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19/02/2014

Méditation bouddhiste sur les peurs

Comment transformer les peurs

Quand nous écoutons ensemble la cloche et respirons ensemble comme cela, nous créons une sorte d’énergie collective très forte qui pénètre en chacun de nous et qui facilite la guérison et la transformation. Pratiquer dans une Sangha (une communauté de pratiquants), c’est facile. Chacun de nous a une graine de peur dans la profondeur de sa conscience connaissance ; le Bouddha nous invite à reconnaître cette graine de peur en nous. Les moines, les moniales sont supposés reconnaître cette graine chaque jour : "je dois mourir un jour, je ne peux pas échapper à la mort. Je peux tomber malade un jour, je ne peux échapper à la maladie. Un jour, je devrai me séparer de celui ou celle que j’aime, c’est inéluctable". Tout ce que je peux emporter avec moi, ce sont seulement les fruits de mes actions ; je ne peux rien emporter d’autre avec moi : ma maison, mon compte en banque, mes diplômes... je ne peux pas emporter ces choses-là avec moi. Cette pratique nous aide à nous familiariser avec la vérité.

La pleine conscience

Reconnaître la peur qui est en nous afin de pouvoir la transformer. On a peur de beaucoup de choses ; on a peur de perdre un jour son travail ; on a peur que la personne qui nous aime aujourd’hui nous abandonne demain ; on a peur des accidents ; on a peur des terroristes. Mais qu’est-ce que le Bouddha nous dit pour réduire la peur ? Les causes de l’accident peuvent se trouver hors de nous, mais elles peuvent aussi être en nous. Et il est fréquent que la cause intérieure déclenche la cause extérieure. Il y a beaucoup de choses à faire pour pouvoir se protéger. Je voudrais tout d’abord parler de l’énergie de la pleine conscience comme une énergie de protection. La pleine conscience c’est l’énergie qui nous permet de nous rendre compte de tout ce qui se passe dans le moment présent. Quand je bois une tasse de thé, je peux la boire dans la pleine conscience ; si je sais que je suis en train de boire une tasse de thé, je bois le thé dans la pleine conscience. Quand je fais un pas et que je le sais, je marche dans la pleine conscience. On peut préparer son petit déjeuner dans la pleine conscience ; peut-être avez-vous besoin de quinze minutes ou vingt minutes pour préparer le petit déjeuner, mais c’est une pratique. On peut porter son attention vers ce qui se passe, ce que l’on fait. Quand on fait la vaisselle, on peut apprendre à générer l’énergie de la pleine conscience. Une fois habité par la pleine conscience, on est vraiment là, on sait ce qui se passe et on peut réagir vite pour que le danger soit évité. Avec la pleine conscience qui nous habite, on sait exactement ce que l’on doit faire et surtout ce que l’on ne doit pas faire. C’est pourquoi nous tous nous pouvons pratiquer pour cultiver cette énergie en or qu’on appelle l’énergie de la pleine conscience. La pleine conscience est la matière première avec laquelle on peut fabriquer beaucoup de choses ; avec la pleine conscience, on peut cultiver la compassion, on peut cultiver aussi la compréhension, la sagesse.

La compassion

La compassion est un agent protecteur ; vous savez qu’une personne sans compassion souffre beaucoup, complètement isolée ; sans compassion, on ne peut pas établir de relation avec les autres êtres vivants, et l’on souffre ; c’est pourquoi la compassion nous soulage, nous donne de la liberté, de la paix et du bonheur. Si vous avez de la compassion en vous, vous êtes protégés ; c’est parce que la compassion se révèle, se manifeste dans la manière de regarder, de parler, d’agir. Et l’autre personne se sent en sécurité avec vous, c’est parce que vous êtes habité par l’énergie de la compassion. Elle sait que vous n’allez pas lui faire du mal ; elle peut toucher cette compassion en vous ; alors il faut cultiver la compassion pour sa propre protection, et on peut en même temps protéger les autres si on a de la compassion.

Les Israéliens ont peur et ils combattent pour leur survie ; et nous comprenons. Les Palestiniens ont peur, et ils veulent combattre pour leur survie, et nous les comprenons aussi. Osama Bin Laden a peur ; il a peur que le Judaïsme et le Christianisme détruisent l’Islam comme un mode de vie. Donc les terroristes agissent sur la fondation de leurs peurs ; ils combattent pour leur survie aussi. Et si on a assez de temps pour regarder en profondeur, on voit que tout le monde a peur ; et cette peur va de pair avec la haine, la colère et la violence. Et quand nous sommes victimes de la haine, de la colère et de la violence, nous souffrons et nous faisons souffrir les autres. C’est une chose très claire, très simple à comprendre.

Les perceptions erronées

Donc si vous avez le temps de regarder... vous pouvez obtenir la compréhension : ils ont peur, ils souffrent ; ils sont victimes de leur peur, de leur colère, de leur haine, de leur violence ; et personne ne se trouve dans la situation de les aider. Pour pouvoir les aider, il faut faire en sorte que cette peur soit réduite, soit enlevée, soit transformée. Et nous savons très bien que la peur est née des perceptions erronées ; c’est le Bouddha qui a dit cela : "la peur est née des perceptions erronées". Nous avons peur l’un de l’autre, c’est parce qu’il n’y a pas assez de communication ; il y a des perceptions erronées qui nous séparent ; alors il faut faire en sorte de restaurer la communication. La peur, le terrorisme ne peuvent pas être déracinés par les bombes ; c’est parce que la peur et la terreur sont nés des perceptions erronées ; et on ne peut pas enlever, détruire les perceptions erronées avec les bombes, avec les fusils, mais seulement avec le dialogue, l’écoute profonde, la parole aimante qui permettent seules d’aider l’autre personne à corriger ses perceptions erronées. Quand on écoute avec compassion, quand on pratique l’écoute profonde, on commence à comprendre pourquoi l’autre personne souffre, l’autre personne a peur, a de la haine et du désespoir. Et nous pouvons réaliser que cette personne-là est vraiment victime de ses propres perceptions erronées, et on se dit : "plus tard, j’aurai du temps pour pouvoir offrir des informations qui pourront aider cette personne-là à corriger ses perceptions" ; vous êtes motivés par la compassion ; vous êtes là assis tranquillement pour écouter l’autre personne, et c’est déjà là un acte d’amour. Et quand vous réalisez que cette personne est victime de beaucoup de malentendus, beaucoup de perceptions erronées, vous vous promettez que plus tard vous ferez de votre mieux pour aider cette personne à corriger ses perceptions. Une fois les perceptions corrigées, une vue juste est obtenue et la peur sera alors diminuée en même temps que la souffrance. Cette personne a une conception d’elle-même, et elle a une conception de vous, de nous ; et ces deux sortes de perceptions peuvent être erronées ; et c’est pourquoi cette personne a agi ainsi avec de la colère et de la haine. Quand l’on écoute cette personne-là, on peut identifier ses perceptions erronées ; et puis on peut aussi en même temps réaliser que l’on est soi-même victime de ses propres perceptions erronées ; si l’autre personne est victime de ses perceptions erronées, moi aussi je peux être victime des perceptions erronées. En écoutant en profondeur comme cela, on peut réaliser qu’on a eu des perceptions erronées sur soi-même et sur l’autre personne ; et cela nous aide à corriger les perceptions en nous-mêmes. Le père a des perceptions erronées à propos de son fils, et le fils peut avoir des perceptions erronées sur son papa ; alors tous les deux souffrent, et chacun pense qu’il est victime de l’autre personne ; mais tous les deux sont victimes des perceptions erronées. Si les Palestiniens et les Israélites réalisent cela : les deux partis sont tous les deux victimes des perceptions erronées, et que tous les deux combattent pour leur survie, alors pourquoi ne pas coopérer pour pouvoir avoir une survie collective. Je voudrais vous dire que le bonheur n’est jamais une chose individuelle ; la sécurité aussi, ce n’est jamais une chose individuelle. La survie, la sécurité, ce sont des choses collectives.

Imaginez un mari qui souffre profondément ; est-ce que sa femme peut être heureuse ? Non, pour être heureuse, cette dame-là doit aider son mari à souffrir moins ; donc la souffrance est une chose collective, et le bonheur aussi. Quand le père souffre, le fils ne peut pas être vraiment heureux ; alors il faut faire quelque chose pour que le père souffre moins, de sorte que le fils aura une chance d’être heureux. Donc, ce que je veux dire ici, c’est que la souffrance n’est jamais une chose individuelle. Il faut assurer le bonheur de l’autre pour qu’on puisse être heureux. La sécurité n’est pas une chose individuelle ; si les autres se sentent en danger, alors vous êtes en danger aussi ; il faut donc s’occuper de la sécurité de l’autre personne. Est-ce que la politique américaine est sur cette voie ou non ? Est-ce que la politique française va dans cette direction ou non ? Pour avoir de la sécurité, on doit offrir de la sécurité. Alors, si l’autre personne souffre, ce sera très difficile pour nous d’être heureux ; il faut donc songer à faire quelque chose pour que l’autre personne souffre moins. Si l’autre personne a beaucoup de peurs, alors cette personne-là va devenir une cause de notre peur. C’est pourquoi réduire la peur en l’autre personne c’est réduire la peur en soi-même. Qu’est-ce qu’on a fait pour les arabes, pour les Palestiniens, pour les Israélites, pour Osama Bin Laden...

La méditation c’est l’acte de regarder en profondeur, regarder soi-même, regarder l’autre personne ; et si on peut identifier la cause de la souffrance, de la peur dans l’autre personne, la compassion jaillit de notre cœur ; et avec la compassion on n’accuse plus, on souffre beaucoup moins ; on peut commencer à regarder l’autre personne avec les yeux de la compassion ; on peut lui parler avec une parole aimante, et ça change déjà beaucoup de choses. Il faut donc avoir le temps pour pouvoir regarder, regarder en profondeur. Cette pratique nous procure, nous offre de la compassion. Avec la compassion on ne souffre plus, on peut accepter, on veut faire quelque chose pour aider, on n’a plus cette intention de punir. Et si vous êtes animés par cette compassion, par ce désir d’aider, alors l’autre personne va pouvoir reconnaître cette intention, et elle aura alors moins peur de vous, et vous aurez vous-même moins peur d’elle. Au sein de la famille, on peut pratiquer cela ; au sein de la communauté, on peut pratiquer cela ; et entre les nations, les groupes ethniques, on peut pratiquer cela. On peut toujours commencer avec une inspiration profonde pour se calmer, pour apporter de la détente à notre corps. Et lorsqu’on est détendu physiquement, on peut déjà commencer à calmer nos sensations, nos émotions.

Avec la pratique de l’inspiration, de l’expiration en pleine conscience, on aura assez d’énergie de pleine conscience pour pouvoir reconnaître les émotions comme la peur, la colère, le désespoir afin de pouvoir les embrasser.

"J’inspire, je sais que la peur est en moi. J’expire, je prends soin de ma peur maintenant avec beaucoup de douceur".

Et comme on peut faire cela, on peut continuer et regarder en profondeur pour voir les racines véritables de cette peur. Si vous avez peur de lui, il a peur de vous ; alors vous êtes tous les deux des victimes de la peur. On peut dialoguer pour créer une collaboration qui permette de transformer la peur dans chaque camp.

Malheureusement, nos dirigeants politiques et militaires ne sont pas entraînés dans cette pratique : la pratique de la respiration profonde, la pratique de la pleine conscience, la pratique du regard compatissant. C’est pourquoi ils n’arrivent pas à enlever la peur, corriger les perceptions erronées qui sont à la base de tout conflit, de toute souffrance, de toute peur. Et comme citoyen, on doit pratiquer, on doit soutenir nos dirigeants politiques. La pleine conscience est un agent protecteur, la compassion en est un autre, et la sagesse est un agent protecteur aussi. Qu’est-ce que c’est que la sagesse, et quelle sagesse ?

L’inter-être

Dans le bouddhisme, on parle de l’inter-être ; on ne peut jamais être par soi-même, on doit inter-être avec tout autre chose. Regardez une fleur par exemple. La fleur ne peut pas être par elle-même ; la fleur doit inter être avec le soleil, les nuages, la terre, etc... Imaginez qu’il n’y ait pas de soleil ; aucune fleur ne peut pousser. Donc en regardant profondément dans la fleur, on voit l’élément soleil ; et je peux toucher le soleil quand je touche la fleur ; le soleil est dans la fleur ; fleur et soleil inter sont. Quand je regarde la fleur, je vois un nuage, et je touche un nuage ; je sais très bien que sans nuage il n’y aura pas de pluie, et la fleur ne peut pas pousser ; donc il y a bien l’élément nuage dans la fleur ; la fleur ne peut pas être par elle-même, elle doit inter être avec le nuage.

Donc cette sagesse montrée par le Bouddha est une pratique. Quand on regarde quelque chose, quelqu’un, on doit voir la nature de l’inter être de cette personne-là, on doit voir la nature de l’inter être de soi-même. Si vous regardez en profondeur en vous-même, vous voyez tant de choses ; vous voyez que vous n’êtes pas vraiment vous-même, vous ne pouvez pas être par vous-même, vous devez inter-être avec tous les autres. Je reconnais que mes ancêtres, non seulement mes ancêtres humains, mais encore mes ancêtres animaux, végétaux et minéraux sont en moi. Mon père et ma mère sont encore vivants dans chacune de mes cellules ; et je peux tout à fait parler à mon papa, à ma maman, c’est parce qu’ils sont encore là dans chacune de mes cellules. Essayez une fois de parler à votre papa et votre maman... Mon père, avant sa mort, a essayé de pratiquer le bouddhisme, mais il n’a pas eu autant de chance que moi ; je suis devenu moine à l’âge de seize ans. Et je suis allé très loin dans le chemin de la pratique, et je le fais pour mon papa aussi. Une fois, dans la méditation assise, j’ai dit à mon papa : "Papa, on a réussi !". Donc, quand vous faites une inspiration et vous sentez le bonheur et la paix, vous le faites aussi pour votre papa et votre maman. Quand vous faites un pas en paix, un pas avec solidité, avec liberté, avec joie, alors vous le faites pour votre maman aussi ; peut-être maman n’a pas eu l’occasion de faire des pas comme cela dans la détente pour entrer en contact avec les merveilles de la terre, du ciel, comme on l’a fait ce matin ; et maintenant on marche pour maman, on marche pour papa, on marche pour tous nos ancêtres. Imaginez, visualisez que des milliards de pieds se posent sur le sol en même temps que vous posez votre pied ; vous pouvez très bien visualiser cela. Quand vous touchez la terre avec votre pied dans la Pleine Conscience, dans la joie, tous vos ancêtres font la même chose en même temps ; c’est très gentil de votre part de permettre à vos ancêtres de marcher comme cela. Et quand je marche, je vois que ce n’est pas moi qui marche seul, c’est toute une lignée d’ancêtres qui marchent ; et la transformation, ce n’est pas pour moi seul, la transformation c’est pour tous mes ancêtres. Si vous avez eu le temps de faire des recherches sur vos ancêtres, vous verrez que ce travail-là peut vous aider beaucoup. Des générations d’ancêtres ont travaillé, ont combattu, ont pu franchir beaucoup d’obstacles pour pouvoir s’établir dans cette vie ; ils ont eu beaucoup d’expériences, ils sont déjà passés par beaucoup d’épreuves, beaucoup de souffrance, beaucoup de dureté ; et ces expériences-là, cette détermination-là sont encore en vous dans chaque cellule, dans chaque gène contenu dans votre corps. Alors vous pouvez leurs parler : "Chers ancêtres, je sais que dans le passé vous avez beaucoup souffert, vous avez beaucoup réussi aussi ; et je suis très fier de vous ; à présent votre sagesse est en moi, votre courage est en moi, et je n’ai pas peur". Ainsi, avec vos ancêtres en vous, vous devenez plus forts, vous avez beaucoup plus de confiance en vous. Vous n’êtes pas quelque chose d’isolé, vous êtes toute une lignée d’ancêtres ; vous êtes forts, vous êtes muni de beaucoup d’expérience et de volonté. Alors, il n’y a pas de raison d’avoir peur ; si mes ancêtres sont parvenus à faire cela, moi aussi, au nom de mes ancêtres, je vais pouvoir surmonter les difficultés qui apparaissent sur mon chemin. Alors, l’inter-être c’est aussi le non-soi.

Le non-soi

Le non-soi c’est un enseignement formidable offert par le Bouddha. Le non-soi c’est ça ; le non-soi ça ne veut pas dire que vous n’êtes pas là ; le non-soi dit que vous n’êtes pas là comme entité séparée, mais vous êtes là comme une merveille dans le sens de l’inter-être. Vous êtes vous-même bien sûr, mais vous êtes aussi vos ancêtres et vos enfants. Alors avec cette confiance, on est plus fort ; on sait qu’en cultivant les vertus de nos ancêtres, on va pouvoir surmonter toutes les difficultés qui se dressent sur notre chemin. Qu’est-ce que c’est que la sagesse ? C’est une vue juste. La vue juste, c’est la vue de l’inter être ; on n’est pas seul, on n’est pas isolé. Et on doit agir en inter-être. On inter est avec les chrétiens, on inter est avec les bouddhistes. Nous sommes une famille, et le bonheur de l’un concerne le bonheur de l’autre ; alors il faut agir dans l’esprit de l’inter être. Inter-être, c’est un mot nouveau ; mais pas tellement nouveau, ça existe dans la littérature bouddhiste ; j’espère que nous aurons bientôt ce mot dans le dictionnaire français. Être, c’est vraiment inter être ; on ne peut jamais être par soi-même ; on ne peut qu’ inter être avec les autres. Et sur cette base, sur cette sagesse, on peut éviter les paroles et les actes qui séparent, qui détruisent, qui causent de la souffrance. L’inter être, c’est la vision profonde ; et avec la pratique de la méditation, la pratique du regard profond, on va pouvoir découvrir l’inter être. Avec l’inter-être, on peut produire des pensées justes. Une pensée juste est une pensée qui va de pair avec l’esprit de l’inter être. Il n’y a pas de séparation ; sa souffrance c’est la mienne, son bonheur c’est le mien. Une pensée juste c’est une pensée qui va de pair avec la compassion, avec la compréhension. Et chacun de nous peut toujours produire une telle pensée, une pensée qui est digne de nous, qui est digne de nos ancêtres, une pensée qui va de pair avec la compréhension et l’amour, la compassion. Et vous savez, chaque fois qu’on produit une pensée juste, une pensée de compassion et de compréhension, cette pensée commence à nous guérir, à nous nourrir ; et ça va avoir un effet positif sur notre santé physique et morale. La juste pensée, la pensée juste, ça guérit et ça nourrit. Et vous savez très bien que vous avez cette capacité de produire une pensée juste, une pensée qui va de pair avec l’amour, le pardon et la compréhension. Et cette pensée va tout d’abord vous donner de la santé physique et mentale. Croyez-moi, j’ai pratiqué : une pensée juste c’est très guérissant, très nourrissant pour vous-même, et ça guérit et nourrit le monde après cela. Et chaque jour on doit avoir l’occasion de produire des pensées comme ça, des pensées justes ; ça ne coûte rien. Si on a le temps de regarder en profondeur, et si on touche la nature, la vérité de l’inter être, alors on peut très facilement produire des pensées justes, des pensées de compassion et de compréhension qui vont nous changer et changer le monde. Et avec la sagesse de l’inter être, on peut produire des paroles justes, des paroles qui vont de pair avec la compassion, le pardon et la compréhension. Une parole juste peut inspirer de l’espérance, de l’espoir, de la joie dans une autre personne ; ça ne coûte rien ; mais il faut du temps, du temps pour pouvoir aimer, pour pouvoir regarder en profondeur. Avec cette capacité d’être concentré, de regarder en profondeur, on va pouvoir comprendre, et on va pouvoir produire naturellement une parole juste, une parole aimante, une parole qui va de pair avec la compassion, le pardon, la réconciliation, la compréhension ; et vous savez très bien, chers amis, que vous êtes capables de produire une telle parole ; n’attendez pas demain pour le faire ; il faut le faire aujourd’hui, directement ou avec votre portable (Rires...).

Avec la sagesse de l’inter-être, on peut produire de l’action juste, l’action qui peut protéger, qui peut aider, qui peut soutenir ; et vous savez que vous êtes aussi capables de faire cela, une action juste recommandée par le Bouddha : la pensée juste, la parole juste et l’action juste. Je vous ai dit déjà que dans la méditation quotidienne, les moines et les moniales récitent cette phrase : " Quand je meurs, je ne peux rien apporter avec moi sauf mon karma, le fruit de mon karma ". Mais qu’est-ce que c’est que le karma ? Le karma, c’est la pensée, c’est la parole, c’est l’action ; une fois produits, cette pensée continue à voyager dans le monde ; une fois produite, cette parole continue à voyager dans le monde, c’est votre propre continuation. Si vous parlez d’une vie prochaine, ce sont des actes, des paroles et des pensées que nous produisons aujourd’hui, mais pas exactement prochaines, c’est parce que ces énergies que nous produisons peuvent déjà avoir un effet sur notre corps, notre esprit et le monde, on n’a pas à attendre la décomposition de ce corps. La vie future est déjà là, le futur est déjà là.

Jean-Paul Sartre a dit ceci (c’est un philosophe français) : "L’homme est la somme de ses actes". C’est une pensée très proche du bouddhisme. Ses actes c’est le karma ; c’est parce que le mot karma, ça veut dire "acte" ; mais l’acte dans le bouddhisme est vu en trois termes : pensée, parole et action. La pensée c’est une action ; la parole c’est une action ; et le geste c’est une action aussi. On veut continuer en beauté, et pour assurer une belle continuation, on doit faire attention à la pensée, à la parole et aux actions que nous produisons chaque jour. Un oranger produit des feuilles, des fleurs d’oranger et des oranges. Nous, êtres humains, nous produisons les pensées, les paroles et les actes ; et la pratique consiste à produire seulement des belles paroles, des paroles justes, des idées, des pensées justes, et des actions justes. Et pour pouvoir assurer une belle continuation, on doit y penser chaque jour : on ne produit que les pensées justes, on ne produit que les paroles justes, et on ne produit que l’action juste.

Le non être

Il y a parmi nous ceux ou celles qui ont peur du non être. Aujourd’hui on est quelqu’un, mais plus tard on ne sera plus personne. On pense à sa propre mort. Si nous avons du temps pour regarder en profondeur, pour faire la méditation, on verra que la naissance et la mort, ce sont des idées, des concepts qui ne s’appliquent pas vraiment à la réalité ; et quand on pratique bien, on a une chance de toucher notre nature propre et on perd cette sorte de peur, la peur du non être. Regardons par exemple un nuage qui flotte dans le ciel... Est-ce qu’un nuage peut mourir ? Est-ce qu’on peut parler de la mort d’un nuage ? La mort... Qu’est-ce que c’est que la mort ? De quelque chose on devient rien, de quelqu’un on ne devient personne ; c’est notre idée de la mort ; mais ça ne s’applique pas à un nuage. Pour ceux ou celles qui pratiquent le regard profond, on sait qu’il est impossible pour un nuage de mourir, de devenir le néant. Un nuage peut se transformer en pluie, en grêle, en neige, mais un nuage ne peut jamais se transformer en néant. "Rien ne se crée, rien ne se perd", c’est un scientifique français qui a dit cela, c’est pas un bouddhiste. Donc, quand on regarde en profondeur le nuage, on voit que la nature véritable du nuage c’est la nature de non naissance et non mort. On se demande quelle est l’origine de ce nuage, et on peut déjà voir avant sa manifestation en forme de nuage que le nuage a été eau, chaleur...

La vague et l’eau

L’eau dans l’océan, l’eau dans les rivières, dans les lacs, et la chaleur... ainsi dans une vie antérieure, le nuage a été eau et chaleur ; et cette manifestation en forme de nuage, c’est seulement une continuation ; ce n’est pas une naissance, ce n’est pas une création. Tu n’es pas une création, tu es une manifestation ; tu peux cesser ta manifestation pour te manifester autrement, mais tu es libre de la mort, du non être. Donc, quand on regarde un nuage on voit sa nature propre, sa nature de non naissance et non mort. Si vous avez quelqu’un qui vous est cher, qui vient de décéder, il faut regarder cette personne en profondeur pour voir qu’elle n’est pas perdue, elle est encore là dans ses nouvelles manifestations. S’il arrive que vous tombiez amoureux d’un nuage, et si le nuage n’est plus là dans le ciel, ne pleurez pas... C’est parce que le nuage s’est transformé en pluie, et c’est la pluie qui vous appelle : "Chéri, chéri, je suis encore là, tu ne me vois pas ?" Alors il faut un regard profond pour pouvoir reconnaître votre bien-aimée, elle est toujours là dans ses nouvelles transformations.

Dans le bouddhisme, on préfère le terme manifestation au terme naissance, et on utilise aussi le terme continuation. La naissance c’est une continuation, la mort c’est aussi une continuation. Rien ne se perd, rien ne se crée. Quand on vient dans un centre de pratique... La pratique peut nous apporter un soulagement de notre douleur, mais le plus grand soulagement ne peut être obtenue que quand vous êtes capable de toucher votre propre nature de non naissance et de non mort. Dans le bouddhisme on appelle cela l’Ainsité ou le Nirvana. Le Nirvana ce n’est pas un endroit ; le Nirvana c’est l’absence de ces notions comme naissance, mort, commencement, fin, ceci et cela, la même chose ou une chose différente ; c’est l’absence de la venue et du départ.

Être et non être

Il y a des théologiens qui parlent de Dieu comme fondation de l’être ; moi je ne pense pas comme cela en ce qui concerne l’être et le non être ; je me demande : "si Dieu est la fondation de l’être, qui sera la fondation du non être ?" Dieu doit dépasser les deux concepts être et non être. Regardez cette boîte d’allumettes, et essayez de voir la flamme ; la flamme est cachée quelque part dans la boîte. Est-ce que la flamme existe ou n’existe pas ? Chère petite flamme, est-ce que tu es là ? Tu existes ou tu n’existes pas ? C’est la méditation... Et si vous écoutez en profondeur, vous pouvez entendre la voix de la flamme : "Cher Thây, chère Sangha, chers amis, je suis là, vous ne pouvez pas me qualifier comme non être, je suis là cachée dans mes conditions ; toutes les conditions sont favorables à ma manifestation, sauf une ; il faut me procurer cette dernière manifestation, faites quelque chose, et je vais me manifester !" Alors on a l’impression que la flamme se cache dans la boîte, mais ce n’est pas vrai ; l’oxygène hors de la boîte est une condition nécessaire pour la manifestation de la flamme ; donc, les conditions pour cette manifestation sont un peu partout, même dans mes doigts. Alors on ne peut pas qualifier la flamme de non existante ; et quand la flamme se manifeste, on ne peut pas la qualifier comme existante ; la notion d’être et de non être ne peut pas s’appliquer à la réalité, c’est l’enseignement du Bouddha. Être ou ne pas être, c’est pas là le problème (Rires...).

La flamme s’est manifestée, et pendant cette manifestation on ne peut pas la qualifier comme être sinon on doit la détruire comme non être après. Donc, non seulement la nature propre, la nature véritable du nuage est la nature de non naissance et non mort, mais la nature de la flamme également c’est la nature de non naissance et non mort. Alors il n’y a pas de fondation pour la peur.

Quand on perd un être bien-aimé, on pose toujours cette question : "Il est venu de quelque part, il est parti quelque part ; je ne peux pas le trouver." Essayons de poser la question à la petite flamme : "Chère petite flamme, d’où viens-tu ?... D’où viens-tu ?" Et comme on prend le temps d’écouter, on peut entendre ceci : "Cher Thây, chers amis, chère Sangha, je ne viens de nulle part ; quand les conditions sont suffisantes, je me manifeste. Cher Thây, chère Sangha, chers amis, je ne viens de nulle part ; je ne viens pas du sud, du nord, de l’est, de l’ouest ; quand les conditions sont suffisantes, je me manifeste." Et on sait que la flamme a raison, il n’y a pas de venue. Votre bien-aimé également, il est venu de nulle part ; quand les conditions sont suffisantes, il se manifeste auprès de vous, et quand les conditions ne sont plus suffisantes, il cesse sa manifestation pour se manifester autrement. Chère petite flamme, où es-tu allée ? Je ne te vois plus... Où es-tu ? Et on peut entendre ceci : "Cher Thây, chère Sangha, chers amis, je ne suis partie nulle part ; je ne suis pas partie au sud, au nord, à l’est, à l’ouest, non... Quand les conditions ne sont plus suffisantes, je cesse ma manifestation pour pouvoir me manifester autrement. " Alors, cette fois-ci, on sait que la flamme a raison aussi. Alors, la personne qui vous est chère, elle est quelque part là ; il faut un œil de sagesse pour pouvoir la reconnaître. Elle est toujours avec vous, beaucoup plus proche que vous ne pensez. Peut-être est-elle en vous, et vous pouvez très bien respirer pour elle, marcher pour elle, et prendre le petit déjeuner pour elle, pour lui ; c’est une chose possible avec le regard profond. Alors le Bouddha nous offre des pratiques, beaucoup de pratiques qui nous aident à atténuer notre peur, réduire notre peur, et finalement à la transformer totalement. Regardez une vague qui se dresse sur l’océan ; vous voyez, il y a un commencement, une fin, une montée, une descente. Et la vague a peur. La vague peut avoir des complexes de supériorité ou d’infériorité, parce qu’il y a d’autres vagues tout autour ; et la vague souffre à cause de ces complexes-là, de cette peur-là, mais une fois que la vague peut toucher sa propre nature, l’eau, alors elle perdra toute peur. Et il est possible pour la vague de se courber et de reconnaître qu’elle est faite d’eau ; l’eau c’est sa propre nature. On peut parler de la vague en terme de commencement, de fin, de montée et de descente, plus grande, plus petite, plus jolie, moins jolie, mais on ne peut pas parler de l’eau avec les mêmes termes. Alors toucher votre propre nature, c’est le but ultime de la méditation, et ce serait dommage si, dans cette vie, nous n’avions pas le temps de faire cela. Vous regardez en profondeur pour toucher votre nature propre de non naissance et de non mort. Une fois que la vague arrive à toucher l’eau, elle s’amuse en s’élevant, elle s’amuse en tombant ; elle rit tout le temps. Et nous pouvons faire la même chose avec notre soi-disant naissance et notre soi-disant mort. Et c’est pourquoi on a dit que le plus grand soulagement qu’on peut avoir avec la pratique, c’est seulement après avoir touché cette nature de non naissance et de non mort en soi. Et ceci est une invitation à la pratique. Je vais m’arrêter ici et je vais vous offrir la parole. Merci.

 

 

 

12/02/2014

Dans le Bouddhisme....

tout est bien structuré et répertorié.

Correspondant aux 5 directions et aux 5 Sagesses,
il y a les 5 poisons:

1) Désir - attachement ( Ouest - couleur rouge )
Antidote : méditation sur la dépendance

2) Colère - haine ( Est - couleur bleue )
Antidote : méditation sur l'amour-compassion

3) Orgueil ( Sud - couleur jaune )
Antidote : Donner de l'importance aux autres

4) Jalousie ( Nord - couleur verte )
Antidote : Se réjouir du bonheur des autres

5) Ignorance ( Centre - couleur blanche )
Antidote : méditation sur les 12 causes interdépendantes

Ces cinq poisons entrainent une production de karma négatif.
Le but des pratiques de méditation est de s'entrainer à gérer ces émotions perturbatrices.
Un entrainement de l'esprit qui prend du temps, comme tout entrainement.
Il faut cultiver les antidotes afin de neutraliser les poisons au moment où ils apparaissent, et mieux encore avant qu'ils n'apparaissent, car comme dans toute discipline, si l'on est pas entrainé, lorsque les émotions surgissent c'est trop tard.
Ce ne sont pas les émotions en elles-mêmes qui entrainent le karma, mais bien leur emprise sur notre esprit !
 
 

10/02/2014

Cécile Coulon - Laissez-moi tranquille

Laissez les hommes quitter leurs femmes pour d'adorables jeunes filles
Laissez les femmes quitter leurs hommes pour des garçons polis
Les enfants vont grandir les douleurs les fantasmes et les hivers aussi
Laissez les clés à vos voisins laissez les chiens faire leurs besoins et les chiennes leurs petits
Laissez-les se noyer dans l'eau du bain laissez flotter vos chagrins à la surface du whisky
Les poètes sont des boxeurs qui ne savent plus sur quel pied danser laissez-les transpirer
Les romanciers sont des marathoniens qui s'épuisent avant la fin laissez-les s'abreuver
Laissez les blondes avoir d'énormes seins laissez les brunes avoir de longues jambes
Les gens qui se haïssent vous savez souvent s'assemblent
Côte à côte main dans la main pourtant nous n'avons rien à faire ensemble
Laissez les gens baiser comme des lapins laissez les gens faire l'amour comme dans les films
Laissez les gens s'enfermer se salir s'indigner
Ça n'ira pas plus loin qu'une lettre d'adieu sur le frigo dans la cuisine

Laissez l'adolescence faire rugir sa colère déplacer des montagnes et tarir les rivières
Laissez les bons élèves se rêver musiciens laissez les ouvriers se rêver magiciens
Transformer la machine en mannequin libérer la colombe étouffée dans leurs mains
Laissez les médecins tirer sur l'ambulance ouvrez les hôpitaux aux malades du coeur
Fracassés par l'absence la puissance de l'ennui le manque de chaleur
Laissez les femmes lécher d'autres femmes
Laissez les hommes sucer d'autres hommes
Qu'est-ce que ça peut vous faire l'appartement est vide et le désir s'affame
Comme une fille qui n'a plus que la peau sur les os et du sel dans ses larmes
Laissez les animaux pisser sur vos portails laissez vos descendants cracher sur vos portraits
Personne n'est obligé d'aimer la ligne du même sang la haine a ses blasons que la famille ignore
Laissez les amoureux oublier qu'ils ont aimé laissez les malheureux oublier qu'ils ont sombré
La solitude est une eau douce il fait bon s'y baigner laissez vos gosses passer la nuit dehors
Ce sera moins dangereux que le mauvais décor de vos deux corps fermés coquillages silencieux

Laissez vos chaussures dans l'entrée
Laissez vos écharpes sécher
Il pleut dans mon coeur comme sur un toit d'ardoise et le vent souffle fort
Laissez-moi profiter d'un oreiller brûlant le navire ne prend plus de passager à bord
Laissez les écrivains devenir célèbre avant leur mort laissez les écoliers sécher leurs yeux et la classe
Ils ont le droit d'avoir peur vous avez le droit de vous taire le passé est une enclume l'avenir une menace

Laissez-moi penser à vous comme si nous avions toujours eu des mains liées des bouches humides
Laissez-moi vous voir je connais votre visage les lignes de vos pommettes jusqu'à vos premières rides
Laissez-moi prendre du recul du poids de la distance
Laissez-moi prendre de l'élan du pognon de l'espace
Le talent se construit le génie se libère laissez les anonymes écarter en deux murs la surface de la terre
Inscrire à l'encre des paupières les envies de voyage de douceur de promesses mensongères
Laissez-moi tranquille mes histoires me suffisent je n'ai besoin de rien
Il pleut dans mon coeur comme sur un toit d'ardoise et j'entends de ma chambre aboyer les derniers chiens.

 

 

07/02/2014

Quand les femmes avaient nettement plus besoin de sexe que les hommes

Et comment le stéréotype s’est inversé. Traduction d’un article publié par la sociologue américaine Alyssa Goldstein sur le site Alternet.org.

quand les femmes avaient nettement plus besoin de sexe que les hommes (ref. photo (c) sapphic erotica)

quand les femmes avaient nettement plus besoin de sexe que les hommes (ref. photo (c) sapphic erotica)

J’inaugure aujourd’hui la catégorie traduction. Il y a concernant les histoires de couple, de sexe et de genre, une réelle richesse à aller voir ce qui se dit en dehors de notre cocon culturel francophone et néanmoins un peu autiste.

Je vous traduis donc cet article remarquable, publié le 19 mars 2013 sous le titre original When Women Wanted Sex Much More Than Men – And how the stereotype flipped, et qui me parle énormément puisque j’aime bien tout ce qui bouscule les idées reçues et remet un peu les pendules à l’heure en matière de sexe et de stéréotypes sexuels.

Partie I : l’ère des salopes

Au début du XVIIe siècle, un homme du nom de James Mattlock fut expulsé de sa paroisse à Boston. Son crime ? Il n’avait ni blasphémé ni souri le jour du Seigneur, ni enfreint d’autres interdits qu’on associe généralement à la morale puritaine. Non, le crime de James Mattlock avait été de se refuser à sa femme pendant deux ans. Même s’il est possible que les coreligionnaires de Mattlock aient considéré sa propre abstinence comme critiquable, il est probable que ce soit plutôt la souffrance de sa femme qui les ait convaincus d’ostraciser le mari. Les puritains étaient persuadés que le désir sexuel était une composante normale et naturelle de la vie, autant pour les hommes que pour les femmes (pourvu qu’il s’exprime dans le cadre d’un mariage hétérosexuel), mais aussi qu’en la matière les femmes avaient davantage de désirs et de besoins que les hommes. On pensait qu’un homme pouvait s’abstenir sans grande peine, mais qu’il était bien plus difficile pour une femme d’être privée de sexe.

Pourtant de nos jours, l’idée que les hommes s’intéressent au sexe davantage que les femmes est tellement répandue qu’on n’y prête même plus attention. Qu’on invoque les hormones ou la "nature humaine", il semble évident que les hommes ont beaucoup besoin de faire l’amour, de se masturber ou de regarder des films érotiques, et évident aussi que c’est nettement moins nécessaire pour les femmes (et si une femme ressent de tels besoins, c’est sûrement qu’il y a quelque chose qui cloche chez elle). Les femmes, il faut les courtiser, les persuader, voire les forcer à "se laisser faire" parce que la perspective du sexe ne les attire pas plus que ça — selon le stéréotype en vigueur. Pour les femmes, l’acte sexuel serait cette chose moyennement plaisante mais néanmoins nécessaire afin de gagner une approbation, s’assurer d’un soutien, ou préserver son couple. Et puisque les femmes ne sont pas — au contraire des hommes– esclaves de leurs désirs, elles sont responsables et doivent s’assurer que personne ne puisse "profiter d’elles".

L’idée que les hommes sont naturellement plus portés sur la chose est tellement incorporée dans notre culture qu’on a du mal à imaginer que des gens aient pu croire le contraire par le passé. Et pourtant, durant l’essentiel de l’Histoire occidentale, de la Grèce antique jusqu’au début du XIXe siècle, on supposait que c’était les femmes les obsédées de sexe et les adeptes de porno de leur époque. Dans la mythologie grecque, Zeus et Héra se disputent pour savoir qui des hommes ou des femmes ont le plus de plaisir au lit. Ils demandent à Tirésias, qu’Héra avait un temps transformé en femme, d’arbitrer la question. Il répond : "si l’on divise le plaisir sexuel en dix parties, une seule échoirait à l’homme, et les neuf autres à la femme." Plus tard, les femmes furent assimilées à des tentatrices à qui Ève avait légué son âme traîtresse. Leur passion sexuelle était vue comme le signe de leur infériorité morale et intellectuelle, laquelle justifiait un contrôle sévère par les maris et les pères. C’était donc aux hommes, moins enflammés de luxure et plus maîtres de leurs passions, qu’il convenait naturellement d’occuper les rôles de pouvoir et d’influence.

Au début du XXe siècle, le médecin et psychologue Havelock Ellis semble avoir été le premier à documenter le changement idéologique en cours. Dans son ouvrage de 1903 intitulé "Etudes de psychologie sexuelle", il dresse une longue liste de sources historiques antiques et modernes, de l’Europe à la Grèce, du Moyen-Orient à la Chine, quasi toutes unanimes pour dire que le désir féminin était le plus fort. Au début du XVIIe siècle, par exemple, Francesco Plazzoni concluait que la perspective de l’accouchement serait dissuasive pour les femmes si le plaisir qu’elles tiraient de l’acte sexuel n’était pas nettement supérieur à celui des hommes. Ellis note que Montaigne considérait les femmes comme "incomparablement plus sûres et plus ardentes en amour que les hommes, et elles en savent toujours bien davantage que ce que peuvent leur enseigner les hommes car ‘C’est une discipline qui naist dans leurs veines’." L’idée que les femmes sont insensibles à la passion sexuelle était encore marginale à l’époque d’Ellis. Son contemporain le gynécologue autrichien Enoch Heinrich Kisch allait jusqu’à affirmer que "la pulsion sexuelle est si forte chez les femmes qu’à certaines période de la vie, sa force primitive domine entièrement leur nature."

Mais le changement était clairement en route. En 1891, H. Fehling tenta de déboulonner la sagesse populaire : "c’est une idée totalement fausse que de prétendre qu’une jeune femme éprouve pour le sexe opposé un désir aussi fort qu’un jeune homme… Quand l’amour chez une jeune fille s’accompagne de manifestations sexuelles, il faut considérer le cas comme pathologique." En 1896, Bernhard Windscheid postulait : "Chez la femme normale, particulièrement dans les classes sociales supérieures, l’instinct sexuel est acquis et non pas inné ; c’est quand il semble inné ou bien qu’il se manifeste spontanément que c’est anormal. Ne connaissant pas cet instinct avant le mariage, les femmes n’éprouvent pas de manque puisque la vie ne leur offre aucune occasion de l’acquérir."

L’article est en trois parties. Pour continuer la lecture, c’est ici :

 

Source : http://lesfessesdelacremiere.wordpress.com/

 

 

Néandertal, on se rapproche de plus en plus !


Peau, fertilité, diabète… Comment notre patrimoine génétique commun avec Néandertal peut avoir un impact ? Deux études confirment simultanément que nous partageons globalement plus que 3% de gènes en commun...


20% de l'ADN de Néandertal dans Homo sapiensDepuis la découverte en 2010 que les Néandertaliens se sont génétiquement rencontrés avec nos ancêtres, des scientifiques tentent de mesurer comment cette part d’ADN commun peut avoir un effet sur nous, aujourd'hui. Deux nouvelles études sont publiées qui retracent l'histoire génétique de Néandertal et donc un peu la nôtre… Ces études mettent en évidence un certain nombre de gènes qui pourraient avoir une importance médicale aujourd'hui.


Retour sur 15 000 ans de vie commune !

Les derniers Néandertaliens se sont éteints il y a 30 000 ans. En Europe, on estime que Néandertal et Homo sapiens ont donc cohabité pendant 15 000 ans. En 2010 une étude génétique (menée par Svante Pääbo, Institut Max Planck) a démontré que les deux espèces avaient eu plus que des contacts de voisinage. Des rencontres très « humaines » avaient permis une certaine mixité qui se retrouvait dans notre ADN. Le génome d’Homo sapiens est donc commun avec celui de Néandertal à hauteur de 1 à 3 %. Plus exactement ce partage se retrouve dans toutes les populations actuelles, à l’exception notable de celles originaires d’Afrique.
Image : reconstitution de Néandertal au Pôle International de Préhistoire (Elisabeth Daynes).


Collectivement nous partageons 20% d’ADN commun avec Néandertal mais moins de 3% à titre individuel…  
La première étude a été réalisée par des généticiens du Département des sciences du génome (Université de Washington),  Benjamin Vernot et Joshua M. Akey. Les résultats ont été publiés dans Science Express, sous le titre Resurrecting Surviving Neandertal Lineages from Modern Human Genomes.
Les chercheurs ont comparé les données de séquençage du génome de 665 individus en provenance d'Europe et d'Asie de l'Est. Ils ont pu démontrer que plus de 20% du génome de Néandertal survit dans l'ADN de nos contemporains (hors Afrique). Ce qui n’est pas incompatible avec le fait qu’un seul individu ne partage que 1 à 3% avec Néandertal.
Leurs résultats montrent que d'importantes quantités de séquences d'ADN néandertalien (ou d’autres hominidés disparus) pourraient être identifiées en se basant sur l’ADN des Homo sapiens actuels. En effet, sur notre population, des données presque infinies pourraient être répertoriées en tenant compte des particularités individuelles, les « parties communes » d’ADN avec Néandertal n'étant pas les mêmes pour tous les individus.
Pour Benjamin Vernot, "dans l'avenir, je pense que les scientifiques seront en mesure d'identifier l'ADN des autres hominidés éteints, tout en analysant les génomes humains modernes».


AdnADN de Néandertal comme source de diversité et de résistance 
Un équipe internationale de scientifiques (Harvard Medical School et l'Institut Max Planck) a comparé le génome de Néandertal avec les génomes de 1 004 individus. Elle a ainsi pu identifier des segments spécifiques de l'ADN de Néandertal dans le génome de chaque individu. Ils ont publié leurs résultats dans la revue Nature.
Ils ont reconnu certains gènes néandertaliens que l’on retrouve souvent dans la population actuelle et d’autres beaucoup moins fréquents. Tous ces gènes communs sont, il faut le rappeler, uniquement retrouvés dans les populations actuelles hors Afrique. Ceci indique que les gènes encore présents ont été conservés parce qu’ils apportaient un avantage. Pour le Dr Reich, co-auteur de l’étude, « cela prouve que ces gènes ont été utiles pour les non-africains dans l'adaptation à l'environnement» quand ils ont conquis le continent européen et asiatique.

Un autre membre de l’équipe, le Dr Akey, ajoute que les gènes qui ont permis à Néandertal de s’adapter au climat moins ensoleillé et plus froid de l’Eurasie ont pu apporter un réel avantage aux Homo sapiens.

De la même manière, certains des gènes néandertaliens qui ont résisté jusqu'à aujourd'hui peuvent avoir une influence sur la santé des gens. Le Dr Reich et ses collègues ont ainsi identifié neuf gènes néandertaliens chez l’homme actuel qui sont connus pour augmenter ou réduire le risque de diverses maladies, dont le diabète et le lupus.

Plus le génome de Néandertal est décortiqué et étudié, plus il se rapproche de nous.

C.R.

Sources
Science  
ScienceDaily

 

 

31/01/2014

Pierre Desproges

Sur le collier du chien que tu laisses au mois d’août
Sur la vulgarité de tes concours de pets
Sur l’étendard nazi et sur le drapeau rouge
Sur la rosette au coin du vieillard officiel
Sur les blousons kaki, sur les képis dorés
Sur le cul blanc des féministes
Sur le mandrin des misogynes
Sur le béret obtus des chauvins aveuglés
Sur la croix des cathos, le croâ des athées
Sur tous les bulletins et sur toutes les urnes
Où les crétins votants vont se faire entuber
Sur l’espoir en la gauche
Sur la gourmette en or de mon coiffeur de droite
Sur la couenne des connes aplaties sur les plages
Sur l’asphalte encombré de cercueils à roulettes
Sur les flancs blanc d’acier des bombes à neutron
Que tu t’offres à prix d’or sur tes impôts forcés
Sur la sébile humiliante et dérisoire
Qu’il faut tendre pourtant à tous les carrefours
Pour aider à freiner l’ardeur des métastases
Sur le mur de la honte et sur les barbelés
Sur les fronts dégarnis des commémorateurs
Pleurant au cimetière qu’ils ont eux-même empli
Sur le petit écran qui bave encore plus blanc
Sur l’encéphalogramme éternellement plat
Des Musclés, des Miss France et des publicitaires
Sur l’étendard vainqueur de la médiocrité
Qui flotte sur les ondes hélas abandonnées
Aux moins méritants des handicapés mentaux
Sur la Bible et sur Mein Kampf
Sur le Coran frénétique
Sur le missel des marxistes
Sur les choux-fleurs en trop balancés aux ordures
Quand les enfants d’Afrique écartelés de faim
Savent que tu t’empiffres à mourir éclaté
Sur le nuage
Sur la lune
Sur le soleil atomique
Sur le cahier d’écolier de mes enfants irradiés
J’écris ton nom


HOMME

 

 

25/01/2014

Pablo Neruda - La poésie

 

Et ce fut à cet âge... La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d'où
elle surgit, de l'hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n'étaient pas des voix, ce n'étaient pas
des mots, ni le silence:
d'une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était là
et me touchait.


Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j'écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l'ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l'univers.


Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l'instar, à l'image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l'abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent.


(Mémorial de l'île Noire, 1964)

 

 

Nazim HIKMET - La plus drôle des créatures - 1948

 

Comme le scorpion, mon frère,
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d’épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau
Dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
Tu es comme la moule
Enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
Comme la bouche d’un volcan éteint.
Et tu n’es pas un, hélas,
Tu n’es pas cinq,
Tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
Quand le bourreau habillé de ta peau
Quand le bourreau lève son bâton
Tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
Et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
Plus drôle que le poisson
Qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y a tant de misère sur terre
C’est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous somme écorchés jusqu’au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

 

in C'est un dur métier que l'exil, adaptation française Charles Dobzynski, Le Temps des Cerises 1999

 

 

( 1948 )

19/01/2014

Jeremy Narby at the Temple of the Way of Light

 

 

http://templeofthewayoflight.org/

 

 

17/01/2014

Documentaire-fiction marionnettique : Blue Jeans de Yeung Faï

 

Le cinéma d’animation projeté sur paravents, l’art de la marionnette – bunraku ou à gaine – et le théâtre d’objets permettront aux trois interprètes de Blue Jeans de révéler quelques-unes des 501 façons d’oublier la dignité de l’homme.

Dans l’un de ses précédents spectacles, le très salué Hand Stories, Yeung Faï, acteur et marionnettiste génial, racontait sans parole, avec humour et gravité – le sujet y invitait – l’exil qui lui avait permis d’échapper à l’emprise idéologique de la Chine communiste où il avait grandi. L’histoire de son père aussi, auquel il doit l’art de la manipulation et de la fabrication des marionnettes à gaine, si violemment critiqué et humilié par le régime lors de ladite « révolution culturelle ». L’émotion qui était l’une des grandes qualités de ce spectacle – inscrite sur les visages figés des figurines ou dans l’absence des mots – est à nouveau au rendez-vous dans Blue Jeans, sa nouvelle création. Un retour vers la Chine, et plus généralement vers l’Asie, pour dire l’horreur d’un esclavage moderne que chacun d’entre nous porte à même la peau sous couvert de liberté : le blue jean. Toile dont la teinture s’appelait Bleu de Gênes (ville dont le nom anglophone était Jeane), beaucoup plus tard transformé en vêtement de travail et adopté par les États-Unis, exporté dans le monde entier et aujourd’hui cousu, teint, délavé, artificiellement vieilli… par des femmes et des enfants majoritairement asiatiques et tous fondamentalement exploités. La fable, « visuelle, politique et poétique » écrite par Yeung Faï met en scène une famille de paysans pauvres contraints de vendre l’une de leurs filles pour l’envoyer travailler dans une usine des grands centres industriels. Deux vies, celles des deux sœurs, que le spectacle invite à suivre en parallèle, où s’entrechoquent traditions immémoriales et sauvagerie impitoyable du monde du travail. Le cinéma d’animation projeté sur paravents, l’art de la marionnette – bunraku ou à gaine – et le théâtre d’objets permettront aux trois interprètes de Blue Jeans de révéler quelques-unes des 501 façons d’oublier la dignité de l’homme.

 

 

 

 

 

 

 

05/01/2014

Desproges : réquisitoire sur Le Pen

Bonne année mon cul

 

On peut la ressortir chaque année, elle ne vieillit pas d'un poil (de cul ?) !

03/01/2014

Seeing

06/12/2013

Ernest Pépin - Pour Mandela...


A bras d'homme l'histoire, les émeutes, la prison
l'insolence aux assises de l'ombre
A bras d'homme le temps d'un pays emprisonné et qu'il faut débarbeler
J'ai dit
le temps de modeler d'un seul vœu
Graffiti des mots que l'on massacre à Soweto
Le temps
d'une seule parole pure...
d'une seule goutte d'eau pure à la pointe obscure du temps
J'ai dit
Ce temps végétal qui pousse sans bruit au fond même des barreaux
et dans le lit du prisonnier
et sur les murs de l'apartheid
et se répand dans les bantoustans
Les gens de Soweto
Les gens de Soweto
jonglent avec la mort en livrant bataille aux murailles des couleurs
Aux molosses
Aux rapaces
Aux hommes à figure d'hommes
A bras d'homme et précieuse la liberté de la terre
malgré meurtrie
malgré prison
La flamme des sans papiers
Et ce fut une longue marche de fantômes marchant sans peur
La longue marche des orages brisant le cou des barreaux
Du sang
Oui, du sang
c'est ça même que je dis
Inexorable sang
du sang du pardon
Sabotage
Sabotage de toute vie
de toute gamme de beauté
Tu fus la tête froide des matins
très haut perché sur l'arc-en-ciel à venir
sur les cent mille collines de l'horizon
Forgeron des vents
et libre avec tous les autres
libérateur de la liberté
Homme de toute urgence
Homme de beau matin
Amandla!
Amandla!
L'ombre du prince déplace les montagnes
Honneur et Respect
MANDELA !

 

 

 

 

Nelson Mandela par Marco Cianfanelli - Monument in Howick, Natal, RSA - 2012

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"Etre libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres".

 

Nelson Mandela (18 juillet 1918- 5 décembre 2013)

 

 

08/11/2013

La première vidéo de l’ourse Hvala avec ses oursons nés en 2013, filmés en plein jour le 17 octobre

 

Mise en ligne par le réseau ours brun de l’ONCFS.

Les images ont été faites en Haute-Garonne.

http://www.ferus.fr/actualite/hvala-et-ses-oursons-un-hym...

 

06/11/2013

Le billet de François Morel: C'est pour qui la banane...

 

 


 

29/10/2013

Etes-vous prêt à aimer ? (Le film de la Journée de la Compassion)

14/10/2013

L'intelligence animale et végétale -Jean-MariePelt et Boris Cyrulnik

 

 

03/10/2013

Recours au poème : Basarab Nicolescu

par : Cristina Hermeziu        Source : http://www.recoursaupoeme.fr


« D’orgasme en orgasme, Dieu nait.»
Entretien avec le physicien et l’écrivain Basarab Nicolescu,
auteur des Théorèmes poétiques, Curtea Veche Publishing, 2013.

 

Née d’un « orgasme cosmique », l’humanité prend-elle la mesure de sa haute dignité ? Pourquoi les recherches transdisciplinaires prophétisent un monde futur encore vivable ?... Et bien d’autres réflexions inquiétantes et rassurantes à la fois rythment le dialogue avec le physicien et l’écrivain Basarab Nicolescu, l’un des penseurs les plus complexes de notre temps. A deux pas du CentQuatre, dans son appartement perché au sixième niveau d’une tour tranquille du XIXe arrondissement de Paris, l’amphitryon allume sa pipe et étale devant moi 12 carnets à couverture orange : le manuscrit des Théorèmes poétiques. Une écriture presque sans rature et des centaines de sentences, en français. Pourtant ce n’est pas sa langue natale.

Né en 1942 à Ploiesti, Basarab Nicolescu fuit la Roumanie communiste en 1968 pour s'établir en France. Il devient physicien théoricien au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et  fonde en  1987 le Centre international de recherches et études transdisciplinaires (CIRET). Il est notamment l’auteur de Nous, la particule et le monde (Le Rocher, 2002), Le tiers secrètement inclus (Babel Éditeur, 2003), La transdisciplinarité, manifeste (Le Rocher, 1996), L'homme et le sens de l'Univers - Essai sur Jakob Böhme, (Le Félin - Philippe Lebaud, 1988, 2e édition 1995).

Ses écrits témoignent d’une démarche transdisciplinaire structurée, censée penser le monde à travers le regard croisé du scientifique, du philosophe et du poète, à l’instar de ses Théorèmes poétiques (Le Rocher, 1994), œuvre inclassable. Les « vérités » qui ont traversé l’auteur se sont nouées dans un placenta de sens et de correspondances qui, tout en gardant intact le profond mystère de la trans-mission, se sont déployés dans des fragments littéraires limpides. Portés par un souffle poétique saccadé, les postulats renvoient à la mécanique incantatoire des psaumes, des sourates ou des versets.

A l’occasion de la parution en 2013 d’une nouvelle édition bibliophile et bilingue, illustrée par le graphiste Mircia Dumitrescu, chez Curtea Veche Publishing, Basarab Nicolescu revient sur la genèse mystérieuse de ce recueil atypique ainsi que sur les frontières tenaces qui rendent opaque la connaissance de l’humain. « L’œuvre d’un métapoète » (Michel Camus), les Théorèmes poétiques livrent dans un langage axiomatique les lois ineffables qui régissent l’univers et l’humain, la nature et la conscience, la physique quantique et la poésie. A portée de main, le fin fond des choses est transparent et pourtant l’éclat reste impénétrable, comme la profondeur lointaine des ondes trop claires. (Cristina Hermeziu)

 

Cristina Hermeziu : Comment est-il possible d’écrire, de continuer à créer, après avoir créé précisément « Les Théorèmes poétiques », un opus complexe qui semble dire Tout ? Avez-vous le sentiment que ce livre est votre destin ?

Basarab Nicolescu : Il fait partie de mon destin mais j’espère que mon destin soit encore plus riche. Il est vrai que ce livre est fondamental  dans mon itinéraire d’écriture. Mais cela dépend de ce qu’on entend par le mot « tout »…

CH : Cela veut dire que le livre est un placenta de sens, un concentré de significations, exprimé d’une façon définitive. Comment l’avez-vous écrit ?

BN : C’est une expérience d’écriture et aussi de transmission. Les vannes de l’imaginaire, les vannes du sentiment et les vannes du non-dit se sont ouvertes. Je crois qu’il y a beaucoup de non-dit dans ce livre et aussi beaucoup d’humour, moi-même j’en ai été étonné. J’ai écrit pas mal de livres mais celui-là reste unique parce que c’est apparu tout d’un coup, pendant une très courte période de deux mois, presque dicté, comme si j’avais essentiellement  une fonction de scribe. Les modifications on été minimes, malgré le fait que la langue française n’est pas ma langue maternelle et j’avais très peur qu’il puisse s’immiscer des erreurs. En ‘92-’93, quand le manuscrit a été prêt,  mon premier juge a été Michel Camus, mon grand ami, philosophe, éditeur et poète. Il m’a dit : « C’est une création de langue, ne change rien. » Et je n’ai rien changé.

Mon rôle a été de trouver un itinéraire parmi ces fragments qui sont apparus dans un désordre total. Je les ai notés sur des carnets dans des situations des plus rocambolesques : pendant mes voyages en métro, pendant les cours de physique, même sous la douche. C’étaient des textes extrêmement précis. En total cela fait 12 carnets. Ça a été tout dit, par moi, mais ce n’est pas moi qui a dit tout,  j’ai encore des choses à dire et des livres à écrire, je crois.

CH : En quoi cela reste pour vous, bien des années après, une expérience unique ? De quelle manière le mystère est toujours vivant ?

BN : C’est tellement unique que j’ai essayé d’imiter certains fragments et je n’ai pas réussi. C’est impossible à réécrire. Cela reste une expérience unique dans ma vie d’écrivain, non répétée. Je crois qu’elle ne peut pas se répéter. Mais ça a une position singulière dans le sens de l’expérience. Je vous donne une anecdote : j’étais, après la publication du livre par Jean-Paul Bertrand, aux éditions du Rocher, avec Michel Camus à Namur, à la Maison de la Poésie. Camus a parlé du livre et un acteur a fait un récital où il a mêlé des fragments de mon livre avec des poésies de Rûmi [poète persan, XIII è siècle]. Après le récital, une dame est venue me voir et m’a demandé : « C’est vous Monsieur Rûmi ? » Ça m’a fait énormément plaisir. Cela veut dire qu’il y a quelque chose qui traverse le temps. Oui, parmi mes propres obsessions, la vie, la mort, Dieu, la transdisciplinarité, la poétique quantique, certaines choses n’auraient pu être dites par Rûmi  - par exemple la poétique quantique - mais l’essence, elle y est : il y a une intelligence, sublime, une intelligence qui n’est pas la mienne mais qui m’est transmise et qui s’est matérialisée par  des mots.

« La complexité est une mesure de la distance entre l’homme et Dieu. » (Théorèmes poétiques, La nature, 80)

CH : On a l’impression, en lisant ces fragments, qu’ils sont portés par un souffle poétique mais en même temps ce n’est pas que de la poésie. Sous votre plume, c’est une gnose. Vous savez plus que les poètes…

BN : Ce n’est pas que de la poésie. D’ailleurs j’ai trop de respect pour la poésie pour me considérer poète. Oui, ce n’est pas un travail sur la langue, mais c’est un travail d’entre les langues. Ce qui se trouve entre les langues, entre les mots, sorti de mon sentiment et non pas de ma pensée. Oui, c’est une gnose, si on comprend par la gnose une connaissance qui se révèle. Il y a multiples définitions de la gnose, le terme est très connoté. Ce n’est pas dans le sens des gnostiques chrétiens, mais dans le sens d’une connaissance qui est une évolution. Notre évolution intérieure dépend de nos efforts et de la connaissance, qui n’est pas donnée, ce n’est pas un état de grâce. Donc mes fragments, je préfère les appeler  des « fragments », sont effectivement une gnose qui met ensemble toutes mes expériences de vie et aussi quelque chose qui peut être transmis. J’ai dit quelque part dans les Théorèmes que la plus haute mission est la trans-mission,  ce qui est au-delà de toutes les missions possibles. 

Ce ne sont pas non plus des aphorismes. Un aphorisme résiste par lui-même mais ce qui est très étonnant dans ce livre - j’ai fait l’expérience parce que l’écriture a été complètement  chaotique du point de vue de l’ordre - c’est que pour trouver un cheminement je me suis rendu compte d’une propriété étonnante de ces théorèmes : chaque théorème dépend de tous les autres,  autrement dit il y a interaction entre les théorèmes. Qui s’est matérialisée d’ailleurs dans les 4 ou 5 variantes différentes que j’ai trouvées. Ce qui a été publié ce n’est qu’un cheminement possible, celui que j’ai estimé le plus convenable du point de vue du lecteur. De mon propre point de vue il y en a d’autres trajectoires possibles. Ce sont des fragments en interactions qui se réfléchissent les uns les autres un peu comme les monades.

Ce ne sont pas des théorèmes non plus. C’est comme des théorèmes dans le sens qu’une fois posées certaines idées qui se retrouvent dans divers chapitres, une fois données les bases, on peut littéralement découvrir les conséquences de ces idées. Je vous avoue que les choses m’intéressaient aussi sur le plan religieux. Il y a par exemple un chapitre sur Dieu où je parle de « l’orgasme de Dieu », ce qui a effrayé pas mal d’oreilles « vierges» et pudiques parmi les théologiens… à tel point qu’au moment de la traduction du livre en Roumanie -  par Leonid Arcade qui a dirigé pendant 30 ans dans les années 1950, un cercle littéraire où venait lire Eliade -, il m’a dit : il est impossible de les publier, il faut supprimer 30 - 40 théorèmes , sinon cela va faire un scandale immense surtout dans le milieu dogmatique orthodoxe roumain. Ça se passait dans les années ’90. J’avoue que j’ai accepté : toutes les éditions roumaines parues depuis sont incomplètes, elles ne comprennent pas les théorèmes sur l’orgasme de Dieu, jusqu’à l’édition publiée en 2013 par Curtea Veche, la première édition complète. Le graphiste Mircea Dumitrescu, qui travaillait sur l’illustration de cette édition, s’est rendu compte qu’il y avait des théorèmes qui manquaient. J’ai traduit moi-même les trente ou quarante théorèmes qui manquaient.

«Le but de la naissance de notre univers : l’auto-naissance de l’homme. Ce qui explique pourquoi la terre est si ridiculement petite et pleine et notre galaxie si désespérément grande et vide.» (Théorèmes poétiques, La vie - la mort, 2)

CH : Qu’est-ce que cela veut dire « l’orgasme de Dieu » ?

BN : C’est une expression de Stéphane Lupasco que j’ai  trouvée admirable. Cela n’à rien avoir avec le Dieu chrétien, c’est dans le sens d’un orgasme cosmique. Il ne s’agit aucunement de toucher la personne divine. A mon sens, il y a eu un besoin de connaissance de soi-même, de Dieu lui-même. Sa toute puissance, Son éternité a eu besoin à un moment donné, un besoin terrible, de se connaître Lui-même. Et Il a décidé de faire cette chose innommable, incontournable pour Lui mais innommable pour nous, c’est nous créer nous, des êtres évidemment inférieurs à Lui, de s’abaisser en quelque sorte en créant quelque chose qui n’est pas Lui et qui est en même temps Lui. Comme il s’agit d’une puissance, quel qu’elle soit, si vraiment il y a un créateur, qu’il soit de la religion égyptienne, chrétienne, mexicaine, islamique, ce n’est pas ça qui est important, ce qui est important dans ce monde quand vous avez une énergie infinie - Dieu probablement a une énergie infinie - l’explosion ne peut être que du type de Big Bang, que nous connaissons en cosmologie, en science. Si Dieu nous a créés, s’il a donné l’humanité, ce n’est que par amour. Je ne dis pas que Dieu avait une compagne, ce serait absolument impossible de le dire, mais je crois que l’on met trop de masculin dans ces choses. Il doit y avoir un force féminine dans toute cette histoire de création - que l’on appelle la sagesse, Sophia, ou autrement, ça dépend des époques, peut importe - mais cela ne se passe pas sur le plan du sexe, bien entendu, mais sur le plan des polarités : oui, on peut penser qu’il y a eu un orgasme divin, qui a déclenché  cette création inouïe.  En tant qu’homme de science, je l’avoue, c’est une chose inouïe : ce gaspillage de semences, on a créé des centaines de millions de galaxies et de galaxies, et pourquoi ? pour avoir une toute petite planète dans un système solaire tout à fait marginal, dans une galaxie qui n’a rien de spécial, pour créer l’être humain. Et pour ça on a eu besoin d’une quantité infinie d’énergie, d’espace, de temps, de matière. Eh oui, cela ressemble à une sorte d’orgasme que l’humain ne peut  pas prouver, il ne peut que le sentir. D’ailleurs, une parenthèse, cette idée qui semble très hérétique pour les gens superficiels, se retrouve chez des penseurs chrétiens, dont Jakob Böhme.

«L’aspect le plus magnifique et le plus effrayant de ce monde est le principe de maximalité : si on attend suffisamment longtemps, tout arrive. Même les miracles et même les pires horreurs.» (Théorèmes poétiques, La nature, 66)

CH : Il y a eu donc un gaspillage phénoménal d’énergie et voilà, nous, les humains, nous sommes là. Pourquoi ? Qu’est-ce que les humains sont appelés à découvrir  en étant appelés à la vie suite à cet orgasme cosmique ?

BN : La réponse à cette question ce serait un livre de philosophie, pas un livre poétique. Je crois que ces théorèmes nous apprennent d’une manière magnifique  - parce que, encore une fois, je ne me sens pas vraiment l’auteur de ce livre, plutôt le scribe -, que le mystère on peut jamais l’épuiser, on peut l’approfondir. Le grand poète Lucian Blaga [poète roumain, 1895-1961] parlait de ça et je suis de son avis.

CH : Ce n’est pas à l’explication ultime que je vous provoque, plutôt formuler le mystère. Qu’est-ce que, d’après vous,  nous ne savons pas ?

BN : Il y a deux types de choses que nous ne savons pas. Il y a, d’un coté, les énigmes. En science il y a des énigmes qui s’éclaircissent avec le temps. Il n’y a pas de questions formulées scientifiquement, sur la base d’une méthodologie scientifique, auxquelles on ne puisse pas répondre. On répond. Mais ce que la révolution quantique du début du XXe siècle nous a montré c’est qu’il y a des questions auxquelles nous ne répondrons jamais. Il y a donc un autre type de vrai mystère; le mystère c’est quelque chose d’inconnaissable pour toujours. La science opère sur l’inconnaissable mais pour un certain temps, cela fini toujours par s’éclaircir, et je crois que l’aventure magnifique de la science dans le XXe siècle est de faire entrer en dialogue l’inconnaissable et le connaissable. Ces théorèmes poétiques, pour moi, c’est  le témoignage de cet inconnaissable pour toujours. Qui n’est pas du déni, qui n’est pas une faillite de l’humain, c’est tout le contraire, je dirais, c’est donner la dignité la plus haute de l’humain, c’est-à -dire son propre mystère irréductible. Et à ce moment là,  peut-être, nous apprendrons à respecter l’Autre, à avoir de la vraie tolérance.

CH : Vous êtes physicien, écrivain et philosophe et vos livres témoignent de cette triple vocation. Est-ce que vous êtes également un mystique ?  Michel Camus parlait, dans votre cas, d’une métaphysique expérimentale. La pratiquez-vous ?

BN : Le mot « mystique » je le rejette complètement. La mystique dénote, de mon point de vue, une fusion avec l’inconnu. Dans mon cas il ne s’agit pas du tout de cela. Il s’agit d’un dialogue avec l’inconnu, avec le mystère, avec  Dieu ou Dieux au pluriel, peut importe, mais dialogue. Dans ce sens là, on peut parler, en revanche, comme l’ont si bien dit Michel Camus et René Daumal, on peut parler d’une métaphysique expérimentale. Vous savez, s’il y a une famille spirituelle de laquelle je me réclame c’est justement la famille du Grand Jeu. Ce mouvement, apparu en 1930 en France, rivale du surréalisme, réunissait des jeunes incroyables de Reims - René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte, Roger Vailland - qui étaient intéressés, oui, par la mystique, par  René Guenon, par André Breton mais en même temps ils rejetaient tout ça  au nom d’une métaphysique expérimentale. 

CH : Qu’est-ce que c’est, au juste, la métaphysique expérimentale ?

BN : La métaphysique expérimentale déplace l’accent de la pensée raisonnante, la pensée qui pense, qui associe sans cesse, à un autre type de pensée,  sans nom. Une pensée que j’ai éprouvée -  je sais de quoi il parle, puisque pour René Daumal [1908-1944] j’ai organisé un colloque à l’occasion de son centenaire, et c’est une figure de mon Panthéon à moi. La métaphysique expérimentale c’est déplacer  la connaissance sur le plan de l’éprouvé, du vécu. La connaissance de l’inconnaissable. C’est un oxymore qui dit beaucoup sur la progression de l’Etre.

« L’antigravitation poétique est aussi universelle que la gravitation physique.» (Théorèmes poétiques, La Nature, 133)

CH : Vous avez créé et théorisé la démarche de la transdisciplinarité. Qu’en est-il aujourd’hui de cette théorie, dans une époque de plus en plus spécialisée, surtout technologiquement ? La transdisciplinarité arrive-t-elle à fédérer les approches ou cela reste, en quelque sorte, une théorie marginale ? En quoi le monde qui nous attend sera vivable grâce à la transdisciplinarité ?

BN : Je vais vous répondre par un théorème, pas par un discours philosophique. « Equation magique : Science + Amour = Poésie.». Je crois que cela dit les défis que l’on a actuellement dans cette multiplication de la connaissance : on a 8000 disciplines différentes, 8000 réalités différentes et le défi c’est de les réunir pour comprendre ce monde où nous sommes. On a une chance extraordinaire : une avancée fabuleuse de la science mais qui seule ne peut rien faire. On a la chance d’une civilisation – une suite de civilisations - qui nous ont laissé un trésor de sagesse, mais la sagesse par elle-même ne peut rien faire non plus. Parce que les forces qui sont face à notre techno-science sont trop grandes, sont irrationnelles. Donc, ce lieu de rencontre qui est la transdisciplinarité est justement entre science et poésie. Un dialogue qui peut fonder une civilisation vivable et durable. On peut l’imaginer. C’est pour ça que l’une des affirmations des théorèmes, qui a fait « scandale » parmi mes collègues, c’est « Les poètes sont les chercheurs quantiques du tiers secrètement inclus. La rigueur de l'esprit poétique est infiniment plus grande que la rigueur de l'esprit mathématique. ». Je ne parle pas d’une écriture formelle, vide, écriture pour ne rien dire, jeu de mots, pour moi  l’écriture poétique c’est pour apprendre, pour comprendre. Pour moi, admirateur de la poésie, la poésie est une connaissance. Mais cette connaissance en dialogue avec la connaissance scientifique peut donner naissance à quelque chose de nouveau que j’appelle de tout mon être. Mes efforts sont concentrés depuis longtemps sur cela, c’est-à-dire cette connaissance transdisciplinaire, transreligieuse, transnationale, transculturelle, quelque chose qui finit une fois pour toute avec les douaniers : les douaniers de la réalité, les douaniers de la connaissance, les douaniers qui nous imposent d’être des gens limités, bornés, et qui prennent des décisions qui mènent toujours à des conflits.

Cette prise de conscience est partout : je l’ai constaté en Roumanie, en Brésil, au Costa Rica, au Mexique, dans beaucoup de pays du monde. Il y a une faim incroyable de quelque chose de nouveau et de vivable. On en a marre de la langue de bois, on en a marre de la vérité unique, on en a marre de tous ces parachutages de vérités qui sont données comme des vérités absolues qui ne sont que des constructions, pour tromper le peuple. On a besoin de cette ouverture. Je ne serais pas appelé aux tous les coins du monde s’il n’y avait pas ce besoin. Si cette prise de conscience va se matérialiser ou non dans une autre type de civilisation - c’est ça peut-être derrière votre question - on ne le sait pas  parce que l’homme est imprévisible.

« La Vallée de l’Etonnement est une vallée quantique : la contradiction et l’indéterminé guettent le voyageur.» (Théorèmes poétiques, La Nature, 99)

CH : Au Salon du livre de Paris 2013, où la Roumanie a été pays invité d’honneur, vous avez animé  une table ronde autour du thème « Les coulisses de l’écriture : le principe d’incertitude.» Quel rôle joue dans nos vies, dans nos réflexions, dans nos créations, l’incertitude ?

BN : J’ai dialogué avec des invités extrêmement compétents. Il y avait Solomon Marcus, un mathématicien et sémioticien roumain très ouvert, l’essayiste et traducteur Bogdan Ghiu et  Houria Abdelouahed, non seulement psychanalyste, mais également  traductrice du grand poète arabe Adonis. Elle a travaillé sur ce chef d’œuvre qui s’appelle Le Livre, en trois tomes et chaque tome fait 600-700 pages ! Comment trouver des équivalences entre l’arabe et le français dans le cas d’une grande poésie ? 

Nous sommes des êtres d’incertitude. Il y a toujours des accidents, de l’incertitude dans nos vies. De grands créateurs, même en France, l’ont très bien compris. En esthétique il y a un courant,  l’esthétique quantique, où on essaie de mettre ensemble tous les principes, dont le principe d’incertitude, dans le jeu d’acteur, et je vais vous donner le grand nom de référence, celui de Claude Régy. Il a écrit un magnifique livre sur l’incertitude, sur le plan de la mise en scène, sur le plan de la parole dite en scène par les acteurs, sur l’interaction avec le spectateur [L'Etat d'incertitude, Les Solitaires intempestifs, 2002].

Cette incertitude a apparu premièrement dans le domaine de la science pure, de la physique quantique, par le principe de Heisenberg qui disait que si on veut mesurer très précisément la position d’une particule, à ce moment là la dispersion de l’énergie ou de la vitesse est infinie. Donc l’impossibilité de mesurer simultanément deux choses que la pensée classique croyait que l’on peut mesurer. Heisenberg, qui était aussi un grand philosophe, a senti que son principe peut s’étendre à beaucoup d’autres phénomènes. Personnellement, j’ai fait un travail d’extension de ce principe d’incertitude dans le domaine de l’information physique et de l’information spirituelle, et j’ai essayé de formaliser cela dans mes travaux transdisciplinaires. C’est-à-dire, quand nous nous concentrons trop dans les domaines de la vie courante, on éclipse, on met en potentialité, toute l’information spirituelle qui existe là depuis toujours, à notre disposition ; ou bien si on se concentre seulement sur l’information spirituelle, par la méditation, par la prière, le silence des mots, à ce moment là c’est le monde de tous les jours  qui disparaît. Donc il y a un jeu de contradictions entre cette information spirituelle et cette information physique qui nous donne une clé là-aussi pour notre évolution future en tant qu’individu et en tant que collectivité.

                                                                                 

 

Propos recueillis par Cristina Hermeziu