux-mêmes nous les montrent nombreuses. Presque toutes sont de jeunes provinciales, d’origine modeste, venues à Paris avant leur vingt ans. Plusieurs d’entre elles ont poursuivi leur scolarité jusqu’au brevet élémentaire et se déclarent institutrices de profession. Mais elles ont rarement mené jusqu’à son terme le fastidieux parcours de suppléances, haché de longs intervalles sans traitement, réservé alors à celles qui ne sont pas passées par l’École normale d’institutrices. Pour vivre, elles ont eu recours aux travaux d’aiguille ou à des emplois de bureau peu qualifiés. Le discours individualiste, qui rompt avec l’ouvriérisme et propose à chacun des perspectives d’émancipation immédiates, séduit ces jeunes femmes que leur excellence scolaire et leurs efforts n’ont pu arracher à une condition misérable. Certaines deviennent des collaboratrices régulières ou occasionnelles de publications anarchistes, font des tournées de conférences à l’invitation de groupes libertaires de province et rédigent des brochures qui connaissent une forte diffusion.

14 D’autres, moins dotées en capital culturel, ont laissé peu de traces écrites et n’apparaissent qu’à travers les rapports de police et les procès-verbaux d’interpellation ou de perquisition. Elles sont domestiques, blanchisseuses, serveuses, couturières ou tentent d’échapper au salariat en tenant des stands de bonneteries sur les marchés. Immergées dans le milieu, toutes en adoptent les codes, s’engagent dans des relations durables ou éphémères avec des compagnons, parfois avec plusieurs simultanément, en se passant le plus souvent du mariage, et en se protégeant des naissances non désirées. Certaines, comme Anna Mahé, refusant toute immixtion de l’État dans leur vie privée, vont jusqu’à refuser d’inscrire leur enfant à l’état civil. S’efforçant de vivre en anarchistes sans attendre et d’échapper au salariat, elles participent à des expériences de vie communautaires et tentent d’éduquer autrement leurs enfants, envisageant pour cela de fonder des structures éducatives alternatives ouvertes à tous, accomplissant ainsi une vocation d’institutrice hors des modèles laïcs et congréganistes qu’elles réfutent l’un comme l’autre. On les retrouve dans les manifestations et elles participent aux échauffourées qui opposent les individualistes à leurs adversaires politiques ou aux forces de l’ordre. Certaines enfin se retrouvent engagées dans des activités illégalistes comme l’émission de fausse monnaie ou sont impliquées dans des vols et cambriolages.

Réfractaires et propagandistes actives : quelques figures

Rirette Maîtrejean : une adolescence rebelle

15Une des figures les plus connues de ce mouvement est celle de Rirette Maîtrejean qui, à la suite de l’affaire Bonnot à laquelle elle fut mêlée, a livré ses souvenirs à un grand quotidien de son temps. Née en Corrèze en 1887, elle fréquente l’école primaire supérieure et se destine à la profession d’institutrice, mais le décès de son père la contraint à renoncer à ses projets. C’est pour échapper au mariage que sa famille prétend alors lui imposer qu’elle s’enfuit à Paris, à l’âge de seize ans. Elle travaille alors comme couturière sans renoncer pour autant à parfaire sa formation intellectuelle. Refusant l’enfermement dans la condition ouvrière, elle fréquente la Sorbonne et les universités populaires où elle fait la connaissance de militants individualistes qui lui font découvrir les causeries animées par Libertad et les siens. C’est le refus des assignations en termes de classe et de genre et l’importance accordée à la subjectivité qui séduit cette déclassée, fille de paysan devenu maçon, institutrice contrainte à travailler de ses mains. Enceinte peu après son arrivée à Paris, elle se marie avec un ouvrier sellier, familier des causeries, et met au monde deux enfants à dix mois d’intervalle. Sa seconde fille n’a pas encore un an lorsqu’elle quitte ce conjoint, avec lequel elle n’a pas d’échanges intellectuels satisfaisants, pour vivre avec un « théoricien » du mouvement, étudiant en médecine, qui tient une rubrique scientifique dans l’anarchie. Elle devient alors à ses côtés une propagandiste active et participe à toutes les manifestations où sont présents les individualistes. Ensemble, ils assurent pendant quelques mois la direction du journal l’anarchie après la mort de Libertad avant de s’engager dans un long voyage qui doit les mener en Italie et en Algérie. De retour à Paris, le couple se sépare et Rirette devient alors la compagne de Victor Kibaltchiche, jeune anarchiste individualiste d’origine russe, déjà connu pour ses articles. Elle se retrouve à nouveau responsable de l’organe individualiste à ses côtés à un moment où les débats autour de l’illégalisme déchirent le mouvement. Inculpée d’association de malfaiteurs à la suite d’une série de hold-up perpétrés par des proches de l’anarchie, dont elle est alors la gérante officielle, elle accomplit une année de détention préventive avant d’être finalement acquittée. Après sa libération, elle s’éloigne du mouvement individualiste dont elle condamne la dérive illégaliste et observe une certaine réserve politique. Devenue correctrice dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale, affiliée au syndicat des correcteurs, elle conserve cependant des attaches fortes dans le milieu libertaire.

Anna Mahé et Émilie Lamotte : le combat pour une pédagogie alternative

  • 11  Sébastien Faure fonda en 1904, près de Rambouillet, un internat « La Ruche » qui a fonctionné jusq (...)

16Née en 1881, en Loire-Atlantique, Anna Mahé fréquente le milieu des causeries dès 1903, peu de temps après son arrivée à Paris. Elle assure avec Libertad la direction de l’anarchie tandis que sa sœur Armandine, institutrice comme elle, se charge de la trésorerie. Elles partagent toutes les deux la vie de Libertad, dont elles ont chacune un enfant. Mais elles s’engagent bientôt dans des relations affectives avec d’autres compagnons qui, comme elles, vivent au 22, rue du Chevalier-de-la-Barre, communauté d’habitat qui est aussi le siège du journal, et qui est surnommé le « Nid rouge » par la police et les journalistes. Anna est l’auteur de nombreux articles parus dans l’anarchie ainsi que dans la presse libertaire régionale et de quelques brochures. Elle écrit en « ortografe simplifiée », estimant que les « préjugés grammaticaux et orthographiques » constituent une source de ralentissement pour l’apprentissage de la langue écrite et sont au service d’une entreprise de « distinction » des classes dominantes. Elle accuse « ces absurdités de la langue » sanctionnées par l’Académie de casser l’élan spontané de l’enfant vers le savoir et d’encombrer inutilement son esprit. Elle estime d’ailleurs trop précoce l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ; l’initiation scientifique qui fait davantage appel à l’observation et à l’expérimentation devrait selon elle le précéder car il pourrait être un puissant stimulant pour le développement intellectuel de l’enfant. Anna se réfère aux pédagogues libertaires Madeleine Vernet et Sébastien Faure, qui appliquent des méthodes de pédagogie active dans le cadre des internats11 qu’ils ont créés et animés. Elle a le projet de fonder à Montmartre un externat fonctionnant selon les mêmes principes pour les enfants du quartier, mais la réalisation de ce projet, longtemps différée pour des raisons financières, ne verra jamais le jour. Les rapports de police la décrivent comme une femme de caractère qui possède un fort ascendant sur Libertad, même après la fin de leur liaison. Pourtant, elle ne jouera plus qu’un rôle effacé après la mort de ce dernier et laissera la direction du journal à d’autres militants.

  • 12  Lamotte, Emilie, L’éducation rationnelle de l’enfance, édition de l’Idée libre, Paris 1912.

17Une autre institutrice, Émilie Lamotte, a marqué ce milieu. Née en 1877, à Paris, ancienne institutrice congréganiste et peintre amateur, elle commence à écrire en 1905 dans Le Libertaire avant de collaborer à l’anarchie. En 1906, elle fonde, avec quelques compagnes et compagnons, unecolonie libertaire dans une ferme de Saint-Germain-en-Laye où elle s’établit avec ses quatre enfants. Dotée d’une imprimerie, d’une bibliothèque et d’une école, cette communauté de travail et d’habitat est un véritable centre de propagande anarchiste. Émilie Lamotte, qui est une conférencière très sollicitée, s’absente régulièrement pour des tournées de propagande à travers la France. Elle y évoque son expérience professionnelle et expose ses critiques à l’encontre de l’école confessionnelle, comme de l’école laïque qui « apprend le respect de la Justice, de l’armée, de la patrie, de la propriété, et l’infériorité de l’étranger»12, une école qui tarit la curiosité native de l’enfant et lui impose une discipline aussi nocive pour le corps que pour l’esprit.

  • 13  Ibid

L’éducateur libertaire doit être bien pénétré de ce principe que l’enseignement où l’enfant n’est pas le premier artisan de son éducation est plus dangereux que profitable […]. On doit considérer l’enfant hardiment comme un génie auquel on doit fournir la matière de ses découvertes et les instruments de son expérience.13

  • 14  Ibid

18Comme Anna Mahé, elle considère que l’enseignement scientifique doit passer avant l’enseignement des subtilités de la langue et condamne « l’affreux système de punitions et de récompenses »14 alors en usage à l’école primaire. Elle encourage les libertaires à organiser dans les quartiers où ils résident des études anarchistes fonctionnant après la classe pour offrir aux enfants du peuple une éducation complémentaire capable de contrebalancer « l’influence pernicieuse » de l’école. Émilie Lamotte mène également une active propagande néo-malthusienne par la parole et par l’écrit, et contribue à diffuser un certain nombre de techniques contraceptives dont elle explique le principe, les avantages et les inconvénients respectifs dans des brochures détaillées, activité qui est alors passible de sanctions pénales. À la fin de l’année 1908, elle quitte la colonie qui se désagrège sous le poids des tensions internes et fait l’expérience de la vie nomade parcourant avec André Lorulot, son compagnon du moment, les routes du Midi dans une roulotte, pour une série de conférences. Elle envisage d’aller jusqu’en Algérie mais, malade, elle meurt en chemin, quelques mois après son départ, le 6 juin 1909, non loin d’Ales, dans le Gard.

Jeanne Morand : domestique et anarchiste

19Reste à évoquer la figure de Jeanne Morand, originaire de Saône-et-Loire, qui arrive à Paris en mai 1905, à l’âge de 22 ans, pour se placer comme domestique. Élevée dans un milieu familial perméable aux idées libertaires, lectrice assidue de la presse anarchiste, elle fréquente bientôt les causeries populaires et quitte ses employeurs deux ans après son arrivée à Paris pour s’installer au siège de l’anarchie. Elle est arrêtée à plusieurs reprises pour troubles à l’ordre public, collage d’affiches, participation à des manifestations interdites. Après la mort de Libertad dont elle fut la dernière compagne, elle reprend pour quelques mois la gérance de l’hebdomadaire individualiste aux côtés d’Armandine Mahé. Ses jeunes sœurs, Alice et Marie, qui l’ont rejointe à Paris, évoluent dans les mêmes cercles qu’elle. Dans les années qui précèdent la guerre, Jeanne est nommée secrétaire d’un comité féminin qui se mobilise contre la loi portant la durée du service militaire de deux à trois ans. Elle publie alors un certain nombre d’articles antimilitaristes dans la presse libertaire et prend très souvent la parole dans des meetings. En 1913, elle participe à la création d’un « cours de diction et de comédie » dépendant du « Théâtre du peuple » et prend part également à la fondation d’une coopérative de cinéma libertaire, « le cinéma du peuple », qui produit des œuvres documentaires et de fiction montrant les conditions de vie des ouvriers et l’organisation des luttes. Pendant la guerre, elle se réfugie en Espagne avec son compagnon Jacques Long, déserteur, puis revient en France poursuivre clandestinement la propagande antimilitariste. Elle est condamnée en 1922 à cinq ans de prison et à dix ans d’interdiction de séjour pour appel à la désertion. Au tribunal qui l’accuse d’être une antipatriote, elle répond « qu’empêcher la mort de jeunes Français est un acte plus patriotique que de les y envoyer ». Elle mène deux grèves de la faim pour obtenir le statut de détenue politique et bénéficie d’un large soutien à l’extérieur, au-delà même de la mouvance libertaire. À sa sortie de prison, elle conserve des liens forts avec plusieurs de ses anciens camarades, mais son militantisme est moins offensif : elle est rayée en août 1927 de la liste des anarchistes surveillés par la police. Atteinte de délire paranoïaque, elle connaît dans les années qui suivent une vie errante et misérable.

Un héritage méconnu

20Toutes ces femmes ont en commun, à travers la diversité de leurs parcours, d’avoir refusé à la fois le mariage qu’elles assimilaient à une forme de prostitution légale et la condition de dominée et d’exploitée qui s’offrait à elles dans le cadre du salariat. Elles se sont emparées des possibilités d’émancipation immédiate que leur offrait le seul mouvement politique qui accordait à la sphère privée une importance déterminante. Par l’invention de nouveaux modes de vie incluant les expériences communautaires, l’éducation anti-autoritaire des enfants, l’affirmation d’une sexualité libre, elles ont mené une forme exigeante de propagande par le fait.

21La Première Guerre mondiale et la révolution russe à laquelle certains individualistes se rallièrent ont accéléré la désagrégation de l’héritage de Libertad déjà affaibli par l’illégalisme et certaines dérives sectaires. Et pourtant, on retrouve dans les aspirations portées par le mouvement qui secoua la jeunesse occidentale à la fin des années soixante la plupart des idéaux que ces femmes ont portés, et on peut entendre le « jouir sans entraves » des libertaires de mai comme un lointain écho du « vivre sa vie » des anarchistes individualistes de la Belle Époque.

 

Bibliographie

Archives de la préfecture de police

BA 928 : dossier Libertad/ BA1498 : menées anarchistes 1902-1906/ BA 1499 menées anarchistes 1907-1914/ BA 1500 : registre des anarchistes connus et condamnés/ BA 1503 : vols, fausse monnaie, dommages, relations, entente, associations. Tous les dossiers consacrés à l’affaire Bonnot, dossier Victor Serge.

Archives de l’Institut Français d’histoire sociale (IFHS)

fonds Armand ; fonds Vandamme ; fonds Bontemps ; fonds Lamberet.

Travaux universitaires

Dhavernas Marie-Josèphe, Les Anarchistes individualistes devant la société de la Belle Époque, 1895-1914, thèse de doctorat de troisième cycle Paris X, 1981, 302 p.

Manfredonia Gaetano, L’Individualisme anarchiste en France (1880-1914), thèse de doctorat de troisième cycle, Paris : IEP, 1984.

Ouvrages

Armand. E, Sa vie, sa pensée, son œuvre, Paris, La Ruche ouvrière, 1964.

Beaudet, Céline, Les Milieux libres. Vivre en anarchiste à la belle Epoque, Saint-Georges-d’Oléron, Les Editions libertaires, 2006.

Legendre Tony, Expériences de vie communautaire anarchiste en France, Saint-Georges-d’Oléron, Les Editions libertaires, 2006.

Libertad, Albert, Le Culte de la charogne. Anarchisme, un état de révolution permanente (1897-1908), textes présentés par Alain Accardo,Marseille, Agone, « Mémoires sociales », 2006.

MaÎtrejean, Rirette, Souvenirs d’anarchie, Quimperlé, La Digitale, 2005.

Maitron, Jean, Ravachol et les anarchistes, Paris, Gallimard, « Folio histoire », 1992,

Maitron, Jean, Le Mouvement anarchiste en France. Des origines à 1914, t. I, Paris, Éditions François Maspero, 1982.

Maitron, Jean, Le Mouvement anarchiste en France. De 1914 à nos jours, t. II, Paris, Éditions François Maspero, 1982.

Manfredonia, Gaetano, Anarchisme et changement social, Lyon, Atelier de création libertaire, 2007.

Picqueray, May, May la réfractaire. Pour mes quatre-vingt-un ans d’anarchie, Paris, Atelier Marcel Jullian, 1979.

Serge, Victor, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, 1908-1947, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2001.

Serge Victor, Le Rétif, articles paru dans l’anarchie, 1909-1912, Paris, Librairie Monnier, 1989.

Steiner, Anne, Les En-dehors : anarchistes individualistes et illégalistes à la Belle Epoque, Montreuil, L’Echappée, 2008.

Haut de page

Notes

1  Le Rétif (alias Victor Serge), l’anarchie, 14 décembre 1911.

2  Le Rétif, l’anarchie, n°309, 9 mars 1911.

3  Bénard, l’anarchie, 26 mai 1910.

4  « Quel lamentable troupeau ![…] A mesure que leurs carcasses se décharnent, que leur dos se voûte sur le surtravail quotidien, les fortunes de leurs maîtres se font plus scandaleuses, leur luxe plus insolent. Que leur importe, ils sont contents de leur sort […] L’observation, l’étude, la révolte, ils ne connaissent pas. Le bistrot, le football, voilà qui peut les intéresser », peut-on lire dans Le Combat social (décembre 1907, n°15), publication des ouvriers gantiers de Saint Junin gagnés à l’anarchisme individualiste.

5  Libertad, l’anarchie, 12 juillet 1906, in Le Culte de la charogne, Marseille, Agone, 2006, p. 239.

6  Manfredonia, Gaetano, Anarchisme et changement social, Lyon, Atelier de création libertaire, mai 2007.

7  Cf. le bilan critique dressé par Marcel Martinet, écrivain et militant révolutionnaire, né en 1887, dans son ouvrage Culture prolétarienne, Paris, Agone, 2004, p. 83.

8  Le Rétif, l’anarchie, n°354, 18 janvier 1912.

9  Mémoires d’Octave Garnier, Archives de la préfecture de police, citées par Jean Maîtron in Ravachol et les anarchistes, Paris, Gallimard 1992, collection folio histoire, p. 183.

10  Mahé, Anna, « Les amis libres », l’anarchie, n°118, juillet 1907.

11  Sébastien Faure fonda en 1904, près de Rambouillet, un internat « La Ruche » qui a fonctionné jusqu’en 1917 et Madeleine Vernet dirigea de 1906 à 1922 un orphelinat « l’Avenir social ». Ces deux établissements étaient mixtes et appliquaient les méthodes de pédagogie active prônées par les libertaires et déjà mis en pratique à La « Escuela Moderna » de Barcelone par l’anarchiste Francisco Ferrer, fusillé en octobre 1909.

12  Lamotte, Emilie, L’éducation rationnelle de l’enfance, édition de l’Idée libre, Paris 1912.

13  Ibid

14  Ibid

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Anne Steiner, « Les militantes anarchistes individualistes : des femmes libres à la Belle Époque », Amnis [En ligne], 8 | 2008, mis en ligne le 01 septembre 2008, consulté le 13 mai 2016. URL : http://amnis.revues.org/1057 ; DOI : 10.4000/amnis.1057

Haut de page

Auteur

Anne Steiner

Université Paris X
France
albrespy.steiner@wanadoo.fr

Haut de page

Droits d’auteur

Licence Creative Commons
Amnis est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

 

 

23/04/2016

Warsan Shire, poète somalienne

 
 
HOME
 
 
Personne ne quitte sa maison à moins
Que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin
Tu ne cours vers la frontière
Que lorsque toute la ville court également
Avec tes voisins qui courent plus vite que toi
Le garçon avec qui tu es allée à l’école
Qui t’a embrassée, éblouie, une fois derrière la vieille usine
Porte une arme plus grande que son corps
Tu pars de chez toi
Quand ta maison ne te permet plus de rester.
Tu ne quittes pas ta maison si ta maison ne te chasse pas
Du feu sous tes pieds
Du sang chaud dans ton ventre
C’est quelque chose que tu n’aurais jamais pensé faire
Jusqu’à ce que la lame ne soit
Sur ton cou
Et même alors tu portes encore l’hymne national
Dans ta voix
Quand tu déchires ton passeport dans les toilettes d’un aéroport
En sanglotant à chaque bouchée de papier
Pour bien comprendre que tu ne reviendras jamais en arrière
Il faut que tu comprennes
Que personne ne pousse ses enfants sur un bateau
A moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre-ferme
Personne ne se brûle le bout des doigts
Sous des trains
Entre des wagons
Personne ne passe des jours et des nuits dans l’estomac d’un camion
En se nourrissant de papier-journal à moins que les kilomètres parcourus
Soient plus qu’un voyage
Personne ne rampe sous un grillage
Personne ne veut être battu
Pris en pitié
Personne ne choisit les camps de réfugiés
Ou la prison
Parce que la prison est plus sûre
Qu’une ville en feu
Et qu’un maton
Dans la nuit
Vaut mieux que toute une cargaison
D’hommes qui ressemblent à ton père
Personne ne vivrait ça
Personne ne le supporterait
Personne n’a la peau assez tannée
Rentrez chez vous
Les noirs
Les réfugiés
Les sales immigrés
Les demandeurs d’asile
Qui sucent le sang de notre pays
Ils sentent bizarre
Sauvages
Ils ont fait n’importe quoi chez eux et maintenant
Ils veulent faire pareil ici
Comment les mots
Les sales regards
Peuvent te glisser sur le dos
Peut-être parce leur souffle est plus doux
Qu’un membre arraché
Ou parce que ces mots sont plus tendres
Que quatorze hommes entre
Tes jambes
Ou ces insultes sont plus faciles
A digérer
Qu’un os
Que ton corps d’enfant
En miettes
Je veux rentrer chez moi
Mais ma maison est comme la gueule d’un requin
Ma maison, c’est le baril d’un pistolet
Et personne ne quitte sa maison
A moins que ta maison ne te chasse vers le rivage
A moins que ta maison ne dise
A tes jambes de courir plus vite
De laisser tes habits derrière toi
De ramper à travers le désert
De traverser les océans
Noyé
Sauvé
Avoir faim
Mendier
Oublier sa fierté
Ta survie est plus importante
Personne ne quitte sa maison jusqu’à ce que ta maison soit cette petite voix dans ton oreille
Qui te dit
Pars
Pars d’ici tout de suite
Je ne sais pas ce que je suis devenue
Mais je sais que n’importe où
Ce sera plus sûr qu’ici
 
 
 (traduction Paul Tanguy)
 
 
 
 
 
Warsan-Shire-008.jpgNée 1988, Warsan Shire vit à Londres, où elle est arrivée à l'âge de 1 an. Poète, écrivain, éditrice, enseignante. Elle a  publié :
  • Teaching My Mother How To Give Birth (flipped eye, 2011)
  • Her Blue Body (flap pamphlet series, flipped eye, 2015)