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01/04/2017

Turquie : le jour où commença la guerre civile pr Tieri Briet

Peut-être que ça commence comme ça, une guerre civile ? Celle que nous sommes si nombreux à redouter, celle dont tout le monde a tellement peur à Istanbul. Peut-être que ça commence sans prévenir, d’un coup de couteau à l’étranger, dans un bureau de vote à l’intérieur d’une ambassade.Là où les exilés de Turquie peuvent voter eux aussi lors du référendum portant sur une réforme de leur Constitution. Peut-être que ça commence par une série de coups de couteaux, par des insultes et par une femme âgée qui s’interpose, appelant au calme avant d’être poignardée à son tour ?

Alors hier, la guerre civile qui menace la Turquie a commencé en dehors de ses frontières, au cœur de la capitale européenne, dans un des beaux quartiers de Bruxelles. Le peu de détails qu’en rapportent les journaux belges n’apporte pas vraiment de précisions. Nous savons tous à quel degré de haine sont arrivés les Turcs à présent, chauffés à blanc par un gouvernement qui s’obstine à nier les droits humains des opposants et des minorités. Et je repense au texte de Simon Abkarian, le comédien, dans le Libé des écrivains du 22 mars  : «Mon père me disait que “les Turcs n’existent que par le glaive et pour le glaive. Quand ils auront tué tous les Non-Turcs, ils se mangeront eux-mêmes et se battront avec leurs ombres.” J’ai toujours cru que mon père se trompait, qu’aucun peuple ne porte en lui le gène de la violence. Pourtant, nous y sommes. Ces purges sont les prémices d’un massacre à venir. » Impossible d’oublier ses phrases qui m’avaient fait froid dans le dos.

La guerre civile des peuples de Turquie a donc commencé vers seize heures, jeudi 30 mars à Bruxelles. Devant l’ambassade de Turquie. Avec un couteau, des insultes et une barre de fer. Pourtant, nombreux sont ceux qui ont donné l’alarme ces derniers mois. A commencer par Garo Paylan, un député du HDP d’origine arménienne. C’était en mars 2016 qu’un journaliste français, Olivier Pascal-Mousselard, recueillait ses paroles : « Tout cela annonce peut-être le début d’une grande guerre intérieure. Car les Arméniens n’avaient pas de fusil et n’étaient pas organisés. C’est tout le contraire avec les Kurdes. »

Début septembre, c’était au tour de l’écrivain Ahmet Nesin, qui a fui la Turquie et demandé l’asile politique à la France en août 2016. Le 2 septembre, il déclarait à un journaliste suisse, pour Le Courrier  : « Je crains une guerre civile en Turquie. » Peut-être n’avons-nous pas fait suffisamment attention. C’était la fin de l’été et nous avions encore un peu la tête ailleurs.

Pourtant, le lendemain, le 3 septembre, c’était un autre écrivain, Nedim Gürsel, qui décidait d’enfoncer le clou dans Le Point : « Il y a un risque de guerre civile en Turquie », disait-il à Valérie Marin la Meslée. Peut-être que nous étions devenus sourds et aveugles. Anesthésiés depuis longtemps face à l’idée qu’une guerre civile devienne le seul destin de ce pays, puisqu’il était tombé aux mains des Musulmans.

Au même moment, le romancier Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006, prenait le relais et donnait une tribune à La Repubblica, un journal italien : « Désormais la liberté de pensée n’existe plus. Nous sommes en train de nous éloigner à toute vitesse d’un État de droit vers un régime de terreur. »

En décembre, du fond de sa prison des femmes, c’était Aslı Erdoğan qui nous mettait en garde« Mon sentiment est que la crise récente en Europe, déclenchée par les réfugiés et les attaques terroristes, n’est pas seulement politique et économique. C’est une crise existentielle que l’Europe ne pourra résoudre qu’en ressaisissant les nations qui la composent. »

Difficile d’être plus clair : « De nombreux signes indiquent que les démocraties libérales européennes ne peuvent plus se sentir en sécurité alors que l’incendie se propage à proximité. La “crise démocratique” turque, qui a été pendant longtemps sous-estimée ou ignorée, pour des raisons pragmatiques, ce risque grandissant de dictature islamiste et militaire, aura de sérieuses conséquences. Personne ne peut se donner le luxe d’ignorer la situation, et surtout pas nous, journalistes, écrivains, académiciens, nous qui devons notre existence même à la liberté de pensée et d’expression. »

Peut-être n’avons-nous pas su lire ces écrivains turcs. Leur lucidité, leur vigilance les a poussés à nous donner l’alerte en publiant dans nos journaux, en nous ouvrant les yeux sur un cauchemar que nous faisons semblant de ne pas comprendre. Aslı Erdoğan pèse ses mots quand elle parle d’une « dictature islamiste et militaire » et de ce « luxe d’ignorer la situation » quand on est journaliste ou écrivain, « nous qui devons notre existence même à la liberté de pensée et d’expression. »

Et maintenant, à l’heure des premières étincelles d’une guerre civile qu’annoncent depuis des mois les grandes voix de la littérature en Turquie, qu’allons-nous faire pour empêcher la guerre civile de se propager, au moment du référendum qui aura lieu le dimanche 16 avril 2017 ? Les discours délirants du président Erdogan, les menaces et les appels à la haine de ses ministres, les incitations au meurtre que les imams profèrent dans les mosquées sont bien assez violents pour mettre le pays à feu et à sang. Alors qu’allons-nous faire ?

Hier, une guerre civile a commencé en Europe, appelée par une « dictature islamiste et militaire » qui n’a pas cessé d’envoyer ses journalistes et ses écrivains en prison. Alors qu’attendons-nous pour utiliser la presse et la littérature pour faire barrage, pour empêcher la guerre civile qui vient crier sa violence dans la capitale de l’Europe ? Pourquoi ne répondons-nous pas à Aslı Erdoğan, quand elle nous annonce que « les démocraties libérales européennes ne peuvent plus se sentir en sécurité alors que l’incendie se propage à proximité. » C’était en décembre. Nous sommes en mars. L’incendie a traversé les frontières. Il est grand temps de répondre à Aslı, si nous ne voulons pas seulement compter les morts.

Image à la une : Détail du tableau de Zehra Doğan “Cri”, “Hawar” en kurde, l’exposition intitulée “141” actuellement en place à Diyarbakır… - voir l'article sur le site source : http://www.kedistan.net/2017/03/31/le-jour-ou-commenca-la...

 


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Né en 1964 dans une cité de Savigny-sur-Orge où il grandit à l'ombre d'une piscine municipale, Tieri Briet vit aujourd'hui à Arles, au milieu d'une famille rom de Roumanie dont il partage la vie et le travail. Il a longtemps été peintre avant d'exercer divers métiers d'intermittent dans le cinéma et de fonder une petite maison d'édition de livres pour enfants. Devenu veilleur de nuit pour pouvoir écrire à plein temps, il est aussi l'auteur d'un récit sur les sans-papiers à travers les frontières, « Primitifs en position d'entraver », aux éditions de l'Amourier, de livres pour enfants et d'un roman où il raconte la vie de Musine Kokalari, une écrivaine incarcérée à vie dans l'Albanie communiste, aux éditions du Rouergue. Père de six enfants et amoureux d'une journaliste scientifique, il écrit pour la revue Ballast et Kedistan, et voyage comme un va-nu-pieds avec un cahier rouge à travers la Bosnie, le Kosovo et la Grèce pour rédiger son prochain livre, « En cherchant refuge nous n'avons traversé que l'exil ».
 


Blog perso : Un cahier rouge

28/03/2017

Exode de Daniel De Bruycker & Maximilien Dauber

 

 

 Ed. Les Carnets du Dessert de Lune, 6 mars 2017

 

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80 pages, 16€.

 

 

De magnifiques photos de Maximilien Dauber pour cet écrin de désert où la poésie de Daniel De Bruycker vient se fondre et se confondre avec les pierres, le ciel, le sable.

 

Tout ici était saisissant –

le sol, l’espace, les ombres

et, plus encore, d’être du nombre.

 

exode.jpgDans le désert, nous sommes transportés, nuées, ombres, nous avançons dans la lecture comme on marche, lentement, avec cette sensation que l’espace s’ouvre tout autour et en nous et le sentiment de se dissoudre dans cette immensité. Nous nous sentons de plus en plus petits, insignifiants, à chercher des signes qui se font et se défont, désert que nul langage ne saurait contenir.

 

Nous ne comprenions rien –

en ces lieux, dit quelqu’un

‘comprendre’ n’est pas le mot juste.

 

Ça a l’air simple comme ça de parler du rien, mais c’est certainement ce qu’il y a de plus difficile, sans tomber dans le cliché, le ressassé. Rien d’exceptionnel ici, pas d’hymne ou d’ode emphatique à la beauté, juste cette humilité qui convient au sujet et qui nous oblige à faire corps avec le sable, avec la roche, avec le vent et ces ombres et au plus profond de nos os, nous éprouvons nôtre condition éphémère. Des pas, un souffle et puis poussière.

 

Un caillou quelque fois roulait sous nos pieds

nous le suivions, dociles

jusqu’à en déloger un autre

 

(…)

 

Un fil d’espoir était notre guide

sans lui nous nous serions perdus –

fidèle, c’est lui qui nous égarait

 

Cependant tout désert a son oasis, quelque chose comme un cœur qui bat, lentement mais avec obstination. Peut-être qu’en lisant Exode, nous marchons à l’intérieur de nous-mêmes.

 

Cathy Garcia

 

 

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DeBruycker.jpgDaniel De Bruycker est né à Bruxelles en 1953, d’une famille flandrienne. Enfance à Gand et en Hainaut. Licencié en Philosophie & Lettres, Université Libre de Bruxelles, 1977. Critique de jazz, rock, musiques nouvelles, danse, théâtre, cinéma, arts d’Asie etc., en Belgique (Le Soir, 1975-85) et en France (Diapason, Le Monde de la Musique, Le Monde, 1981-87). Traducteur (anglais, néerlandais, allemand), japonologue, animateur d’ateliers d’écriture pour enfants, etc. Marié à l’ethnologue et écrivain Chantal Deltenre ; deux filles, Hélène et Léa-Lydie ; deux chattes, Apostille et Silhouette. Entre deux séjours en Asie (Japon, Inde, Turquie etc.), vit et travaille à Bruxelles (1975-85) puis à Paris (1986-2003), aujourd’hui à l’ermitage de la Martinière (Gouvets, Normandie). À ses heures perdues, dessine des labyrinthes, écrit des chansons (Maurane, Musique Flexible etc.), compose et joue (basse, claviers) au sein du groupe Roque et trace ses poèmes-images selon un alphabet graphique original (exposition personnelle au Centre Wallonie-Bruxelles, Paris 2015).

 

 

 

France_Maximilien-Dauber.jpgMaximilien Dauber est né à Bruxelles en 1949. A 20 ans, il plante là les études, investit tout son pécule dans une Land Rover et prend la route du Sahara. Il y trouve, à Tombouctou, le cinéaste voyageur Douchan Gersi, qui l’engage comme assistant pour un tournage à Bornéo, avant celui des Antilles de l’écrivain Jean Raspail. Cependant il se spécialise dans le documentaire saharien, accumulant au fil des expéditions films, photographies, enregistrements et observations ethnographiques sur les cultures nomades sous le titre générique de Mémoires sahariennes et réalise sur les Peuls Bororos du Niger son premier film personnel, diffusé par voie de conférences et d’émissions télévisées, avant de se tourner vers l’Afghanistan des nomades, le Turkestan chinois et les Routes de la Soie, puis la redécouverte des grands explorateurs de l’Afrique orientale. Depuis, il n’a cessé d’enchaîner les tournages aux quatre vents, avec une prédilection pour l’Égypte, l’Italie et aujourd’hui le Japon, faisant partager à travers ses films, ses livres et ses images son amour du lointain, de l’humain et des rencontres face à l’horizon – dont celles de son mentor le prince italien Mario Ruspoli, inventeur du cinéma direct avec Chris Marker, et du naturaliste Théodore Monod, autre majnoûn, « fou du Sahara ».

 

 

Le ciel du dessous de Jean Azarel

 

 

la Boucherie littéraire, coll. Sur le billot

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24 octobre 2016. 64 pages, 12€.

 

Entre paganisme et mysticisme, la frontière est charnelle et Jean Azarel la franchit allègrement dans les deux sens, et en invente d’autres, des sens, dans une langue toute personnelle et s’il nous guide, tel le lapin d’Alice, c’est pour mieux nous perdre dans la touffeur du ciel du dessous. Là où il n’y rien à comprendre, mais beaucoup à capter, à sentir, voire à renifler, que ce soit l’origine du monde, façon Courbet ou sa fin.

 

J’ai connu un temps

où les forêts étaient épaisses,

le gibier joyeux.

Ce qui vivait au dessus

était mû par le règne

du dessous.

 

Mais nulle lourdeur, et surtout nul regret, remord ou autres bestioles du genre. Juste une ode à l’animalité des corps, à la jubilation des sens et aux racines qu’ils s’en vont planter bien profond dans l’humus des forêts. Savoureuse sauvagerie.

 

Courez lièvre des éboulis,

que s’accouplent partout

le souple et l’indécis

dans le bruissement

des fougères.

 

Ce recueil est une sorte d’hommage au livre de la suédoise Kerstin Ekman, Les brigands de la forêt de Skule, pour celles et ceux qui l’auront lu (et si vous ne l’avez pas lu, alors lisez-le !). L’exultation des corps, c’est aussi la conscience qui s’envoie en l’air, paradoxe des trois cieux, dessus dessous milieu et par-dessus tête, ce qui n’empêche qu’il y a un prix à payer pour toute transgression, que le temps fait son racket et que la chair est corruptible de bien des façons, la dernière étant la plus pourrie.

 

L’un avec l’autre,

couchés.

Valse finissante des draps,

au mitan dépassé

de l’arbre de vie,

la chair encore si chaude

en son achèvement.

 

Mais qu’importe la fin, régalons-nous de poésie qui gambade fesses à l’air, y trace des signes magiques et fond tous les cieux en un seul, le poète lui n’est pas dupe, il sait bien que :

 

Celui qui croit écrire

ne fait que raboter

les mots trouvés

en soulevant la chape

de ses effritements.

Par bonheur, le cheminement intérieur

oublie sa fin.

 

Cathy Garcia

 

 

 

Azarel.jpgJean Azarel est né en 1954 à Montréal au Canada. Il vit dans un village proche d'Uzès. Dans la filiation d’un père journaliste, poète et écrivain, il gribouille des petits romans policiers et des histoires de cow-boys et indiens dès l’âge de 8 ans. Il puise son inspiration dans la comédie spectacle du quotidien, la musique pop-rock et le cinéma d’auteur, la baie d’Audierne, les pentes granitiques du Mont Lozère pour fabriquer des œuvres initiatiques et éclectiques où se côtoient humour acide, témoignages de vie, et romantisme quasi mystique. L’écriture est pour lui un mode de survie où comme dans le patinage artistique les figures imposées alternent avec les figures libres.

 

 

 

 

27/03/2017

Revue Nouveaux Délits, le NUMÉRO 57 - Avril 2017

 

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Avril-mai-juin 2017

 

 

 

 

La France s’apprête à élire une nouvelle tête au stand de tir et le niveau des débats aiguise le désir de silence, aussi cet édito va-t-il donner l’exemple.                                   CG

 

 

  

 Je perds l’usage de la parole

Mes lèvres sculptent un silence

Alors pour me faire comprendre

Parmi les décombres je danse…

André Laude

in Riverains de la douleur

 

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AU SOMMAIRE

 

 

Délit de poésie :

 

Hans Limon, poèmes extraits de Barbarygmes et autres bruits de fond

Marianne Desroziers

Alexo Xenidis

Grégoire Damon

  

Délit nomade : Home Mobil d’Amélie Guyot

 

Résonances :

Ce que nous avons perdu dans le feu, nouvelles de Mariana Enriquez, Éd. du sous-sol 2017

Ni vivants, ni morts – La disparition forcée au Mexique comme stratégie de terreur de Federico Mastrogiovanni, Métailié 2017

 

 

Les délits d’(in)citations font des clins d’œil aux coins des pages et le bulletin de complicité toujours aussi pimpant, aguiche au fond en sortant.

 

 

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Illustratrice : Alissa Thor

 

Née à Paris en 1974. Autodidacte. Vit à Paris et travaille à Rouen. Études de Lettres et de Philosophie. Documentaliste à l'Éducation Nationale pendant 12 ans. Depuis 2011, se consacre exclusivement à la peinture et à l’écriture (un recueil de poésie est en préparation). Longtemps « intello » et prenant plaisir à manier les abstractions. « J'ai eu le besoin radical de rompre et de me confronter directement à la matière : prendre la vie, par l'autre bout si l'on veut. L'expressionnisme est naturellement le mouvement qui me « parle » le plus.... » Son site : http://www.alissathor.com

 

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L'enjeu de l'éveil, c'était, semblait-il, non la vérité et la connaissance, mais la réalité, le fait de la vivre et de l'affronter. L'éveil ne vous faisait pas pénétrer près du noyau des choses, plus près de la vérité. Ce qu'on saisissait, ce qu'on accomplissait ou qu'on subissait dans cette opération, ce n'était que la prise de position du moi vis-à-vis de l'état momentané de ces choses. On ne découvrait pas des lois, mais des décisions, on ne pénétrait pas dans le cœur du monde, mais dans le cœur de sa propre personne. C'était aussi pour cela que ce qu'on connaissait alors était si peu communicable, si singulièrement rebelle à la parole et à la formulation. Il semblait qu'exprimer ces régions de la vie ne fît pas partie des objectifs de langage. 


 
Hermann Hesse 

in Le jeu des perles de verre

 

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Et toujours de la poésie À ÉCOUTER 

sur http://cathygarcia.hautetfort.com/donner-de-la-voix/

et sur la chaîne youtube Donner de la voix.

Du fait maison encore, avec les moyens et la technicienne du bord, juste pour le plaisir et le partage.

 

 

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 et en quatrième de couverture, un peu de pub....

 Cathy Garcia publie coup sur coup

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poèmes écrits entre 1990 et 2013 illustrations originales (encres) de l'auteur

 

petites fictions qui parlent de mort,

drame, tristesse, solitude

 

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édité, imprimé et agrafé par l’auteur

Tirage limité et numéroté  

sur papier 90gr calcaire  couverture 250 gr calcaire  100 % recyclé  

à commander directement à l‘auteur  10 €  (+ 2 € pour le port)

 

 

&

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Bonzaïs hallucinogènes ou nano-histoires sans les nains

suivi de Conne plainte du poète

aux éditions Gros Textes

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Illustrations originales (collages) de l'auteur

 

affreurismes loufoques et plus si affinités

 

« LE CŒUR  Il faut le faire battre tant qu’il est chaud »

 

54 pages au format 15 x 10 cm

6 € (+ 1 € de port – port compris à partir de l’achat de 2 exemplaires)

 

 

 

23/03/2017

Sainte caboche de Socorro Acioli

 

traduit du Portugais (Brésil) par Régis de Sá Moreira – illustration de couverture : Fernando Chamarelli - Belleville éditions, mars 2017. 242 pages, 19 €.

 

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C’est un vrai régal cette Sainte caboche, premier roman publié par ces prometteuses éditions Belleville, qui offrent une particularité, celle de publier une littérature d’ailleurs, populaire et connectée, ce qui permet de découvrir et approfondir via internet, si on le veut, différentes thématiques de l’ouvrage. Dans celui-ci, on retrouve toute la tendresse, la simplicité, l’autodérision et la ferveur de l’âme brésilienne, et tout particulièrement celle de la région la plus pauvre du pays, le Nordeste. Illustré par de belles impressions en noir et blanc d’Alexis Snell, qui rappellent et ce n’est pas un hasard, les gravures de la littérature de cordel, Sainte Caboche nous offre aussi des glissades vers le fantastique, ce réalisme magique cher à la littérature latino-américaine. On y retrouve aussi tous les contrastes de cette terre, notamment entre une forte et souvent naïve aspiration de la population au mysticisme et la mégalomanie des notables si facilement corruptibles. C’est un roman tout plein de coração, qui sous sa simplicité apparente, ne manque pas pour autant de profondeur. Le style en est limpide comme un ruisseau.

 

Samuel vient de perdre sa mère, depuis longtemps malade, la presque sainte Mariinha, et celle-ci lui a fait promettre avant sa mort, d’aller de Juazeiro do Norte où ils vivent à Candeia, pour y retrouver sa grand-mère et son père qu’il n’a jamais vus, et aussi d’aller déposer une bougie au pied des statues de trois saints hommes : celle du padre Cicero à Juazeiro, et celles de St Antoine et St François, qui sont voisines à Candeia et Canindé. Samuel marche nuit et jour sur les routes qui traversent le sertao hostile, avec en poche une adresse, animé surtout par la rage et le vif désir de tuer son père, celui qui les a depuis toujours abandonnés, lui et sa mère. Il arrive à Candeia, sale, dépouillé, affamé, pitoyable, pour y trouver un village délabré quasi abandonné et une grand-mère recluse dans sa maison qui refuse de l’y accueillir ou de répondre à ses questions. Elle l’envoie chercher abri plus loin. Attaqués par des chiens sauvages, l’abri en question dans lequel il se réfugie est une sorte de sombre grotte, en réalité la tête géante d’un St Antoine décapité, dont le corps domine le village depuis le haut d’une colline. Blessé, fiévreux, Samuel devra sa survie au fait que la tête sert aussi de planque de revues pornographiques pour un jeune garçon du village, Francisco. Donnant, donnant : Samuel garde le secret des revues, en échange Francisco lui apportera médicaments et nourriture. Mais voilà que dans cette tête, Samuel se met à entendre des voix, il entend toutes les prières des femmes des alentours, parfois jusqu’à la cacophonie, principalement des prières pour obtenir le mari qu’elles désirent. St Antoine étant considéré comme la cause du déclin du village, nul n’ose le prier ouvertement. Et puis il entend une voix de femme qui chante aussi, tous les jours, à 5 heures du matin et 5 heures du soir, magnifique, dans une langue qu’il ne reconnait pas.

 

Cette faculté, dont Samuel est le premier étonné, va entrainer un enchainement d’évènement des plus heureux aux plus saugrenus qui vont faire revivre Candeia, mais qui vont finir par mettre en péril la vie même de Samuel. Samuel, seul au monde, qui n’a pas oublié sa quête initiale. Or le destin est un bon marionnettiste et le hasard, on le sait, est censé bien faire les choses. Sainte caboche sait habilement distiller le secret et les révélations, on ne s’ennuie pas une seconde. Il y a quelque chose de vraiment cinématographique dans ce roman, sans doute parce qu’il est très imagé, riche en couleurs et en saveurs, il redonne toute sa pleine valeur au terme « populaire ». On croque dedans comme on croquerait dans une papaye bien mûre et bien juteuse et c’est terriblement gostoso. Délicieux.

 

Cathy Garcia

 

  

AVT_Socorro-Acioli_2036.jpgSocorro Acioli est née en 1975 à Fortaleza, au Brésil. Après avoir obtenu un master en littérature brésilienne, elle a commencé une carrière de journaliste, et a commencé à écrire à partir de 2001. Depuis, elle a publié 15 livres au Brésil, et notamment des biographies, des nouvelles pour enfants et des romans jeunesse. En 2006, elle a participé à un atelier animé par Gabriel Garcia Marquez à Cuba, et a été désignée lauréate de l'atelier par le Prix Nobel colombien avec son roman Sainte Caboche. Sainte caboche est son premier livre paru en français.

 

 

 

 

Nos ancêtres les Arabes de Jean Pruvost

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Ce que notre langue leur doit

La langue arabe offre à la langue française force mots, sans que personne ne s’en doute. Que la langue arabe vienne en troisième position après l’anglais et l’italien a de quoi surprendre.
Dans l’alimentation, par exemple, une pastèque, des artichauts, des aubergines, des épinards à l’estragon, une mousseline, un sorbet arrosé de sirop, en buvant de la limonade ou une orangeade, pour finir avec un café, sans sucre, et un alcool, tout cela vient du monde arabe. Pour la mode, une jupe de coton, un gilet de satin, un caban ou une gabardine… Pour le savant, l’algèbre, les algorithmes, les chiffres
Tous les domaines de l’existence sont ainsi répertoriés pour rappeler les mots arabes que nous utilisons, qu’il s’agisse de la flore, de la faune, des parfums et bijoux, de l’habitat, des transports, de la guerre, des couleurs, des fêtes, de la musique, des lettres et des arts, des religions, etc. Sans oublier les effets sur notre langue de la colonisation, de la guerre d’Algérie, du rap…
Pour Lavisse, « Nos ancêtres les Gaulois » étaient avant tous des barbares et sans les Romains et la civilisation arabe, qui a irrigué tous le Moyen Âge, la Renaissance aurait encore tardé.
Jean Pruvost nous offre une nouvelle fois l’occasion de nous plonger dans le grand voyage des mots de la langue française.
 
 
 
Nos ancêtres les arabes Jean Pruvost / Ed. JC Lattès
 
 
Jean Pruvost est professeur émérite de lexicologie et d'histoire de la langue française à l'Université de Cergy-Pontoise. Il est aujourd’hui président du Comité d’évaluation au CNRS. Il donne chaque matin trois chroniques radiophoniques de langue : sur France Bleu Île de France ; sur RCF et sur Mouv’, il est Doc Dico avec pour chronique « Les mots du rap ».   
 
 
 
note de moi-même : et le mot douane aussi, vient de l'arabe....  ;-)
 
 
 
 
 
 
 
 
 

21/03/2017

Du nouveau à propos des rites funéraires chez les chimpanzés

 

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Young chimpanzee {Pan troglodytes schweinfurthii} Virunga NP, Congo
 

31/05/2016 – 05H30 Sciences (Breizh-info.com) – Plusieurs rites funéraires chez les chimpanzés ont été filmés depuis le début d’année : toilettage post mortem, veillée funéraire et manifestations collectives de deuil. Ces vidéos scientifiques enfoncent le clou de l’antispécisme dans un débat en pleine effervescence.

Ce débat a pris une ampleur toute récente dans les pays francophones très conservateurs sur ce sujet et hostiles au droit des animaux. Généralement, les considérations juridiques sur le droit des animaux à être traités avec respect s’appuient sur la capacité de ces derniers à ressentir des sentiments “humains”. Or, toutes les limites traditionnellement admises entre humain/animal se brouillent avec l’avancée des sciences du comportement animal.

Empathie, compassion, tristesse et deuil sont donc exprimés aussi bien par les humains que par les animaux, et démontrés par une série d’articles récents. Ainsi American Journal of Primatology publie une étude décrivant les comportements des chimpanzés face à la mort d’un de leur congénère et conclue que les manifestations se déclinent en fonction de la richesse des liens sociaux entretenus entre le défunt et les membres de son groupe: il existe des degrés d’attrition, des périodes de recueillement collectif et des attentions envers le corps du défunt (dépouillementu, nettoyage des dents avec des brins d’herbe, caresses).

 

Face à la mort mais aussi face à la fin de vie, l’article Pan Thanatology rédigé par l’équipe menée par James R. Anderson, décrit les attentions et le soutien témoigné par un groupe de Chimpanzés envers une femelle malade et mourante comme étant “proche des réponses humaines” : ils tentent de lui ménager un confort de fin de vie.

Le célèbre Max Planck Institute liste dans un article visible ici les types de réaction face au deuil d’un proche chez les chimpanzés. Plusieurs réactions diffèrent, du processus de groupe quand l’individu était bien intégré ( regroupement de toutes les familles, inspection du corps, minute de silence ) ou un intérêt moindre et individualisé quand il l’était moins.

Pour aller plus loin :

Rites religieux chez les Primates :

http://www.breizh-info.com/2016/03/08/40142/primates-etre...

Toilettage post mortem (New Scientist) :

https://www.youtube.com/watch?v=pp51c-A-WGg

Vidéo du centre zambien de refuge et d’étude Research Chimfunshi :

https://www.youtube.com/watch?v=lcJPaHFbsc0

crédit illustration jointe : Credit: Jabruson/naturepl.com

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

 

 

 

17/03/2017

Moving the Giants de Michael Ramsey

 

 

16/03/2017

Le Livre noir de la médecine - Docteur Dominique Michel Courtois et Maître Philippe Courtois

 
 
« Plus de 450 millions d'actes médicaux sont réalisés chaque année. Dans ce contexte, n’ayons pas peur de le dire, nous assistons aujourd’hui à un suicide de la médecine française, soumise aux lobbies des laboratoires, au mutisme des pouvoirs publics et à des connivences malsaines entre les organismes prétendument de défense et de contrôle. Et c’est vous qui en êtes les victimes innocentes…
Vous êtes ou vous serez les consommateurs obligés d’actes médicaux, de médicaments et, peut-être, les victimes. Ce livre vous aide à vous défendre à armes égales contre le corps médical, les organismes de santé et les assurances.
Pour ne plus jamais être une victime, mais un patient reconnu et respecté. »
 
Toute puissance de l’industrie pharmaceutique,  connivence de certains médecins praticiens, laboratoires sans scrupules, erreurs médicales à répétition : le Dr Dominique-Michel Courtois, médecin expert sur RTL, et son fils, Maître Philippe Courtois, avocat spécialisé dans la défense des victimes de dommages corporels, brisent l’omerta, preuves à l’appui, dans un document choc.

13/03/2017

Bonzaïs hallucinogènes chez Gros Textes - à réserver dès maintenant

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Bonzaïs Hallucinogènes

ou nano-histoires sans les nains

 

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suivi de

CONNE PLAINTE DU POÈTE

 

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DÉCOUVERTE

Le temps est un escargot supersonique.

Yesssssssssssssssss... !
 
 
*

MES CROCS NIQUENT DES CONS

Ceux qui ont de la chance finissent par croire qu’ils la méritent.
 
 
  
*

GAZ DE VIE

Il n'y a pas de réponse. Nous sommes tous peut-être des réponses à une question ou­bliée.

Question originelle et qui finalement n'était peut-être qu'un "quoi ?" lancé par le créateur surpris par son propre pet. Peut-être a t-il pensé alors qu'il n'était pas seul... et vois où ça nous a conduit. Le souffle, le verbe, tout ça, la poésie quoi.

Ô poète, divin péteur !

 

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Illustrations originales (collages) de l'auteur

ISBN : 978-2-35082-334-8

54  pages au format 15 x 10 cm,

 

6 € (+ 1 € de port – port compris à partir de l’achat de 2 exemplaires)

https://sites.google.com/site/grostextes/publications-201...

 

 

11/03/2017

FPM 14, nouvelle formule, version A4.

Reçue ce matin, belle et riche revue, heureuse d'en être, merci Jean-Claude Goiri !
 

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De grands espaces où s'ébattre avec les textes
Photo de couverture : Grégory Pichot.
Illustration du carnet : Jacques Cauda.
Peinture en quatrième de couverture : Doina Vieru.
 
Eric Dubois, Murièle Modély, Jean-Christophe Belleveaux, Emilie Voillot, Eve de Laudec, Flora Botta, Gabriel Henry, Jean Leznod, Patrick Le Divenah, Yve Bressande, Rodrigue Lavallé, Alexo Xenidis, Isabelle Alentour, Jean Piet, Diana Varela Punal, Julien Tardiff, Alain Minighetti, Hubert Le Boisselier, Margueritte C., Cathy Garcia, Florent Toniello, Nolwenn Euzen, Daniel Birnbaum, Hans Limon, Jacques Cauda, Philippe Jaffeux, Jacques Jean Sicard, Georges Thiéry, Christophe Sanchez, Murielle Compère-Demarcy, Hervé Jamin, Frédéric Dechaux, Thierry Radière, Christophe Siébert
 
 
 
 
 

10/03/2017

Telluria de Vladimir Sorokine

 

 trad. russe Anne Coldefy-Faucard

 Actes Sud, février 2017

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352 pages, 22,20 €

 

Telluria est une sorte de grande fresque post-contemporaine qui propulse et bringuebale le lecteur dans les prochaines décennies du XXIe siècle, dans une Russie éclatée par des tendances séparatistes alors que les Chinois ont débarqué sur Mars, et sur un territoire plus vaste encore allant de l’Atlantique jusqu’au Pacifique, à travers une Europe post-wahhabite, elle-aussi éclatée. Une sorte de Moyen-âge de science-fiction dans lequel il est difficile de trouver des repères pour commencer, tellement c’est la pagaille. Ça démarre dans une sorte de fabrique de casse-têtes, où on comprend qu’il y a des petits et des grands, les petits étant vraiment minuscules et les grands vraiment géants. Et ce ne sont pas les seules créatures étranges qu’on croisera tout au long du foisonnement de ces 350 pages, des humains zoomorphes, des centaures et des robots… On y voyage plutôt à voiture à cheval, les autotractés étant de plus en plus rares, et elles roulent à la pomme de terre, certains privilégiés peuvent voler aussi avec des ailes motorisées. La dystopie fait dans le post-anachronisme.

Le lecteur qui tenterait de s’attacher en début de lecture à un quelconque fil en sera vite découragé, car en réalité Telluria est découpé en 50 chapitres, qui peuvent se lire chacun séparément, et plus encore, l’auteur y multiplie les codes, les styles et les genres, la narration littéraire et l’oralité, les hybrides entre eux, tant et si bien que cela donne le tournis mais attise aussi la curiosité car l’intérêt est sans arrêt relancé et le grotesque alléchant. C’est ce qu’on appelle le skaz, un genre littéraire typiquement russe.

Le lecteur comprend vite qu’il doit lâcher toute volonté et se laisser simplement conduire, ce qu’il finira par faire, perdu qu’il est dans cette mosaïque hallucinée, cette confusion des frontières à tous niveaux… Un élément cependant sert de lien, et cet élément se répand sur tout ce territoire et devient l’obsession principale de ce monde sens dessus dessous : le tellure, les clous de tellure, un métal plus fort que la plus forte des drogues, le summum du soma, qui est fabriqué en République de Telluria, dans l’Altaï, dont le président est Français. Ces clous doivent être plantés directement dans le crâne, selon un protocole précis, par des charpentiers plus ou moins qualifiés, dont certains parmi les plus renommés ont élevé cette activité au rang d’un art mystique et forment un ordre ressemblant à celui des Templiers. Ces clous une fois plantés permettent de réaliser les désirs et les rêves les plus fous, et notamment de rencontrer et échanger avec des personnes disparues, de vivre en temps réel n’importe quelle époque sous n’importe quelle forme et d’échapper ainsi à un monde chaotique, ravagé par la violence. Mais il y a aussi une idée d’initiation et d’enseignements tirés de ces expériences, pour ceux en tout cas, qui survivent à l’implantation.

Sous couvert d’allégorie fantastico-délirante, Telluria est un roman éminemment politique, qui questionne les rouages du système et les idéologies, les fantasmes de pouvoir, qui continuent à alimenter le désir de conquête.

 

Cathy Garcia

 

20422.jpgVladimir Sorokine né en 1955, ingénieurs et illustrateur, a commencé à écrire en 1977, connu surtout dans les milieux non-conformistes et devient un écrivain russe majeur après l’effondrement de l’Union soviétique, le parangon du post-modernisme. Ses romans, nouvelles, récits et pièces de théâtre sont de véritables événements, suscitant louanges, critiques acerbes, contestations, indignation, ils tournent tous plus au moins autour de la question du totalitarisme. Il est devenu la bête noire du gouvernement actuel. Écrit dans les années 1985-1989, Roman paru en 1994 est un de ses chefs-d’œuvre. Son roman Le lard bleu (1999) lui a valu une grande notoriété, et bien des problèmes, dont un procès pour pornographie. Plus tard, sortiront une trilogie, La Glace (2008) et une Journée d'un opritchnik (2008), Le Kremlin en sucre (nouvelles, 2011), La Tourmente (2011). Il est l’auteur également de pièces de théâtre, dont Dostoïevski-trip, paru chez Les solitaires intempestifs, en 2001.

 

Note parue sur la Cause Littéraire :

http://www.lacauselitteraire.fr/telluria-vladimir-sorokine

 

 

Cathy Garcia, D’ombres par JP Gavard Perret

 

Scan­ner la pénombre des mots

Avec D’ombres, Cathy Gar­cia a ras­sem­blé des poèmes écrits entre 1990 et 2013 qu’elle a illus­trés d’encres sub­tiles. Au départ, il existe un extrait de son jour­nal : « j’ai fixé le pla­fond où pen­dant long­temps, / des ombres m’ont fait des gri­maces… ». Et tous ses poèmes sont fidèles à l’univers de l’auteur : ils parlent de tris­tesse, de soli­tude, de drames (et elle sait ce dont elle parle) mais pour lut­ter de manière aussi déses­pé­rée qu’avec espoir face à la mort qui sans cesse « remonte ses bas » et est tou­jours prête à venir « tirer sur ton drap ».
C’est là, écrit super­be­ment Cathy Gar­cia, « soi­gner le noir par le noir / mettre des mots là où il ne faut pas / nar­guer la peur ». Il existe en consé­quence, et tou­jours dans l’œuvre, le sens de la lutte exis­ten­tielle et de l’avènement. Gar­cia Lorca n’est jamais loin.

Ecrire pour la créa­trice ne revient pas à tra­cer des signes mais tra­ver­ser des fron­tières, sor­tir du sillon, oser une danse qui n’a rien néan­moins de for­cé­ment nup­tiale. L’auteure sait mon­trer l’envers des mots, scan­ner leur pénombre. Dans les brèches de ses images se découvrent des lieux reti­rés de l’être. Et la poé­tesse tient le coup même lorsque les âmes, ayant perdu leur blon­deur d’épi, sont grises comme des chats la nuit.

jean-paul gavard-perret

Cathy Gar­cia, D’ombres,  A tire d’ailes, 2017 — 10,00 €.

 

http://www.lelitteraire.com/?p=28901

 

 

09/03/2017

NOAM CHOMSKY - The 5 Filters of the Mass Media Machine

 

 

 

 

Vient de paraître : D'OMBRES de Cathy Garcia

 

 

   

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poèmes écrits entre 1990 - 2013

avec huit illustrations originales de l'auteur

 

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j'ai fixé le plafond où pendant longtemps,
des ombres m'ont fait des grimaces...

in Journal 1997

 

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petites fictions qui parlent de mort, drame, tristesse, solitude
une façon paradoxale de faire la nique à

 la camarde à cheval un de Troie
la camarde à midi tend ses bras
la camarde remonte ses bas
viendra cette nuit tirer sur ton drap

soigner le noir par le noir
mettre des mots là où il ne faut pas
narguer la peur

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Édité et imprimé par l’auteur

Tirage limité et numéroté

Sur papier 90gr calcaire
Couverture 250 gr calcaire
100 % recyclé

Dépôt légal : mars 2017


à me commander directement (et merci !) :

10 €  ( + 2 € pour le port)

 

 

 

    

L'argent caché des parlementaires

 

 Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/201702...

 

02/03/2017

La revue du mois par Jacmo (Décharge), parle d'Yves Artufel

 

Chiendents n° 116 : Yves Artufel

publié le 2 mars 2017 , par Jacmo dans Accueil> Revue du mois

 

C’est Georges Cathalo qui a coordonné cette livraison consacrée à notre ami Yves Artufel. Comme souvent dans ce genre de cas précis et spécifique, il est difficile de distinguer l’éditeur du poète.

En effet, Yves Artufel, ça « parle » en poésie comme l’éditeur de Gros textes (200 auteurs, 400 livres). (Son aventure de revuiste est demeurée plus erratique, avec Gros textes, plusieurs séries, et Liqueur 44, et s’est achevée pour l’heure en 2011).

Il y a donc aussi, à part égale, le poète, qui s’est édité lui-même pour 4 recueils (alors que c’est Polder qui publiait son premier recueil en 1999, n° 101). Et quelque part, tout est dit, Yves Artufel qui se met au service des autres (et comment !) pousse la modestie et la discrétion à ne pas solliciter lui-même d’autres éditeurs et préfère ne déranger personne pour se publier tout seul.

Les divers auteurs sollicités hésitent souvent entre l’hommage à l’un ou à l’autre de ce Janus moderne. Une façon d’éviter le hiatus, c’est de célébrer l’homme, le bonhomme qui n’est pas coupé en deux. Roland Nadaus fait la synthèse : Cher Poèteéditeurami… Jean-Pierre Lesieur titre son article : « Yves Artufel, homme à tout faire de la poésie » et conclut plus laudateur : …homme à tout faire et seigneur de la poésie de notre temps. Christian Bulting écrit une critique élaborée de son dernier recueil Il faut repeindre le moteur et souligne son côté « sauvagement libre ». Jean-Claude Touzeil donne trois qualités cardinales et voisines du personnage : « douceur, discrétion et humilité ». Ce que reprend à son compte Georges Cathalo : « Humilité, patience et modestie ». Thomas Vinau offre un poème : ...Il est le cœur battant / saignant / puant / vivant / de la poésie. Ses plus proches insistent sur l’aspect humain, comme Dominique Oury qui écrit : Yves c’est mon ami, ou bien Alain Sagault en écho : Yves, mon ami. Il conclut sa page : … la création la plus authentique consiste à voguer, modestement mais sans concession, à la découverte de l’essentiel tel qu’il peut s’incarner à travers chacun de nous. Jean-Claude Touzeil et François-Xavier Farine insistent sur l’inlassable militant de la poésie ou le militant des autres poètes.

Georges Cathalo a intercalé entre les hommages des auteurs Gros textes des pages tirées des recueils d’Yves Artufel. Christian Bulting et Jean-Claude Touzeil donnent quelques clés de cette poésie qu’on peut qualifier de mineure dans le sens où, comme on l’a compris, il ne s’agit pas d’une poésie sonore, tonitruante et tapageuse, qui prendrait tout le devant de la scène, mais toute la personnalité d’Yves Artufel s’y trouve. Sa fibre libertaire sait domestiquer la vanité qui entrave plus d’un poète. On peut parler de dérision, d’humour fin. Le poète à présent monte sur son cheval à bascule. Il espère qu’il va faire chavirer le monde. On peut parler de désillusion, de désenchantement, mais jamais d’amertume. Les déceptions qui nous sont communes dans le quotidien demeurent souvent l’objet de ses réflexions et de ses écrits. Et il sait en sourire, parfois âprement et nous en faire sourire de même, avec distance. Enfin, autre manière de ne pas se prendre au sérieux, c’est la longueur de plus en plus resserrée de ses poèmes. Et une véritable prédilection pour l’aphorisme, art compliqué de la densité qui doit faire mouche, sans concession, ni au style ni à l’impact sémantique. Conseil valable : fais ce que tu peux. Aux dernières nouvelles, il semblerait que Dieu en soit là. Par ailleurs, Yves sait trouver des métaphores inattendues qu’il file de même façon : Je vais penser à me refaire l’intérieur. Ca fait longtemps que je n’ai pas changé la tapisserie du cerveau, la moquette de l’âme, ni repeint le cœur. Cette façon de comparer deux domaines, de mélanger deux univers peut aboutir au court-circuit créatif et hallucinant : Mon ombre sur le mur se mit à saigner. En outre, Yves Artufel est commerçant-libraire, colporteur, comédien, lecteur…

Artisan-militant, et poète avant tout, poète à la base, poète primordial. Je vais jusqu’à l’horizon pousser ma brouette de décombres. Après on avisera.


Chiendent Yves Artufel : 6 €. 20, rue du Coudray – 44000 Nantes.

Editions Gros Textes, chez Yves Artufel, Fontfourane, 05380 - Châteauroux-les Alpes.
Rappelons que la collection Polder est une collection Gros Textes (en coédition avec la revue Décharge).

 

 

 

27/02/2017

Pour un bout de papier - Emission du 17 février 2017 - Travail social et Délit de solidarité

 

dimanche 26 février 2017 par CLIME |

Sans frontière ni nation, l’émission Pour un bout de papier vous propose en février de discuter du soutien aux migrants migrantes : Du délit de solidarité qui criminalise l’entraide aux transformations du travail social dans les centres d’accueil des migrant.e.s.

Au sommaire cette semaine :

1 . Les nouvelles du Centre de rétention administrative de Cornebarieu
2 . Travail social ou flicage ? Les travailleuses sociales prennent la parole. En quoi consiste le travail social dans les centres d’accueil et d’orientation mis en place à la suite de l’expulsion de Calais ?
3. Qu’est ce que le délit de solidarité ? Histoire et actualité d’un concept juridique.
4 . Rencontre avec les membres de l’association Amigrants de Cahors.

En complément d’infos :

Le blog DormiraJamais avec un dossier complet sur Denko Sissoko

Un lien Arte (émission de une heure sur Denko Sissoko, les structures pour mineurs isolés étrangers avec des témoignages)

Réécouter l’émission :

http://www.canalsud.net/?Pour-un-bout-de-papier-Emission-...

 

 

 

26/02/2017

Petit guide de déradicalisation économique à usage électoral

 

Alors que nous allons bientôt élire le prochain président de la République, il est indispensable d’alerter sur les conséquences des propositions des candidats à cette élection. C’est un des objectifs du livre intitulé L’intégrisme économique, qui sort le 1er mars prochain.

 

 

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Une question est à l’origine de L’intégrisme économique
[1]. Pourquoi continue-t-on de promouvoir les recettes économiques néo-libérales alors que près de 40 ans d’application ont montré leurs effets pervers : multiplication des crises financières ; explosion des inégalités combinée à une hausse de la précarité et de la pauvreté qui fragilisent la cohésion sociale ; dégradations environnementales toujours plus importantes, etc. ? Leurs promoteurs continuent pourtant d’affirmer qu’il n’y a pas d’alternative et que de telles politiques économiques bénéficieront à tous, tôt ou tard.

 

Et si, derrière cette rhétorique de façade, l’objectif n’était pas de servir l’intérêt général mais celui d’une minorité ? C’est ce sillon que nous creusons tout au long de cet ouvrage. L’économie n’y apparaît plus comme une science objective et neutre mais plutôt comme une religion ou, pire, comme un intégrisme religieux qui tente d’imposer une lecture rigoriste d’évangiles économiques dont les dogmes peuvent être rassemblés en dix commandements (l’austérité budgétaire tu prôneras ; la dépense publique tu diminueras ; plutôt que les plus riches, les pauvres tu taxeras ; la libéralisation financière tu assureras ; etc.). Tout en promettant le paradis économique à tous, l’intégrisme économique cherche en réalité à imposer un Ordre néolibéral qui ne bénéficie qu’à ses promoteurs. Pour ce faire, il dispose d’une armée de disciples dont la mission est de convaincre les foules de la bonté du Dieu qu’il vénère, le Marché, et de dénoncer toute pensée hérétique.

Ce livre fournit les clés permettant de comprendre les dérives sectaires de l’intégrisme économique. Nous dévoilons tout d’abord son mode opératoire, c’est-à-dire la façon dont il exerce son pouvoir, en particulier en utilisant la manipulation (chapitre 1). Nous décortiquons ensuite ses dogmes – les dix commandements – et faisons apparaître toute la cohérence d’un projet politique, mené par une minorité pour son propre profit, qui dessert la plus grande partie de la population mondiale (chapitre 2). Nous démasquons enfin ses adorateurs (missionnaires du FMI, inquisiteurs européens, apôtres économiques et clergé médiatique) et déconstruisons leur rhétorique intégriste (chapitre 3). Ce parcours nous conduit à dessiner les contours d’une indispensable dé-radicalisation des esprits touchés, ou seulement tentés, par l’intégrisme économique (épilogue).

L’intégrisme économique fait peser de lourdes menaces sur la démocratie comme sur le débat d’idées. C’est en effet une approche intégriste de la construction européenne qui l’entraine aujourd’hui dans une fuite en-avant anti-démocratique, comme le montre le traitement de la crise grecque, et participe du rejet croissant du projet européen, ce que traduit le Brexit. C’est aussi une vision intégriste de l’économie qui condamne toute approche alternative. La croisade contre le pluralisme des idées au sein de l’université a été menée en 2014 par l’apôtre Saint Jean Tirole, tout juste canonisé par l’intermédiaire de son « prix Nobel d’économie ». Elle se poursuit aujourd’hui à l’appel de Pierre Cahuc et André Zylberberg – dont le récent pamphlet a suscité de nombreux débats[2] – qui se lancent dans une chasse au « négationnisme économique » et appellent à l’épuration de toute pensée dissidente. Face au dogmatisme des intégristes économiques, il est essentiel de réaffirmer que l’économie est toujours plurielle et éminemment politique, et de montrer que d’autres voies sont possibles.

L’introduction de ce livre est reproduite ci-dessous.

 

Introduction : Le dieu Marché

Selon le dictionnaire Larousse, l’intégrisme est « une attitude et une disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ». Si une bataille s’est engagée contre l’intégrisme religieux et ses idées rétrogrades, un autre intégrisme, économique celui- là, sévit plus sournoisement. Il n’a pas eu besoin de recourir à des moyens barbares pour s’imposer. Mais, comme l’intégrisme religieux, il vénère un dieu, le Marché en l’occurrence, et défend une tradition, celle de l’économie néolibérale, avec les dogmes sur lesquels elle repose – austérité, concurrence, libéralisation, etc. –, et ne tolère aucune remise en question. Les prosélytes du Marché, c’est-à-dire les intégristes économiques, nous somment d’agir en son nom et de l’adorer, car lui seul œuvrerait pour le bien de tous. Ils le placent ainsi au centre de toutes nos décisions.

Les intégristes économiques peuvent être rangés en deux catégories. D’un côté, les théologiens et les évangélistes, à savoir les économistes orthodoxes les plus fanatisés, construisent la doctrine et élaborent les tables de la loi, dont les dogmes peuvent être rassemblés en dix commandements. De l’autre, le clergé, composé des principaux responsables politiques et des milieux d’affaires, avec leurs relais médiatiques et économiques, se charge de diffuser une lecture rigoriste des évangiles économiques. Malheureusement, de trop nombreux citoyens, dont l’esprit a été perverti par la propagande intégriste, ont également prêté allégeance à un mouvement qui les dessert pourtant largement.

Bien que nous n’en ayons pas toujours pleinement conscience, l’intégrisme économique nous entoure et rythme nos vies au nom du Marché. Pas un jour en effet sans analyses ou débats sur la croissance: est-elle suffisante ? Va-t-elle revenir ? Quand reviendra-t-elle ? Comment la faire revenir ? Pas un jour non plus sans indications sur les cours de la Bourse et l’évolution du sacro-saint CAC40, baromètre économique de nos sociétés « modernes » qui nous dit le temps qu’il fait sur des marchés financiers dont l’état de santé conditionnerait le nôtre. Pas un jour encore sans questionnements sur l’évolution des prix dont on nous assure qu’ils dépendent d’une loi de l’offre et de la demande quasi divine, puisque assurant le bon fonctionnement du Marché. Pas un jour enfin sans lamentations sur les (mauvais) chiffres du chômage et considérations sur le type d’offrandes au Marché qui permettraient de le réduire.

L’intégrisme économique s’est tellement immiscé dans les esprits que de nombreuses informations sont traitées principalement sous l’angle de leur coût économique, reléguant au second plan les aspects sociaux, politiques, environnementaux ou encore psychologiques, quand ils ne sont pas tout simplement occultés. Ainsi en est-il des conflits sociaux, où le coût économique à court terme d’une grève, évalué en points de croissance perdus pour faire plus sérieux, l’emporte sur l’intérêt des revendications pour le bien-être de la population. De même, l’impact d’une catastrophe naturelle est réduit à une facture de réparations à venir et laisse dans l’ombre la détresse psychologique des personnes touchées par l’événement, donc les moyens de la traiter.

Cette fascination pour le Marché a de quoi interroger. Les intégristes économiques, qui sont devenus les oracles des temps modernes, interprètent le réel, livrent leurs prophéties – sous forme de prévisions économiques – et promettent de nous conduire vers la Terre promise de l’abondance. L’intégrisme économique se présente pourtant comme une science, sérieuse et objective de surcroît, et, à ce titre, se pare d’un formalisme mathématique supposé lui fournir ses galons de science exacte. Dans les faits, il est l’instrument du pouvoir exercé par une minorité à son propre profit et s’emploie à nier toute existence d’alternative, promettant l’enfer – sur terre, dans ce cas – aux récalcitrants, aux hérétiques, bref, à tous ceux qui douteraient de la véracité de ce catéchisme.

Depuis près de quarante ans, nous avons laissé prospérer la religion du Marché et avons accepté de nous soumettre à ses dérives intégristes, ce qui nous a conduits à intérioriser des dogmes économiques qu’il devient de plus en plus difficile de questionner. Face à un tel aveuglement, il est indispensable de comprendre les dérives sectaires de l’intégrisme économique, ce qui implique de dévoiler son mode opératoire (le mode d’exercice de son pouvoir) afin de décortiquer ses fondements (les dogmes) et de démasquer ses adorateurs (les disciples), qu’il convient de déradicaliser pour leur faire retrouver le chemin de la raison (scientifique), de la tolérance et de l’intérêt général, donc celui de l’espoir.

 

 


 

[1] Eric Berr, L’intégrisme économique, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2017, 176 pages.

[2] Pierre Cahuc et André Zylberberg, Le négationnisme économique. Et comment s’en débarrasser, Paris, Flammarion, 2016.

 

 

25/02/2017

Quatre banques françaises contre les Sioux du Dakota, expulsés par Trump

 

 

par Olivier Petitjean

Ce 22 février, les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation du principal campement des Sioux et de leurs alliés qui s’opposaient encore à la construction de l’oléoduc Dakota Access, aux États-Unis. Les forces de l’ordre ont procédé à plusieurs arrestations et des incidents ont émaillé l’évacuation. Selon le compte-rendu du Guardian, deux mineurs auraient été victimes de brûlures graves suite à une explosion inexpliquée dans un tipi du camp.

L’oléoduc Dakota Access doit amener, sur plusieurs centaines de kilomètres, le pétrole de schiste extrait dans le Dakota du Nord vers l’Est des États-Unis. Une portion de cette infrastructure doit traverser, à proximité de la rivière Missouri, des terres ancestrales des Sioux, menaçant leurs sources d’eau potable. Après des mois de manifestations et d’occupation des terrains, l’administration Obama avait finalement bloqué le chantier et demander l’étude d’un tracé alternatif. Dès son arrivée à la Maison blanche, Donald Trump a cassé cette décision et ordonné la reprise rapide des travaux. Le nouveau président possède des actions dans Energy Transfer Partners (ETP), l’entreprise qui construit l’oléoduc, et compte parmi ses plus proches alliés un magnat du pétrole de schiste (lire notre article).

Les banques françaises débloquent des fonds supplémentaires

La lutte se poursuit sur le terrain juridique, les Sioux ont déposé un recours contre le décret de Donald Trump. Une autre bataille importante se déroule autour du financement du projet par plusieurs banques, invitées par les opposants à rompre leurs liens avec Energy Transfer Partners. Les pétitions ont reçu plus de 700 000 signatures. Plusieurs banques européennes sont concernées, dont les françaises BNP Paribas, Société générale, Natixis et le Crédit agricole.

« La banque néerlandaise ABN Amro a annoncé le 2 février qu’elle arrêterait toute relation avec Energy Transfer Equity, la principale entreprise derrière le projet, et la banque suédoise Nordea a carrément exclu les trois principales entreprises du projet, souligne Lucie Pinson, de l’association Les Amis de la Terre. Malheureusement, jusqu’à présent, les banques françaises n’ont pris aucun engagement similaire. Natixis et Crédit Agricole ont même récemment refinancé ETP. » Les grandes banques françaises avaient répondu à ces interpellations en indiquant qu’elles attendaient les résultats d’une expertise sur le projet et la consultation des populations concernées pour se prononcer.

En attendant, les affaires continuent. Selon les données collectées par les Amis de la Terre et l’organisation spécialisée Banktrack, Natixis et le Crédit agricole ont débloqué en janvier, au moment de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, plusieurs dizaines de millions de dollars au profit d’Energy Transfer Partners (72 millions pour Natixis et 35 millions pour le Crédit agricole). Aux côtés de BNP Paribas, elles auraient également participé à un prêt pour la même entreprise de 2,2 milliards de dollars au début du mois de février.

Olivier Petitjean

Lire aussi : Les grandes banques françaises derrière le projet d’oléoduc combattu par les Sioux