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16/09/2017

Trans(e)fusées (ed. Gros Textes 2015) lu par Maryline Bertoncini

 

La bonne surprise du jour quand je tombe par hasard ce matin, sur cette note de lecture de Maryline Bertoncini, publié sur la Cause littéraire en aout 2015, à propos de Trans(e)fusées paru en 2015 chez Gros textes !!

 

 

Trans(e)fusée, 30 essais de décollage du réel, Cathy Garcia

40 page, 9 €

 

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Surréaliste ? Dada même, tant l’auteur se joue des codes de la bien-disante bienséance, dans ces poèmes et images en liberté, qui ne sont pas tant dénués de sens qu’ils ne secouent les clichés et tics du langage, pour en faire sourdre un sens autre, ordinairement inaccessible sous les couches policées du discours ou du jargon fleuri d’une certaine littérature – Langue embrouillée de poètes. Ici Une guêpe allumée dessine des jarretelles sur les pattes d’une musaraigne. Les laitues sont aux champs, les biches aux abois. Les murmures pourrissent sur des chemins d’épines.

Entre hypallage et contre-emploi des images, on a une idée de l’imagerie bouffonne qui accompagne le lecteur, partagé entre le rire et le plaisir de découvrir les contraintes d’écriture qui président aux poèmes – à-peu-près, logorallye… – on pense à Oulipo, à Prévert, à Raymond Roussel aussi, évidemment, dans ces textes qui ne se prennent pas le chou, ainsi que nous le précise l’auteur à sa façon dans le poème liminaire, fort justement intitulé D’Asile à Zoo C’est en toute quiétude que je ne fais nulle rature à ce texte savant. / J’étais déjà têtue dans l’utérus, malle à la dextre, à espérer n’importe quel joueur de yo-yo ou de balafon qui m’emporterait au Zaïre ou au plafond.

Extravagantes, ces jongleries nous promettent « trente essais de décollage du réel » – et nous promènent dans un cirque de mots, par-delà le cercle rugueux du réel, entre rêverie fantaisiste et réalités hétéroclites, où jongle la peau-était-ce ? (titre d’un poème) – amenant le lecteur à se demander si ce recueil – par ailleurs mine d’idées pour l’animation d’ateliers d’écriture – n’est pas aussi l’envers d’un art poétique – art peau-éthique en liberté – selon des termes proches de ceux utilisés par Cathy Garcia – par ailleurs rédactrice de la revue Nouveaux Délits – comme slogan de son blog : Une quête d’éthique plutôt qu’une étiquette.

 

Marilyne Bertoncini

http://www.lacauselitteraire.fr/transefusee-cathy-garcia

 

 

 

 

15/09/2017

Françafrique, 50 ans sous le sceau du secret, un film de Patrick Benquet (2010)

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Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied

Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 
Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 
(Photo Patricia de Melo Moreira / AFP)

Le Portugal n'a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d'une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s'est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?

Il y a un an, en juillet 2016, la Commission européenne entamait une procédure pour "déficit excessif" contre le gouvernement de Lisbonne. Le Portugal risquait une amende, selon Bruxelles, puisque il était censé ramener son déficit à 2,5 % de son PIB en 2015 au lieu des 4,4 % annoncés. La procédure a été abandonnée un mois plus tard. Etonnement, la France n'était pas soumise à la même pression, alors qu'elle n'avait pas — elle non plus — tenu ses engagements : 3,4% de déficit au lieu des 3% requis. Depuis, le phénomène s'est radicalement inversé : le Portugal a réduit son déficit à 2,1% en 2016 et devrait le ramener à 1,5% cette année. La France, elle, a abaissé péniblement son déficit à 3,3% en 2016 et table sur 3,2% cette année quand elle s'est engagée à atteindre... 2,8%. L'Espagne est encore à 4,5%.

Mais l'économie portugaise n'a pas réussi à réduire ses déficits par la baisse des dépenses publiques, des réformes structurelles du travail visant à "assouplir" les droits des salariés, ou en abaissant les protections sociales, comme le préconise la Commission européenne. C'est même l'inverse qui a été pratiquée au Portugal depuis un an et demi. Un choix qui explique certainement l'irritation très nettement affichée par Bruxelles au printemps 2016, lors des annonces de Lisbonne. 

> Portugal : les audaces de la gauche irritent à Bruxelles​

Mesures socio-économiques

Depuis novembre 2015, c’est un gouvernement socialiste qui est au pouvoir au Portugal, soutenu et poussé par une union des gauches, composée du Parti communiste portugais, des écologistes, et du "Bloco de esquerda", le bloc de gauche (gauche radicale).

>Ni austérité, ni populisme : le Portugal suit sa voie de gauche

Les choix économiques et sociaux de ce gouvernement se sont portés sur une politique clairement anti-austéritaire et antinomique avec celle pratiquée par le gouvernement précédent, de droite, qui avait gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Ce qui n'avait pas permis de réduire le déficit budgétaire ni le chômage significativement, mais avait fait exploser la précarité et la pauvreté dans le pays.

Le gouvernement du nouveau premier ministre, António Costa, depuis 2 ans, a donc appliqué des réformes qui avaient été déclarées dans son programme de coalition, en parfaite opposition avec la politique précédemment menée, comme le souligne cet extrait : "La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs."

Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23% à 22%. Ces deux augmentations du SMIC portugais ont passé le salaire minimum de 505€ à 557 €. Puis des mesures économiques à vocation sociale — mais aussi de relance du pouvoir d'achat — ont été prises : augmentation des retraites et des allocations familiales, renforcements du droit du travail, baisses des impôts pour les salariés les plus modestes, arrêt des privatisations de services et d'infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures par semaine. Sur le plan purement économique, la stratégie portugaise n'a pas été non plus en accord avec les demandes de la Commission, et se sont pourtant avérées payantes.

Politique anti-austéritaire de relance par la demande

Le chômage se situait à 14,4% en 2014, après une année noire à plus de 16% en 2013, puis s'était stabilisé en 2015 — mais toujours à un niveau élevé — à 12,2%. En 2016, une nouvelle décrue l'a fait parvenir à 11,1%, et en 2017, le chômage est à 8,8% au deuxième trimestre, ce qui laisse envisager, selon les spécialistes, un taux pour de 9,4% pour l'année entière. Un chômage potentiellement inférieur à celui de la France. Les projections actuelles des instituts tablent sur un chômage portugais à 7% en 2019, le plus bas depuis 2004.
Le virage actuel des politiques économiques du pays n'est pas étranger à cette nette amélioration des créations d'emplois sur deux années consécutives avec pour conséquence la progression de la croissance du PIB, évaluée pour 2017 à 2,5%, contre 1,9% pour la zone euro et seulement 1,5% pour la France. Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a confirmé ces bons résultats en juillet à Lisbonne, indiquant que "la réduction du déficit au Portugal est durable" et que "la croissance sera probablement supérieure à 2,5% en 2017". Malgré tout, l'ancien ministre français de l'économie de François Hollande a tenu à dire au gouvernement portugais que "sur le plan du marché du travail, il faudra veiller à mieux intégrer les chômeurs de longue durée." 

Le ministre de l'économie du Portugal, Caldeira Cabral, explique cette reprise économique par plusieur facteurs. Le premier est celui d'un renouveau d'industries orientées à l'export telles que l'automobile, les chaussures ou encore le textile qui avaient quasiment disparu du paysage. Les industriels, installés depuis des années dans les pays de l'Est pour la main d'oeuvre très bon marché, sont en train de revenir vers le Portugal, à la recherche d'une meilleure qualité professionnelle tout en conservant des coûts salariaux avantageux. Les investissements sont effectivement en hausse depuis deux ans, particulièrement dans l'industrie automobile. Caldeira Cabral pense que la hausse des revenus joue aussi, en redonnant confiance aux investisseurs, aux entreprises, avec une demande interne qui augmente et une progression de la consommation vers des produits de meilleure qualité.

Cette politique de relance par la demande, confortée par une politique sociale du mieux-disant est dans le même temps tirée par une revitalisation du tourisme grâce — entre autres — à des projets immobiliers haut de gamme. Plutôt miser sur la qualité, donc que sur les prix bas. Pierre Moscovici, sur ce plan, a tenu à souligner, toujours lors de sa visite de juillet dernier, "Le retour de l’investissement à la fois externe et interne, les bons résultats des exportations ainsi que le boom du tourisme". Mais sur le plan budgétaire, le Commissaire français a étrangement déclaré que "les efforts doivent être poursuivis pour réduire le déficit structurel", alors que le pays est devenu l'un des meilleurs élèves de la classe sur ce sujet, tandis que la France ou l'Espagne ne le sont toujours pas...

Nouveau modèle portugais très discret

Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l'Europe n'ont pas réussi à sortir la tête de l'eau : les déficits budgétaires sont souvent supérieurs aux critères européens, le chômage y est toujours très élevé, les problèmes sociaux causés par la précarité persistent. Les prêts concédés par le FMI, sous l'égide de la BCE et de la Commission européenne pour aider ces pays à retrouver un peu de vigueur et payer leurs dettes ont été tous accompagnés d'obligations de réductions des déficits, par une baisse des dépenses publiques et des demandes précises, comme le gel des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, la baisse des prestations sociales.

Ces politiques dites d'austérité ont été doublées de réformes structurelles du marché du travail visant à assouplir les droits des salariés pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ces réformes du marché du travail sont elles aussi une demande de Bruxelles. La Grèce, l'Italie ou l'Espagne ont effectué ces politiques d'austérité et ces réformes sans succès concret. Tout comme le Portugal jusqu'en 2015. L'Italie, si elle a baissé ses dépenses et a atteint un déficit inférieur à 3% en 2016, n'arrive pas à faire baisser son chômage qui est supérieur à 11%. En Espagne, le chômage est à 18,7% au premier trimestre 2017, et le déficit public ne colle toujours pas aux critères de Bruxelles : 3,6% en 2016. L'échec des politiques de rigueur budgétaire accompagnés des "assouplissements du marché du travail" ne permettent visiblement pas de faire repartir ces économies. 

Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu'une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l'amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que "l'austérité ne fonctionnait pas". De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l'institution internationale qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infracstructures et services.

Malgré tout, si l'exemple portugais était mis en avant, il pourrait être une piste intéressante de redressement "par le haut" des Etats de la zone euro encore affectés par la crise. Une sorte d'espoir de changement économique et social permettant une sortie de crise. A moins que le modèle économique allemand, de plus en plus contesté pour ses effets sociaux négatifs, ne cède la place au modèle suédois qui semble attirer des dirigeants politiques, dont Emmanuel Macron ?

>Suivre le modèle allemand ? Chiche ! (Article de février 2012)

Le modèle suédois reste malgré tout difficile "à vendre", bien que sa réussite économique soit réelle : ce pays n'est pas dans la zone euro, possède depuis longtemps l'un des niveaux de vie les plus élevés du monde, et surtout, ses salariés sont syndiqués à 80%.

Il n'est donc pas certain qu'appliquer les méthodes sociales et économiques en cours en Suède soit possible si facilement pour des pays de la zone euro. Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l'euro... Pour l'instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne.
 
 
 
 

13/09/2017

Monsieur le Président, j'aime les réformes et j'en ai marre des fainéants, cyniques et extrémistes

 

Monsieur le Président, il est des rapprochements inattendus ...: figurez vous que je suis d'accord avec vous sur tous les propos qu'on vous reproche. En revanche, sur la lecture à en faire, nos vues divergent. Sur les réformes : vous vous trompez. Comme la majorité des Français, je les adore. Une réforme, c'est un changement de modèle, une transformation d'ampleur, quelque chose que l'on sent dans sa vie au quotidien. Lorsqu'on entre dans l'ère des congés payés, regardez les clichés des ouvriers découvrant le droit à être payé alors qu'on est en vacances. Merveille ! Et la Sécu ! Vive la sociale, monsieur le président, quelle réforme incroyable. Idem pour les retraites par répartition. La réforme des intermittents qui permet à la France de connaître une vigueur culturelle à nulle autre pareille. Ca, ce sont des réformes. Ce à quoi vous pensez, cela s'appelle des ajustements, de la dentelle. Qui verra sa vie changer par un point de CSG, un trimestre en plus, une niche fiscale ? Ca sont des lignes comptables, pas des réformes, monsieur le Président.

En bon libéral comptable classique sans vision aucune, vous me direz que les réformes que je cite appartiennent à un monde passé et qu'aujourd'hui, seuls les ajustements demeurent. C'est intellectuellement paresseux et cynique et signe de l'extrême libéralisme qui s'étend de plus en plus fortement depuis une trentaine d'années. N'avez-vous pas honte de nous prendre à ce point pour des billes ? Idéologiquement, ce que vous proposez est à 100% aligné sur ce qui fut fait. 100%. Déréguler, affaiblir les protections sociales, baisser la fiscalité du capital c'est exactement ce que vous proposez. Seuls les degrés divergent. Foncer vers l'abîme à 150km/h au lieu de 130, en somme.

Des réformes, aujourd'hui, il en reste plus que jamais à faire. Pour la planète : instaurer une règle verte énergétique, alimentaire, dans les transports, fiscale. Changer radicalement la façon dont on produit, établir un principe de pollueur payeur absolu, imposer 100% d'agriculture bio et locale dans les cantines scolaires, c'est jouable demain. Demain. Vous avez décidé de diminuer fortement les subventions à l'agriculture bio pour encourager l'agriculture intensive. Déplorable.

Pour les millions de nouveaux travailleurs indépendants précaires, les travailleurs forçats des plateformes numériques, une réforme d'ampleur pour les doter d'une sécurité sociale, d'une retraite, d'une assurance chômage. Une autre sur les logements vides à interdire, sur le droit inaliénable à la mobilité et à la migration, bref il y a tant de réformes souhaitables pour aller vers un monde meilleur, mais pour cela il faudrait des gouvernants non cyniques, non enferrés dans une paresse intellectuelle sans nom, pas des extrêmes libéraux.

par Vincent Edin

 

Vincent Edin, journaliste indépendant. Après avoir débuté au Point (2002-2004), il a travaillé pour divers titres de presse professionnelle, spécialisé d'abord dans l'enseignement supérieur puis le médico-social. De 2007 à 2009, il a pris la responsabilité des événements d'ADMICAL (think tank des entreprises mécènes) avant de devenir indépendant. Auteur de livres parmi lesquels Insertion le temps de l'action (Autrement 2010), Lancer sa collecte de fonds (Dalloz 2012) et Chronique de la discrimination ordinaire (Gallimard 2012).

 

 

 

 

 

07/09/2017

Henri Guillemin - Le libéralisme (1972)

Dans sa série de conférences télévisées sur le thème "L'autre avant guerre - 1871-1914", l'historien Henri Guillemin évoque le libéralisme économique.

 

 

Aller plus loin : https://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/3477...

 

 

 

01/09/2017

Les buveurs de lumière de Jenni Fagan

 

traduit de l’anglais (Écosse) par Céline Schwaller,

Métailié, 24 août 2017

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304 pages, 20 €.

 

Si le contexte des buveurs de lumière est une dystopie - nous sommes en 2020 et la planète entière bascule dans une ère glaciaire -, ce qui nous est raconté est très intimiste et contraste nettement avec le chaos dans lequel plonge le monde. Bien que la plupart des personnages soient plus ou moins des marginaux, ils en ressortent surtout splendidement ordinaires, juste humains, avec peut-être un peu plus de courage, d’amour et de douceur que la norme, ce que les difficultés de la situation ne font que mettre en lumière.

 

Dans la petite communauté de Clachan Fells située au nord de l’Écosse, Stella et Constance, sa mère, vivent en caravane, dans un quartier de caravanes au pied des montagnes, entre des champs, une zone industrielle, une grande décharge et la mer. Quartier qui abrite une faune hétéroclite, star du porno, couple sataniste…, chacun vivant plus ou moins dans sa bulle sans déranger les autres et se débrouillant comme il peut. L’hiver est déjà habituellement rude dans la région, mais cette fois il est plus qu’hors norme. Les températures chutent peu à peu jusqu’à atteindre - 56 au mois de mars, un immense iceberg dérive vers le port et la petite vie de l’agglomération est complètement chamboulée. La situation est mondialement épouvantable mais à Clachan Fells la survie s’organise. Constance elle-même est une sorte de survivaliste, une femme libre, courageuse et débrouillarde, qui protège autant que possible sa fille Stella, son ex-petit garçon devenu une ado en pleine transition de genre, ce qu’acceptent mal les désormais anciens camarades de cette dernière, mais aussi son père, taxidermiste.

 

C’est dans ce quartier que débarque Dylan, après avoir hérité par surprise d’une des caravanes. Sa mère et sa grand-mère sont décédées l’une après l’autre, et il trimballe leurs cendres dans un tupperware et un pot à glace. Après avoir vécu toute sa vie à Londres, dans un petit cinéma d’art et d’essai de Soho, tenu par son aïeule et qui a été saisi à la mort de cette dernière, il est à la fois très malheureux et complètement paumé et ne comprend pas bien pourquoi sa mère avait acheté cette caravane au fin fond de l’Écosse, ni ce qu’elle pouvait bien y faire.

 

Stella va très vite lier connaissance avec lui, un nouveau venu n’étant pas de trop pour rompre son propre isolement et petit à petit, Dylan et Constance vont se rapprocher. Et dans ce bout du monde et cette atmosphère de fin du monde, petit à petit et goutte à goutte le bonheur se distille, comme le gin que Dylan se met à fabriquer comme le faisait sa grand-mère, pour tenir le coup et se réchauffer. Mais c’est surtout grâce à la chaleur du cœur et sans aucune prétention, que la vie continue à tenir la mort, les mauvaises nouvelles et le chagrin à distance. Il n’y a rien d’extraordinaire dans Les buveurs de lumière, juste des gens simples, un peu rudes même, qui se débrouillent avec leur douleurs, leurs fantômes et qui tiennent le coup avec du bric et du broc et beaucoup de tendresse. La vivacité, la force et l’humour féroce de Stella et l’amour absolu que mère et fille partage, sont assez vastes pour y accueillir un grand gosse barbu et tatoué, vraiment très grand et d’autres encore, comme le vieux voisin Bernache. Entraide et solidarité, pas de vains mots, juste des évidences, des actes de survie que vient couronner la splendeur d’une aurore boréale.

 

Un roman idéal à lire en période de canicule, qui donne envie d’avoir froid pour pouvoir se blottir contre celles et ceux que l’on aime, étrangement beau, sans aucune fioriture mais chargé d’une poésie un peu sauvage, avec des personnages tranchés, entiers, des femmes fortes, des hommes doux, qui dans la nuit de glace qui les envahit, apprennent à boire et partager la lumière.

 

Cathy Garcia

 

jenni-fagan-.jpgJenni Fagan est née en Écosse en 1977. Elle étudie l’écriture créative à l’université de Greenwich, puis remporte une bourse pour la Royal Holloway de Londres. Elle a publié plusieurs livres de poésie, dont le dernier, The Dead Queen of Bohemia, se trouve parmi les Best Scottish Poems 2017. En 2013, elle figure sur la liste des jeunes écrivains britanniques les plus prometteurs publiée par Granta. Elle travaille comme écrivain en résidence dans des unités de néonatologie, des prisons pour femmes, avec des aveugles, des jeunes délinquants, des femmes en danger, et à l’université d’Édimbourg. En 2016, le Sunday Herald Culture Awards la couronne écrivain de l’année. La Sauvage (The Panopticon), son premier roman, traduit en neuf langues, bientôt au cinéma, est immédiatement encensé par la critique, qui la compare à Anthony Burgess (L’Orange mécanique) et Irvine Welsh (Trainspotting).

 

 

 

 

31/08/2017

Ultime message de Christine Singer (1943-2007)

 

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" C'est du fond de mon lit que je vous parle - et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c'est à... chacun de vous - à chacun de vous, que je parle au creux de l’oreille.
Quelle émotion ! Quelle idée extraordinaire a eue Alain d’utiliser un moyen aussi simple, un téléphone, pour me permettre d’être parmi vous. Merci à lui. Merci à vous, Alain et Evelyne, pour cette longue et profonde amitié - et pour toutes ces années de persévérance.
Des grandes initiatives, comme c'est facile d'en avoir ! Mais être capable de les faire durer - durer - ah, ça c'est une autre aventure ! Maintenant ces quelques mots que je vous adresse.
J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon oeuvre, toute mon écriture était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c'est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage.
Alors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre. Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable.
Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C'est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous.
On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore - et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.
Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige.
Au fond je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte.
Et puis, il y a autre chose encore. Avec cette capacité d’aimer - qui s’est agrandie vertigineusement - a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent - parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent ! Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille. Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour.
En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré.
Alors, amis, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère.
Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le cœur, je m’incline devant chacun de vous "

Christiane SINGER

 

28/08/2017

Soutenir un blogueur de Médiapart mis en procès par AREVA

 

En soutien à Jean-Jacques MU, blogueur et éditeur http://www.abceditions.net/, qui passe au tribunal le 12 septembre, attaqué par AREVA, pour avoir exercé son droit à l'expression, voir article ici :
 
AREVA attaque la liberté de la presse en s’en prenant à un blogueur de Médiapart
 

Un lecteur-contributeur de Médiaparti est poursuivi par AREVAii devant la 17° chambre correctionnelle de Paris le 12 septembre 2017 pour avoir relayé une information de notoriété publique. La liberté de la presse est menacéeiii.

1. Un lecteur-contributeur de Médiapart, Jean Jacques M’Uiv, avait relayé fin juillet 2014 une communication politique écologiste de la Coordination antinucléaire du Sud-Est (CAN-SE)v mentionnant la société AREVAvi. La société AREVA s’est constituée partie civile contre lui puis contre les antinucléaires de la CAN-SE. Les abonnés et le journal doivent se mobiliser et soutenir efficacement Jean-Jacques M'U puisque le résultat du procès affectera leur liberté d’expression.

2. Médiapart promeut un média-collaboratifvii avec ses lecteurs-contributeursviii, le partage et la promotion d’une communauté de valeurs attachée à la défense de la liberté de la presse – une branche de la liberté d’opinion et de la liberté d’expressionix. Médiapart a notamment porté le débat des lanceurs d’alertesx, de la « démocratie environnementale »xi et s’applique à dénoncer l’injustice, la corruption, … L’action de Jean-Jacques M'U s’inscrit dans ces principes du journal, les « impératifs catégoriques »xii d’un Etat de droit moderne et démocratique.

Attaquer un blogueur de Médiapart c’est attaquer la liberté de la pressexiii et le journal

3. Un blog est un organe de pressexiv et il a donc la même nature juridique que le journal Médiapart. Quiconque s’attaque à un blog du journal s’attaque donc au journal et aux principes qu’il prétend promouvoir et défendre.

4. S’attaquer au blogueur est un moyen bon marché et rapide de faire de la jurisprudence mobilisable ensuite contre les journalistes (puisqu’un blog est un organe de presse). Les opposants à la liberté d’expression ne peuvent que se féliciter de l’action d’AREVA qui les aide ainsi à progresser dans leur entreprise de décrédibilisation et de musellement de la presse.

5. Un individu isolé n’a pas les ressources d’un groupe de presse. Médiapart ne peut pas ne pas soutenir Jean-Jacques M'U sans provoquer d’interrogations dans la communauté de ses lecteurs contributeurs. La solidaritéxv n’est pas à sens uniquexvi. Une communauté est solidaire ou elle n’est pas. Une condamnation exposera nécessairement à l’avenir tous les contributeurs et le journal.

6. Le journal peut d’autant s’engager aux côtés de Jean-Jacques M'U qu’une argumentation juridique substantielle permet de critiquer la plainte et la validité de la procédure.

L’attaque contre Jean-Jacques M'U est infondée en droit et en fait.

7. C’est un abus de droitxvii dans le sens où AREVA invoque le respect d’un droit personnel pour faire échec à des droits fondamentauxxviii au mépris des informations notoires qui établissent la nocuité de son activitéxix.

8. Le nucléaire est dangereuxxx (pollution des océans et des ressources halieutiques par les barils de déchets radioactifs jetés à la merxxi, catastrophe de Tchernobyl, catastrophe de Fukushima, …). Les pollutions à l’oxyde d’uranium démontrent la dangerosité de ce métal, même en dehors de sa transformation dans le but de produire de l’énergie électrique. Reprocher à un individu de relayer des propos communément connus est manifestement infondé et donc abusif.

AREVA fait grief au principe d’égalité des armes

9. AREVA est souvent mis en cause publiquementxxii et n’a jamais contesté les informationsxxiii ni attaqués la pressexxiv. Il y a une contradiction à ce qu’AREVA acquiesce aux dénonciations publiques et ne s’en prenne qu’à un particulier qui relaye des informations d’intérêt généralxxv. Il y a une discrimination à poursuivre le faible et à s’en abstenir pour le fort. Ce n’est pas courageux et cela établit la disproportion de l’action d’AREVA contre Jean-Jacques M’U.

10. Qu’un grand groupe industriel puissant choisisse de s’en prendre à un particulier isolé plutôt qu’à des organes de presse signale une stratégie qui fait délibérément grief au principe d’égalité des armes et du droit à un procès équitable que l’État a l’obligation positivexxvi  de garantir : « La Convention a pour but de protéger des droits non pas théoriques ou illusoires mais concrets et effectifs » (CEDH Airey 9 octobre 1979)

L’inversion normative caractérise la plainte d’AREVA

11. L’abus de droit à invoquer une norme inférieure pour faire échec à des droits fondamentaux fait grief à la Convention européenne des droits de l’Homme. Les droits de l’Homme sont d’ordre public puisqu’ils sont l’ordre public européen et internationalxxvii.

12. Il y a dès lors inversion normative à invoquer une norme inférieur pour faire échec à des droits fondamentaux et la Cour européenne des droits de l’Homme prohibe les procédures formelles qui ont pour effet de faire échec aux droits de l’Homme.

13. Il y a une erreur juridique à accueillir la plainte d’une entreprise voulant faire prévaloir un droit personnel sur les valeurs fondamentales d’une société démocratique moderne dont le but est de garantir le bien-être généralxxviii. AREVA ne défend pas un intérêt général.

AREVA s’attaque à un défenseur des droits de l’Homme

14. Le droit à un environnement sain est un droit de l’Hommexxix. Il contribue à garantir la dignité humaine, matrice de tous les droits de l’Homme. Jean-Jacques M'U est donc un défenseur des droits de l’Hommexxx. Le droit à un environnement sain est également garanti par la Constitutionxxxi.

15. La plainte d’AREVA ne devrait pas pouvoir prospérer ainsi au mépris de la hiérarchie des normes puisqu’elle vise à faire prévaloir un intérêt particulier au mépris d’un intérêt général, de valeur normative supérieure, garanti par le droit international et le droit constitutionnel.

Le ministère public a une obligation d’impartialitéxxxii et il veille au respect de la loi, conformément au principe de la hiérarchie des normesxxxiii.

16. Jean-Jacques M'U a droit à un procès équitable et l’autorité judiciaire a l’obligation positive de le garantir. Le parquet - comme le PNFxxxiv ou celui de Brestxxxv - doit s’emparer des informations publiées sur le nucléaire et enquêter dessus ; car la pollution, l’atteinte à l’environnement, sont sanctionnées par le droit pénal. Le droit pénal protège ici un droit de l’Homme.

17. La France poursuit et condamne « le fait d'introduire dans l'atmosphère, sur le sol, dans le sous-sol, dans les aliments ou les composants alimentaires ou dans les eaux, y compris celles de la mer territoriale, une substance de nature à mettre en péril la santé de l'homme ou des animaux ou le milieu naturel »xxxvi. Ce comportement criminel – comme la fraude fiscalexxxvii - est par lui-même « terroriste » selon la définition de la Convention du Conseil de l’Europe pour la prévention du terrorismexxxviii . La mise en danger de la vie d’autruixxxix et l’empoisonnementxl justifient une enquête.

18. Il y aurait une incohérence grave à voir triompher contre les évidences et la Charte de l’environnement une plainte qui fait grief à un ensemble substantiel de droits fondamentaux, au mépris des obligations positives des institutions à en garantir l’efficacité.

L’État – qui a l’obligation positive de garantir l’effectivité des droits de l’Homme - est le plaignant contre Jean-Jacques M'U !

19. L’État a d’autant plus l’obligation positive de garantir l’effectivité des droits de l’Homme qu’il peut agir directement puisqu’il est propriétairexli de la société AREVA et peut lui ordonner de se désister de la procédure.

20. L’article deux de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyenxlii pose l’obligation aux associations politiques de défendre et de garantir les « droits imprescriptibles » qui s’entendent aujourd’hui comme tous les droits de l’Homme selon l’interprétation évolutive et téléologique des de la Cour européenne des droits de l’Homme.

21. Le président de la République, le gouvernement, la majorité sont des membres d’une « association politique » dont la légitimité de l’autorité ne découle pas du vote. L’élection n’est que le mode de désignation des mandataires à qui le peuple souverain délègue l’exercice du pouvoir. L’autorité tire sa légitimité du respect des règles de la République, de la Loi, dont le but est de garantir le bien-être général et oblige donc à s’opposer aux intérêts particuliers qui veulent y faire échec.

22. La majorité, le gouvernementxliii et le président ont donc logiquement l’obligation d’ordonner à AREVA le retrait de sa plainte; puisque cette plainte fait grief aux droits de l’Homme et qu’en la laissant prospérer ils méprisent le respect du droit qui fonde les institutions et dont ils sont les gardiens. Cette abdication à leur fonction les prive de toute autorité légitime à se maintenir.

23. Les démocrates sincères des associations politiques de l’opposition interpelleront le gouvernement sur sa responsabilité dans le comportement abusif d’AREVA à l’égard de Jean-Jacques M'U au mépris des droits fondamentaux de la Républiquexliv.

24. Ce qui précède suffit à démontrer l’importance à soutenir Jean-Jacques M'U dont l’action s’inscrit pleinement dans les principes de l’appel de Médiapartxlv  :

MediaPart a besoin de vous.

Pour se faire connaître, pour sensibiliser l’opinion, pour animer la discussion.

Chacun constate la crise de la presse, mais tout le monde ne se sent pas concerné.

Chacun se lamente sur l’uniformité de l’information, mais tout le monde ne se sent pas mobilisé.

Chacun s’étonne du manque de pluralisme, mais tout le monde ne se sent pas requis.

C’est ce mur de (relative) indifférence qu’il faut nous aider à abattre.

 

L’appel à manifester le 12 septembre peut être solidaire de Jean-Jacques M'U, qui défend, lui aussi, le respect de droits fondamentaux compromis par des « investisseurs ».

 

Pour soutenir :

Jean-Jacques Masot-Urpi

6, rue du Majou

46300 Gourdon

contact soutien jjmu <contact.soutien.jjmu@gmail.com>

 

NOTES :

i Le site de Jean-Jacques M’U sur Médiapart : https://blogs.mediapart.fr/jjmu

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/patrick-cahez/blog/250817/arev...

 

 
Couverture_5__Limpossible_procès_-_page_de_couverture.jpgPour aider, on peut aussi commander notamment (il est éditeur) L'impossible procès du nucléaire - voir ici :

http://www.abceditions.net/nos-parutions/6-nos-parutions/...

MERCI pour lui et pour la liberté de la presse face aux géants comme AREVA !!!
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

11:40 Publié dans AGIR, NUCLEAIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

23/08/2017

États-Unis – Nouveaux OGM : armes de destruction massive ?

 

Les nouvelles techniques de modification génétique posent question en termes de sécurité. En décembre 2016, dans son rapport d’évaluation des menaces mondiales, le directeur du Renseignement national étasunien, James R. Clapper, les a classées dans la catégorie « Armes de destruction massive ». Six mois plus tard, en mai 2017, son successeur, Dan Coats, les classe parmi les technologies « émergentes et de rupture  »... et en fait la promotion.

Les techniques de modification génétique (Crispr/Cas9, méganucléases, mutagénèse par oligonucléotides…) ne font pas l’objet que d’attentions commerciales. Vantées comme bon marché et faciles à mettre en œuvre – ce qui reste très relatif –, elles inquiètent tout de même nombre d’institutions impliquées dans la « sécurité ». En France, le Conseil national consultatif sur la biosécurité publiait ainsi en février 2017 un rapport concluant notamment que la biologie de synthèse « pose la question de la possibilité de recréer de novo des microorganismes [et] (...) des virus dont la virulence et la contagiosité pourraient présenter de réels risques pour la sécurité sanitaire des populations » [1]. Aux États-Unis, on s’interroge aussi...

En 2016, les nouvelles techniques de modification génétique sont des armes de destruction massive

En 2016, James R. Clapper est le conseiller du Président des États-Unis, Barack Obama, pour les questions de sécurité nationale. À ce titre, il supervise les différentes agences de renseignement du pays et publie un rapport annuel destiné à la Commission des forces armées du Sénat des États-Unis qui liste les menaces identifiées.
En 2014 et 2015, le rapport annuel ne comporte aucune mention précise des techniques de modification génétique mais, dans l’introduction du paragraphe sur les armes de destruction massive, Clapper explique que « les technologies et matériels biologiques et chimiques [...] pénètrent facilement l’économie globalisée. [...] Les dernières découvertes en sciences de la vie diffusent également globalement et rapidement ».
Un début de réflexion qui aboutira, en 2016, à leur classement explicite comme armes de destruction massive, à l’instar du programme de développement d’armes nucléaires nord-coréen, de l’armement nucléaire chinois ou encore des armes chimiques syriennes et irakiennes. Le rapport précise que « la recherche sur [ces nouvelles techniques] effectuée par des pays ayant des normes réglementaires ou éthiques différentes de celles des pays occidentaux augmente probablement le risque de création d’agents ou de produits biologiques potentiellement dangereux. Compte tenu de la large distribution, du faible coût et du rythme accéléré de développement de cette technologie à double usage, son utilisation délibérée ou non intentionnelle pourrait entraîner des conséquences importantes sur le plan de la sécurité économique et nationale » [2].

En 2017, changement de personne... et de position

À la suite de sa démission fin 2016, James R. Clapper est remplacé en mars 2017 par Dan Coats, ancien sénateur de l’état de l’Indiana. Deux mois plus tard, en mai, le rapport annuel sur les menaces mondiales [3], signé Dan Coats, est rendu public. Et dans ce rapport, les techniques de modification génétique ne sont plus classées dans les armes de destruction massive mais parmi les « technologies émergentes et de rupture ». Et si l’auteur du rapport reconnaît qu’elles posent «  de nouvelles questions éthiques et de sécurité », il leur porte surtout un œil favorable et considère que « le développement des technologies de modification du génome accélère le rythme auquel nous pouvons développer de nouvelles approches pour aborder les défis médicaux, sanitaires, industriels, environnementaux et agricoles et révolutionner la recherche en biologie. Néanmoins, ce rapide développement et le large spectre d’utilisation devraient constituer un défi pour les gouvernements et la communauté scientifique souhaitant développer un cadre réglementaire et éthique ou des normes pour encadrer une utilisation responsable de ces technologies ».

Promouvoir les biotechnologies, Dan Coats sait faire : en mai 2013, avec 25 autres sénateurs, il demandait déjà, dans une lettre aux secrétaires d’État à l’Agriculture et au Commerce d’alors [4] que le gouvernement des États-Unis agissent contre « les barrières commerciales sur les cultures dérivées des biotechnologies qui impactent tant les agriculteurs américains que les consommateurs à l’international pour qui ils travaillent ». Pour lui, « les réglementations asynchrones, les politiques de tolérance zéro et les requis de réautorisation sont parmi les obstacles réglementaires les plus répandus et coûteux ». En clair, des refus de cargaisons étasuniennes à cause d’un OGM non autorisé dans le pays importateur, même à l’état de traces, ne devraient plus avoir lieu comme ce fut le cas en Europe avec le riz LL par exemple ou en Chine avec le maïs Viptera [5].

En novembre 2016, c’est au Président des États-Unis, Barack Obama, que le sénateur écrit [6]. Il souhaite réaffirmer la nécessité de s’assurer que « la Chine maintienne et adhère à un système d’autorisation des produits issus des biotechnologies agricoles basé sur la science ». Cette déclaration intervient dans un contexte où les États-Unis augmentent encore leur pression sur les autres pays pour ouvrir leur marché aux biotechnologies agricoles comme en témoigne la position défendue par le secrétaire d’État au Commerce, Robert Lighthizer [7]. Pour le sénateur, « quand le gouvernement chinois échoue à être transparent, à utiliser la science et à respecter ses délais de décision, cela impacte la capacité des agriculteurs [étasuniens] à avoir accès au marché chinois mais également leurs capacités à utiliser les meilleures technologies agricoles innovantes dans leur champs [aux États-Unis] ».

Considérer ces technologies comme armes de destruction massive ne colle pas avec la vision politique que défend depuis plusieurs années ce nouveau conseiller. Malgré ce « déclassement » plus que discret, le sujet continue de retenir l’attention du monde de la sécurité aux États-Unis. Fin août 2017, un rapport intermédiaire devrait sortir, émanant des Académies de sciences, visant à évaluer le changement de nature des menaces biologiques à l’ère de la biologie de synthèse. Une évaluation destinée à « assister le Programme de défense chimique et biologique du ministère étasunien de la Défense » et pour laquelle une consultation publique est en cours [8]. Inf’OGM rendra compte du contenu de ce rapport intermédiaire.
Mais on peut d’ores et déjà constater que les techniques de modification génétique posent la question d’un risque d’utilisation pour élaborer des armes. La position de Dan Coats suggère que ce risque ne doit pas remettre en question leur développement commercial. Cette confiance aveugle à pouvoir gérer ce risque laisse pantois...

Source : https://www.infogm.org/6317-etats-unis-nouveaux-ogm-armes-destruction-massive

20/08/2017

Gregory Mutombo - Terrorismes...

Les temps actuels, par leur intensité, nous obligent à réaliser de profondes prises de conscience. La principale doit nous conduire à mesurer notre responsabilité dans le déroulement et le contenu du spectacle du monde.

Les temps ne sont plus à commenter avec effroi, stupeur, colère, indignation, résignation ou sentiment d’impuissance ce qui se joue devant nous, comme si cela était séparé ou indépendant de nous, comme complètement coupé de nos scénarios intérieurs. Car, que nous l’assumions ou non, ce qui se joue devant nos yeux est le fruit de nos entrailles. Ce qui se joue devant nos yeux est l’expression manifeste de ce que nous portons et produisons individuellement et collectivement. Ce qui se joue devant nos yeux est la densification terrifiante de toutes les paroles et pensées que nous émettons, si souvent empreintes de dualité, de condamnation, de jugement, de rejet, de peur.

Si nous nous croyons étrangers à l’expression du monde, et particulièrement dans ce que nous lui trouvons de plus vil, de plus obscur, de plus violent, de plus cruel, alors nous perpétuons encore et encore l’idée que le problème vient de l’autre et, par conséquent, que la solution arrivera de l’extérieur. Si nous nous croyons étrangers à l’expression du monde, nous nous privons, de fait, de notre capacité à le faire évoluer par notre implication vibratoire collective. Quel être sur Terre a-t-il retrouvé un jour l’apaisement, lors d’un puissant accès de colère, d’angoisse ou de haine du fait qu’on lui hurle dessus, qu’on le frappe ou qu’on le condamne sans merci ? Aucun. Pourquoi continuons-nous alors à croire que cela sera possible si c’est notre voix qui crie, notre main qui maltraite ou notre conviction qui sanctionne ?

Il n’est plus temps de crier à la conspiration, au complot, plus temps de dénoncer telle prétendue manipulation, de blâmer telle dérive, de regretter tel laxisme, de chercher des explications rationnelles fondées sur l’Histoire, l’équilibre des forces ou de vagues concepts sociologiques. Il n’est plus temps de se perdre en prévisions chaotiques ni, non plus, en une sorte d’espérance infantile en l’installation progressive, comme par enchantement, d’heures plus douces.

Pour l’avoir expérimenté durant de longues années, il m’a été donné de comprendre que personne ne revient sain et sauf de la guerre. Personne. Il ne faut jamais se fier à l’absence de blessures physiques… Une partie de nous meurt toujours sur le champ de bataille. Que ce champ de bataille se situe en Centrafrique, en Afghanistan, dans le centre de Paris ou sur la Côte d’Azur. La partie de nous qui meurt est celle qui portait encore certaines croyances fondées sur les notions de bien ou de mal, sur les notions de bourreau et de victime, de vainqueurs et de vaincus. Chacune de nos intentions belliqueuses ou vengeresses, avant même qu’elle ait pris forme dans la réalité concrète, appelle dans l’immédiateté une contrepartie de même nature, émanant de celui que nous considérons comme notre adversaire. On ne combat jamais que soi-même… Jusqu’à ce que l’on dépose les armes et prenne conscience que, faute de l’un des deux combattants, la guerre s’arrête.

Les temps actuels nous amènent à laisser mourir en nous cette idée que ce qui déchire et meurtrit nos existences est la conséquence exclusive de l’ignorance, de l’obscurantisme, de la haine ou du fondamentalisme caractérisant les autres. Tant que nous ne nous reconnaitrons pas comme co-créateurs – par la peur qui nous étreint, nous enferme et nous voile – de ce qui advient en ce monde, alors nous continuerons d’assister, chaque fois plus sidérés, à la matérialisation du manque d’amour en nous.

Combattre la violence ne demande aucun courage, juste de l’inconscience. Le courage, au sens étymologique du « cœur qui agit », consiste en cette reconnaissance humble que seule la paix véritablement installée en nous peut engendrer un climat de paix autour de nous. Tout ce contre quoi nous luttons se renforce. Mettre toute notre énergie dans la riposte revient à focaliser nos efforts vers la haine et la peur. Si aucune énergie ne vient nourrir en nous l’amour, l’harmonie, la guérison, comment pourrons-nous semer autre chose que le contraire, le déni, le négatif de ce que nous sommes ?

Il est temps que l’Humanité cesse de croire que les solutions à tous ses maux sont dans l’action. Elles sont dans l’être. Quel sera le premier des puissants de ce monde à déposer son armure qui, telle une cible, attire nécessairement à elle des flèches ? Quel sera le premier des puissants de ce monde à, courageusement, manifester par sa vibration et son Verbe, l’Amour qui annihile tout ce qui est moins que lumière, plutôt que de repartir encore une fois en guerre, ainsi que cela se reproduit depuis des éons ? Les « puissants » de ce monde sont toujours à l’image des peuples qui les hissent sur leur trône.

Nous sommes responsables de la façon dont nous regardons le monde. Nos yeux sont le portail de notre âme. De la qualité de notre regard dépend l’élévation ou, au contraire, l’abaissement vibratoire de ce qui est observé. Tant que nous projetterons sur l’autre la somme de toutes nos peurs, nous le maintiendrons sous une cloche de plomb de laquelle il ne pourra s’extraire que par la violence.

L’heure est au passage de l’empathie à la compassion. L’empathie nous fait souffrir de la souffrance du monde, en la faisant grossir. La compassion est cet état qui ne nie en rien la peine ou la douleur ressentie par l’autre mais, parce que le regard porté ne l’enferme ni dans le statut de victime ni dans celui de bourreau, permet une aide véritable et d’initier un processus de libération. Si nous pleurons, par empathie, du fait de la souffrance éprouvée par autrui, nous serons tôt ou tard ceux qui sentiront monter en eux la colère, la violence ou le sentiment d’impuissance du fait de la cruauté manifestée par tel autre. Et les rôles s’inverseront, une fois de plus…

Combien de temps allons-nous perdurer dans ces archaïsmes qui ont mené l’Humanité dans sa posture actuelle ? En vérité, la décision nous revient. Elle est intérieure. Elle est notre responsabilité collective et individuelle d’êtres humains dotés de conscience.

 

    

17/08/2017

Le neveu d’Amérique de Luis Sepúlveda

 

Métailié, mai 2017, parution en poche du livre paru en 1996

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174 pages, 9 €.

 

 

Des notes disséminées, prises au cours d’un voyage, un très long voyage étalé sur des années, voyage intérieur autant que de kms parcourus, qui mena l’auteur d’une des plus infâmes prisons de la dictature chilienne, celle de Temuco, où il passera deux années et demi de sa jeunesse, jusqu’à Martos en Andalousie, village natal de son grand-père anarchiste, exilé lui aussi, afin de tenir une promesse faite à ce dernier. Pour cela, il lui faudra errer à travers une bonne partie de l’Amérique du sud pendant très longtemps. Errance épique avec le poids de cette interdiction de quitter le continent, le poids d’une seule stupide et incompréhensible lettre qui marque son passeport.

 

Une vieille chanson chilienne dit : « Le chemin a deux bouts et aux deux quelqu’un m’attend. » L’ennui c’est que ces deux bouts ne limitent pas un chemin rectiligne, mais tout en courbes, lacets, ornières et détours, qui ne conduisent nulle part.

 

Morceaux d’errance qui rassemblés sur le papier deviennent un récit d’aventures. Sepúlveda est un conteur magnifique qui sait aller au cœur du lecteur, il a ce talent de raconter les paysages et les humains avec autant d’humour que d’amour. Et sur sa route, nombreuses ont été les rencontres fortes, de celles qui ne s’oublient pas et qui lui ont appris l’humanité, celle des autres et la sienne.

 

La Patagonie, région où à partir de 1976 la dictature a commencé à reléguer les prisonniers politiques, tient une place très particulière dans le cœur de Luis Sepúlveda. Il finira par y retourner avec bonheur plus tard, sur les traces de Butch Cassidy et Sundance Kid, en hommage à Bruce Chatwin qui a tiré son chapeau avant qu’ils ne puissent faire ce voyage ensemble, comme ils l’avaient imaginé dans un bar de Barcelone, vu que cela a pris de très nombreuses années avant que Sepúlveda obtienne le droit de revenir au Chili.

 

En Patagonie, pays des extrêmes, tout le monde semble avoir un talent de conteur, qui se révèle entre autre dans un étonnant concours de mensonges.

 

Sur cette terre nous mentons pour être heureux. Mais personne ici ne confond mensonge et duperie.

 

Des rencontres et des amitiés qui donnent la force d’avancer et de préserver envers et contre tout la dignité. Des notes pour arrêter les eaux de l’oubli, titre d’un livre de Taibo I et qui ont voyagé avec l’auteur pendant très longtemps avant de devenir pour le lecteur, un cadeau inestimable.

 

Cathy Garcia

 

 

1003028-prodlibe-luis-sepulveda.jpgLuis Sepúlveda est un écrivain chilien né le 4 octobre 1949 à Ovalle. Son premier roman, Le Vieux qui lisait des romans d’amour, traduit en trente-cinq langues et adapté au grand écran en 2001, lui a apporté une renommée internationale. 1975 : il a vingt-quatre ans lorsque, militant à l’Unité populaire (UIP), il est condamné à vingt-huit ans de prison par un tribunal militaire chilien pour trahison et conspiration. Son avocat, commis d’office, est un lieutenant de l’armée. Il venait de passer deux ans dans une prison pour détenus politiques. Libéré en 1977 grâce à Amnesty International, il voit sa peine commuée en huit ans d’exil en Suède. Il n’ira jamais, s’arrêtant à l’escale argentine du vol. Sepúlveda va arpenter l’Amérique latine : Équateur, Pérou, Colombie, Nicaragua. Il n’abandonne pas la politique : un an avec les Indiens shuars en 1978 pour étudier l’impact des colonisations, engagement aux côté des sandinistes de la Brigade internationale Simon-Bolivar en 1979. Il devient aussi reporter, sans abandonner la création : en Équateur, il fonde une troupe de théâtre dans le cadre de l’Alliance française. Il arrive en Europe, en 1982. Travaille comme journaliste à Hambourg. Ce qui le fait retourner en Amérique du Sud et aller en Afrique. Il vivra ensuite à Paris, puis à Gijon en Espagne. Le militantisme, toujours : entre 1982 et 1987, il mène quelques actions avec Greenpeace. Son œuvre, fortement marquée donc par l'engagement politique et écologique ainsi que par la répression des dictatures des années 70, mêle le goût du voyage et son intérêt pour les peuples premiers.

 

12/08/2017

L’été des noyés de John Burnside

 

traduit de l’anglais (Écosse) par Catherine Richard.

Ed Métailié, mai 2017, parution en poche du roman publié en 2014.

 

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330 pages, 12 euros.

 

 

L’été des noyés démarre comme un thriller, dans une atmosphère déjà très particulière, puisque se déroulant à Kvaløya, une île tout au nord de la Norvège, dans le cercle arctique dont l’été est propice aux insomnies et aux hallucinations, avec son jour quasi permanent - le fameux soleil de minuit. Très vite cependant, l’auteur nous faire basculer nous-mêmes dans un sorte de torpeur, entre rêve et cauchemar. Nous tombons dans la tête de Liv, la narratrice, un peu comme Alice tombe dans le trou en suivant le lapin blanc. Ici le lapin blanc, c’est le lieu lui-même. Cette île coupée du monde, ce nulle part. C’est là que Liv, jeune fille de 18 ans, vit en permanence avec sa mère, Angelika Rossdal, peintre célèbre qui a choisi pour travailler, une vie de recluse dans cette grande maison de bois peinte en gris, au cœur de laquelle son atelier fait figure de sanctuaire. Ce qui ne l’empêche pas de recevoir des journalistes ou un groupe d’admirateurs locaux, les prétendants, comme les appelle Liv, pour un thé chaque samedi. Liv qui vient de terminer sa scolarité, ne semble pas souffrir de cette vie isolée et n’a pas de projets. Elle ne connait pas son père et elle a un seul ami, un vieil homme qui ne vit pas très loin et qui la nourrit d’histoires et de légendes liées à ces lieux, eux-mêmes déjà assez irréels. Il lui parle notamment de la huldra, une créature en réalité plutôt affreuse, apparaissant sous la forme d’une très belle jeune femme vêtue de rouge, qui entraîne les jeunes gens sur des chemins mortels. Aussi quand les premiers noyés sèment le trouble dans la minuscule communauté de l’île, Kyrre le vieil ami de Liv, y voit plus qu’un drame inexpliqué. Et puis il y a Maia, cette fille bizarre, paumée, qui semble liée aux noyades et qui commence à hanter de façon malsaine l’esprit de Liv. Surtout depuis que celle-ci semble avoir noué une relation intime avec Martin Crosbie, un de ces estivants qui louent chaque année la petite hytte - une cabane en bord de grève du vieux Kyrre, pour goûter à l’expérience d’un été arctique loin de tout. Sauf que Martin Crosbie n’est pas un vacancier comme les autres, semble t-il.

 

La particularité de ce roman, outre le sujet et le lieu où il prend place, c’est que l’auteur nous plonge vraiment dans la tête de Liv et que c’est plutôt tortueux là-dedans. La jeune fille tend à ressasser mentalement d’innombrables questionnements, avec une acuité hypertrophiée de sensations entrecoupées d’espaces qui semblent aussi vides que les prairies qui s’étendent à perte de vue, après le jardin et le bois de bouleaux qui entourent la maison. Espaces dans lesquels elle-même bascule, visions et sensations se confondent et une sourde angoisse peut se transformer à tout moment en accès de panique.

 

Il ne faudrait pas trop en révéler, car ce roman est une expérience qu’il faut tenter soi-même. Il se peut qu’on la trouve désagréable ou qu’au contraire on se sente aspiré avec l’impossibilité de s’en arracher. Poétique, halluciné, dérangeant, étouffant même, ce roman est comme un champignon vénéneux que l’on aurait gobé par mégarde.

 

Y’a-t-il vraiment quelque chose de surnaturel dans les disparitions qui s’enchainent ? Serait-ce «  la trouée dans l’étoffe du monde par laquelle ceux qui condamnent les vieilles légendes, ne peuvent éviter de disparaître », qu’ils y croient ou pas ? Où est-ce que nous sommes entrainés par l’imagination exacerbée d’une jeune fille trop solitaire, agitée par le souffle de Bieggaålmaj, l’ancien dieu du vent sami ?

 

« Car ce vent, cet esprit avait une mémoire éternelle, qui dépassait le lieu, le temps et les saisons ».

 

La narratrice n’a jamais quitté cette grande maison perdue, c’est de là qu’elle raconte l’histoire de cet été si particulier, l’été des noyés, qui a probablement déterminé le reste de sa vie. Liv est comme habitée d’une nostalgie d’un monde très ancien, plus ancien que les humains et les légendes seraient « les chemins, sinueux et accidentés, vers cette époque et d’une certaine manière, jonchant ça et là la trame de l’histoire, les souvenirs d’un lieu que nous n’avons jamais vu. »

 

« C’est l’idée d’un inimaginable Avant. » Quand le monde était seulement peuplé d’arbres, de bêtes et d’esprits. Aussi la narratrice, si elle évite de parler de ces choses aux vivants, s’est–elle habituée au fait que dans sa maison, il y ait « des ombres dans les plis de toutes les couvertures, des frémissements imperceptibles dans le moindre verre d’eau ou bol de crème posé sur une table – et, certains jours, de minuscules, presque infimes poches d’apocalypse dans l’étoffe de ce monde, prêtes à crever » et à la surprendre où qu’elle soit.

 

Cathy Garcia

 

 

 

burnside-324.pngJohn Burnside a reçu le Forward Poetry Prizes 2011, principale récompense destinée aux poètes en Grande-Bretagne. John Burnside est né le 19 mars 1955 dans le Fife, en Écosse, où il vit actuellement. Il a étudié au collège des Arts et Technologies de Cambridge. Membre honoraire de l’Université de Dundee, il enseigne aujourd’hui la littérature à l’université de Saint Andrews. Poète reconnu, il a reçu en 2000 le prix Whitbread de poésie. Il est l’auteur des romans La Maison muette, Une vie nulle part, Les Empreintes du diable et d'un récit autobiographique, Un mensonge sur mon père. John Burnside est lauréat de The Petrarca Awards 2011, l'un des plus prestigieux prix littéraire en Allemagne.

 

 

 

05/08/2017

Civilisé de Walter Ruhlmann

 

Urtica, juillet 2017

 

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42 pages, 7 € (port inclus).

 

 

 

La tendreté est un mot de boucher

 

Civilisé est à prendre à rebrousse-poil, car ce terme prend ici une connotation péjorative. Walter Ruhlmann nous livre un recueil sans concession, sombre, parfois brutal et désespéré.

 

J’écrase les mégots dans des tasses de thé,

je sens le gaz souffler à mes narines,

un air marin de pacotille.

 

Éros et Thanatos se livrent à une danse plutôt macabre et c’est Thanatos qui mène. Civilisé fait partie de ces recueils qu’il est bon pour un auteur de cracher, le genre de crachat qu’on balancerait à son reflet dans la glace, un reflet que l’on a dû mal à supporter. Éros ici est dénudé de ses rêves et parures, le reflet dans la glace est sans pitié, reste alors le sexe et la mort, et quand même le sexe a un goût trop amer, reste la mort qui nous dévisage. Civilisé, c’est déjà mourir à son être le plus profond, c’est peut-être le trahir. Walter Ruhlmann se dévisage lui-même ici, se débite même, corps tout entier, sucs et trippes. Un regard impitoyable qui englobe ses semblables et dissemblables.

 

Elle navigue en radeau sur des rivières d’éthers,

des lacs de méthadone brûlée,

des ruisseaux de lisiers.

 

Le glauque, l’infâme hantent ces pages, et la mort du père est une blessure qui demeure à vif.

 

Père

j’écris depuis le sac

enfermé comme un chat

prêt à être noyé

 

Le corps se délite et la peur, la douleur, deviennent rage.

 

J’aurais besoin de profondeurs,

De ces abysses incommensurables :

Les trous béants, les failles sans fond,

Les caves ouvertes comme des bouches prêtes à sucer.

 

(…)

Superficie douteuse, superficiel je suis,

les profondeurs me recrachent, elles me vomissent

 

Walter Ruhlmann comme le figure l’illustration de Norman J. Olson en couverture, se livre nu, plus encore, il nous déroule ses entrailles, matière et odeur et comme le hurle le titre du dernier poème « Tu pue sapiens ». Il y a pourtant comme une quête sous-jacente dans ce recueil, une quête de pureté sans avoir besoin de se trahir, pureté que l’auteur va chercher dans un passé mythique personnel où les princes auraient des ailes, mais toute histoire a une chute, tout nous ramène au sol et le sol à la pourriture. Difficile de trouver une rédemption à la condition humaine, le civilisé n’a jamais eu cette innocence originelle où les anges ne salissent pas leurs ailes et où la chair ne serait pas corruptible. Civilisé cherche à tâtons dans le noir, la moiteur, la profusion des corps, sa nature perdue et ce jusqu’à l’excès et la turpitude.

 

J’ai passé tant de nuits à baiser,

sucer des queues tendues,

caresser des peaux ternes, des poils gris

 

(…)

Un hôtel sans limite

le ciel seul comme frontière

 

(…)

Et j’attendais mon tour

le cul dressé à plaire

 

La nature qui elle-même dans ce recueil nous renvoie souvent une image sombre et abjecte.

 

Chacals, vautours, freux, scolopendres

tous viendront goûter à ma viande

 

Civilisé veut dire mentir et c’est de ce mensonge obligé que suppure la haine de soi. Ici les mots deviennent des armes de vérité, pour dire ce qui ne se dit pas, pour dire ce que le civilisé est censé taire.

 

Inspirer la fumée par tous tes orifices,

le cul branché en permanence sur les fourmilières chatoyantes

chatouillé des cuisses à la nuque

anus gonflé par les piqûre d’insectes,

ou par la bite de tes contemporains :

vas te faire enculer.

 

Il y a de la noirceur, de la lucidité et aussi beaucoup de tristesse dans ce recueil.

 

Tu ne détestes rien, tu aimes ce qui vient,

tu n’es qu’un trou de plus

avalant les ruisseaux gras,

goûtant leurs flots infâmes

 

Mais on ne peut s’empêcher de voir au-delà de cette obscurité, car la force qui habite ce recueil est de celle qui sait crever les ténèbres.

 

 

Cathy Garcia

 

 

 

Walter.jpgWalter Ruhlmann enseigne l’anglais. Il a dirigé mgversion2>datura de 1996 à 2017 et les éditions mgv2>publishing de 2008 à 2017. Walter est l’auteur de recueils de poèmes en français et en anglais et a publié des poèmes et des nouvelles dans diverses revues dans le monde entier. Son blog : http://thenightorchid.blogspot.fr. Certains des textes de Civilisé sont parus dans Axolotl, Le capital des mots, Journal de mes paysages, Mes paysages écrits, Libellé, Le livre à disparaître, Microbe, Mots à maux, Nouveaux délits, Traction-Brabant & mgversion2>datura.

 

 

 

29/07/2017

3000 € de Thomas Melle

 

traduit de l’Allemand par Mathilde Julia Sobottke

Ed. Métailié, mars 2017

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190 pages, 18 €.

 

  

Anton a eu ce qu’on pourrait appeler un accident de parcours, brillant étudiant en droit, il a comme on dit décroché, ses tentatives pour se rattraper en conduisant un taxi ont à peine ralenti la chute, une pente glissante bien arrosée à l’alcool. Denise est caissière, mère sexy et célibataire d’une fillette qui semble avoir quelques soucis de développement. 3000 €, c’est le montant de la dette d’Anton pour laquelle il est sur le point de passer en procès, intenté par les banques. Dette qui roule amasse beaucoup, moins il peut payer et plus le montant enfle. 3000 € c’est le paiement que Denise attend pour avoir tourner un film porno diffusé sur le net. Anton et Denise. Ils n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre, si ce n’est que chacun dit non à sa façon. Chez Anton, cela prend la forme de renoncements, d’une fuite en avant dans les rêves. Hébergé dans un foyer, il préfère dormir carrément dehors.

 

Il a laissé faire. Laisser faire les choses, dans le cas d’Anton, ça équivaut à présent à une décision.

 

Pour Denise, c’est lutter contre sa parano qui la fait paniquer et voir des regards lubriques qui savent, qui l’ont vue, à chaque client qui passe à sa caisse. Et l’argent qui n’arrive pas…

 

Anton et Denise, une rencontre improbable. Un amour est-il possible sous la lumière crue d’un réel fade et impitoyable ? La loi de gravité qui ramène chacun à sa propre problématique, ce poids qui les emporte, s’il provoque parfois des collisions sentimentales, est cependant trop lourd pour comprendre l’autre, au sens « prendre avec ». Chacun tourbillonne sur sa trajectoire. Anton dans une autre vie n’aurait probablement jamais remarqué Denise et Denise doit se battre pour donner à sa propre vie et à sa fille ce qu’elle imagine être un avenir meilleur. Anton a déserté son destin, Denise voudrait échapper au sien, tous deux sont perdus sur leur propre ellipse. Une histoire banale en somme, une parmi tant d’autres, un portrait froid et lucide de la réalité sociale allemande d’aujourd’hui où rêver est dangereux. Pour 3000 €, il s’agit de savoir se vendre ou pas.

 

Une mesure de contention peut-être ? Volontiers. Suppression de vos cotisations ? Oh oui, volontiers. Vous prendre bien un viol ? Très volontiers.

 

 

Cathy Garcia

 

 

 

Thomas-Melle-©-Dagmar-Morath.jpgThomas Melle est né en 1975, il a étudié la littérature comparée et la philosophie à Tübingen et aux États-Unis, il est traducteur et écrivain. Il fait des débuts très remarqués en 2011 avec le roman Sickster (lauréat du Prix Franz-Hessel.) 3000 € a obtenu le Prix de littérature de la Ville de Berlin en 2014 et son nouveau roman publié en Allemagne a été finaliste du Prix du livre allemand 2016.

 

 

 

 

 

28/07/2017

Vingt-sept degrés d’amour de Chloé Landriot

 

 

illustrations de l’auteur et de Joëlle Pardanaud

Éditions le Citron Gare, mai 2017

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85 pages, 10 €.

 

 

L’un pour l’autre nous sommes

Merveille

Cette étrange présence

Qui ne s’habitue pas.

 

 

Sous le signe de l’arbre et de l’infinie richesse du symbole, arbre que l’on retrouve dans toutes les illustrations, réalisées ici à quatre mains par l’auteur et sa propre mère, le lien affectif se niche de façon limpide au cœur du livre tout comme il en tisse également la forme. Un livre porteur d’une parole de femme, d’une femme solaire ou qui aspire en tout cas à l’être. Amante généreuse, compagne et puis mère elle aussi. Un hymne à l’amour quand corps et nature ne font plus qu’un et que les mots s’en vont puiser à la source, cherchent la lumière comme le font aussi bien les jeunes pousses que les vieux arbres. Dans ces vingt-sept degrés d’amour, il y a du corps et il y a de l’âme et ils ne sont pas séparés par une fausse pudeur. Femme en plénitude qui connait ses ombres, qui prend sa force dans le désir assumé et assouvi et pour qui les mots tracent un sentier vers la transcendance, tendent leur toile d’une branche à l’autre. L’auteur n’ignore pas cependant que le silence reste la meilleure façon d’exprimer le mystère renouvelé du vivre dans sa dimension la plus sacrée.

 

L’amour et le lien à l’autre comme une voie initiatique.

 

J’avance encore à tes côtés

En tenant par la main

Cette chance imparfaite et boiteuse

Cette chance.

 

Ce qui n’empêche la lucidité, le duo ayant aussi ses duels au premier sang.

 

C’est la règle

Entre toi et moi

La preuve

Que je te touche

Que tu ne fais pas semblant

Que je ne te fuis pas

 

Et sur cette voie de compagnonnage naissent des fruits et tombent des feuilles mortes. Cycles qui ne sont peut-être pas éternels…

 

Je ne sais maintenant

Où vous pourrez puiser l’eau fraîche des espoirs

Où vous pourrez apprendre à traquer la beauté

À rester humain

Ni si vous nous pardonnerez

Nôtre infâme bêtise

Où bien si vous croirez que c’est votre destin

Et que vous lutterez

Laissant aux morts les questions vaines

 

Cycles dont il faut tâcher de comprendre les rythmes, afin de s’y accorder avec justesse, avec sagesse. C’est ce que tente Chloé Landriot dans ces Vingt-sept degrés d’amour.

 

Cathy Garcia

 

  

Chloé Landriot est née en 1980 à Saint-Etienne. Auteure d’une thèse sur l’art épistolaire royal au XVIe siècle, elle a décidé de délaisser les bibliothèques feutrées pour la « vraie vie » d’un collège de la banlieue lyonnaise, où elle enseigne depuis sept ans. Mère de deux enfants, elle essaie de vivre de plus en plus les yeux ouverts et de mener (à sa modeste mesure) des combats qui ne font pas de perdants. C’est pourquoi elle pratique l’aïkido, ne va plus au supermarché, et sensibilise ses élèves à la question de l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est aussi pour cela qu’elle écrit. Elle s’est mise à dessiner sans prétention un jour où il n’y avait plus de mots. Quelques-uns de ses poèmes ont été publiés récemment dans les revues Décharge, Verso, Traction-Brabant et Cabaret. Vient de sortir dans la collection Polder de Gros Texte son premier recueil, Un récit, en mai 2017. Ses dessins paraissent dans Traction-Brabant. Elle intervient aussi à la Maison pour Tous à Lyon où elle anime une « pause poésie » mensuelle.

Joëlle Pardanaud est née en 1956 à Saint-Etienne et elle est la mère de Chloé. Elle vit en Charente. Elle a renoué depuis quelques temps avec le dessin, qu’elle pratiquait dans sa jeunesse : « C'est grâce à mon petit-fils Guilhem que je me suis remise à dessiner, explique-t-elle, pour lui dire combien il me manquait. Alors, j'ai su que le dessin me permettrait de combler mon désir d'être près de mes enfants et petits-enfants grâce au papier, aux crayons et aux tubes de peinture ». Elle a accepté de contribuer à illustrer Vingt-sept degrés d’amour : une collaboration mère-fille qui prend tout son sens dans ce recueil.

 

http://lecitrongareeditions.blogspot.fr/

 

27/07/2017

L’empereur d’Amazonie de Marcio Souza

 

traduit du Portugais (Brésil) par Béatrice de Chavagnac – Métailié, mai 2017 (première édition française chez JC Lattès - 1983).

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224 pages, 10 €.

 

 

Au-delà de l’équateur, tout est permis. (Proverbe portugais du XVe siècle) Pas tout. (Luiz Galvez, détrôné)

 

Ce roman est volontairement un pastiche de roman-feuilleton, un récit construit en une suite de textes extrêmement courts portant chacun un gros titre en majuscule, comme s’il paraissait dans un journal, mais sous ses faux airs populaires, c’est un roman dense et érudit qui tient son lecteur en haleine. Un roman que l’on peut qualifier sans hésiter, de picaresque, irrévérencieux et loufoque, mais fidèle d’une certaine façon à la réalité des lieux et de l’époque prise dans une forme de folie. Le récit prend place en Amazonie à la fin du XIXème, en plein boom du caoutchouc et nous conduit jusque dans la région de l’Acre, que se sont disputés à cette période la Bolivie et le Brésil, avec comme toujours les intérêts américains en arrière-plan.

 

Au fin fond d’une Amazonie hostile, moite, suffocante et boueuse, l’argent coule à flot presqu’autant que l’alcool et on distingue mal le luxe de la luxure. Le climat et l’éloignement de la civilisation, même si l’élite se targue d’en amener les signes les plus clinquants au plus profond de cette immensité de moins en moins vierge, libèrent facilement les instincts de débauche. Il y règne une sorte de fièvre permanente qui en devient le prétexte. C’est encore la grande époque paradoxale de l’opéra de Manaus et des bordels tapageurs, mais le faste entame cependant son déclin, suite à l’entourloupe de Sir Wickam, qui pour le compte de la reine Victoria, a fait passer en contrebande soixante-dix mille graines d’hévéa, direction la Malaisie, ce qui va faire perdre au Brésil le monopole du caoutchouc.

 

Avec une ironie mordante et un humour féroce, le narrateur y narre ses péripéties et celles des autres protagonistes, y décrit l’époque et ses travers, sur le plan historique, politique et celui des mœurs, l’ensemble partageant une même outrance et décadence. Luiz Galvez l’Espagnol, journaliste, séducteur opportuniste et aventurier en quête de fortune facile, pratique l’autodérision avec talent dans ce récit qui se veut être celui de ses mémoires. « Le lendemain matin, je compris que le monde ne mérite pas tant d’analyses quand l’estomac se tord et exige une attitude. » Les mémoires d’un vieillard rédigées en 1945 à Cadiz et dont le manuscrit sera retrouvé en 1973 chez un bouquiniste parisien par un touriste brésilien, alter ego de Marcio Souza.

 

Pour échapper à des ennuis d’alcôves et à la police du Para, suite à son implication avec des révolutionnaires luttant contre l’impérialisme américain, plus par connivence sexuelle que par convictions politiques, Galvez doit remonter toujours plus loin sur l’Amazone de Belém à Manaus, où se rend également la Compagnie française d’opéra et d’opérettes et sa célèbre cantatrice, et d’autres encore, comme une équipe de recherche menée par un professeur qui pense que l’opéra de Manaus est en réalité un vaisseau spatial extra-terrestre. Galvez, tel un héros, échappe aux dangers et aux embûches de toutes sortes, aux autorités, aux maris jaloux, aux fièvres, aux sauvages cannibales… Mais de temps en temps, l’auteur Marcio Souza, dans une sorte de schizophrénie littéraire, vient rétablir dans le récit une vérité que le narrateur déforme, emporté par son imagination. Tout ici n’est qu’excès mais le lecteur ne s’en plaindra pas, bien au contraire, il s’en délecte.

 

« On ne s’était tapé aucun blanc, du moins par voie orale, au cours du XIXe siècle. Notre héros a évidemment cherché a donné un peu de couleur locale aux jours médiocres qu’il a passé à Santarem où il avait, en réalité, débarqué en compagnie de Joana, la sœur sans vocation religieuse. »

 

De fil en aiguille, ou plutôt de beuveries en beuveries, Galvez se retrouvera finalement à la tête d’une pseudo-armée avec la complicité de quelques barons du caoutchouc, pour prendre le contrôle de Puerto Alonso et proclamer l’indépendance du territoire de l’Acre, dont il deviendra de ce fait, empereur, pris dans un tourbillon de délire monarchique décadent et bouffon. Un empereur d’Amazonie pour six mois, dont la chute sera aussi lamentable et ridicule que le fut l’ascension.

 

On apprendra alors que ce personnage a réellement existé, « il a exercé son noble pouvoir dans le Nord du Brésil. Il a effectivement dirigé une des révolutions acréennes. (…) Les aventures picaresques de Luiz Galvez s’accordent parfaitement avec le caractère de vaudeville des milieux politiques du cycle du caoutchouc. »

 

C’est donc un portrait très révélateur de cette époque délirante, « un fou-rire désabusé, hurlant de vérité », comme le dit Jorge Amado dans sa préface. On devinera derrière l’humour caustique, l’apparente légèreté du ton et ses airs d’opérette, les turpitudes réelles d’une Histoire pas très reluisante en réalité et qui ouvriront la porte à plus d’un siècle de dérives, d’exploitation et de destruction. Histoire qui hélas continue son avancée, telle une armée de bulldozers dont on n’a plus du tout envie de rire.

 

Cathy Garcia

 

 

Marcio_Souza_2_137.jpgMarcio Souza est né à Manaus (Brésil) en 1946, il est aujourd'hui un des chefs de file de la littérature amazonienne. Ses romans incisifs et drôles ont connu un grand succès commercial, y compris à l'étranger, ce qui lui a permis de réaliser des expériences théâtrales, éditoriales et cinématographiques. Il est aussi l'auteur d'essais et de livres d'histoire. De retour au Brésil après avoir enseigné aux États-Unis, il joue un rôle très actif à la tête de la culture dans le gouvernement de son État d'origine puis comme directeur de la fondation culturelle Funarte.

 

 

 

24/07/2017

TAMPAX, une arme chimique furtive et mortelle...

 
 
 
Les Tampax représentent un marché colossal et leur secret de fabrication est farouchement conservé par Procter & Gamble, le fabriquant de la marque TAMPAX, leader mondial du marché, (ainsi que des lessives et détergents…..). Or, qui sait que ces cartouches si absorbantes et si pratiques sont imbibées… de DIOXINES - cette substance hautement cancérogène ?
Le cancer du col de l'utérus est le second cancer féminin, et une femme meurt du cancer de l'utérus toutes les deux minutes dans le monde ! Y aurait-il un rapport ??? La moyenne des femmes ayant cinq jours de menstruation par mois durant 38 ans, utilisera donc statistiquement 11.000 tampons au cours de sa vie.
 
Ce produit d'hygiène intime féminin est classé par la FDA (Food and Drug Administration) comme un instrument médical. Ainsi, les fabricants ne sont pas tenus de se conformer aux mêmes règles d'étiquetage que celles en vigueur pour les aliments, médicaments ou cosmétiques. Tout comme pour les tests de toxicité dans la distribution alimentaire, les tests d'ordre chimique sur les tampons sont réalisés par les fabricants ou des chercheurs privés qui sont payés par ceux qui fabriquent et vendent les tampons. A noter que Procter & Gamble tient à garder secrète la recette de sa soupe chimique vu que les seules femmes américaines rapportent deux milliards de dollars par an pour leurs serviettes hygiéniques et leurs tampons chimiques.
Enquête sur la composition des Tampax
 
A l'origine, les tampons étaient composés à 100% de coton. Lorsque les femmes se sont plaintes de fuites, les fabricants ont augmenté leur pouvoir absorbant en mélangeant le coton à des fibres synthétiques hautement absorbantes comme du polyester, du polyacrylate, de la viscose et de la cellulose de carboxymehtyl. Au début des années 80, des rumeurs ont couru concernant les tampons lorsque 38 femmes sont mortes de syndromes de chocs toxiques (TTS), d'une infection bactériologique liée à l'usage de tampons super absorbants. Suite à ces événements, bien qu'ils aient nié tout lien avec ces morts, les fabricants de tampons changèrent la composition de leurs produits. Au cours des tests privés, il fut établi que ces matériaux synthétiques attiraient les bactéries qui conduisaient à des TTS. De nouvelles études amenèrent à sélectionner un mélange de viscose et de coton comme « composant » le plus sécuritaire, et c'est précisément ce qui reste dans les tampons classiques d'aujourd'hui.
Or, il ya deux problèmes de taille :
 
1 - Le coton conventionnel utilise pour sa culture environ 38 tonnes de pesticides chaque année aux Etats-Unis. Ces produits chimiques comptent parmi les plus toxiques utilisés en agriculture et l'Agence pour la Protection de l'Environnement a déclaré 7 de ces produits chimiques parmi les 15 principaux utilisés pour la production de ce coton, comme cancérigènes pour l'être humain.
 
2 - Le viscose utilisé dans les Tampax est fabriqué à partir de pulpe de bois et parmi les nombreux produits chimiques qui sont utilisés pendant le processus de conversion du bois, c'est dans le chlore utilisé pour blanchir la pulpe de bois que réside le plus grand danger. Le procédé crée des hydrocarbones chlorés, un groupe de produits chimiques dangereux, dont l'un des produits dérivés est la dioxine, l'une des substances les plus toxiques connues.
 
Alors, en réponse aux réclamations des consommateurs et du gouvernement américains dans le cadre de leur loi sur la santé des femmes et la dioxine, suivie par la loi sur la recherche et la sécurité des tampons, l'industrie du tampon a récemment changé sa méthode de blanchiment par une nouvelle méthode qui remplace le chlore gazeux par du dioxyde de chlore. Le dioxyde de chlore est connu pour ses propriétés désinfectantes, et est utilisé pour contrôler les micro-organismes nocifs, y compris les bactéries, les virus ou les champignons. Ce nouvel agent de blanchiment devait théoriquement aboutir à un produit exempt de dioxine.
 
Et bien non ! Des études ont démontré que la fabrication de dioxyde de chlore ne génère pas un produit aussi pur que le prétendent les fabricants de tampons. Des réactions chimiques qui ont lieu pendant le processus de blanchiment libèrent du chlore gazeux… qui engendre encore de la dioxine. Bien sûr, la nouvelle méthode de blanchiment diminue la quantité de dioxines créées, mais ne les élimine pas vraiment. Etant donné que la dioxine est cumulative et lente à se désintégrer, le danger reste par le contact répété (5 jours par mois, 12 mois par an, pendant près de 40 ans!)
Petits rappels sur la dioxine
 
La dioxine est une molécule produite par la combinaison de chlore et de composés organiques, qui a été le composant actif du sinistre agent orange américain utilisé au Vietnam. Elle est considérée comme la substance la plus mortelle connue pour l'humanité (on dit qu’une seule cuillère à soupe serait suffisante pour tuer l’humanité entière. Cette toxine est un sous-produit de l'incinération des déchets, de la fabrication de pesticides chimiques et du blanchiment du papier et des pâtes à papier). Elle est classée POP (polluant organique persistant) qui s'accumule dans le corps.
 
Et comme si le coton imbibé de dioxine et de pesticides ne suffisait pas, les tampons contiennent également de nombreux produits chimiques supplémentaires qui comprennent :
- des amplificateurs d'absorption,
- des désodorisants,
- des parfums synthétiques.
 
Effets de contamination des Tampax sur la femme
 
La dioxine s'accumule chez les humains, en particulier dans les tissus adipeux féminins et le lait maternel. Le principal moyen d'élimination est donc par le lait maternel ou le placenta. Ainsi elle commence à s'accumuler dans l'organisme du fœtus et, plus tard, dans celui de l'enfant en bas-âge. Les enfants et les fœtus sont donc les plus exposés aux risques alors que leurs systèmes nerveux et immunitaire sont en plein développement. Cette toxine persistante se propage non seulement à travers les différentes populations, mais aussi de manière générationnelle.
 
Des douzaines de maladies et affections sont liées à l'accumulation de dioxine dans l'organisme. On peut les regrouper en trois catégories: celles faisant intervenir les enzymes, les facteurs de croissance et les hormones. Un récent rapport de l'Agence pour la Protection de l'Environnement confirme que la dioxine est un "cancérogène pour l'homme" et ce produit chimique cancérogène connu est en contact direct avec nos organes internes et nos zones très sensibles. Des études Suédoises ont établi un lien entre les tampons contenant de la dioxine et une augmentation des cancers de l'appareil génital féminin.
 
En fait, les tampons sont placés contre les tissus adipeux humides pendant des périodes prolongées créant un environnement idéal pour l'absorption de produits chimiques. La dioxine agit comme un perturbateur endocrinien. Une des maladies les plus directement liés à l'effet de perturbation endocrinienne de la dioxine libérée par les tampons est l'endométriose, une maladie où les cellules endométriales de la muqueuse de l'utérus se développent de manière inappropriée à l'extérieur de l'utérus. Elles poussent sur les ovaires, à l'extérieur de l'utérus ou des trompes de Fallope ou ailleurs dans la cavité abdominale.
 
En plus du cancer et de l'endométriose, les perturbations de la croissance, des enzymes et des hormones causées par l'exposition à la dioxine ont été associées à :
 
- des anomalies congénitales,
- l'incapacité à porter une grossesse à terme,
- la diminution de la fertilité,
- la réduction du nombre de spermatozoïdes,
- l’installation du diabète,
- des troubles de l'apprentissage,
- l’altération du système immunitaire,
- des problèmes pulmonaires,
- des maladies de la peau
- la réduction du niveau de testostérone.
Autre problème : les fibres synthétiques et leurs résidus
 
Des études ont montré que les fibres synthétiques créent un environnement idéal pour la croissance des bactéries "Staphylococcus aureus" à l'origine du syndrome de choc toxique. Ces caractéristiques sont attribuées aux tampons au très haut pouvoir absorbant qui, par conséquent, laissent derrière eux, des quantités concentrées de protéines dont ces bactéries nuisibles ont besoin pour produire leur poison.
 
En plus d'augmenter le risque de syndrome de choc toxique, les fibres synthétiques sont abrasives pour la paroi vaginale qui est très sensible. Les tampons Tampax sont insérés profondément dans le vagin avec un applicateur et s'étendent en longueur. Cela pousse le tampon contre la zone cervico-utérine, provoquant des microcoupures et incrustant des fragments de tampon dans les tissus du col et la paroi vaginale (citrinibaum). En plus des coupures provoquées par le tampon lui-même, le retrait du tampon laisse aussi des fibres qui peuvent être à l'origine de futures ulcérations.
 
Ces ulcérations sont causées par la combinaison des substances chimiques du tampon et par la friction provoquée par son retrait. Les substances chimiques du tampon "rongent littéralement le tissus vaginal. Ces ulcérations augmentent les risques d'une femme de contracter une MST en créant une porte d'entrée vers le flux sanguin. Pour aggraver les choses, le coton génétiquement modifié qui est utilisé aux USA résiste aux effets des antibiotiques. Par conséquent, les femmes qui utilisent des tampons de coton OGM peuvent ne pas répondre aux antibiotiques prescrits.
Une petite expérience impressionnante
 
Lors de ses recherches, Meghan Telpner est tombée sur des documents traitant des fibres microscopiques et chimiques laissées dans leur sillage par les tampons et qui sont absorbées directement par les tissus adipeux et le flux sanguin.
Elle explique :
« J'ai essayé moi-même de placer un tampon dans un verre d'eau pendant 6 heures (la durée moyenne d'usage d'un tampon) pour faire le constat de mes propres yeux. Lorsque j'ai retiré le tampon de l'eau, j'ai trouvé des centaines de minuscules particules blanches semblables à des fils fluorescents en suspension dans l'eau, certaines s'étaient déposées au fond du verre, d'autres rasaient les bords. Compte tenu de la quantité de particules qui étaient clairement visibles à l'œil nu, je peux seulement imaginer le volume de produits chimiques et de fibres microscopiques qui sont présentes dans le vagin et intégrées dans le tissu vaginal à chaque utilisation de tampon. »
L'impact environnemental
 
Les tampons Tampax sont tout simplement un fléau. Selon le bureau de consultance en matière de déchets Franklin & Associés, "6,5 milliards de tampons et 13,5 milliards de serviettes hygiéniques, en plus de leur emballage, ont fini dans des décharges ou des systèmes d'égout, cela déjà en 1998... Et selon le Centre pour la Conservation Marine, plus de 170.000 applicateurs de tampon ont été collectés le long des zones côtières américaines entre 1998 et 1999.
Des alternatives plus prudentes
 
Il existe plusieurs options très valables pour les femmes. Les solutions alternatives sont disponibles à l'achat sur internet et dans la plupart des magasins d'alimentation naturelle. Elles comprennent le passage des tampons conventionnels :
 
aux éponges de mer naturelles,
aux serviettes réutilisables respectueuses de l'environnement,
aux coupelles menstruelles.
 
Des tampons 100% bio sont fabriqués à partir de coton certifié sans OGM. Ils ne contiennent ni colorants irritants, ni parfum, et ne comportent pas les risques liés aux fibres synthétiques. Choisir le coton bio et sans chlore réduit les quantités de toxines dangereuses dispersées dans l'environnement ainsi que la pollution par les pesticides et produits chlorés tout en les tenant à l'écart de notre corps.
Ces tampons s'utilisent exactement de la même manière que les tampons conventionnels avec divers degré d'absorption, avec ou sans applicateur. Il est recommandé d'utiliser le taux d'absorption le plus bas pour éviter les risques de syndromes de choc toxiques. Les tampons bio ne sont que légèrement plus chers que les tampons conventionnels.
 
 
 
Source : Meghan Telpner : Toxic Death Sticks
http://www.denmarkonline.dk/files/tampax-tampons.pdf
 

17/07/2017

À TOUS VENTS - un film de Michel Toesca et Cédric Herrou

 

 

 

À TOUS VENTS, retrace la rencontre des habitants de la vallée de la Roya et des réfugiés qui arrivent dans cette vallée en tentant de passer la frontière franco-italienne.

 

Michel Toesca est cinéaste. Il habite dans cette vallée et filme depuis deux ans des hommes et des femmes qui ont décidé d'agir face à une situation humaine révoltante, malgré les risques judiciaires encourus. Des gens qui se connaissaient à peine se rassemblent et s’organisent pour exiger un droit à l’humanité.

 

Cédric Herrou, agriculteur dans la vallée, est rapidement devenu une figure centrale de l’aide aux exilés. Il est un des personnages principaux du film.

 

De leur relation, des risques pris en commun en filmant des actions considérées au début comme illégales, naît une solide complicité.

 

À TOUS VENTS est l’histoire de leur amitié et de tous les liens qui se tissent entre les habitants de la vallée et ces réfugiés qui ont choisi de tout risquer dans l’espoir de connaître une vie meilleure...

 

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Nous avons décidé d'auto financer ce film et de faire appel aux dons. L’objectif de 15 000 € est une base minimum pour nous permettre d’avancer dans la fabrication du film. Le budget nécessaire à la réalisation de ce film est évaluée à 150 000 €.

 

Chaque soutien compte, un grand merci à tous ceux qui nous accompagnent !!

 

Plus vous serez nombreux à partager ce lien et plus nous aurons de chance d'atteindre notre objectif de faire une levée de fonds de 150 000 €. 

 

En savoir beaucoup plus ici :

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10/07/2017

Hamburg - les zombies du G20

 

 

02/07/2017

Revue Lichen n°16 - Juillet 2017

 

Nouveau bandeau lichen.jpg

toujours très heureuse de figurer au menu de Lichen dont voici le n°16 déjà et il est copieux !

 

 

n° 16 (juillet 2017)

Publication à périodicité (éventuellement) mensuelle * ISSN 2494-1360

prix : 1 mot (nous demandons que chaque personne qui consulte et apprécie ce blog nous envoie, en échange, un mot)

Au sommaire de ce numéro :

Éditorial

Jiani Abert : un poème sans titre

Mina Assadi : « Dirigeant » (poème traduit du persan par Babak Sadeq Khandjani)

Sindie Barns : six haïkus

Thierry Blandenet : « Hic et nunc » et « Amour »

Laurent Bouisset : « Un sourire vrai »

Léon Cobra : « Ça coûte combien le bonheur ? » (un poème accompagné d’un collage)

Éric Cuissard : « La fenêtre »

Colette Daviles-Estinès : « Morcelé » (un poème et une photographie)

Ève de Laudec : deux poèmes issus de Des pas sur la terre

Carine-Laure Desguin : « à chercher l’ordre »

Laurent Dumortier : « Danser la pluie »

Laure Escudier : « le sentier vibration est porteur d’un adieu »

Fabrice Farre : trois « poèmes de poche » (1)

Laetitia Gand : « Le printemps agité » et « À la pluie venue »

Cathy Garcia : « La mort-vie »

Aurélien Gernigon : un poème sans titre

Hoda Hili : « Nasses » (XXXI à XXXV)

François Ibanez : « À deux pas »

François Jégou : six fragments poétiques

Valère Kaletka : « Bien serré » et « Ses bras sarments »

Géry Lamarre : « Paradis infimes »

Cédric Landri : trois pantouns

Robert Latxague : « Un mojito para Cuba » (part I)

Hubert Le Boisselier : « Parler » (3)

Guy Lebressan : « La chose »

Le Golvan : encore six inédits extraits de Jours

Hans Limon : « Suspension »

Élodie Loustau : « Le cri dans le cri (1) »

Cédric Merland : quatre variations autour du titre Si elle y pense

Hélène Miguet : « Vibrations »

Ana Minski : « Extrait de monde (3) » (poème) et « Warm Canto » (peinture)

Valéry Molet : « L’ombre »

Pierre Morens : trois poèmes sans titre

Alain Morinais : « Il est un autre lendemain »

Michel-Ange Moukaga : « Temps mort » et « Iris »

Brice Noval : « Retour »

Damien Paisant : « Sur moi »

Anouch Paré : trois poèmes extraits d’une Petite suite animalière

Stéphane Poirier : « Œuf sur le plat »

Paul Polaire : « Ode à mon beau cabas »

Éric Pouyet : « Marguerites montant l’escalier » (photographie)

Hélène Py : « Patenôtrier… »

Bénédicte Rabourdin : « Charlocyclette » (poème graphique)

Saiban : trois « TER Nice-Antibes »

Salvatore Sanfilippo : « Il est descendu »

IgnacioJ. Santanilla-Bahi : « Instantané »

Clément G. Second : deux poèmes extraits de Encres de songerie

Soly Sombra : « Écho » et « A-mer »

Gaëtan Sortet & Khalid El Morabethi : « Maintenant ou jamais »

Sophie Marie Van der Pas, sur une photographie d’Alain Dutour : « Écriture »

Sabine Venaruzzo :  deux « Scenarii nocturnes »

Charlélie Willhelm : « Amazonie »

Note de lecture : Écrits de nature I, d’Alexis Gloaguen (éditions Maurice Nadeau)

Choses vues : les éditions de l'Ormaie et le n° 100 de La Barbacane à la galerie Depardieu à Nice

Guillemet deParantez (s/d.) & alt. : l’Atelier