Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/11/2017

Lichen - revue de poésie - n° 21 - décembre 2017

 

Nouveau bandeau lichen.jpg


Au sommaire de ce numéro  

Éditorial

Carte postale : « Viens on fait rien »

 

Anne.B : un poème sans titre

 

Dominique Bergougnoux : deux poèmes

 

Michel Betting : « Ah quelle affaire ! »

 

Thierry Blandenet : « Jeune peau » et « Rupture »

 

Marianne Braux : « Poésie quotidienne »

 

Gilbert Casula : deux poèmes extraits de Parler du monde

 

Anneh Cerola : deux poèmes avec « Elle »

 

Marie-Claire Chouard : deux poèmes sans titre

 

Éric Costan : « Paroles »

 

Éric Cuissard : « L'école, l'église »

 

Colette Daviles-Estinès : trois poèmes

 

Louison Delomez : « Les yeux naissants » (extraits)

 

Marianne Desroziers : « Éros domino » et « L'inattendu »

 

Djoze : « Et le reste » (extrait)

 

Laurent Dumortier : « Nuit rouge »

 

Marine Dussarat : « Impalpable » et « Museau bleu »

 

Mokhtar El Amraoui : « Fusion » et « Arbre ! »

 

Laure Escudier : trois poèmes sans titre

 

Didier Gambert : deux poèmes sans titre

 

Cathy Garcia : « Le rire de l'attardé »

 

Fanny Garin : « Des disparitions avec vent et lampe » (3)

 

Christian Grenouillet : trois poèmes sans titre

 

Hoda Hili : « Verse une eau que fertile » (affiche surréelle)

 

Gérard Leyzieux : un poème sans titre

 

Jacqueline L'heveder : « À tous les absents... »

 

Gaëlle Moneuze : « Trompée »

 

Steve Wilifrid Mounguengui : trois poèmes sans titre

 

Alexandre Nicolas : un poème sans titre

 

Brice Noval : « Ironies »

 

Charles Orlac : « Climats » (1 à 5)

 

Damien Paisant : « Toi »

 

Anouch Paré : « Un temps trop tôt » (suite : 3 à 6)

 

Jean-Pierre Pourtier : un bref extrait de Les maux pour les « dires »

 

Éric Pouyet : «  Y laisser des plumes » (photographie)

 

Renaud Rindlisbacher : un poème sans titre

 

Laurent Robert : « Leçon »

 

Kate Rose : « aubes chaudes d'été » et « circulation »

 

Martine Rouhart : deux poèmes sans titre

 

Raphaël Rouxeville : « Ancêtres »

 

Ignacio J. Santania-Bahi : deux poèmes

 

Clément G. Second : un poème extrait de Ce qu’avoue la lisseur des choses ?

 

Yannick Torlini : un texte sans titre

 

Sophie Marie Van der Pas : deux poèmes

 

Olivier Vanderaa : « Rémanence »

 

Sabine Venaruzzo : « La petite fille aux 15 allumettes » (3)

 

Choses vues : la librairie « Le Bleuet » à Banon (reportage)

 

Guillemet de Päranthez (s/d.) & alt. : l’Atelier des mots donnés

 

 

 

P'tit marché des arts hors normes - Cahors - du 2 au 4 décembre 2017

Panneau_marche web.jpg

 

liste artiste.jpg

 

 

 

Hazard Zone #4 - Animalité

 

 

Hazard Zone 4.jpg

très contente d'y être abritée en bonne compagnie

avec mon poème "Juste un animal" (extrait d'Ombromanie)

 

29/11/2017

Une histoire politique de l'alimentation - Du paléolithique à nos jours - Paul Ariès

 

51Op4TZOJuL._SX333_BO1,204,203,200_.jpgPourquoi l'alimentation est à l'origine des biens communs de l'humanité ? Comment les puissants, avec les rituels de la table et les politiques alimentaires, sont parvenus à construire l'(in)égalité des humains ? Qui, après avoir imposé au peuple de manger du pain, a voulu lui interdire les châtaignes et généraliser la pomme de terre ?

Au-delà des histoires sociales, religieuse, culturelle, de l'alimentation, l'auteur retrace son histoire politique, jamais traitée à ce jour. Ce fabuleux livre de Paul Ariès, est le fruit de trente ans d'enseignement et de recherches. Il montre comment la table française reste largement tributaire des tables passées. Vous saurez (presque) tout de ce que mangeaient et buvaient nos ancêtres, de la préhistoire à nos jours.

448 pages, Max Milo éd. 2016

 

 

 

Les Zindigné(e)s : Paul Ariès, vous publiez un ouvrage que nous étions nombreux à attendre… puisque vous nous en parliez depuis plus de vingt ans et qu’il correspond largement aux enseignements que vous donnez en histoire, sociologie et psychanalyse de l’alimentation… Depuis vingt ans, des urgences politiques, donc éditoriales, vous obligeaient à faire d’autres choix, alors que tout était déjà là, et à ne pas prendre les six mois nécessaire pour finaliser ce qui, à vos yeux, est sans doute le plus important. Les désillusions politiques ont donc parfois du bon… car elles vous ont permis de prendre du recul et le temps nécessaire pour ce retour aux fondamentaux de l’alimentation donc de l’histoire. Pourquoi écrire une histoire politique de l’alimentation, certes savoureuse mais tout de même sacrément copieuse, puisqu’il vous faut 450 pages pour construire cette grammaire politique de l’alimentation. J’avoue qu’après vous avoir lu je ne mangerai plus comme avant… Disons que je sais un peu mieux ce que manger veut dire…

Paul Ariès  : Beaucoup d’histoires de l’alimentation existent mais pas d’histoire politique, comme si nos façons de faire société, de régler nos conflits, de choisir qui sont nos amis et nos ennemis, de déterminer ce que nous considérons nous être commun, n’interféraient pas avec nos conceptions de l’alimentation et nos façons de passer ou de ne pas passer à table, avec nos définitions, toujours changeantes, qui permettent de dire qui a droit de participer au banquet, qui doit recevoir plusieurs parts, une pleine part, une demi-part, voire une mauvaise part.

Les Zindigné(e)s : vous écrivez aussi que l’humanité s’est humanisée à travers sa table et qu’elle pourrait fort bien se déshumaniser en déshumanisant sa table.

Paul Ariès  : l’humanité s’est humanisée à travers sa table en interposant entre elle même et ce qu’elle mange et boit toute une série de choix (entre ce qui est consommable et ce qui ne l’est pas, entre ceux qui ont droit au banquet et les autres, entre divers modes de cuisson, etc.), de valeurs (entre celles reconnues aux divers aliments et aux diverses façons de cuisiner, d’assaisonner, de manger), d’objets (du bâton à fouir à la broche et à la marmite), de savoirs et de savoir-faire (en matière de chasse et de cueillette, de stockage, de conservation, d’assaisonnement, de cuisson), de cultures (des cultures populaires aux cultures aristocratiques en passant par les aspects religieux ou scientifiques), de rituels (domestiques, religieux ou politiques), transformant ainsi les nutriments, qui concernent le seul corps biologique, en aliments. L’histoire de l’alimentation est donc d’abord celle de cette mise à distance, de cette ritualisation et symbolisation qui concourent au vivre ensemble.

L’humanité pourrait tout aussi bien se déshumaniser en déshumanisant sa table. Nous n’avons toujours pas appris, en plusieurs millénaires, à garantir le droit au banquet à l’ensemble de l’humanité, ce qui supposerait de concevoir une nouvelle symbolique, une nouvelle ritualité, d’autres pratiques. Au contraire, nous mangeons de plus en plus n’importe quoi, n’importe comment, n’importe quand, n’importe où, avec n’importe qui et pour n’importe quelle raison. Nous n’acceptons plus que la communauté puisse avoir son mot à dire sur nos façons de manger, et déjà de gaspiller, car nous ne savons plus ce que manger veut dire. Nous nous imaginons, contre tout ce que nous apprend l’histoire de l’humanité, que la table serait une affaire individuelle dont nous n’aurions pas à rendre compte ni anthropologiquement, ni socialement ou culturellement, ni, bien sûr, politiquement.

Les Zindigné(e)s : Pourquoi une histoire de l’alimentation ?

Paul Ariès  : Notre siècle ne fait pas exception : son principal défi n’est pas la conquête spatiale mais de savoir comment nourrir 8 milliards d’humains sans détruire les écosystèmes. L’histoire aurait dû, à ce sujet, nous vacciner contre une double illusion, hélas meurtrière. Celle selon laquelle la table d’aujourd’hui serait nécessairement mieux que celle d’hier et forcément moins bien que celle de demain. L’histoire de l’alimentation dément cette conception faussement progressiste : on mourait moins de faim dans l’Egypte des pharaons que sous Louis XV, et les mangeurs préhistoriques accédaient à une nourriture plus diversifiée que les Français du XIXe siècle.

Les Zindigné(e)s : Vous avez conscience que vous prenez un peu les lecteurs à contre-pieds…

Paul Ariès : L’histoire de l’alimentation n’est pas celle d’une longue marche triomphante vers un mieux, mais celle de conflits d’usages, avec l’alternative de mutualiser les stocks ou de laisser une minorité se les approprier, ou le choix entre détruire les châtaigneraies pour favoriser les pommes de terre ou le froment, et laisser le peuple vivre bien, à sa façon. En effet, les puissants n’ont pu imposer leur conception de l’agriculture et de l’alimentation qu’en interdisant au plus grand nombre, souvent brutalement, d’autres façons de manger et donc aussi de vivre. Nous ne sommes pas en mesure de dire ce qu’aurait été l’histoire de l’alimentation si ces autres choix populaires avaient été respectés. Les puissants (chefs de tribus, seigneurs, rois, aristocrates, bourgeois capitalistes) ne sont parvenus à leurs fins qu’avec le soutien des religions, et notamment, nous concernant, avec l’appui de l’Eglise catholique, toujours prête à dénoncer les prétentions des pauvres à vouloir manger aussi bien que les riches…Le péché de gula (« gourmandise ») est d’abord une arme de guerre contre les pauvres et non contre les riches.

Les Zindigné(e)s : vous écrivez aussi qu’il faut faire le deuil d’une autre illusion : l’idée que le « progrès technique » et que les innovations en matière agricole seraient à même de répondre aux espoirs.

Paul Ariès : Nos ancêtres se sont bercés de telles illusions depuis les grandes réformes de l’Antiquité jusqu’à la monarchie absolue et la Révolution. La pomme de terre républicaine n’a pas plus émancipé l’humanité que le pain moyenâgeux ou, demain, les biotechnologies alimentaires. Ce n’est pas par hasard si le XIXe siècle « progressiste », dont la mémoire collective n’a retenu que la légende dorée des grands gastronomes, fut un siècle particulièrement noir en matière d’alimentation populaire avec ses projets immondes de nourrir le peuple en utilisant tous les rebuts de l’industrie. Même dans la Grèce antique, les esclaves avaient droit aux délices du vin doux et à des banquets (rarement tout de même) pour honorer leurs morts ! La commensalité eut longtemps pour conséquence de rappeler aux humains qu’ils doivent tous, obligatoirement, manger et boire. Le capitalisme ayant inventé, avec son fonctionnement spécifique de l’argent, une autre équivalence générale entre les choses, Comus et Bacchus se sont trouvés rabaissés, pour ne pas dire simplement désacralisés.

Les Zindigné(e)s : Vous écrivez que faire une histoire de l’alimentation, c’est témoigner de cette profanation du vivant …

Paul Ariès : On peut parler en effet de profanation du vivant lorsque les sociétés ne se pensent plus comme nourricières, lorsque les enrichis ne perçoivent même plus ce qu’il y a d’immoral dans leurs excès et dans la démesure de leurs gaspillages alimentaires (estimés à 40 % de la production), lorsque les dirigeants n’imaginent plus ce que pourraient être des politiques alimentaires, alors que les Anciens avaient su déployer durant des siècles des lois somptuaires pour que les excès des uns ne privent pas les autres, et des lois annonaires pour garantir l’approvisionnement de tous et de chacun. La Révolution française n’est pas née ainsi d’une mauvaise récolte, mais de l’abandon par les puissants de cette « économie morale » que le peuple n’a jamais cessé d’appeler de ses vœux et qu’il appliquait parfois de force lors des réquisitions de grains et des ventes au juste prix.

Les Zindigné(e)s : Pourquoi une histoire politique de l’alimentation ?

Paul Ariès ; L’alimentation a été l’un des domaines où s’est forgée cette dimension humaine à laquelle on donnera bien plus tard le nom de politique. En effet, la politique exista bien avant la démocratie grecque et ses fameux banquets. J’aimerais convaincre le lecteur qu’on peut parler de politiques alimentaires dès la préhistoire et que les choix faits ne furent pas moins intéressés et passionnés que les nôtres. La politique ne naît donc pas avec les premières cités-Etats, comme Babylone, mais avec les grandes chasses, avec le stockage des denrées, avec les premiers banquets végétaux. Cette histoire témoigne d’un bricolage avec parfois des avancées foudroyantes, mais aussi des reculs durables. Ce bricolage a permis de faire vivre quelque chose qui dépasse le cadre des relations familiales, tribales et de simple voisinage. On fera toujours du neuf avec du vieux dans ce domaine, et on bricole à partir d’un « déjà-là ». La commensalité, qui a un sens précis dans le contexte familial, prend ici un autre sens. D’affaire privée, la maîtrise du feu devient l’un des fondements d’une communauté politique qui s’invente, serrée autour d’un commun. Ce n’est d’ailleurs pas tant la communauté qui se serre autour de son feu que ce foyer commun qui crée la communauté, comme ce n’est pas la communauté qui partage un banquet, mais ce banquet qui crée la communauté en tant que corps politique. En même temps, la politique, c’est la constitution de cet espace commun, soustrait aux seules logiques privatives, et la mise au point de modalités particulières de le gérer. La politique fut d’abord une banale affaire alimentaire avant de devenir cette chose abstraite qui exclut le plus grand nombre. Politique, l’apprentissage de la coopération, peut-être déjà au niveau de la cueillette, et, de façon certaine, avec les grandes chasses. Politique, la définition de territoires de cueillette et de chasse à défendre contre d’autres tribus ou contre les prédateurs. Politique, l’apprentissage de la sécurité collective avec la constitution de réserves et l’invention de méthodes variées et efficaces de gestion des stocks alimentaires. Politique, la maîtrise du feu comme fondement des futurs biens communs et des futures cités. Politique, l’invention de la commensalité car elle suppose de faire des choix en matière de répartition des morceaux, mais aussi en termes d’alimentation (ou pas) des plus faibles. Politiques, les premiers repas hospitaliers à la fonction diplomatique certaine ainsi que les premiers banquets funéraires ou sanglants. Que la politique se soit inventée avec des affaires de table, notamment, n’est pas si étonnant puisque la table est, comme la politique, une affaire de mélange (des peuples, des valeurs, des coutumes dans un cas, des arômes, des épices dans l’autre). Les Grecs anciens le savaient bien, qui obligeaient à toujours mélanger son vin avec de l’eau.

Les Zindigné(e)s : Pourquoi une histoire nationale de l’alimentation alors que vous sait passionné par la table chinoise ou hindoue ?

Paul Ariès  : Certes, l’histoire de l’alimentation est universelle, mais on ne peut la rendre intelligible qu’en acceptant de la circonscrire dans des territoires à chaque fois particuliers, tant sur les plans climatique, géographique, culturel, social que sur le plan politique. La France, dans son histoire, entretient un rapport spécifique à sa table parce qu’elle est, plus que d’autres, une nation politique. Etudier l’histoire politique française de la table, c’est se donner le maximum de chance de comprendre cet entrelacement du politique et de la nourriture, tel qu’il travaille toutes les sociétés, chacune à sa manière. Convoquer la longue durée, et même la très longue durée, est donc nécessaire puisque la table française reste tributaire des tables antiques bien au-delà du fameux triangle pain-vin-huile et de la tradition des banquets. Ce qui caractérise la table française, c’est ce rapport, toujours continué et renouvelé, entre contenu de l’assiette et politique, entre manières de table et politique, entre (contre-)utopies et politique, et ceci, de l’époque gallo-romaine à celle de l’empire carolingien, de la féodalité à la monarchie absolue, de l’humanisme de la Renaissance à celui de la philosophie des Lumières, de la Révolution de 1789 au xixe siècle, le « siècle noir ».

Les Zindigné(e)s : vous écrivez que le danger aurait été de faire l’histoire politique de l’alimentation des seuls puissants, évacuant ainsi le point de vue, également politique, du peuple sur les affaires de table.

Paul Ariès : Le peuple, loin d’être silencieux, est même plutôt têtu au cours des siècles, allant toujours chercher dans les mêmes directions les solutions aux questions alimentaires… Cette histoire populaire de la table a pourtant toujours été dépréciée, au point de ne retenir que le point de vue des puissants (et des savants), y compris sur des mesures souhaitées et revendiquées par le peuple. Les gens ordinaires n’ont pas principalement souhaité manger la même chose et de la même façon que les puissants, il faudra beaucoup de souffrances pour les faire renoncer à leurs propres conceptions et pratiques de table. La haine des distributions alimentaires gratuites, toujours recommencées depuis la Rome antique, en est un autre bon symptôme.

Les Zindigné(e)s : vous conviez vos lectrices et lecteurs à un très long voyage gastronomique puisqu’il nous conduit jusqu’à la préhistoire où vous évoquez non seulement le contenu de l’alimentation mais aussi la façon de manger. Vous parlez notamment des banquets végétaux bien peu connus. Vous expliquez le passage du paléolithique au néolithique non pas comme une évolution naturelle et pacifique mais comme un coup de force contre les populations indigènes… Pourquoi ce besoin de remonter si loin dans le temps ?

Paul Ariès  : j’ai voulu remonter jusqu’à la préhistoire, d’abord par gourmandise, pour déconstruire les idées reçues, mais aussi parce que remonter loin est le meilleur chemin pour parler de demain car cela permet d’entrevoir des invariants.

Les Zindigné(e)s : Vous présentez votre livre à la façon de la vieille table française en proposant, en guise de chapitres, 13 services successifs, mais dans lequel chacun(e) peut puiser à sa guise : les tables préhistoriques, la table mésopotamienne, la table égyptienne, la table grecque, la table romaine, la table gauloise, la table mérovingienne, la table carolingienne, la table clérico-féodale, la table de la monarchie absolue, la table républicaine, la table bourgeoise et enfin les tables industrielles du xxe siècle et du début du xxie siècle. Pouvez-vous pour les lecteurs des Zindigné(e)s nous résumer votre propos ?

Paul Ariès : J’ai pu établir au fil de cette histoire politique de la table que ce qui se joue autour de l’alimentation est autant une histoire d’amour que de désamour de l’humanité. Nos plus anciens ancêtres étaient déjà pleinement des humains au regard de leurs pratiques alimentaires, leur alimentation était beaucoup plus diversifiée qu’on choisit de la croire : ils assaisonnaient les denrées, ils mangeaient des symboles, ils aimaient déjà le gras, ils cuisaient leurs aliments bien avant de maîtriser le feu, ils savaient stocker de façon savante, ils organisaient des festins carnés ou végétaux selon les périodes, des festins funéraires, etc. Tout commença à mal tourner lorsqu’une minorité prétendit être la seule à pouvoir communiquer avec les morts et s’appropria les stocks, les beaux morceaux, les premières boissons enivrantes, excluant le plus grand nombre du droit au banquet. Cette minorité fit des festins autant d’occasions de se jeter des défis, d‘entrer en compétition pour prouver qui dominait les autres. Nos lointains ancêtres ont fait ainsi de la table un enjeu mais aussi un moyen politique. L’humanité, qui a vécu pendant la quasi-totalité de son histoire, de chasse et de cueillette n’était pourtant pas obligée de passer à l’agriculture et il fallut la colonisation de hordes venues de l’est du continent pour que les indigènes se soumettent à ce nouveau mode de vie. Les sociétés protohistoriques qui se développèrent bientôt en Orient n’inventèrent pas le plaisir de la table, mais beaucoup plus banalement la politique faite cuisine et la cuisine faite politique. Le séparatisme alimentaire des puissants ne cessera plus jamais de se développer depuis la constitution des premières cités-Etats, au point que la table prêtée aux dieux dans les légendes n’est qu’une copie des pratiques de table de ceux qui étaient parvenus à dominer les autres. Le pouvoir et la richesse se dirent de façon native à travers des banquets réservés aux puissants mais aussi à travers l’obligation, peu à peu admise, de nourrir à ses frais le petit peuple. Il ne faut pas cependant avoir une vision misérabiliste de l’alimentation du peuple à Sumer, à Babylone, dans la Mésopotamie, qui connurent moins de famines chroniques que la modernité. C’est pourquoi ces civilisations inventèrent toute une grammaire de l’alimentation qui leur subsistera, avec le système des rations ou des champs alimentaires, avec le duo pain/eau puis pain/bière, avec l’opposition croissante entre les aliments des riches et des pauvres.

Les Zindigné(e)s : vous dites que notre alimentation est toujours tributaire de celle de l’antiquité.

Paul Ariès  : L’Egypte fut la première civilisation à concevoir sa table comme un véritable langage au point qu’un même hiéroglyphe signifiait manger et parler. On lui doit encore beaucoup de nos symboles alimentaires. La Grèce introduira la notion de partage entre égaux, au point qu’un même mot signifiait manger et partager et que participer au banquet valait citoyenneté. La société qui inventa la démocratie moderne fut celle qui poussa le plus loin possible l’art du banquet, inventant une cuisine du sacrifice, élaborant des rituels. Les façons de passer à table, de s’asseoir ou de se coucher, de découper la viande, de faire circuler la parole avec le vin, de prôner le mélange vin/eau mais aussi d’autres denrées, constituent un langage qui sert à dire que diviser et unir la société se fait dans un même mouvement. La Rome antique hérita bien sûr de la grammaire alimentaire de l’Egypte et de la Grèce, mais elle apportera cependant une dimension essentielle en poussant plus loin la notion de plaisir. La République et l’Empire développeront des politiques alimentaires aux côtés des politiques agricoles, à travers les lois somptuaires limitant les excès de table, à travers aussi le principe des distributions alimentaires qui ne se réduisirent jamais au slogan panem et circenses (« du pain et des jeux »). La grammaire alimentaire, dont nous sommes encore largement les dépositaires, fit un bond considérable durant toute la civilisation romaine avec sa définition du statut politique des aliments, légumes, viandes et pâtisseries avec la pratique du prandium, avec l’importance de la question du pain, avec l’opposition plus politique que culinaire entre grillade, rôti et bouilli. Le convivium romain n’affiche plus certes la dimension politique du symposion grec et les Romains remplaceront le discours sur la frugalité et la simplicité par celui sur l’abondance et le luxe, mais les symboles alimentaires romains sont directement politiques.

Les Zindigné(e)s : J’ai eu le sentiment en vous lisant que les Gaulois savaient déjà dire non à la mal-bouffe...

Paul Ariès : La table gauloise choquera les voyageurs Grecs et Romains tant sa grammaire était différente. La vie politique des différents peuples gaulois était totalement rythmée par l’organisation de grands banquets qui pouvaient durer des semaines et réunir des milliers de convives, tant l’aristocratie avait le devoir non seulement de nourrir sa clientèle (le peuple), mais de gaspiller. Les banquets gaulois ont donc une fonction politique essentielle bien qu’il soit alors interdit de parler politique durant ces agapes et que des magistrats veillaient à cette discipline. Les Gaulois étonneront également Grecs et Romains, pas tant parce qu’ils boivent leur vin pur, mais parce que, bien qu’étant reconnus comme les meilleurs éleveurs et agriculteurs, ils ont toujours choisi de demeurer, parallèlement, des cueilleurs et des chasseurs… Les Romains prendront appui, lors de la conquête des Gaules, sur les riches Gaulois qui adopteront peu ou prou leurs manières de table contre celles que conservera alors le peuple des campagnes. Les « collabos » gaulois comme Ausone se feront les propagandistes de la table romaine créant ainsi un véritable clivage entre l’alimentation des nouvelles élites et celle du peuple.

Les Zindigné(e)s ; vous expliquez que contrairement aux idées reçues l’effondrement de l’Empire romain ne verra pas naître une table « barbare », bien au contraire.

Paul Ariès : La table mérovingienne sera riche et diversifiée grâce à la chasse et à la cueillette qui viendront compléter agréablement et utilement l’agriculture et l’élevage. Les Mérovingiens aimaient manger et boire mais autrement que les Gallo-Romains et les Francs, nouveaux maîtres du pays qui apportèrent avec eux des traditions culinaires assez singulières. La table conserva sa fonction politique comme marqueur identitaire mais aussi par l’organisation de banquets par/pour un roi, d’abord itinérant, traçant ainsi son royaume. Les anciens et les nouveaux maîtres réalisèrent cependant très vite un compromis politique sur le dos du peuple le renvoyant du côté de la barbarie et se réservant le statut de civilisé. Les barbares ne sont plus en effet ceux qui mangent de la viande et boivent du lait, mais ceux qui vivent des forêts, des marais et des landes, bref, également de la cueillette et de la chasse. Certains puissants appartenant à la nouvelle religion chrétienne écrivent alors des traités sur la bonne façon de manger afin de combattre ce qui reste du vieux paganisme gaulois, mais surtout afin de vaincre les hérésies chrétiennes très loin d’être toujours minoritaires en Gaule. L’Eglise va se mettre à prêcher la frugalité au peuple, réservant la gourmandise aux puissants. Sidoine Apollinaire et Anthime se feront même les avocats de la voracité carnée… Un banquet mérovingien sera d’abord le partage d’un cochon, signe d’identité nationale.

Les Zindigné(e)s  : je vous sens moins amoureux des tables carolingiennes…

Paul Ariès : Les tables carolingiennes se caractériseront assez vite par l’abandon du principe du roi nourricier (Dieu pourvoit à tout grâce notamment aux aumônes des riches) et par la haine de la chair… Cette christianisation de la table se fera par la répression des traditions alimentaires populaires : le peuple « christianisé » devra cesser de manger quatre fois par jour, il devra accepter de renoncer à désirer des aliments que l’Eglise dit être au-dessus de son rang, il devra bientôt accepter la suprématie, contre laquelle il s’insurgera, du pain contre la viande. « Manger chrétien » est austère du côté des puissants, mais du côté du peuple c’est la misère. La seule exception sera le boire « franc-chrétien » avec l’éloge du bon vin français opposé à la mauvaise bière anglaise.

Les Zindigné(e)s : Vous écrivez que la table qui suit l’époque carolingienne sera une table clérico-féodale reposant sur une dualisation presque complète de la table justifiée par l’Eglise et les médecins.

Paul Ariès : La table servira à dire la puissance du roi et de l’Eglise et la petitesse des gens de peu. L’invention du service à la française sera d’abord conçue comme un dispositif politique. La table clérico-féodale marque le passage du prince nourricier au nouveau prince prédateur. La table de la monarchie absolue sera celle d’un Etat cherchant à assurer son autonomie à l’égard du pape. A la religion gallicane va répondre bientôt l’invention d’une table gallicane fondée sur les contre-modèles que sont les façons espagnoles et britanniques de manger et de boire. Au respect rigide des préceptes de l’Eglise et de sa condamnation de la gula s’opposeront le « manger naturel » et le « manger rationnel » de la Renaissance puis de la philosophie des Lumières. La recherche de la symétrie et de l’esthétique correspond à une sécularisation. La monarchie absolue n’aura de cesse en effet d’inventer la « table absolue » avec de nouveaux produits, mais surtout avec une nouvelle mise en scène savante du repas : le service primera alors longtemps sur la cuisine malgré l’art des sauces et la « pâtisserie architecture ». Cette table « absolue » n’a qu’un seul gros défaut, celui d’abandonner totalement le peuple, en déconstruisant les mécanismes qui permettaient de lui assurer un minimum de subsistances. Le peuple ne cessera jamais de se révolter non pas d’abord parce qu’il avait faim, mais parce qu’il condamnait l’abandon des politiques alimentaires lié au succès des thèses libérales. Le principe de taxation des tarifs ne cessera plus jamais d’être une revendication populaire. La Révolution française s’explique aussi par ce refus de voir disparaître cette économie morale.

Les Zindigné(e)s  : vous tirez un bilan ambigüe de la révolution…

Paul Ariès  : La révolution tentera d’abord avec/ sous Robespierre de reconnaître le droit à l’existence de chacun, c’est-à-dire d’assurer politiquement, avec les lois sur le maximum, l’approvisionnement alimentaire. On rêve d’une alimentation structurée capable de structurer la pensée, on adopte le repas ternaire, on refuse la cuisine du tiède, celle du mélange car la table doit se faire pédagogique. Thermidor marquera le retour au libéralisme économique et la victoire définitive de la pomme de terre dite faussement « républicaine » contre la châtaigne, emblème d’une alimentation populaire contre laquelle s’élèvent la bonne société bourgeoise et l’Eglise catholique. Le peuple des villes et des campagnes doit trimer pour pouvoir manger et non faire la fête.

Les Zindigné€s : vous écrivez que la table bourgeoise du XIXe siècle sera celle d’un peuple livré aux appétits des gros.

Paul Ariès  : Le libéralisme économique couplé à l’aveuglement des élites explique les disettes qui frappent encore la France au xixe siècle et la crise du cheptel français, bien pire qu’ailleurs. Certes, le xixe siècle est l’âge d’or de la table bourgeoise, mais il est encore plus celui des contre-utopies alimentaires, lorsqu’on entend faire manger au peuple des os, avec le soutien constant des plus hautes autorités scientifiques et morales. Le xixe siècle sera celui des falsifications alimentaires que dénoncera Paul Lafargue.

On prônera même de rendre le peuple végétarien pour réduire les coûts de son alimentation et pour le « moraliser ». La grande cuisine prospère, mais comme langage des revanchards, et ce n’est pas par hasard que les grands cuisiniers et gastronomes que ce siècle se donnera furent tous des réactionnaires et des contre-révolutionnaires.

Les Zindigné(€)s : le XXe siècle n’est pas votre plat préféré..

Paul Ariès : Le xxe siècle commence seulement véritablement dans le domaine agricole et alimentaire avec la « révolution verte », c’est-à-dire avec l’adoption d’un modèle industriel. S’il résoudra l’approvisionnement alimentaire de ceux qui feront les Trente Glorieuses (mais cela ne signifie nullement qu’une autre agriculture n’eût pas été déjà possible), ce sera au prix de la fin des paysans, de la destruction des écosystèmes, du pillage du tiers-monde, de la destruction des cultures populaires de la table, et bientôt du retour des grandes peurs alimentaires…

Les Zindigné(e)s : que nous réserve le XIXe siècle ?

Paul Ariès  : Le xxie siècle naîtra avec le retour des famines, qui viendront s’ajouter à la malnutrition frappant toujours plus de 1 milliard d’humains, non plus en raison du climat, mais des choix politiques occidentaux d’agriculture et d’alimentation reposant sur l’extractivisme, les pétroaliments, les spéculations sur les matières premières agricoles, la concurrence déloyale d’une agriculture subventionnée au Nord contre celle des petits paysans abandonnés du Sud… L’humanité se trouve donc à la croisée des chemins : soit elle poursuit les tendances actuelles vers toujours plus d’artificialisation des denrées et vers la déstructuration de la table et elle inventera une agriculture sans élevage, grâce aux substituts de viande, et une alimentation sans agriculture digne de ce nom avec la généralisation des fermes verticales, soit elle choisira de reconnaître le droit à la souveraineté alimentaire et développera une véritable agroécologie reposant sur les savoir-faire de 1 milliard et demi de petits paysans. La seule façon d’assurer la transition écologique et donc également l’égalité sociale est de marier des politiques alimentaires qu’il nous faudra réinventer à des politiques agricoles à révolutionner. Nous devons tirer en effet toutes les leçons de l’histoire politique de la table pour compenser la diminution nécessaire du gaspillage énergétique (folie de notre époque : nous consommons 10 calories pour produire une seule calorie alimentaire) par un surcroît de culture. Ce n’est pas par hasard que la table des pays économiquement les plus pauvres est souvent la plus riche sur le plan culturel alors que les nations opulentes ont inventé la junkfood et la malbouffe. Ce choix est éminemment politique car il suppose de repenser la hiérarchie des normes juridiques pour faire toujours primer le droit à l’alimentation (reconnu officiellement dans la Déclaration universelle des droits de l’homme) sur le droit de propriété lucrative, car il exige d’avancer, grâce notamment aux milliards de repas de la restauration sociale, vers une alimentation relocalisée, resaisonnalisée, moins gourmande en eau, moins carnée, assurant la biodiversité, etc. Nous devons reconnaître que les cultures populaires de la table, celles qui subsistent comme celles qu’il faudra bien réinventer, tout comme les cultures paysannes, celles qui viennent du passé comme celles qui émergent, sont au cœur de la fabrique de l’humain. La table est donc bien éminemment politique dans ses deux versants : que mange-t-on ? comment mange-t-on ?, car elle suppose toujours à la fois de dire l’unité dans la division et de construire des communs. Bacchus et Comus doivent donc accéder pleinement à la citoyenneté pour pouvoir demain être à même de nourrir 10 milliards d’humains.

Source : https://www.legrandsoir.info/une-histoire-politique-de-l-...
 
 

28/11/2017

Revue Nouveaux délits n°58, live sur radio Galère, Marseille, le 28 novembre à 22h

 

 Julio Serrano es un lugar comun  SMALL.jpgDemain soir, c'est-à-dire mardi 28 novembre 2017 à 22h sur Radio Galère, en direct de La Friche de Marseille : émission DATAPLEX / RESISTANCES MUSICALES consacrée intégralement au numéro 58 de la revue Nouveaux Délits spécial Guatemala (celui que j'ai eu la chance de coordonner, traduire et préfacer, grâce à l'aide précieuse et dynamique de Cathy Garcia). Lectures d'Antonella Eye Porcelluzzi, d'Annette Zingle et Jean-Marie Nicolas, de Cathy Garcia et moi-même + tous les auteurs de la revue (ReginaJose Galindo, Julio Serrano Echeverría, Luis Carlos Pineda, Vania Vargas) ayant envoyé leurs textes enregistrés en VO pour l'occasion. Lectures bilingues et forcément intenses que l'on pourra écouter partout sur terre à l'adresse suivante :

http://www.radiogalere.org/

Monterez-vous dans le train à temps ? Sinon, il y aura un podcast, ne vous en faites pas, il devrait arriver en fin de semaine au plus tard...

Laurent Bouisset

 

 

 

 

 

 

 

24/11/2017

Audre Lorde, poétesse humaniste

 

Audre Geraldine Lorde (1934 – 1992) est une femme de lettres américaine, engagée contre le racisme, le sexisme et l’homophobie.

D’Audrey à Audre

Audre Lorde

Fille de Linda Gertrude Belmar Lorde et Frederick Byron Lorde, Audrey Geraldine York nait le 18 février 1934 à Harlem, New York. Dernière de trois filles, elle est malvoyante et officiellement aveugle. Grandissant avec les récits de sa mère, originaire des Caraïbes, elle apprend à parler, lire et écrire vers l’âge de quatre ans.

Encore enfant, Audrey décide de supprimer le « Y » de son prénom, préférant l’assonance entre « Audre » et « Lorde » et s’appropriant sa propre identité. Vers l’âge de treize ans, elle écrit son premier poème. Après avoir obtenu son diplôme au lycée « Hunter College High School », elle perd sa meilleure amie, Genevieve Thompson, et cette perte la marque durablement.

L’indépendance

Quittant le domicile de ses parents, Audre gagne sa vie en exerçant divers métiers (travail en usine, assistante sociale, nègre littéraire…) tout en poursuivant ses études à l’université. Ces années, pendant lesquelles elle s’affirme comme lesbienne et poétesse, sont déterminantes pour elle. Rentrant à New York, elle poursuit ses études tout en continuant à écrire et en travaillant comme bibliothécaire. En 1961, elle obtient une maîtrise en sciences des bibliothèques.

En 1962, Audre épouse Edwin Rollins, un juriste avec qui elle a deux enfants : Elizabeth et Jonathan. Le couple divorcera en 1970. En 1966, Audre est nommée bibliothécaire en chef à la Bibliothèque de Town School à New York. Deux ans plus tard, elle part pour une année de résidence à l’université de Tougaloo dans le Mississippi. Elle y rencontre Frances Clayton, professeure de philosophie, qui devient sa compagne jusqu’en 1989.

La poésie d’Audre Lorde commence à être publiée dans les années 1960. En 1962, ses textes paraissent dans le recueil de Langston Hughes New Negro Poets, USA, puis dans des anthologies à l’étranger et dans des revues littéraires noires. En 1968, la Poet’s Press publie son premier recueil de poème, The First Cities. Deux ans plus tard, son deuxième recueil, Cable to Rage, aborde des thèmes liés à l’amour et à la maternité ; elle y confirme son homosexualité dans le poème « Martha ».

L’intersectionnalité

Audre milite activement contre le racisme, le sexisme et l’homophobie. Critique du féminisme de son époque, trop centré sur les réalités des femmes blanches de classes moyennes, elle s’attache à montrer que l’unité d’une catégorie de femmes est une illusion. Évoquant son expérience de femme noire et lesbienne, elle souhaite que ces différences et recoupements de discriminations soient reconnues, ce qui est décrit aujourd’hui par la notion d’intersectionnalité.

Dans le documentaire qui lui est consacré A Litany for Survival: The Life and Work of Audre Lorde, Lorde explique : « Let me tell you first about what it was like being a Black woman poet in the ‘60s, from jump. It meant being invisible. It meant being really invisible. It meant being doubly invisible as a Black feminist woman and it meant being triply invisible as a Black lesbian and feminist. » (« Laissez-moi vous dire à quoi ressemblait être une poétesse noire dans les années 60. Ça voulait dire être invisible. Ça voulait dire être vraiment invisible. Ça voulait dire être doublement invisible en tant que femme féministe noire et triplement invisible en tant que lesbienne noire et féministe. »)

En 1978, les médecins diagnostiquent un cancer du sein à Audre, qui subit une mastectomie. Six ans plus tard, on lui découvre un cancer du foie. Se concentrant sur ses travaux d’écriture, elle écrit sur sa maladie et en parle dans un documentaire. Le 17 novembre 1992, Audre Lorde décède après quatorze ans de lutte contre le cancer.

 

Source : https://histoireparlesfemmes.com/2014/02/19/audre-lorde-p...

 

 

Sister Outsider d’Audre Lorde : la poésie et la colère par Céline Perrin

Difficile de rendre compte sans une certaine frustration de ce Sister Outsider, recueil dense et intense des essais et propos d’Audre Lorde entre 1976 et 1983, traduits pour la première fois en français. Frustration de ne pas pouvoir rendre compte de tout, et notamment d’une prose poétique à la musique particulière, à la profondeur bouleversante et, parfois aussi, bousculante dans le miroir qu’elle tend. C’est pourquoi, plutôt que de parler de ou sur ces textes, j’ai souhaité au travers d’extraits donner à entendre, autant que possible, d’abord ses mots à elle.


Lesbienne féministe afro-américaine, écrivaine pour qui la poésie a longtemps été la seule manière possible de communiquer et de penser :


« Lorsque quelqu’un me demandait : ‹ Comment te sens-tu ? › ou ‹ À quoi penses-tu ? ›, ou posait de but en blanc une autre question, je récitais un poème, et l’émotion, la réponse vitale, se trouvait quelque part dans ce poème. (…) Mon besoin de dire les choses que je ne pouvais pas dire autrement quand je ne trouvais pas d’autres poèmes à utiliser, c’est ce qui m’a motivée à écrire. »

(Un entretien : Audre Lorde et Adrienne Rich, 88)

Lorde aborde dans ces écrits différentes dimensions structurantes de la vie des femmes – Noires et blanches, lesbiennes et hétérosexuelles – dans une amérique dominée par le sexisme, le racisme et l’homophobie.


« Racisme : croyance en la supériorité intrinsèque d’une race sur toutes les autres et ainsi en son droit à dominer. Sexisme : croyance en la supériorité intrinsèque d’un sexe et ainsi en son droit à dominer. Hétérosexisme : croyance en la supériorité intrinsèque d’une forme d’amour et ainsi en son droit à dominer. »

(« Égratigner la surface : quelques remarques sur les femmes et les obstacles à l’amour », 45)

Ce qui frappe peut-être le plus, une fois le recueil refermé, c’est la volonté de Lorde de rester fidèle, en chaque situation, à une identité aux facettes multiples, aux facettes contradictoires aussi, en raison des divers rapports de domination qui ont contribué à façonner cette identité, sans jamais taire l’une ou l’autre de ces facettes en dépit de l’hostilité qu’elles peuvent susciter. Dans « Transformer le silence en paroles et en actes », elle évoque cette nécessité absolue, dont elle a pris conscience avec violence alors qu’elle se croyait atteinte d’un cancer :


« Ainsi confrontée de force à l’éventualité de ma mort, à ce que je désirais et voulais de ma vie, aussi courte soit-elle, priorités et omissions me sont apparues violemment, sous une lumière implacable, et ce que j’ai le plus regretté ce sont mes silences. De quoi avais-je donc eu si peur ? (…) J’allais mourir, tôt ou tard, que j’aie pris la parole ou non. Mes silences ne m’avaient pas protégée. Votre silence ne vous protégera pas non plus. Mais à chaque vraie parole exprimée, à chacune de mes tentatives pour dire ces vérités que je ne cesse de poursuivre, je suis entrée en contact avec d’autres femmes, et, ensemble, nous avons recherché des paroles s’accordant au monde auquel nous croyons toutes, construisant un pont entre nos différences. »

(40)

« La raison du silence, ce sont nos propres peurs, peurs derrière lesquelles chacune d’entre nous se cache – peur du mépris, de la censure, d’un jugement quelconque, ou encore peur d’être repérée, peur du défi, de l’anéantissement. Mais par-dessus tout, je crois, nous craignons la visibilité, cette visibilité sans laquelle nous ne pouvons pas vivre pleinement. (…) Or, cette visibilité, qui nous rend tellement vulnérables, est la source de notre plus grande force. Car le système essaiera de vous réduire en poussière de toute façon, que vous parliez ou non. Nous pouvons nous asseoir dans notre coin, muettes comme des tombes, pendant qu’on nous massacre, nous et nos sœurs, pendant qu’on défigure et qu’on détruit nos enfants, qu’on empoisonne notre terre ; nous pouvons nous terrer dans nos abris, muettes comme des carpes, mais nous n’en aurons pas moins peur. »

(41)

C’est ainsi que Lorde n’a cessé de s’exposer, à travers ses prises de paroles et ses écrits, aux multiples systèmes d’oppressions et à ce qu’ils produisent de commun. Lesbienne quelque temps mariée à un homme blanc avec qui elle a eu deux enfants, femme Noire vivant en couple avec une femme blanche, elle confronte le sexisme et l’homophobie de la communauté à laquelle elle appartient (« Sexisme : le visage noir d’une maladie américaine » ; « Les enseignements des années 60 »), tout comme le racisme latent de ses sœurs de lutte, les féministes blanches (« De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme »), ou encore dévoile les rapports des femmes Noires entre elles, souvent distordus par ce même racisme intériorisé (« Les yeux dans les yeux : Femmes Noires, haine et colère »).


À travers nombre de ces textes, elle en appelle à la reconnaissance des différences entre femmes, malgré la remise en question que cela suppose. Pas la simple tolérance : la reconnaissance, qui implique finalement pour chacune d’entre nous la capacité de se reconnaître aussi comme la dominante d’une autre, et de dépasser la peur de la colère des dominées comme la culpabilité stérile et évitante de qui se découvre dominant·e.


« Ma colère est une réponse aux attitudes racistes, aux actes et aux présomptions engendrés par de telles attitudes. Si vos relations avec d’autres femmes reflètent ces attitudes, alors ma colère et les peurs qu’elle fait naître en vous sont des projecteurs qui peuvent être utilisés pour grandir, de la même manière que j’ai appris à exprimer ma colère, pour ma propre croissance. »

(« De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme », 137-138)

Une exigence qu’elle attend des féministes blanches, mais qu’elle adopte également pour elle-même :


« Quand je parle de femmes de Couleur, je ne veux pas uniquement dire femmes Noires. La femme de Couleur qui n’est pas Noire et qui m’accuse de la rendre invisible parce que je présuppose que ses combats contre le racisme sont identiques aux miens, cette femme a quelque chose à me dire, et je ferai bien de l’écouter pour éviter que nous nous épuisions en nous affrontant sur nos vérités respectives. Si je participe, consciemment ou non, à l’oppression de ma sœur et qu’elle m’interpelle là-dessus, répondre à sa colère par la mienne ne fait qu’étouffer la substance de notre échange. C’est du gaspillage d’énergie. Eh oui, il est très difficile de rester tranquille en écoutant la voix d’une autre femme dire précisément une angoisse que je ne partage pas, ou à laquelle j’ai moi-même contribué. »

(« De l’usage de la colère : la réponse des femmes au racisme », 141)

Ce faisant elle nous confronte à une mise en acte de l’articulation entre différents rapports de domination, avec une puissance que n’aura jamais, me semble-t-il, aucune analyse purement théorique.


Le terme de « survie » revient souvent sous la plume de Lorde. Survivre à la haine raciale incompréhensible à une enfant de cinq ans, survivre à la souffrance. Mais en lisant certains de ses écrits – « La poésie n’est pas un luxe » ou « De l’usage de l’érotisme : l’érotisme comme puissance » par exemple, on comprend qu’il s’agit de bien autre chose encore que de la seule survie. À travers ces textes magnifiquement lumineux, Lorde évoque ce pour quoi la lutte est vitale. Ce qui peut mourir en effet, dans les rets du racisme comme du sexisme, en chacune de nous, c’est d’abord la créativité, le monde des émotions, ces moteurs que sont le désir – ou l’érotisme, qu’elle entend dans un sens très large.



« …nos enfants ne peuvent pas rêver s’ils ne vivent pas, ils ne peuvent pas vivre s’ils ne sont pas nourris, et qui d’autre leur donnera cette précieuse nourriture sans laquelle leurs rêves ressembleront aux nôtres »

(37)

Lorde en appelle à la force du rêve, de la poésie, tout à la fois buts et combustibles de la lutte, de l’aspiration à faire plus que survivre, justement :


« Parce que nous vivons au sein de structures façonnées par le profit, le pouvoir vertical, la déshumanisation institutionnalisée, nos émotions n’étaient pas censées survivre. On attendait des émotions, mises à l’écart tels d’incontournables accessoires ou d’agréables passe-temps, qu’elles s’agenouillent devant la pensée de la même façon que les femmes s’agenouillent devant les hommes. Mais les femmes ont survécu. En poètes. Et il n’y a pas de nouvelles souffrances. Nous les avons déjà toutes endurées. Nous avons enterré cette vérité à l’endroit même où nous avons enterré notre puissance. Elles refont surface dans nos rêves, et ce sont nos rêves qui nous indiquent le chemin de la liberté. Ces rêves deviennent possibles grâce à nos poèmes qui nous donnent la force et le courage de voir, de ressentir, de parler et d’oser.

 »Et si nous considérons comme un luxe notre besoin de rêver, notre désir d’amener nos esprits au plus profond de notre foi, alors nous renonçons à la source de notre puissance, de notre féminité[2][2] Il me semble clair que par féminité Lorde ne désigne...  : nous renonçons aux mondes futurs auxquels nous aspirons. »

(38)

De tels propos lui ont parfois valu de virulentes critiques. On lui a reproché de reconduire les classiques oppositions entre rationalité masculine (blanche) et émotions féminines (Noires), ou encore que :


« …se servir de l’érotisme comme d’un guide, c’était…

Adrienne : Antiféministe ?

Audre : Que nous en étions réduites, une fois de plus, à l’invisible, à l’inutilisable. Qu’en écrivant cela, je nous cantonnais sur le terrain de l’intuition aveugle.

Adrienne : Mais pourtant, tu parles dans cet essai du travail et du pouvoir, deux des dimensions les plus politiques qui soient.

Audre : (…) j’essaie de dire qu’on a utilisé si souvent l’érotisme à nos dépens, y compris le mot lui-même, que nous avons appris à nous méfier de ce qui est au plus profond de nous, et c’est ainsi que nous avons appris à nous dresser contre nous-mêmes, contre nos émotions. (…) Pousser les gens à se dresser contre eux-mêmes, cela n’a pas les mêmes conséquences que les tactiques policières et les techniques de répression. Vous faites en sorte que les personnes intériorisent ces techniques, de façon à ce qu’elles se méfient de tout ce qui provient de leurs richesses intérieures, qu’elles rejettent la partie en elles la plus créative, si bien que vous n’avez même plus besoin de l’écraser. »

(Un entretien : Audre Lorde et Adrienne Rich, 110)

Un recueil d’essais mêlant intimement analyse politique et poésie, un recueil fort et ressourçant à lire de toute urgence, en attendant que les poèmes d’Audre Lorde soient traduits à leur tour avec la même qualité, remarquable, que présente Sister Outsider.

Notes

Sister Outsider. Essais et propos d’Audre Lorde. Sur la poésie, l’érotisme, le racisme, le sexisme… Textes traduits de l’américain par Magali C. Calise ainsi que Grazia Gonik, Marième Hélie-Lucas et Hélène Pour (2003). Éditions Mamélis : Genève, Éditions Trois : Québec, 212 pages.

 

Il me semble clair que par féminité Lorde ne désigne surtout pas ce que nos sociétés ont construit comme étant le féminin, mais ce que nous pouvons et voulons.

 

Source : https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feminist...

 

 

 

 

23/11/2017

Fête du livre et de l'image à Arcambal - 24-26 novembre


 fete_du_livre_et_de_l_image_2017-e7829.jpg

pour tout savoir :

http://www.fetedulivreetdelimage.fr/

 

 

 

SMART 2017, ça commence demain !

SMART 2017_n.jpg

 

xannoncesmart2017.jpeg

 

 

20/11/2017

Tu écris des poèmes, Murièle Modély

 

éditions du Cygne, novembre 2017

1couv_ecris.jpg

95 pages, 12 €.

 

 

« Tu écris des poèmes », écrit l’auteur, s’adressant à elle-même en usant de ce tu, ce tu qui résonne comme une affirmation ou une accusation, une violence ; aussi bien un silence épais qui vient boucher la sortie des mots qu’un débordement de mots pour recouvrir le silence. Le volcan revient souvent dans l’écriture de Murièle Modély, on pense bien-sûr à l’île de la Réunion, un volcan peut-être « vibrant et lumineux comme le mot racine| dissimulé dans ta première dent de lait ». Volcan métaphore aussi de ce qui couve dans les entrailles, sous la croûte du quotidien, ce qui brûle et déborde par la moindre fissure, tantôt montagne solide, muette et impassible, tantôt menace d’explosion quand le solide pris de fièvre intense se fait liquide, salive, sueur, sperme, cyprine, alors tout tremble et les mots dévalent « dans tous les sens| à bride abattue| jusqu’à respirer sur la table| l’odeur de langue coupée. »

 

Le poème sourd de l’intérieur, il vient dire quand dire est trop difficile, voire impossible. « Tu écris des poèmes| lorsque tu sens le réel se dérober| dès l’instant où personne ne te comprend| et vice et versa où tu ne comprends personne ». Alors le poème jaillit du cratère, du gouffre : « comme le poème, tu as un trou au milieu de la phrase ». Chez Murièle Modély, les poèmes suintent de ce trou, forment le corps du poète. « Tes poèmes sont n’importe quelle partie de ton corps| n’importe laquelle (…) sauf la tête. » 

 

Le poème est l’hameçon — l’âme-son — au bout du fil, lancé à la mer des réseaux sociaux — à l’amer ? —  où « le vers même minuscule » doit « s’ébrouer contre un dièse ». Et la poète du XXIe siècle pêche des émoticônes, elle n’écrit plus, elle tapote, elle a mal au clavier, mais reste « la danse des canines| leurs morsures affairées dans la pulpe des doigts » pour conjurer le banal qui tue.

 

Le banal et ses petites phrases assassines quand l’amour est un point d’interrogation.  « Il dit – passe moi le sel |  et la mer chavire le poème ». Pour ne pas sombrer, la poète n’en finit plus de rafistoler son radeau, elle fait corps avec lui. Le poème est son mat, sa colonne vertébrale, il est une « torsion vibrante au niveau du pubis » et dans le naufrage quotidien, il sublime son cri, tandis que « dans la vie de tous les jours », elle avale un cachet ou achète «  des choses inutiles| en bonne jouisseuse compulsive d’objets. » Pour combler le gouffre, taire les angoisses, alors que le poème lui il sait. Il sait parce qu’il est le corps des angoisses, le corps qui dit, le corps qui suinte.

 

La poésie de Murièle Modély surgit d’un tréfonds moite et obscur, d’une préhistoire qui ne trouve pas sa place dans un monde aux lignes bien droites qui avance et « déroule sous ses semelles| les choses concrètes et laides ». Alors Murièle Modély écrit « avec la langue, à quatre pattes dans la rue », elle « lèche l’herbe, les cailloux, les traces de pas ».

 

Elle écrit des poèmes, des « poèmes rouges, menstrués et vibrants » et dit l’essentiel en trois lignes :

 

« tu as la sensation

quand tu écris

d’être. »

 

 

Et le lecteur à la lire, se sent lui aussi plus vivant, la poésie de Murièle Modély pulse et bat comme le cœur d’un volcan sous la terre.

 

Cathy Garcia

 

 

 

201410161645-full.jpgMurièle Modély est née en 1971 à Saint-Denis, île de la Réunion. Installée à Toulouse depuis une vingtaine d'années, elle écrit depuis toujours, essentiellement de la poésie qu’elle publie régulièrement sur son blog : https://l-oeil-bande.blogspot.fr/. Elle présente un penchant fort pour les regards de côté, elle cherche encore et toujours la mer, elle guette sous la lettre le noir / le blanc... Elle a participé par ailleurs à des revues poétiques ou sites : Nouveaux Délits, Microbe, Traction Brabant, L'Autobus, FPDV, etc. Tu écris des poèmes est son troisième recueil publié aux éditions du Cygne, elle a publié également Rester debout au milieu du trottoir aux éditions Contre-Ciel et Sur la table chez Qazaq.fr, ainsi qu’un délit buissonnier de Nouveaux délits, Feu de tout bois, en 2016.

 

 

14/11/2017

Sarah Roubato - Lettre à Zola mais pas que...

 

 

 

 

 

03/11/2017

Écosystème de Rachel Vanier

 

éditions Intervalles, 12 juin 2017

ecosyst_c1-674x1024.jpg

288 pages, 18 €.

 

 

 

 

« On apprend qu’écrire CEO est devenu tout aussi ringard qu’écrire PDG sur sa carte de visite, qu’il est de bon ton de signer ses courriels Product Design Hero ou Coding Ninja, et qu’il ne faut plus dire la Silicon Valley, mais juste La Vallée. »

 

Écosystème est une sorte de docu-fiction sur l’univers des start-up d’abord en France et puis surtout à San Francisco, au plus près de la sacro-sainte Vallée, sorte d’Olympe où ne sont reçus que les élus, le must pour une start-up ambitieuse étant de ce faire racheter par Google, Facebook ou un autre de ces géants fondateurs d’empires virtuels.

 

Marianne, jeune femme entrepreneure et Lucas, parfait prototype du geek développeur, sont deux amis d’enfance qui passaient déjà alors leur temps à démonter et remonter des ordinateurs. Devenus de jeunes adultes, ils se sont donc lancés dans la très moderne aventure du business des produits high-tech, où plutôt Marianne s’est lancée et Lucas l’a suivie quasi aveuglément comme toujours et ils ont fondé leur propre start-up, à savoir : créer une application, un produit, le lancer sur la toile et espérer grâce à son succès de lever des fonds les plus colossaux possibles. Connectés 24h sur 24, avides du moindre intérêt de la part des médias on-line spécialisés, intérêt qui ferait grimper de façon exponentielle leur impact qui se comptabilise en taux d’utilisateurs, de like, de partages et de commentaires ultra positifs, ils travaillent dans un espace de coworking parisien qu’ils partagent avec d’autres start-uppers, sous l’égide d’une sorte de gourou de l’entrepreneuriat. C’est grâce à lui et suite à la défection d’un troisième associé, qu’ils feront le grand saut pour se plonger dans la Mecque des start-up : San Francisco.

 

Écosystème décrit effectivement un véritable et délirant écosystème, au cœur duquel Marianne suivie par Lucas, tente par tous les moyens de se faire remarquer pour décrocher le gros lot. Une sorte de quête du graal ubérisée, dans un quartier de la ville où plusieurs mondes se côtoient sans jamais se rencontrer : sdf sous crack, jeunesse hyperactive et hyperconnectée qui espère attraper le pompon de quelques millions, voire plus, en attirant l’attention d’investisseurs opportunistes, dans une bulle virtuelle qui enfle tellement qu’elle menace de péter et même des sadomasochistes dans une grande parade très dénudée, l’auteur ayant sans doute voulu suggérer un parallèle. Les start-uppers sont effectivement un autre genre de sadomasochistes et les burn-out sont légions.

 

L’intérêt donc d’Écosystème est surtout celui de faire pénétrer le lecteur lambda dans ce monde d’algorithmes, de codage, d’applis, de pitch, ce délirant néo-business avec son langage, ses règles, ses rites, ses mythes, ses divinités, nous faire sentir la fièvre du milieu aussi bien que son vide abyssal.

 

Un écosystème plus déprimant que drôle en vérité et le roman lui-même, dans lequel on reconnait bien pourtant la patte de l’auteur d’Hôtel International, a un peu de mal à décoller, alourdi peut-être par son sujet très technique, mais c’est bien le roman de la génération start-up qui a donc le mérite de tenter de rendre tangible, sur un plan littéraire, cet univers des plus dématérialisés qui est en train de prendre de plus en plus de place dans nos vies, au point parfois même d’en prendre la place tout court.

 

Cathy Garcia

 

 

 

Rachel-Vanier-Rachel-Vanier-Ecosysteme-la-face-cachee-des-start-ups-6651.jpgRachel Vanier est née à Budapest en 1988. Après avoir grandi à Lille, fait ses études à Paris, s’être échappée à Boston puis avoir crapahuté au Cambodge, elle travaille dans le monde non moins dépaysant de l’innovation et des start-up. Après le remarqué Hôtel International (éditions Intervalles, 2015), Écosystème est son deuxième roman.

 

 

 

 

 

30/10/2017

Françoise Sironi: «Les tortionnaires sont malades de la norme, ils ont un besoin absolu d’être dans le système»

 

 

Par Arnaud Vaulerin
 

La psychologue a pu longuement interroger Douch, le directeur du centre de torture et d’extermination S-21 dans le Cambodge des Khmers rouges. Elle publie un livre-enquête sur les criminels de masse et explique comment c’est avant tout leur humanité qu’ils veulent effacer.

Une exploration sans fin. Il fallait un face-à-face avec le tueur, avec le criminel contre l’humanité, pour répondre à une question qui amène à penser l’impensable : Comment devient-on tortionnaire ? C’est le titre d’un livre-enquête ambitieux que signe la psychologue Françoise Sironi (photo DR), par ailleurs maître de conférences à l’université Paris-VIII et experte auprès des tribunaux pénaux internationaux. Elle a longuement rencontré Douch, le directeur du centre de torture et d’extermination S-21 dans le Cambodge des Khmers rouges qui ont exécuté au moins deux millions de personnes entre 1975 et 1979. A partir de cette histoire, Françoise Sironi explore les coulisses individuelles et collectives, les dimensions psychologiques et géopolitiques de la fabrique des tueurs de masse. Elle décortique les ressorts des exécuteurs et déconstruit la mécanique de la machine de mort mise en place par les nazis, les Khmers rouges, les Hutus rwandais ou les jihadistes de l’Etat islamique.

En reparcourant l’histoire de Douch et en vous intéressant également aux nazis et aux jihadistes, vous voulez démontrer que nous ne naissons pas tortionnaires…

En effet, je ne partage absolument pas l’idée qu’en chacun de nous il y a la pulsion de mort, la pulsion de vie. Depuis vint-cinq ans, je m’occupe des victimes et des auteurs de violence et les choses ne se présentent pas ainsi. Si c’était naturel d’être tortionnaire, les systèmes tortionnaires ne prendraient pas le soin de former les gens, ne forceraient pas les exécuteurs à s’habituer à la violence. Je pense aux précautions prises par les nazis avec la shoah par balle [distiller les ordres, compartimenter les opérations préalables aux meurtres, ndlr]. Je pense à Douch qui accompagnait certains exécuteurs qui avaient du mal à assassiner leurs proches car il ne fallait pas mollir, pas faiblir. Si tuer était inné, il n’y aurait pas besoin de forcer des gens à massacrer, comme on l’a vu au Rwanda, dans les Balkans, avec les nazis ou l’Etat islamique.

Ces tueurs souffrent-ils de maladie psychiatrique ? Cherchez-vous à montrer qu’il y a une forme de normalité dans l’anormalité ?

Je pars de mon expérience. J’ai réalisé seize entretiens de trois heures avec Douch à Phnom Penh. J’ai également fait des expertises de criminels accusés de génocide au Rwanda, des psychothérapies d’auteurs de violences collectives. Je me suis plongée dans les thèses de ceux qui assurent que ces tueurs sont des monstres. En 1945, on ne pouvait pas penser que les nazis faisaient partie de l’ordre de l’humanité, et c’est bien normal. Maintenant, si en tant que psychothérapeute, on considère que c’est normal de penser comme cela, alors je vais jardiner, je ne sers à rien. Ces tueurs ne sont pas nés monstres, ils le sont devenus. J’ai voulu être psychologue pour comprendre cela et tenter de soigner. Ce ne sont pas des malades mentaux. Ils ne rentrent pas dans les catégories de névrose, psychose, perversions, etc. Je crois plutôt qu’il faut établir une nouvelle nosographie [une classification des types de maladies] qui prenne en compte l’histoire collective et l’histoire singulière. Car il faut donner toute son importance au facteur géopolitique, historique, et comprendre que cela structure tout autant le psychisme humain que des éléments plus habituels, comme les manques précoces, les traumatismes, les problèmes relationnels.

A partir du cas de Douch, et sans tomber dans la caricature, arrive-t-on à dégager des traits communs pour tenter de dresser une sorte de portrait-robot du criminel contre l’humanité ?

D’abord, il faut dire que les profils et les causes pour lesquelles on va basculer peuvent être très diversifiés. Ensuite, on trouve en effet des dominantes. Ils ont tous renoncé à avoir une identité singulière. Après, dans leur histoire personnelle précoce, on va souvent recenser des vécus d’humiliations, d’ostracisme, des blessures narcissiques. Ce n’est évidemment pas cela qui va faire d’eux des bourreaux, mais c’est dans cela qu’ils vont puiser consciemment ou inconsciemment. Leur devenir tortionnaire va se nourrir de ce vécu traumatique qui peut être individuel ou collectif. Il faut se souvenir de la défaite de l’Allemagne après la Première Guerre mondiale et de la manière dont cela a été ressenti par les futurs nazis. Ils renoncent à leur propre identité car ils ont des prêts-à-penser qui leur sont proposés : c’est simple, binaire, avec des bons et des méchants. Ils ont du mal à fonctionner dans la complexité du monde. Ils ont une aptitude à devenir des hommes-systèmes : ils se comportent comme le système dont ils font partie. Il y a une analogie entre la manière dont l’Etat totalitaire fonctionne et leur propre fonctionnement psychologique. L’individu, le sujet singulier disparaît, il est tué. Le psychiatre américain Robert Jay Lifton, qui a travaillé sur les médecins nazis, avait parlé du meurtre du moi, l’expression est juste.

Le meurtre du moi est-il un suicide ? Est-ce le parti nazi ou l’Angkar chez les Khmers rouges qui amène le tortionnaire en devenir à se nier ?

Là encore, il faut penser l’articulation entre l’individuel et le collectif. Effectivement, chez les Khmers rouges, c’est l’Angkar qui veut construire un homme nouveau avec une idée de la psychologie nouvelle exprimée dans les maximes du genre «éteignez vos cœurs», etc. On façonne des individus. Mais isolément, les individus veulent surmonter l’humain, la faiblesse. Douch va surmonter ce qui est déplaisant. Il va agir en conscience, c’est-à-dire faire son boulot sans état d’âme, voire avec beaucoup de zèle. Il ne faut pas mollir, pas faiblir. Avoir des états d’âme, ce n’est pas être un bon Khmer rouge. Lui-même donnait des leçons de déshumanisation, en quelque sorte. Ces tortionnaires veulent tuer l’humain en eux. La question de la responsabilité individuelle versus responsabilité collective est bien sûr une question de juriste, mais je voulais la traiter car cela concerne aussi le psychologique. Enfin, tous fonctionnent dans le clivage. Ils compartimentent leur vie. Quand Douch dirigeait S-21, des enfants étaient tués et, au même moment, il a eu trois enfants. La question lui a été posée, mais pour lui cela n’avait rien à voir.

Tous ont en commun une désempathie totale…

Certains sont devenus désempathiques très tôt, après une humiliation, un trauma. Pour d’autres, ça peut être plus tardif, mais tous auront à devenir désempathique pour tuer, torturer.

C’est «l’animalisation de la victime», comme l’a écrit l’historien Jacques Semelin (1)…

Oui c’est l’animalisation qui justifie également le zèle. Ils vont trouver toutes les raisons de détester l’autre. Ils sont obligés. Pour tuer, c’est l’indifférence dans ce type de contexte qui l’emporte plutôt que la haine. C’est vrai chez les nazis, les Khmers rouges ou les jihadistes. Cette totale indifférence est nécessaire pour tenir. Lorsque des torturés se mettent à parler à leurs bourreaux, en tentant d’établir une relation avec eux sur ce qu’ils vont faire après la séance, s’ils vont aller voir leur femme, serrer dans leurs bras leurs enfants, etc., les tortionnaires se remettent à torturer de plus belle, et souvent ils tuent. Pour eux, c’est insupportable. La désempathie est une nécessité psychique, une armure. C’est dur d’en sortir. J’ai été étonnée de voir comment Douch, lors des audiences au tribunal, redevenait le chef de S-21 quand il affrontait ses subordonnés au procès.

Est-ce pareil chez les nazis, chez les terroristes jihadistes ?

Ce sont des traits communs que l’on peut retrouver, en effet. Il y a la nécessité de cliver parce que si vous mettez en lien ce que l’on vous fait faire avec ce que vous êtes réellement, votre éducation votre passé, cela s’appelle la conscience unifiée. Et pour eux, c’est insupportable, c’est un danger.

C’est ce qu’a écrit Hannah Arendt au sujet d’Adolf Eichmann : «Qu’est-il arrivé à votre conscience ?»

Oui. C’est une question importante pour moi, que j’ai posée à Douch. Alors qu’il parle très bien français, il m’a dit qu’il ne la comprenait pas. J’ai vérifié avec l’expert cambodgien si cette incompréhension venait d’un facteur culturel, mais il ne s’agissait absolument pas de ça car nos discussions et nos échanges sur ce point précis ont été détaillés, contextualisés, traduits en khmer… Non, je crois qu’en lui posant cette question, je l’amenais dans une situation où il devait s’unifier, rassembler toutes ces parties clivées.

Douch a reconnu ses actes mais il n’y a pas chez lui de sentiment de culpabilité. Comment est-ce possible ?

Il a dit qu’il reconnaissait ses actes dans une responsabilité collective. Il a bien insisté sur cette question. Le sentiment de culpabilité s’accompagne d’une douleur psychologique, morale, d’une dépression. Pour certains, c’est très dangereux. Pour un auteur de ce type de crime, accéder à ce sentiment de culpabilité et à la pleine reconnaissance et conscience de ses actes, c’est très dangereux. Il y a des problèmes somatiques, des maladies, voire des suicides, comme si, inconsciemment, il y avait la connaissance que cela est périlleux et définitif. Douch a rencontré Dieu. C’est son nouveau système. Il est en prison. Il n’a aucune raison d’accéder à cette zone qui serait dangereuse pour lui.

Que voulez-vous dire quand vous écrivez que ces hommes sont «sur-adaptés» à leur environnement social, comme s’ils étaient «trop normaux».

Ils sont malades de la norme. Ils ont un besoin absolu d’être dans la norme du système. Ils veulent être tel qu’un autre les pense. Il y a un énorme besoin de reconnaissance qui va les amener à être extrêmement obéissants d’une manière aveugle. Douch obéit à ses maîtres à l’école, à ses supérieurs dans la clandestinité, puis à la machine de mort khmère rouge, et après il se convertit au christianisme, en convainquant quatorze familles d’en faire autant. Il devient un super chrétien. La dernière obéissance, c’est avec le tribunal. Il a absolument bien collaboré, obéi toute sa vie.

(1) Purifier et détruire, Seuil, 2005, 492 pp., 24,30 €.

Arnaud Vaulerin
 
Source : http://www.liberation.fr/debats/2017/10/27/francoise-siro...

COMMENT DEVIENT-ON TORTIONNAIRE? de FRANÇOIS SIRONI La Découverte, 766 pp., 28 €

 

 

26/10/2017

Pétrole, cash, détournement : les aventures du négociant suisse Gunvor au Congo-Brazzaville

 

Les aventures de Gunvor au Congo font la Une

 

Le 12 septembre, Public Eye révélait les pratiques douteuses de Gunvor au Congo. Informée la veille de la publication de notre enquête explosive, la société de négoce a choisi d’annoncer elle-même qu’elle était désormais directement visée par la justice suisse. Mais sa ligne de défense reste la même depuis 2012 : elle impute les malversations à un « employé félon ». Mise à mal, cette version ne s’est pas imposée. Le Monde a décrit « la percée de Gunvor au Congo » comme « un cas d’école des pratiques corruptives de sociétés occidentales en Afrique ». L’histoire ne s’arrête pas là : Public Eye a eu accès à un nouveau document montrant que jusqu’à six employés de la société ont validé le versement de commissions présumées corruptives. L’étau judiciaire se resserre sur Gunvor…

 

Pour tout savoir : https://www.gunvoraucongo.publiceye.ch/?pk_campaign=NL%20...

 

 

24/10/2017

Le poison de la mafia et la loi du silence par Christian Gramstadt (2017)

 

 

 

 

 

 

21/10/2017

Un élément perturbateur d’Olivier Chantraine

 

 

Gallimard, collection Blanche, 24 août 2017

product_9782072740336_195x320.jpg

288 pages, 20 €.

 

 

On finit par s’attacher à ce personnage, ce Serge Horowitz qui à 44 ans, vit toujours chez sa sœur Anièce, elle aussi célibataire et qui semble vouée à demeurer pour lui et ce, sans qu’il ne se questionne à ce sujet, une mère de substitution. Serge Horowitz, hypocondriaque, a le goût des vitamines et de la prévention en matière de santé, la pharmacie est un son jardin d’Éden :

 

« À condition d’être capable d’écouter un minimum son corps, n’importe quelle personne à priori bien portante est à même de ressortir de là rassurée, un léger sourire aux lèvres, une babiole nichée au creux d’un sachet en papier orné d’un fascinant logo de serpent buvant dans une coupe. »

 

Et il n‘imagine rien de meilleur que la simplicité et la facilité de son train-train quotidien, sans se risquer plus avec le monde extérieur et les relations humaines, que le minimum obligé. Et ce minimum obligé passe par le fait d’avoir un travail.

 

Serge a un autre frère, François, et c’est grâce à ce frère, Ministre des Finances aux dents longues, qu’il a un emploi sans avoir besoin de s’engager, de s’impliquer plus que ça. Ça tombe bien parce qu’en vérité Serge le trouve détestable et ennuyeux ce travail, même s’il est capable d’être un bon analyste, trop bon justement.

 

« Je travaille pour l’influente autant que secrète Offshore Investment Company. Un petit monde échappant à toute logique, au cœur du VIIIe arrondissement. À tout contrôle aussi. Ici les associés se creusent les méninges pendant des heures pour créer les meilleurs montages financiers permettant à leurs clients d’investir et de ressortir de boîtes dans lesquelles ils ne mettront jamais les pieds, sans que l’argent ne transite jamais par la France. »

 

Or, cette compagnie s’apprête à revendre à un prix très surévalué à des Japonais, une petite entreprise provençale. Alors que ce n’était pas du tout prévu, c’est Serge qui à la dernière minute est envoyé au Japon, lui qui n’aime pas sortir et il y a aussi Laura, une vraiment très séduisante, voire irrésistible collègue, qui n’est pas insensible au charme de Serge. Seulement voilà, aux antipodes de ce dernier qui n’est prêt à rien, l’ambition peut transformer en un tour de main, la belle et sympathique Laura en horrible Laura very corporate, prête à tout pour grimper les échelons.

 

Ce que Serge n’a pas révélé, c’est que depuis quelques temps, outre que son tempérament naturel ne fait pas de lui un complice aisé de magouilles, c’est qu’il est victime d’incompréhensibles et soudaines crises d’aphasie, une aphasie qui peut le prendre n’importe où, n’importe quand, comme par exemple en pleine réunion au Japon.

 

Un élément perturbateur est une comédie un peu amère, même si toute ressemblance avec des personnes ou des évènements réels est fortuite, l’auteur nous plonge dans les dessous malpropres des magouilles financières et politiciennes. Serge y joue le rôle d’une sorte de Candide pantouflard et cultivé, la naïveté en moins donc, mâtiné d’un Gaston Lagaffe doté d’un sex appeal qui va l’obliger à sortir de sa zone de confort. Il y a en lui une sorte de pureté pas fait exprès et en référence à Candide encore on pourrait dire que : « sa physionomie annonçait son âme ». En le suivant dans ses mésaventures, on finit par s’attacher à ce personnage  narrateur car il nous fait du bien, il est vraiment drôle, même si énervant dans sa peur d’accéder à l’autonomie, sa dépendance puérile à sa sœur et aux pharmaciennes.

 

Courageux malgré lui dans un monde où il faut être fort, ambitieux, malin et sans scrupule, comme le sont d’autres personnages du roman jusqu’à la caricature, les tares de Serge ne sont finalement pas grand-chose dans ce monde où la fin justifie comme on dit les moyens et ses qualités ne demandent peut-être qu’à trouver le bon terrain pour se déployer.

 

Dans ce roman, un premier roman, l’auteur n’a pas peur de flirter avec la comédie sentimentale et de faire gagner la « faiblesse » et si ça peut paraître parfois convenu, l’ensemble est sauvé par un humour décapant. Olivier Chantraine semble se régaler à faire quelques égratignures sur la belle carrosserie des sphères dominantes et on apprécie son côté sale gosse.

 

Cathy Garcia

 

 

 

olivier chantraine195x320.jpgOlivier Chantraine travaillait comme responsable de l’innovation pour une multinationale agroalimentaire, qu’il a quitté saturé « de l’inculture, de l’obsession de la performance et de la surenchère des chiffres » pour un retour aux sources en 2013, dans les Alpilles. Il y crée la biscuiterie artisanale bio A & O. « Une entreprise humaniste avec un modèle d’économie durable. Plus proche de mes convictions », confie-t-il. Le moyen, surtout, de donner enfin une chance à l’écrivain qui attend sagement son heure depuis l’adolescence. Un élément perturbateur est son premier roman.

 

(éléments biographiques tirés d’un article du Parisien)

15/10/2017

Celui pour qui « l’agriculture est un art révélant la chair du monde »

 

14 octobre 2017 / Juliette Kempf (Reporterre)

 

Fondateur de ProNatura en 1987, réseau pionnier de maraîchers et d’arboriculteurs biologiques, Henri de Pazzis a retrouvé la terre. Il la cultive sans hâte, oeuvrant à la « renaissance du blé », attentif à l’équilibre du monde : l’agriculture est, selon lui, une métaphysique.

  • Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), reportage

Lorsque l’on arrive chez Henri de Pazzis, c’est la joie qui nous accueille, et une sorte de profonde tranquillité, malgré l’activité bien vive tout autour. Dans la canicule de ce début d’été, pénétrer dans le mas provençal aux larges pierres est une consolation, cette vieille bâtisse où il vit avec sa famille, en retrait de quelques kilomètres de la fournaise touristique Saint-Rémy-de-Provence. Nous échangerons, abrités par la fraîcheur du lieu en pleine après-midi, dans la douceur de l’aube et de la nuit tombée, et sous l’ardent zénith au milieu des 40 hectares de terre qu’il cultive pour y faire vivre des variétés de céréales anciennes.

L’homme qui a fondé ProNatura en 1987, réseau pionnier de maraîchers et d’arboriculteurs biologiques, et qui a animé son expansion inattendue jusqu’à ce que l’entreprise devienne l’un des principaux distributeurs de fruits et légumes bio en Europe, l’a quittée en 2014. Elle réalisait un chiffre d’affaires de 90 millions d’euros, qui n’a pas cessé de croître depuis. Henri de Pazzis y avait fait entrer un fonds d’investissement en 2005, en pensant, « naïvement » convertir des financiers à la bio. Le conflit était devenu ouvert quand il entreprit de renforcer la relation avec des producteurs locaux et de choisir résolument une bio artisanale. C’est donc lui qui est parti, pour revenir à ses amours : la terre, qu’il avait déjà cultivée en tant que maraîcher dans les années 1980 avant de fonder ProNatura, et l’écriture.

« S’il pleut, on laisse pleuvoir » 

Nous rencontrons l’auteur de La Part de la Terre, l’agriculture comme art [*], le jour de la récolte des pois chiches. C’est l’été des premières récoltes, le commencement d’un long projet. « Je peux me permettre de prendre un peu de temps, d’expérimenter, de me tromper. » Sur les 6 hectares de pois chiches qu’il a semés, environ la moitié a été « perdue », envahie par les chardons. « Cela m’a permis de vivre l’un des premiers principes de l’agriculteur : tu es là pour la récolte, mais la récolte ne t’appartient pas », nous dit-il en souriant, et nous racontant avec poésie comment, un matin où il se rend aux champs, il découvre un très bel oiseau qu’il ne connaît pas se délectant des graines de chardon. « J’ai raté mes pois chiches, mais une autre dimension de la nature s’est dévoilée. » Cela lui rappelle la sagesse des paysans ardéchois auprès desquels il avait démarré, il y a plus de 30 ans, qui reconnaissaient la puissance qui les dépasse, et se répétaient en provençal : « S’il pleut, on laisse pleuvoir. »

« Cependant, la question de la technique est évidemment essentielle, et si tu te perfectionnes dans ton art, souvent la récolte sera abondante. » C’est bien comme un art qu’Henri de Pazzis conçoit et vit l’agriculture, au sens propre, « à la façon dont les anciens — les présocratiques — employaient invariablement les termes de tekhnè et de poïèsis. L’art est alors l’action de faire apparaître dans le monde quelque chose qui n’y était pas. À ce moment-là, l’œuvre d’Homère ou celle du menuisier sont équivalentes par nature », explique-t-il en regardant les grains de pois chiches tout frais, lovés dans la paume de sa main. Quand il écrit que « l’agriculture est art de révélation de la chair du monde », c’est à cette poétique qu’il se réfère, qui est transformation de soi-même, du monde, du visible et de l’invisible ; une opération complète.

« La nature est un principe agissant » 

« L’échelon de valeur entre l’art, la poésie et la technique apparaît plus tard, et correspond à un véritable changement de perspective. De l’unité originelle du monde et des choses, l’histoire voit se succéder une série de divisions. C’est le monde de Babel, le monde de la confusion des plans, du sens des mots. » La vision de « la nature » proposée par Henri de Pazzis est très emblématique de sa vision du monde. « La séparation entre la nature et la culture est une invention des sciences sociales en 1860 » quand, selon lui, « la nature est un principe agissant » que l’on retrouve derrière chaque phénomène. Nous contemplons le massif des Alpilles, qui fait face au mas, et notre regard navigue de cet horizon superbe à la bétonnière encore utile aux derniers travaux. Henri poursuit sa réflexion. Ainsi, notre mode de vie, nos constructions (même bétonnées) sont une production de la nature, de la même façon que le nid d’un oiseau.

L’ingéniosité de l’espèce humaine — et qui fait la spécificité de sa nature —, livrée au seul esprit de démesure, conduit aux pires destructions, comme en témoigne l’histoire de l’agriculture. En défrichant les forêts pour se lancer dans de grandes cultures nécessaires à un mode de vie sédentaire, l’homme a créé nombre de déserts. « Pour parler de ce que nous voyons, je parle plutôt de paysage. » Henri de Pazzis ne considère pas sa recherche agricole comme une façon de dominer le monde, ou même de le maîtriser, mais de « l’habiter ». Et de se prendre lui-même en exemple : « Si je ne parviens pas à maîtriser ma propre nature en tant qu’individu, comment puis-je maîtriser quoi que ce soit d’autre ? En faisant de l’agriculture, tu maîtrises ton propre exercice, c’est cela la beauté du métier, et tu t’achemines vers la maîtrise de ta propre nature. En étant menuisier, tu n’atteins pas le bois, tu ne peux que t’atteindre toi-même ; c’est la même chose pour l’agriculteur. »

Tout cela est une métaphysique. Henri de Pazzis ne pense pas que la technique permettra de résoudre l’impasse dans laquelle nous nous trouvons, mais qu’une révolution ne pourra s’accomplir que par « une pensée profonde et vécue liée à l’éprouvé de l’unité indivisible du monde », dont il entend une remarquable expression, entre autres, dans le « mia physis » de Cyrille d’Alexandrie au IVe siècle de l’ère chrétienne.

« En tant qu’agriculteur, je m’incline devant le blé. C’est moi qui le sers et non lui qui me sert » 

Henri n’oublie pas la mission qu’il s’est donnée en revenant ici, au milieu des terres et des machines agricoles avec lesquelles il lui faut composer pour parvenir à la réalisation de ses projets. Contribuer, avec d’autres « chercheurs d’or » avant lui — tels que Jean-François Berthelot, Nicolas Supiot, Jean-Christophe Moyses, et bien d’autres — à la « renaissance du blé ». Il y a peu d’aliments qui aient une histoire aussi extrême que celui-ci. Nourriture de base pour une grande partie de l’humanité depuis des millénaires, le pain est aussi celle qui a été la plus « violentée », jusqu’à devenir parfois un véritable poison. En témoignent les nombreuses intolérances actuelles au « gluten », dues aux variétés de blé moderne, plus productives mais très éloignées du « blé des origines », qui remplissait ses fonctions nourricières et symboliques.

« En tant qu’agriculteur, je m’incline devant le blé. C’est moi qui le sers et non lui qui me sert. » Et, avec lui, nous plongeons les mains avec tendresse dans des sacs emplis de Meunier d’Apt, de Touselle de Nîmes, de Florence Aurore ; nous humons l’odeur délicate des grains dorés et charnus. Il s’agit, avant tout, de recueillir les semences de variétés anciennes et nobles, non commercialisées. Il en a reçu d’amis, de collègues, quelques dizaines de kilos. Les récoltes de cette année serviront à ressemer l’année prochaine, et à procéder, pas à pas, « à la multiplication du pain » !

Henri a décidé d’investir dans un trieur mécanique dans des silos, parce que la problématique que rencontrent souvent les céréaliers bio est de devoir vendre leur production aux coopératives et donc de ne pas pouvoir aller au bout du choix variétal. Avec ces outils, il va pouvoir trier chacune des variétés semées, et révéler leur unicité dans chaque farine, qu’il espère confectionner lui-même avec le moulin à meules de granit qui lui est destiné dans 2 ans. Son idéal serait d’aboutir à la fabrication du pain, pétri à partir de la farine fraîchement moulue ; mais pour cela, fidèle à sa philosophie, il ne veut pas se hâter, ni chercher à raccourcir le temps dont les choses ont besoin pour se réaliser. Ayant bien conscience de l’ambiguïté de l’agriculture, dont il expose l’histoire dans son livre, il reconnaît être « sur le fil du rasoir ». Comment faire pour que l’activité agricole humaine, même biologique, se fasse en harmonie de nature avec le paysage, et non dans une séparation, une forme de destruction ? « Il y a un équilibre à trouver. »

« La seule chose importante est le combat, le cheminement, dont peu importe l’issue » 

Concernant la crise écologique que traverse l’humanité, Henri de Pazzis ne s’inquiète pas pour la Terre. Si l’homme doit être expulsé, il le sera, mais « la nature nous survivra largement, elle changera de forme ». D’ailleurs, animé par une joie subtile et un profond amour de la beauté, il pense que « l’homme mourra de tristesse bien avant de mourir de faim » s’il ne restaure pas ce lien qui le fonde avec l’ensemble du monde, et qu’il continue à le profaner — « le rendre profane autant que le violer ». Toute la technique moderne ne parviendra pas à remplacer « la complexité, la vitesse de transformation de ce qui est là ». « Comment veux-tu vivre sans entendre le chant des oiseaux ? »

Un silence nous accorde d’y goûter, et la méditation se poursuit autour du complexe épisode biblique de Caïn et Abel qui reste une énigme pour lui : la ville et l’agriculture ont été conçues en même temps, n’ont jamais existé l’une sans l’autre, et nous nous rappelons qu’il fut un temps où « l’on était capable de dormir sous la voûte du ciel ». Et cela, sans pour autant idéaliser le nomadisme et l’élevage, puisque le végétal lui-même, lié à l’homme qui cultive, l’est aussi au symbolisme du « Paradis terrestre ». Il est d’ailleurs le seul règne capable de se nourrir directement de lumière, note Henri de Pazzis, pour qui « le véritable adversaire n’est pas l’agriculteur conventionnel », dont il parierait facilement de la conversion si lui-même fait bien son travail — pour ses voisins de terre par exemple — mais « l’anti-métaphysique ».

« Finalement, comme on le retrouve dans l’idéal chevaleresque, la seule chose importante est le combat, le cheminement, dont peu importe l’issue. Il faut être debout, en marche, en guerre, bien que ce soient des termes compliqués à utiliser aujourd’hui. » Peut-être est-il possible, grâce à de telles réflexions, de les réentendre dans la profondeur de leur sens symbolique ; et que l’action écologique soit une œuvre plénière de retrouvailles avec l’unité du vivant.


 

13/10/2017

Hôtel International de Rachel Vanier

 

 

éd. Intervalles,13 février 2015

arton150.jpg

256 pages, 11.99 €

 

 

Rachel Vannier a sorti en juin dernier aux éd. Intervalles son deuxième roman, Écosystème. J’avais reçu son premier, gentiment dédicacé par l’auteur, lors de sa sortie en 2015, mais n’avais pas eu le temps de le lire jusqu’à aujourd’hui. Voilà qui est fait !

 

Hôtel International évoque sur fond d’un drame personnel, le petit monde des expatriés avec un regard vif et sans concession, une plume acerbe et le genre d’humour noir qui permet de survivre au désespoir.

 

« La vraie vie, c’est ce décalage aberrant entre le drame d’une situation et la banalité du quotidien qui continue son chemin, impassible, autour de nous. Le contrôleur contrôle, le mendiant mendie, le Parisien parisie. Alors qu’on souhaiterait flotter au-dessus du monde qui s’anime, et que la réalité nous ramène brutalement sur la terre ferme, l’atterrissage donne le vertige. »

 

L’héroïne d’Hôtel International s’enfuit subitement au Cambodge suite au suicide de son père, sans même un visa et sans prévenir ses proches et ses amis, elle débarque là-bas sans connaître grand chose de ce pays sinon un peu de sa tragique histoire et cherche avant tout à mettre un mur entre elle et tout ce qu’elle a laissé derrière. Sa façon de faire le deuil ou peut-être d’en refuser la réalité.

 

« Parler, c’est la dernière chose au monde dont j’avais envie. Je ne souhaitais que m’enterrer bien profondément dans un abri anti-atomique, anti-monde extérieur, anti-gens, anti-tout. »

 

C’est ainsi qu’après avoir débarqué au Cambodge de façon assez surréaliste et avoir logé dans une chambre sans fenêtre d’un hôtel très minable, le fameux Hôtel International, elle se lie avec quelque congénères qui l’accueillent dans le petit cercle des expatriés, des barangs — les blancs — au Cambodge. Installée dans un appartement en collocation, sa vie alors consiste à s’oublier en profitant des avantages de ce milieu de privilégiés et de boire au moins un soir sur quatre et de façon très déraisonnable mojitos sur mojitos dans les endroits fréquentés uniquement ou presque par des étrangers. Entre ceux qui bossent pour des ONG, le Cambodge étant un des pays où en compterait le plus au mètre carré, et ceux qui profitent uniquement des privilèges et de la vie facile qu’offre le statut d’expatrié dans une sorte d’entre-soi dépravé de luxe, elle tente d’oublier la raison de sa fuite dans ce pays.

 

L’auteur connait bien le Cambodge et ça se lit. Ayant eu l’occasion moi-même d’aller à Phnom Penh, même si bien des années plus tôt, peut-être cela a-t-il aidé à ce que j’en apprécie la justesse, même si le portrait du pays n’est pas vraiment flatteur.

 

C’est Arthur, un dandy de la mode, le premier Français qu’elle rencontre là-bas parce-que ami d’amis de facebook, qui va l’introduire dans le cercle des expats :

 

«  Pour les Cambodgiens, nous les blancs, on est des demi-dieux. Tu croyais que c’était fini depuis la décolonisation ? Détrompe-toi. Les bons vieux réflexes n’ont pas disparu. C’est pour ça qu’ils se blanchissent la peau avec des crèmes qui leur brûlent l’épiderme. Ils préfèrent avoir des taches sur la gueule plutôt que d’être bronzés. Si ça n’est pas une preuve ! Quant à l’argent, dans 99% des cas, si tu veux quelque chose tu peux l’acheter. Alors les vieux dégueus viennent surtout pour se payer des femmes mais nous, les gens normaux, on peut s’accorder une vie de plaisirs. Des hôtels de luxe, un service impeccable, de bons restaurants. Avec un salaire normal pour un expatrié, tu peux vivre une vie de pacha, c’est ce sur quoi l’économie du pays repose. »

 

Bien qu’il y soit aussi évoqué et de façon sérieuse la question des Khmers rouges et la situation économique du pays, c’est un portrait tiré à grands traits à travers le prisme du milieu des expats et de sa superficialité, milieu dont le portrait est encore moins flatteur, d’autant plus que tout est perçu à travers le regard plutôt désespéré de la narratrice, qui ne s’épargne pas non plus. Et c’est ce qui rend ce roman drôle, même et peut-être surtout quand c’est pathétique.

 

Rachel Vannier a un vrai talent, elle écrit admirablement bien de façon simple et directe et réussit à rendre intéressante presque la moindre banalité. La fluidité de l’écriture fait qu’on boit son roman comme un mojito, suivi d’un mojito, suivi d’un… etc. L’avantage, c’est que le lecteur, lui, n’a pas la gueule de bois le lendemain. Cela se lit aussi comme un roman d’aventures modernes et désabusées où on crapahute donc plus dans les bars que dans la jungle.

 

Cathy Garcia

 

 

rachel vanier.pngRachel Vanier est née à Budapest en 1988. Après avoir grandi à Lille, fait ses études à Paris, s’être échappée à Boston puis avoir crapahuté au Cambodge, elle travaille dans le monde non moins dépaysant de l’innovation et des start-up. Elle est aujourd'hui en charge de la communication du campus de start-up STATION F. En parallèle, elle écrit sur le voyage, retrace le parcours de personnages souvent anti-héro(ïne)s, et s'intéresse à sa génération. Elle a aussi contribué à plusieurs revues sur l'innovation et tient un blog décalé, dinde.co

 

10/10/2017

Avis de parution : SURSIS - micro-fictions poétiques et collages de Cathy Garcia

 

 Sursis couverture small.jpg

Treize micro-fictions poétiques, bizarres, décalées, dérangées… Dérangeantes ?  

 

« Je l'observe avec étonnement et soudain, je vois ses lèvres venir s'écraser contre le rempart de verre et son regard virer au gris. Je la vois se retourner sur elle-même, cette crispation soudaine qui ne trompe pas. Je me demande l’espace d’un instant, si elle pourra obtenir rapidement son sursis, puis je m'éloigne, je voudrais profiter du mien. »

 

Le rire de l'attardé small.jpg

 

Tirage numéroté édité et imprimé par l’auteur avec neuf collages papiers originaux réalisés par l'auteur

 

de cet ouvrage,

a été réalisé un tirage de tête

limité à 13 exemplaires, numéroté et signé

avec illustrations en couleur

(épuisé)

 

illustrations que l'on peut voir ici

http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.h...

et qui sont maintenant en vente au pris de 50chacun

 

Dédale small.jpg

 

le tirage sinon est en beau noir et blanc


 

28 pages

sur papier 90g calcaire

couverture 250g calcaire

100 % recyclé

dépôt légal : octobre 2017

 

SURSIS COUV nb small.jpg

 

10 €

 

port offert jusqu'à fin octobre

 

 

 

à me commander directement

 

 

 

 

 

 

Appel à souscription pour La peinture et la poésie aux éd. Héliotropismes

les éditions Héliotropismes lancent une souscription / prévente pour un ouvrage hybride intitulé "La peinture et la poésie" dans lequel se croisent : peintures photographiques de Nicolas Guyot (Nicolas Guyot • Peinture Photographique) et poésie.
 
 
La peinture et la poésie
Nicolas Guyot a recueilli une série de poèmes de Laurent Bouisset et des poètes guatémaltèques Rosa Chávez, Regina José Galindo et Luis Carlos Pineda et de les mêler anonymement pour former un ensemble littéraire nouveau.

Il s’est ensuite penché sur la création des images que les textes traçaient en lui.
Chaque illustration est une œuvre unique, une peinture photographique au bromure d’argent révélée et travaillée sur différents types de supports. Cette approche plastique s'est confondue aux textes qui sont à leur tour devenus des tirages photographiques.
Au final l’image est visible dans le texte autant que le texte l’est dans l’image.
Poèmes de Rosa Chávez, Luis Carlos Pineda, Laurent Bouisset et Régina José Galindo accompagnés de 29 peintures photographiques de Nicolas Guyot.
Bilingue, traduction de l'espagnol et en espagnol de Laurent Bouisset.
Format broché 20 x 20 cm
68 pages, images plein format.
Prix de vente : 22 € 
Prix en prévente : 20 €

 

 
Plus d'infos ici :
 
 
 
 
 

11:00 Publié dans COPINAGE | Lien permanent | Commentaires (0)

09/10/2017

Hannah Arendt Du devoir de la désobéissance civile par Ada Ushpiz (2015)