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29/03/2013

L'ONU dénonce l'assassinat de deux leaders paysans en Colombie

Le Monde.fr avec AFP| 28.03.2013 à 01h22

Des paysans fuyant les combats en Colombie se sont installés dans un bidonville de Cali, en mars 2010.Des paysans fuyant les combats en Colombie se sont installés dans un bidonville de Cali, en mars 2010. | AFP/LUIS ROBAYO

 

 

Le représentant du Haut Commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme en Colombie, Todd Howland, a vivement dénoncé, mardi 26 mars, les assassinats récents de deux leaders paysans, appelant les autorités locales à mieux assurer leur protection. L'an dernier, a-t-il souligné, "97% des défenseurs des droits de l'homme (tués) étaient originaires des zones rurales", soit 37 personnes entre janvier et septembre 2012.

Le corps d'Ermes Vidal, qui militait pour la restitution des terres aux paysans déplacés par le conflit, a été retrouvé samedi 23 mars dans la région de Cordoba (nord). L'homme avait reçu des menaces de mort.

Lundi 25, un autre dirigeant, Gustavo Pizo, président de l'Association des paysans de Totoro, dans la province du Cuaca (sud-ouest), a également été assassiné. Il appartenait à la Marche Patriotique, une organisation de gauche défendant la création de réserves paysannes (des communautés autonomes sur le modèle des réserves indigènes). La revendication est également portée par la guérilla marxiste des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), qui mène actuellement des négociations de paix avec le gouvernement.

Environ 3,7 millions de paysans ont été chassés de leurs terres au cours du conflit qui a opposé pendant des années guérillas communistes et groupes paramilitaires d'extrême droite. Officiellement démobilisés depuis 2006, ces derniers comptent désormais de nombreux membres dans les bandes criminelles.

Il y a deux ans, le gouvernement du président Juan Manuel Santos a adopté une loi prévoyant de restituer aux petits paysans deux millions d'hectares saisis et quatre millions d'hectares laissés à l'abandon.

14/02/2013

Pérou : découverte d'une temple vieux de 5000 ans

Pérou : découverte d'un temple vieux de 5000 ans

 
Un groupe d'archéologues péruviens a découvert un temple datant de plus de 5.000 ans, dans le complexe archéologique de "El Paraiso", à l'est de Lima, a indiqué mardi le ministère de la Culture.

"Cette découverte revêt une grande importance car c'est la première structure du genre à être retrouvée sur la côte centrale du Pérou, ce qui corrobore le fait que la région de Lima était un des centres de la civilisation dans la région andine", a indiqué à la presse le vice-ministre de la culture Rafael Varon

Le "temple du feu" ainsi nommé par les archéologues se trouve dans une aile de la pyramide principale du complexe El Paraiso et contient un four dont les flammes selon le directeur de l'équipe de recherches Marco Guillen, "auraient servi à brûler des offrande, la fumée aidant à relier les prêtres et les dieux".

La découverte a été réalisée le mois dernier après le retrait d'une couche superficielle de sable et de pierres recouvrant certaines parois du centre archélogique situé à San Martin de Porres, à l'est de la capitale péruvienne.

Le temple aurait été construit quelque 3000 ans avant Jésus-Christ, une date encore à préciser avec des analyses au radiocarbone.

El Paraiso est le plus ancien et le plus important complexe archéologique de Lima, comprenant notamment dix bâtiments répartis sur une cinquantaine d'hectares.

Sa proximité avec la mer et son accès à une vallée proche ont été des éléments favorables à son développement, mêlant pêche et agriculture.

Un archéologue français Frédéric Engel a été le premier à faire des fouilles dans cette zone en 1965, précise le ministère de la culture.

 

Un article publié par lepoint.fr

07/02/2013

Brésil, Cícero Guedes, leader du MST est assassiné à Rio

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Le travailleur rural et militant du Mouvement des Sans Terre a été assassiné par des tueurs à gage le 25 janvier 2013, aux alentours de la raffinerie sucrière Cambahyba, dans la municipalité de Campos dos Goytacazes (RJ).

Cícero a été atteint par des tirs à la tête alors qu’il quittait l’unité productive à bicyclette. Né à Alagoas, il fut coupeur de canne et coordonnait l’occupation par le Mouvement des Sans Terre dans la raffinerie qui regroupe sept haciendas pour un total de 3.500 hectares.

Cette grande propriété fut considérée improductive par décision du juge fédéral Dario Ribeiro Machado Júnior, qui a été rendue publique en juin. La zone appartenant au défunt Heli Ribeiro Gomes, ex-vice-gouverneur « bionique » (1) de Rio, est aujourd’hui sous le contrôle de ses héritiers.

Cícero Guedes était membre de l’unité productive Zumbi dos Palmares créée en 2002 sur le site Brava Gente, au nord de Rio de Janeiro mais il continuait à lutter pour la réforme agraire. Il était devenu une référence dans la construction des connaissances en agro-écologie tant parmi les compagnons du Mouvement Sans Terre que parmi les étudiants et les professeurs de l’Université do Norte Fluminense.

Sur son terrain il développait des techniques agro-écologiques avec une diversité de plantes, dans le respect de la nature et en profitant de tout ce qu’elle pouvait donner. Il a commencé avec une plantation près de chez lui avec une couverture de fleurs qui a permis d’embellir sa propriété et aussi de dégager une source de revenus. Cícero était aussi connu pour sa production intensive de bananes, cultivée parmi des légumineuses, du maïs et des espèces fruitières. Les enfants ont grandi en observant le développement de l’expérience et ont appris avec leur père comment produire des aliments de meilleure qualité que ceux du supermarché.

Dès que le producteur agricole Cícero Guedes dos Santos a occupé son terrain en 2002, il a mis en place son vieux projet de développer une diversité de plantations dans le respect de la nature, une expérience proposant un nouveau type de conscience et affirmant le sentiment croissant jour après jour de la nécessité de préservation et d’équilibre.

La violence des grandes propriétés terriennes

Ce complexe d’haciendas est le théâtre de tout type de violences : exploitation du travail infantile, exploitation de main d’oeuvre esclave, absence de paiement des droits et des indemnisations aux travailleurs, en plus de crimes environnementaux.

En décembre 2012 l’INCRA (Instituto Nacional de Colonização e Reforma Agrária) a pris l’engagement de créer une unité productive dans la zone de la raffinerie mais jusqu’à aujourd’hui on n’observe aucune avancée concrète dans l’octroi de terres aux familles de producteurs.

La mort du compagnon Cícero est la conséquence de la violence des grandes propriétés, de l’impunité des meurtres de militants Sans Terre et de la lenteur de l’INCRA à répartir les terres improductives aux mains des petits producteurs et pour mettre en oeuvre la réforme agraire. Le Mouvement des Sans Terre exige que less coupables soient jugés, condamnés et emprisonnés.

Les grandes propriétés de la raffinerie Cambahyba accumulent des dettes de millions de Reales avec l’État brésilñien et leur processus de désappropriation est paralysé depuis 14 ans — l’INCRA avait alos déclaré ces terres improductives et donc sujettes légalement à l’expropriation aux fins en vertu de la réforme agraire.

Cependant la dette de la raffinerie sucrière ne se limite pas à l’aspect financier. En mai 2012 les brésiliens ont été horrifiés par les révélations selon lesquelles les fourneaux de Cambahyba furent utilisés pour incinérer les corps de 10 militants polítiques sous la dictature civile et militaire. Les aveux du délégué du Département d’Ordre Politique et Social (Dops), Cláudio Guerra, publiés dans le livre “Mémoires d’une guerre sale », ont été largment repris dans la presse.

Jusqu’à aujourd’hui cependant, la Justice Fédérale empêche l’expropriation de la zone et a décidé d’expulser violemment les familles qui revendiquent la terre. C’est la deuxième fois que le MST réalise une occupation de la raffinerie.

La première fut en 2000. Sept ans plus tard, les Polices Fédérale et Militaire par décision de la justice Fédérale de Campos , ont expulsé les 100 famílles qui avaient créé le campement Oziel Alves II.

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(1) Ce terme désigne au Brésil des gouverneurs nommés sous la dictature militaire, sans suffrage populaire

Traduction du portugais : Thierry Deronne

Source : http://www.mst.org.br/content/cicero-guedes-coordenador-da-ocupacao-na-usina-cambahyba-e-assassinado-no-rio

15/01/2013

Interview de Jaime Nevado, chanteur compositeur des FARC

“Même si la vie te semble être un conte aujourd’hui, raconte-la”

 

Interview réalisée par Hernando Calvo Ospina, La Havane, novembre 2012

Le 18 octobre à Oslo, ont été inaugurées les négociations entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC. Quelques heures auparavant, l’organisation révolutionnaire avait rendue publique une vidéo musicale. Celle-ci débutait avec les paroles de son commandant en chef, Timoleon Jimenez, plus connu sous le nom de Timochenko : “Nous venons à la table des négociations sans rancœur ni arrogance.” Puis on a vu plusieurs jeunes sans armes ni tenue de camouflage interpréter un rap. Cette vidéo a fait forte impression. La presse colombienne l’a considéré comme un “manifeste politique”.

Le refrain disait : “Oui, je vais à la Havane / cette fois-ci pour discuter / le bourgeois qui nous persécute n’a pas pu nous mettre en déroute / Oui, je vais à la Havane / cette fois-ci pour discuter / avec celui qui m’accusait de mentir à propos de la paix / (…) Oui, je vais à la Havane / si vous saviez avec quelle émotion / je vais discuter du sort de ma nation. (…)

J’ai rencontré l’homme qui a composé cette chanson. Tout en caressant les cordes de sa guitare, il dit s’appeler Jaime Nevado. Il est très aimable, et ses yeux sont rieurs derrière ses lunettes. La barbiche est grisonnante, tout comme ses moustaches. Lorsque je lui demande son âge, il me répond qu’il est proche du “septième étage”. Tandis qu’il parle, il semble étreindre sa guitare. Ou plutôt, c’est comme s’il cherchait en elle une aide pour parler. Il interrompra l’interview à quatre reprises pour interpréter ses chansons.

Hernando Calvo Ospina. Comment pouvez-vous créer un rap, cette musique de jeunes, alors que vous êtes proche des soixante-dix ans ?

Jaime Nevado. Je suis un vieux qui rajeunit chaque jour en travaillant avec des jeunes, des paysans en majorité. Je viens de la ville, du monde du théâtre. Alors, ce vieux, qui un jour fut jeune, donne ainsi son apport à la jeunesse pour aider à transformer le pays. Je suis un vieux qui a la chance de pouvoir toucher la jeunesse grâce à la musique. Maintenant, n’oublions pas que le rap est une culture qui vient de la marginalité, des noirs étasuniens, marginaux aussi, qui l’ont rendue populaire. Ce furent ces noirs, exclus par une société hautement raciste, qui sont apparus dans les rues avec leurs sonorités africaines exprimant et refusant cette exclusion.

Pour ma part, j’ai réussi à faire fusionner deux cultures urbaines différentes, bien qu’elles aient des racines africaines : le tango et le rap. Toutes deux nées dans la marginalité. Cette chance, je la dois au fait d’être proche des jeunes.

HCO. Où avez-vous appris cette manière de composer, de chanter, de jouer de la guitare ?

JN. Il y a de nombreuses années, dès le moment où j’ai intégré les FARC, parce que la guérilla est devenue pour moi une école de liberté. Je l’ai apprise à travers les leçons quotidiennes d’un peuple fatigué d’être exploité et humilié. C’est pour cela que quand je chante, je le fais dans un esprit anti-impérialiste, avec le désir d’avoir une nation différente. La musique, la culture, c’est l’espoir.

Dans les FARC, nous consacrons toujours du temps à la création culturelle, car notre but est de créer un monde nouveau, et que la culture y est essentielle. C’est pour ça que toutes les nuits nous faisons une heure culturelle même si nous ne sommes que trois guérilleros. Si la guerre le permet, nous nous réunissons autour du feu et nous parlons de ce qu’a été notre vie quotidienne avec la famille, la copine, les amis. L’un déclame un poème, une autre chante, un autre encore raconte une histoire vécue, ou un groupe représente une pièce de théâtre. Ou bien alors nous dansons sur notre belle musique colombienne si riche en rythmes, originaire de tant de régions. C’est un peu comme une réunion spirituelle.

HCO. Vous faîtes cette “communion spirituelle” parce que vous êtes guérilleros ou par peur de la mort ?

JN. Je dirais que c’est parce que nous sommes des êtres humains. Et nous les humains, devenons plus humains quand nous reconnaissons que beaucoup de choses simples que nous avons vécues, peuvent être de grandes expériences. Et on y arrive seulement lorsque nous partageons des souvenirs, des choses vécues.

Je venais tout juste de devenir sympathisant des FARC quand quelqu’un m’a demandé d’écrire un poème. Il le lui fallait tout de suite, maintenant ! Il voulait une chanson en l’honneur de la liberté et de la vie. Et la seule chose que j’ai trouvée à écrire fut : “Même si la vie te semble être un conte aujourd’hui, raconte-la, mon frère, raconte-la autant de fois qu’il le faudra jusqu’à ce que ce conte devienne chant.”

HCO. Cela paraît contradictoire que vous parliez de chanter la vie et la liberté, alors que vous êtes catalogués comme étant des “narcoterroristes”.

JN. Je hais les narcoterroristes. L’image que j’ai d’eux est terrible, car ce sont eux qui torturent, bombardent, assassinent le peuple, les enfants, qui violent les femmes. Les FARC ont commis des erreurs avec la population, mais nous ne sommes pas des terroristes, et encore moins des narcos. Les vrais narcoterroristes sont ceux qui veulent nous faire apparaître comme eux.

HCO. Est-ce qu’actuellement, vous pouvez faire des heures culturelles ? Je dis cela car avec toute la technologie qui a été utilisée pour vous localiser et vous bombarder, il est dangereux d’allumer un feu, par exemple.

JN. Il faut les faire. Les FARC ne peuvent s’arrêter devant les bombes, les tirs et la technologie assassine. Non, au contraire, il faut chanter plus, s’éduquer plus, combattre plus. Et tout cela doit être fait dans la joie. Évidemment, il y a des jours où la guerre ne le permet pas. Mais dès que les bombes ont éclaté et que les tirs ont pris fin, la culture revient.

HCO. Vous faites un travail culturel dans la guérilla, comme beaucoup d’autres. Mais ne pouviez-vous pas le faire dans les villes et les villages, sans fusil à l’épaule ?

JN. Dans les villes on peut chanter, faire du théâtre ou de la poésie, mais toujours dans le cadre établi par le système. Quand on fait des activités pour réveiller les cerveaux, à la recherche d’un monde différent, on te tue. C’est comme ça en Colombie depuis de très nombreuses années. En ville, on ne peut pas faire un travail politique légal tranquillement, car dès que l’establishment se rend compte que quelqu’un pense différemment et que les gens suivent sa façon de penser, on donne sur le champ l’ordre de l’assassiner. Travailler à réveiller la conscience sociale est une chose bien dangereuse. Travailler pour que la télévision, internet et les messages de la radio cessent d’endormir les gens et de les niveler afin qu’ils ne sortent pas du rang, c’est très dangereux.

Mais on n’entre pas dans la guérilla dans le seul but de ne pas se faire tuer. Non, c’est parce qu’ici on peut faire beaucoup de choses qui te permettent d’être engagé dans quelque chose de valorisant pendant ta vie. Car quand on fait un bilan de sa vie, c’est merveilleux de pouvoir se dire : j’ai parcouru la vie, et non, la vie est passée devant moi comme un film. Je crois que la plus grande satisfaction pour un être humain, quand il arrive à la fin de sa vie, c’est d’avoir fait quelque chose pour la vie, pour les autres, et avec eux.

Dans les FARC, chacun apporte son grain de sable pour changer la société, car les FARC sont une école qui forme des êtres humains.

HCO. Mais vous avez des téléphones cellulaires, d’excellents ordinateurs, vous écoutez la radio et regardez la télévision, comme dans n’importe quelle autre société de consommation.

JN. Nous ne sommes pas contre les avancées technologiques, car de plus, nous les utilisons dans notre lutte révolutionnaire quotidienne. Ce avec quoi nous ne sommes pas d’accord, c’est leur utilisation.

Ce que nous voulons dans les FARC, c’est qu’il existe des hommes et des femmes ayant des valeurs humaines différentes. Lorsque nous le pouvons, nous regardons les informations, puis nous analysons leur contenu, nous débattons pour savoir si elles nous apportent quelque chose au point de vue éthique et humain. Ce qu’on voit aujourd’hui à la télévision colombienne, c’est l’apologie de la mafia, du crime. Tout cela incite à la débauche, au luxe, à la consommation, dans un pays qui compte trente millions de personnes vivant dans la pauvreté. C’est à cela que les grands médias rendent un culte, et c’est ce que voient les jeunes.

La culture de masse qui existe en Colombie et dans presque toutes les parties du monde, ne vise qu’à endormir la jeunesse. Nous, nous essayons de la réveiller. La lutte est très dure car elle est inégale, mais nous la menons chaque jour. Ils disposent de milliards de dollars pour faire leur travail de nivellement. Ils mettent en pratique ce qu’on appelle la “guerre de quatrième génération” : un jeune, ils l’annulent, le paramètrent ou le tuent. L’annuler, c’est lui faire regarder ces séries stupides ; le paramétrer, c’est se le mettre dans la poche pour le monter contre son propre peuple ; et quand ni l’un ni l’autre n’est possible, alors ils le tuent. C’est simple. C’est pourquoi ce ne sont plus de grandes armées qui persécutent les jeunes mais une équipe de production de télévision et de cinéma.

HCO. Cela fait cinquante ans que vous êtes dans la montagne, en guerre. Le gouvernement répète que vous n’avez plus de projet politique. C’est aussi ce que disent d’anciens guérilleros et beaucoup de gens à gauche.

JN. La bourgeoisie elle-même a reconnu qu’avec cinq millions de dollars, en 1964, on aurait pu éviter cette guerre longue et cruelle. Avec cet argent, on aurait permis aux familles de 51 paysans, 48 hommes et trois femmes, d’avoir du travail, d’ensemencer, et d’alimenter le pays. Mais non, c’est cette bourgeoisie qui a dit : “le mieux c’est de les tuer”. Conseillés par les gringos, ils ont essayé en envoyant 16 000 soldats, et des bombes. Alors ces paysans les ont affrontés, armés de machettes et de quelques vieux fusils. Après deux mois de résistance, sous les bombes qui éclataient tout à côté, ils ont présenté une proposition politique pour le pays. C’est le programme agraire des FARC et ce jusqu’à aujourd’hui.

C’était le 20 juillet 1964, jour que l’on considère comme celui de la naissance des FARC. Et depuis cette époque nous faisons des propositions politiques pour sortir du conflit armé et social. L’Etat et les monopoles maîtres des moyens de communication répètent que nous n’avons pas de propositions politiques ; que nous adorons vivre dans la forêt et nous faire piquer par les moustiques ; et que toutes les bombes qu’ils nous lancent et les tirs que nous essuyons nous amusent. Mais ce qui est étrange, c’est qu’ils sont toujours en train de nous rechercher pour établir le dialogue.

Et quand ils nous recherchent pour nous faire déposer les armes, nous leur répétons ce qui est nécessaire pour que la paix existe en Colombie. Ils disent alors que ce n’est pas possible, que nous en demandons trop. Car nous disons que pour avoir la paix en Colombie, il faut du pain chaque jour sur toutes les tables des 30 millions de pauvres ; des écoles pour apprendre à lire et à se cultiver ; des hôpitaux pour ne pas mourir d’une simple diarrhée ; de la terre à cultiver pour ne pas importer ce que nous pouvons produire en quantité. Ils disent que ce n’est pas possible, qu’il n’y a pas d’argent. Mais bien évidemment, il y a plus d’argent qu’il n’en faut pour faire parler le plomb et pour assassiner. Ainsi que pour permettre la confiscation des immenses richesses par les transnationales.

HCO. Pourquoi n’avez-vous pas réussi à prendre le pouvoir par les armes ?

JN. Je ne crois pas que ce soient les FARC qui doivent arriver au pouvoir : c’est le peuple. Et si ça n’est pas arrivé, c’est parce qu’ils ont réussi à endormir le peuple, à l’aliéner. Le jour où le peuple se décidera, nous conquerrons le pouvoir. Nous sommes l’armée d’un peuple, et en tant qu’armée de ce peuple, nous sommes là pour le conduire au pouvoir.

HCO. Une autre chanson pour conclure cette conversation ?

JN. Bien sûr ! : Dis la vérité, gringo / que viens-tu faire dans ma patrie ? / Je sais que ton travail c’est de tuer / d’envahir pour piller / et de répandre le malheur avec tes multinationales / Réponds gringo abusif / que cherches-tu sur ma terre ? / Comme ça t’est arrivé au Vietnam / Et en Iran récemment / on te fera sortir la queue entre les jambes / Gringo, ne nous emmerde plus / laisse mon peuple tranquille / nous sommes fatigués de supporter / ne viens pas rechercher ici ce que tu n’as pas perdu / Par le chemin vert qui mène à l’espérance / l’Amérique Latine s’en vient, prête à livrer la bataille /Pour le sentier de la liberté par lequel est passé Bolivar / les peuples avancent en gardant le yanqui dans le collimateur.

Traduction : Hélène Vaucelle

Source : http://hcalvospina.free.fr/spip.php?article426

14/03/2012

France , Guyane, quand le goût du luxe est en fait une horreur

 

L’ Orpaillage, un fléau pour l’environnement

En Guyane, on assiste à une véritable ruée vers l’or savamment organisée par un processus d’orpaillage. Un phénomène favorable au contexte économique et au cours de l’or qui a augmenté au cours de l’année 2011.

Ainsi, les Guyanais ont vu s’accroître le nombre de sites d’orpaillage clandestins sur leur terre (chiffré aux nombre de 900). Des chantiers illégaux d´orpaillage qui emploient entre 3000 et 15 000 travailleurs clandestins dans cette folle ruée vers l’or.

Les conséquences de l’orpaillage

Une forte augmentation qui n’est pas sans risques et sans conséquences sur l’environnement et un fléau orchestré dans cette ruée vers l’or dénoncé par WWF et autres associations d’écologistes.

On connaissait déjà les impacts du mercure utilisé par la pratique de l’orpaillage sur l’écosystème guyanais mais on ignorait le cas de la turbidité de l’eau dû à la pratique de l’orpaillage de la ruée vers l’or.

Cette observation s’explique par la concentration de diatomées, ces micro algues unicellulaires qui troublent les cours d’eau car vivant á l’origine fixé sur les pierres du fond des rivières et manquant de lumière sous l’abondance de sédiments.Les micros algues étant privés de lumière, ils ne peuvent pas faire leur photosynthèse. Ces « cadavres » de diatomées sont donc utilisés comme indicateur de pollution par les écologistes et manifestent les effets dévastateurs de l’orpaillage.

Ils révèlent que les eaux troublés par l’orpaillage nuisent considérablement à l’environnement et tuent des espèces essentielles au bon fonctionnement de la biodiversité. Les poissons, crustacés, larves et insectes sont également utilisés comme des indices garantissant la santé de l’eau. Si par exemple les squelettes des diatomées sont déformés cela prouve scientifiquement que l’eau est contaminée au mercure de l’orpaillage et que son taux est élevé.

Des analyses peu rassurantes

Après avoir réalisé de nombreux prélèvement dans le bassin de l’Approuage (bassin du Maroni) les chercheurs comptent désormais effectuer leurs nouvelles recherches dans le bassin de l’Oyapock. De plus cette catastrophe sanitaire et les procédés clandestins qui nécessitent l’emploi du mercure afin d’amalgamer les particules d’or nuisent considérablement á la santé publique.Il faut par exemple pour extraire 1 Kg d’or utilisé 1,3 Kg de mercure soit 30% de pertes de mercure rejeté dans les eaux.Le mercure ensuite au contact de l’acidité de l’eau se mute en diméthyl-mercure, un dérivé organique très dangereux qui entraîne des malformations et des troubles neurologiques sévères.

Les mesures organisées pour lutter contre l’orpaillage

Afin de lutter contre ces exploitations clandestines et non contrôlées d’orpaillage, il est essentiel d’organiser des mesures d’actions de contrôles et de répressions menés par l’État français, de faire ratifier des accords bilatéraux pour la lutte de ces exploitation aurifères par les parlements français et brésiliens et enfin de favoriser les politiques de co-développement.

Un "ethnocide" en pleine Amazonie

Les Amérindiens d'Amazonie refusent de disparaître dans l'indifférence. Le réalisateur suisse Daniel Schweizer tente depuis des années de faire entendre leur voix, qu'ils soient de la Guyane française ou du Brésil.

Lors de son passage au Festival du film et forum international sur les droits humains
à Genève, Daniel Schweizer a évoqué la situation au Suriname : "Des milliers d'hectares de forêt sont cédés à des compagnies chinoises qui en font du bois de construction. Le régime en place est en train de vendre la forêt primaire du pays sans se soucier des peuples autochtones qui y vivent et de la présence de tribus non contactées."

Le Suriname est le plus petit Etat d'Amérique du Sud. Il est boisé à 96 %. Sa population compte des Riviermensen (descendants des esclaves fugitifs, installés sur les rives du fleuve Maroni) et des Amérindiens. De nombreux commerçants chinois se sont installés ces dernières années des deux côtés de la frontière avec la Guyane française.

Les Amérindiens d'Amazonie sont-ils menacés de disparition ?

Oui, la plupart des communautés amérindiennes du plateau des Guyanes jusqu'au Pérou sont en grand danger. Avec la suprématie actuelle des milieux économiques fondée sur le dogme de la croissance, on assiste à l'ultime phase de la Conquista initiée en 1492.

Les Amérindiens sont victimes d'une véritable guerre économique car les sous-sols des terres où ils vivent recèlent des richesses convoitées par les multinationales et les Etats. C'est le retour de la ruée vers l'or !

Prenez par exemple le cas du niobium [métal qui fait partie des terres rares]. Il sert, entre autres, à fabriquer des conducteurs pour les centrales nucléaires. Le Brésil en est le principal producteur et cherche à tout prix à exploiter ce minerai en particulier dans la région du Xingu [dans l'Etat du Pará]. Le contexte actuel de crise économique n'arrange rien : dans l'indifférence générale, les décideurs, décomplexés, lancent des grands projets sans tenir compte des conséquences pour les peuples autochtones et l'environnement. C'était inimaginable il y a vingt ans.

Au Brésil, justement, les travaux de construction du barrage gigantesque de Belo Monte sur le fleuve Xingu ont commencé malgré les vives oppositions des Amérindiens et des écologistes.


En réalité, il s'agit de cinq barrages et aucun rapport sur leur impact environnemental n'a été rendu public.Les ressources hydrauliques de Belo Monte ne bénéficieront pas aux populations locales mais serviront à alimenter en grande partie les usines de transformation de l'aluminium de la région. Il faut dire que le discours de Dilma Rousseff [élue présidente en 2010] est très clair : "Le Brésil doit consommer et produire."

Actuellement, le Sénat discute un projet de loi sur l'exploitation minière qui permettrait de se lancer à l'assaut des terres des Amérindiens au mépris de leurs droits et des textes nationaux et internationaux qui les consacrent.

Les peuples d'Amazonie sont totalement désemparés. Les Kayapos [au nombre d'environ 7 000 dont le célèbre Raoni, auquel le cinéaste franco-belge Jean-Pierre Dutilleux a consacré un documentaire] n'ont jamais été consultés sur le projet Belo Monte malgré la convention 169 de l'OIT [ce texte de l'Organisation international du travail est à ce jour le seul instrument contraignant de protection des droits des peuples autochtones] et la législation brésilienne elle-même.

Le gouvernement brésilien refuse de dialoguer avec eux ainsi qu'avec les ONG. Les Amérindiens sont menacés à la fois parce qu'ils défendent leur mode de vie traditionnel et leur droit à la terre. C'est une véritable logique économique et politique qui est à l'œuvre et dont l'assouplissement du code forestier [en attente de l'accord de Dilma Rousseff] est un exemple frappant.

La condamnation unanime des Amérindiens, des communautés riveraines, de la Commission interaméricaine des droits de l'homme ou bien encore l'appel lancé à la communauté internationale par Raoni (raoni.fr) ne peuvent-ils pas faire reculer le gouvernement brésilien ?

C'est malheureusement trop tard, le dernier recours devant la justice a échoué fin 2011.

Mais la responsabilité de la communauté internationale est engagée.

Le projet va coûter des dizaines de milliards de dollars, quelles banques vont le financer ? Les Européens à travers leurs entreprises, à l'image d'Alstom, et leurs banques participeront à ce désastre. Comme pour l'Afrique, les ressources naturelles brésiliennes sont un grand gâteau et on se pousse au portillon pour les exploiter à n'importe quel prix. C'est la course au productivisme. Le Brésil veut réaliser un grand bond en avant pour rattraper les grandes puissances, oubliant au passage deux principes fondamentaux : le respect des populations autochtones et la préservation de l'environnement.

Comment peut-on accepter de transformer ainsi une région aussi rapidement sans penser au moyen et long terme ?

L'arrivée de centaines de milliers d'immigrés [économiques, en provenance pour la plupart d'autres Etats brésiliens] va précipiter l'acculturation du mode de vie des peuples autochtones et leur disparition.

Comment croyez-vous que les quelque 2 000 Jurunas vont résister ?

Malheureusement, pour la majorité de la population le territoire brésilien est tellement vaste qu'elle n'a pas conscience des conséquences dramatiques pour son pays et pour la planète. Mais, comme disent les Amérindiens : "La terre ne nous appartient pas, ce sont nos petits-enfants qui nous la prêtent."

Dans votre précédent documentaire, vous alertiez sur la situation dramatique des Amérindiens de la Guyane française, victimes d'une véritable catastrophe sanitaire et écologique due à l'orpaillage clandestin et à la pression des grandes compagnies aurifères. Trois ans après, les choses ont-elles changé ?

Non, rien n'a changé. Les intérêts économiques sont trop importants.

Il y a bien évidemment la dizaine de milliers d'orpailleurs clandestins qui opèrent, mais qui achètent leur or ?

Des comptoirs situés à Maripasoula, une ville française.D'ailleurs, la Guyane française exporte le triple de l'or qu'elle exploite officiellement et ne se soucie donc guère de sa provenance. Aucune enquête n'est menée par la douane française sur la filière de l'or. Et, sur le plan international, il n'existe aucune volonté de créer une traçabilité en la matière. Le métal précieux est acheminé dans d'autres pays dont la Suisse pour être transformé. Je mets au défi les banques et les joailliers de définir sa provenance ! Pourtant, un label de traçabilité existe pour les diamants ou le bois exotique.

En Guyane, la forêt primaire est mise à sac, les rivières et les criques sont polluées par des tonnes de mercure et de boue. L'empoisonnement au mercure entraîne de graves malformations des fœtus. Dans les villages amérindiens, certains enfants naissent avec des membres en moins, d'autres totalement paralysés.

Au mépris des lois et du bon sens, on assiste à la destruction de la forêt équatoriale et à l'ethnocide d'un peuple sans que personne ne semble s'en émouvoir. Nicolas Sarkozy se promène en pirogue et la Croix-Rouge française affiche son mépris en demandant aux Amérindiens de ne plus manger de poisson !Le droit à l'alimentation est pourtant un droit humain. J'ai parlé à des militaires qui sont dépités. De temps en temps, ils démantèlent un site d'orpaillage mais quelques jours après les orpailleurs reviennent. Il y a un manque criant de moyens.

Les Amérindiens sont-ils porteurs d'un message à l'heure où le système économique est à bout de souffle ?

Les Amérindiens sont les premiers écologistes. De tout temps, ils ont vécu en harmonie avec la nature. Ils chassent et exploitent les ressources naturelles pour se nourrir et non pour accumuler des biens. Ils ne comprennent pas l'attitude de l'homme blanc. Deux visions du monde s'affrontent : d'un côté, des peuples qui savent que la terre n'est pas infinie, de l'autre des envahisseurs qui ne raisonnent qu'à court terme.

Nous aurions beaucoup à apprendre à leur contact, hélas personne ne les écoute. Les Amérindiens d'Amazonie ont pointé les problèmes et mis en garde sur les conséquences du comportement de l'homme blanc. Dans leur cosmogonie, le ciel est déjà tombé une fois sur la Terre, si rien n'est fait il risque de tomber à nouveau.

Source : nature alerte

12/02/2011

Les fléaux de la Colombie

Azalea Robles   9 février 2011

Source :

http://cubasilorraine.over-blog.org/ext/http://www.arlac.be/10/fr2010/fosses%20communes%20.htm

via

http://www.michelcollon.info/Les-fleaux-de-la-Colombie.html

La construction d'une réalité virtuelle, qui opère comme une scénographie masquant la réalité objective, est une composante fondamentale de la guerre en Colombie.

 • "Il faut promouvoir la mobilité des droits de propriété " Banque mondiale.
 

 • “De nombreuses victimes de la contre-réforme agraire en Colombie ont disparu dans les fours crématoires, les élevages de caïmans et les fosses communes ” Survivant.
 

 • Ce que vise la Loi sur les Terres de Santos, c'est à légaliser la spoliation des terres. C'est la consolidation de la contre-réforme agraire.
 

 • Les millions d'hectares de terres volés aux victimes et aux personnes déplacées par le terrorisme d'État en Colombie sont sur le point d'être remis légalement entre les mains du grand capital, grâce à un tour de passe-passe juridique très futé du gouvernement de Juan Manuel Santos.
 

 • “Le président Uribe se plaignait de ne pas pouvoir créer d'exploitations de 45.000 hectares dans les plaines orientales : il se plaignait de ne pas pouvoir supprimer l'UAF, qui est une parcelle relativement petite de terre, et cela gênait M. Uribe (…) À l'article 69, on lit l'UAF sera supprimée (… ) ; c'était ce dont se plaignait Uribe…” J.E.Robledo
 
 
 

Depuis la prise de fonctions du nouveau président de Colombie, Juan Manuel Santos, propriétaire des principaux médias de masse et grand latifundiste, nous avons été témoins d'une grande opération médiatique qui vise à présenter les “différences” entre l'administration de Santos et l'administration de Uribe. L'administration de Uribe est apparue publiquement comme une administration marquée par le paramilitarisme, la torture, les violations des droits humains… et la stratégie consiste à faire croire que Santos se démarque de ces niveaux de barbarie, en s'appuyant sur le monopole des médias de masse.
 
Il convient cependant de rappeler que Santos a été ministre de la Défense de Uribe, et responsable des mal nommés “faux positifs ” (1) : exécutions extrajudiciaires pratiquées par l'armée de Colombie.
 
Les militaires enlèvent des jeunes, les déguisent en guérilleros et les assassinent, puis ils les présentent comme des “guérilleros morts au combat”. Les militaires commettent ce crime pour “afficher des résultats” dans leur guerre contre l'insurrection, et aussi pour assassiner les civils qui “dérangent” (lire les syndicalistes, les enseignants, les dirigeants paysans, etc.). Les médias de masse se chargent de diffuser le mensonge, puisqu'en Colombie les moyens de diffusion de masse prennent pour argent comptant ce que leur disent les sources militaires… La médiatisation des supposés guérilleros morts est macabre : on montre des corps alignés, à demi nus, allongés sur le sol … On conditionne ainsi l'opinion publique à la déshumanisation des guérilleros. Avec les “faux positifs”, la directive présidentielle 029 pousse les militaires à “présenter des cadavres”, puisqu'ils reçoivent des récompenses économiques ou des permissions en fonction des cadavres présentés.


Les organisations de victimes dénoncent plus de 5.000 cas de “faux positifs”, la Fiscalía enquête sur quelque 2.000 exécutions extrajudiciaires commises directement par des membres des forces de sécurité de l'État colombien, mais l'impunité règne. Les “faux positifs” sont des crimes contre l'humanité et montrent à quel point les montages, les mensonges et les crimes font partie intégrante de l'État colombien, qui relève du concept d'État terroriste. C'est une évidence triste et vérifiable, bien que le degré d'horreur la fasse paraître invraisemblable ; l'ONU et d'autres organismes sont au courant de ces pratiques mais demeurent complaisants à l'égard de l'État colombien.


Les faux positifs sont de réels assassinats qui servent à créer une réalité virtuelle… les médias de masse exercent un rôle particulièrement belliciste en Colombie, en légitimant un régime génocidaire, au point d'occulter les fosses communes gigantesques, comme ils ont essayé de le faire avec la plus grande fosse commune du continent américain (2), située derrière la base militaire de la Force Omega à la Macarena (Meta), qui contient au moins 2.000 cadavres, et qui a été dénoncée par des observateurs internationaux, des ONG de défense des droits humains, et par des proches de victimes de disparus … Les médias de masse cachent les crimes de l'État colombien et se prêtent à tous les montages que préconisent les militaires, comme la médiatisation des morts de paysans déguisés en guérilleros.


La construction d'une réalité virtuelle, qui opère comme une scénographie masquant la réalité objective, est une composante fondamentale de la guerre en Colombie. Et dans ce texte, nous voulons traiter d'un cas essentiel de falsimedia (désinformation), puisqu'il s'agit de tromper au sujet d'une des questions les plus fondamentales de l'injustice et de la guerre en Colombie : la question de la terre.

Pour blanchir l'image du gouvernement de Santos, les médias de masse cherchent à faire croire, en Colombie et dans le monde, que Santos “rendra la terre aux déplacés” et “procédera à une réforme agraire”… Rien n'est plus éloigné de la réalité, bien que les apparences se fondent sur des échafaudages spécialement construits pour soutenir la propagande. L'argument de ce gouvernement, “la réparation aux victimes”, auxquelles on dit qu'ont leur rendra les terres usurpées, a été dénoncé comme une utilisation cynique des déplacés par des organisations de victimes telles que le Mouvement des victimes de crimes d'État, et par des opposants tels que le sénateur Robledo. (3)
 Concrètement, l'objectif de la Loi sur les Terres de Santos est la légalisation de la spoliation des terres. C'est la consolidation de la contre-réforme agraire.
 Les millions d'hectares de terres volés aux victimes et aux personnes déplacées par le terrorisme d'État en Colombie sont sur le point d'être remis légalement entre les mains du grand capital, grâce à un tour de passe-passe juridique très futé du gouvernement de Juan Manuel Santos.


C'est le même cynisme qui a été appliqué en Colombie lors des fameux "dialogues de Ralito 'entre' le gouvernement et les paramilitaires", dialogues populairement qualifiés de Monologue, étant donné la façon dont la structure paramilitaire est utilisée comme outil de guerre sale par l'État lui-même... Le paramilitarisme est l'arme de la guerre sale de l'État colombien, et bénéficie aussi d'un financement et des conseils des multinationales et des latifundistes ; c'est un outil mis en œuvre pour éliminer les opposants et chasser d'immenses quantités de personnes de zones à haut intérêt économique.


Aujourd'hui, ce sont plus de 6 millions d'hectares de terres qui ont été enlevés aux victimes et déplacés ; en Colombie, on compte plus de 4,5 millions de déplacés. Le MOVICE et d'autres sources parlent de plus de 10 millions d'hectares usurpés, le gouvernement avance le chiffre de 3,5 millions d'hectares.
La Loi sur les terres de Santos contient plusieurs ruses, voyons concrètement en quoi consiste la règle :

La règle dit que dans certaines zones du pays choisies par le gouvernement, il sera procédé à des restitutions de terres dans un délai limité.

Si la personne spoliée ne veut pas de la terre, l'État lui propose un titre de trésorerie qui viendra à échéance avec une vente très bon marché de sa terre.
D'après les enquêtes, la grande majorité des déplacés (jusqu'à 80%) craignent de revenir sur leurs terres étant donné que les régions sont sous la domination du paramilitarisme et qu'il y règne un régime de terreur.

Ce qui précède montre que ce que l'on présente comme la restitution de parcelles de terre aux personnes spoliées par la violence cache justement la spoliation définitive de ces personnes.

La Loi sur les Terres est présentée dans les médias de masse pour ce qu'elle n'est pas.

En Colombie, les terres doivent être restituées aux déplacés ; mais ce n'est pas ce que vise la Loi sur les Terres. Premièrement : la Loi ne sera pas d'application dans l'ensemble du pays, mais uniquement dans les territoires désignés par le gouvernement (zones de consolidation paramilitaire-militaire). Les déplacés ne pourront donc pas effectivement aller vivre dans des zones dominées par leurs bourreaux.

Deuxièmement : La politique agricole de ce gouvernement s'inscrit dans la poursuite de la politique du gouvernement de Uribe, en ce sens qu'il s'agit d'une politique néolibérale, qui favorise la grande propriété, le capital étranger, la méga exploitation minière, les mono-méga-cultures, le démantèlement de la protection des paysans et du secteur national de l'agriculture contre les produits subventionnés des USA et de l'UE : une politique d'annihilation de la souveraineté alimentaire …


On va supprimer l'UAF (Unité agricole familiale) pour établir de grandes plantations sur les hauts plateaux. Davantage de terres seront dévolues aux multinationales étrangères. La Banque mondiale encourage la concentration des terres et préconise l'acquisition de titres comme étape préalable à la constitution de monopoles. L'acquisition de titres sur les terres est désormais encouragée par le gouvernement, alors qu'il l'a toujours rejetée ; il est évident qu'aujourd'hui, l'objectif est le transfert des terres des paysans vers le grand capital. Selon la Banque mondiale : "Il faut promouvoir la mobilité des droits de propriété."
La politique agricole du gouvernement de Juan Manuel Santos, qui est de favoriser la grande propriété et le ‘libre commerce’ implique la ruine de l'agriculture : un appauvrissement accru, davantage de déplacements en masse des populations, davantage de faim et de misère, dans un pays dont la majorité de la population vit déjà dans l'indigence.

En Colombie, 68% de la population vit dans la pauvreté et l'indigence. La concentration de la richesse est scandaleuse : la Colombie est le 11e pays dans le monde où l'inégalité sociale est la plus élevée (11e place selon le cœfficient de GINI), et est le pays où l'inégalité est la plus grande sur le continent américain. Il y aurait, selon les chiffres les plus cléments, 8 millions d'indigents et 20 millions de pauvres (4). Plus de 20.000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année de dénutrition aiguë (chiffres de l'UNICEF) ; sur 100 mères déplacées en cours de grossesse, 80 souffrent de dénutrition chronique (5). Simultanément, et corrélativement à cette misère, un seul banquier, Sarmiento Angulo, contrôle 42% du crédit national et déclare des revenus de 1.250 millions de dollars pour le dernier bimestre de 2009. (6)

Cette injustice sociale et cette misère vont s'accentuer avec la politique agricole du gouvernement de Santos, qui poursuivra les TLC et le ‘libre commerce’. L'article 53, qui se réfère à la politique agraire de l'administration de Santos, parle d'encourager la grande production entrepreneuriale… Elle soutient le modèle de la grande propriété et de l'extraction minière par les multinationales.
 Avec la Loi sur les Terres de Santos, il s'agit d'officialiser des changements de propriété : et plus (uniquement) par la spoliation, mais par la voie...disons "licite"... quel cynisme ! Après des centaines de massacres, et la création de zones de terreur militaire-paramilitaire, de zones de non retour, on cherche à créer une situation de non retour juridique.

On a caché la réalité terrible au sujet de la Loi sur les Terres de Santos.

C'est une loi qui va également mettre fin aux rares dernières lois sur la protection des petits paysans, comme l'UAF (Unité agricole familiale). L'UAF est une loi qui limite les terrains, qui empêche les dimensions exagérées.

 Voici ce qu'a déclaré le sénateur Jorge Enrique Robledo à ce sujet (7), lors du débat sur le projet de loi sur les terres, en séance plénière du Sénat, en septembre 2010 :

“Le président Uribe se plaignait de ne pas pouvoir créer d'exploitations de 45.000 hectares dans les plaines orientales : il se plaignait de ne pas pouvoir supprimer l'UAF, qui est une parcelle relativement petite de terre, et cela gênait M. Uribe (…) À l'article 69 (relatif à la politique agricole de l'administration de Santos), on lit que l'UAF (Unité agricole familiale)… sera supprimée (… ) ; c'était ce dont se plaignait Uribe…”

Il faut dénoncer cette Loi des Terres pour ce qu'elle est : une étape fondamentale de la spoliation, la légalisation sans retour en arrière par la voie juridique.
Le terrorisme d'État en Colombie et le modèle minier de saccage de l'environnement et de spoliation des paysans, des indigènes et des afro-descendants se consolide avec Santos ; ce n'est pas pour rien que d'aucuns l'appellent “le nouvel administrateur des intérêts des USA et de l'UE en Colombie”. Le terrorisme d'État demeure la garantie d'éliminer les opposants au pillage.

 

NOTES :

1. “faux positifs”¹ : (Les faux positifs sont des assassinats d'enfants et de jeunes gens perpétrés par l'armée colombienne, qui médiatise ensuite leurs cadavres en les faisant passer pour des “guérilleros morts au combat” : http://www.falsos-positivos.blogspo...

http://www.rebelion.org/noticia.php...;;titular=terrorismo-de-estado :-el-caso-de-los-falsos-positivos-

 2. La plus grande fosse commune d'Amérique latine, une découverte dantesque qui ne suscite cependant pas le rejet international que mérite le régime colombien : plus de 2000 cadavres de disparus imputables à la force Omega du "Plan Colombie". (16) L'armée y aurait enterré des disparus depuis 2005 : http://www.publico.es/internacional...
 4. L'étude de la Misión para el Empalme de las Series de Empleo (MESEP), Pauvreté et inégalité 2009, a comptabilisé huit millions de Colombiens dans l'indigence et 20 millions de pauvres. Dans les zones rurales, sur 100 foyers, 65 sont considérés comme pauvres et 33 vivent dans l'indigence. http://www.abpnoticias.com/index.ph...;;task=view&id=2446&Itemid=90
http://www.elcolombiano.com/BancoCo...
5. En Colombie, plus de 20.000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année de dénutrition aiguë ; sur 100 mères déplacées enceintes, 80 souffrent de dénutrition chronique, UNICEF : http://www.elcolombiano.com/BancoCo... http://colombia.indymedia.org/news/... La Colombie, pauvre parmi les pauvres : http://alainet.org/active/33960&amp...;;=es
 
6. Sarmiento Angulo, l'entrepreneur le plus riche de Colombie est, avec la poignée d'oligarques parmi lesquels on distingue Ardila Lule et Santo Domingo, le grand promoteur de la néfaste “Sécurité" démocratique” du gouvernement Uribe, et, par hasard, Uribe a obéi à chacune de ses suggestions en un temps record de 24 heures, comme ce fut le cas lorsque Sarmiento Angulo proposa que “l'impôt pour financer la sécurité démocratique” soit permanent et qu'il s'applique à tous les Colombiens : aussitôt dit, aussitôt fait : http://www.lasillavacia.com/histori... http://noticieroconfidencial.com/?p=11 Colombie : les revenus et les bénéfices des grandes entreprises sont en augmentation http://www.desdeabajo.info/index.ph... Crise du modèle néolibéral et inégalité en Colombie (…) http://www.desdeabajo.info/index.ph... http://www.portafolio.com.co/econom... Publié le 15 février 2010 : Les revenus du secteur financier ont atteint les 8,5 milliards de dollars. http://www.elespectador.com/articul...
 
7. L'exposé du sénateur Jorge Enrique Robledo lors du débat sur le projet de loi sur les terres, pendant la séance plénière du Sénat du 21 septembre 2010, nous éclaire sur cette question : http://www.youtube.com/user/POLOMOI...

Source : Arlac
 

Image : Galerie des victimes à Popayan, Colombie. Cédric Rutter Investig'Action

08/01/2011

Colombie : Nouvelle découverte de fosses communes

6 janvier 2011

« Nous croyons que l’armée colombienne s’est convertie en une armée d’occupation contre son propre peuple : une armée qui protège les intérêts des grandes multinationales, contre notre propre peuple, une armée qui veut livrer les richesse, le pétrole, l’or, la biodiversité aux entreprises multinationales » Ramiro Orejuela, avocat défenseur des victimes des crimes d’état.

Des défenseurs des droits humains dénoncent la gravissime crise humanitaire qui vit la Colombie. Ils dénoncent la découverte d’au moins 1 505 corps supplémentaires dans des fosses communes en Colombie, dans le département de la Meta, la même région que la plus grande fosse commune du continent, avec 2 000 cadavres découverte en décembre 2009, et dont les cadavres sont les corps de disparus et d’assassinés par l’armée, comme il en a été conclus lors des audience publique de témoins et de proches en juillet 2010 près de la gigantesque fosse commune de la Macarena. La plus grande fosse commune du continent américain est située près du bataillon militaire de la Force Oméga du Plan Colombie, qui dispose d’une étroite collaboration militaire étasunienne.

 

Des défenseurs des droits humains dénoncent que les nouveaux 1 505 restes humains découverts dans la région peuvent être encore plus de civils assassinés par l’armée.

 

De nombreux défenseurs des droits humains, les congressistes du Polo Democrático Alternativo (PDA) Gloria Inés Ramírez et Iván Cepeda Castro, accompagnèrent le groupe de spécialistes de la justice colombienne qui le jeudi 16 décembre réalisa une inspection judiciaire avec pour but d’exhumer 66 corps qui se trouvaient dans une tombe collective dans la municipalité de Granada dans le département de la Meta. Cette tombe coïncide avec les dénonciation du PDA lors de deux sessions du Congrès de la République il y a quelques mois ; des dénonciation basées sur les réitérés et courageuses dénonciation de familles de disparus et d’habitants de la zone.

 

Bien que le gouvernement dit que les corps trouvés sont ceux de personnes "morts aux combats" (ce qu’il dit aussi dans le cas de la fosse de la Macarena, ce qui se révéla faux), les dirigeants du Polo le jésuite Javier Giraldo, qui s’est aussi déplacé dans la zone, ont avertit qu’il y a beaucoup de mineurs morts, ce qui pourrai signifier des bombardements contre la population civile, mais aussi de disparus ou de "faux positifs" de la part de l’armée. les "faux positifs" sont des enlèvements de civils par l’armée qui ensuite les assassine et les déguise en "guérilleros abattus au combat" ; ils y a eu des milliers de cas dénoncés d’assassinats de "faux positifs" en Colombie.

 

Sur cette dantesque nouvelle découverte, Telesur a interviewé Ramiro Orejuela, avocat défenseurs des droits humains :

"grâce aux dénonciations des organisations de droits humains et des familles des victimes, familles de disparus, on a réussit à ce que la justice trouve une énorme nouvelle fosse commune [...] il est important que maintenant les familles qui sont venues dénoncer les disparition de ses proches donnent des échantillons d’ADN [...] le plus important est que les dénonciations que nous faisons depuis longtemps soit corroborées ... chose que refuse de faire le gouvernement à travers du ministre de la défense qui dit qu’il n’y a pas de fosses communes, nous avons démontré que durant les quatre derniers mois ont a découvert 1 500 personnes non identifiées [...]seulement dans 3 cimetières de la Meta ont a trouvé plus de 1 500 personnes, une situation dantesque pour l’humanité, qui montre que la violation des droits humains de la part de la force publique contre le peuple".

 

Et au sujet de l’origine des morts il déclare :

"[...] Il peut exister quelques cas de personnes "mort au combat", mais cette situation a été utilisée par le gouvernement, par l’armée pour assassiner des personnes innocentes et les faire passer comme "guérilleros morts au combat", ce qui a été dénommé "faux positifs". Le gouvernement profite de ces circonstances pour discréditer les défenseurs des droits humains : les défenseurs des droits humains sommes persécutés, victimes de menaces, d’assassinats, d’emprisonnement ... quelques camarades sont aujourd’hui prisonniers avec de fausses accusations de personnes travaillant pour le gouvernement [...] La tragédie humanitaire de Colombie est énorme : cette situation de déplacement de millions de personnes de la part de l’armée et des bandes paramilitaires qui travaillent en compagnie de l’armée et avec l’appui et la défense de la part de l’armée des assassins paramilitaires depuis des décennies, la tragédie vient premièrement de l’armée."

 

Au sujet de savoir si les autres fosses communes découvertes en Colombie peuvent servir comme jurisprudence pour cette nouvelle découverte :

"La Colombie est une fosse commune [...] Nous alertons la communauté internationale : plus de 1 500 corps seulement dans une région .... comme ce sera dans tout le pays ? [...] la communauté internationale doit connaitre ceci. ET nous devons recevoir de l’aide pour enquêter et punir les responsables pour l’action, l’omission et la connivence [...] ces enquêtes doivent avoir lieu au plus haut niveau : doivent être inculpé des hauts généraux, politiques, nous osons même demander des comptes à l’ex président Uribe pour sa connivence avec tant de crimes contre le peuple colombien [...] beaucoup de ses haut fonctionnaires sont aujourd’hui poursuivit, quelques uns ont fuit pour des crimes qu’ils ont commis contre notre peuple [...]

"Nous croyons que l’armée colombienne s’est convertie en une armée d’occupation contre son propre peuple : une armée qui protège les intérêts des grandes multinationales, contre notre propre peuple, une armée qui veut livrer les richesse, le pétrole, l’or, les émeraudes, la biodiversité aux entreprises multinationales et pour cela elle persécute nos paysans qui sont les seuls qui ont résisté pour défendre la souveraineté et pour défendre les richesse naturelle de Colombie, qui est une des pays les plus riches du monde"

 

Source : Le grand soir

via http://www.michelcollon.info

Au Honduras, les uns comptent leurs dollars, les autres leurs morts

Hélène Roux

6 janvier 2011

Le 15 novembre 2010, la région du bas Aguán au Honduras a été le théâtre d’un massacre de plus, perpétré contre cinq paysans membres de l’organisation paysanne Movimiento Campesino del Aguán (MCA). Les faits se sont produits à l’aube du 15 novembre, lorsque deux cents gardes armés à la solde de M. Miguel Facussé Barjum (1), le magnat hondurien de la palme africaine, ont tiré avec des armes de gros calibre sur un groupe de paysans qui venait présenter les papiers les accréditant comme légitimes propriétaires de la finca (propriété) El Tumbador (municipalité de Trujillo).

 

Ces assassinats constituent un nouvel épisode dans le conflit agraire qui oppose de longue date le MCA aux grands entrepreneurs et propriétaires terriens de la région : M. Facussé Barjum – président de la société Dinant et oncle de l’ex-président libéral Carlos Flores Facussé (1998-2002) –, M. René Morales Carazo – industriel et frère du vice-président de la République du Nicaragua, M. Jaime Morales Carazo –, M. Reynaldo Canales – lui aussi grand patron –, et M. Oscar Najerá – député du parti Libéral (droite).

 

A la différence d’autres pays d’Amérique latine, où la culture de la palme africaine connaît un essor très récent – lié à l’élaboration des agro-carburants –, celle-ci est présente au Honduras depuis les années 1970. A cette époque, des réformes agraires ont en effet été promues – souvent par des gouvernements militaires, comme au Pérou et au Honduras – pour réduire la pression sur les latifundia (grandes propriétés) et contrôler le mouvement paysan. La culture de la palme constitue donc un enjeu économique important, qui explique d’une part la force et la capacité des coopératives paysannes, et d’autre part la convoitise des grands propriétaires et entrepreneurs de l’industrie de transformation du précieux végétal.

 

Au début des années 1990, sous la présidence de M. Leonardo Callejas (Parti national [PN], droite), se met en place la loi de modernisation et développement du secteur agricole (2), qui modifie celle de 1962 sur la réforme agraire. Suivant la même tendance que dans le reste des pays d’Amérique latine, la nouvelle loi privilégie la « sécurisation de la propriété » à travers la titularisation individuelle des terres et l’incursion croissante du secteur privé dans le financement de la production agricole. Ce procédé – développé et promu par la Banque mondiale – est également connu sous l’appellation trompeuse de « réforme agraire assistée par le marché ».

 

La majorité des organisations paysannes du Honduras s’accorde sur le fait que cette loi marque le début d’une accélération de la réappropriation privée des terres anciennement attribuées à des coopératives dans le cadre de la réforme agraire des années 1960.

 

Considérant cet accaparement comme illégal, les paysans partent à la reconquête des terres. C’est dans ce contexte que le MCA voit le jour, début mai 2000, en occupant les terres du Centre régional d’entraînement militaire (CREM), soit plusieurs milliers d’hectares utilisés pendant les années 1980 par les instructeurs de l’armée des Etats-Unis pour former les combattants de la Contra nicaraguayenne.

 

Pour le MCA, l’objectif consiste à faire pression pour l’application des dispositions légales établissant l’usage social de la terre et limitant la concentration agraire.

 

Dans les premiers temps, la tension entre les paysans et les propriétaires terriens est si forte que le président de la République (l’homme d’affaires Ricardo Maduro, PN) n’a d’autre choix que d’intervenir en personne. Le 12 octobre 2000, 1124 hectares sont titularisés au nom des coopératives du MCA, cependant que l’Institut national agraire (INA) entreprend des démarches pour annuler les titres de propriété indûment attribués aux grands propriétaires.

 

Toutefois la victoire est de courte durée et, pendant des années, la situation reste explosive et le harcèlement constant.

 

Le 12 juin 2009, un accord est pourtant signé entre le président hondurien, M. Manuel Zelaya, et les organisations paysannes de l’Aguán. Il établit qu’aucune expulsion ne pourra se réaliser avant que la légalité sur les titres de propriété et les ventes de terres n’ait été établie par les autorités compétentes. Mais le coup d’Etat du 28 juin 2009 met fin à cette courte trêve. Le MCA, qui, comme de nombreuses organisations populaires, a rejoint le Front national de résistance contre le golpe (3), se retrouve une fois de plus dans la ligne de mire.

 

Les attaques reprennent avec plus de vigueur au début de l’année 2010, avec l’entrée en fonction du gouvernement de facto de M. Porfirio Lobo, parvenu au pouvoir lors des élections organisées à l’ombre du putsch militaire, en novembre 2009. Face à la paralysie du processus de titularisation, le mouvement (4), qui recense désormais plus de 3 500 familles organisées en centaines de coopératives, a en effet décidé de reprendre, le 9 décembre 2009, les occupations de terres.

 

Le 8 janvier, une première expulsion violente des terres nouvellement occupées a lieu : 27 personnes, dont dix femmes, sont détenues. Le 13 janvier, trois dirigeants du MCA sont arrêtés, ce qui porte à 18 le nombre de membres du MCA emprisonnés depuis la création du mouvement. Dans un communiqué, l’organisation dénonce par ailleurs la présence menaçante d’hommes armés aux alentours des terrains des coopératives et accuse un colonel de l’armée de « prêter ses services » aux entrepreneurs de la palme africaine.

 

Mi-février 2010, des groupes paramilitaires à la solde des grands propriétaires, appuyés par l’armée et la police, attaquent les campements du MCA et font plusieurs blessés. Les faits se produisent alors même qu’une délégation du MCA négocie la ratification des accords signés avant le putsch de 2009, avec l’actuel ministre de la réforme agraire, Cesar Ham. Ce dernier, un ancien député du parti de gauche Union démocratique (UD), s’est à la fois opposé au coup d’Etat… et l’a légitimé en acceptant d’entrer au gouvernement de M. Lobo. Depuis cette « position », il prétend jouer le rôle de « courroie de transmission » des revendications populaires auprès du gouvernement.

 

Début mars 2010, de nouvelles négociations s’ouvrent entre le gouvernement et les paysans du MCA alors que la région est totalement militarisée et subit une intense répression. Quarante personnes ont été détenues pendant le processus de dialogue, y compris le responsable régional de l’INA, M. Coronado Ávila Mendoza. Le dirigeant du MCA, M. Rudy Hernandez, décrit la situation : « La région du bas Aguán a été inondée de militaires, 28 coopératives étaient en cours de récupération (de leurs terres) et c’est pour cette raison que le 13 avril, après une réunion de plus de quinze heures avec le gouvernement, qui ne voulait nous concéder que 6000 hectares, nous en avons obtenu 11 000. Nous avons signé parce que nous étions sous la menace des canons et nous ne pouvions pas mettre en danger la vie de nos compagnons. Malgré tout, la lutte n’a pas été seulement pour cette quantité de terres mais pour toute la terre assignée à la réforme agraire (5). »

 

Le 13 avril 2010 les deux parties « s’entendent » donc : 3 000 hectares de terres affectées à la palme africaine seront titularisés immédiatement en faveur de 28 coopératives et après évacuation volontaire des champs occupés (par les paysans), les mêmes surfaces (en friche) leur seront attribuées dans un délai de trois mois et à un autre emplacement. Enfin, dans un délai d’un an, les paysans devront recevoir 1 000 hectares cultivés en palme et 4 000 hectares non cultivés. Le président de facto se rend lui-même sur place et se porte garant des accords.

 

Mais l’apaisement qu’on aurait pu attendre à partir de la signature des accords n’a pas lieu. Au contraire, la zone de l’Aguán connaît un regain de tension. En effet, le magnat de la palme, M. Facussé, donne la mesure du peu de cas qu’il fait des dispositions légales. Il annonce qu’il fera appel des décisions prises auprès des tribunaux.

 

Allant au-devant de ses désirs, le 20 avril, l’armée resserre son étau autour de la communauté Guadalupe Carney (fondée sur les terres occupées du CREM), qui se retrouve complètement encerclée par plus d’une centaine d’effectifs des commandos Cobras et de militaires. Le prétexte : l’arrestation de membres du MCA. Par ailleurs, le syndicat des travailleurs de l’INA (Sindicato de Trabajadores del INA [SITRAINA]) de la région dénonce des menaces et des intimidations contre ses membres.

 

Le 23 avril, alors que le MCA fait état de l’invasion imminente de la communauté Guadalupe Carney par l’armée, M. Facussé annonce qu’il refuse de négocier ne serait-ce qu’un hectare de terre. Le bras de fer engagé avec le MCA s’étend à l’INA et à son directeur dont le propriétaire réclame ouvertement la tête. Cette situation révèle le double jeu du gouvernement qui, d’un côté, fait mine de jouer la conciliation par le biais de l’INA, et de l’autre, prend prétexte du climat de tension pour militariser la région.

 

Quelques jours plus tard, le 28 avril, la radio communautaire de Zacate Grande (une communauté située dans le golfe de Fonseca, région pacifique, à 150 km de la capitale) est attaquée et détruite par des hommes armés à la solde de M. Facussé.

 

Le 25 mai, le quotidien La Prensa avait publié un entretien avec M. Facussé dans lequel celui-ci affirmait que « le problème de l’Aguán détruirait l’économie », laissant ainsi entendre que le « climat d’insurrection » dans la région faisait fuir les investisseurs étrangers (6). En juin 2010, l’annonce du licenciement de 500 employés des entreprises de Miguel Facussé dans la région constitue une manœuvre de plus pour attiser les dissensions entre les paysans.

 

Le 21 juin, une opération conjointe de membres des bataillons Cobras et des vigiles de l’entreprise de sécurité Orión (recrutée par M. Facussé), menée dans le but d’arrêter deux membres de la coopérative La Aurora, provoque la mort d’un jeune de 17 ans. L’autopsie révèle douze impacts de balles (7). Le communiqué du MCA souligne que la finca La Aurora avait été assignée à la coopérative par l’INA.

 

Le 17 août, trois membres du MCA (dont un adolescent de 14 ans) sont assassinés. Quelques jours plus tard, un affrontement a lieu à Zacate Grande entre les occupants des terres récupérées et les habitants de villages voisins, à qui M. Facussé a remis des « titres de propriété » et fait miroiter la construction d’un collège pour leurs enfants.

 

La liste des intimidations et arrestations arbitraires s’allonge tous les jours mais les institutions financières internationales ne sourcillent pas. Dans une lettre (8) adressée le 17 novembre 2010 au président de la Banque mondiale, M. Robert Zoellick, l’ONG canadienne Rights Action accuse celle-ci d’être coresponsable des exactions commises dans l’Aguán. Dénonciation fondée sur le fait que le 5 novembre 2009, Dinant avait reçu de la Corporation financière internationale (IFC) – chargée de l’attention au secteur privé au sein de la Banque mondiale – le prêt n° 27.250, à hauteur de 30 millions de dollars.

 

Les rumeurs, régulièrement relayées par la presse, faisant état de l’existence de groupes armés au sein du MCA se sont renforcées ces derniers jours. Certains médias croyant même savoir que les bases d’entrainement de la guérilla se trouveraient au Nicaragua (9)… Ironie du sort : les terres originalement occupées par le MCA, avaient, elles, bel et bien servi de base pour les troupes de la Contra, dont l’objectif était précisément d’agresser le Nicaragua voisin…

 

Le massacre du 15 novembre a donné un nouveau prétexte à l’envoi de l’armée dans la région. Mais contre toute attente, au lieu de s’en prendre aux milices armées des entrepreneurs de la palme, ce sont les bureaux de l’INA – ceux-là même où sont entreposés les dossiers de régularisation des terres du MCA – qui ont été militarisés.

 

Le 6 décembre les paysans ont repris les blocages de route pour exiger que justice soit faite. Le 7 décembre, un communiqué du MUCA avertit que la communauté Guadalupe Carney est de nouveau encerclée par l’armée.

 

Le 15 décembre, 600 militaires ont pris position sur les collines alentours et des hélicoptères survolent la zone.

 

 

Note :

(1) Giorgio Trucchi, « Masacre y barbarie en el Bajo Aguán », Secrétariat régional latino-américain (Rel-UITA), 16 novembre 2010.

(2) « Ley para la Modernización y Desarrollo del Sector Agrícola (LMDSA) », Institut agraire national (INA), 5 mars 1992.

(3) Aujourd’hui Front national de résistance populaire (FNRP).

(4) Qui se présente également sous le sigle MUCA (Mouvement uni des paysans de l’Aguán).

(5) German Reyes, « Incumplimiento del gobierno caldea los animos en el Aguán », Revistazo, 18 novembre 2010.

(6) « Problema del Aguán destruiría la economía », La Prensa, 25 mai 2010.

(7) Giorgio Trucchi, « Asesinato salvaje de joven del MUCA », Rel-UITA, 22 juin 2010.

(8) « Letter to the World Bank », Rights Action, 17 novembre 2010.

(9) « Hondureños estarían entrenándose en Nicaragua para desestabilizar orden legal y democracia », El Proceso, 24 novembre 2010.

 

Source : Le monde diplomatique

via http://www.michelcollon.info

Chili : la résistance mapuche face aux multinationales

 

Source : www.michelcollon.info

Victor Ancalaf

1er janvier 2011

Víctor Ancalaf est un werken (porte-parole en Mapudungun, langue des Mapuche). Il lutte pour le respect des droits des peuples indigènes du Chili. Il s’exprime sur le long combat des Mapuche, la loi antiterroriste dont il a été victime, leur résistance face à la dictature de Pinochet et aux gouvernements qui ont suivi. Il décrit l’organisation à laquelle aspirent les Mapuche et nous initie au concept nouveau d'Etat plurinationale.

Cette interview a été réalisée, lors du passage de Víctor Ancalaf à Bruxelles après son témoignage aux Nations-Unies, par les membres du collectif Investig’Action (Rachida Bouganzir et VH) ainsi que par Bahar Kimyongür pour le journal turc Yürüyüs.

Víctor Ancalaf Llaupe est porte-parole de la communauté mapuche Choin Lafkenche, située dans la commune de Collipulli au sud du Chili. Víctor Ancalaf s'est rapidement affirmé en tant que leader mapuche lorsqu'en 1998, il fonda avec plusieurs autres dirigeants des localités d’Arauco et Malleco la "Coordination de Communautés en conflit Arauco-Malleco" (CAM), dans laquelle il jouera le rôle principal de porte-parole pendant deux ans. En 2002, il a été condamné pour délit d’incendie terroriste à 5 ans de prison ferme et à d’autres peines annexes. Il a été libéré en mars 2007. 
Tout a débuté en décembre 1997, dans le secteur de Lumaco, lorsqu’un convoi de camions de l'entreprise Forestal Bosques Arauco est attaqué par un groupe de Mapuche. Les communautés de Pichilonkoyan et de Pilinmapu revendiquent cette action. L'impact médiatique fait la une de la presse chilienne. A Tirùa, Traiguen, Collipulli, los Alamos, les communautés prennent la décision de suivre l'exemple.
C’est dans ce contexte conflictuel que Víctor Ancalaf apparaît comme l’un des dirigeants les plus conséquents du conflit mapuche pour la récupération des terres.
Il n’a pas bénéficié d’un procès équitable et s’est vu appliquer la loi anti-terroriste mise en place par la dictature de Pinochet afin de réprimer toute résistance populaire.
Sa communauté vit actuellement sur des terres récupérées en 2000, après une forte mobilisation des communautés de Collipulli.

Trente-deux prisonniers politiques mapuche ont mené une grève de la faim durant quatre-vingt cinq jours l’été dernier. Ils protestaient contre la loi anti-terroriste que le gouvernement chilien appliquait aux Mapuche. Vous avez vous-même été victime de cette loi antiterroriste. Quelle en est la nature et quels sont ses champs d’application ?
VA  : L’application de cette loi démontre l’hypocrisie du gouvernement chilien. Le but est de criminaliser pour mieux réprimer toutes les luttes sociales, qu’elles soient menées par le peuple chilien ou par le peuple mapuche. Aujourd’hui par exemple, mettre le feu à une forêt, au camion d’une entreprise ou au véhicule d’un particulier, est considéré comme un acte terroriste.
Les gouvernements de la Concertación[1] et l’actuel gouvernement de Sebastian Piñera ont recours à cette loi pour « appliquer la rigueur maximale » comme ils l’ont déclaré eux-mêmes. Mais devant la grève de la faim menée cet été, le gouvernement chilien a été contraint de reculer : bien qu’il refuse d’abroger la loi, il a toutefois déclaré qu’il ne l’appliquerait plus.
En effet, notre lutte n’a pas fait couler de sang et n’a provoqué aucune terreur. Elle a été menée dans le cadre d’une revendication historique, sociale, politique et culturelle. Ce droit à la terre que nous revendiquons est reconnu par l’accord Nº 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

Est-ce seulement l’acte qui est jugé terroriste ou bien aussi le fait d’appartenir à une organisation ?
VA  : N’importe quelle lutte sociale (pas seulement celle des Mapuche, mais aussi celle des Chiliens) y compris les luttes organisées par les étudiants, les enseignants, les pêcheurs ou les dockers, peut être cataloguée d’« association illégale terroriste ».
Il en est ainsi, à plus forte raison, de l’organisation mapuche. Le territoire mapuche est entièrement militarisé par la police et par le GOPE (Groupe d’Opérations Policières Spéciales), réservé pour les situations d’extrême violence. Ils surveillent le terrain par avion, ils transportent des troupes par hélicoptères et ils utilisent des blindés. Toute cette logistique traduit le niveau de criminalisation de notre lutte.

Cette loi héritée de l’époque de la dictature de Pinochet a-t-elle été modifiée depuis ?
VA : Nous sommes en présence d’un fait objectif précis : le Chili est le seul pays d’Amérique Latine, dont la constitution, héritée de la dictature (1973/1990), n’a pas été changée. Ce changement permettrait de modifier le système binominal et d’abroger cette loi qui a été créée pour réprimer les actes terroristes. Mais nous savons tous que nos luttes sociales sont juridiquement légitimes.
Si la loi n’a pas été modifiée, c’est parce qu’elle renferme un objectif politique : renforcer le modèle néolibéral. En effet, les multinationales profitent de ce système dans notre pays et en Amérique Latine. Et elles sentent que leurs intérêts sont menacés par nos luttes.

En quoi votre lutte menace-t-elle les intérêts des multinationales ?
VA : Les multinationales (Angellini, Matte, Benneton, Esso, la Shell, Oil Company, etc.) sont présentes partout. Elles envahissent les territoires des peuples originaires, en Amérique Latine et dans le monde, et pillent nos richesses naturelles. Nous, les Mapuche, nous représentons 10 % de la population du Chili et nous ne percevons même pas une part minime des profits de nos ressources (le cuivre, les centrales hydroélectriques, les pêcheries, les industries forestières…). Ces multinationales savent que lorsque nous réclamons la souveraineté sur nos terres, nous entendons disposer de nos ressources comme bon nous semble. Ce qui signifie la fin du pillage soutenu par le gouvernement chilien.
 
Quelles sont, sur le long-terme, les revendications des Mapuche ?
VA  : Notre projet politique est historique, car nous sommes un peuple millénaire qui possède un territoire, une culture, une langue et toute une cosmovision qui a trait à la relation entre l’homme et la terre. C’est un projet de libération nationale du peuple mapuche. Il a pris corps et conscience, peu à peu, au sein du monde indigène et particulièrement au sein du peuple mapuche.
Les thèmes de l’autonomie, de la libre détermination, du droit à la terre, au territoire, sont reconnus par l’accord Nº 169 de l’OIT ; par conséquent, nous ne demandons et n’exigeons rien qui soit capricieux ou personnel.

Vous souhaitez la création d’un Etat mapuche ?
VA : La notion d’Etat est un concept winka, c’est-à-dire non-Mapuche. Nous ne parlons pas d’Etat car ce mot signifie opprimer, restreindre. Il existe d’ailleurs un ancien dicton repris par un chanteur : « Les frontières sont pour les pays et pas pour les peuples ». En fait, les indigènes ont été historiquement respectueux de la vie et de la liberté des peuples. Par contre, les États n’ont qu’un seul objectif : servir leurs intérêts économiques.
Récupérer notre territoire, c’est le contrôler, peupler les terres que nous avons perdues à cause d’une usurpation violente pratiquée par cet État dominateur qu’est l’État chilien.

En quoi l’organisation mapuche est-elle différente de celle de l’État chilien sur le plan politique, économique, culturel, social et militaire ?
VA : Historiquement, notre peuple a vécu au sein d’une démocratie participative. Les lonkos et les werken dirigeaient et étaient responsables de l’organisation politique du peuple. Nos yenpin étaient les historiens. Les machi s’occupaient de la partie culturelle, spirituelle et médicale. Le ñaukan ou le sumomachife étaient les assistants en charge de recevoir la parole de la machi quand elle était en transe.
Sur le plan économique, il n’y avait pas la concurrence que nous connaissons aujourd’hui pour savoir qui a le plus d’argent, la meilleure carte de crédit, la plus grande maison, etc. Tout le monde était égal car le territoire était très vaste et les frères possédaient plus que nécessaire. Les poètes disaient que nous étions un peuple libre et un peuple riche, tant sur le plan culturel qu’économique.
Au niveau social, il existait différentes organisations du peuple mapuche qui ont fini par devenir des identités propres. Les frères qui habitaient les hautes terres de la cordillère s’appelaient Pewenche parce que leur nourriture principale provenait de la cueillette de fruits de l’arbre pewen. Ceux qui habitaient sur la côte s’appelaient Lafkenche parce qu’ils se nourrissaient de crustacés et de poisson. Ceux des vallées, les Nache, vivaient de chasse et aussi de la cueillette des fruits de la forêt. Les gens du Nord, les Picunche, vivaient du lama et des ressources naturelles de la région. Les frères de la pampa qui habitaient au Sud, les Huiliches, vivaient de l’élevage qui exige l’occupation d’immenses territoires. Le territoire mapuche s’étendait sur 35 millions d’hectares. Il y avait de la place pour tous.
Sur le plan militaire enfin, le peuple a eu l’intelligence d’adopter une structure politico-militaire horizontale. Leur démocratie n’était pas rigide, mais contenait plusieurs niveaux de commandement dans l’autorité politique ou militaire. Pour arriver à un consensus, les grandes réunions, les trawun, pouvaient durer parfois plus d’un mois. Cela explique la profondeur du débat ainsi que la capacité d’écoute mutuelle. L’histoire rapporte que les frères pouvaient parler toute une journée et que le discours commencé la veille se poursuivait encore le lendemain. Les seules fois où un chef unique, le Toki, était élu, c’était pour diriger la résistance lorsque le territoire était menacé.


A quel type d’organisation aspirez-vous aujourd’hui ?
VA : Une nation pluriculturelle, pluriethnique, c’est à dire plurinationale. Même si le mot pluriethnique n’est pas tout à fait adéquat. Ce mot est surtout utilisé par les winkas. Il nous faudrait dire pluri-indigène parce qu’il s’agit de peuples originaires. Nous avons en effet été capables, durant des millénaires, de vivre en harmonie avec toutes les espèces vivantes de la terre.
Nous parlons de société pluriculturelle parce que nous respectons les êtres humains, les cultures et les frères qui ne sont pas Mapuche mais qui sont métissés mapuche. Je pense donc qu’Evo Morales a totalement raison lorsqu’il dit qu’il est possible de vivre dans un monde meilleur.

Cela veut-il dire que vous souhaitez votre indépendance ?
VA : Lorsque nous parlons de notre projet, certains Chiliens, surtout les politiciens, ont peur. Ils pensent que nous avons des positions séparatistes. Mais au fond, nous voulons juste que soit reconnu notre droit à exister en tant que peuple, en tant que culture. Évidemment, ils devraient nous rendre ce qu’ils nous ont usurpé parce qu’il s’agit d’une étendue de terres immensément vaste.
Mais ce serait avoir un esprit très étroit que de dire : dehors tous les winkas, depuis le fleuve Bío-bio (frontière historique du territoire mapuche) au Nord, pour que nous restions seuls, entre nous, uniquement les Mapuche. Nous devons être objectifs et clairs : aujourd'hui il y a beaucoup de Chiliens qui ont du sang mapuche. Bref, ce serait une chose bien utopique et bien égoïste.

Existe-t-il une discrimination contre les Mapuche dans la vie quotidienne ? Comment se traduit cette discrimination ?
VA : Dans la vie de tous les jours, les gens ne passent pas leur temps à dire « sale indien » ou des choses de ce genre. Mais on remarque cette discrimination dans les rapports entre les personnes. Par exemple, lorsque vous entrez dans le bureau d’un service public ou dans la salle d’un tribunal pour exposer votre cause, l’attention qu’on vous prête est de piètre qualité. Et si vous allez consulter un médecin, c’est pareil. Lorsque vous faites la queue, dans une banque, on ne s’occupe pas de vous avec le même intérêt que si vous étiez un propriétaire foncier ou un grand blond. Il y a un exemple encore plus parlant : à la télévision, dans la publicité, on ne voit que des femmes blondes. Je n’ai rien contre ces femmes-là, mais elles sont toutes blondes ! Jamais vous ne verrez une femme au teint mat et aux cheveux noirs. Je crois que ça, c’est de la discrimination raciale.
Dans notre pays, le Chili, la majorité de la population est composée de métis et lorsque, après un séjour à l’étranger, vous revenez au pays, vous vous apercevez que nous sommes presque tous bruns, de petite taille et baraqués. Et ça, c’est dû à notre ascendance indigène.

Comment a réagile peuple chilien face à la grève de la faim des prisonniers politiques mapuche ?
VA : Nos frères et nos sœurs chiliens qui ont été témoins, par le passé, de grèves de la faim, ont pris conscience, de ce qu’est réellement, aujourd’hui, notre pays. Cette prise de conscience se fait peu à peu. D’abord parce que les souvenirs de l’époque de la dictature militaire sont encore très importants. Beaucoup de gens ont donc des réticences à prendre parti sur les problèmes d’actualité. Ensuite parce que les luttes sociales du peuple chilien sont toutes atomisées du fait de la répression systématique tant par le pouvoir judiciaire que par la police. C’est pourquoi beaucoup de gens ne veulent pas risquer de perdre leur emploi et acceptent de continuer à travailler dans de très mauvaises conditions.
Mais suite à la grève de la faim et à la position des gouvernements de la Concertación, (et, aujourd’hui, de droite), les choses sont en train de changer. Nous pensons qu’à partir de cette situation, la coordination de notre lutte avec celles des Chiliens grandira et se renforcera. Les acteurs sociaux — par exemple les étudiants, les travailleurs, les enseignants — se sentent en quelque sorte concernés par cette lutte que nous, les Mapuche, menons aujourd’hui dans notre territoire.

Pensez-vous que l’accident de la mine de San José et le sauvetage très médiatisé des mineurs ont été instrumentalisés par le gouvernement pour passer sous silence cette grève de la faim ? 
VA  : Les médias exercent une censure : il y a une volonté systématique de taire la réalité de la lutte du peuple mapuche.
Assurément, l’histoire de nos frères chiliens ensevelis au fond de la mine a été, pour le gouvernement et le président Sebastian Piñera, comme un parachute tombé du ciel pour détourner l’attention.
Mais nous n’oublions pas, bien entendu, la gravité de la situation et le fait qu’il s’agit de vies humaines et que quelques-uns de nos camarades chiliens ensevelis dans la mine étaient aussi Mapuche. Ces travailleurs mineurs connaissaient les pires conditions pour ce qui est de la sécurité au travail. C’est la preuve, encore une fois, que l’accord Nº 169 sur la protection des vies humaines n’est pas respecté par le gouvernement.

Voyez-vous, dans la façon de traiter les revendications mapuche, une différence entre le gouvernement de l’ancienne présidente Michelle Bachelet et celui de Piñera ?
VA : Aucune différence. Autant les gouvernements de la Concertación que le gouvernement actuel de droite sont un prolongement de la dictature militaire des années 70. Pour la consolidation du capitalisme dans notre pays, il n’y avait rien de mieux que de criminaliser notre lutte en appliquant des lois répressives dictatoriales.

Durant la dictature de Pinochet, y a-t-il eu une résistance spécifiquement mapuche ?
VA  : Les premières mobilisations du peuple mapuche sont nées à travers les centres culturels, à la fin des années 80, en partie sous l’égide de l’Église catholique. C’est alors que naît le mouvement d’unification le plus important : Admapu (cela signifie la coutume de la terre en Mapudungun[2]). Ce fut la première organisation mapuche à avoir le courage de se soulever, en pleine dictature, et même à « converser » avec Pinochet.
Notre lutte a toujours été présente. Aujourd’hui les Mapuche sont conscients qu’aucune époque n’a été ni meilleure ni pire. Nous avons toujours été opprimés.

Quelle est la position de la gauche extra-parlementaire chilienne par rapport à la résistance des Mapuche actuellement en prison et par rapport à leur combat en général ?
VA  : En toute objectivité, le P. C. a eu une position assez tiède au sujet de la répression. D’autres secteurs de la gauche, par exemple le Parti des Verts ou bien Juntos Podemos, ont eu une position relativement juste. Relative car s’ils ont été les premiers à se prononcer sur le sujet, ils n’ont tout de même pas eu la clarté politique de prendre position avant que la grève de la faim de nos frères n’entre dans une phase critique pour leur santé. Cela donne une image de ce qu’a été leur position : un peu ambigüe.

Des mouvements révolutionnaires tels que le MIR, le FPMR ou le mouvement Lautaro ont marqué l’histoire du Chili. Leur renommée a même dépassé les frontières de l’Amérique Latine. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
VA  : Je vous disais que les organisations sociales au Chili sont toutes atomisées, désarticulées. Mais comme dit le vieux dicton, je crois que « les vieux étendards sont encore là et qu’ils y seront toujours ». Beaucoup de frères, de camarades révolutionnaires de ferme conscience politique et idéologique, ont appuyé cette lutte malgré tous les efforts faits pour désagréger ces mouvements.
Et je crois que d’une façon ou d’une autre, ils ont toujours transmis leur combativité ainsi que les leçons tirées de leurs erreurs. Aujourd’hui, avec beaucoup de ténacité, nous nous efforçons de transmettre cette expérience à notre peuple. Il faut prendre en compte cette riche expérience d’organisation politique qui a existé. Voilà ce qui doit être sauvé.

En Amérique Latine, parmi les peuples qui luttent, le peuple mapuche est reconnu comme un peuple rebelle et héroïque. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?
VA : Le peuple mapuche a toujours été en guerre. Dans son livre « La Araucana », Alonso de Ercilla relate, dans un de ses poèmes, que ce peuple est « belliqueux et vaillant ». Avant l’arrivée des Espagnols, l’Empire Inca avait essayé, en vain, de conquérir le peuple mapuche. Aujourd’hui, il reste des vestiges de la culture Inca dans les zones d’Angol, Collipulli, Negrete, et Los Ángeles, ce qui signifie qu’il y eut une influence réciproque avec ces peuples qui nous ont envahis.
Ensuite, les Espagnols eurent les pires difficultés à nous conquérir. Pas seulement à cause du manque d’alliances avec d’autres peuples voisins, mais surtout grâce à notre forme d’organisation (politique, culturelle, religieuse, militaire, etc.). En effet, durant la Conquista, les Espagnols cherchaient avec certains d’entre nous à lutter contre d’autres. Mais s’ils parvenaient à signer un pacte avec cent Lonkos (chefs de communautés), il y en avait cent autres qui se soulevaient ailleurs. Nous parlons d’un vaste territoire de 35 millions d’hectares. Les Espagnols ne pouvaient donc pas négocier avec un chef unique si bien que lorsque certains signaient la paix, les autres entraient en guerre. C’est comme lorsque vous éteignez un feu ici et qu’un autre se déclare plus loin.
De plus, le peuple mapuche a tiré profit du terrain grâce à sa tactique visionnaire. Se battre dans le désert, ce n’est pas comme dans la montagne. Par exemple, les Mapuche entraînaient les Espagnols vers les marais, leur faisant croire que le gros des troupes se trouvait là. Mais en réalité, il n’y avait qu’un petit détachement de guerriers qui abandonnaient les lieux très rapidement après avoir tendu l’embuscade. Lorsque les Espagnols arrivaient, il n’y avait plus personne. Depuis la pente de la montagne, on pouvait alors entendre le chivateo[3] des Mapuche qui faisaient sonner leurs trutrucas[4].

Un des grands stratèges militaires fut Leftraru. Il fut élu Toki non pas à cause de sa force physique ou parce qu’il aurait eu des pouvoirs magiques, mais parce qu’il avait du talent, de l’audace et de l’intelligence pour amener l’ennemi sur le terrain qui l’avantageait lui. Leftraru avait été prisonnier des Espagnols et, à leur contact, il avait appris leurs tactiques de combat.
Aujourd’hui, à nouveau, nous sommes en train de neutraliser la technologie sophistiquée de nos adversaires avec notre astuce et nos tactiques. Par exemple, le Groupe Opérationnel des Forces Spéciales dispose de lunettes à visée nocturne pour voir le mouvement des Mapuche la nuit. On annule leur avantage en combattant le jour.
Cependant, en ces temps modernes, il y a beaucoup de frères mapuche capables d’étudier les lois, d’analyser la situation politique, de prendre en charge la gestion. C’est là que se trouve notre nouvelle arme pour la lutte. Il n’est pas nécessaire de mener un combat armé. Si cela devait arriver, il faudrait que ça se fasse après une analyse largement partagée par le peuple qui en mesurerait et en assumerait le coût. Je fais confiance au legs historique de notre peuple.
Il existe une capacité de résistance des gens simples, des paysans, qui n’ont rien d’autre que leur confiance, leur force de caractère et leur conviction que ce qu’ils font est juste. En ce XXIème siècle, les policiers ne peuvent éprouver qu’un sentiment de honte lorsqu’ils se battent contre des femmes ou des enfants. C’est pourtant arrivé. Ils ont emporté des enfants dans des hélicoptères et ont menacés de les jeter par-dessus ; ils ont battu des femmes et les ont laissées couvertes de bleus.
Malgré tout, notre résistance ne faiblit pas. Le peuple mapuche, parce qu’il est un peuple réellement démocratique, a été et continue d’être le caillou dans le soulier de tous les gouvernements de la Concertación, y compris le gouvernement de Piñera.

Votre résistance ne faiblit pas. Pourtant, vous menez votre combat depuis longtemps…
Le peuple mapuche a été un des rares peuples de ce continent qui a eu la force de lutter durant des siècles et dont on a reconnu la souveraineté sur son territoire. Cette souveraineté a été établie dans les accords internationaux signés par la Couronne et dans lesquels le Roi d’Espagne reconnaît le territoire du peuple mapuche. Il existe environ 28 pactes internationaux signés à diverses époques, entre autres, les accords de Trapiwue, de Negrete et de Killin. Du point de vue du droit international, ces pactes et conventions n’ont pas de prescription. De plus, ils ont une portée constitutionnelle.
Si nous ne maintenons pas la résistance en tant que peuple mapuche, nous trahirions l’immense sacrifice que firent nos ancêtres. Ils nous ont legué notre territoire ainsi qu’un héritage historique. Le peuple indigène ne s’est jamais laissé dominer par l’ennemi et jamais il n’a capitulé. Malgré tous les événements passés et toutes les tentatives pour faire disparaître notre culture, nous continuons à lutter et à nous référer aux traités. Nous allons poursuivre le combat parce que nous sentons que ce que nous demandons est juste et légitime.


Comme presque toujours, il faut faire des sacrifices énormes pour que soient respectés la dignité humaine et les droits démocratiques…

De tout temps, le courageux peuple mapuche a eu la capacité de donner sa vie pour la noble cause. Aujourd’hui, nous aussi avons dû payer un prix élevé. On dénombre 12 Mapuche morts, mais selon mon calcul, ça en fait plus de 20. Dans les registres officiels, beaucoup de frères n’apparaissent pas, parce qu’ils se sont suicidés (en pensant que ça ne valait pas la peine de continuer à vivre) bien qu’ils aient été d’héroïques combattants.

Nous avons peu à peu élevé le niveau des luttes à partir de 1997 lorsqu’eurent lieu les premiers incendies de camions. Beaucoup de gens étaient encore paralysés par la peur qu’ils avaient connue suite à la répression du temps de la dictature. Ils craignaient le pouvoir et la police faisait ce qu’elle voulait d’eux. C’est vrai que nous ne sommes pas parvenus à récupérer tout le territoire de notre peuple, mais bien une quantité d’hectares, la dignité et le respect.
 
En septembre dernier, vous êtes venu témoigner devant la Commission des Droits de l’homme des Nations Unies, à Genève. Quel était l’objectif de cette démarche ?
VA : Le but de la visite à Genève était d’informer sur ce qui se passe au Chili et de témoigner de ce qu’est notre conflit. Parce que ce sont toujours les gouvernements qui disent ce qu’ils veulent et les représentants des populations ne sont jamais présents.
Alors nous avons voulu rendre public ce qui se passe réellement : le discours populiste, la double morale et tout ce qui ne correspond pas à la réalité. Cela a été pour moi une expérience intéressante parce qu’elle m’a permis d’échanger des expériences et de nouer des liens d’amitié avec d’autres peuples opprimés comme, par exemple, le peuple palestinien.
Ce voyage en Europe a été comme une caisse de résonnance. Je crois que cela a été bénéfique politiquement de venir ici et de parler avec différentes organisations sociales issues de divers pays. Il faut comprendre qu’il y a des revendications de toutes parts. Nous devons donc coordonner nos luttes, partager nos expériences pour mieux nous comprendre et attaquer cet ennemi commun : les multinationales qui envahissent les territoires des peuples originaires et pillent nos ressources.
Pour conclure, nous werken du peuple mapuche, nous sommes satisfaits du travail déjà accompli. Je crois que c’est une lutte qui va continuer et nous ne savons pas encore quand elle s’arrêtera. Et si nous ne voyons pas évoluer les positions afin de mieux prendre en compte notre réalité, il nous faudra continuer à travailler intensément, à fournir une éducation politique, sociale et culturelle à notre jeunesse. Et même enseigner les langues pour que notre message soit mieux diffusé.

Je crois que c’est là un des grands défis que je dois relever en tant que dirigeant.





[1] Alliance entre les Démocrates Chrétiens et les Socialistes. Le gouvernement de la Concertación a suivi la dictature de Pinochet (1973-1990) et a duré 20 ans, de 1990 à 2010 (appelée période de “transition vers la démocratie”).
[2] Mapudungun : langue des Mapuche.
[3] Chivateo : cris et insultes que lançaient les guerriers Mapuche à l’ennemi avant d’entrer en combat.
[4] Trutrucas : trompette rustique des Mapuche.

03/11/2010

Aux peuples autochtones du monde - Evo Morales

Le président de l’état plurinational de Bolivie, Evo Morales, écrit une lette ouverte aux peuples autochtones du monde pour le respect de la nature, de la forêt et contre la marchandisation de l'écologie.

Frères indigènes du monde,

Je suis profondément inquiet de la tentative d’utilisation de certains dirigeants et de groupes indigènes pour promouvoir la mercantilisation de la nature et de la forêt en particulier à travers la création du mécanisme REDD (Réduction des Emissions résultant du Déboisement et de la Dégradation des forêts dans les pays en développement) et ses versions REDD+ et REDD++.

Chaque année une étendue de forêt et de jungle d’une superficie équivalente à 36.000 terrains de football disparaît. Chaque année, nous perdons 13 millions d’hectares de forêts. A ce rythme, les forêts disparaîtront avant la fin du siècle.

Les forêts et la jungle sont les principales sources de biodiversité. Si la déforestation continue des milliers d’espèces animales et végétales disparaîtront à tout jamais. Plus des trois quarts de l’eau douce accessible proviennent de zones de captage en forêt, étant donné que la qualité de l’eau se dégrade lorsque l’état de la forêt se détériore. Les forêts constituent une protection contre les inondations, l’érosion et les catastrophes naturelles. Elles fournissent des biens à base de bois ou sans bois. Elles recèlent de médicaments naturels et de techniques de guérissons jusqu’ici inconnues.

Les forêts et la jungle sont les poumons de l’atmosphère. 18 % de la totalité des émissions de gaz à effet de serre produites à travers le monde est dû à la déforestation.

Il est fondamental de cesser la destruction de notre Terre Mère.

Dans le contexte actuel des négociations sur le changement climatique, tout le monde reconnaît qu’il est essentiel d’empêcher la déforestation et la dégradation des forêts.

Toutefois, pour ce faire, certains optent pour la mercantilisation des forêts en avançant le faux argument selon lequel on prend soin et on entretient uniquement ce qui a un prix et un propriétaire.

Leur proposition est de ne prendre en compte qu’une des fonctions des forêts, à savoir sa capacité d’absorption de dioxyde de carbone, et d’émettre des « certificats », des « obligations » ou des « crédits-carbone » qui seront commercialisés dans un marché du carbone. Ainsi, les entreprises du Nord pourront choisir, soit de réduire leurs émissions dans leur pays, soit d’acheter des « certificats REDD » dans des pays du Sud en fonction de l’état de leur économie. Par exemple, si une entreprise doit investir 40 ou 50 dollars US pour réduire l’émission d’une tonne de CO² dans un « pays développé », elle préfèrera acheter un « certificat REDD » moyennant 10 ou 20 dollars US dans un pays « en développement », conformément à l’engagement portant sur la réduction des émissions de la tonne de CO² en question.

Par l’intermédiaire de ce mécanisme, les pays développés transfèreront aux pays en développement leur obligation de réduire leurs émissions, et le Sud financera, une fois de plus, le Nord puisque cette entreprise du Nord économisera beaucoup d’argent en achetant des « certificats » de carbone des forêts du Sud.

Non seulement, ils tricheront en ce qui concerne leurs engagements de réduction des émissions, mais ils ouvriront également la porte à la mercantilisation de la nature en commençant par les forêts. Les forêts feront l’objet d’une estimation en raison de la quantité de tonnes de CO² qu’elles sont capables d’absorber. Les « obligations » ou les « crédits-carbone » qui attestent de cette capacité d’absorption seront achetés et vendu(e)s comme n’importe quelle marchandise au niveau mondial. Pour s’assurer que personne ne viole la propriété des acheteurs de « certificats REDD », un ensemble de restrictions a été mis en place, lequel finira par bafouer les droits souverains des pays et des peuples indigènes sur leurs forêts et la jungle. C’est alors que commencera une nouvelle étape de privatisation de la nature jamais observée auparavant qui s’étendra progressivement à l’eau, à la biodiversité et à ce qu’ils qualifient de « services environnementaux ».

Alors que nous affirmons que le capitalisme est la cause du réchauffement global et de la destruction des forêts, de la jungle et de la Terre Mère, eux cherchent maintenant à étendre le capitalisme à la mercantilisation de la nature sous couvert du dénominatif « économie verte ».

Afin d’obtenir le soutien à cette proposition de mercantilisation de la nature, certains organismes financiers, gouvernements, ONG, fondations, « experts » et entreprises intermédiaires offrent un pourcentage des « bénéfices » de cette « mercantilisation » de la nature aux peuples indigènes et aux communautés vivant dans les forêts de peuples originaires et la jungle.

La nature, la forêt et les peuples indigènes ne sont pas en vente !

A travers les siècles, nous, peuples indigènes avons vécu en prenant soin et en préservant les forêts de peuples originaires et la jungle. Nous ne considérons les forêts et la jungle ni comme un objet ni comme une chose que l’on peut évaluer et privatiser.

Nous n’acceptons pas que l’on réduise les forêts d’indigènes à une simple quantité mesurable de carbone. Nous n’accepterons pas non plus que l’on prenne les forêts d’indigènes pour de simples plantations d’une ou plusieurs espèces d’arbres. La forêt est notre foyer, elle est la grande maison où coexistent plantes, animaux, eau, sol, air pur et êtres humains.

Il est fondamental que tous les pays du monde travaillent ensemble pour éviter la déforestation et la dégradation des forêts et de la jungle. Il incombe aux pays développés de contribuer économiquement à la préservation des forêts, celle-ci faisant partie intégrante de leur dette climatique et environnementale, mais NON à travers leur mercantilisation. Il existe de nombreux moyens d’aider et de financer les pays en développement, les peuples indigènes et les communautés locales qui contribuent à la préservation des forêts.

Les pays développés dépensent des dizaines de fois plus de ressources publiques pour la défense, la sécurité et les guerres que pour le changement climatique. Même pendant la crise financière beaucoup ont maintenu voire augmenté leurs dépenses relatives à la défense. Il est inadmissible qu’en profitant des besoins des communautés et des ambitions de certains dirigeants et « experts » indigènes, on vise à impliquer les peuples indigènes dans la mercantilisation de la nature.

Tout mécanisme de protection des forêts et de la jungle doit sauvegarder les droits et garantir la participation des indigènes. Toutefois, nous ne pouvons accepter, sous prétexte de participation des indigènes à la REDD, qu’on prise et qu’on négocie au sein d’un marché mondial le carbone des forêts et de la jungle.

Frères indigènes, ne soyons pas dupes. Certains nous disent que le mécanisme de marché du carbone dans le cas de la REDD se fera sur la base du volontariat. C’est-à-dire que celui qui le voudra pourra vendre et acheter, et celui qui ne le souhaitera pas, sera mis à l’écart. Nous ne pouvons pas accepter qu’avec notre consentement on crée un mécanisme dans lequel les uns vendent volontairement la Terre Mère alors que les autres regardent les bras croisés.

Face à ces visions réductionnistes et mercantilistes des forêts et de la jungle, les peuples indigènes, conjointement avec les paysans les mouvements sociaux du monde, doivent lutter en faveur des propositions de la Conférence Mondiale des Peuples sur le Changement Climatique et les droits de la Terre Mère :

Contrôle intégral des forêts d’autochtones en prenant en compte non seulement leur fonction de réduction des émissions de CO² mais également leurs fonctions et potentialités permettant de ne pas les confondre avec de simples plantations.

Par rapport à la souveraineté des pays en développement dans la gestion intégrale de leurs forêts.

Respect intégral des droits des peuples indigènes déterminés par la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, de la Convention 169 de la OIT et d’autres instruments internationaux ; reconnaissance et respect de ses territoires ; revalorisation et application des connaissances indigènes pour la préservation des forêts ; participation et gestion des forêts et de la jungle par les peuples indigènes.

Financement des pays en développement et des peuples indigènes par les pays développés pour le contrôle intégral des forêts comme faisant partie de sa dette climatique et environnementale. Pas de mise en place d’aucun mécanisme de marché du carbone ou de « mesure d’incitation » qui impliquerait la mercantilisation des forêts et de la jungle.

Reconnaissance des droits de la Terre Mère qui englobe les forêts, la jungle et toutes ses composantes. Afin de rétablir l’harmonie avec la Terre Mère, la marche à suivre n’est pas de faire une estimation de la nature, mais de reconnaître que non seulement nous les êtres humains avons droit à la vie et à nous reproduire, mais que la nature a également le droit à la vie et à se régénérer, et que sans la Terre Mère les êtres humains ne peuvent vivre.

Frères indigènes, ensemble avec nos frères paysans et les mouvements sociaux du monde, nous devons nous mobiliser pour que les conclusions de Cochabamba soient défendues à Cancún, et pour impulser un mécanisme d’ACTIONS RELATIVES AUX FORETS basé sur ces cinq principes, en faisant toujours de l’unité des peuples indigènes et des principes de respect de la Terre Mère notre devise, qu’au travers des siècles nous avons préservé et hérité de nos ancêtres.

Source : Le Grand Soir

28/10/2010

Eloisa Cartonera, Wáshington Cucurto et la Guêpe Cartonnière, à cahors, en juin dernier

 

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http://www.ameriquelatine.msh-paris.fr/spip.php?article472

 

Leur site : http://www.eloisacartonera.com.ar/ENGversion.html

 

 

 

26/10/2010

Mineurs chiliens : que cachait le show télé ?

Camila Campusano, Michel Collon

http://www.michelcollon.info/Mineurs-chiliens-que-cachait-le.html

25 octobre 2010

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Nous étions près d’un milliard à être bouleversés. Pour sauver 33 mineurs chiliens, tout un peuple, patrons et travailleurs, riches et pauvres tous réunis dans un même effort, président en tête. Emotion, suspense, audimat, énormes recettes publicitaires. Mais que cachait ce show télévisuel ?

 

Que les « sauveurs » étaient en fait les coupables. Trois heures avant l’éboulement, les mineurs de San José avaient demandé à pouvoir sortir, suite à des bruits suspects. Le refus de leurs supérieurs les a emprisonnés sous des tonnes de terre. Surprenant ? Non, le 30 juillet, un rapport du ministère du Travail signalait d’importants problèmes de sécurité à la mine de San José. Sans suite, le ministre étant resté muet.

Tout le monde s’est évidemment réjoui du happy end. Mais le show du sauvetage a occulté l’ampleur du problème : quatre cents mineurs chiliens sont morts ces dix dernières années. Et surtout les causes : « Faiblesses des investissements et des normes de sécurité », a indiqué Marco Enriquez-Ominami, l’adversaire de Sebastián Piñera aux dernières élections présidentielles. En effet, pour la seule année 2009, le Chili a enregistré 191.000 accidents de travail qui ont tué 443 travailleurs. Et c’est l’Etat chilien qui en est directement responsable, car depuis douze ans, il a refusé de ratifier la Convention 176 de l’Organisation Internationale du Travail sur la sécurité et la santé dans les mines. Les entreprises ont toutes les libertés, les travailleurs aucun droit.

 

Derrière le sauveur, se cache le milliardaire

Il était sur tous les écrans, en permanence : chef d’Etat souriant, concentré, soucieux de ses citoyens. Un peu trop lisse, cette image d’Epinal ? Qui est réellement Sebastián Piñera, élu président en 2009 avec 51,61% des suffrages ?

A 61 ans, il possède 1,2 milliard de dollars, ce qui en fait la 701ème fortune mondiale selon la revue Forbes. Cette fortune, il l’a bâtie grâce aux mesures prises par la sanglante dictature militaire de Pinochet (1973-1990). Le Chili de cette époque incarnait le laboratoire du néolibéralisme impulsé par ces économistes extrémistes qu’on avait surnommé les Chicago Boys. De ces privatisations, Piñera a su profiter en faisant main basse sur le secteur des cartes de crédit.

Surnommé « le Silvio Berlusconi latino-américain », Piñera possède actuellement Chilevision, une des grandes chaînes télé du pays, et Colo Colo, une des principales équipes de football. Il est également actif dans la distribution, l’industrie minière et pharmaceutique. En accédant au poste de président, il a été obligé de vendre ses parts de la compagnie aérienne Lan Chile (il était l’actionnaire majoritaire). Double casquette donc : chef d’Etat et puissant homme d’affaires. Interpellé sur cette confusion des rôles par le journal argentin  Clarín, il a répondu : « Seuls les morts et les saints n’ont pas de conflits d’intérêts ».

Un saint, Piñera ne l’est certes pas. Monica Madariaga, ministre de la Justice pendant la dictature militaire, a reconnu avoir fait pression sur des juges, à l’époque où Piñera était gérant d’une banque. La fraude se serait élevée à près de 240 millions de dollars. En 2007, Piñera a aussi été condamné pour délit d’initié par l’autorité des marchés financiers suite à l’achat des actions de Lan Chile. Comme disait le grand écrivain français Honoré de Balzac, « derrière chaque grande fortune se cache un crime ». Celle de Piñera a la couleur du sang des victimes de la dictature.

En cachant son passé, en le présentant comme un ami du peuple, le show télévisuel sur la mine de San José a fourni à Piñera une véritable opportunité politique. Avec son casque jaune, il a grimpé dans les sondages. La droite chilienne, qui n’osait plus se montrer après la dictature, a pu redorer son blason.

 

 

Piñera, la victoire posthume de Pinochet et des USA

Malgré ces scandales, Sebastián Piñera sait se valoriser. Sa campagne électorale a mis en avant son « amour pour la démocratie » et son vote contre le maintien de Pinochet au pouvoir lors du plébiscite de 1988. Il est ainsi parvenu à se faire élire sur base de son image de « l’homme qui a tout réussi ». Comme si faire fortune impliquait une bonne gestion de l’Etat. Au contraire : sa fortune s’est justement construite en affaiblissant la collectivité.

Et il s’apprête à continuer. Cet admirateur de Nicolas Sarkozy entend privatiser les propriétés de l’Etat, sous prétexte de couvrir les pertes provoquées par le grand tremblement de terre de février 2010. Il s’agirait de vendre au privé 40% de Codelco (n° 1 du cuivre) ainsi qu’une autre entreprise minière Cimm T&S. Cela prend tout son sens quand on sait que le Chili est le premier exportateur mondial de cuivre. Il faut savoir que certaines multinationales des Etats-Unis ont commis les pires crimes pour conserver le contrôle de ces richesses.

En 1970, un gouvernement progressiste, dirigé par Salvador Allende, avait entrepris de développer le Chili et de sortir sa population de la pauvreté. Pour ce faire, le pays devait récupérer le contrôle de sa principale richesse : le cuivre. En obtenir un prix plus correct et affecter ces revenus aux besoins pressants de la population. Aussitôt, les Etats-Unis se sont déchaînés : blocus financier, déstabilisation par la CIA, actions terroristes, chantages en tous genres... Jusqu’au coup d’Etat militaire et à l’instauration de la dictature fasciste d’Augusto Pinochet. Des milliers de victimes, toute une génération progressiste massacrée ou exilée.

Dans son discours à l’ONU, en décembre 1972, soit quelques mois avant son assassinat, le président Allende décrit le pillage de son pays par les multinationales US du cuivre, Anaconda Company et Kennecott Copper Corporation : « Les mêmes firmes qui ont exploité le cuivre chilien durant de nombreuses années ont réalisé plus de quatre milliards de dollars de bénéfices au cours des quarante-deux dernières années, alors que leurs investissements initiaux avaient été inférieurs à trente millions de dollars. Un exemple simple et pénible, un contraste flagrant : dans mon pays, il y a six cent mille enfants qui ne pourront jamais profiter de la vie dans des conditions humaines normales parce que durant les huit premiers mois de leur existence, ils ont été privés de la quantité indispensable de protéines. Mon pays, le Chili, aurait été totalement transformé avec ces quatre milliards de dollars. Une infime partie de ce montant suffirait à assurer une fois pour toutes des protéines à tous les enfants de mon pays. » La victoire électorale de Piñera, c’est au fond la victoire posthume de la dictature, le retour au pouvoir des Etats-Unis. 

D’ailleurs, Piñera compte aussi emprunter à la Banque Interaméricaine de Développement, dominée par les USA. Cet emprunt imposera de nouvelles mesures d’économies antisociales. Cette offensive générale du privé contre le public n’a rien d’étonnant dès lors qu’un milliardaire a carrément pris la présidence de l’Etat. Toute apparence d’indépendance entre les deux sphères s’évanouit : le ministre des affaires étrangères dirigeait la chaîne de grands magasins Falabella  ; celui de la Santé dirigeait la clinique privée Las Condes, la plus chère du pays. Même s’ils ont temporairement abandonné ces postes, ils prennent des décisions qui les concernent de façon très intéressée.

Avec de tels milliardaires au pouvoir, pas étonnant que les entreprises soient taxées de façon ridicule : 3% en 2011 et  1,5% en 2012 ! Sous prétexte, toujours, du tremblement de terre. En fait, le Chili occupe la 21ème place mondiale des Etats taxant le moins le Capital. Et la première place en Amérique latine (source : Pricewaterhouse Coopers). Sur ces liens entre la dictature et Piñera, sur ces projets antisociaux, les télés n’ont rien dit.

 

Occultée : la colère des mineurs

Dans ce pays où le chef d’entreprise est roi, Piñera a quand même dû constituer une commission sur la sécurité au travail après le drame de San José. Elle rendra ses conclusions le 22 novembre. Il a aussi créé un organe de contrôle des mines, et décidé de revoir le règlement de sécurité minière.

Ce n’est pas le cadeau d’un milliardaire au grand cœur, c’est juste un recul face au mécontentement. Juste après le sauvetage des mineurs, leurs collègues ont manifesté pour réclamer leurs salaires et leurs primes non perçues, la formation continue des jeunes travailleurs, la validation des acquis, la retraite des aînés et les indemnités de licenciement. Le 7 septembre, d’ailleurs, les syndicats chiliens ont exigé la ratification de la convention sur la sécurité et la santé dans les mines, mais aussi dans le bâtiment et dans l’agriculture.

Mais ce que la télé n’a pas dit, c’est que ces violations des droits des travailleurs trouvent leurs origines dans les réformes opérées sous la dictature. Les années Pinochet ont transformé la santé, l’éducation et la Sécurité sociale en simples marchandises. Les emplois ont été précarisés et flexibilisés. Et ces réformes néolibérales sont restées quasiment intactes, car elles n’ont jamais été remises en question par les gouvernements de la Concertation (alliance des démocrates-chrétiens et socialistes), qui se sont succédés pendant vingt ans depuis Pinochet. Bafouer les droits des travailleurs - et même les droits de l’Homme - est toujours légal au Chili.

Sur ce terrain aussi, Piñera est impliqué. C’est son frère José qui était ministre du Travail dans les années 80, sous la dictature. C’est lui qui a appliqué le néolibéralisme pur et dur des Chicago Boys, en imposant que les retraites soient « capitalisées », c’est-à-dire en fait privatisées. Ce désastre nous ramène au Camp Esperanza. Un des 33, Mario Gomez, a commencé à travailler dans les mines à douze ans. Aujourd’hui, à soixante-trois ans, il y est toujours ! Pourquoi ? Parce que sa retraite est dérisoire. Merci, José Pinera ! De tout cela, la télé n’en a rien dit.

 

Un des pays les plus injustes au monde

« Miracle économique » aux yeux de Washington, le Chili figure en réalité parmi les pays les plus injustes au monde. Les statistiques du CASEN (centre d’enquête sur la situation socio-économique nationale) montrent que la pauvreté grimpe au même rythme que le PIB (production globale du pays). Celui-ci augmente, mais ne profite qu’à une partie de la population, creusant davantage les inégalités. La pauvreté a augmenté de 15 % en 2009. Particulièrement touchés : les enfants de moins de trois ans. Un sur quatre est pauvre selon le CASEN.

Mais ces chiffres officiels sous-estiment encore la réalité, car ils se basent sur un calcul datant de 1988, qui considère qu’un pauvre est une personne gagnant moins de 2.000 pesos par jour. Or, un ticket de bus revient à 500 pesos ! Il n’a donc pas été tenu compte de l’augmentation du coût de la vie. Une estimation plus réaliste aboutit à huit millions de pauvres, soit la moitié de la population. Face à cela, la section des droits de l’Homme de l’ONU reste muette. Et les Etats-Unis, grands défenseurs de la démocratie, considèrent le pays comme un allié et même un exemple. Est-ce un hasard si le Chili se rapproche aujourd’hui de la Colombie, considérée comme l’agent des Etats-Unis en Amérique latine ?

Au final, la société chilienne a été divisée, déchue de ces droits, mal informée et réduite à la soumission par des médias uniformes. L’objectif de la droite se situe dans la continuité du régime militaire, et même de la Concertation. Le pays devient de plus en plus un paradis pour les entreprises, réprimant travailleurs et syndicats. Sebastián Piñera garantit la préservation du modèle de la Constitution que Pinochet avait imposée en 1980. Il risque même de l’approfondir. La télé n’en a rien dit.

 

A quoi sert un show ?

Résumons (et tirons-en les leçons, car de pareils shows, on nous en resservira encore). Pendant des jours et des jours, les grands média internationaux nous ont ressassé le même conte de fées : un milliardaire au grand cœur, tellement soucieux des pauvres ! Pendant des jours et des jours, cette télé unique a laissé de côté les méfaits et les plans égoïstes de ce milliardaire, ses liens avec la pire dictature, sa servilité envers les Etats-Unis.

Toutes les caméras, chiliennes et internationales, ont été braquées sur ce show. Rien sur, par exemple, l’impressionnante grève de la faim des indigènes Mapuche. Durement réprimés, traités comme des terroristes, leur lutte a été étouffée. Par contre, la télévision nous a tout raconté sur les mineurs, jusqu’à leurs secrets les plus intimes. On a découvert la double vie de certains, des enfants cachés et des maîtresses. On se serait cru en pleine téléréalité. Zéro info, que de l’émotion à la louche : les maisons de production annoncent un film, un téléfilm et un livre. Quelle opportunité pour s’en mettre plein les poches ! Pour assurer les détails poignants, le journal de bord d’un des rescapés est au cœur de toutes les convoitises. On estime que les acheteurs potentiels seraient prêts à débourser jusqu’à cinquante mille dollars. Ces 33 histoires seront donc exploitées au maximum, mettant à nu la vie privée de 33 personnes.

Le principe du « show » télévisuel, c’est d’empêcher la réflexion. Pour cela, on joue sur l’émotion avec des techniques bien étudiées qui scotchent le spectateur et gonflent les recettes publicitaires. Cette émotion est systématiquement exploitée afin de cacher l’absence de toute véritable enquête sur les causes des problèmes. Par exemple, un accident de travail est presque toujours le résultat d’un conflit entre des intérêts opposés : le profit contre la sécurité.

Aucune enquête donc sur les responsabilités des « sauveurs » et de l’Etat chilien. Pas d’enquête sur nos gouvernements occidentaux qui ont été complices de Pinochet et ont refusé que ce criminel soit jugé. Pas d’enquête sur les questions actuelles fondamentales… Pourquoi un Latino-Américain sur deux est-il pauvre alors que ce continent regorge de richesses et que les multinationales y font d’énormes profits ? Pourquoi nos gouvernements occidentaux s’opposent-ils à tous ceux qui tentent de combattre la pauvreté ? Pourquoi ces gouvernements n’ont-ils rien fait lorsque la CIA a tenté des coups d’Etat pour éliminer Hugo Chavez, Evo Morales et Rafael Correa ? Pourquoi ne font-ils rien contre le coup d’Etat militaire qui a réussi au Honduras ? On y tue systématiquement des journalistes, des syndicalistes des militants des droits de l’Homme et cela ne provoque aucune campagne médiatique internationale ?

A la place de ces véritables enquêtes, la télé nous bourre le crâne avec les messages du genre « milliardaires et travailleurs, tous dans le même bateau »… Pour vraiment s’informer, il faudra chercher ailleurs.

 

Source : michelcollon.info


09/10/2010

L’accaparement des terres en Amérique latine

L’Amérique latine a une longue histoire de conflits fonciers et de luttes des peuples indigènes pour défendre leurs terres ancestrales. C’est aujourd’hui un nouveau chapitre de cette histoire qui s’ouvre : Une nouvelle razzia sur les terres est en train de se produire en Amérique, mais cette fois, tout se passe à distance et sous un voile de “neutralité”.

En Amérique latine, comme partout ailleurs dans le monde, les communautés subissent actuellement une nouvelle forme d’invasion de leur territoire. Les envahisseurs ne sont pas les descendants des conquistadors européens qui s’approprièrent les terres, accumulèrent les esclaves et pillèrent les domaines coloniaux. Ce ne sont pas non plus les grands finqueros (propriétaires de grands domaines) des 19 et 20èmes siècles qui agrandirent leurs propriétés en taillant dans les territoires des peuples indigènes et en créant de vastes plantations destinées à produire et exporter des marchandises telles que la canne à sucre, le café, le cacao, la banane, le sisal, la résine, le caoutchouc et les bois tropicaux. Le système s’appuyait sur ce qu’on a appelé le « travail gagé », autrement dit un travail forcé, exercé dans des conditions dignes de l’esclavage. Les nouveaux propriétaires fonciers ne sont pas non plus ceux qui ont introduit l’agriculture industrielle en Amérique latine et exploité les savoir-faire ancestraux des populations locales afin d’adapter leurs méthodes au nouvel environnement et au climat.

Ces personnages s’étaient enracinés sur “leurs” terres et leurs domaines ; ils étaient physiquement présents et politiquement puissants dans la région. Ils se battaient sans cesse entre eux pour consolider leurs fiefs, provoquant de nombreuses victimes chez les soldats. Ils se faisaient des ennemis ou forgeaient des alliances pour étendre leur mainmise sur l’eau, la main d’œuvre, le commerce, les élections, les politiques publiques et l’accès aux terres, sans se préoccuper le moins du monde des droits et de la vie d’autrui. Toutefois, ces grands seigneurs vivaient sur leurs domaines ou du moins s’y rendaient fréquemment et ils étaient de ce fait obligés de faire face personnellement à la résistance et aux rébellions des populations qui avaient été envahies et dépossédées de leurs biens. Il ne viendrait à l’idée de personne de les regretter, mais les communautés qui leur résistaient pouvaient au moins le faire de façon directe ; elles savaient contre qui se battre, savaient aussi où et à quel moment il fallait se battre.

L’Amérique latine a une longue histoire de conflits fonciers et de luttes des peuples indigènes pour défendre leurs terres ancestrales. C’est aujourd’hui un nouveau chapitre de cette histoire qui s’ouvre : Une nouvelle razzia sur les terres est en train de se produire en Amérique, mais cette fois, tout se passe à distance et sous un voile de “neutralité”. Aujourd’hui, comme l’indiquent clairement les brochures gouvernementales, les accapareurs de terres avancent l’argument de l’insécurité alimentaire et prennent pour prétexte une crise alimentaire « qui nous oblige à faire pousser la nourriture là où nous le pouvons ; mais même si cela nécessite de délocaliser la production, c’est pour le bien de nos concitoyens que nous rapatrions cette nourriture. » Mais en creusant un peu, on se rend très bien compte que derrière tout cela se cache un monstre financier. Les accapareurs de terres sont en fait de grandes entreprises et des partenariats qui investissent de gigantesques sommes d’argent dans la terre, la production alimentaire, les exportations de marchandises et la spéculation sur les marchés de l’alimentation.

Au cours des dernières années, ces investisseurs étrangers se sont emparés de millions d’hectares cultivables en Amérique latine pour y produire des cultures vivrières et des agrocarburants destinés à l’exportation. Une grande partie de l’argent provient de fonds de pension américains et européens, de banques, de fonds de capital-risque et de riches individus comme George Soros. L’argent passe par des véhicules d’investissement agricole mis en place à la fois par des entreprises étrangères et par des entreprises locales. La plus grosse compagnie sucrière du Brésil, COSAN, possède un fond spécialisé dans les investissements agricoles : Le Radar Propiedades achète des terres brésiliennes de la part de clients comme le Teachers’ Insurance and Annuity Association - College Retirement Equities Fund of the US.[TIAA-CREF, l’un des plus grands fonds de pension privés des États-Unis].Louis Dreyfus, l’une des plus grosses multinationales céréalières du monde, propose un fonds similaire dans lequel American International Group [AIG, chef de file mondial de l’assurance et des services financiers] a investi au moins 65 millions de dollars US. Tandis que l’attention des médias se concentre sur les cessions de terres en Afrique, l’Amérique latine est l’enjeu d’au moins autant d’argent et la cible de projets encore plus nombreux : Les investisseurs prétendent que leurs investissements fonciers y sont plus sûrs et moins controversés, parce qu’ils choisissent de fermer les yeux sur les luttes incessantes qui se jouent dans presque tous les pays du continent pour assurer l’accès à la terre. Un nombre croissant d’investisseurs et de gouvernements d’Asie et des pays du Golfe concentrent leurs efforts sur l’Amérique latine qu’ils considèrent comme un endroit suffisamment sûr pour y délocaliser leur production alimentaire.

La plupart des gouvernements d’Amérique latine accueillent ces changements à bras ouverts et envoient même régulièrement des missions diplomatiques à l’étranger, pour y vanter les avantages des investissements fonciers dans leur pays. Le ministre brésilien du Développement, Miguel Jorge, a récemment déclaré à des journalistes : « Des princes saoudiens que nous avons rencontrés l’an dernier […] ont expliqué au président Lula qu’ils n’ont pas l’intention d’investir dans l’agriculture au Brésil pour vendre ici, au Brésil ; ce qu’ils veulent, ce sont des sources de production alimentaire. Ils ont besoin de nourriture. Ce serait ainsi beaucoup plus efficace qu’ils investissent dans l’agriculture brésilienne et que nous devenions les fournisseurs directs de ces pays ».[1]

Le Brésil n’est pas seulement une cible pour les nouveaux accapareurs de terres : il fait aussi partie des accapareurs. En effet des investisseurs brésiliens, soutenus par le gouvernement, achètent des terres dans un nombre croissant d’autres pays d’Amérique latine ou en Afrique pour y produire de la nourriture et des agrocarburants. Juste à côté, en Guyane par exemple, le gouvernement brésilien finance la construction de routes, de ponts et d’autres infrastructures pour ouvrir la savane de Rupununi, qui est d’une grande fragilité écologique, à des projets agricoles à grande échelle qui serviront à l’exportation vers le Brésil. La semencière multinationale Rice Tech a fait des démarches auprès du gouvernement guyanais pour obtenir quelque 2 000 hectares de terres dans la même région, un écosystème fragile et riche en biodiversité qui abrite plusieurs populations indigènes. Des producteurs de riz brésiliens, qui sont en train de négocier avec le gouvernement guyanais des baux de 99 ans sur de vastes zones de la savane de Rupununi, ont été récemment obligés par la Cour suprême du Brésil d’abandonner des terres prises illégalement à des communautés indigènes à Raposa Serra do Sol au nord du Brésil [dans l’État de Roraima, voisin de la Guyane].[2]

Cette façon de faire des affaires procure aux anciens envahisseurs et propriétaires terriens de nouveaux moyens d’acquérir des terres avec moins de risques économiques et politiques, et leur confère une nouvelle “respectabilité” d’“investisseurs étrangers”.

Comment se soustraire à ses responsabilités

Les enjeux de cette nouvelle vague d’accaparement à grande échelle sont considérables. Cette razzia porte une atteinte sévère à la souveraineté nationale. Tout pays qui vend ou loue de vastes surfaces de terres cultivables, par l’intermédiaire de contrats à long-terme, à un autre pays ou une entreprise étrangère, met en danger sa propre souveraineté nationale. Ce genre d’accord accélère encore le démantèlement global de l’État - de plus en plus de services sont supprimés, privatisés ou transformés, pour satisfaire les intérêts du monde des affaires – et favorise en même temps la dépossession territoriale de nombreuses populations et communautés. La main d’œuvre se trouve donc disloquée et la migration s’intensifie. Le fait que les gouvernements ou les investisseurs privés s’approprient les terres pour y faire des cultures vivrières destinées à l’exportation, provoque aussi un démembrement de la production alimentaire. Les investisseurs arrivent avec leurs tracteurs et leurs semences, voire même leurs ouvriers ; ils se servent de l’eau et extraient les fruits du sol du “pays-hôte”, pour les ramener dans leur propre pays ou les vendre sur les marchés mondiaux. Les pays-hôtes ne peuvent pas être considérés comme des “exportateurs” au sens habituel du mot, car ni le pays ni les populations locales ne sont vraiment impliqués dans les projets. Il s’agit juste de terres que les multinationales exploitent, sans restriction aucune, pour amasser leurs propres bénéfices.

Cependant, les terres ciblées ne sont jamais vides ou inutilisées ; on ne peut pas dire que les populations locales, qui n’ont déjà pas un accès suffisant à la terre, n’en aient pas besoin. La première question à poser est donc de savoir qui sont les propriétaires ou les gardiens de ces terres qu’on accapare ou qu’on contrôle à distance. Comment se fait-il que nos gouvernements puissent mettre de telles surfaces à la disposition d’entreprises ou de gouvernements étrangers ? Ces terres sont elles propriété privée ? Ou bien les gouvernements ont-ils décidé tout simplement d’exproprier, pour pouvoir signer des accords commerciaux comme cela les arrange ? Apparemment, les terres ne sont que louées, et non vendues, mais quelle différence cela fait-il d’être effectivement vendu ou d’être loué pour 50 ou 99 ans ? Les preneurs à bail rendront au pays-hôte une terre qui sera non seulement ruinée et vidée de toute substance, mais dont il devra en plus assumer les coûts de restauration. L’accaparement des terres favorise l’expansion d’un modèle d’agriculture industrielle extrêmement destructeur.

La nouvelle vague d’invasion des terres complique les choses pour les populations quand il s’agit de défendre leur territoire. L’envahisseur est plus difficile à identifier. Les mécanismes juridiques dont disposent les communautés pour se défendre contre la dépossession, la dévastation ou la pollution manquent de clarté. Même quand il est possible d’identifier les investisseurs, la distance et des structures juridiques complexes leur servent de protection contre les communautés. Les communautés ou les associations n’ont pas leur mot à dire quand il s’agit de définir le moment ou le lieu de la “bataille” contre un investisseur.

L’État, au lieu de protéger ses populations, protège les investissements des entreprises et des gouvernements étrangers, en criminalisant et en réprimant les communautés qui défendent leur territoire. Les frontières perdent ainsi leur signification. Les structures de l’État “hôte” servent les intérêts des nouveaux “patrons”, non pas sous forme de tribut comme dans l’ancien système colonial, mais à travers le nouveau système commercial néo-libéral, où lois et règles sont fixées par des accords de libre-échange et des traités d’investissement qui remplacent les constitutions nationales et même la législation internationale.

La plus grave des conséquences à long terme de cette nouvelle vague d’accaparement est sans aucun doute l’extension de la mainmise des multinationales sur la production alimentaire. Au cours des cinquante dernières années, les grandes entreprises ont monté les fondations et aujourd’hui elles s’apprêtent à récolter les bénéfices. L’accaparement des terres n’est pas simplement la dernière opportunité de se lancer dans des investissements spéculatifs qui permettent d’engranger rapidement des bénéfices énormes ; il fait partie d’un processus plus long qui va permettre aux entreprises de l’agrochimie, de la pharmacie, de l’alimentation et des transports de prendre le contrôle de l’agriculture.

C’est pourquoi les communautés autonomes prêtes à défendre leur territoire et leurs systèmes de gestion des terres communales représentent une véritable menace pour ce genre de projet. Les organisations qui insistent sur l’importance de la souveraineté alimentaire, sur des bases communautaires, comprennent que cela devient un exploit irréalisable dans des pays ou des régimes qui permettent et encouragent l’accaparement des terres. Les communautés indigènes d’Amérique latine savent que sans le contrôle de leurs propres terres, elles perdent le contrôle de la production alimentaire et que leur système agricole devient tout simplement une nouvelle forme de métayage. Un nombre croissant de communautés exigent donc d’avoir le contrôle de leurs terres pour y faire leurs propres cultures, en utilisant et en échangeant leurs semences indigènes et les savoir-faire locaux. Elles exigent d’avoir le contrôle de l’eau, des forêts, des sols, des villages et des chemins. Elles réclament aussi l’autonomie et que les décisions soient prises en assemblée.

Par opposition, les nouveaux accapareurs de terres veulent restreindre encore les biens communs. Ils veulent démanteler nos relations et nos liens. Ils n’ont même plus besoin d’envahir : ils n’ont qu’à signer des accords commerciaux. Ils n’ont plus besoin d’assurer l’entretien d’esclaves : ils savent qu’ils peuvent compter sur une abondante main d’œuvre à bon marché. Ce n’est plus à eux d’écraser les rébellions : les gouvernements-hôtes s’en chargent, ou au besoin, les hommes de main fournis par des entreprises spécialisées dans ce genre de service. Le néolibéralisme est l’invention sans cesse renouvelée de procédés permettant de s’exonérer de toute responsabilité. Si nous voulons renverser la situation, il nous faut fonder l’avenir sur le sens des responsabilités.

1 Alexandre Rocha, “Brazilian Minister : Arabs are great opportunity”, ANBA, 8 February 2010 : http://farmlandgrab.org/11020

2 “Expelled Brazil rice farmer looking to shift operations to Guyana”, Stabroek News, 14 May 2009 : http://www.stabroeknews.com/2009/stories/05/14/expelled-b...

Source : Grain http://www.grain.org/articles/?id=63

07/07/2009

Brèves Honduras - 6 juillet 2009

Michel Collon et Cédric Rutter   

Des députés quittent le pays
 

06/07/2009

Selon des déclarations faites sur Radio Globo et confirmées par des journalistes de l'agence AP, on confirme que les députés titulaires et suppléants de la Junta Directiva del Congreso de Honduras ont quitté le pays. De même, plusieurs députés du Congrès ont quitté le pays, laissant le président putschiste Roberto Micheletti seul.

Source: http://www.honduraslaboral.org/leer.php/1915

Plus de 600 personnes emprisonnées
 

06/07/2009

Un total de 651 personnes sont détenues au Honduras depuis le couvre-feu annoncé par le gouvernement putschiste le dimanche 28 juin. Selon le quotidien La Tribuna de Honduras, dimanche passé, 278 personnes étaient détenues.

 Source: http://www.abn.info.ve/noticia.php?articulo=189545&le...

Le seul soutien de Micheletti est la Force Armée

05/07/2009

« Personne ne pourra faire pression sur moi », a-t-il déclaré à la fois contrarié et sur la défensive, tout en « reprochant » à la journaliste l'usage du mot « coup d'Etat » dans sa question. Micheletti n'a démenti à aucun moment que les entreprises lui aient retiré leur appui et sa réponse selon laquelle personne ne pouvait faire pression sur lui a confirmé ce qui s'est passé, ce qui avait été constaté par station (émettrice de radio).

Source:  http://www.vtv.gov.ve

 

Les entreprises retirent leur soutien au gouvernement putschiste

Yvke Mundial

05/07/2009

Luis Galdamez, de Radio Globo Honduras, a confirmé que les patrons Ricardo Maduro, Rafael Ferrari et Carlos Flores Facussé ont tenu ce dimanche matin une réunion avec le gouvernement putschiste et lui ont retiré leur appui. L'ex président Carlos Flores, considéré comme un des principaux idéologues et promoteurs du coup d'Etat, aurait quitté le Honduras avec sa famille pour Washington.

Source : http://www.aporrea.org/internacionales/n138065.html

 

Zelaya a atterri au Nicaragua
 

05/07/2009

L'avion qui transportait le président légitime du Honduras, Manuel Zelaya, a atterri à Managua, au Nicaragua, après que des militaires du régime putschiste eurent placé deux véhicules comme obstacles sur la piste d'atterrissage de l'aéroport international de Tegucigalpa, obligeant le président à se détourner de sa destination originale.

Source: http://www.abn.info.ve/noticia.php?articulo=189518&le...

Au moins deux morts à l'aéroport

05/07/2009

L'Armée hondurienne a commencé à lancer des grenades lacrymogènes pour disperser des manifestants qui attendaient la venue de Zelaya. Selon des témoignages diffusés par la chaîne téléSur, il y aurait au moins deux personnes tuées, dont une par un tir en pleine tête, et de nombreux blessés. Un représentant de la Police a confirmé à l'Agence AFP l'existence de au moins deux morts et de blessés.

Source: http://www.noticias24.com/actualidad/noticia/63707/fuerte...

Des obstacles sur la piste, pour empêcher l'atterrissage de l'avion de Zelaya
 

05/07/2009

L'avion vénézuélien qui transporte Manuel Zelaya, président du Honduras, s'approche de l'aéroport de Tegucigalpa, au Honduras, qui est gardé par des militaires fortement armés. Ces militaires, quelques minutes auparavant, ont assassiné au moins deux personnes dans la gigantesque manifestation qui attendait Zelaya. Deux Jeep militaires ont été placées au milieu de la piste pour empêcher l'atterrissage.

Source : www.Aporrea.org / Presse YVKE

Les USA ont qualifié la suspension du Honduras de l'OEA de « juste et nécessaire »
 

05/07/2009

 « C'est une décision juste et nécessaire, en raison du manque de progrès dans le rétablissement de l'ordre démocratique au Honduras ; les Etats-Unis ne pouvaient considérer d'autre alternative à la suspension du Honduras », a ajouté le porte-parole du Département d'Etat des USA, Ian Kelly. Le diplomate étasunien a réaffirmé que le coup d’Etat perpétré contre le président du Honduras, José Manuel Zelaya, est « illégal et inconstitutionnel ». 

Source: http://www.abn.info.ve  

Traduit par Jean-Louis Seillier et révisé par Karima Ayoub pour Investig'Action.

03/07/2009

Honduras : les vidéos qu'on ne voit pas ici

http://www.buzz.cl/las-imagenes-de-la-represion-golpista-en-honduras/

http://www.honduraslaboral.org/leer.php/1878

http://hablahonduras.com/

http://www.vtv.gov.ve/noticias-internacionales/20164

http://www.aporrea.org/internacionales/n137781.html

http://www.lasmalaslenguas.es/2009/06/30/golpe-de-estado-...

01/07/2009

Appel du Honduras

Bonsoir Michel,
Au même instant que tes messages arrivent, bien des choses importantes sont en train de se passer en Honduras. Radio Progreso est interdite d'antenne depuis ce lundi vers 10H00 d'Honduras. La page web de la station est aussi bloquée. En revanche, ALER a réussi à faire passer mon signal de Progreso à travers son système satellitaire.
Je te demande au nom de nos frères honduriens de faire tout ton possible pour diffuser la nouvelle et faire le nécessaire pour empêcher que la population hondurienne reste dans l'ignorance de ce qui est en train de se passer là-bas. Plusieurs dirigeants et membres de la résistance populaire hondurienne n'arrêtent pas de demander cela. Faire savoir qu'ils occupent des postes de péage, des ponts etc et ont promis de rester mobilisés dans une grève nationale au finish jusqu'au retour de Mel Zelaya, le président légitime de ce pays.      http://www.aler.org 
Pour ceux qui parlent ou comprennent la langue, cliquez sur ALER satelite en directo.
VENCEREMOS! NOUS VAINCRONS!
Bien à toi,
Alejandro

Infos brèves et urgentes
sur www.michelcollon.info - Investig'Action

Le président Zelaya retournera jeudi au Honduras - Hillary Clinton - Envoyez un mail de réprobation au pseudo-président - Appelez l'administration Obama - Un caricaturiste arrêté - Répression de la protestation populaire - L'unité des forces armées se rompt - Communiqué Telesur - Libération de la journaliste arrêtée - "Délit impardonnable : demander au peuple" - Jamais sans le consentement des USA - L'ambassadeur de Cuba agressé. - Guatemala, Salvador et Nicaragua font blocus - Chili et Mexique : retrait des ambassadeurs
LIRE : http://www.michelcollon.info/index.php?option=com_content...


TEST-MEDIAS - COMMENTAIRE DE MICHEL COLLON :
Le public européen ignore la vaste protestation populaire au Honduras, et sa répression.
On veut faire croire qu'Obama est innocent. Comme si les militaires honduriens n'étaient pas formés et encadrés par Washington. Comme si le gentil Obama ne venait pas d'augmenter le budget de la CIA, donc des coups d'Etat. Pour empêcher l'Amérique centrale de basculer à gauche et de conquérir son indépendance.
Une tactique classique : d'abord, Obama refuse de condamner le coup d'Etat et appelle au "dialogue". Si les putschistes l'emportent, il gagne. S'ils perdent, il les désavouera. Classique aussi, la diabolisation du président Zelaya. Solliciter un deuxième mandat présidentiel, comme dans la plupart des pays européens ? Quelle horreur ! Comment un leader résistant aux USA ose-t-il demander d'être réélu ? 400.000 Honduriens ont signé pour qu'il en ait le droit ? Leur voix comptent moins que celle de l'Armée, du patronat et des évêques.
En Amérique latine, l'Histoire se répète. A nous de contribuer à y mettre fin.

LECTURES :
MICHEL COLLON - http://www.michelcollon.info/index.php?view=article&c...
MICHEL COLLON - http://www.michelcollon.info/index.php?option=com_content...

14/06/2009

Pérou : la répression continue

Lima - Le pouvoir continue la répression contre les médias régionaux, celles qui informent de la vérité. Le 11 juin, les bombes de la police ont défiguré le visage de l'avocat Hildebrando Castro Pozo, à l'occasion des manifestations ; il y a dizaines et dizaines des personnes blessées, et arrêtées pour la police.

Continúa la represión contra los medios de comunicación regionales que informan la verdad. Hay un abogado, Hildebrando Castro Pozo, con el rostro desfigurado por las bombas de la policía el día de ayer en las protestas, decenas de heridos y decenas de detenidos en todo el país.


Légende de l'image :

Alan García dit "nous n'avons assassiné aucun indigène,

 

Ils se sont cachés au fond du fleuve"

 

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Genève- Suisse

16 juin 12h-14h, Place de Nations:

 

Manifestation « Arrêt immédiat de la répression au Pérou! »

Le 5 juin, la Police Nationale du Pérou a ouvert le feu depuis des hélicoptères sur un barrage routier que tenaient 5.000 Indiens dans la région Amazonas à Bagua, au nord du pays. Un premier bilan qui s’alourdit d’heure en heure fait état de la mort d'au moins 50 manifestants et 22 policiers et plus de deux cents blessés. Le couvre-feu a été décrété depuis et les arrestations de militants se multiplient. Les blessés sont arrêtés dans les hôpitaux, il y aussi des disparus.

Depuis deux mois, les indiens de la région mènent une grève pacifique illimitée pour obtenir l'annulation de onze décrets pris pour livrer l'Amazonie péruvienne aux multinationales dans le cadre des traités de libre commerce, en particulier aux compagnies pétrolières, forestières et minières.

Org : Sociedad Civil Perú-Ginebra – Action Populaire contra la Mondialisation – Cambia Perú –Librairie Albatros

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Ginebra- Suiza
- 16 de junio 12-14h00. Plae de Nations : manifestación «¡Alto inmediato a la represión en el Perú!»

12/06/2009

Pérou : Quand le chien du jardinier montre ses dents

par Javier Diez Canseco

Le Pérou, divisé et discriminatoire, vient à nouveau d’exploser. Alan García et son cabinet ont donné l'ordre de déloger – à feu et à sang – les autochtones qui occupaient Corral Quemado et les zones proches de la route Fernando Belaunde, déchaînant une sanglante vague de violence. Avec troupes de choc, véhicules blindés et hélicoptères, jets de lacrymogènes et tirs à balles réelles, ils ont allumé l’incendie. Celui-ci s’est rapidement propagé depuis les hameaux d’Utcubamba et Bagua Chica, jusqu'à la caserne de pompiers n° 6, où 38 policiers étaient retenus. Le bilan n’est pas précis, car les cadavres auraient être jetés dans le fleuve, mais nous savons que des dizaines d’autochtones, civils et policiers, sont morts, leurs familles les pleurent sans pouvoir récupérer leurs corps, et d’anciennes cicatrices se rouvrent.

Tel un croisé médiéval contre les infidèles, García a décidé de mettre fin à la revendication autochtone, qui, avec une grande fermeté, s’oppose à son plan de bradage de l'Amazonie découpée en parcelles au bénéfice des grandes entreprises extractrices de matières premières, au mépris des droits des communautés et de l'environnement.

Maintenant, de manière psychotique, c’est un soi-disant complot, même international, une manipulation d’indigènes ignorants. Mais García avait annoncé ses plans aux communautés et aux petits propriétaires ruraux dans « Le chien du jardinier ». En octobre 2007, il avait dit que la modernité et le progrès allaient de pair avec de gros investissements et des entreprises transnationales. L'investissement « a besoin de propriété (de la terre) sûre, mais nous nous avons fait l’erreur d’attribuer des petits lots de terrain à des familles pauvres qui n'ont pas un centime pour investir ». Il poursuivait, catégorique : « C’est de la démagogie et un mensonge de dire que ces terres ne peuvent pas être touchées parce qu'elles sont des objets sacrés et que cette organisation communale est l'organisation originaire du Pérou ». Et il soulignait : « … dans tout le Pérou (il y a) des terres en friche parce que le propriétaire n'a pas de formation ni de ressources économiques, par conséquent sa propriété n’est qu’apparente. Cette même terre vendue par grandes parcelles apporterait la technologie dont les membres des communautés profiteraient également». C’est on ne peut plus clair : la propriété des pauvres « est apparente » et inutile faute de capital. La propriété réelle, que l'État doit imposer, c’est la grande propriété.

Avec les dispositions législatives que le Congrès lui a déléguées pour « adapter la législation au Traité de libre-échange avec les USA », sans scrupules et manoeuvrier, il a cru trouver l'occasion d'imposer sa vision révélée. Il a lancé une offensive contre les communautés et l'Amazonie avec des décrets législatifs (DL) sans consultation (en violant la Convention 169 de l'OIT et d'autres) et a provoqué la réaction des peuples amazoniens. Les efforts pour aboutir par la négociation ont été vains jusqu'à ce qu'en août 2008, grâce à une grève, ils arrachent la dérogation à deux DL et la révision des autres. On assista ensuite au retour du jeu de bascule et de la tromperie. Le 9 avril une seconde grève fut décrétée. Mais là, le Congrès avait penché du côté de García et fit échouer la discussion et sur l'approbation antérieure de ses propres décisions de déroger aux DL anti-amazoniens. Entretemps, Simon ([e Premier ministre, Yehude Simon, NdT] biaisait par un « dialogue » et jouait la montre, cherchant à ignorer les leaders de l'Association Interethnique de Développement de la Forêt Péruvienne (Aidesep), et il préparait la répression.

Le gouvernement savait que beaucoup de gens de la zone étaient des anciens combattants de la guerre du Cenepa [conflit avec l’Équateur en 1995 dans le District de Cenepa, dans la province de Condorcanqui, zone frontalière,NdT], réservistes ou ronderos [membres des milices d’autodéfense communautaires nées dans les années 1970 dans le Nord du pays et instrumentalisées par le gouvernement au cours de la lutte contre le Sentier lumineux dans les années 80, NdT]. Les autochtones ont averti que dans cette lutte, il y allait de leur vie , même s’ils ne voulaient pas de violence. Mobilisés massivement, ils ont recherché plusieurs fois la voie des négociations, qui s’est avérée infructueuse. Mais García faisait pression sur le cabinet et sur Cabanillas [Mercedes Cabanillas, ministre de l'Intérieur, NdT] pour en finir avec le conflit. Ainsi est née l’opération maladroite du « jour de l'environnement » - aujourd’hui prétendue réponse à un complot - qui, avec les premiers morts, a déchaîné des colères plus grandes, des ressentiments plus profonds et une sanglante et une cruelle suite de morts et de blessés. L’exécution des policiers détenus et entravés à l’intérieur de la caserne n° 6 est condamnable et inacceptable, elle révèle qu'il y a des secteurs qui - sans direction - peuvent libérer toute sorte de démons.

Les persécutions et la décapitation de la direction des communautés autochtones, l’Aidesep, se poursuivent, ce qui va accentuer le chaos et la riposte débridée, tandis que le Président de la Cour Suprême en personne dénonce les pressions politiques sur le pouvoir judiciaire.

La situation a suscité l’appel à une Journée Nationale de Lutte le 11 juin avec divers arrêts de travail et mobilisations régionaux. Il y a urgence :

1) Le gouvernement devrait déclarer temporairement inapplicables (« vacatio legis ») les DL contestés, tandis que le Congrès traiterait les requêtes en inconstitutionnalité et de dérogations ; 2) Le Congrès devrait inscrire les thèmes à l’ordre du jour et les résoudre, sans fuir ses responsabilités ;
3) Le cabinet Simon-Cabanillas doit s’en aller et assumer sa responsabilité politique dans cette tuerie ;
4) Appeler à une investigation internationale de ce qui s'est produit, étant donné la dénonciation par Villa Stein (président de la Cour Suprême) des pressions politiques sur le pouvoir judiciaire, l'illégitimité du Congrès et de l'Exécutif ;
5) Nommer une commission de médiation : peut-être le Défenseur du Peuple, les évêques amazoniens et Salomón Lerner [professeur qui a présidé la Commission Vérité et Réconciliation, qui a enquêté sur les événements de 1980 à 2000, NdT] ;
6) Arrêter les persécutions contre les dirigeants autochtones nationaux à Lima, lever l'état d’urgence et le couvre-feu.

García, le grand responsable - qui répète sa gestion brutale de la révolte des pénitenciers de juin 1986-, doit partir. Et nous, nous devons continuer à demander une assemblée constituante qui reconnaisse un Pérou plurinational et qui défende ses ressources naturelles, parmi d'autres changements, pour le refonder.

Article publié dans La República le 08 juin 2009

Source : http://alainet.org/active/30753

 

Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
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08/06/2009

Pérou : massacre des manifestants indiens dans l’Amazonie péruvienne

Communiqué

Halte au massacre des manifestants indiens dans l’Amazonie péruvienne

Nous apprenons avec horreur le bain de sang qui vient d’avoir lieu lors d’une opération aéro-terrestre de la police péruvienne contre des manifestants indigènes de l’Association Interethnique pour le Développement de l’Amazonie Péruvienne (AIDESEP), qui occupaient la route Belaunde Terri au lieu-dit « Curva del Diablo », dans le département d’Amazonas. Il y aurait plus de 30 morts, et il semble que la police cherche à dissimuler des corps. Parallèlement, nous apprenons qu’un mandat d’arrêt est lancé contre le président de l’Aidesep, Alberto Pizango.

Les indigènes manifestaient pour l’abrogation de textes législatifs pris contre leurs droits reconnus par la Convention 169 du Bureau International du Travail, en fonction de l’accord de libre-échange conclu entre les administrations précédentes du Pérou et des États-Unis.

La délégation du Parlement européen pour la Communauté andine avait à plusieurs reprises alerté le Président péruvien Alan Garcia sur les dangers pour la paix civile que faisait courir sa politique de répression des mouvements populaires, en particulier indigènes, sa criminalisation de leur représentation, et les menaces contre les organisations péruviennes de défense des Droits de l’homme comme l’APRODEH et son président Pancho Soberon.

Nous appelons le Président Garcia à interrompre toutes les opérations contre les manifestations indigènes et à inviter l’organisation des Etats Américains à venir mener une enquête indépendante sur les évènements.

Nous appelons le Président de la Commission Européenne, J.M. Barroso, les Commissaires aux Relations extérieures et au Commerce international, Mmes Ferrero Waldner et Ashton, à suspendre la « ronde » en cours de négociations commerciales avec le Pérou tant que l’affaire n’est pas éclaircie et ses causes analysées. Nous les appelons à revenir à une négociation de bloc à bloc entre l’Union européenne et la Communauté Andine subordonnant tout accord commercial au dialogue politique, notamment sur la question du respect des droits de l’homme, comme l’ont fait les Etats-Unis dans leurs relations avec la Colombie.

source : http://lipietz.net/spip.php?article2455

 

COMMUNIQUE de FRANCE AMERIQUE LATINE

HALTE AU MASSACRE DES COMMUNAUTES INDIGENES DE L’AMAZONIE PERUVIENNE

 

Depuis 57 jours les populations indigènes de l’Amazonie péruvienne mènent une grève générale pacifique, en réaction à onze décrets pris par le gouvernement péruvien, favorables aux Traités de Libre Commerce et attentatoires à leurs droits et à l’environnement.

En réponse, le gouvernement d’Alan Garcia a lancé vendredi 5 juin à l’aube une attaque d’une violence incroyable sur les manifestants qui occupaient depuis 10 jours la route Belaunde Terri, dans l’endroit nommé la « Curva del Diablo », dans le département d’Amazonas, au nord du pays.

Selon les dernières informations dont nous disposons, cette attaque a causé la mort de trente deux personnes dont 25 indigènes et 7 policiers. La police et l’armée ont lancé depuis des hélicoptères des bombes lacrymogènes et ont tiré sur les manifestants, ces derniers se sont défendus.

Ce massacre s’est produit quelques heures après que le congrès péruvien ait pour une énième fois reporté le débat sur l’abrogation des décrets législatifs incriminés. Le gouvernement d’Alan Garcia refuse en effet d’entamer un dialogue réclamé par les communautés indigènes depuis le début de la crise.

Selon la presse un mandat d’arrêt à été lancée contre tous les dirigeants de l’Association Interethnique pour le Développement de l’Amazonie Péruvienne (AIDESEP), dont Alberto PIZANGO son président, que le gouvernement d’Alan Garcia accuse de comportements de délinquant.

Ce n’est pas la première fois que Alan Garcia se rend responsable d’un massacre sur des populations civiles, lors de son premier gouvernement il s’était illustré en 1986 par le massacre des prisonniers du « Fronton ».

France Amérique Latine condamne fermement ces crimes, et demande que toute la lumière soit faite sur la responsabilité du gouvernement d’Alain Garcia, commanditaire de cette intervention armée.

France Amérique Latine exige du gouvernement péruvien :
- l’arrêt immédiat de la persécution des dirigeants de l’AIDESEP,
- le retrait des décrets incriminés,
- la suspension de l’Etat d’urgence,
- vérité, justice et réparation pour les victimes

Au moment où l’Europe est train de négocier des accords commerciaux avec le Pérou, France Amérique Latine demande instamment aux responsables européens et au gouvernement français de condamner le gouvernement péruvien pour ses agissements.

France Amérique Latine
Paris, 6 juin 2009
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article13984

 

Vidéos :

http://www.youtube.com/watch?v=PyxV-I5HKRk

http://www.youtube.com/watch?v=JXTjqSIdemw

Pour avoir plus de liens : http://humeursdejeandornac.blogspot.com/2009/06/massacre-...

 

El presidente Alan García justificó ayer la matanza en la Amazonía. Señaló que los indígenas “no son ciudadanos de primera clase

Insisto:

Si sólo cuatro -no pidamos más- presidentes de esta América,
volaran al lugar de la masacre, la masacre acabaría en el momento.
¿Por qué no van? ¿Por qué no dicen una palabra, cuando no se trata de sus países?
¿Cuántas veces firmamos y clamamos muchos, por el Bien en otros países, por sus prisioneros, por sus víctimas?
¿Dónde están, señores presidentes de la América morena,
o vamos a creer que el Moreno de la América de las guerras hará algo?
La contracara del amor no es el odio, sino la indiferencia.
¿Y por qué este silencio, este desamor? Este silencio es complicidad con el asesino.
¿Y el gobierno de Argentina, qué? Bueno...
A ver si alguien autorizado de alguno de los países, puede explicarlo a la Red.
Estamos hablando de un criminal: Alan García, y me hago cargo de mis palabras,
como ciudadana, como poeta y como periodista profesional.
La ética y el respeto a la sacralidad de la vida no tienen fronteras.

Cristina Castello
http://www.cristinacastello.com/

6 de junio 09
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"...Sin embargo, la CNDDHH solicitó a la Fiscal de la Nación Gladys Echaiz, que el Ministerio Público intervenga, para investigar las denuncias sobre estos posibles excesos cometidos en el desalojo que se inició este sábado a las cinco de la madrugada"
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¿Qué dice la "Coordinadora Nacional de Derechos Humanos"? Reacciona recién cuando hay cientos de muertos.
Y apela a eufemismos monstruosos. "¿Excesos? " ¿"Excesos", como un exceso en la comida con la bebida?
Basta de eufemismos.
Este espanto se llama asesinato, crimen, genocidio, masacre.
Hay un asesino suelto en el Perú, Alan García Pérez,
ante el silencio cómplice de los gobiernos del continente.
Ante el silencio cómplice de las llamadas "organizaciones de derechos humanos"
¿De qué derechos humanos hablan?
Desde el corazón de la vida, pregúntese cada uno de ustedes, si esto es un "exceso".
Y si es un "posible" exceso, o la evidencia del horror.
¿Qué gobierno de la América morena se hará presente ahora, en este instante, ya, para salvar una vida,
para detener al asesino Alan García?
Y ya sé que mis palabras me costarán el rechazo de ciertos gobiernos,
No me importa: la ética es una sola; el amor a la humanidad no es más que uno;
la defensa de la vida es un imperativo.

Cristina Castello
http://www.cristinacastello.com/
7 de junio 09

 

10/04/2009

ALBA et SUCRE : vers la création de la première zone monétaire hors FMI - Et si l’Amérique au Sud du rio Grande donnait l’exemple ?

AUTEUR:  Michel PORCHERON


On l’appellera « el sucre » (prononcer soucré avec accent d’intensité sur la première syllabe).

Sucre (Antonio José de, 1795-1830, assassiné) est à la fois le nom d’un général vénézuélien, lieutenant (1) de son compatriote Simon Bolivar (1783-1830) dit El Libertador,  ainsi que l’acronyme pour « Système Unique de Compensation Régionale » instance de l’ALBA (ALternative Bolivarienne pour les peuples des  Amériques) créée sur une idée du président vénézuélien Hugo Chávez et officiellement inaugurée en décembre 2004 à La Havane, avec le soutien actif du président Fidel Castro. Le sucre avait été la monnaie nationale de l’Équateur de mars 1884 jusqu’au 9 septembre 2000, date à laquelle il cessa officiellement d’exister, remplacé par le dollar US, ce qu’on a appelé la dolarización.  

La plus récente réunion de l’ALBA (ou Alba) s’est tenue à Caracas le 2 février dernier, lors d’un sommet extraordinaire, son quatrième sommet depuis sa création en rupture avec les accords classiques de libre-échange et qui s’inscrit notamment contre la « Zone de libre-échange des Amériques » (ZLEA, en espagnol ALCA) promue par les USA.

Dans la déclaration finale de son congrès informel du 26 novembre 2008, la critique la plus sévère de l’ALBA avait porté sur le « système financier international qui a promu la libre circulation des capitaux et la domination de la logique de la spéculation financière au détriment de la satisfaction des besoins des peuples”. Les signataires y dénonçaient  « l’absence de propositions crédibles et vigoureuses pour faire face aux effets dévastateurs de la crise financière ».  

Sur proposition du président de la Bolivie, Evo Morales faite peu après son élection en avril 2006, le sigle TCP-- Traité de Commerce entre les Peuples-- a été ajouté au sigle ALBA qui comprend actuellement six États membres : la Bolivie et le Venezuela en Amérique du Sud, le Honduras (juillet 2008) et le Nicaragua en Amérique centrale, Cuba et la Dominique dans la Caraïbe. Sont membres observateurs : l’Équateur, Haïti et l’Uruguay.

En  même temps que se tenait le dernier sommet de l’Alba – auquel étaient invités le Paraguay et le Guatemala--  le 9ème Forum Social Mondial (FSM), fondé dès son origine (2001) pour contrecarrer le Sommet de Davos, réunissait durant cinq jours à Belém du Pará, Brésil, quelque 100.000 délégués (une majorité de Brésiliens) de mouvements sociaux et d’organisations alternatives, ONG, etc, venus de nombreux pays.   

À la mi-décembre 2008, a été organisé à Salvador de Bahia le premier Sommet des chefs d’État et de gouvernement  de l’Amérique Latine et des Caraïbes. Le journaliste cubain Orlando Ruiz Ruiz de l’hebdomadaire Trabajadores (du syndicat CTC, Central de Trabajadores de Cuba)  écrivait le 22 décembre dernier : « Ce n’est pas s’aventurer que de dire qu’il y a encore quelques années, il aurait été plus que difficile de réunir présidents et représentants de 33 nations d’une entité géographique qui va du Rio Grande au Cap Horn, et cela sans la présence de nations « étrangères », le tout organisé par un de ces pays du Sud ».

Ce simple rappel n’a pas seulement pour but de souligner au passage une convergence entre une récente organisation régionale d’intégration et le mouvement social mondial qui prit d’abord le nom d’ « antimondialisation » puis d ’ « alter-mondialisme » largement popularisé depuis la manifestation (décembre 1999) de Seattle, USA, alors que se tenait une Conférence de l’OMC, mais aussi d’évoquer les perspectives – dans le sens d’horizon et d’expectative – d’un projet social, économique et commercial d’envergure (clairement ignoré  par les médias occidentaux )  « la première zone régionale de coopération et d’intégration économiques et politiques dotée d’objectifs sociaux et environnementaux fonctionnant en dehors des dogmes du néolibéralisme » (Christophe Ventura / Membre d’Attac France et de l’association Mémoire des luttes, mercredi, 4 février 2009).

La date même de création de l’ALBA, dont le projet initial remonte à décembre 2001 à l’occasion du 3ème sommet de l’Association des États de la Caraïbe, indique - si besoin était -  que  tout particulièrement le Venezuela et Cuba ont pour le moins anticipé les maux qui menaçaient, issus de la décomposition du capitalisme néolibéral dernière version, en mettant   en place un dispositif qui se veut plus un arsenal nouveau et durable dans sa conception et sa réalisation qu’une simple « machine » belliciste de conjoncture. Lors du FSM de Belém, Joao Pedro Stedile, membre de la coordination du Mouvement des Sans-Terre brésilien, a exprimé le souhait que l’Alba ne dépende pas d’aléas électoraux et devienne un espace pérenne.

D’autre part l’arrivée, dans une époque récente, de nouveaux dirigeants progressistes en Amérique latine, d’Hugo Chávez (1999) à Daniel Ortega (2007) en passant par Evo Morales, le Bolivien ou l’Équatorien Rafael Correa, a nettement accéléré l’effritement  d’un hégémonisme de Washington dont le pic de « popularité » date du temps des dictatures militaires.  Les récentes arrivées au pouvoir du présidents  Fernando Lugo (Paraguay) et celle de Mauricio Funes (Salvador), qui a mis fin à 20 ans de domination de l’Alliance Républicaine Nationaliste (ARENA, originellement façade politique de paramilitaires d'extrême-droite), font que deux pays seulement sont encore dans le giron des USA, le Pérou d’Alan Garcia et la Colombie d’Àlvaro Uribe. Seuls le Mexique et la Colombie ne sont pas dominés par une gauche radicale ou modérée. Classés dans le camp « conservateur », Alan García et Oscar Arias (Costa Rica) sont des dirigeants appartenant à  l'Internationale socialiste. Quant au président du Honduras, Manuel Zelaya, élu en 2005 comme candidat du Parti Libéral il s’est rangé dans le camp des signataires de l’Alba.

L’agenda de ce début d’année 2009 autorise quelques propos de conjectures : la prestation du président Barack Obama lors de son premier sommet en Amérique latine, du 17 au 19 avril, à Port of Spain,  Trinidad et Tobago – lors du 5ème Sommet des Amériques (une émanation de l’OEA, d’où l’absence de Cuba) - donnera le ton général de sa politique à l’égard des pays au sud de la frontière avec les USA. Ces relations  « auraient besoin d’un virage radical et profond de la part des USA  pour parvenir à l’harmonie et l’équilibre que réclament depuis toujours à Washington l’Amérique Latine et les Caraïbes » (Nidia Diaz, Granma International, Cuba, 22 mars 2009). En dix ans le profil de l’Amérique du Sud  n’a (presque)  plus rien à voir avec « l’arrière-cour » que voulurent en faire les prédécesseurs de Barack Obama à la Maison Blanche.       

Depuis l’élection de Barack Obama, certains analystes ont logiquement spéculé sur la possibilité de contacts officieux ou indirects entre des représentants des USA et de Cuba. Les dirigeants cubains ont eu l’occasion de répéter à plusieurs reprises que Cuba était « disposée à parler à M. Obama, où il veut et quand il veut » (président Raúl Castro, 18 décembre 2008, Brasilia) mais « à égalité de conditions (igualdad de condiciones) et sans qu’on nous demande de faire un geste, nous n’avons aucun geste à faire ! » Ce que le président brésilien Lula da Silva – qui manifestement attend beaucoup du Sommet de Port of Spain -  a traduit par : « Celui qui doit faire un geste c’est bien le gouvernement des USA. Il doit dire aujourd’hui : « le blocus est terminé » et voilà c’est tout ». Il est clair que la seule annonce, demain ou après-demain, de prémices (prémisses) d’intentions nouvelles des USA à l’égard de Cuba, constituera (it) pour la majorité des dirigeants actuels des pays d’Amérique Latine ou du Sud le gage majeur d’un renouveau réel dans les relations entre Washington  et le continent sud.

Barack Obama ignorerait-il que 33 pays d'Amérique latine et des Caraïbes (soit tous ceux des Amériques à l'exception cette fois des USA et du Canada) ont applaudi Raúl Castro le 17 décembre dernier au Brésil et jetaient, quoique certains avec tiédeur, les bases d'une organisation parallèle à l'OEA incluant Cuba ? Il ne fait aucun doute qu’avant le 17 avril, des dirigeants comme Lula ou H. Chávez ne manqueront pas de plaider lors de rencontres internationales pour un retour immédiat de Cuba dans la famille latino-américaine, qui serait marqué par sa présence à Port of Spain.