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02/03/2019

Une écologiste brésilienne a été torturée et assassinée

 

1er mars 2019 


 

Rosane Santiago Silveira, une militante des droits de l’environnement et des droits humains, a été brutalement torturée et assassinée dans la ville de Nova Viçosa (Bahia), au Brésil, le 29 janvier. Elle se battait pour endiguer l’accaparement des terres par les plantations d’eucalyptus dans la réserve extractive environnementale d’Ilha de Barra Velha, une zone protégée où les familles résidentes tirent leur subsistance de produits naturels extraits de la forêt. Ces activités aident à maintenir l’intégrité de la forêt.

Selon le fils de Mme Silveira, Tuian Santiago Cerqueira, Rosane aurait reçu de nombreuses menaces de mort : « L’impunité règne, l’État ne poursuit pas ces crimes. Nous étions avec elle à Noël et tout le monde s’est rendu compte qu’elle était inquiète, elle avait reçu trois menaces de mort ».

Mme Silveira a été retrouvée morte chez elle, les mains et les pieds attachés et blessés, un vêtement serré autour du cou et des coups de couteau à la tête.

Rosane Santiago Silveira voulait créer une association de protection de l’île de Barra Velha - la réserve environnementale extractive où elle vivait - et elle était membre du conseil de la réserve d’extractivistes de Cassurubá.

Le Brésil est l’un des pays les plus dangereux pour les activistes de l’environnement.

- Source : Elisabeth Schneiter avec Global justice ecology via Reporterre

 

 

19/02/2019

Tus padres volveran, documentaire de Pablo Martínez Pessi (Uruguay, 2015)

 

 

"1983: cent cinquante-quatre enfants vivant en Europe sont installés dans un vol charter pour l’Uruguay, sous l’impulsion du gouvernement espagnol. Tous fils et filles d’exilés politiques toujours indésirables, ils sont envoyés par leurs parents, afin qu’ils puissent découvrir leur pays natal, rencontrer leur famille et appréhender leur culture d’origine. Ce documentaire revient sur cette page d’histoire au travers de six des passagers de ce vol. Adultes, chacun d’eux garde en mémoire ce moment clé de leur vie. Un film émouvant sur l’exil, le déracinement et la quête d’identité."

 

 

 

 

La noche de 12 años d'Álvaro Brechner (2018)

 

Inspiré de l'ouvrage Memorias del calabozo de Mauricio Rosencof et Eleuterio Fernández Huidobro, qui, avec José “Pepe” Múgica, ont parcouru à partir de 1973, pendant les douze ans dont parle le titre du film, plus de quarante des geôles mobilisées pendant la terrible dictature militaire qui règna sur l'Uruguay. Secrètement emprisonnés, jetés dans de petites cellules, on leur interdit de parler, de voir, de manger ou de dormir. Au fur et à mesure que leurs corps et leurs esprits sont poussés aux limites du supportable, les trois otages mènent une lutte existentielle pour échapper à une terrible réalité qui les condamne à la folie. Le film raconte ces 12 années d'emprisonnement vécues par ces figures les plus célèbres de l'Uruguay contemporaine - dont son ancien président José "Pepe" Mujica.

 

 

 

Un film terrible, sobre et absolument magnifique. Dignité, voilà le mot qui nous reste sur la langue avec le sel des larmes.

 

 

 

 

"L'Uruguay

Les grèves ouvrières, et surtout les manifestations étudiantes, ont marqué les années 67 et 68. En 1967, l’inflation atteignait 135% et la CNT14appelait à résister, à travers d’importantes manifestations. Le1er mai, la répression exercée par la Guardiametropolitana15fut d’une grande violence. Dès lors, les grèves générales se succèdent. Dans ce petit pays, jadis appelé « la Suisse de l’Amérique latine » en raison de son exemplaire démocratie et de son niveau de vie élevé, apparaît une politique économique dictée par le Fond monétaire international. Elle est menée par Pacheco Areco, qui s’est retrouvé à la présidence par hasard, après la mort de Óscar Gestido, dont il était le vice-président.Monte donc sur scène, Pacheco Areco…

Confronté à la résistance des mouvements sociaux, Pacheco Areco considère « que c’est une révolution en herbe »face à laquelle, « l’Etat doit agir ». S’installe alors un modèle économique qui exige de la répression et désormais l’Uruguay s’insère dans ce qui est le cadre général en l’Amérique Latine. Le 13 juin 1968, Pacheco Areco instaure les Medidas Prontas de Seguridad 16,avec tout ce qu’elles impliquent : violation des droits et garanties individuelles, attaques contre la liberté de la presse, interdiction de tout rassemblement de plus de trois personnes, gel des salaires, suppression du droit de grève. Plus grave encore, ces mesures présentées comme ponctuelles, deviennent un véritable état d’exception. Et la répression gronde.

Le mouvement ouvrier, mais plus encore étudiant, sort dans la rue. Ils se rebellent, protestent, exigent. La Coordinadora de estudiantes desecundaria17est la première organisation étudiante à manifester : pour réclamer une augmentation de 40% des chèques-études. Ce sera ensuite le tour de la Federación de estudiantes universitaros, la paradigmatique et combative FEUU18.Le 14 août 1968, meurt Liber Arce, étudiant vétérinaire et membre du Parti communiste uruguayen, tué par la police. Son enterrement rassemble une foule immense. Tous les secteurs de la gauche uruguayenne étaient dans la rue, ainsi que l’archevêque de Montevideo, et quelques membres, pas nombreux, des partis politiques. Peu de temps après, deux autres étudiant.es, Susana Pintos et Hugode los Santos, proches du mouvement libertaire, meurent à l’hôpital universitaire, des suites de blessures par balles. Un autre grand enterrement, une autre grande répression. « La violence engendre la violence »titrera l’éditorial de Carlos Quijano dans « Marcha »,hebdomadaire indépendant de gauche, lu et connu par pratiquement toute la gauche latino-américaine. « Marcha »sera suspendu et ensuite définitivement fermé.

 La guérilla urbaine menée par le MLN Tupamaros19avait les faveurs de la population, au regard de ses actions à la Robin des Bois. Le mouvement enlève Pereira Reverbel20.C’est le premier enlèvement politique dans l’histoire de l’Uruguay. Commence alors, une période de luttes et combats dans les rues. Les actions de cette guérilla urbaine répondent à une situation chaotique et à des mesures de plus en plus autoritaires et antidémocratiques qui aboutiront ensuite au coup d’état civilo-militaire de juin 197321.

La gauche traditionnelle est dépassée par les événements ; ce sont les jeunes, les étudiant.es, les mouvements sociaux et syndicaux qui poussent à remettre en question les racines mêmes du système. Et ils le font à travers des actions innovatrices, de l’imagination et la contestation du pouvoir."

 

14 La Convencion nacional de trabajadores, créée en 1964, sera interdite après le coup d’État du 27 juin 1973. En avril 1965, elle organisa une grève importante, suivie, en août, du Congrès du Peuple. Celui-ci réunissait des représentant.es des organisations syndicales, estudiantines, coopératives, de retraité.es, des petits producteurs, de l’éducation et de la culture, etc. ; il formula un « Programme de solutions à la crise », proposant d’importantes réformes (agraire, afin de mettre fin à la sous-production latifundiaire, mais aussi pour le commerce extérieur, l’industrie, la banque, l’éducation, etc.) et réclamant plus de libertés syndicales.

15 Corps de la police d’Uruguay dédié à la répression.

16 Ce sont des mesures d’exception, prévues dans la Constitution, qui permettent au pouvoir exécutif de suspendre certaines garanties constitutionnelles.

17 Coordination des étudiants du secondaire.

18 La fédération étudiante a joué un rôle important durant les années 60 et dans l’opposition à la dictature militaire entre 1973 et 1985 (période durant laquelle elle fut interdite).

19 Le Mouvement de Libération Nationale – Tupamaros, créé au début des années 60, mena une lutte armée et grossit au fur et à mesure d’actions spectaculaires et populaires. Nourri idéologiquement par les révolutions chinoise, algérienne et cubaine, le MLN-Tupamaros représente une voie révolutionnaire spécifique à l’Uruguay. Il sera anéanti militairement en 1972.

20 Ulysses Pereira Reverbel (1917-2001) était le président de l’entreprise d’Etat UTE (électricité). Soutien très actif d’Areco, il réprima durement une grève, faisant appel aux militaires. Le MLN-T l’enlèvera de nouveau en 1971.​

21 Le coup d’état a eu lieu le 27 juin 1973 ; la dictature ne prendra fin qu’en 1985.

 

Source : 

http://www.lesutopiques.org/uruguay-histoire-du-futur-196...

 

 

 

04/02/2019

Deux livres

J'ai lu dernièrement et sans note de lecture :-) Trois chevaux d'Erri de Luca, magnifique (depuis le temps que je l'avais dans ma pile !)

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«  Le monde me pourchasse, même les étoiles sont des chiens sur mes traces. »

« Un arbre a besoin de deux choses : de substance sous terre et de beauté extérieure. Ce sont des créatures concrètes mais poussées par une force d’élégance. La beauté qui leur est nécessaire c’est du vent, de la lumière, des grillons, des fourmis et une visée d’étoiles vers lesquelles pointer la formule des branches. »

 
« La terre a un désir de hauteur, de ciel. Elle pousse les continents à la collision pour dresser des crêtes. »

 
« On se trouve aussi dans une guerre par honte de rester à l’écart. Et puis un deuil te saisit et t’y maintient pour être soldat de rage. »

 
« La vie est un long trait continu et mourir, c’est aller à la ligne sans le corps. »

 

 

et Une balle dans le front de Manuel Aguirre (Pérou 2006), trad. Marie Jammot - Les Fondeurs de Briques - St Sulpice la Pointe (dingue !), 2010, un régal et une maison d'éditions à découvrir d'urgence : http://fondeursdebriques.free.fr !

 

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01/02/2019

AMAZON, LE GRAND MÉCHANT GASPILLEUR ?

 

Source : https://www.minimachines.net/

Émoi légitime suite au reportage de Capital sur M6 ce dimanche. Amazon détruit des produits en masse. Des produits neufs et d’autres très légèrement abîmes. Ils partent à la benne pour être incinérés ou enfouis. Un immense gâchis qui semble révolter l’ensemble des commentateurs.

 

Les images filmées par M6 en caméra cachée sont sans équivoque, Amazon dispose d’un service de destruction de produits qui ne s’embarrasse pas de trop grandes considérations écologiques ou éthiques. Du materiel neuf, totalement neuf, est systématiquement détruit par le cyber commerçant. Une pratique qui semble émouvoir notre classe politique jusqu’à notre Secrétaire d’État à la transition écologique, Brune Poirson, qui se dit choquée et outrée par cette “révélation”.

 

Voilà qui me surprend. Me surprend beaucoup même. Si notre Secrétaire d’État découvre cette pratique, c’est que la transition écologique n’est pas pour demain. Si elle fait semblant de la découvrir face aux questions soulevées par le reportage, cela revient au même. L’industrie tout entière se livre à un gâchis du même genre car c’est purement et simplement comme cela qu’elle fonctionne désormais. en totale roue libre.

Pour bien comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui chez Amazon et ailleurs, il faut s’imposer un petit retour en arrière. Pendant très longtemps importer des produits en France était un exercice bien difficile. Il fallait trouver un exportateur qui ne voulait pas entendre parler d’une petite commande. Le minimum de produits de chaque commande était souvent de plusieurs milliers de pièces. Il fallait remplir un container qui partait d’Asie pour arriver chez vous bien plus tard par bateau. Cela représentait des sommes gigantesques qui réservaient les importations à quelques grossistes bien installés. Acheter 2000 téléviseurs en Asie, les payer à la sortie de l’usine, les faire voyager sur un navire qui allait mettre 40 ou 50 jours pour arriver au Havre puis les décharger dans un entrepôt capable de les stocker, tout cela coûtait une fortune. Les grossistes capables de cet exercice étaient peu nombreux et leur main mise sur le matériel dépendait de canaux de distribution assez faibles : Les grandes chaines de magasins étaient leurs principaux clients.

Cela bloquait encore plus la situation puisque ces magasins comme ces grossistes ne voulaient pas spécialement s’auto concurrencer avec de nouvelles références. A quoi pourrait bien servir de proposer 50 fois le même gaufrier à des prix différents dans un magasin traditionnel où le mètre linéaire d’exposition coûte cher et où le stockage est également facturé ?

La situation était donc totalement verrouillée d’un côté comme de l’autre. Un grossiste exportateur exigeant des quantités énormes d’achat pour chaque commande. Des importateurs qui ne voulaient pas spécialement de nouveautés qui puisse faire de l’ombre aux produits qu’ils vendaient déjà.

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Le “miracle” Alibaba

Et puis est apparu le  site Alibaba.com et tout a changé. D’un coup, des milliers de grossistes, sous grossistes et sous-sous grossistes sont apparus en Asie. Il suffisait qu’un particulier décide de tenter l’aventure de l’exportation pour qu’il puisse ouvrir un compte Alibaba afin de vendre des produits par 10, 20 ou 50 pièces. Il les achetait à un grossiste au dessus de lui qui les vendait par 100 ou 200. Lui même achetant à un grossiste encore un peu plus gros qui les vendait par 1000 en les achetant par 3000. Le minimum de commande n’était plus imposé par le fabricant ou son grossiste officiel mais fractionné sur place à une foule de revendeurs qui jouaient le rôle de semi grossistes. Chacun ramassant au passage quelques dollars de commission sur chaque produit. Une situation qui a permis de fluidifier le marché puisqu’on pouvait obtenir n’importe quelle référence sans avoir à investir les sommes colossales du système qui était alors en place. Faire venir une palette de gaufriers et la stocker est à la portée de n’importe quel commerçant.

La vente de produits venus d’Asie par des petites sociétés à donc explosé d’un coup. Sur Ebay pour commencer, avec des micro entreprises qui importaient 50 exemplaires de 5 ou 10 produits différents avant de les proposer ensuite sur le site d’enchères en ligne. Une concurrence féroce pour la distribution traditionnelle. Les e-commerçants s’en rendirent compte assez vite et décidèrent en réaction d’ouvrir leurs portes à ces nouveaux modèles de distribution en créant leurs marketplaces. Une foule de revendeurs se précipitèrent sur cette aubaine en créant leurs boutiques sur des sites comme RueduCommerce ou CDiscount.

Le principe est simple et n’a pas changé depuis, quelques références pour commencer, un stock géré dans son garage, un numéro de Siret en tant que micro entreprise ou petite SARL et hop, on peut afficher ses produits sur ces plateformes et les vendre.

Quel rapport avec Amazon et ses destructions de produits ? On y vient.

Amazon a également rapidement senti le vent tourner et ouvert ses portes à des commerçants extérieurs avec sa propre place de marché. Mais pour fluidifier son système et augmenter ses revenus, le distributeur a décidé de proposer un concept tout-en-un à ce type de clients : affichage, stockage et expédition des produits. Un concept qui permet à n’importe qui de vendre sur Amazon. En Asie, ceux qui vendaient auparavant sur Alibaba ou Aliexpress des produits en partance de Chine, purent d’un coup les exporter dans les locaux d’Amazon qui proposait donc de se charger de leur distribution.

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Que des avantages pour tout le monde. Amazon fait payer le stockage au mètre cube ce qui lui permet de rentabiliser ses entrepôts du mieux possible. Il ramasse également une commission sur les ventes au passage tout en alimentant son site avec des milliers de nouveaux produits. Des nouveautés qui enrichiront son catalogue, sa visibilité sur les moteurs de recherche et qui feront vivre ses opérations promotionnelles et ses ventes flash.

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Capture d’écran d’Amazon à la recherche de la machine à Pop Corn du reportage de M6

Si un magasin traditionnel ne veut pas avoir 50 gaufriers différents en rayon, cela ne pose aucun problème à Amazon d’afficher des dizaines de fois des références identiques vendues par des revendeurs différents. C’est même très rémunérateur. La totalité des machines ci-dessus sont vendues par différents magasins de la place de marché du distributeur mais stockées et expédiées par Amazon.

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Il s’agit d’une machine que l’on peut trouver sur Alibaba pour 10$ pièce avant toute négociation. Le Minimum de commande indiqué est de 1000 unités mais pour pratiquer beaucoup le sites, il est probablement possible de trouver soit un revendeur qui ne demandera qu’une commande de 100 pièces, soit de négocier avec ce vendeur pour n’en acheter que 100 pièces pour quelques dollars de plus. 

Pour les vendeurs c’est le paradis. Qu’ils soient en Asie, en Europe ou en France, ils ouvrent d’un seul coup un accès vers grand public Européen et Américain sans n’avoir quasiment rien à faire. Il leur faut uniquement remplir des fiches produit en ligne sur Amazon et faire envoyer la palette de machines à Pop-corn directement à l’adresse donnée par Amazon. Au lieu de vendre 1000 enceintes Bluetooth à un seul revendeur français à 5$ pièce, ils vont proposer 100 enceintes directement aux particuliers français à 19.99€ pièce sans avoir plus de travail à faire. Le tout en affichant un prix de base de 25€ avant de le barrer afin de faire apparaître une jolie ristourne qui alimentera la page promotions d’Amazon.

C’est la libération, après des années de contraintes, les semi grossistes et particuliers jouant aux exportateurs comprennent que le nouveau jackpot est ici. Plus besoin de passer par des revendeurs qui vont grignoter leurs marges, il suffit de poser une étiquette d’expédition sur une palette de marchandise estampillée CE, de traduire plus ou moins approximativement la fiche technique et de laisser le produit vivre sa vie chez Amazon. Au bout d’un mois, on fait les comptes et pour peu qu’on ait choisi le bon produit, on a gagné quelques centaines d’euros sans avoir bougé le petit doigt.

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Et voilà le coeur du problème soulevé par M6. La machine à Pop Corn comme le téléviseur montrés dans l’émission de Capital sont typiquement ce genre de produits exportés puis stockés dans les entrepôts d’Amazon. Ils sont censés y rester une période de commercialisation intense et courte. Une période qui correspond au cycle qui arrange le géant du ecommerce.

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Chaque palette posée au sol est louée à Amazon

Car Amazon propose un stockage au tarif évolutif. Le premier mois est toujours très abordable mais pour que le stock tourne le plus possible, la facturation va crescendo. Je ne connais pas les chiffres exacts, Capital affirme que des 26€ le mètre cube du premier mois on passe à 500€ au bout de 6 puis à 1000€ au bout de 12. Vous comprenez bien que les 100 boites d’enceintes Bluetooth vendues 19.99€ vont rapporter 1999€. Desquels il faut soustraire leur prix d’achat, les frais de transport et de manutention ainsi que les frais de stockage et d’expédition d’Amazon. C’est viable quand le mètre cube est à 26€, beaucoup moins quand il monte à 500€.

Et voilà tout le problème. Si les 100 boites ne sont pas vendues le premier mois ou au cours des deux premiers mois, l’opération passe de rentable à déficitaire. Alors que faire quand il reste 10 ou 15 boites sur les 100 du début ? Pour reprendre notre exemple de machines à Popcorn, on en voit deux dans la benne. Soit 20$ de marchandise. Faut-il continuer de les stocker si le coût du stockage dépasse ce prix ? En tout logique économique, non. Il vaut mieux libérer cet espace pour importer un nouveau produit. Et voilà comment des machines neuves partent à la benne. Même chanson pour le téléviseur mais avec simplement moins de produits sur la palette et un prix de vente plus élevé.

Des centaines de ces produits “noname” ont une durée de vie hyper courte. C’est facile de s’en rendre compte lorsque l’on suit une référence précise. Au cours de l’année dernière, j’ai voulu tester des chargeurs USB Type-C noname pour ultrabooks. Sur les trois modèles achetés sur Amazon, aucun n’a été disponible plus d’un mois. Un turn-over incroyable qui résume bien le phénomène.

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Playmobil et Lego à la benne ?

Le cas des Playmobil et des Lego est différent mais s’explique également de manière très logique d’un point de vue économique par rapport au coût du stockage.

Qu’est-ce qu’une boite de Lego ou une boite de Playmobils ? Du carton, du papier et du plastique. En terme de matière première, un jouet à 80 ou 130€ ne coûte que quelques euros. Evidemment, il y a d’autres éléments à prendre en considération : La recherche et développement liée à chaque produit, le coût des éventuelles licences type Star Wars ou Harry Potter, la conception des moules nécessaires à la fabrication des éléments et l’énorme investissement dans l’infrastructure d’une usine capable de les produire. Enfin, le marketing lié à leurs ventes ainsi que le SAV proposé entrent également en ligne de compte.

Mais, au final, pour Playmobil ou pour Lego, une boite de jeu n’est qu’un tout petit rouage de la chaîne. Un rouage dont ils connaissent le prix de revient exact boite par boite. Si nous trouvons choquant de voir une boite de Lego partir à la benne, c’est parce que nous la considérons dans son prix global, son prix de vente aux particuliers. Mais pour Lego, il s’agit surtout d’un produit ne coûtant que quelques euros à fabriquer. Il est probablement plus économique pour eux de le détruire plutôt que de le rapatrier ou le stocker plus longtemps.

Cela parait délirant mais c’est pourtant tout à fait logique de considérer cette destruction comme plus rentable. Cette situation vous choque toujours ? Et bien c’est la norme dans toute la grande distribution. Amazon est ici pointé du doigt mais ce scénario se répète tous les jours dans tous les systèmes de distribution de masse. Les supermarchés et hypermarchés évidemment mais même les boutiques de vente en aéroport ou dans les gares jettent des milliers d’invendus chaque jour.

Les rares produits “sauvés” ne le sont que par les hard discounters. Cela survient quand le stock de produits est important et que les marchands comprennent que celui qui vous propose une misère pour racheter un lot à perte reste de toutes façons plus intéressant que de devoir payer pour détruire des produits après les avoir stockés pendant des semaines. Dans la grande majorité des cas, tout le monde détruit. Un frigo qui arrive abîmé en magasin se voit orienté directement vers la gestion des déchets. Certains avec un “défaut d’aspect” sont présentés au public et vendus comme “modèle d’exposition”. Mais la majorité des produits fait juste un tout petit tour sur le parking du distributeur de l’espace livraison à l’espace enlèvement pour destruction.

Les palettes de certains produits ne sont même pas déballées en cas de suspicion de produit abîmé. Une palette des bouteilles d’eau qui semble fuir sera directement mise au rebut même si au final il n’y a que quelques bouteilles éventrées par un trans-palette maladroit.

Le linéaire d’exposition est cher en boutique physique et certains produits sont remplacés par d’autres très rapidement. Ils traînent alors dans le stock quelques semaines avant de subir le même sort. Certaines marques essayent de récupérer ce genre de produits et de les restocker en centrale d’achat pour les redistribuer dans des magasins ayant plus de passage. D’autres ne se posent pas ce genre de questions et font visiter la décharge la plus proche à des milliers de produits absolument neufs chaque année.

Personne n’est assez aveugle pour ignorer le sort des produits frais en grande surface. Des tonnes de viennoiseries, de laitages, de morceaux de poisson ou de viande et autres qui finissent aujourd’hui le plus souvent dans des banques alimentaires mais qui ont été pendant longtemps purement et simplement détruits. Les histoires de marques de vêtements lacérant des habits ou des chaussures avant de les mettre à la poubelle reviennent régulièrement dans les pages société. Avec à chaque fois la même incompréhension du public comme le montre cette poubelle Celio vidée et exposée dans la rue pleine de vêtements lacérés…

Je lis beaucoup de commentaires sur les jouets détruits qui pourraient être donnés à des associations d’enfants malades ou des œuvres caritatives pour être redistribués. Je ne peux qu’être d’accord d’un point de vue éthique sans même parler de l’immense gâchis écologique que représente la fabrication, le transport et la destruction de ces produits.

Mais d’un point de vue économique… cette destruction est totalement conforme à notre époque et notre mode de vie. Détruire ces objets qui, en soi, ne valent que quelques euros de matière première permettent de conserver leurs prix élevés. En laissant s’échapper des boites de Playmobil à zéro euro, la marque montrerait leur véritable valeur. Ce serait comme dire que le Roi est nu. Si on ne regarde que le prix de revient des matières premières, ces produits vendus 79€ n’en valent véritablement qu’un dixième. Et cela Playmobil ne peut pas se le permettre. La marque l’acceptera uniquement de manière très médiatique pour conserver l’aspect luxueux de ses jouets. En clair, Lego ou Playmobil peuvent accepter de donner 100 boites de jouets à la croix-rouge devant des caméras en insistant sur la valeur de leur don1.  Mais sûrement pas de transformer au quotidien les invendus en cadeaux sans un coup de projecteur. Cela reviendrait à dire que les produits n’ont pas la valeur qu’ils portent sur leur étiquette.

Est ce que tout cela est acceptable ? Moral ?

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Un extracteur de jus TopChef vendu par une société tierces sur la place de marché Amazon

Non. Pour plein de raisons cela est effectivement choquant. Ne serait-ce que parce que enfouir un objet manufacturé n’a aucun sens au vu de l’état actuel de la planète. Est-ce qu’il faut pourtant pointer du doigt Amazon ? Pas plus qu’un autre à mon sens. M6 par exemple, la marque vend des licences de ses émissions à des marques qui vont proposer des objets noname utilisant le même circuit de distribution. On trouvera ainsi la marque TopChef en tête de gondole chez Amazon sur des dizaines de produits de cuisine.

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Des produits Made In China comme cet extracteur de jus proposé à 99.90€ avec un prix barré de 199€ et que l’on peut acheter 40.5€ en Asie sur Alibaba. Que pensez vous qu’il va arriver à cet extracteur de jus quand il n’en restera plus qu’un ou deux sur la palette louée à Amazon et que le tarif de location dépassera leur valeur d’achat ? Ils suivront exactement la même logique que les autres et rejoindront la décharge ou l’incinérateur. Certains produits estampillés TopChef ont d’ailleurs déjà dû partir à la benne.

Il suffit de regarder les poubelles d’un supermarché pour découvrir l’ampleur de ce gâchis monumental opéré chaque jour depuis des dizaines d’années. Une consommation à outrance qui pousse tout le système vers une fuite en avant. Il faut achalander et produire à tout prix. On nous dit que la consommation est l’alpha et l’omega de notre système ? Alors le système consomme. 

Outre les produits jetables, les produits difficilement réparables, l’appétit du neuf est un autre gros problème de notre modèle de consommation.

J’ai un ami qui a géré un supermarché de discount après avoir pris en charge des enseignes plus haut de gamme. Son constat est édifiant. Dans son magasin de discount, il est parfaitement possible de proposer des produits frais en dates courtes avec une étiquette spécifiant leur état et en proposant un rabais conséquent. Il est également envisageable de laisser en rayon un paquet de gâteau légèrement abîmé et de sacrifier 50% de son prix. Les produits partent quand même sans problème. Ce n’était absolument pas le cas dans un supermarché plus traditionnel. Les dates courtes étaient régulièrement jetées et les paquets abîmés restaient systématiquement en rayon. Boudés par le public.

Les produits abîmés ne font pas non plus recette en ligne. Lire les commentaires sur Amazon est assez édifiant : Combien de personnes se plaignent d’un produit ayant un souci sur son emballage ? Des dizaines de clients mettent une note d’une étoile à un produit juste parce que son carton est troué ou griffé. Aucun constructeur ne veut prendre le risque de se voir attribuer une note de ce type et préfère donc que son produit finisse à la benne. Même si il fonctionne parfaitement bien.

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Il faut également faire un tour dans une déchetterie pour constater l’ampleur des dégâts provoqués par notre appétit de consommation. Un vélo pour enfant quasi neuf jeté à la ferraille parce que “la petite a grandi”. Des appareils électroménagers en parfait état “remplacés” au détour d’un produit en promo. Le pire étant qu’aujourd’hui, très souvent, les produits des déchetteries ne peuvent plus être récupérés par d’autres particuliers. Voir une machine à laver fonctionnelle être jetée à la benne par son propriétaire parce que le bouton de selection en façade est cassé laisse perplexe. Cela un goût autrement plus amer quand le propriétaire était prêt à la monter dans la voiture de quelqu’un d’autre mais que l’opération a été empêchée sur place par un personnel tout aussi navré… Mais qui ne fait qu’appliquer le règlement.

Comprenez moi bien, je ne cautionne pas ces pratiques et ce gaspillage m’afflige autant que tout le monde. Mais pointer du doigt Amazon en faisant semblant d’oublier comment fonctionne notre monde d’aujourd’hui me parait quelque peu problématique. Tout le monde est responsable à son échelle de ce grand gaspillage permanent. Celui qui jette un vieux jouet à la poubelle au lieu d’en faire don à une oeuvre quelconque. Celui qui jette un bouquin au lieu de le laisser traîner là où il pourra être récupéré. Celui qui jette le journal du jour au lieu de le plier proprement à la terrasse d’un café. Le restaurant qui jette chaque jour quelques kilos de nourriture au lieu de la redistribuer. Le marchand qui préfère détruire plutôt que de revaloriser. Chez Amazon, cela se voit énormément car l’entreprise brasse des millions de produits mais à l’échelle de chacun il y a peut être des mesures à prendre pour éviter ce grand gâchis.

S’inscrire dans une association de réparation de produits ? Dans un Fablab où on trouvera sans doute de l’aide pour apprendre à réparer sa télé ou son électro ménager ? Préférer la revente plutôt que la déchetterie ? Quitte à revendre quelques euros seulement si l’objectif est plus le recyclage que le gain. Demander autour de soi ou sur ses réseaux si quelqu’un n’est pas intéressé par tel ou tel objet avant le réflexe de la poubelle ? Organiser du troc ? Moins rechigner devant certains emballages légèrement abîmés en magasin ? Et évidemment, pour les responsables politiques, trouver une solution pour limiter la casse chez les distributeurs. Même si cela va être difficile.

Notre société, nos règles, nos lois protègent souvent très efficacement la propriété. C’est une des règles de base, présente même dans la déclaration de 1789 des droits de l’homme et du citoyen. Dans son article 17 on apprend que la propriété est un droit “inaliénable et sacré”. Chacun est libre de faire ce qu’il souhaite de son bien. De le conserver, de le vendre, de le cacher ou… de le détruire. Reste qu’en 1789 on ne se disait pas forcément qu’un tel gaspillage serait un jour possible. Ni qu’on atteindrait si vite les limites en ressources et en énergie de notre planète.

Interdire la destruction n’est pas possible dans notre société de consommation et j’imagine que les Lobbyistes de la grande distribution sont déjà au travail pour résoudre à leur manière2 cette crise. La solution serait peut être de faire payer plus cher la destruction en prenant en compte son impact écologique. Si Amazon comme les autres se retrouvaient dans la même impasse que celle du vendeur qui ne veut pas payer plus cher en stockage qu’en produits, peut être qu’il trouverait de nouvelles solutions. Avec un coût de destruction très fortement taxé, la donne ne serait pas la même. Le risque étant que les industriels décident alors de ne plus jeter là où il faut mais dans des décharges sauvages. Tout en répercutant évidemment le coût d’une éventuelle destruction sur le prix des produits. Et ça, cela ferait mal à la sacro sainte “croissance”.

 

Notes :

  1. Chose qu’ils devraient faire d’ailleurs…
  2. C’est à dire refermer le couvercle

31/01/2019

Amianto Une histoire ouvrière d'Alberto Prunetti -

à paraître le 15 février

Traduit de l’italien par Serge Quadruppani
ISBN : 9782748903799
144 pages - 12 x 21 cm - 12 €
agone/memoiressociales/amianto/

couv_3131.png« C’est un travail dangereux de souder à quelques centimètres d’une cuve de pétrole. Une seule étincelle est capable d’amorcer une bombe qui peut emporter une raffinerie. C’est pour cela qu’on vous dit d’utiliser cette bâche gris sale, qui résiste aux températures élevées car elle est produite avec une substance légère et indestructible : l’amiante. Avec elle, les étincelles restent prisonnières et vous, vous restez prisonnier avec elles, et sous la bâche en amiante, vous respirez les substances libérées par la fusion de l’électrode. Une seule fibre d’amiante et dans vingt ans vous êtes mort. »

Alberto Prunetti raconte l’histoire de son père, Renato, né en 1945 à Livourne. Soudeur dans les raffineries et les aciéries italiennes depuis l’âge de quatorze ans, Renato s’empoisonne lentement au travail : il respire de l’essence, le plomb lui entre dans les os, le titane lui bouche les pores de la peau, et finalement, une fibre d’amiante se glisse dans ses poumons. Il meurt à 59 ans, après plusieurs années passées à l’hôpital.

Alberto Prunetti est traducteur et journaliste, notamment à Il Manifesto. Il a déjà publié six ouvrages en Italie, a reçu de nombreux prix et a été adapté au théâtre. Amianto est son premier livre traduit en français.

À propos d'Amianto

« C’est une très belle et émouvante « histoire ouvrière » qui restitue un monde presque totalement disparu, celui des terres ouvrières de la Toscane, riches en minerai et piste d’envol pour les courbes du miracle économique italien, d’où très vite allaient sortir « l’automne chaud » et une décennie de luttes prolétariennes, avant que les tristes années 80 et leurs « restructurations » ne succèdent aux ardentes années 70.
L’opposition entre le père, parfait représentant de l’idéologie stalinienne du travail, et le fils qui incarne très vite la figure du précaire, n’empêche pas que s’exprime le profond amour qui les lie, teinté d’agacement et d’amusement avant que la tragédie ne s’installe. L’humour constant, la délicatesse des sentiments, l’érudition historique et technique se mêlent dans ce récit où Prunetti déploie un art de raconter impressionnant, avec sa capacité à jouer sur tous les registres de la langue, l’italien standard, le dialecte local et les expressions argotiques d’une jeunesse fascinée par l’Amérique et la modernité. » 
Serge Quadruppani

« Amianto est un livre urgent. Il se lit d’une traite ou ne se lit pas du tout. C’est une pierre qui roule, toute en arêtes vives, qui se fait boule de neige, une page après l’autre. Ces mots tranchent comme les fibres d’amiante, et blessent l’âme, la première entre toutes celle qui écrit, il en jaillit un doux poison, stimulant. Mais celui qui écrit n’est pas l’auteur, loin de là. C’est Alberto, le fils de Renato, un simple travailleur, un ouvrier décédé, un homme assassiné, à coups d’amiante. En cela, Amianto est une autobio-ethnographie de famille, un objet littéraire hybride, un récit scientifique, un journal de bord, une enquête journalistique, un exercice thérapeutique de catharsis pas seulement personnel.
   Alberto est un anthropologue inconscient de lui-même, de sa généalogie. Il n’a pas besoin de s’immerger dans la réalité qu’il décrit à la recherche d'un prétendu point de vue de natif comme le voudrait la meilleur tradition malinowskienne. Lui, il est né dans cette réalité, dans ce milieu pavé de métaux lourds et constellé d’usines ; et comme pour tous les natifs, son observation est irrémédiablement participante. Là réside la grande valeur d’Amianto : un témoignage direct, de l’intérieur, d’un monde gris et toxique, et en même temps le récit d’un survivant, d’une énième victime manquée. »
Raùl Zecca Castel, "Une lecture anthropologique d'Amianto", sur Potassa le blog d'Alberto Prunetti.

 Éditions Agone
BP 70072
F-13192 Marseille Cedex 20
http://agone.org
Tél. : 04 91 64 38 07

 

 

 

 

26/01/2019

Utopies réelles par Erik Olin WRIGHT

 

9782707191076.jpgPourquoi et comment sortir du capitalisme ? Quelles sont les alternatives d’ores et déjà présentes ? Peut-on, doit-on réinventer les socialismes par des réalisations concrètes ? Avec quels outils, quelles formes d’action, quelles institutions ? Telles sont les vastes questions, solidaires les unes des autres, auxquelles répond ce livre original et magistral, synthèse d’une enquête internationale et collective de plusieurs années sur les théories les plus actuelles de l’émancipation ainsi que sur de nombreux projets vivants de transformation radicale, ou plus graduelle, déjà observables dans les domaines sociaux, économiques et politiques.
À partir d’un regard rigoureux et acéré, appelé à fonder un nouveau programme de recherche sur les expérimentations postcapitalistes contemporaines, se détachent une conception neuve du progrès et de ses instruments potentiels ainsi qu’une vision scientifique des modalités de dépassement du capitalisme. Les utopies réelles ne sont ni pour les idéalistes ni pour les réalistes. Ce sont les expériences vécues, les projections audacieuses qui créent dès maintenant les conditions comme les formes d’un avenir meilleur, d’un autre futur possible.
Traité savant, arme au service d’un renouveau nécessaire de l’imagination politique, Utopies réelles figure déjà parmi les classiques de la pensée sociale du XXIe siècle.

 

Erik Olin Wright, sociologue américain influent, auteur à La Découverte d'Utopies réelles, traduit en 2017 dans la collection « L'Horizon des possibles » est décédé le 23 janvier dernier. Il y proposait une réflexion théorico-politique sur les expérimentations « altercapitalistes » contemporaines, et sur, chose devenue rare dans la théorie critique contemporaine, les stratégies à mettre en œuvre pour sortir du capitalisme (réflexion qu'il développe dans son dernier livre, à paraître l'an prochain à La Découverte : Stratégies anticapitalistes pour le 21e siècle) ; ce «souci stratégique» lui vaut aujourd'hui une grande estime dans les milieux de la gauche mouvementiste américaine.

Lors de la publication française d'Utopies réelles, il avait été invité à dialoguer avec l'écrivain Éric Vuillard dans l'émission La Suite dans les idées que vous pouvez réécouter ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-suite-dans-les-....

Ancien président de l'American Sociological Association, Erik Olin Wright est notamment connu pour avoir été à l'origine d'un important renouveau théorique marxiste sur les classes sociales.

 

 

 

 

Le président des ultra-riches  Chronique du mépris de classe dans la politique d'Emmanuel Macron

9782355221286.jpgpar Michel PINÇONMonique PINÇON-CHARLOT

« Macron, c’est moi en mieux », confiait Nicolas Sarkozy en juin 2017. En pire, rectifient Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Huit ans après Le Président des riches, les sociologues de la grande bourgeoisie poursuivent leur travail d’enquête sur la dérive oligarchique du pouvoir en France.
Au-delà du mépris social évident dont témoignent les petites phrases du président sur « ceux qui ne sont rien », les auteurs documentent la réalité d’un projet politique profondément inégalitaire. Loin d’avoir été un candidat hors système, Emmanuel Macron est un enfant du sérail, adoubé par les puissants, financé par de généreux donateurs, conseillé par des économistes libéraux. Depuis son arrivée au palais, ce président mal élu a multiplié les cadeaux aux plus riches : suppression de l’ISF, flat tax sur les revenus du capital, suppression de l’exit tax, pérennisation du crédit d’impôt pour les entreprises… Autant de mesures en faveur des privilégiés qui coûtent un « pognon de dingue » alors même que les classes populaires paient la facture sur fond de privatisation plus ou moins rampante des services publics et de faux-semblant en matière de politique écologique.
Mettant en série les faits, arpentant les lieux du pouvoir, brossant le portrait de l’entourage, ce livre fait la chronique édifiante d’une guerre de classe menée depuis le cœur de ce qui s’apparente de plus en plus à une monarchie présidentielle.
 
à paraître en janvier 2019

 

 

 

L'Atelier paysan

L’Atelier Paysan est une coopérative (SCIC SARL). Nous accompagnons les agriculteurs dans la conception et la fabrication de machines et de bâtiments adaptés à une agroécologie paysanne. En remobilisant les producteurs sur les choix techniques autour de l’outil de travail des fermes, nous retrouvons collectivement une souveraineté technique, une autonomie par la réappropriation des savoirs et des savoir-faire.

 

Pour une souveraineté technologique des paysans !

Lire le plaidoyer diffusé avec le Pôle InPACT...

Nous sommes un collectif de paysan-ne-s, de salarié-e-s et de structures du développement agricole, réunis au sein d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) baptisée l’Atelier Paysan.

 

https://www.latelierpaysan.org

 

Depuis 2009, nous développons une démarche innovante de réappropriation de savoirs paysans et d’autonomisation dans le domaine des agroéquipements adaptés à l’agriculture biologique. Nous nous sommes dotés en 2011 d’une structure adéquate, un temps sous statut associatif (ADABio Autoconstruction), qui puisse réunir ce qu’il faut d’expertise pour valoriser des inventions fermières, co-développer avec des groupes de pratique agricole de nouvelles solutions techniques adaptées, et rendre accessibles ces connaissances par des documents didactiques papiers ou numériques et des formations à l’autoconstruction.

Nos salarié-e-s sont basé-e-s en Rhône-Alpes, et sur une antenne dans le Grand Ouest. L’acquisition de deux camions transportant machines, matériaux et consommables nécessaires à l’autoconstruction, nous permet aujourd’hui de conduire des chantiers d’autoconstruction en atelier ou « de fermes en fermes ». Partout où la demande s’exprime, nous souhaitons que l’Atelier Paysan puisse accompagner les agriculteurs et les agricultrices de toutes les filières de production, dans leurs cheminements et leurs tâtonnements, individuels et collectifs, autour des agroéquipements adaptés aux pratiques techniques et culturales de l’agriculture biologique.

L’outil de travail adapté et l’autoconstruction accompagnée sont des leviers techniques, économiques et culturels jusque-là peu explorés par le développement agricole. Ils ont pourtant un impact décisif pour faciliter les démarches d’installation, de conversion et de progrès agronomiques en AB.

LA TECHNIQUE, UN ENJEU DE POUVOIR

La conception des choix techniques en agriculture par l’agro-industrie et leur diffusion monopolisée par certains organismes de développement agricole est un processus complexe. Ce processus risque de nous survivre tant que les agriculteur-trice-s qui utilisent ces options techniques pensées en amont, ne seront pas pleinement associés à leur élaboration. 
Le collectif de l’Atelier Paysan souhaite ici et maintenant avoir prise sur ces choix techniques. Nous partons du principe que les paysans sont assez bien placés pour répondre de manière pertinente aux défis du développement agricole : les agriculteur-trice-s innovent par eux-mêmes sur leurs fermes. Mieux ! En groupe, en réseau ou avec l’appui d’un animateur technique, ces derniers savent élaborer collectivement des réponses adaptées. Nous portons l’idée que les choix techniques doivent être faits avec/par/pour les agriculteurs, et plus globalement, que la Technique doit être investie collectivement pour se mettre au service de ceux qui l’utilisent. Nous mesurons toute l’importance des réseaux socio-techniques de producteurs, à la fois dans la production et le partage de savoirs.

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RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT PAYSANNE

Partie spontanément la moins visible de notre démarche par rapport à nos formations autoconstruction, l’Atelier Paysan dépense pas mal d’énergie à produire des biens communs ouverts et collaboratifs, en fait des agroéquipements adaptés accessibles à tous.

Initiatives individuelles et collectives

Nous organisons une traque des connaissances paysannes autour de l’agroéquipement adapté. N’hésitez pas à vendre la mèche sur l’ingéniosité de votre voisin, nous faire connaître un groupe de paysans innovant ou encore à partager vos inventions, vos astuces et vos pistes de réflexion. Le forum Internet, brouillon collectif, est tout désigné pour recevoir vos contributions. Ces initiatives peuvent donner lieu à des tournées de recensement de nos techniciens sur les fermes qui récupèreront des contenus techniques (photos, vidéos, savoir-faire, témoignages) pour les mettre au pot commun. 
Nous nous sommes également organisé pour que nos techniciens accompagnent et appuient des dynamiques collectives, fédérées au sein de groupes de pratiques techniques ou culturales, qui souhaitent trouver du matériel adapté.

Une ingénierie participative

De ces connaissances du terrain et de ces réflexions de groupes, nous pouvons engager une démarche d’ingénierie participative, en aller-retours entre paysans et techniciens, pour aboutir à des plans en 3D d’agroéquipement adapté, en passant par des réunions techniques, la rédaction collective d’un cahier des charges, un chantier de prototypage et des expérimentations.
Nous ne diffusons pas des recettes toutes faites, vous forçant à suivre un chemin bien sillonné, avec interdiction de déborder sur la ligne. Nous vous présentons le maximum d’aspects pratiques des objets, tant dans les possibilités que nous avons explorées et inexplorées, que dans les limites déjà rencontrées. Nous nous efforçons de livrer toute une méthodologie sur les outils.

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DIFFUSER DES BIENS COMMUNS POUR L’AB

Ces savoirs paysans issus d’une Recherche et Développement participative sont publiés « en libre », sous forme d’articles fouillés ou de tutoriels de construction, sur notre site Internet ou dans notre Guide de l’autoconstruction qui compile en 250 pages les plans de 16 outils adaptés au maraîchage biologique. Nous souhaitons constituer une sorte d’Encyclopédie libre et participative, un pot commun dans le lequel chacun peut librement abonder et piocher en ressources adaptées pour l’AB. Nous pensons que les savoirs paysans sont des « biens communs », librement diffusables et modifiables.

Lien vers les Plans et Tutoriels

Toutes nos publications papiers et numériques sont sous licence libre Creative Commons. Cette licence permet à tout un chacun de s’approprier les plans, de les photocopier, de les diffuser, de les modifier, pourvu que l’utilisateur bricoleur mentionne la paternité des plans (ADABio en ce qui concerne le Guide et l’Atelier Paysan pour tout le reste), qu’il appose enfin la même licence Creative Commons à son objet adapté.

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ACCOMPAGNER LA PRATIQUE DE L’AUTOCONSTRUCTION

Nous formons aux pratiques d’autoconstruction car ces dernières permettent de réaliser, en 3 à 5 jours en atelier adéquat, des agroéquipements souvent inexistants, inadaptés ou trop onéreux dans le commerce, tout en divisant par deux ou par trois l’investissement nécessaire. De plus, les agriculteur-trice-s s’autonomisent en se formant au travail des métaux, car un producteur qui sait construire son outil, sait également le réparer et l’adapter. 
Les formations à l’autoconstruction mettent aujourd’hui en avant les équipements adaptés au maraîchage biologique et notamment des outils de travail du sol et de gestion de l’enherbement pour la pratique des planches permanentes. Nous intervenons également directement sur la ferme pour des chantiers de conversion du parc matériel au triangle d’attelage.

ÉDUCATEURS POPULAIRES

Nous le voyons, l’Atelier Paysan multiplie les temps collectifs entre paysan-ne-s, de conception d’outil ou de fabrication collective, de temps de réseau. Y participer c’est s’inscrire dans une démarche d’apprentissage, de questionnement de ses pratiques, de tâtonnements empiriques, d’entraide et de partage d’expériences. 
L’Atelier Paysan est issue de l’action collective des paysans et ces derniers ont souhaité l’organiser comme une boite-à-outils pouvant accompagner les démarches d’autonomisation individuelle et collective des agriculteurs et des agricultrices. Nous n’avons toutefois certainement pas vocation à produire un service pour des clients, qui souhaiteraient s’équiper d’un outil réglé, clé en main, et qui auraient l’exigence d’un consommateur.

Les formations à l’autoconstruction que nous vous proposons sont des moments collectifs, d’éducation populaire, où nous essayons de faire monter chacun en compétences et de mettre en lien agriculteur-trice-s novices comme confirmé-e-s. Tout le monde, quel que soit son niveau, participe aux différents travaux de perçage, soudure, découpe... Et si vous repartez avec un outil, il aura nécessairement « la patte » de votre collègue. Les techniciens de l’Atelier Paysan vous garantissant la solidité des pièces et des soudures. Certains éléments ne peuvent être maitrisés totalement : imprévus dû à la météo hivernale, casse de matériel, non-conformité des pièces sous-traitées… Toujours est-il que le premier objectif des formations est de vous transmettre les compétences de travail des métaux, d’organisation de son atelier, de lecture de plans et d’utilisation d’outillage adapté. Vous devez repartir des stages plus autonome, mais pas impérativement avec un outil prêt à l’emploi.

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CONNAITRE SON CONTEXTE ET ADAPTER SON OUTIL

De plus, vous ne construisez pas un outil borné, clos et cadenassé, pour lequel vous n’aurez plus de question à vous poser. Il faudra très certainement vous l’approprier, remettre les mains dans la ferraille pour le modifier et l’adapter à votre contexte et à votre terre. Dans le cas des outils de planches permanentes pour le maraîchage, nous proposons des outils de travail du sol à dents qui donnent de bons résultats agronomiques sur le long terme. Toutefois leur utilisation est plus exigeante qu’un outil rotatif et demandent une connaissance très fine de son terrain, du moment adéquat d’intervention.
Cette quête d’une plus grande maitrise des paramètres de son exploitation est à la portée de tous. L’Atelier Paysan fournit un certain nombre de ressources post-formation : des conseils, des articles, des tutoriels, des photos, des vidéos. Nous vous encourageons à solliciter vos collègues autoconstructeur-trice-s et à faire réseau. 
L’autoconstruction de matériel adapté est une des portes d’entrée pour se donner les moyens d’aller vers plus d’autonomie et plus de réussite. Elle s’accompagne nécessairement d’un esprit de tâtonnement et de partage !

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PAS CLIENT, MAIS USAGER, POURQUOI PAS SOCIÉTAIRE...

Pour terminer les présentations, expliquons un peu mieux votre place dans cette aventure collective. Si vous venez en client, aux formations, aux commandes groupées, vous allez rater pas mal de la richesse de l’Atelier Paysan. N’oubliez pas que cette SCIC est une ardoise dont le menu s’écrit collectivement. Et pour ce faire, vous avez la possibilité de vous impliquer de manière informelle : en ouvrant les portes de votre ferme pour une journée de démonstrations, en vous faisant localement le porte-parole de l’autoconstruction, en nous aidant sur des salons, en collaborant au forum Internet... Il y a mille façon de faire avancer cette cause commune.
Bienvenu également à ceux qui veulent prendre des parts et participer aux AG, au Comité d’Appui et d’Orientation qui se réunit chaque mois pour tracer les grandes orientations de la coopérative. Bref, vous pouvez intégrer la gouvernance de la SCIC, en prenant individuellement des parts ou en adhérant à une structure sociétaire de l’Atelier Paysan : peut être votre GAB, peut être une association locale de soutien à l’autoconstruction que vous auriez monté.

Aller plus loin : Lectures et biblio de notre réseau

 

 

 

23/01/2019

Générations sacrifiées - 27 janvier à Bruxelles et ailleurs

 

 

 

 

 

Les cigarettiers suisses en Afrique

 

 

En savoir plus : 

http://stories.publiceye.ch/tabac/?pk_campaign=2019_01_17...

 

 

19/01/2019

« Pharma Papers », volet 4 : comment les labos sont devenus des monstres financiers

 

En quelques décennies, les laboratoires pharmaceutiques sont devenus des géants financiers dont la stratégie est largement dictée par Wall Street. Depuis 1999, ils ont engrangé plus de 1000 milliards d’euros de bénéfices, dont 90 % ont été directement redistribués aux actionnaires. Dans cette course aux profits, les besoins des patients et la santé publique sont passés depuis longtemps au second plan. Le nouveau volet des « Pharma Papers » révèle les chiffres de la démesure de l’industrie pharmaceutique, et leurs conséquences pour les patients et les contribuables.

D’un côté, 1000 milliards de profits, dont plus de 90% directement redistribués aux actionnaires. Des valorisations boursières en hausse exponentielle. Un chiffre d’affaires multiplié par six depuis les années 1990, des actifs et des dividendes multipliés par douze. Plusieurs milliards de dollars versés chaque année aux grands fonds de Wall Street comme BlackRock et Vanguard. Et des rémunérations patronales qui battent tous les records.

De l’autre côté, des impôts qui stagnent depuis vingt ans. Plusieurs centaines de milliards de dollars abrités dans des paradis fiscaux, à l’image du laboratoire américain Pfizer, qui y possède les secondes plus importantes réserves de cash après celles d’Apple. Un soutien massif des pouvoirs publics et de la collectivité, depuis le financement de la recherche jusqu’à la prise en charge des dépenses de santé par l’assurance maladie : laboratoires et fonds publics contribuent ainsi au développement de traitements onéreux, comme le Sovaldi de Gilead, que la collectivité sera amenée à payer une seconde fois, à travers le remboursement des dépenses de médicaments. Des ruptures d’approvisionnement de médicaments essentiels et des pans entiers de recherche en santé publique délaissés (comme la résistance aux antibiotiques) au profit des segments de marché les plus lucratifs, comme certains cancers. Un prix qui augmente en flèche pour les médicaments dits « innovants ». Des pertes d’emploi, notamment dans les équipes de recherche-développement comme chez Sanofi, au profit d’un modèle commercial de plus en plus calqué sur celui de Nike ou Apple, où la priorité est au marketing et aux actionnaires, et où un part croissante de l’activité est externalisée à des sous-traitants.

Chiffres inédits à l’appui, le nouveau volet des « Pharma Papers », publiés par l’Observatoire des multinationales et Basta !, dresse un portrait sans concession des multinationales du médicament aujourd’hui, qui n’ont plus grand chose à voir avec les laboratoires d’antan.

Optimisation fiscale, secret des affaires, stratégie guidée par les marchés financiers, externalisations et sous-traitance... Les pratiques de « Big Pharma » n’ont rien à envier à celles des autres multinationales. Pourtant, ces mêmes entreprises continuent à bénéficier d’un soutien financier massif et multiforme des pouvoirs publics et de la collectivité. N’ont-elles pas depuis longtemps rompu le « contrat social » qui justifiait ce soutien ?

À lire dans ce quatrième volet : 
- 1000 milliards d’euros de profits en vingt ans : comment les labos sont devenus des monstres financiers 
- Quand les labos abandonnent leur mission de santé publique pour ressembler à Nike ou à Apple 
- De fusions en licenciements massifs, de rachats en délocalisation, comment Sanofi est devenue « Big Pharma » 
- Une industrie dopée au « secret des affaires » 
- Derrière les profits des labos, un soutien financier multiforme des pouvoirs publics 
- Quand les revenus du médicament atterrissent dans les paradis fiscaux

Soutenir l’Observatoire !

Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com’ du CAC 40, nous enquêtons.

Soutenez l’indépendance de l’Observatoire en faisant un don.

Avec les « Pharma Papers », Basta ! et l’Observatoire des multinationales mettent en lumière, à travers des enquêtes et des reportages, et la mise en lumière de données et de chiffres jusqu’ici peu accessibles, les confortables profits engrangés par les laboratoires pharmaceutiques sur le dos des systèmes de sécurité sociale, et les énormes moyens d’influence déployés pour préserver ces profits.

Nous publions aujourd’hui le quatrième volet de cette série, consacré à l’évolution des multinationales du médicament au cours des dernières décennies. Ce volet montre, chiffres inédits à l’appui, comment elles sont devenus des géants hyperfinanciarisés, qui amassent des profits sur le dos de la collectivité qu’elles reversent presque en totalité à leurs actionnaires. Il révèle aussi les conséquences de cette soumission aux marchés financiers sur la santé publique et les rentrées fiscales des États.

Les trois premiers volets, disponibles en ligne, portaient : le premier, sur les cadeaux et autres rémunérations des labos aux médecins, ainsi que sur leurs dépenses de lobbying ; le deuxième, sur le coût des médicaments pour la sécurité sociale et le défi posé par l’arrivée de nouveaux médicaments de plus en plus onéreux ; le troisième, sur les stratégies d’influence des laboratoires, à travers congrès, campagnes publicitaires déguisées et liens avec les associations de patients.

 

 

 

Qu'est-ce qu'on attend ? un documentaire de Marie-Monique Robin (2016)

 

 

voir aussi sur le même sujet : Ungersheim, la ville la plus écolo de France 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

18/01/2019

Il devrait y avoir encore une heure avant l'aube - BUZO éd.

 

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Pour commander : https://www.nuitdelapoesie-crest.fr/edition/

 

 

 

 

 

Appel à soutien : "LA TRÈS GRANDE ÉVASION" : "UN FILM DE PIRATES SUR LES FRAUDES XXL"

 

Les enjeux de l'évasion fiscale sont si énormes qu'ils valent bien un documentaire. Encore faut-il trouver les sous nécessaires...

L’évasion fiscale, c’est des milliards et des milliards d’euros qui échappent à l’État pour rester dans les poches des plus riches. Alors que les Français sont appelés à se serrer la ceinture et que les inégalités explosent, peut-être serait-il temps de se pencher sérieusement sur ce scandale. Tel est l’avis de Denis Robert et de Yannick Kergoat : ils ont décidé de réaliser La Très Grande Évasion, un documentaire exclusivement consacré à ce sujet. Seulement voilà, comme on pouvait s’y attendre, les financeurs habituels ont aussitôt refusé de mettre le moindre centime dans ce projet. Du coup, le duo a besoin de nous…

La Très Grande Évasion se présente comme « un film de pirates sur les fraudes XXL ». Voici l’idée :

« Jusqu’où les prédateurs iront dans ce pillage généralisé de nos économies ? En quoi le personnel politique est complice ? C’est comment qu’on freine ? Entre Paris et Genève, Washington et Luxembourg, de la Société Générale à HSBC, en passant par Mac Donald, Ikea et Google… nous allons traquer les circuits de l’évasion fiscale et décrypter les mécanismes de la fraude XXL. »

Reste à trouver l’argent qui permettra de financer l’enquête, le tournage, le film, le montage et la distribution. Et c’est loin d’être une mince affaire quand on s’attaque à un sujet comme celui de l’évasion fiscale. C’est pourquoi Denis Robert et Yannick Kergoat ont décidé de faire appel au grand public dans cette vidéo. Regardez :

« En France l’évasion fiscale, c’st 100 milliards d’euros chaque année. C’est plus que le budget de l’éducation nationale. C’est plus que le montant de l’impôt sur le revenu. Et quand l’argent manque, l’État ne connaît que deux solutions : couper dans les dépenses publiques ou nous faire les poches, nous les contribuables, les consommateurs. Si l’évasion fiscale était éradiquée, il n’y aurait plus de déficit public. Cette fameuse dette qui pèse sur nos épaules et justifie les politiques d’austérité menées depuis tant d’années. Pourtant, rien n’est vraiment entrepris et les inégalités explosent. »

 

Pour avoir pus d’infos et / ou contribuer à la naissance de ce projet, rendez-vous ici.

 

 

 

15/01/2019

Le Grand Jeu de Cécile Minard

 

Rivages poche, janvier 2019

 

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220 pages, 7,80 €

 

Un roman surprenant, vraiment rafraîchissant, qui se laisse boire avec une certaine jubilation et qui plus encore, contient en lui-même une profondeur de réflexion — des pistes, pas de réponses, seulement des pistes — et une énergie communicative qui fait fourmiller les racines de l’être.

Une jeune femme dont on ne connaîtra pas l’identité, ni rien de son existence antérieure — ou à peine quelques flashs — si ce n’est qu'elle est bien décidé à s’en couper, tout comme elle va se couper du monde et de toute relation humaine, pour s’isoler dans un coin de montagne, une sorte de cirque naturel qui sent bon le Pliocène, un îlot de deux cent hectares de roche, de bois et de prés au cœur d’un massif montagneux de vingt-trois kilomètres carrés, qu'elle a acheté et équipé de façon très technique. Plusieurs modules y ont été héliportés : un « tonneau » d’habitation high-tech « à demi-appuyé à demi-suspendu à un éperon granitique », plus bas des sanitaires et un abri jardin, réserve et outillage, le tout bien réfléchi, hyper organisé. « Une belle planque ». Grâce à un équipement et un entraînement survivaliste de pointe adaptés à la vie en altitude en toutes saisons — matériel d’escalade, de pêche, de chasse, d’agriculture, une autonomie énergétique, suffisamment de réserves, etc., la jeune femme prend possession de son territoire et se met à l’explorer peu à peu tout en organisant méticuleusement sa nouvelle existence pour ne pas être prise au dépourvu. Le seul élément du passé qu’elle a apporté avec elle et qui n’a rien avoir avec les bases de la survie, c’est un violoncelle.

Ce roman, ce sont les cahiers qu'elle remplit, son journal de bord. On pense évidemment au Walden de Thoreau. Un Thoreau version 3.0. La narratrice emploie un langage très technique, scientifique même, ce n’est pas ici un retour à la nature façon hippie, mais une immersion totale dans la solitude et une confrontation avec les limites du corps et de l’esprit. La nature — puissante, exigeante — est perçue comme une source de défi autant que d’enseignement et d’émerveillements. Pour quelqu'un qui, semble-t-il, ne manquait de rien sur le plan matériel, ce choix de vie est donc absolument un choix et un choix absolu.

« Les conditions idéales sont-elles celles auxquelles on ne peut pas échapper, celles qui nous obligent ? »

Cet isolement total n’est pas seulement un challenge que cette jeune femme s’est lancé à elle-même, mais une nécessité qui se questionne dans ce tête-à-tête avec soi-même et une nature libre, sauvage, un monde qui n’est pas fait pour les humains « Ce monde n’est pas fait pour nous, et c’est un immense soulagement : on peut donc y vivre — si on y parvient. »

La narratrice est une personne déterminée qui peut sembler, au premier abord, être faite d’un seul bloc, même si elle laisse transparaître au fur et à mesure de son récit une problématique, liée peut-être à la violence, ou à la peur de la violence humaine, de la contrainte imposée par l’autre plutôt que par soi-même :  « L’autorité : le grand jeu de l’humanité ? ».  

« J’étais détachée, en plein entraînement général, je n’avais plus à redouter de croiser quotidiennement un envieux, un ingrat, un imbécile. »

Entraînée donc et préparée à toutes sortes d’éventualités, la jeune survivaliste n’avait cependant pas prévu qu'une créature autre qu'animale puisse partager son territoire. Une créature des plus improbables qui pourrait bien devenir son maître, dans le sens initiatique du terme et c’est ainsi que le Grand Jeu va prendre une dimension philosophique très imbibée de taoïsme, qui amène peu à peu la narratrice à passer de sa volonté de maîtrise sur les éléments extérieurs en un lâcher-prise total, condition ultime pour accéder à une réelle maîtrise, celle à laquelle elle aspirait réellement : la maîtrise intérieure. L’équilibre est au centre de ce roman et l’équilibre naît d’un mouvement perpétuel entre les polarités, sagesse et ivresse marchent sur le même fil.

Ce serait dommage d’en révéler plus. À vous maintenant, lectrices, lecteurs, d’être curieux.

 

Cathy Garcia

 

minard_celine-c-lea_crespi.jpgCéline Minard est née à Rouen en 1969, après des études de philosophie, elle se consacre à l’écriture. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages, Le Dernier Monde (2007), Bastard Battle (2009) et Olimpia (2010), So Long Luise (2011), Faillir être flingué (2013, prix livre Inter), Le grand jeu (2016), Bacchantes (2019).

 

 

 

 

 

 

 

 

ÁGA de Milko Lazarov (2018)

 

Le premier film non russe tourné dans la République de Sakha, ou Yakoutie.

 

 

 

 

SILENT SOULS d'Aleksei Fedorchenko, Russie, 2010

 

Un envoûtant voyage autour du cycle de l'existence dans la culture des Mériens, antique groupe autochtone finnois disparu que des Russes tentent de faire revivre dans le bassin de la haute-Volga. Primé à Venise.

 

 

 

 

 

 

14/01/2019

Requiem pour le rêve américain, un documentaire avec Noam Chomsky (2015)

 


Avec la force d’une analyse toujours très argumentée et documentée, le célèbre linguiste américain Noam Chomsky s’exprime sur les mécanismes de concentration des richesses, avec une lucidité contagieuse. Il expose clairement les principes qui nous ont amenés à des inégalités sans précédent, retraçant un demi-siècle de politiques conçues pour favoriser les plus riches.

Noam Chomsky et les 10 principes de concentration de richesse et du pouvoir.

Quatre années d’interviews, divisées en dix parties, sont rassemblées dans ce documentaire où Noam Chomsky s’exprime sur les mécanismes de concentration des richesses. Il expose avec limpidité les principes qui nous ont amenés au carrefour d’inégalités historiquement sans précédent en retraçant un demi-siècle de politiques conçues pour favoriser les plus riches.


Chomsky interroge aussi sa participation à la vie politique et revient sur son propre parcours "d’activiste". Il fournit l’aperçu pénétrant de ce qui peut bien être l’héritage durable de notre temps : la mort de la classe moyenne et le chant du cygne de la démocratie.

- Principe 1 : Réduire la démocratie
- Principe 2 : Modifier l’idéologie
- Principe 3 : Redessiner l’économie
- Principe 4 : Déplacer le fardeau
- Principe 5 : Attaquer la solidarité
- Principe 6 : Gérer les législateurs (régulateurs)
- Principe 7 : Manipuler les élections
- Principe 8 : Maîtriser la populace
- Principe 9 : Modeler le consentement
- Principe 10 : Marginaliser la population

Un film de Kelly Nyks, Peter D. Hutchinson, Jared P. Scott (2015)
Durée : 72mn - Compléments : 60mn - Version sourds et malentendants https://www.youtube.com/watch?v=uXZr1ROvaog

 

visible en location ici : 

https://www.filmsdocumentaires.com/films/6179-noam-chomsk...

 

 

 

 

 

13/01/2019

La quatrième guerre mondiale a commencé

 
par le sous-commandant Marcos , août 1997, pages 1, 4 et 5

Source : Le Monde Diplomatique

 

Un véritable séisme politique s’est produit au Mexique le 6 juillet, lors des élections. Pour la première fois depuis près de soixante-dix ans, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a perdu la majorité absolue à la Chambre des députés, le contrôle de plusieurs Etats ainsi que la mairie de Mexico, qui revient à M. Cuauhtémoc Cardenas, leader du Parti révolutionnaire démocratique (PRD), social-démocrate. Au Chiapas, l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) n’a pas donné de consignes précises à propos de ce scrutin et s’est retirée sous les frondaisons de la forêt Lacandona, son sanctuaire. C’est de là que son chef, le sous-commandant Marcos nous a fait parvenir cette analyse originale et géostratégique de la nouvelle donne internationale.

 
« La guerre est une affaire d’importance vitale pour l’Etat, c’est la province de la vie et de la mort, le chemin qui conduit à la survie ou à l’anéantissement. Il est indispensable de l’étudier à fond. »

Sun Tse, L’Art de la guerre.

Le néolibéralisme, comme système mondial, est une nouvelle guerre de conquête de territoires. La fin de la troisième guerre mondiale, ou guerre froide, ne signifie nullement que le monde ait surmonté la bipolarité et retrouvé la stabilité sous l’hégémonie du vainqueur. Car, s’il y a eu un vaincu (le camp socialiste), il est difficile de nommer le vainqueur. Les Etats-Unis ? L’Union européenne ? Le Japon ? Tous trois ? La défaite de l’« Empire du mal » ouvre de nouveaux marchés, dont la conquête provoque une nouvelle guerre mondiale, la quatrième.

Comme tous les conflits, celui-ci contraint les Etats nationaux à redéfinir leur identité. L’ordre mondial est revenu aux vieilles époques des conquêtes de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Océanie. Etrange modernité qui avance à reculons. Le crépuscule du XXe siècle ressemble davantage aux siècles barbares précédents qu’au futur rationnel décrit par tant de romans de science-fiction.

De vastes territoires, des richesses et, surtout, une immense force de travail disponible attendent leur nouveau seigneur. Unique est la fonction de maître du monde, mais nombreux sont les candidats. D’où la nouvelle guerre entre ceux qui prétendent faire partie de l’« Empire du bien ».

Si la troisième guerre mondiale a vu l’affrontement du capitalisme et du socialisme sur divers terrains et avec des degrés d’intensité variables, la quatrième se livre entre grands centres financiers, sur des théâtres mondiaux et avec une formidable et constante intensité.

La « guerre froide », la mal nommée, atteignit de très hautes températures : des catacombes de l’espionnage international jusqu’à l’espace sidéral de la fameuse « guerre des étoiles » de Ronald Reagan ; des sables de la baie des Cochons, à Cuba, jusqu’au delta du Mékong, au Vietnam ; de la course effrénée aux armes nucléaires jusqu’aux coups d’Etat sauvages en Amérique latine ; des coupables manœuvres des armées de l’OTAN aux menées des agents de la CIA en Bolivie, où fut assassiné Che Guevara. Tous ces événements ont fini par faire fondre le camp socialiste comme système mondial, et par le dissoudre comme alternative sociale.

La troisième guerre mondiale a montré les bienfaits de la « guerre totale » pour le vainqueur : le capitalisme. L’après-guerre laisse entrevoir un nouveau dispositif planétaire dont les principaux éléments conflictuels sont l’accroissement important des no man’s land (du fait de la débâcle de l’Est), le développement de quelques puissances (les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon), la crise économique mondiale et la nouvelle révolution informatique.

Grâce aux ordinateurs, les marchés financiers, depuis les salles de change et selon leur bon plaisir, imposent leurs lois et leurs préceptes à la planète. La « mondialisation » n’est rien de plus que l’extension totalitaire de leurs logiques à tous les aspects de la vie. Naguère maîtres de l’économie, les Etats-Unis sont désormais dirigés, télédirigés, par la dynamique même du pouvoir financier : le libre-échange commercial. Et cette logique a profité de la porosité provoquée par le développement des télécommunications pour s’approprier tous les aspects de l’activité du spectre social. Enfin une guerre mondiale totalement totale ! Une de ses premières victimes est le marché national. A la manière d’une balle tirée à l’intérieur d’une pièce blindée, la guerre déclenchée par le néolibéralisme ricoche et finit par blesser le tireur. Une des bases fondamentales du pouvoir de l’Etat capitaliste moderne, le marché national, est liquidée par la canonnade de l’économie financière globale. Le nouveau capitalisme international rend les capitalismes nationaux caducs, et en affame jusqu’à l’inanition les pouvoirs publics. Le coup a été si brutal que les Etats nationaux n’ont pas la force de défendre les intérêts des citoyens.

La belle vitrine héritée de la guerre froide — le nouvel ordre mondial — a été brisée en mille morceaux par l’explosion néolibérale. Quelques minutes suffisent pour que les entreprises et les Etats s’effondrent ; non pas à cause du souffle des révolutions prolétariennes, mais en raison de la violence des ouragans financiers.

Le fils (le néolibéralisme) dévore le père (le capital national) et, au passage, détruit les mensonges de l’idéologie capitaliste : dans le nouvel ordre mondial, il n’y a ni démocratie, ni liberté, ni égalité, ni fraternité. La scène planétaire est transformée en nouveau champ de bataille où règne le chaos.

Vers la fin de la guerre froide, le capitalisme a créé une horreur militaire : la bombe à neutrons, arme qui détruit la vie tout en respectant les bâtiments. Mais une nouvelle merveille a été découverte à l’occasion de la quatrième guerre mondiale : la bombe financière. A la différence de celles d’Hiroshima et de Nagasaki, cette nouvelle bombe non seulement détruit la polis (ici, la nation) et impose la mort, la terreur et la misère à ceux qui y habitent, mais elle transforme sa cible en simple pièce dans le puzzle de la mondialisation économique. Le résultat de l’explosion n’est pas un tas de ruines fumantes ou des milliers de corps inertes, mais un quartier qui s’ajoute à une mégalopole commerciale du nouvel hypermarché planétaire et une force de travail reprofilée pour le nouveau marché de l’emploi planétaire.

L’Union européenne vit dans sa chair les effets de la quatrième guerre mondiale. La mondialisation a réussi à y effacer les frontières entre des Etats rivaux, ennemis depuis des siècles, et les a obligés à converger vers l’union politique. Des Etats-nations jusqu’à la fédération européenne, le chemin sera pavé de destructions et de ruines, à commencer par celles de la civilisation européenne.

Les mégapoles se reproduisent sur toute la planète. Les zones d’intégration commerciale constituent leur terrain de prédilection. En Amérique du Nord, l’Accord de libre échange nord-américain (Alena) entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique précède l’accomplissement d’un vieux rêve de conquête : « L’Amérique aux Américains ». Les mégapoles remplacent-elles les nations ? Non, ou plutôt pas seulement. Elles leur attribuent de nouvelles fonctions, de nouvelles limites et de nouvelles perspectives. Des pays entiers deviennent des départements de la méga-entreprise néolibérale, qui produit ainsi, d’un côté, la destruction/dépeuplement, et, de l’autre, la reconstruction/réorganisation de régions et de nations.

Si les bombes nucléaires avaient un caractère dissuasif, comminatoire et coercitif lors de la troisième guerre mondiale, les hyperbombes financières, au cours de la quatrième, sont d’une autre nature. Elles servent à attaquer les territoires (Etats-nations) en détruisant les bases matérielles de leur souveraineté et en produisant leur dépeuplement qualitatif, l’exclusion de tous les inaptes à la nouvelle économie (par exemple, les indigènes). Mais, simultanément, les centres financiers opèrent une reconstruction des Etats-nations et les réorganisent selon la nouvelle logique : l’économique l’emporte sur le social.

Le monde indigène est plein d’exemples illustrant cette stratégie : M. Ian Chambers, directeur du Bureau pour l’Amérique centrale de l’Organisation internationale du travail (OIT), a déclaré que la population indigène mondiale (300 millions de personnes) vit dans des zones qui recèlent 60 % des ressources naturelles de la planète. « Il n’est donc pas surprenant que de multiples conflits éclatent pour s’emparer de leurs terres (...). L’exploitation des ressources naturelles (pétrole et mines) et le tourisme sont les principales industries qui menacent les territoires indigènes en Amérique  (1). » Après viennent la pollution, la prostitution et les drogues.

Dans cette nouvelle guerre, la politique, en tant que moteur de l’Etat-nation, n’existe plus. Elle sert seulement à gérer l’économie, et les hommes politiques ne sont plus que des gestionnaires d’entreprise. Les nouveaux maîtres du monde n’ont pas besoin de gouverner directement. Les gouvernements nationaux se chargent d’administrer les affaires pour leur compte. Le nouvel ordre, c’est l’unification du monde en un unique marché. Les Etats ne sont que des entreprises avec des gérants en guise de gouvernements, et les nouvelles alliances régionales ressemblent davantage à une fusion commerciale qu’à une fédération politique. L’unification que produit le néolibéralisme est économique ; dans le gigantesque hypermarché planétaire ne circulent librement que les marchandises, pas les personnes.

Cette mondialisation répand aussi un modèle général de pensée. L’American way of life, qui avait suivi les troupes américaines en Europe lors de la deuxième guerre mondiale, puis au Vietnam et, plus récemment, dans le Golfe, s’étend maintenant à la planète par le biais des ordinateurs. Il s’agit d’une destruction des bases matérielles des Etats-nations, mais également d’une destruction historique et culturelle. Toutes les cultures que les nations ont forgées — le noble passé indigène de l’Amérique, la brillante civilisation européenne, la sage histoire des nations asiatiques et la richesse ancestrale de l’Afrique et de l’Océanie — sont corrodées par le mode de vie américain. Le néolibéralisme impose ainsi la destruction de nations et de groupes de nations pour les fondre dans un seul modèle. Il s’agit donc bien d’une guerre planétaire, la pire et la plus cruelle, que le néolibéralisme livre contre l’humanité.

Nous voici face à un puzzle. Pour le reconstituer, pour comprendre le monde d’aujourd’hui, beaucoup de pièces manquent. On peut néanmoins en retrouver sept afin de pouvoir espérer que ce conflit ne s’achèvera pas par la destruction de l’humanité. Sept pièces pour dessiner, colorier, découper et tenter de reconstituer, en les assemblant à d’autres, le casse-tête mondial.

La première de ces pièces est la double accumulation de richesse et de pauvreté aux deux pôles de la société planétaire. La deuxième est l’entière exploitation du monde. La troisième est le cauchemar d’une partie désoeuvrée de l’humanité. La quatrième est la relation nauséabonde entre le pouvoir et le crime. La cinquième est la violence de l’Etat. La sixième est le mystère de la mégapolitique. La septième, ce sont les formes multiples de résistance que déploie l’humanité contre le néolibéralisme.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 1

CONCENTRATION DE LA RICHESSE
ET RÉPARTITION DE LA PAUVRETÉ

 


La figure 1 se construit en dessinant un signe monétaire.

Dans l’histoire de l’humanité, divers modèles se sont disputé pour proposer l’absurde comme marque de l’ordre mondial. Le néolibéralisme occupera une place privilégiée lors de la remise des médailles. Sa conception du « partage » de la richesse est doublement absurde : accumulation des richesses pour quelques-uns, et de besoins pour des millions d’autres. L’injustice et l’inégalité sont les signes distinctifs du monde actuel. La Terre compte 5 milliards d’êtres humains : 500 millions vivent confortablement, 4,5 milliards souffrent de pauvreté. Les riches compensent leur minorité numérique grâce à leurs milliards de dollars. A elle seule, la fortune des 358 personnes les plus riches du monde, milliardaires en dollars, est supérieure au revenu annuel de la moitié des habitants les plus pauvres de la planète, soit environ 2,6 milliards de personnes.

Le progrès des grandes entreprises transnationales ne suppose pas l’avancée des nations développées. Au contraire, plus ces géants s’enrichissent, et plus s’aggrave la pauvreté dans les pays dits riches. L’écart entre riches et pauvres est énorme ; loin de s’atténuer, les inégalités sociales se creusent.

Ce signe monétaire que vous avez dessiné représente le symbole du pouvoir économique mondial. Maintenant, donnez-lui la couleur vert dollar. Négligez l’odeur nauséabonde ; cet arôme de fumier, de fange et de sang est d’origine.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 2

GLOBALISATION
DE L’EXPLOITATION

 


La figure 2 se construit en dessinant un triangle

L’un des mensonges néolibéraux consiste à dire que la croissance économique des entreprises produit une meilleure répartition de la richesse et de l’emploi. C’est faux. De même que l’accroissement du pouvoir d’un roi n’a pas pour effet un accroissement du pouvoir de ses sujets (c’est plutôt le contraire), l’absolutisme du capital financier n’améliore pas la répartition des richesses et ne crée pas de travail.

Pauvreté, chômage et précarité sont ses conséquences structurelles.

Dans les années 1960 et 1970, le nombre de pauvres (définis par la Banque mondiale comme disposant de moins de 1 dollar par jour) s’élevait à quelque 200 millions. Au début des années 1990, leur nombre était de 2 milliards.

Davantage d’êtres humains pauvres et appauvris. Moins de personnes riches et enrichies, telles sont les leçons de la pièce 1 du puzzle. Pour obtenir ce résultat absurde, le système capitaliste mondial « modernise » la production, la circulation et la consommation de marchandises. La nouvelle révolution technologique (l’informatique) et la nouvelle révolution politique (les mégapoles émergentes sur les ruines de l’Etat-nation) produisent une nouvelle « révolution » sociale, en fait une réorganisation des forces sociales, principalement de la force du travail.

La population économiquement active (PEA) mondiale est passée de 1,38 milliard en 1960 à 2,37 milliards en 1990. Davantage d’êtres humains capables de travailler, mais le nouvel ordre mondial les circonscrit dans des espaces précis et en réaménage les fonctions (ou les non-fonctions, comme dans le cas des chômeurs et des précaires). La population mondiale employée par activité (PMEA) s’est modifiée radicalement au cours des vingt dernières années. Le secteur agricole et la pêche sont tombés de 22 % en 1970 à 12 % en 1990, le manufacturier de 25 % à 22 %, mais le tertiaire (commerce, transports, banque et services) est passé de 42 % à 56 %. Dans les pays en voie de développement, le tertiaire a crû de 40 % en 1970 à 57 % en 1990, l’agriculture et la pêche chutant de 30 % à 15 % (2).

De plus en plus de travailleurs sont orientés vers des activités de haute productivité. Le système agit ainsi comme une sorte de mégapatron pour lequel le marché planétaire ne serait qu’une entreprise unique, gérée de manière « moderne ». Mais la « modernité » néolibérale semble plus proche de la bestiale naissance du capitalisme que de la « rationalité » utopique. Car la production capitaliste continue de faire appel au travail des enfants. Sur 1,15 milliard d’enfants dans le monde, au moins 100 millions vivent dans la rue et 200 millions travaillent — ils seront, d’après les prévisions, 400 millions en l’an 2000. Rien qu’en Asie, on en compterait 146 millions dans les manufactures. Et, dans le Nord aussi, des centaines de milliers d’enfants travaillent pour compléter le revenu familial ou pour survivre. On emploie également beaucoup d’enfants dans les industries du plaisir : selon les Nations unies, chaque année, un million d’enfants sont jetés dans le commerce sexuel.

Le chômage et la précarité de millions de travailleurs dans le monde, voilà une réalité qui ne semble pas à la veille de disparaître. Dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le chômage est passé de 3,8 % en 1966 à 6,3 % en 1990 ; en Europe, il est passé de 2,2 % à 6,4 %. Le marché mondialisé détruit les petites et moyennes entreprises. Avec la disparition de marchés locaux et régionaux, celles-ci, privées de protection, ne peuvent supporter la concurrence des géants transnationaux. Des millions de travailleurs se retrouvent ainsi au chômage. Absurdité néolibérale : loin de créer des emplois, la croissance de la production en détruit — l’ONU parle de « croissance sans emploi ».

Mais le cauchemar ne s’arrête pas là. Les travailleurs doivent accepter des conditions précaires. Une plus grande instabilité, des journées de travail plus longues et des salaires plus bas. Telles sont les conséquences de la mondialisation et de l’explosion du secteur des services.

Tout cela produit un excédent spécifique : des êtres humains en trop, inutiles au nouvel ordre mondial parce qu’ils ne produisent plus, ne consomment plus et n’empruntent plus aux banques. Bref, ils sont jetables. Chaque jour, les marchés financiers imposent leurs lois aux Etats et aux groupes d’Etats. Ils redistribuent les habitants. Et, à la fin, ils constatent qu’il y a encore des gens en trop.

Voilà donc une figure qui ressemble à un triangle, la représentation de la pyramide de l’exploitation mondiale.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 3

MIGRATION,
LE CAUCHEMAR ERRANT

 


La figure 3 se construit en dessinant un cercle.

Nous avons déjà parlé de l’existence, à la fin de la troisième guerre mondiale, de nouveaux territoires (les anciens pays socialistes) à conquérir, et d’autres à reconquérir. D’où la triple stratégie des marchés : les « guerres régionales » et les « conflits internes » prolifèrent ; le capital poursuit un objectif d’accumulation atypique ; et de grandes masses de travailleurs sont mobilisées. Résultat : une grande roue de millions de migrants à travers la planète. « Etrangers » dans un monde « sans frontières », selon la promesse des vainqueurs de la guerre froide, ils souffrent de persécutions xénophobes, de la précarité de l’emploi, de la perte de leur identité culturelle, de la répression policière et de la faim, quand on ne les jette pas en prison ou qu’on ne les assassine. Le cauchemar de l’émigration, quelle qu’en soit la cause, continue de croître. Le nombre de ceux qui relèvent du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a littéralement explosé, passant de 2 millions en 1975 à plus de 27 millions en 1995.

La politique migratoire du néolibéralisme a davantage pour but de déstabiliser le marché mondial du travail que de freiner l’immigration. La quatrième guerre mondiale — avec ses mécanismes de destruction-dépeuplement, reconstruction-réorganisation — entraîne le déplacement de millions de personnes. Leur destinée est d’errer, leur cauchemar sur le dos, afin de constituer une menace pour les travailleurs disposant d’un emploi, un épouvantail de nature à faire oublier le patron et un prétexte pour le racisme.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 4

MONDIALISATION FINANCIÈRE
ET GÉNÉRALISATION DU CRIME

 


La figure 4 se construit en dessinant un rectangle.

Si vous pensez que le monde de la délinquance est synonyme d’outre-tombe et d’obscurité, vous vous trompez. Durant la période dite de guerre froide, le crime organisé a acquis une image plus respectable. Non seulement il a commencé à fonctionner comme une entreprise moderne, mais il a aussi pénétré profondément les systèmes politiques et économiques des Etats-nations.

Avec le début de la quatrième guerre mondiale, le crime organisé a globalisé ses propres activités. Les organisations criminelles des cinq continents se sont approprié l’« esprit de coopération mondial » et, associées, participent à la conquête des nouveaux marchés. Elles investissent dans des affaires légales, non seulement pour blanchir l’argent sale, mais pour acquérir du capital destiné à leurs affaires illégales. Activités préférées : l’immobilier de luxe, les loisirs, les médias, et... la banque.

Ali Baba et les 40 banquiers ? Pis. Les banques commerciales utilisent l’argent sale pour leurs activités légales. Selon un rapport des Nations unies, « le développement des syndicats du crime a été facilité par les programmes d’ajustement structurel que les pays endettés ont été contraints d’accepter pour avoir accès aux prêts du Fonds monétaire international  (3) ».

Le crime organisé compte aussi sur les paradis fiscaux. Il y en a quelque 55 — l’un d’eux, les îles Caïman, occupe la cinquième place comme centre bancaire et possède plus de banques et de sociétés enregistrées que d’habitants. Outre le blanchiment de l’argent sale, les paradis fiscaux servent à échapper aux impôts. Ce sont des lieux de contact entre gouvernants, hommes d’affaires et chefs mafieux.

Voici donc le miroir rectangulaire dans lequel légalité et illégalité échangent leurs reflets. De quel côté du miroir se trouve le criminel ? De quel côté celui qui le poursuit ?

 

 


PIÈCE NUMÉRO 5

LÉGITIME VIOLENCE
D’UN POUVOIR ILLÉGITIME ?

 


La figure 5 se construit en dessinant un pentagone.

Dans le cabaret de la globalisation, l’Etat se livre à un strip-tease au terme duquel il ne conserve que le minimum indispensable : sa force de répression. Sa base matérielle détruite, sa souveraineté et son indépendance annulées, sa classe politique effacée, l’Etat-nation devient un simple appareil de sécurité au service des méga-entreprises. Au lieu d’orienter l’investissement public vers la dépense sociale, il préfère améliorer les équipements qui lui permettent de contrôler plus efficacement la société.

Que faire quand la violence découle des lois du marché ? Où est la violence légitime ? Où l’illégitime ? Quel monopole de la violence peuvent revendiquer les malheureux Etats-nations quand le libre jeu de l’offre et la demande défie un tel monopole ? N’avons-nous pas montré, dans la pièce no 4, que le crime organisé, le gouvernement et les centres financiers sont tous intimement liés ? N’est-il pas évident que le crime organisé compte de véritables armées ? Le monopole de la violence n’appartient plus aux Etats-nations : le marché l’a mis à l’encan... Si la contestation du monopole de la violence invoque, non les lois du marché, mais les intérêts de « ceux d’en bas », alors le pouvoir mondial y verra une agression. C’est l’un des aspects les moins étudiés (et les plus condamnés) du défi lancé par les indigènes en armes et en rébellion de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) contre le néolibéralisme et pour l’humanité.

Le symbole du pouvoir militaire américain est le Pentagone. La nouvelle police mondiale veut que les armées et les polices nationales soient un simple corps de sécurité garantissant l’ordre et le progrès dans les mégapoles néolibérales.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 6

LA MÉGAPOLITIQUE
ET LES NAINS

 


La figure 6 se construit en faisant un gribouillage.

Nous avons dit que les Etats-nations sont attaqués par les marchés financiers et contraints de se dissoudre au sein de mégapoles. Mais le néolibéralisme ne mène pas seulement sa guerre en « unissant » des nations et des régions. Sa stratégie de destruction-dépeuplement et de reconstruction-réorganisation produit, de surcroît, des fractures dans les Etats-nations. C’est l’un des paradoxes de cette quatrième guerre : destinée à éliminer les frontières et à unir des nations, elle provoque une multiplication des frontières et une pulvérisation des nations.

Si quelqu’un doute encore que cette globalisation soit une guerre mondiale, qu’il prenne en compte les conflits qui ont provoqué l’éclatement de l’URSS, de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie, victimes de ces crises qui brisent les fondements économiques des Etats-nations et leur cohésion.

La construction des mégapoles et la fragmentation des Etats sont une conséquence de la destruction des Etats-nations. S’agit-il d’événements séparés ? Sont-ce des symptômes d’une mégacrise à venir ? Des faits isolés ? La suppression des frontières commerciales, l’explosion des télécommunications, les autoroutes de l’information, la puissance des marchés financiers, les accords internationaux de libre-échange, tout cela contribue à détruire les Etats-nations. Paradoxalement, la mondialisation produit un monde fragmenté, fait de compartiments étanches à peine reliés par des passerelles économiques. Un monde de miroirs brisés qui reflètent l’inutile unité mondiale du puzzle néolibéral.

Mais le néolibéralisme ne fragmente pas seulement le monde qu’il voudrait unifier, il produit également le centre politico-économique qui dirige cette guerre. Il est urgent de parler de la mégapolitique. La mégapolitique englobe les politiques nationales et les relie à un centre qui a des intérêts mondiaux, avec, pour logique, celle du marché. C’est au nom de celle-ci que sont décidés les guerres, les crédits, l’achat et la vente de marchandises, les reconnaissances diplomatiques, les blocus commerciaux, les soutiens politiques, les lois sur les immigrés, les ruptures internationales, les investissements. Bref, la survie de nations entières.

Les marchés financiers n’ont que faire de la couleur politique des dirigeants des pays : ce qui compte, à leurs yeux, c’est le respect du programme économique. Les critères financiers s’imposent à tous. Les maîtres du monde peuvent tolérer l’existence d’un gouvernement de gauche, à condition que celui-ci n’adopte aucune mesure pouvant nuire aux intérêts des marchés. Ils n’accepteront jamais une politique de rupture avec le modèle dominant.

Aux yeux de la mégapolitique, les politiques nationales sont conduites par des nains qui doivent se plier aux diktats du géant financier. Il en sera toujours ainsi... jusqu’à ce que les nains se révoltent.

Voici donc la figure qui représente la mégapolitique. Impossible de lui trouver la moindre rationalité.

 

 


PIÈCE NUMÉRO 7

LES POCHES
DE RÉSISTANCE

 


La figure 7 se construit en dessinant une poche.

« Pour commencer, je te prie de ne point confondre la Résistance avec l’opposition politique. L’opposition ne s’oppose pas au pouvoir, et sa forme la plus aboutie est celle d’un parti d’opposition ; tandis que la Résistance, par définition, ne peut être un parti : elle n’est pas faite pour gouverner, mais... pour résister. » (Tomás Segovia, Alegatorio, Mexico, 1996.)

L’apparente infaillibilité de la mondialisation se heurte à l’obstinée désobéissance de la réalité. Tandis que le néolibéralisme poursuit sa guerre, des groupes de protestataires, des noyaux de rebelles se forment à travers la planète. L’empire des financiers aux poches pleines affronte la rébellion des poches de résistance. Oui, des poches. De toutes tailles, de différentes couleurs, de formes variées. Leur seul point commun : une volonté de résistance au « nouvel ordre mondial » et au crime contre l’humanité que représente cette quatrième guerre.

Le néolibéralisme tente de soumettre des millions d’êtres, et veut se défaire de tous ceux qui seraient « de trop ». Mais ces « jetables » se révoltent. Femmes, enfants, vieillards, jeunes, indigènes, écologistes, homosexuels, lesbiennes, séropositifs, travailleurs, et tous ceux qui dérangent l’ordre nouveau, qui s’organisent et qui luttent. Les exclus de la « modernité » tissent les résistances.

Au Mexique, par exemple, au nom du Programme de développement intégral de l’isthme des Tehuantepec, les autorités voudraient construire une grande zone industrielle. Cette zone comprendra des « usines-tournevis », une raffinerie pour traiter le tiers du brut mexicain et pour élaborer des produits de la pétrochimie. Des voies de transit interocéaniques seront construites : des routes, un canal et une ligne ferroviaire transisthmique. Deux millions de paysans deviendraient ouvriers de ces usines. De même, dans le sud-est du Mexique, dans la forêt Lacandone, on met sur pied un Programme de développement régional durable, avec l’objectif de mettre à la disposition du capital des terres indigènes riches en dignité et en histoire, mais aussi en pétrole et en uranium.

Ces projets aboutiraient à fragmenter le Mexique, en séparant le Sud-Est du reste du pays. Ils s’inscrivent, en fait, dans une stratégie de contre-insurrection, telle une tenaille cherchant à envelopper la rébellion anti-néolibérale née en 1994 : au centre, se trouvent les indigènes rebelles de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Sur la question des indigènes rebelles, une parenthèse s’impose : les zapatistes estiment que, au Mexique, la reconquête et la défense de la souveraineté nationale font partie de la révolution antilibérale. Paradoxalement, on accuse l’EZLN de vouloir la fragmentation du pays. La réalité, c’est que les seuls à évoquer le séparatisme sont les entrepreneurs de l’Etat de Tabasco, riche en pétrole, et les députés fédéraux originaires du Chiapas et membres du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Les zapatistes, eux, pensent que la défense de l’Etat national est nécessaire face à la mondialisation, et que les tentatives pour briser le Mexique en morceaux viennent du groupe qui gouverne et non des justes demandes d’autonomie des peuples indiens.

L’EZLN et l’ensemble du mouvement indigène national ne veulent pas que les peuples indiens se séparent du Mexique : ils entendent être reconnus comme partie intégrante du pays, mais avec leurs spécificités. Ils aspirent à un Mexique rimant avec démocratie, liberté et justice. Si l’EZLN défend la souveraineté nationale, l’armée fédérale mexicaine, elle, protège un gouvernement qui en a détruit les bases matérielles et qui a offert le pays au grand capital étranger comme aux narcotrafiquants.

Il n’y a pas que dans les montagnes du Sud-Est mexicain que l’on résiste au néolibéralisme. Dans d’autres régions du Mexique, en Amérique latine, aux Etats-Unis et au Canada, dans l’Europe du traité de Maastricht, en Afrique, en Asie et en Océanie, les poches de résistance se multiplient. Chacune a sa propre histoire, ses spécificités, ses similitudes, ses revendications, ses luttes, ses succès. Si l’humanité veut survivre et s’améliorer, son seul espoir réside dans ces poches que forment les exclus, les laissés-pour-compte, les « jetables ».

Cela est un exemple de poche de résistance, mais je n’y attache pas beaucoup d’importance. Les exemples sont aussi nombreux que les résistances et aussi divers que les mondes de ce monde. Dessinez donc l’exemple qui vous plaira. Dans cette affaire des poches, comme dans celle des résistances, la diversité est une richesse.

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Après avoir dessiné, colorié et découpé ces sept pièces, vous vous apercevrez qu’il est impossible de les assembler. Tel est le problème : la mondialisation a voulu assembler des pièces qui ne s’emboîtent pas. Pour cette raison, et pour d’autres que je ne peux développer dans ce texte, il est nécessaire de bâtir un monde nouveau. Un monde pouvant contenir beaucoup de mondes, pouvant contenir tous les mondes.

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Post-scriptum qui raconte des rêves nichés dans l’amour. La mer repose à mes côtés. Elle partage depuis longtemps des angoisses, incertitudes, et de nombreux rêves, mais maintenant, elle dort avec moi dans la nuit chaude de la forêt. Je la regarde onduler comme les blés dans mes rêves et m’émerveille à nouveau de la retrouver inchangée : tiède, fraîche, à mes côtés. L’étouffement me tire du lit et prend ma main et ma plume pour ramener le vieil Antoine, aujourd’hui comme il y a des années... J’ai demandé au vieil Antoine de m’accompagner dans une exploration en aval du fleuve. Nous n’emportons qu’un peu de nourriture. Durant des heures, nous poursuivons le cours capricieux, et la faim et la chaleur nous saisissent. Nous passons l’après-midi à poursuivre une harde de sangliers. Il fait presque nuit lorsque nous les rejoignons, mais un énorme porc sauvage se détache du groupe et nous attaque. Je fais appel à tout mon savoir militaire : je jette mon arme, et je grimpe à l’arbre le plus proche. Le vieil Antoine reste impassible devant l’attaque et, au lieu de courir, il se place derrière un taillis. Le gigantesque sanglier, de toutes ses forces, fonce droit sur lui, et s’encastre dans les branchages et les épines. Avant qu’il ne parvienne à se libérer, le vieil Antoine lève sa vieille carabine, et, d’un coup, fournit le repas du soir. A l’aube, lorsque j’ai fini de nettoyer mon moderne fusil automatique (M-16, calibre 5,56 mm avec sélecteur de cadence et une portée réelle de 460 mètres, une mire télescopique, et un chargeur de 90 balles), je rédige mon Journal de campagne. Omettant ce qui est arrivé, je note seulement : « Avons rencontré sanglier et A. a tué une pièce. Hauteur 350 mètres. Il n’a pas plu. »

Pendant que nous attendons que la viande grille, je raconte au vieil Antoine que ma part servira pour les fêtes qu’on prépare au campement. « Des fêtes ? », me demande-t-il, pendant qu’il attise le feu. « Oui, lui dis-je. Quel que soit le mois, il y a toujours quelque chose à fêter. » Et je poursuis par une brillante dissertation sur le calendrier historique et les célébrations zapatistes. Le vieil Antoine m’écoute en silence ; imaginant que cela ne l’intéresse pas, je m’installe pour dormir. Plongé dans mes rêves, je vois le vieil Antoine saisir mon cahier et y écrire quelque chose. Le lendemain, après le petit déjeuner, nous partageons la viande, et chacun s’en va de son côté. Une fois au campement, je fais mon rapport et je montre le cahier pour qu’on sache ce qui s’est passé. « Ce n’est pas ton écriture », me dit-on en me montrant la feuille du cahier. Là, après ce que j’avais noté moi-même, le vieil Antoine a écrit en grosses lettres : « Si tu ne peux pas avoir, et la raison, et la force, choisis toujours la raison et abandonne à l’ennemi la force. Dans de nombreuses batailles, la force permet d’obtenir la victoire, mais une guerre ne se gagne que grâce à la raison. Le puissant ne pourra jamais tirer de la raison de sa force, tandis que nous pourrons toujours tirer force de notre raison. »

Et plus bas, en petits caractères : « Joyeuses fêtes. »

Évidemment, je n’avais plus faim. Les fêtes zapatistes, comme d’habitude, furent effectivement joyeuses.

le sous-commandant Marcos

Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), Chiapas, Mexique.
 
 

(1Entretien avec Martha Garcia, La Jornada, 28 mai 1997.

(2Ochoa Chi et Juanita del Pilar, Mercado mundial de fuerza de trabajo en el capitalismo contemporaneo, UNAM, Economia, Mexico, 1997.

(3La globalisation du crime, Nations unies, New York, 1995.

 

Lire aussi l'abécédaire du sous-commandant Marcos : 

https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/020517/l-abec...