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20/10/2018

Appel à souscriptions : "Il devrait y avoir encore une heure avant l’aube", ouvrage collectif édité par l'association BUZO

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Lancement des souscriptions dans quelques jours :

Il devrait y avoir encore une heure avant l’aube

ouvrage collectif édité par l'association BUZO au profit du collectif allexois de solidarité avec les réfugié.e.s

Préface d’Emily Loizeau
Textes de Cathy Garcia, Grégoire Damon, Colette Daviles-Estinès, Abdellatif Laâbi, Julie Rossello Rochet, Alissa Thor, Chloé Landriot, David Myriam, Claire Rengade, Marlene Tissot, Stephanie Querite, Samuel Gallet, Claire Audhuy, Julio Serrano Echeverría, Rafael Cuevas Molina, Rodrigo Arenas Carter, Alberto Blanco, Laurence Loutre-Barbier, Serge Pey, Snayder Pierre Louis, Baptiste Cogitore, Laura Tirandaz.

Traduction des auteurs hispanophones : Laurent Bouisset
Illustration : Julien Sibert, Simon Fuste et Noémie Ségala
Graphisme : Noémie Ségala
Ouvrage collectif coordonné par Samaël Steiner

Format : 15 x 21 cm, 56 pages

Prix: 15 euros
Paiement par espèces ou chèque à l’ordre de Buzo
(asso qui porte la Nuit de la Poésie Crest )
association Buzo / 9 rue Gustave André, 26400 Crest

Sortie prévue fin 2018

 

 

Sarah Roubato - 30 ans dans une heure

 

 

9782371775497-small.jpgPartout en France et ailleurs, ils sont sur le point d’avoir trente ans. Une foule d’anonymes qui cherchent à habiter le monde ou à le fuir, à dessiner leurs rêves ou à s’en détourner. Au cœur du tumulte, ils s’interrogent, se font violence et ce sont leurs voix que l’on entend se déployer :

Chacun dribble avec son petit moi.
On a soif. Soif d’un nous.
Je me sens la taille d’une comète à qui on offre l’espace d’un bac à sable.
Un animal a envie de chialer en moi.
Il y a des jours où j’aimerais que quelque chose me maintienne quelque part. Que je puisse dire ce que je fais ici. Qu’il y ait une raison.
Je veux passer le plus de temps possible à cultiver mon champ d’étoiles.
Demain j’ai rendez-vous avec ce qu’on attend de moi.
Le rêve c’est un muscle, ça doit s’atrophier si on ne l’utilise pas.

Roman choral de l’espoir et des désillusions aux monologues finement entrelacés, 30 ans dans une heure dresse le portrait d’une jeunesse en proie aux désirs et aux renoncements.

Avec ce premier roman, l’auteur de Lettres à ma génération tisse un faisceau de récits croisés d’une grande justesse.

 


 

extrait 1 :

 

"J’aime marcher le long des rails. Ça donne l’impression d’aller quelque part. Rien de tel pour vous déclencher une rêverie. Pourtant j’ai du mal. À croire que le rêve c’est un muscle, ça doit s’atrophier si on ne l’utilise pas. En fait je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à ces trois lettres qui me pivotent dans la tête depuis hier matin : C.D.I. Et je n’arrive pas à me réjouir de la satisfaction que j’éprouve.

Je sais qu’il y en a qui essayent de faire autrement. Que chaque magazine a sa petite rubrique alternatif maintenant. Je ne crois pas avoir assez de courage pour m’installer dans le monde de demain ; il a les contours trop flous. Je ne vais pas passer ma vie à poser les rails d’un train que d’autres emprunteront. Je préfère encore m’emmitoufler dans le réel qu’on m’a appris. Et de temps en temps, regarder par la fenêtre et suivre les rails que d’autres réinventent.


Dans mon coin de miroir, je me cogne à mon reflet. Un candidat qui vient de déposer son CV numéro 36. Pas l’exemplaire 36. La version 36. Trente-six distorsions de moi-même pour me faire accepter, par n’importe quel bout, en grossissant un détail, en limant tout ce bordel qu’est l’expérience humaine pour faire croire à une logique. À force de passer mes journées à me tailler un profil, je crois que j’ai perdu l’original.

Combien on est, à cette heure, le dos voûté, le cou tendu vers l’écran, les yeux rivés sur une offre d’emploi ? Combien de lucioles qui font briller leurs fenêtres sans rideau jusque tard dans la nuit ? Je ne suis qu’un spécimen. C’est une autre solitude. Celle du milieu du troupeau.

Aucun regard ne m’assure que je suis bien là. Il n’y a que des mots préfabriqués qui fusent, qui nous désignent mais qui ne nous racontent pas. Resserrements d’effectifs, restructuration, plan social, candidats, stagiaires, fusion. Des mots en acier de la marque Schindler, en rouge à lèvres de fin de journée, en haleine de café, pour dire qu’on arrive au bout de ce qu’on nous avait appris. Il vaut peut-être mieux s’exténuer à essayer d’inventer autre chose, au lieu de chercher à s’abriter dans les ruines de ce qui nous rassure. Il vaut peut-être mieux travailler à se donner les moyens de dire merde."

 

extrait 2 :

 

« Doucement Loïc! » 

« Myriam attention ! » 

« Arrête Milan ! » 

Moi qui croyais qu’aller au parc nous ferait du bien. Vas-y mon coeur, courage ! Demain on en essaiera un autre. Il doit bien exister quelque part un parc où les enfants peuvent jouer sans recevoir toutes les trente secondes menaces, comptes à rebours et interdits. 

 « Oui, le petit garçon il le fait, mais c’est dangereux ! » Le petit garçon, c’est le mien. Oh vous pouvez me le lancer, Madame, ce regard qui dit Ces jeunes mères elles sont vraiment irresponsables ! Si cela servait à quelque chose je vous expliquerais que mon fils n’a pas peur de grimper. Qu’il a commencé dès qu’il tenait sur ses jambes, qu’on le soutenait. Oui, il est déjà tombé, et il s’est relevé. Et la fois suivante il a fait plus attention. À chaque fois il évaluait mieux ses capacités. Mon fils construit des ponts imaginaires avec des bâtons. Mon fils ne croit pas que toucher la terre, c’est sale. 

 Il doit bien exister quelque part un endroit où les enfants ont encore le droit d’explorer le monde, de mettre des choses à la bouche, de sentir, de tomber, de crier. D’apprendre par leur corps. Ici il faut marcher vite et droit, et ne pas faire de bruit. 

 

 « Du riz blanc, s’il vous plaît. La sauce c’est celle de la viande ? Alors sans sauce. C’est ça, nature. Non, que de l’eau. Merci, Monsieur. » 

 « Tu peux pas faire une exception pour une fois, ça va pas te tuer tu sais ! Tu pourrais au moins prendre la sauce au poulet sans manger la viande. Ça ne changera rien, le poulet il est déjà tué. » 

 Je sais que ça ne sert à rien. Que le poulet est déjà mort. Ça n’est pas la question. Je n’ai même pas la prétention de participer à un changement de société. C’est bien plus égoïste que ça. C’est la question du lien entre mon insignifiant petit geste et cette machine infernale qu’on appelle l’industrie agroalimentaire. Ce n’est pas le monde qui est sauvé quand je prends du riz blanc sans sauce. C’est cette espèce de petite liberté qu’on s’applique chaque jour à m’enlever. Celle de choisir ce à quoi je participe. Je sais qu’elle joue sa peau à chaque fois que je m’apprête à acheter quelque chose. 

Même si j'arrivais à en convaincre quelques uns, d’ici là, dix nouveaux McDo auront poussé dans la ville, Nestlé aura raflé toute l’eau du Canada et Monsanto tous les champs d’Argentine. Je me sens minuscule. Pourtant je sais mon acte puissant. C’est tout ce qu’il me reste, une puissance de coquelicot pour arrêter les tronçonneuses.

 

Paru chez Publie.net le 5 septembre 2018

Prix numérique 5.99€
Prix papier 14.00€

Pour commander : https://www.publie.net/livre/30-ans-heure-sarah-roubato/

 

 

 

 

 

 

 

17/10/2018

Les fleurs du bitume, un documentaire de Karine Morales et Caroline Péricard (2017)

 

 

 

 

 

 

15/10/2018

Nicolas Kurtovitch - Autour d'Uluru

 

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Uluru est une université, une encyclopédie, une somme de savoir–être, de sagesse, tout autant que de beauté. Voilà l’autre histoire.

 

(…)

Au bord de la maigre rivière

le pays du rêve de la fourmi à miel

j’essaie d’y retrouver la trace des hommes

qui suivent une invisible piste

 

(…)

Le vieil homme rouge dort cette fois entre

deux arbres

à travers le sale rouge

quatre directions emmêlent ses cheveux

 

(….)

Ils sont partis

n’ont rien laissé sur le sable

sinon un chant

de peur qu’on ne se perde

 

(…)

Uluru est là

toujours solide sur son assise

n’attendant personne

miroir des visiteurs

 

Le serpent dit

demain au petit jour

je serai une rivière

 

Le serpent dit

demain au petit jour

je serai le tonnerre

 

Le serpent dit

demain à tous moment

souviens-toi

 

Le vieil homme dort entre deux arbres

il se repose de son long rêve

au cours duquel il donne naissance aux

mondes

 

 

(…)

Le serpent insaisissable est un simple trait dans la pierre, c’est une ombre de pluie, une ombre d’eau venant des millénaires passés, il se livre et dit à sa manière tranquille le monde et les humains enlacés.

 

 

 

 

(…)

 

J’entre alors par les trous d’eau

dans la mémoire du monde

laissé là par un homme nu

qui a de ses mains dessiné

chaque pensée et chaque geste

 

(…)

 

(mille clameurs sorties du ventre de Uluru

disent, l’Univers s’estompe, comme effacé

par le souffle mécanique d’êtres sans écoute)

 

(…)

 

« Redfern est loin    loin de Uluru     noyé dans Sydney

Chemins défoncés     bières sans et crac     rien d’idéal

Le rêve ne peut plus être

s’il n’est pas également à Redfern

Les Australiens de l’origine

meurent à la ville impossible d’être au désert

à Redfern délabré    le rouge des maisons   rappelle la beauté du désert

Les peintres     certains Abos en ville    sur des portières de voiture

Arrachées    peignent le désert    Leur cœur de sable rouge

Leurs dents déchaussées sont les rocs détachés de Uluru »

 

 

41mrcMkg78L._SX195_.jpgNicolas Kurtovitch in Autour d’Uluru

Aux vent des îles éd, 2011

http://www.nicolaskurtovitch.net/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

13/10/2018

DATURA #1 - octobre 2018 sort cette semaine !

 

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"Plus qu'une résurrection, c'est un ré-assemblage, à la façon du monstre de Frankenstein. Voici donc Datura 0 juillet 2018.

Je me suis réapproprié le credo des années 90 que j'avais laissé de côté trop vite: "J'attends d'un texte qu'il me traumatise, me martyrise ou me fasse rire, me dérange surtout. Rien n'est plus désolant qu'un texte stérile qui ne laissera en toi aucune trace, à part l'envie de lire autre chose." Torturez-moi autant que possible, condition sine qua non pour monter à bord.

Un ou plusieurs de vos textes ou créations sont publiés dans ce numéro car vous êtes mes émissaires, mes vaisseaux, les lumières (noires), les pierres angulaires, en d'autres termes les poètes, écrivains, artistes que les autres doivent lire et dont ils doivent s'inspirer pour être les bienvenus."

Walter Ruhlmann

 

EN (SA)VOIR + : https://daturaliteraryjournal.blogspot.com

 

 

06/10/2018

Réfugiés, un marché sous influence, documentaire de Nicolas Autheman et Delphine Prunault (2017)

UN DOCUMENTAIRE de Nicolas Autheman et Delphine Prunault (Fr., 2017, 70 min). qu'on ne peut pas voir en ligne cause propriété de Lagardère europe 1....

 

« On est là pour faire du business », confie, face camé­ra et sans état d’âme, le directeur associé d’une entreprise bretonne à l’appétit commercial débordant. Cette PME est à l’origine des 180 conteneurs de métal blanc construits pour accueillir les 1 500 réfugiés de la « jungle » de Calais, avant qu’elle ne soit démantelée, en octobre 2016. L’opération lui aura rapporté près de 3 millions d’euros, soit un tiers de son chiffre d’affaires. Outre la rentabilité, l’expérience calaisienne a servi de vitrine à l’entreprise, qui souhaite désormais contribuer à des projets d’envergure, comme celui de Zaatari, en Jordanie.
C’est ce camp, présenté comme le deuxième plus grand au monde avec 80000 réfugiés, que Nicolas Autheman et Delphine Prunault nous font découvrir. Sorti de terre en 2012, il est, depuis 2014, le symbole d’une industrie de l’aide estimée à plus de 20 milliards d’euros, selon les deux journalistes. Pour en illustrer l’ampleur, ils se sont rendus au premier sommet mondial de l’humanitaire, à Istanbul, en mai 2016.

12 millions de personnes
Là, en marge de l’événement, plusieurs exposants du secteur privé ainsi que des ONG proposaient toutes sortes de services pour répondre aux besoins des 12 millions de personnes vivant dans des camps. Cela va de la simple lampe autorechargeable à des ­centres livrés « clés en main ». Car si le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a pour habitude de s’occuper des camps, il lui arrive de sous-traiter ses activités à des entreprises privées. Une privatisation grandissante que les réalisateurs pointent du doigt.

A Zaatari par exemple, face au manque de ressources pour satisfaire les besoins des réfugiés, le Programme alimentaire mondial, organisme dépendant de l’ONU, a décidé de remplacer les colis de denrées qu’il distribue habituellement par deux supermarchés dont il a confié la gestion à des groupes privés.

Derrière la représentation des camps de réfugiés comme lieu de souffrance, le documentaire va plus loin et démontre, parfois de manière un peu brouillonne, comment, d’une solution d’urgence, ils sont devenus un système durable et lucratif, où les organisations internationales comme les États trouvent leur compte.

 

 

 

 

 

27/09/2018

Thermostat 6 - par AV-RON Maya, COMINOTTI Mylène, COUDERT Marion, DANO Sixtine - 2018

 

 

26/09/2018

Aujourd’hui est habitable lu par Maëlle Levacher pour le litteraire.com

 

 

Aux prises avec l’insaisissable

Le der­nier opus de Cathy Gar­cia Cana­lès peut se lire de diverses façons. Emporté par ses images et pro­phé­ties, on glis­sera dans le cou­rant de cet éner­gique « jus de poème » (p. 25) teinté d’une menace, d’une urgence indé­fi­nies. Ou bien, atten­tif aux clés de lec­ture qui pour­raient éclai­rer l’intention pre­mière de la poé­tesse, on lira peut-être le jour­nal d’une mala­die, d’un affron­te­ment au « temps de mort » (p. 18), d’une sub­ver­sion de tous les déter­mi­nismes – ceux du corps, ceux du temps – opé­rée par la parole poé­tique grâce à laquelle « la crue du vivre défer­lera » (p. 29).
L’être dont on entend ici la voix explore des mondes de sen­sa­tions et fusionne avec ce qui l’environne : l’annonce « nous irons allu­mer / un feu de souches vei­nées / dans le taillis des rides » (p. 13) super­pose les veines du bois et les plis de la peau, en même temps que le passé et l’avenir. Tous les poèmes du recueil disent l’ambivalence des choses (ce der­nier oiseau, « il chante / il fiente / fluide et serein », p. 34), l’articulation des valeurs oppo­sées et des per­cep­tions contras­tées (« la caresse des fumées / la rosée des brous­sailles / et le poivre des den­telles », p. 17), et entre les strophes se joue l’alternance per­pé­tuelle du bon et du mauvais.

C’est dans ce mou­ve­ment, dans ces oscil­la­tions que se déploie la réin­ven­tion de la légè­reté, de la liberté, de l’affirmation de soi comme sujet sen­tant, vivant avec une volon­taire inten­sité. Au cours de l’épreuve, « dans la cuve du crâne on entend / l’étrange res­sac de l’acide / l’esprit cata­racte éclate les cou­tures / tan­dis que dévalent par maints ori­fices / les pen­sées mornes en ruis­seaux de plumes » (p. 25), et la matière poé­tique est tout humeurs, fluides : sang, salive, larmes, venin…
On ne sait si l’invitation qui clôt le recueil s’adresse au lec­teur, lui pro­po­sant de vivre à son tour dans sa chair cette odys­sée de dou­leurs et de luttes – pro­vo­ca­tion para­doxale en ce qu’elle est aussi une conso­la­tion –, ou si elle est adres­sée à l’instance poé­tique par sa propre voix concluant elle-même à sa puis­sance vitale, ici attestée.

 

Maëlle Leva­cher

http://www.lelitteraire.com/?p=43437

 

 

 

 

Aujourd'hui est habitable sort aujourd'hui !

 

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"Magnifique ! Très noir, sans concession aucune, écrit au scalpel ! Bravo et merci"

Jacques Cauda

 

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Pour lire les premières pages : 

http://cardere.fr/doc/EXTRAIT-aujourdhui.pdf

 

44 p., 14x21, ép. 4 mm, pds 80 g
Sept. 2018, isbn 9782376490074

12 euros

 

https://cardere.fr

 

 

 

 

25/09/2018

Et tout le monde s'en fout #30 - Les vêtements

 

 

 

24/09/2018

Je danse encore après minuit de Florentine Rey

 

Gros Textes, 2017

 

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60 pages, 9 €

 

La première fois que j’ai lu Florentine Rey, c’était dans la revue Traction Brabant et aussitôt son nom est resté. Elle m’avait envoyé des textes pour la mienne de revue, mais en début d’année mon ordinateur est mort en les emportant avec lui, aussi ce fut un vrai plaisir de recevoir un recueil entier de Florentine, publié par ce cher Yves Artufel et ses éditions Gros Textes.

 

Florentine Rey est de ces magiciennes qui distillent en secret dans leur cuisine la poésie du quotidien, une bonne eau de vie qui vous arrache la gorge en passant, mais vous réchauffe le ventre. Pas besoin d’aller chercher on ne sait quels fruits rares ou épices coûteuses, tout est là sous la main, y’a qu’à faire avec, mais ce n’est pas si facile que ça de faire de la gnole buvable avec le gris des jours. Cela permet par contre, indubitablement, de danser encore après minuit, comme dit dans le titre du recueil avec un clin d’œil appuyé à Cendrillon. La nique aux douze coups, à ce qui veut nous enfoncer, nous maintenir dans les cases obligatoires et le poème d’ouverture a déjà tout dit :

 

Il fait un petit peu froid

on va

un petit peu rentrer

dans notre

petite maison

on fera

un petit feu

on préparera

un petit repas

on parlera

de nos petits projets

le mien

c’est de tout faire péter.

 

Voilà. Et les munitions, elles sont là, bien rangées dans un livre, mais méfiez-vous des poètes, surtout quand elles sont femmes et qu’elles viennent vous parler du « désordre ordinaire », vous canardent avec de l’énergie pure. « Ça sonne ! C’est l’heure ! Laisse-moi faire, je peux me démouler toute seule. »

 

Ce qui caractérise ces héroïnes de l’ordinaire, c’est leur humour tout aussi féroce que leur lucidité.

« La voie est libre, elles peuvent foncer, les chaussures, toutes dans la même direction, toutes dans le mur. »

Le proverbe japonais qui dit « Sept fois à terre, huit fois debout » est fait pour elles. Fatigantes, amoureuses, désespérées, combattantes, bonnes comme la terre, vastes comme le cosmos, fragiles et redoutables, des femmes quoi ! « J’ai un cœur de bouchère qui rissole à chacun de coups de sang, un cœur femelle qui déverse son eau quand il fait trop d’excès puis réclame du sel pour refaire du sentiment ».

 

Florentine Rey manie les mots comme des armes de vérité, renoue avec cette nature sauvage de la féminité, celle qui fascine tellement qu’on n'a eu de cesse de tenter de la dompter, la museler, la ferrer, elle renoue avec la femme d’avant son mythe, la vraie femme ordinaire : « D’ailleurs je vais me promener. Personne dans la forêt, personne sur le sentier, je peux sortir mon cul et pisser ».

 

Une femme comme tout le monde, « énervée comme tout le monde, la gorge nouée comme tout le monde, réversible comme tout le monde, inquiète, en quête, en manque comme tout le monde, (…) n’a pas écouté où se trouve la sortie de secours comme tout le monde ». Une enfant aussi encore, grande, grande comme seuls savent l’être les enfants : « tu vas cesser de camper sur le rond-point des âmes errantes, tu vas vider la décharge des émotions usées, tu vas recolorer ton corps, tu vas tracter ta joie depuis les profondeurs, tu vas bouger ton cul et honorer la vie. »

 

Une femme….. qui parfois se sent être « une chose venue d’un autre siècle : un mannequin sur une chauffeuse qui réclame une place en vitrine pour montrer ses dentelles, un tablier de ferme cousu de trop d’enfants, une aiguille qui défait les générations. »

 

Une femme qui sait  « des femmes perdues dans un monde d’hommes » qui « traversent la vie à la nage en tenant d’un côté le réel, de l’autre la main de leurs enfants » et qui nous alerte. « Il manque la moitié du monde au monde, il manque des variations, des visions, il manque des yeux sans fards de temps en temps, des sentiments sans manipulation, des intuitions, (…) une petite marche pour se rehausser, se cambrer et crier : est-ce qu’on pourrait en placer une de temps en temps ? »

Je danse après minuit est un condensé d’émotions non pasteurisées, des cycles d’émotions à boire cul sec,  des oh !, des bah… Le tricot des espoirs, le tricot désespoir, une maille à l’endroit, dix mailles à l’envers, des pépites de poésie plein les poches.

 

« Réparation

 

C’est pas la pomme que j’ai mangée, c’est le serpent. On peut être heureux maintenant ? »

 

Et cette soif de vivre, immense soif de vivre vivante, « je veux la vérité,  je veux entendre une vraie chose, donne moi la météo ».

 

Rire toujours, de soi, des autres, de tout, « on va se marrer jusqu’à la dernière flamme » et danser ! Danser même et surtout après minuit.

 

Merci Florentine Rey.

 

Cathy Garcia

 

 

IMG_2389-bis-300x201.jpgFlorentine Rey est née en 1975, elle vit et travaille à Saint-Étienne. Des études de piano intensives (classe musicale à horaires aménagés) affinent sa sensibilité, lui apprennent l'exigence mais l'isole. Une année d'hypokhâgne lui fait rencontrer la philosophie. En 2000, elle obtient le diplôme des beaux arts et crée la même année une structure de production artistique où se croise l'art et la technologie. Six ans plus tard, installée au château d'Hérouville, dans le Val d’Oise, la nécessité d'écrire et de créer la rattrape. Le destin place alors Jacques Lanzmann et Yves Michalon sur son chemin. Dès l'annonce de la publication de son premier roman, elle quitte Paris toutes affaires cessantes et part sur les routes de France, inspirée, rêvant de pouvoir se consacrer un jour pleinement à son travail d’écriture qu’elle considère comme un travail d’invention, d’exploration et d’expérimentation, garant de sa liberté de penser.
En complément de son travail d’écrivain, Florentine Rey a développé une pratique d’ateliers d’écriture, qu’elle mène dans le cadre de l’association Paragraphe, à Lyon et dans le cadre du programme SOPRANO Rhône-Alpes. Son site : https://florentine-rey.fr

 

Bibliographie : Blandine-Marcel, Michalon, 2006 et Blandine-Marcel 2, Business Story, Michalon, 2007 ; Mon œil !, roman graphique, éditions des Ronds dans l'O, prix Olympe de Gouges, 2010 ; Bubon, éditions Gros Textes, 2016 et Je danse encore après minuit, poésie, éditions Gros Textes, 2017.

 

 

 

 

 

23/09/2018

Revue Nouveaux Délits n°61

 

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octobre 2018

 

Quand j’ai commencé la revue, dans les premiers numéros, j’étais systématiquement au sommaire. C’était une façon de faire connaître mon travail en même temps que celui des autres auteurs que j’accueillais. Puis devant leur nombre sans cesse croissant et lassée aussi de ma présence, j’ai libéré la place avec joie. Mais le problème des poètes revuistes, comme ces cordonniers (quand il y en avait) mal chaussés, c’est qu’à force de se mettre au service de l’écriture des autres, ils n’ont plus beaucoup, voire plus du tout de temps pour la leur. Il y a aussi un fait : la réciprocité chez les êtres humains — et les poètes ne font pas exception — ne coule pas de source, c’est pourquoi le proverbial « jamais aussi bien servi que par soi-même » prend au final tout son sens.

 

Alors pour une fois, je reprends un bout de territoire ici, juste le temps de mettre un coup de projecteur entre autre sur la sortie d’un livre à lente maturation auquel je tiens et que publient les éditions Cardère, qui hébergent déjà trois autres de mes bébés. La bonne maison Cardère publie avant tout des ouvrages sur le pastoralisme, la poésie c’est en plus et elle n’a jamais eu l’imbécile idée de choper la grosse tête ou de s’illusionner sur un quelconque pouvoir d’éditeur, pas plus qu’elle ne s’illusionne sur les auteurs eux-mêmes. Une chose est essentielle en poésie — et qui dit poésie, dit vie — : une forme d’humilité. Pas une posture humble non, juste quelque chose de très naturel, humus, humilité, humain, cette racine plantée dans la terre qui nous nourrit et qu’il ne faut jamais oublier, quelle que soit la force et l’envolée de notre imaginaire ou de nos prétentions.

 

Écrire est une chose, être lu en est une autre. Entre les deux se tissent de fragiles et éphémères passerelles dans lesquelles se prend la rosée de l’aube, trésor qui scintille un instant — précieux instant — avant que le jour ne vienne le boire.

 

CG

 

monde de rosée
rien qu'un monde de rosée
pourtant et pourtant

Issa

 

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AU SOMMAIRE

 

 

Délit de poésie : Arnaud Martin, Didier Trumeau, Jérémie Tholomé (Belgique) et Cathy Garcia Canalès

 

Délit  de table : « Aujourd’hui c’est raviolis » extrait d’une pièce de théâtre de Marcel Moratal,

 

Délit de vagabondage : « Une vie de carton », récit nomade de Julien Amillard

 

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Résonance :

Ma Patagonie de Guénane, La sirène étoilée, 2017

Lame de fond de Marlène Tissot, La Boucherie littéraire, 2017

 

Et un flash spécial sur Calepin paisible d’une pâtresse de poules, le n°2 de la série Délits vrais – poésie postale, qui est passé en format livre en septembre.

 

C’est aussi la rentrée des Délits d’(in)citation sagement installés au coin des pages et vous trouverez un bulletin de complicité qui n’a pas pris la grosse tête, toujours au fond en sortant.

 

Illustratrice : Muriel Dorembus

 

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http://www.murieldorembus.fr

 

 

 

 

je balaie le sol, allume de l'encens et ferme la porte pour dormir
la natte, comme des rides dans l'eau, la tenture comme de la fumée
ici en étranger, je me réveille, où suis-je ?
je soulève le store de la fenêtre à l'ouest, les vagues rejoignent le ciel

Han Shan

 

 

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 Le Délit buissonnier n° 3 est sorti en juillet !

 

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Petite histoire essentielle de la futilité
textes de Bruno Toméra
illustrations originales de Jean-Louis Millet

 


 « Au retour dans la bagnole, intercalé dans la file des pressurés
l'humanité klaxonnait, gueulait, les bras au ciel, pressés
de se jeter corps et âmes dans d'autres emmerdements.
Le connard de derrière habillé en voiture dernier cri
gesticulait dans le rétro, le poing brandi.

 Garde toujours le piaf des urgences dans ton cœur
Garde toujours le piaf des urgences dans ton cœur.
Que je me suis dit
. »

 

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40 pages agrafées
tirage limité et numéroté sur papier recyclé  
offset 90 g couverture calcaire 250 g

10 € 
    
 à commander à l'Association Nouveaux délits

 http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/delits-buisso...

 

 

 

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Nouveaux Délits - octobre 2018 - ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable : Cathy Garcia Canalès - Illustratrice : Muriel Dorembus - Correcteur : Élisée Bec   

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

 

22/09/2018

Sana Yazigi : la révolution en Syrie par l’art

 

Par Aline Lafoy | 
 
Photo : Sana Yazigi - Photo : Aline Lafoy
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La graphiste syrienne a lancé en 2013 le site internet La mémoire créative de la révolution syrienne qui recense et répertorie les œuvres des artistes syriens connus et anonymes depuis le soulèvement populaire en 2011.

 

Pourquoi avoir lancé ce site ? 
Les premiers mois de la révolution, j'ai été stupéfaite de la quantité de talents artistiques que j'ai pu voir. C’était tout un peuple qui s'exprimait dans les rues, artistes comme citoyens, partout en Syrie. On voyait de tout : danse, chant, caricatures, musique, banderoles… Après de longues années de silence, tout un peuple s'est exprimé car c'était possible. C'était quelque chose d'extraordinaire. Je ne savais comment documenter tout cela. Dès le départ, j’ai eu l’inquiétude que tout cela soit oublié ou effacé. J'ai commencé à collecter et archiver en 2012 depuis Beyrouth. Aujourd’hui, le site répertorie des centaines d’artistes et plus de 28 000 œuvres.

 

Quel est le but de votre site ? 
Ecrire notre propre histoire. Tout le monde dit que c'est le vainqueur qui écrit l'Histoire. Nous, on va contre cela. On écrit ce qu'on a fait, comment on a fait et ce qui nous est arrivé avec nos propres mots. On ne peut pas nier ou effacer les témoins qui ont vécu ces évènements. Prouver un crime sans preuve, c'est impossible. Les œuvres sont des preuves pour nous. C'est une cause sur le long terme. Nous ne baisserons pas les bras. Plus on fournit de preuves, plus il est difficile de nier la vérité.

 

Avant le soulèvement populaire de 2011, les artistes syriens étaient-ils libres ? Qu’en est-il aujourd’hui ? 
Les artistes et intellectuels n’étaient pas libres mais ils trouvaient des moyens de contourner les interdictions. Aucune critique n’était permise. L'art a gagné en popularité après la révolution car c’est une expression libre, directe et représentative. Mais c'est aussi pour cela que le régime a arrêté les intellectuels et les artistes. L'artiste était attendu. Il est devenu très populaire et le régime ne pouvait pas le permettre. Le régime a arrêté, torturé les intellectuels et les créateurs. Le mot ‘liberté’ a été écrit sur les murs de Damas puis effacé par le régime. C’est pour cela qu’il était important de tout documenter.

 

Les artistes syriens ont-ils peur de la répression ? 
Evidemment. Trois artistes présents en Syrie nous ont demandé de retirer leurs œuvres. En dehors du territoire syrien, le régime ne peut plus atteindre les auteurs. Il y a aussi beaucoup d'œuvres anonymes.

 

Comment faire vivre la mémoire de la guerre et de la révolution syrienne ? 
Il faut faire vivre la cause syrienne. Ceux qui le peuvent doivent porter un nouveau discours et créer de nouveaux outils pour continuer à faire vivre la cause et la porter dans le monde entier. Dans le futur, on voudrait fonder une institution d'archivage pour la révolution syrienne. On aimerait faire partie des archives nationales car, après la guerre, la révolution doit faire partie de l'histoire de la Syrie.

 

Parlez-nous d’une œuvre ou d’un artiste qui vous touche particulièrement ? 
Je suis touchée par Abdul Wahab Mulla, un chanteur religieux populaire d’Alep. Il a une voix extraordinaire et fait des chansons tellement fortes. Il a même fait une chanson pour tous les Syriens, pro ou anti-Bachar, qui rappelle que le peuple syrien est uni. Il a une philosophie incroyable et une conscience très forte de la citoyenneté. Il a été arrêté par le régime de Bachar el-Assad, puis par le groupe Etat islamique. Aujourd’hui, il a disparu.

 

Site  : https://creativememory.org/fr/

 

Aline Lafoy

Aline Lafoy

Passionnée de photographie, je souhaite rencontrer toutes les cultures, les langues et les Hommes du monde. Je veux comprendre l'univers qui nous entoure.

19/09/2018

Quintet de Frédéric Ohlen

 

Gallimard, mars 2014

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354 pages, 21,50 €

 

Quintet, comme son nom l’indique, est un roman composé de cinq voix différentes que le destin emporte dans son tourbillon pour former une œuvre riche et entêtante. Ce Quintet prend place au XIXe siècle, à la naissance de la Nouvelle-Calédonie. Les Français étaient là depuis quelques années et « le pays comptait moins de quatre cents civilsla plupart cantonnés dans la capitale, si on pouvait appeler ainsi une ville aux rues non pavées, sans port aménagé, sans eau potable. Une cité puante, montueuse et marécageuse en diable (…) ». Quatre cents civils si l’on ne comptait bien sûr la population autochtone répartie en une multitude de tribus. Et qui dit naissance dans le cas d’une terre déjà habitée, oublie souvent de dire que c’est le début de la fin pour la culture et la liberté de ceux qui étaient déjà là bien avant, fût-ce depuis des millénaires.

Quatre cents « Men-oui-oui » donc, comme les appelaient les Kanak, « au verbe haut et à la peau rouge, qui sillonnent le pays à grand pas, creusent des trous sans rien y mettre, lavent l’eau des rivières sans la boire. »

« Quand les White Men sont contents, à l’occasion d’un anniversaire ou pour marquer un grand événement, ils tirent dans le vide. Pour le plaisir. Celui d’exhaler tant de puanteur que le ciel recule. »

Mais le propos de Quintet n’est pas de dénoncer et les faits en disent suffisamment par eux-mêmes, notamment ceux qui se rapportent aux Blackbirders, les sinistres navires qui parcouraient le Pacifique au XIX siècle pour rafler des esclaves sur les îles — principalement pour les plantations de canne à sucre du Queensland en Australie — et exterminer le reste. Quintet, en cinq partitions différentes, raconte et conte et ce subtil tissage entre les deux formes construit un pont entre roman et tradition orale où l’écriture devient flambeau pour éclairer aussi bien la bonté, la générosité, le courage humain que ses turpitudes.

Frédéric Ohlen s’est inspiré de l’histoire d’Heinrich et Maria la sage-femme, ses propres ancêtres, mais Quintet reste avant tout un roman, un vrai roman d’aventures avec des histoires d’hommes et de femmes qui forment une trame qui se resserre par endroits pour se déchirer à d’autres. Et sur cette toile, où les motifs se font tantôt lumineux, colorés, oniriques, tantôt très sombres et torturés, Quintet donne la part belle à la magie, au mystère, aux sagesses ancestrales et à cette intelligence du cœur qui transcende toute culture, tout particulièrement à travers la magnifique figure de Fidély.

« Depuis toujours, ma lignée rêve. Elle va dans le rêve du monde, se glisse dans le flux, l’accompagne, le garde, le nourrit, l’anticipe, pour que nuit après nuit, le Dormeur puisse continuer à rêver de la Terre et du ciel. »

Fidély non plus n’est pas de cette terre, c’est une « Tête-pointue », comme ses ancêtres à qui l’on façonnait la tête en fuseau dès la naissance ; s’il est là, c’est à cause d’une guerre, il y a longtemps. « Une de plus. » Tous les humains ont ça en commun : la guerre…. Et les siens l’avaient livré à leur ennemi, sur une autre île. Pas comme otage non, mais comme fils adoptif pour mettre fin à la guerre. La paix est essentielle pour que le rêve de la terre puisse se poursuivre. Mais la violence est revenue le chercher, à bord des Blackbirders.

Il serait dommage de trop en révéler et il est, à vrai dire, impossible de résumer ce livre, tellement il est dense, parfois même difficile de ne pas s’y perdre, mais Frédéric Ohlen est avant tout un poète et c’est ce qui donne à ce Quintet ce souffle si puissant et sa beauté, à la mesure de cet hommage que l’auteur voulait rendre à ce qui est aussi sa propre terre. Cette terre aux antipodes que l’on dit être un bout de France et que l’on connaît pourtant si peu. Quintet est un hommage à tous ceux qui l’ont aimée et respectée, qui l’aiment et la respectent encore. Une terre  métissée qui jamais cependant ne doit perdre ses racines et son identité kanak afin que le rêve de la terre puisse se poursuivre.

Cathy Garcia

 

ohlen.jpgÉcrivain, poète, éditeur, enseignant, Frédéric Ohlen est né en 1959 à Nouméa. Il vit ses premières années dans la ferme de son grand-père. Il y apprendra l’amour des mots et du monde. La poésie est au cœur de son itinéraire : l’enfance, la mort, les îles, elle noue avec le monde de l’intime et celui de la Terre, des terres, un lien quasi viscéral. Président de la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie, fondateur des éditions L’Herbier de Feu, Frédéric Ohlen a une très riche bibliographie en plus de la poésie, qui va du roman au récit de vie, en passant par l’anthologie poétique ou l’album jeunesse. La revue Nouveaux délits a eu le plaisir de l’accueillir à deux reprises, dans ses numéros 32 et 45. Quintet n’est pas vraiment son premier roman, mais c’est le premier à avoir été publié en métropole, il a été suivi en 2016 par Les Mains d’Isis toujours dans la collection Continents Noirs, chez Gallimard.

 

 

 

12/09/2018

Médias français : qui possède quoi, mise à jour

 

 

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https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA#&gid=1&a...

 

 

 

Aux origines des civilisations : une fiction au service de l’élite

par Ana Minski

 

Article avec photos à lire ici : 

http://partage-le.com/2018/08/aux-origines-des-civilisati...

 

La science est le reflet de la société, et l’archéologie a parfois été utilisée pour alimenter des idéologies totalitaires ou fascistes. Dans Aux origines des civilisations, un documentaire en quatre volets diffusé sur la chaîne de télévision grand public Arte, l’archéologie est mise au service de l’idéologie néolibérale qui domine les cercles privilégiés des sociétés capitalistes contemporaines. Certains diront qu’il n’y a pas de science sans paradigme, que l’objectivité en ce qui concerne notre passé et notre présent est impossible. Pourtant, il y a des faits archéologiques qui permettent, en toute objectivité, de rendre compte de la mystification mise en place par le réalisateur.

Ce documentaire nous propose de plonger dans le passé des civilisations pour en comprendre la formation, la grandeur, et le danger qui les guette toutes : leur disparition. La musique et le montage participent à rendre le discours épique, glorieux, héroïque. Tout le documentaire est une glorification de « l’ascension de l’homme ». Ainsi des archéologues qui montent les degrés des ziggourats ou des échelles, de la flèche filant en ligne droite et qui symbolise le progrès, des couleurs ternes qui caractérisent la grisaille du quotidien des préhistoriques quand, par opposition, le monde moderne apparaît sous des couleurs éclatantes.

Dans le premier volet, nous apprenons que la civilisation ne peut exister sans la ville, que la civilisation est la ville. D’après les scientifiques interrogés par le réalisateur, la ville se fonde sur la sociabilité innée de l’humain, elle fonctionne comme « des cerveaux collectifs qui permettent d’accéder aux points de vues et compétences de milliers d’individus », permet de « mutualiser des connaissances pour participer à quelque chose de plus grand et de plus efficace, quelque chose qu’on ne peut pas réussir seul. » Il semblerait donc que plus nous sommes nombreux, plus nous pouvons nous spécialiser et plus nous pouvons nous élever ensemble. Le psychologue évolutionniste, Michael Muthukrishna, déclare : « Les élites et les inégalités ne sont pas un mal. Une élite est nécessaire, il faut produire des richesses, mettre des armées sur pieds, faire respecter les lois, distribuer les richesses. C’est dans la ville que se trouvent les richesses et le pouvoir et que vivent les gens. » Et le spectateur contemple l’intellectuel en chemise blanche qui parade dans les rues chatoyantes de Tokyo, heureux de manger des pâtes cuisinées par un grand spécialiste de la speed food. C’est vite oublier que les pâtes qu’il engouffre goulûment et avec grande satisfaction proviennent de champs épuisés par l’exploitation intensive, que le blé a été récolté par une population qui ne vit pas dans les villes et que ces champs sont le cimetière de nombreuses espèces indispensables à la vie terrestre. Cet intellectuel est parfaitement formaté par la civilisation, il s’y promène comme un vampire dans sa propriété. Pourquoi les inégalités qu’elle engendre devraient-elles lui poser problème ? Ce n’est pas lui qui sue dans la petite arrière-cuisine, ce n’est pas lui qui s’éreinte le dos dans les travaux domestiques. Lui, l’intellectuel de la ville, est l’un des grands mutualistes de la pensée, l’un de ceux qui dit s’inspirer des idées de ces autres qui sont socialement en-dessous de lui. Mais en vérité, il ne s’inquiète pas de ce que son vendeur de sushi pense ou rêve, il lui pompe surtout son énergie détruisant ainsi sa capacité à créer un monde meilleur. Parce qu’il a la prétention et le pouvoir de penser à sa place, de parler à sa place, et utilise ce pouvoir pour faire carrière.

D’un point de vue archéologique aucun site ne permet d’affirmer que la ville est née du besoin de sociabilité de l’homme. Pourtant, un site est présenté comme lieu d’origine : Göbekli tepe, en Anatolie. Selon l’archéologue Jens Notroff, Göbekli tepe témoignerait du passage de l’animisme à la religion, du nomadisme à la sédentarisation, de la chasse-cueillette à l’agriculture. Pour paraphraser ce que disent les images et les différents intervenants, les groupes de chasseurs-cueilleurs, las d’errer dans la poussière des plaines, désireux de se libérer de « l’obligation de suivre les troupeaux », mues par un désir inné de se regrouper, se réunirent et dressèrent des pierres qu’ils gravèrent pour symboliser une alliance encore inédite. Jens Notroff n’hésite pas à affirmer que les signes abstraits présents sur les blocs de pierre signifient clairement ce passage de l’animisme à la religiosité, puisque, dit-il, « Les représentations de l’art paléolithique en Espagne et en France se caractérisent essentiellement par la représentation d’animaux. » Cela est pourtant faux, l’art pariétal et mobilier du Paléolithique européen compte davantage de signes abstraits que de représentations figuratives. Se basant sur les représentations anthropomorphes sculptées sur les pierres dressées de Göbekli tepe, il dit également : « J’imagine qu’ils représentaient des ancêtres importants, qu’ils organisaient des grandes fêtes du travail. » Il ignore donc que des représentations monumentales existent également dans l’art paléolithique européen telle que celle du Roc-aux-Sorciers, ou que la composition de Lascaux n’a pu être réalisée sans une coopération importante des préhistoriques. À l’écouter, il semble établi que l’homme de la Préhistoire était animiste et que les chamanes étaient les ancêtres du prêtre. Pourtant, la théorie du chamanisme préhistorique, qui ne prend pas en compte les différences entre le chamane sibérien qui chevauche les esprits et le possédé africain qui est chevauché par les esprits[1], ne peut en aucun cas définir l’art de la Préhistoire. D’autre part, la continuité entre chamane et prêtre est une pure spéculation. Si toutes les études menées auprès des peuples premiers témoignent en faveur de l’importance qu’accorde l’homme au monde invisible, il est toutefois prudent de ne pas calquer ces modèles aux peuples de la Préhistoire. Il est dangereux qu’une hypothèse présentée comme certitude mette fin à la discussion. Pourquoi serait-il donc impossible d’imaginer que ces hommes de l’âge de pierre pouvaient simplement être émerveillés par la beauté du monde, ou pris d’un goût pour le jeu et les formes[2] ?

Il en est de même pour cette affirmation : la célébration et la création de monuments vont de pair. Rien n’interdit d’imaginer que les grottes, avec leurs somptueux drapés et excentriques, n’aient été le lieu de célébrations spirituelles, sacrées ou profanes. Que l’homme préhistorique n’ait pas éprouvé le besoin de dresser des pierres ne signifie nullement qu’il était dépourvu de spiritualité ou de sociabilité. L’histoire que nous raconte Jens Notroff est une fiction. Elle reprend le mythe de la caverne de Platon, et réduit l’histoire humaine à la vie d’homme : l’enfance, l’adolescence, la maturité, la mort. L’homme de la civilisation prend ses rêves pour des réalités et n’hésite pas à gommer tous les biais pour asséner des « vérités ». Parce que le civilisé, l’homme des villes, n’aime pas l’ignorance, il n’hésite pas à s’affirmer détenteur du savoir et à qualifier les péquenauds, les bouseux, ceux qui refusent le destin urbain de l’humanité, d’ignorants. La prétention de l’homme civilisé est telle qu’il préfère donner son avis sur tout et n’importe quoi plutôt que d’écouter ce que l’Autre pourrait éventuellement lui apprendre.

 

Jens Notroff déclare également que « les nomades n’étaient pas rattachés à un lieu particulier, du moins pas pendant longtemps. » Pourtant, de nombreux sites archéologiques témoignent de la complexité du territoire parcouru par les peuples de la Préhistoire. Ainsi, des sites semblent posséder des fonctions diverses : haltes de chasse, site d’abattage, site d’habitat, site d’agrégation. Le matériel archéologique témoigne de sites visités à des rythmes saisonniers et la circulation de certains vestiges (perles, coquillages, silex) prouvent qu’ils parcouraient leur territoire en connaissant parfaitement les gîtes de matières premières nécessaire à la confection de leurs outils[3]. Les préhistoriques détenaient un savoir que l’homme civilisé ne possède plus, un savoir bien plus essentiel. Il est plus que probable qu’Homo erectus même possédait une connaissance complexe du temps, de l’espace, des formes, de la vie et de la mort[4]. Enfin, il est important de noter que Jens Notroff ne se fatigue pas à différencier un organisme génétiquement modifié par sélection artificielle de celui modifié par transgenèse, il met tout dans le même sac. Au vu de ses capacités cognitives, de sa difficulté à nuancer, il n’est au final pas si surprenant que la richesse de la pensée des hommes de la Préhistoire lui échappe totalement.

Le deuxième volet s’attaque à cette « mauvaise habitude » qu’est la guerre. La guerre est le prix à payer pour la civilisation. Il est vrai que l’archéologie n’a, à ce jour, identifié aucun acte de guerre tout au long des 200 000 ans de la Préhistoire d’Homo sapiens. Le parti pris du réalisateur, plutôt que nier ou asséner « l’absence de preuve n’est pas une preuve de l’absence », accepte le constat des préhistoriens et, parce qu’il semble vraiment très doué pour ignorer la souffrance de ses semblables, il propose une explication simple : la destruction est créatrice. Bien qu’un certain nombre d’espèces et d’individus, anéantis par cette destruction créatrice, trouveraient certainement à y redire, il est vrai que jusqu’à ce jour, et malgré les innombrables guerres, le monde existe encore. Seulement, la destruction qui s’annonce pourrait bien mettre fin à ce jeu des analogies dangereuses : le jour et la nuit, le soleil et la lune, la guerre et la paix.

Ainsi, pour Peter Turchin, la guerre est un moteur de la civilisation puisque, comme le Dieu Shiva elle est à la fois destructrice et créatrice. Et tandis que Turchin se promène en conquérant, c’est l’image d’un félin tuant une antilope, des mains jouant aux échecs qui se dévoilent au spectateur. Le réalisateur ne recule devant aucun cliché, et l’image de l’homme comme roi des prédateurs et des stratèges n’est pas encore épuisée. Pourtant, la prédation du félin n’a absolument rien à voir avec les meurtres commis par les fins stratèges militaires. Malgré son ignorance des mondes sauvages qui vivent aux périphéries des villes, Turchin n’hésite pas à affirmer que « pour faire la guerre il faut penser en collectivité, convaincre les hommes d’oublier leur intérêt individuel pour le bien commun. Le sacrifice assurera la survie de leur village, mode de vie, culture. Le cycle de la violence renforce la cohésion d’un groupe. » Puisque pour lui la civilisation c’est la ville, que la ville c’est le savoir, que le prix du savoir c’est la guerre, et que cette histoire nous est raconté par un des tenants du « savoir », il est en effet inutile de prendre en compte la chair à canon, les gueules cassées, les morts pour la patrie, les campagnes saignées, les chevaux crevés dans les champs de bataille, les terres incendiées, les femmes violées et tuées, les enfants enrôlés ou violés puis tués, etc. Le savoir de ces gens-là c’est qu’un homme, une femme, un enfant ne valent pas un seul des pions de leur échiquier.

Peter Turchin affirme que la période la plus sanglante de l’histoire de l’humanité a été le passage du mode de vie des chasseurs-cueilleurs à l’agriculture. Il se base sur une application statistique qu’il applique aux événements historiques. Il serait intéressant de connaître les critères pris en compte pour juger de son résultat. Il semble assez étrange que le passage à l’agriculture ait été une période plus violente que celle que nous connaissons. Peter Turchin aurait-il plus d’informations sur ces périodes lointaines que n’en ont les archéologues ? S’il est exact que les premiers conflits apparaissent avec la domestication et la sédentarisation et qu’ils s’accentuent avec l’extraction des métaux, il est cependant impossible d’évaluer en pourcentage le taux de violence de ces époques. Les données archéologiques sont fragmentaires et ne permettent pas de chiffrer les populations, d’autant plus que de nombreux habitats, et surtout les plus humbles, laissent peu de traces, leur simplicité et les matériaux utilisés (bois, peaux, végétaux) ne pouvant résister à l’érosion et à l’enfouissement. De plus, le passage du Mésolithique au Néolithique s’est fait graduellement et sur une période de plus de 10 000 ans. En ce qui concerne l’histoire contemporaine, je me demande également si Turchin et son équipe prennent en compte les victimes de la pauvreté, des expropriations (des peuples indigènes par exemple), des réfugiés politiques et climatiques. Car toutes ces morts sont les conséquences de la guerre que mènent les pays du Nord contre les pays du Sud pour s’emparer de leurs minerais, des richesses de leur sol. Il est également étonnant de voir défiler à l’écran les grandes invasions, les grandes batailles, le nazisme, comme si toutes ces violences se valaient. Le réalisateur ne fait-il donc aucune différence entre la Commune de Paris et le nazisme, par exemple ? La loi du nombre est un leurre. Les sciences humaines sont prises dans l’étau des statistiques, mais la statistique ne permet d’appréhender que des moyennes et non la réalité.

 

Le réalisateur insiste : « avec la domestication, les hommes ne peuvent plus faire machine arrière, ils sont contraints d’aller de l’avant ». Pourtant, de nombreux peuples pratiquent l’horticulture ou l’élevage sans pour autant créer des villes, d’autres ont refusé l’agriculture ou l’ont abandonné pour revenir à une économie de chasse et de cueillette. La vision du paysan s’éreintant aux champs illustre le travail de la terre lorsque celui-ci doit produire pour une élite et pour la population urbaine. Un paysan qui travaille pour nourrir son unité domestique ne travaille pas autant. Il existe plusieurs manières de travailler la terre, comme la permaculture nous l’enseigne.

Le troisième volet est consacré à la religion, cet autre pilier de la civilisation. Les différents intervenants affirment que c’est elle qui nous unit les uns aux autres et qu’elle est « si essentielle à l’expérience humaine que notre cerveau est réceptif aux idées religieuses. » Pour les êtres humains, elle exprime le « besoin de demander aux Dieux de subvenir à leurs besoins, pour contrôler la nature, la plier à leurs volontés, pour la maîtriser physiquement, domestiquer les animaux, imposer leur loi à la nature. » Sans religion les hommes seraient donc des êtres solitaires, errants, faibles, malades, victimes de la grande méchante nature. D’épisode en épisode, les intervenants ne cessent d’étaler leur grande ignorance des communautés humaines qui refusent de vivre selon les lois de l’homme civilisé, qui ont vécu pendant des milliers d’années et qui existent encore de nos jours. N’étant pas à un mensonge près, le réalisateur nous apprend que c’est la religion et les rites qui ont rassemblé les hommes, ont participé à la formation, au maintien et à la cohésion des premières grandes sociétés. Pourtant, il semblerait que la religion soit apparue suite au développement urbain, avec l’accroissement d’une population qui perd peu à peu son autonomie face à une élite qui œuvre à sa domestication. Il ne faut pas, en effet, confondre la soumission à une force supérieure, ce qu’est la Religion, avec les croyances des peuples non civilisés, qui sont une communication avec le monde invisible afin de maintenir l’équilibre social, mental et naturel de la communauté. Comme nous l’enseigne la civilisation égyptienne, divinité et surveillance vont de pair. Ainsi, « on peut dire que les gens surveillés sont des gens gentils » puisque la surveillance a un impact sur notre comportement. D’ailleurs, c’est bien simple, « devant une église les gens donnent plus d’argent : les gens sont plus coopératifs et généreux lorsqu’on leur rappelle des concepts religieux, ou qu’ils sont près d’une église. Les gardiens de la moralité les surveillent et les jugent, ils sont donc plus coopératifs et donnent davantage. » Pour avoir une petite expérience de la mendicité, je peux affirmer que les endroits où j’avais le plus d’argent n’étaient pas près des églises, mais là où se promènent ceux qui ont de l’argent et qui, en grands seigneurs, se plaisent à montrer leur grande générosité. Je peux cependant admettre qu’avec une tirelire en métal et une soigneuse tenue de scout, on récolte en effet davantage devant une église qu’à la porte d’une librairie du 6ème arrondissement. En vérité, la surveillance ne rend pas plus gentil, elle muselle tout esprit critique et la paranoïa qu’elle distille rend l’homme craintif, méfiant, délateur, le mutile de son empathie et de tout courage, il suffit pour s’en convaincre de se souvenir de ce que sont les sociétés fascistes et totalitaires : de l’Allemagne nazi à l’Espagne franquiste, du Chili de Pinochet à la Corée du Nord. Malgré ce discours idéologique, il est intéressant de visionner le documentaire jusqu’à la fin afin de démasquer les stratégies de domination qu’il recèle. Ainsi apprenons-nous que pour ces adeptes de la civilisation, la religion est le facteur de cohésion dans l’histoire humaine, qu’elle permet de « développer un esprit d’entraide envers de plus en plus de gens. » Comme d’ailleurs l’ont démontré les guerres de religions, les croisades, l’Inquisition, etc. L’important au final, n’est pas tant que l’homme ait des dispositions innées pour la religion, mais qu’elle soit un outil efficace pour nous relier « à quelque chose de plus grand que nous, quelque chose de puissant et de divin. » Ce que ne dit pas le réalisateur, c’est que ce quelque chose de puissant et divin auquel le croyant se lie est un homme sanguinaire et psychopathe. Ce n’est pas pour rendre les gens plus gentils que l’œil d’Horus veille. Déclarer sans hésiter que « l’enfer est plus puissant que le paradis et un prêtre plus efficace que 100 policiers », c’est conseiller la surveillance de masse pour maintenir la cohésion et faire plier la nuque aux plus récalcitrants.

Il est également de bon ton depuis quelques années de dire que les pyramides égyptiennes ont été construites par des milliers d’ouvriers heureux de participer à cet ouvrage collectif. Ainsi, nous dit-on, « tout le monde participe parce que c’est quelque chose de sacré. » Cette affirmation permet d’évacuer le problème de l’exploitation de l’homme par l’homme et de prétendre, sous prétexte que la servitude égyptienne est différente de l’esclavage grec, que les ouvriers étaient des hommes libres. Imaginons des archéologues du futur affirmer que les ouvriers et tout le monde du XXIème siècle participaient à la construction d’une énième ZAC parce que c’était quelque chose de sacré. Si la ZAC est en effet sacrée, c’est pour les aménageurs. Dans un monde où la nourriture est entre les mains des dominants, elle n’est pour l’ouvrier qu’un moyen de subvenir à ses besoins élémentaires. Ainsi, ces généralisations sont mensongères et comme toujours valorisent l’histoire écrite par les spoliateurs. Il est vrai qu’aux âges obscurs de la Préhistoire la religion n’avait pas de raison d’être, l’humanité de ces temps-là n’était pas exploitée par des ogres prêts à dévorer jusqu’à leur propre demeure.

Le dernier volet est consacré au commerce. Quatrième pilier de la civilisation, il est celui qui la consacre tenant d’une main la confiance et de l’autre la paix. Jens Notroff nous dit que le cuivre est le premier produit fait de mains d’hommes qui circule en grande quantité et sur de longues distances. Encore une fois, c’est faux. Dès la Préhistoire, et plus particulièrement au Paléolithique récent, le silex dit du Grand-Pressigny circulait sur de longues distances, il était très apprécié pour sa grande qualité et ses propriétés intrinsèques qui permettaient au tailleur d’obtenir de grandes lames. À partir du Néolithique, c’est l’obsidienne, les haches polies en jade, cinérite, silex, les coquillages, les céramiques, etc., qui circulent. Bien qu’il soit souvent difficile de distinguer la circulation des personnes et des biens des échanges, il est aujourd’hui attesté que le troc existe bien avant l’apparition du cuivre. Rachel Botsman, consultante en stratégie, déclare : « au départ c’était assez basique, ça restait entre proche, je pouvais échanger de la nourriture contre une arme. » Si elle reconnaît l’existence du troc dès les débuts de l’humanité, affirmer que la nourriture était échangée contre les armes est un mensonge. Les données archéologiques attestent d’échanges d’objets exotiques et rares : perle, coquillage, roche belle et/ou de grande qualité. Les préhistoriques façonnaient leurs armes de chasse, leurs vêtements, et se procuraient leur nourriture. Cet exemple n’est pas anodin, il révèle ce qu’est la civilisation : un système coercitif, policier, dont l’économie est basée sur la spoliation de l’alimentation qui est une des principales sources de profits pour l’élite. Quant aux développement des armes, qu’il ne faut pas confondre avec les armes de chasse de la Préhistoire, elles sont au fondement même de la civilisation :

« Les inventeurs des bombes atomiques, des fusées spatiales et des ordinateurs sont les bâtisseurs de pyramides de notre temps : leur psychisme est déformé par le même mythe de puissance illimitée, ils se vantent de l’omnipotence, sinon de l’omniscience, que leur garantit leur science, ils sont agités par des obsessions et des pulsions non moins irrationnelles que celles des systèmes absolutistes antérieurs, et en particulier cette notion que le système lui-même doit s’étendre, quel qu’en soit le coût ultime pour la vie. »[5] (Lewis Mumford)

Mais peut-être pense-t-elle aux périodes plus récentes, celles qui commencent avec les premières extractions des métaux ? Si l’âge du cuivre, du bronze et du fer reconfigurent le système social, il ne faut pas oublier, comme l’indique Guillaume Roguet[6] dans son mémoire, que : « Ces mutations sur le long terme, visibles au travers de catégories maintenant bien étudiées et connues comme les sépultures et les dépôts non-funéraires puis au travers des objets qu’ils renferment, n’ont été cependant que peu appréhendées au travers d’une documentation qui se fait plus discrète et généralement plus humble : l’habitat. » Il ne fait aucun doute que l’exploitation du bronze puis du fer ont immédiatement intéressé les élites, mais il reste particulièrement difficile de rendre compte de la portée exacte des échanges dans la vie quotidienne, nos connaissances sur la Protohistoire étant en grande partie forgées par des dépôts, funéraires et non funéraires. Il est également souvent difficile de déterminer clairement si un site appartient à la catégorie des hameaux ou à celle des villages. Ainsi, lorsque le site de Dholavira est présenté aux spectateurs, par le biais d’une chercheuse, Uzma Rizvi, passionnée par les canalisations et la structure mathématique de la ville, il faut garder en tête que l’habitation des plus humbles est toujours la première à disparaître, pouvant être parfois si insignifiante qu’elle en est invisible. Ainsi en est-il encore avec nos sans abris qui dorment à même le sol, sous les ponts, dans le métro, lorsque cela est encore possible. Uzma Rizvi affirme cependant que les habitants de Dholavira étaient tous égaux, cultivés et libres et que : « Ce qui distingue Dholavira des autres sites c’est l’absence des palais monumentaux, on a une incroyable monumentalité au niveau de l’organisation et de l’agencement, de normalisation, une monumentalité de la pensée. On se croirait dans une ville moderne. Ils ont pris en compte l’environnement. Tout est planifié et orchestré, tout est contrôlé et réfléchi. » Une chose est sûre, Uzma Rizvi n’a pas tenu compte de l’environnement de Dholavira, elle l’isole des autres villes, villages et hameaux Harapéens, comme si une ville ne s’inscrivait pas dans un territoire plus large et complexe. Cette simplification permet au narrateur d’ajouter : « Ici les acteurs de la civilisation n’étaient ni les militaires, ni les bureaucrates, ni les religieux mais les marchands » Dholivara est présentée comme l’apothéose de la civilisation, l’exemple sur lequel le monde moderne devrait s’appuyer. Uzma Rizvi n’hésite pas à dire que « les gens mangeaient à leur faim, les rues étaient propres, il y avait peu d’inégalités et la paix régnait. » Mais d’où proviennent donc tant d’informations ? Des plaquettes écrites par l’élite marchande ?

Notre consultante en stratégie s’enflamme : « Avec le commerce est arrivée la paix et la civilisation a pris un tout autre visage, elle fonctionnait comme une entreprise moderne conçue pour maximiser ses propres avoirs en tissant un réseau souple d’intérêts communs. Désir d’échanges et de prospérité. Les pays qui commercent ensemble se font rarement la guerre. C’est la base d’une société civilisée. Commerce, prospérité, ville, production, consommation et civilisation. Les traders se sont substitué aux prêtres, et les pyramides ont cédé la place aux grattes ciel, monuments en notre foi en la prospérité. La confiance et le commerce s’entraînent mutuellement dans un merveilleux cercle vertueux. Pour faire des échanges il faut de la confiance… et les bénéfices sont exponentiels. Il faut faire confiance. Pour plus de liberté, d’autonomie, d’esprit d’entreprise, d’empathie humaine. »

 

La civilisation idéale, serait-elle une zone d’activité commerciale ? Tout cela ressemble étrangement aux villes imaginées et désirées par Richard Florida[7], chantre de la ville « créative, dynamique, innovante. » Pour cette élite intellectuelle, Dholavira serait donc l’ancêtre de Seattle.

Pour ces intervenants Dholavira aurait été un paradis terrestre, mais elle disparut tout de même, comme toutes les autres civilisations. L’explication qu’ils nous fournissent est remarquable : lorsque l’excédent commercial devient nul le tissu urbain se fissure et tout le système s’effondre. Belle propagande capitaliste qui menace le travailleur d’effondrement s’il refuse de participer à la création d’excédent commercial. Une seconde explication est donnée : la découverte d’un fossile humain touché par la lèpre fournit la preuve que le commerce sur de trop longues distances est vecteur de maladies et que la contagion peut aller jusqu’à causer l’effondrement d’une civilisation. Implicitement, ces récits nous plongent dans le cauchemar de l’extrême-droite : l’étranger comme vecteur de maladie. Est-il besoin de rappeler que l’usage de la maladie pour détruire une civilisation a été l’une des stratégies menées par les Européens contre les populations américaines ? Est-il nécessaire de rappeler les politiques actuelles menées par les gouvernements européens contre les réfugiés ? Certains diront que cela n’a rien à voir, qu’il faut parfois mettre de côté notre empathie et nos convictions pour être objectifs. Oui mais… une phrase, comme ça, en passant, qui n’a pas été coupée au montage, nous apprend que la région de Dholavira est devenue aride. Le réalisateur ne la retient pas, il préfère nous faire croire que ce sont la peste et la fissuration du système social qui sont responsables de l’effondrement. Pourtant, la peste ne cause pas l’aridification des terres. Par contre, la domestication des sols, comme nous le prouve encore chaque jour les bétonnages et monocultures, les appauvrit et stérilise. Les défenseurs de la civilisation sont des obsédés de la domestication, comme le prouve Jens Notroff, encore lui, qui s’émeut de la fin de cette merveilleuse civilisation de l’Indus, regrette que la nature ait repris ses droits, que la zone soit redevenue sauvage. Enfin, il est important de noter que la peste est transmise par les puces du rat, et que le rat n’a jamais été aussi proche de l’homme que depuis la domestication des céréales.

Ce que nous apprend ce documentaire c’est que la civilisation ne peut exister sans la ville, la guerre, la religion et le commerce. Ces quatre piliers forment le trône sur lequel vient s’asseoir le progrès, mot asséné sans relâche dans chaque épisode. Mais qu’est-ce que le progrès ? Le progrès, c’est l’innovation, l’avancée technologique, et rien d’autre. Il est ce dieu au nom duquel Tim Lambert et son équipe, suivant les volontés de l’élite dominante, nous demandent, à nous, les culs terreux, les domestiques, les ouvriers, les paysans, les femmes, les sans-abris, les incultes, de trimer sans nous inquiéter ni poser de questions. Ils nous demandent d’offrir notre confiance et notre force de travail à ce dieu, afin d’œuvrer pour quelque chose de plus grand, de plus glorieux que nos misérables vies individuelles. Ils souhaitent ardemment que nous travaillions ensemble pour qu’ils pensent, jouent, se goinfrent à notre place. Comme ils aimeraient que nous cessions de douter de leur générosité et de leur philanthropie ! Pour ceux qui en doutaient encore, ce qu’ils s’acharnent à nous enfoncer dans le crâne, à travers leur propagande insidieuse, c’est toujours et encore le mythe du progrès, et les outils dont ils usent pour maintenir et accroître leur domination sont la ville, la guerre, la religion, le commerce… et les médias, à travers lesquels ils réécrivent et falsifient l’histoire. Ce sont ces piliers qu’il nous faut détruire pour ne plus être dépossédés de nous-mêmes, de notre nourriture, de notre santé, de notre vie, de notre Terre et pour retrouver le savoir de nos ancêtres. Aux origines des civilisations n’est pas un documentaire mais un roman mensonger au service de l’élite, que le père de l’industrie de la propagande et des « relations publiques », Edward Bernays, dont les recommandations sont toujours soigneusement mises en pratique, n’aurait pas renié. Et le progrès qu’il nous vend n’est pas autre chose que la mécanisation et l’informatisation du vivant au service d’une minorité démente[8].

Ana Minski


  1. http://mitaghoulier.blogspot.com/2014/12/les-chamans-de-l... 
  2. http://mitaghoulier.blogspot.com/2018/01/art-prehistoriqu... 
  3. Territoires, déplacements, mobilité, échanges durant la Préhistoire, sous la direction de Jacques Jaubert et Michel Barbaza, CTHS, 2005 
  4. http://mitaghoulier.blogspot.com/2017/12/les-premisses-de... 
  5. http://partage-le.com/2015/05/techniques-autoritaires-et-... 
  6. Archéologie sociale de l’habitat de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer dans le Bassin parisien (2200–460 avant notre ère), Guillaume Roguet 
  7. Les « créatifs » se déchaînent à Seattle, Grandes villes et bons sentiments, Le monde diplomatique, novembre 2017, https://www.monde-diplomatique.fr/2017/11/BREVILLE/58080 
  8. http://partage-le.com/2018/07/les-ultrariches-sont-des-ps... 

 

 

 

11/09/2018

De la main à la chute de Marine Gross

 

éd. Le Citron Gare, août 2018

http://lecitrongareeditions.blogspot.com

 

Couverture De la main à la chute.jpg

90 pages, 10 €

 

Sublimes photos en noir et blanc de l’auteur qui mettent l’eau à la bouche, j’avoue cependant avoir eu du mal parfois à trouver l’accroche, à trouver l’ouverture pour pénétrer dans cet univers qui semble se dissoudre au fur et à mesure où il apparaît, parfois l’impression qu’un trop de mots, même si les textes sont très courts, vient noyer le lecteur pour lui cacher quelque chose qui n’est peut-être pas dit.  Une seule lecture ne suffira pas, De la main à la chute est le genre de livre qui ne se livre pas aussi facilement. Il commence par une série de poèmes numérotés, où il est question de filles, mystérieuses, nombreuses, très nombreuses et cet ensemble a un écho quasi eschatologique.

 

Dans le prologue il est indiqué :

« Épopée métallique d’une bande de filles

Traversant une vallée de cendres

Avec sous les pieds

Un peu de ciel

Presque dissous »

 

Puis s’enchaînent des poèmes plus ou moins courts mais complexes et je tombe alors sur ces vers qui semblent s‘adresser directement à moi :

« Pour l’heure

Cinglante

Puissions-nous t’accompagner

Dans cet étrange dédale »

 

C’est vrai, je me sens un peu perdue dans ce recueil, comme on peut l’être aussi dans ce monde. « Aménagement du désastre ». Alors je lis, je cherche à quoi me raccrocher pour reprendre souffle, mais :

« Le fait ne se décalque pas

Pas plus que le vent

Ne s’attrape ».

 

Mais je saisis cet indice, une fissure :

« Quand je parle

Je perds ma bouche

Elle se crache

Hors de moi

Avec les mots

Alors j’évite ».

 

C’est bien ce qu’il me semblait. De la main à la chute serait-il un carnet d’incantations, de prescriptions magiques censées l’arrêter, cette chute ?

 

« Reprendre ses esprits

Ne pas reprendre ses esprits

Laisser les fantômes

Attablés dans la pièce à côté

Ou entrebâiller la nuit

Et s’inviter à leur table »

 

Il y a bien des choses inquiétantes tout de même.

 

« Ombre visqueuse

Dans la bouche ils ruminent

Plein la bouche

Croient que la fumée se mange

Et que l’ombre s’en va avec du détachant. »

 

La poète semble pourtant savoir ce qu’elle fait, ce qu’il faut faire.

« Sois sans crainte bientôt dans la plaine le vent

Se lèvera et nous lècherons nos plaies comme de

petits animaux assoiffés »

 

La poésie permet des rituels étranges : « Je vais plier la maison (…) Et avant que le vent ne se lève Étendre la fumée ».

 

Le vent dans ce recueil semble un allié, encore une qui l’aurait chaussé à ses semelles ? Alors que le regard voit ce que d’autres peut-être ne voient pas, ou plus :

 

« Des peaux déposées

Pliées nettoyées

Défaites tragiques

À côté du lavomatic

Un corps »

 

Les poètes, ces êtres étranges, peuvent parfois comme les chamanes, expérimenter la dislocation de leur personne, se fondre, se confondre, dans la réalité qui les entoure.

 

« Si je regarde l’ampoule

Qui brille au plafond

C’est mes pieds qui fondent

Et disparaissent dans le crépitement

Du filament

Et quand j’entends les moteurs

Au loin

C’est tous mes os

Qui rutilent et pleurent

De ne pas être la voiture

Bleu métallique

Avec jantes argentées »

 

Mais ce sont les moineaux qui lui tiendront compagnie :

 

« Quand plissera le jour

(…)

Que les miettes tomberont

Avec les mots rassis

De la bouche à la manche

De la manche à la chute. »

 

Ce recueil serait-il une sorte de contemplation de la vanité, chute des mots comme chute de neige, pas de sens à chercher, à trouver, rien à quoi se raccrocher sinon le vent, se laisser partir ?

 

« Véloce le dernier visage

Quand son image écrasée derrière la vitre

se hache déjà »

 

Cathy Garcia

 

 

Marine Gross est née en 1971. Elle dit que pour elle, écrire, c'est « ... descendre dans l'intraduisible, en éprouver la secousse sans jamais l'amortir ... » (Roland Barthes, L'empire des signes). Que la poésie est un geste désarmé. De ceux qui ne cherchent pas à saisir, renoncent à revenir, s'effacent pour laisser place. Souvent à la lisière, elle s'assoit, pour guetter le passage. Celui qui réunit la clarté de la nuit à l'opacité du jour. Plusieurs de ses poèmes sont parus dans les revues papier et en ligne suivantes ; TraverséesTraction-BrabantFestival Permanent des Mots, VersoRevuFrichesRecours au poèmePaysages ÉcritsNouveaux DélitsPoésie/Première, MéningePoésie sur SeineLe capital des motsCabaretMicrobeComme en poésie, LibelleDe la main à la chute est son premier recueil.

 

 

Brésil - Sans savane, pas de vie

 

La pétition en ligne ici : 

https://agir.actionaid.fr/cerrado/?segment=0&utm_sour...

Les peuples autochtones et les communautés rurales qui vivent depuis des millénaires dans la savane du Cerrado réclament la protection de leur territoire.

 

Leur survie est menacée par l'expansion illimitée de l'agro-industrie pour la production d'eucalyptus, de soja et de bétail : plus de la moitié de la savane a déjà été dévastée.

 

Soutenons les gardien∙ne∙s de l’eau et de la biodiversité du Cerrado, qui demandent à leurs député∙e∙s d'accorder à leur territoire le statut de patrimoine national.

 

83 peuples autochtones

vivent dans le Cerrado, ainsi que des communautés fondées dès le XVIème siècle par d'ancien·ne·s esclaves (Quilombos) et d’autres communautés traditionnelles vivant de l’agriculture familiale, de la pêche et d’autres activités qui contribuent à entretenir un écosystème unique au monde.

LES DEGATS DE L'AGRO-INDUSTRIE

La savane du Cerrado occupe le quart du territoire brésilien, dans la zone centrale du Brésil, et s'étend sur 11 Etats. Ce « biome » est considéré comme le « berceau de l'eau du continent » car il alimente les plus grands bassins d'eau d'Amérique du Sud.

La principale menace à la survie du Cerrado est l'expansion illimitée de l'agro-industrie pour la production d'eucalyptus, de soja et de bétail. Entre 1988 et 2008, la production de soja dans le Cerrado est ainsi passée de 418 400 à 5,7 millions de tonnes. Elle a dépassé les 10 millions de tonnes en 2015. Et rien n’indique que les autorités brésiliennes ont l’intention de mettre fin à cette folie destructrice.

Ainsi une dépêche AFP du 9 juillet 2018 vantait des « terres disponibles et bon marché » avec « des conditions excellentes pour l'ouverture de champs immenses et l'exploitation agricole mécanisée et irriguée. »

9 500 km²

environ de savane ont été dévastés en 2015, soit une superficie plus grande que la Corse, entraînant la perte de plus de la moitié de la forêt indigène. C'est deux fois plus rapide que la déforestation de la forêt amazonienne.

LA RESISTANCE S'ORGANISE

Les peuples autochtones et les communautés rurales qui vivent dans le Cerrado ont développé une connaissance approfondie de la savane et de ses 12 000 espèces végétales, aux nombreuses vertus médicinales et nutritionnelles.

Leur mode de vie et leurs méthodes de culture, de pêche ou de cueillette contribuent à la préservation d'un écosystème unique au monde.

Aujourd'hui, les habitantes et les habitants de la savane s'unissent pour défendre leur souveraineté alimentaire.

« Nous faisons appel à la solidarité internationale parce que beaucoup d'argent provenant des Etats-Unis, d'Allemagne, de Suède ou des Pays-Bas est investi dans la déforestation du Cerrado et l'expulsion des habitant·e·s. »

« PAS DE CERRADO, PAS D'EAU, PAS DE VIE »

C’est le slogan que plus de 50 organisations brésiliennes ont choisi pour défendre le Cerrado contre la déforestation, la pollution et l'assèchement qu'entraîne l'expansion de l'agro-industrie.

Elles veulent pousser le parlement brésilien à conférer au Cerrado le statut de patrimoine national, qui protège déjà l'Amazonie, le Pantanal et la forêt atlantique depuis 1989.

20%

des réserves en eau de la planète se trouvent au Brésil. Pourtant les pénuries se sont multipliées ces dernières années dans le pays, où l’irrigation représente désormais 72 % de la consommation d’eau...

UNE ETAPE DECISIVE A FRANCHIR

Un projet de loi visant à conférer au Cerrado le statut de patrimoine national a été présenté au Congrès brésilien en 2010 et approuvé par le Sénat en 2013. Depuis lors, la Chambre des député∙e∙s n’a pas examiné ni adopté ce projet de loi. Or la Chambre des député∙e∙s va être renouvelée lors des prochaines élections d’octobre 2018.

Les gardien∙ne∙s du Cerrado veulent profiter de cette nouvelle donne pour pousser les député∙e∙s brésilien∙ne∙s à faire de la protection du Cerrado une priorité de leur mandat.

Ces communautés ont lancé des appels à la solidarité internationale, et leur pétition a déjà recueilli plus de 250 000 signatures au Brésil et dans les Amériques...

 

En signant cette pétition, vous demandez à la prochaine Chambre des député∙e∙s brésilienne de conférer au Cerrado le statut de patrimoine national.

Vos signatures lui seront remises par les représentant·e·s des communautés du Cerrado.

 

 

 

 

04/09/2018

Trans c'est mon genre, un documentaire d'Eric Guéret (2016)

 

 

 

01/09/2018

Lichen n°29 est en ligne !

 

Nouveau bandeau lichen.jpg

et j'ai le plaisir d'en être encore une fois et avec un extrait d'Aujourd'hui est habitable actuellement en souscription chez Cardère éd. !

 

éditorial de ce 29ème numéro par le directeur de publication, Élisée Bec :

L'autre matin, à la terrasse du « Café de France » à Banon, Claire me lit une citation de Guillaume Apollinaire qu'elle a notée sur son petit carnet : « La science est l'enchantement du monde. La poésie est le réel absolu. » et elle précise avoir trouvé, dans l'étymologie grecque du mot « poésie », le verbe « poiein » [ποιεῖν] (faire, créer), les substantifs « poiêtês » [ποιητής] (créateur, acteur, celui qui met en pratique, fabricant, producteur, inventeur...), « poiêsis » [ποίησις] (création) et « poiêma » [ποίημα] (ce qui est fait, acte, travail, œuvre...), ainsi que l'adjectif « poiêticos » [ποιητικός] (inventif, apte à fabriquer).

 

Recherchant la source de cette citation, je ne trouve rien sur la Grande Toile renvoyant à Apollinaire, mais cette citation de Novalis (Georg Philipp Friedrich, Freiherr [« baron »] von Hardenberg, 1772-1801) — dont se sera sans doute inspiré le poète — : « La poésie est le réel véritablement absolu. »

 

Tout un programme, donc ! Voilà qui nous éloigne un peu des images généralement accolées au poète, être éthéré, inefficace, perdu dans les nuages de la rêverie...

 

Ce mois-ci, ce sont 41 poètes (donc 41 créateurs, acteurs inventifs et productifs) que j'ai eu le plaisir de réunir dans ce numéro, dont 10 nouvellement venu(e)s que nous accueillons avec joie dans cet Atelier de Fabrication poétique qu'est devenue la revue Lichen au fil des mois...

Belle rentrée donc, puisqu'il faut rentrer (mais rentrer où ? rentrer dans quoi ?) !


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