Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/10/2009

sur mon visage

Je te le demande comme un service

 

Le jour

où je marcherai

sur les premiers bleuets

sans frisson ni sourire

pour la beauté sauvage

des mauvaises herbes

n’hésite pas à essuyer

le cul de ton chien

sur mon visage

 

Thomas Vinau

Lieu du larcin : Microbe n°53

20/09/2009

A tous les reconduits de Ernest Pépin

Fils des murailles
      Nous avons transporté les bosses du désert
      Jusqu'aux portes du refus
      La terre sous nos pieds déroulait ses frontières
      Hissait des barbelés
      Et refusait nos mains de pèlerins
      Les passeurs cassaient nos âmes
      Nos corps marqués au fer du soleil
      Nos langues sèches de barbares errants
      Et froidement tétaient l'argent de nos exils
      C'est l'heure d'une folie douce
      Nos genoux ont balisé l'enfer
      Notre faim a mangé la poussière
      Et nos silences ont grimpé la tour de Babel
      C'est l'heure d'une folie douce
      Là-bas
      La ville amarre la misère
      Le visage de l'épouse allume une feuille morte
      L'enfant qui naît enjambe l'avenir
      Là-bas la mort embarque les jours
      Et les nuits dévorent la chair des étoiles
      Nous sommes d'un long voyage
      Un voyage d'ancêtres au cœur maigre
      Un voyage de sauterelles affamées
      Un voyage de pays sous perfusion
      Un voyage d'ombres sans corps
      Nous sommes de ce voyage
      Où les nuits font contrebande de chair
      Où les jours ont honte de leur soleil
      Où les hommes quémandent le droit de respirer
      Nous sommes de ce voyage
      Nos yeux chavirent comme des pirogues blessées
      Nos mains dénouent le nombril des vents
      Et nul arbre n'accueille l'ombre de nos rêves
      Partir n'est pas partir
      Quand les murs sont vivants
      Partir n'est pas partir
      Quand l'oiseau est sans nid
      Partir n'est pas partir

      Quand la terre se cloisonne
      Dans la peur des peuples
      Nos pas effraient la tour Eiffel
      Les capitales repues du sel des colonies
      Les usines à chômage
      Les bourreaux d'arc-en-ciel
      Les bourses mondialisées
      Et les marchands de peau
      Nos pas dérangent la marche du monde
      Nos pas vont en fraude supplier l'horizon
      Ils ne savent pas ouvrir les monnaies de l'accueil
      Et ils s'en retournent humiliés
      D'avoir à retourner
      Au seuil de nous-mêmes
      Est-ce la peau qui refoule
      Est-ce l'homme qui dit non
      Nous sommes les arpenteurs du refus
      Les déserteurs sans papiers
      Les capitales ont tissé nos douleurs
      Et leurs lumières sont des flocons de sang
      Des feux rouges sans paupières
      Des enseignes interdites
      Insectes saisonniers
      Nous jouons
      A recoudre l'espace
      Derrière l'incendie
      Nous jouons des jeux de prisonniers
      Le monde entier est notre prison
      Et nous jouons nos vies
      Au casino des riches
      Voici venue la saison des fleuves vides
      Voici venue la saison des barbelés
      Voici venue la saison des marées humaines
      Voici venue la saison des esclaves volontaires
      Même le village a mangé son midi
      Et nos villes drapées dans la poussière
      Sortent des seins maigres comme des aiguilles
      Ô pays !
      Nous avions rendez-vous avec les pays du rêve
      Avec une autre géographie
      Avec les grandes puissances de l'or et de l'euro
      Leurs villes sont des vallées de miel
      Des cornes d'abondance
      Et leur pain quotidien récite sa prière
      A l'ombre des cathédrales
      Nous n'avons rien à déclarer sinon la faim
      la faim n'a pas de passeport
      Nous n'avons rien à déclarer sinon la vie
      la vie n'est pas une marchandise
      Nous n'avons rien à déclarer sinon l'humanité
      L'humanité n'est pas une nationalité
      La misère ne passe pas
      Passager clandestin
      Elle retourne au pays
      Nos sandales ont usé les nuits
      Nos pieds nus ont écorché les dunes
      La rosée pleurait une terre inhumaine
      Et nos mains mendiaient une autre main
      Les drapeaux ont peur de leurs promesses
      Ils se sont enroulés comme des scolopendres
      Notre soif est retournée au feu de notre gorge
      Et la vie nous a tourné son dos
      Tout homme qui s'en va défie l'entour
      Dessouche une nation
      Et lézarde une étoile
      Et dans ses yeux grésillent une autre vie
      Son feuillage est d'outre-mer
      Quand tout au loin luit son désastre
      Il fait troupeau vers les quatre saisons
      Il fait tombeau aux bornages
      O nègres marrons !
      Ce sont forêts de béton et d'arbres chauves
      Souviens-toi de l'enfant mort d'atterrir
      En un seul bloc de froidure
      Dessous le ventre de l'avion
      Souviens-toi de sa mort d'oiseau gelé
      Souviens-toi
      Et toi reconduit
      Econduit
      Déviré
      Jeté par-dessus bord
      Taureau d'herbe sèche
      Regarde toi passer sur ta terre
      Les yeux baissés
      Et sur la joue le crachat des nations
     
      Ils ont faim du soleil
      Mais le soleil a faim aussi
      (Parole de poète)
      Demande-toi où est ton lieu
      Ton seul lieu d'accueil
      Tu inventeras ta terre

Lamentin le 29 octobre 2006

Lieu du larcin : http://www.montraykreyol.org/spip.php?article93

 

01/03/2009

nous pourrons alors parler poésie

qui dit que mes poèmes sont des poèmes?
mes poèmes ne sont pas des poèmes
si vous comprenez que mes poèmes ne sont pas des poèmes,
nous pourrons alors parler poésie

Ryokan in le moine fou est de retour

Ryokan (1758-1831), poète et moine zen. "Un homme oisif à une époque de paix" comme il se définissait. Il vécut une grande partie de sa vie dans l'ermitage Gogo an, au sommet du mont Kugami, au bord de la mer du Japon. Le rencontrer c'est, disait-on, "comme si le printemps arrivait par une journée d'hiver obscure".

Lieu du larcin : site des éditions Moundarren http://www.moundarren.com/

23/02/2009

Les mots...

On a beau contre eux
Multiplier les prisons
Mobiliser les censures
Les mots…
 
Il y a déjà plus assez de baillons
Les garrots font défaut
Et jaillissent à nouveau comme un fleuve
Les mots…

 
Jean-Claude Mulleman In Les mots

Lieu du larcinA Marcos Ana Encres Vives n°41 (1964)

Comme un soleil à partager

Regard des peuples dont la guerre se souvient
Regard des histoires mortes sous l’écorce des défaites
Qu’un pont de mémoire rassemble leurs vignes
Et leurs vagues aux crêtes du sang humain
 
Regard de vive vallée où la rivière déplie son rêve
Regard fertile des peuples du désert
Quand le vent lève l’ondulation des femmes
Regard d’un outremonde à la croisée des couleurs
Délivre-nous des murailles et des digues
Contre les racines de l’arc-en-ciel
Regard des antilopes et des gazelles
Où l’amour prend sa source et sa gorgée de bleu
Où le poème prélève son huile et le feu de son rhum
Regard des découvreurs, des prophètes et des fous
Faisant du monde un seul troupeau
Un seul vaisseau luisant d’étoiles
Habille les terres de voiles multicolores
Et de courants fraternels
 
Poète de la vigie, du minaret, de la tour de Babel
Tressant les langues au fleuve de toute vie
Sache que même la haine a besoin du regard.
Regard du vertige de l’autre et du graffiti des miroirs
Regard du mensonge de la sève pure
Regard des cavaliers tenant la bride de l’éclair
Ouvre la terre aux rayons de l’amour
Comme un soleil à partager.
 

 
Ernest Pépin (Guadeloupe) in Regards de feuillage


Lieu du larcin : la revue Point Barre n°5, octobre 2008
 

09/02/2009

la tête de ses os épars pillés

Dans la ville à front ridé,

Dans la ville des fumées,

 

Veillent de sourds marteaux-piqueurs,

Des hies tremblantes,

Dures d’oreilles,

 

Entre les mains dures de cals

De potentats déchus de leur trône de paille,

 

Rois en exil des sables,

Des vents,

Grands manitous qui ne manient plus rien

 

Que la défonce à front de bitume,

Aux vertèbres de papier.

 

 

(…)

Barbelés, miradors, camps de tôle,

Des ventres affamés, des noyés,

Un océan de noyés,

Des électrocutés,

Des cadavres,

Des montagnes de cadavres

Occultés.

 

Des portes, des cadenas, des serrures.

 

Pas de clé, pas de clé, pas de clé.

 

 

(…)

Grands nuages de la faim, morcelés,

Souffrant nuages de la douleur sans nom,

Passants d’un autre monde sitôt oubliés,

 

Si riches d’espérances, de lendemains

Qui hantent,

 

Nuages fracassés.

 

 

(…)

La piste comme au cirque. Un grand rond plein d’accessoires.

Des bêtes féroces, des jongleurs, des clowns, des illusionnistes.

Des néons éblouissants jour et nuit. La piste mais sans sciure,

Sans bravos. Déguisements blancs, bleus, noirs, gris, verts,

Uniformes de flic, de matons, de trouffions, de pompiers,

Complets, gris, noirs, bleus, cols blancs des servitudes

 

 

 

(…)

Hommes-lierre, hommes-galets, sans angles, sans arrêtes,

Dévorés par les rouilles fugaces de la modernité,

Roulant avec le flot jusqu’à votre embouchure inexorable.

 

Hommes-galets,

Dans les murs de la peur journalière,

Hommes-lierre, accrochés à vos rêves effilochés,

Nourris par les écrans de la réalité virtuelle,

 

Vous acceptez l’abominable, parce que les images,

Les voix qui sont censées savoir vous ont affirmé,

(et vous les croyez), que l’inacceptable doit être accepté

Comme l’hiver succède à l’automne, l’automne à l’été.

 

Hommes de peur, de sang, consommateurs conditionnés,

Sommés chaque jour de consommer plus de dérisoire,

Vous avez trop longtemps accepté avec naïve confiance,

De confier vos pauvres vies à la cupidité, au mensonge.

 

 

(…)

Ensemble vide

Pris aux mots des faiseurs de miracles,

 

Collé aux murs de leurs phrases lisses,

Au dérisoire bancal du sens abâtardi, 

 

Avenir inexistant,

Entre-deux virtuel,

 

Passerelle d’ondes multicolores

Sur laquelle vous boitez en aveugle,

 

Sanglés dans les reflets,

Dormant les yeux ouverts.

 

 

(…)

Et dans son lit de vénalité,

L’instantanée putain détourne

La tête de ses os épars pillés.

 

 

 

Jean Gédéon in La ville, le peuple du désastre

 

 

Lieu du larcin : Crispations (Encres Vives, coll. Encres Blanches n° 357, février 2009)

21/01/2009

Gilad Atzmon - The Unilateral People

They withdraw unilaterally
They ceasefire unilaterally
They invade unilaterally
They win unilaterally
They destroy unilaterally
They massacre unilaterally
They bathe in blood unilaterally
They spread white phosphorus unilaterally
They kill women and children unilaterally
They drop bombs unilaterally
They live on stolen land unilaterally
They support their homicidal leaders unilaterally
They love their 'Jewish Only State' unilaterally
Their democracy is unilateral
They love themselves unilaterally
They are the unilateral people.
Living behind walls of concrete, hatred and arrogance
They are still united and lateral failing to love their neighbours

 

 

Quand ils se retirent, c'est unilatéralement
Quand ils cessent-le-feu, c'est unilatéralement
Ils envahissent unilatéralement
Ils remportent leurs victoires unilatéralement
Ils sèment la destruction unilatéralement
Ils se baignent dans le sang unilatéralement
Ils arrosent au phosphore blanc unilatéralement
Ils tuent femmes et enfants unilatéralement
Ils balancent leurs bombes unilatéralement
Ils vivent sur des terres volées unilatéralement
Ils soutiennent leurs dirigeants homicides unilatéralement
Ils aiment leur « Etat pour les seuls juifs » unilatéralement
Leur démocratie est unilatérale
Ils s'aiment narcissiquement unilatéralement
C'est le peuple unilatéral
Il vit claquemuré derrière ses murailles de béton armé, de haine et
d'arrogance
Ils sont toujours aussi grégaires, et ils n'arrivent toujours pas à
aimer leurs voisins Latéralement.

Source : Palestine Think Tank
Traduction : Marcel Charbonnier
http://ism-france.org/news/article.php?id

Gilad_Atzmon_photo.jpg


Gilad Atzmon, musicien de jazz réputé dans le monde entier, né en Israël en 1963, compositeur qui joue de tous les saxos (soprano, alto, tenor, bariton), mais aussi de la clarinette, du zurna et de la flûte, a émigré à Londres en 1994 où il a fondé l’Orient House Ensemble, qui s’est produit dans le monde entier, avec Asaf Sirkis à la batterie, Yaron Stavi à la basse et Frank Harrison au piano. Au fil des ans, Gilad Atzmon a intégré différents styles dans sa musique, un mélange détonant de Coltrane de be-bop et de Moyen-Orient, produisant un mélange très personnel d’une très grande puissance. ( http://www.gilad.co.uk ) Gilad Atzmon, critique acerbe de la politique israélienne, est aussi l’auteur de plusieurs essais et romans dont ’A Guide to the Perplexed’ et ’My One and Only Love’, qui ont été traduits dans 24 langues.

11/01/2009

Nous n'avons pas beaucoup rêvé

Il ne reste que le sable
Ni les arbres n'étendent leur ombre sur les dormeurs,
Ni le vent ne s'assouplit lorsqu'une femme le touche,
Ni nos âmes ne nous suffisent…
Nous sommes sortis de l'enfance comme des papillons
Nous avons brûlé autour du feu de la première femme
Et avec sa sagesse la cendre nous a rendus malheureux
Nous étions pressés
Alors nous n'avons pas tété le lait des mères
Nous n'avons pas reniflé l'odeur des pères
Et le ciel ne nous a pas parlé, comme nos parents le souhaitaient

 

Nous étions pressés
Nous sommes nés
Nous avons improvisé la mort, le sens
Et nous nous sommes improvisés nous-mêmes
Nous n'avons pas beaucoup rêvé
Nous n'étions pas sur la terre
Sur les murs nous avons seulement écrit nos cœurs

 

Nous étions pressés
Nous avons grandi comme une obsession dans la nuit
Embryons, nous avions égaré
Nos premiers corps et maisons
Et nos soucis     pas de ciel pour nous ombrager
                        ni terre qui porte la nôtre
Alors nous avons empli la nuit de fantômes
Nous avons grandi
Et soudain nous nous sommes inclinés pour dire adieu aux choses
Avant de les quitter
Nous n'avons pas tété le lait maternel
Et la glaise n'a pas encore séché sur nos os
Il ne reste que le sable
Même les prophètes ont jeté les gouttes de lumière
Et se sont retirés dans leurs prières
Même le ciel est parti sans nous regarder.

 

Zouheir Abou Chayeb, poème publié dans Le poème palestinien contemporain, édition bilingue arabe-français, Le Taillis-Pré, 2008, p. 43

 

quand je gisant menu...

Quand écrire ne suffira plus, ni sa clarté, ni son fouillis, ni les images retournées du corps à secourir. Quand j’aurai raté de peu la vie délicate dans ce coin du monde, ce trottoir doucement inquiet, les jeunes gens, le soleil de biais, la marche lente.

 

(…)

Quand je serai cloué pour de bon à cette ville, lavé de toute enfance, nu, cherchant dans la grande avenue commerçante un morceau de ma clavicule ou de mon sein ; criant, marmonnant, parlant…

 

(…)

Et que j’aurai rejoint dans le plus grand des silences cette confrérie, dans ma ville, des sans logis, sans famille, sans merveilles de l’orient en poudre et sachets, sans guenille, sans histoire. Quand je serai cette ville. Quand je sauterai de haut, et disparu, démuni du fiel, et cousin du safran ou du pin, aimé, chéri.

 

Quand je gisant menu…

 

Alexandre Vallasidis in Quand je gisant menu…

 

Lieu du larcin : Traversées 52 - automne 2008

09/01/2009

Rappel d'un discours prononcé par Mahmoud Darwich à Ramallah en 2002

Extrait du discours prononcé à Ramallah le 25 mars 2002 par le poète
palestinien Mahmoud DARWICH à l'intention de la délégation du
Parlement International des Ecrivains.


" [...] Je sais que les maîtres des mots n'ont nul besoin de
rhétorique devant l'éloquence du sang. C'est pourquoi nos mots seront
aussi simples que nos droits : nous sommes nés sur cette terre, et de
cette terre. Nous n'avons pas connu d'autre mère, pas connu d'autre
langue maternelle que la sienne. Et lorsque nous avons compris
qu'elle porte trop d'histoire et trop de prophètes, nous avons su que
le pluralisme est un espace qui embrasse largement et non une cellule
de prison, que personne n'a de monopole sur une terre, sur Dieu, sur
la mémoire. Nous savons aussi que l'histoire ne peut se targuer ni
d'équité, ni d'élégance. Notre tâche pourtant, en tant qu'humains,
est d'humaniser cette histoire dont nous sommes simultanément les
victimes et le produit.
Il n'est rien de plus manifeste que la vérité palestinienne et la
légitimité palestinienne : ce pays est le nôtre, et cette petite
partie est une partie de notre terre natale, une terre natale réelle
et point mythique. Cette occupation est une occupation étrangère qui
ne peut échapper à l'acception universelle du mot occupation, quel
que soit le nombre de titres de droits divins qu'elle invoque ; Dieu
n'est la propriété personnelle de personne.
Nous avons accepté les solutions politiques fondées sur un partage de
la vie sur cette terre, dans le cadre de deux états pour deux
peuples. Nous ne réclamons que notre droit à une vie normale, à
l'intérieur des frontières d'un état indépendant, sur la terre
occupée depuis 1967, dont Jérusalem Est, notre droit à une solution
équitable du problème des réfugiés, à la fin de l'installation de
colonies. C'est la seule voix réaliste vers la paix qui mettra un
terme au cercle vicieux du bain de sang.
L'état de nos affaires est d'une criante évidence, il ne s'agit pas
d'une lutte entre deux existences, comme aimerait le montrer le
gouvernement israélien : eux ou nous. La question est d'en finir avec
une occupation. La résistance à l'occupation n'est pas seulement un
droit. C'est un devoir humain et national qui nous fait passer de
l'esclavage à la liberté. Le chemin le plus court pour éviter
d'autres désastres et accéder à la paix est de libérer les
Palestiniens de l'occupation, et de libérer la société israélienne de
l'illusion d'un contrôle exercé sur un autre peuple.
L'occupation ne se contente pas de nous priver des conditions
élémentaires de la liberté, elle va jusqu'à nous priver de
l'essentiel même d'une vie humaine digne, en déclarant la guerre
permanente à nos corps et à nos rêves, aux personnes, aux maisons,
aux arbres, en commettant des crimes de guerre. Elle ne nous promet
rien de mieux que l'apartheid et la capacité du glaive à vaincre
l'âme.
Mais nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'espoir. Espoir
de libération et d'indépendance. Espoir d'une vie normale où nous ne
serons ni héros, ni victimes. Espoir de voir nos enfants aller sans
danger à l'école. Espoir pour une femme enceinte de donner naissance
à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un
poste de contrôle militaire. Espoir que nos poètes verront la beauté
de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir
que cette terre retrouvera son nom original : terre d'amour et de
paix. Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir.
"


Mahmoud DARWICH

27/10/2008

trop occupés à péter le mur

Quand il suffisait d’un câlin

Que nous cherchions et qui était là

Depuis toujours et à jamais

Juste derrière la cloison

Dont nous avions perdu la porte

Trop occupés à péter le mur

 

Beb Kabahn

 

Lieu du larcin : Traction Brabant

23/04/2008

punaise de moinillon

Va-t-en lui disais-je gueule de flic, gueule de vache,
va-t-en, je déteste les larbins de l'ordre et les hannetons de
l'espérance. Va t'en mauvais grigri, punaise de moinillon
.

Aimé Césaire
ce sont les première phrases de Le Cahiers d'un retour au pays natal...

Lieu du larcin : mail de Gérard Schrack http://www.poesie.net

20/03/2008

alors hein alors ?

A dit :
Comment faire comprendre quelque chose à quelqu’un si son salaire vient de ce qu’il ne le comprenne pas ?
 
Lieu du larcin :  Traction Brabant n°21

20/02/2008

pendant la morte saison

En France il y a un scandale dont personne ne se fait l’écho, sans doute pour de basses raisons politiques.
Il était donc du devoir de « Traction-brabant » de rompre ce silence pesant pour dénoncer le sort injuste fait au teckel dans notre société dite sans tabous.
Bien qu’il s’agisse, surtout dans sa déclinaison à poil ras, d’un chien noble par excellence, la plupart des gens continue à le dénommer boudin sur pattes, jugeant cet animal sur son apparence.
Jean-Marc Agrati lui-même, dans son recueil de nouvelles « Ils m’ont mis une nouvelle bouche »[1] écrit, je cite : « C’est un teckel femelle dont le nom veut dire source en tahitien. Une vraie loose. J’aurais voulu un vrai chien, un tueur, mais au lieu de ça, j’avais ce quart de portion qui me suivait partout ».
Et qui va s’occuper des cafards ? Le teckel pardi !
Je m’insurge contre de tels propos qui dénotent l’irresponsabilité de certains de nos concitoyens, laissant leurs enfants se faire dévorer par des dogues allemands. Un teckel, lui, ne peut gober un enfant, sinon son ventre raboterait la terre.
Il n’empêche… C’est un formidable chasseur de taupes. Et dieu sait qu’il y en a et qu’il y en aura de jour en jour davantage, des taupes, dans notre pays.
Si d’autre part, vous n’avez pas besoin de lui pour chasser les gros blaireaux, c’est votre affaire. Ça vous serait pourtant bien utile en maintes circonstances. Essayez de faire pareil avec un Saint Bernard. Il restera comme un con devant le trou.
Bref, je ne vois pas pourquoi le chien devrait être un signe extérieur de richesse énorme, le 4/4 du foyer en quelque sorte.
Et d’abord, si jamais votre teckel demeure improductif un temps, pour qu’il récupère de ses battues, vous pouvez le disposer le long de votre porte-fenêtre pour vous isoler des courants d’air pendant la morte saison.
 
 
P.M.
 

[1] Les Editions Hermaphrodite 30 rue Patton 54410 Laneuveville-devant-Nancy et http://hermaphrodite.fr





Lieu du larcin : Traction Brabant n°22 - Février 2008

15/02/2008

Atelier fer, poste du matin


Le vent déploie ses pansements de tulle gras
sur les blessures des songes métalliques.
Légers coups de burin
contre les roches friables de l’esprit
fissures érosion
rien ne persiste vraiment
des normes giratoires des simagrées sociales.
Ma vie coincée entre les mors de l’étau
je fraise l’angle des émotions
je serai mort depuis longtemps
sans cette précision de l’ajustage.
limailles de l’ébarbage des années
poussières amas du moi
entassées dans des caisses de conventions.
Le peu de soi écrasé par la frime
des non-dits condescendants
le peu de soi autre que point sur des graphiques idiots
le peu de soi autre que chiffre à sondage
le peu de soi assourdi par la si publicitaire normalité.
Ce peu de soi quotidien dans les salles d’attente
de l’extraordinaire et de la solidarité
comme un apprentissage du merveilleux
PARLE Camarade
Ne te tais plus

Bruno TOMERA
posté mardi 12 avril 2005
Lieu du larcin : http://revoltes.free.fr/

12/12/2007

je veux la liberté des bêtes

Je suis d’ailleurs
      A la cruauté policée du monde, vulgarité de sa violence
      J’opposerai l’absence d’une disparition organisée,
            violence de ma délicatesse.
 
Le seul risque connu est celui que nous font encourir les lois qui servent l’Inerte.
La seule honte vraie : être arrêtée.
 
De l’Inerte au mouvement, du mouvement à l’Inerte, le tout est de n’être enregistré nulle part et le seul art réel est dans le comment de cet acte là.
 
      J’ai négocié ma disparition
      Je veux la liberté des bêtes.

 
 
Emmanuelle K
in Fragments d’une Disparition in Vertige de l’Écart in "Quand 
l'obéissance est devenue impossible..." à paraître au Cherche-Midi

26/11/2007

parmi les décombres, je danse...

Je suis ce sang
Qui inlassablement
Tine dans les ruelles
Du sommeil
Pour réveiller ceux qui font
La sieste des consciences.
 
(…)
Je perds l’usage de la parole
Mes lèvres sculptent un silence
Alors pour me faire comprendre
Parmi les décombres je danse…

 
André Laude in Riverains de la douleur

Lieu du larcin : Les Voleurs de Feu n°21, Mars 2006, un numéro entièrement consacré à André Laude.


 

18/11/2007

accoucheuse d'aurore

La femme se souvient
qu’elle est poussière d’étoiles,
transgresseuse d’interdits,
veilleuse de nuit
guetteuse d’évènements cosmiques,
accoucheuse d’aurore.

Yann Orveillon

Lieu du larcin : le recueil Elle ou le corps architecte, avec de splendides gravures de Jacqueline Royan, ed. Les Voleurs de Feu

14/11/2007

"S'cours, j'me noie dans l'vin! Viens!".

Un texte dégueulé, un soir de réveillon. Voyons.
 

Je vais le dire tout net. Oui c'est très peu 10% du prix d'un livre pour l'auteur de ce livre. Oui c'est terrible la crise du livre... Mais franchement, ce n'est qu'un bel événement que cette crise. En tant qu'écrivain, je ne piste pas les pensées cantonnées à la rémunération des auteurs, leur statut précaire, leurs besoins permanents en matière de reconnaissance.

Tout ça me fait penser aux ultimes soubresauts grévistes de ces fonctionnaires désireux de conserver, ce qu'ils appellent, des avantages acquis. Un écrivain n'a pas à militer, ou à exiger de la "communauté nationale", des subsides, des avantages sociaux... Il doit écrire l'écrivain et cesser de se comporter avec cette façon toute prétentieuse de celui qui s'imagine faire de la noblesse.

C'est pourquoi je me définis comme une petite frappe de la littérature, un ouvrier non qualifié de l'industrie de l'art, de la culture, du loisir et du divertissement, ... Il n'est pas possible, pour moi, de me rallier aux scribouillards fortunés, ces auteurs soulevés par des cohortes de lecteurs en rut... Je suis loin de Nothomb, de Sollers... Très loin, enseveli dans le monde de la démerde, des façades pathétiques et des passants qui gueulent, qui bousculent, qui sentent la sueur et la tristesse, ...

Pendant que l'on cause de fric, de la place de l'auteur, du statut des artistes, on ne crée rien, on ne produit pas de pensées, à peine des réflexions solvables, en tout cas, pas de créations recevables.

J'ai conscience de faire partie d'un occident où les héros, les personnes estimées sont celles qui possèdent une célébrité, qui créent, qui gagnent... J'ai conscience de vivre dans un occident où chacun a droit à l'expression, à la création, ou chaque individu peut se prétendre artiste sous le seul prétexte qu'il écrit, qu'il chante, qu'il gratouille une guitare ou chatouille un jumbe. J'ai aussi compris que je n'étais qu'une merde fondue dans un gros tas de merde: l'univers des écrivains.

Depuis quelques années, les éditeurs sur-éditent pour tenter d'endiguer la crise.

J'avoue ne pas maîtriser suffisamment la question pour en faire une analyse sérieuse.

Je vois seulement que lorsque je dis, à des personnes croisées, des gens de mon entourage, que je suis écrivain, j'ai le droit aux deux questions infectes: "T'écris quoi? T'as déjà été édité?"

Tu t'aperçois très vite que le terme d'écrivain jouit d'un prestige extraordinaire... Inévitablement j'en viens à dire que ce que je fais est un peu trash... Tout le monde fait la gueule. Je deviens presque illico un sous-écrivain, un mec à deux balles qui scribouille... Les "gens", ils pensent qu'un écrivain, ça écrit des romans. Ils pensent qu'un écrivain, ça écrit des choses molles, gentilles, avec de l'amour, de la haine dedans. Les gens ne pensent pas qu'écrire c'est aussi dire, affirmer sa haine du monde, souhaiter du mal des sans-abris, rêver d'assassiner, dégueuler, chier sur tout, tous les principes, toutes les lois, la morale.

J'imagine un réveillon de Noël où tonton Franscesco, fraîchement libéré de zonzon, me demande, devant toute l'assemblée familiale de lire un texte de ma composition. Il est vrai que tout le monde a entendu parler du p'tit Vérol qui écrivait des bouquins, mais personne n'en voit la couleur.

Ok. Alors je me lève avec mon papelard qui tremble entre mes doigts. Tout le monde me regarde. Les vieux, les jeunes. Ils ont dans les yeux, cette admiration particulière pour l'écrivain, le Stendhal, le Sulitzer, le Zola de la famille.

Raclement de gorge. Déglutition.

"Ce texte s'appelle "S'appelle pas"

Sur le marché du héro, c'est sûr, je vaux rien. Sur le marché du baiseur/reproducteur, c'est franchement pas le top. Une meuf, ça veut d'l'action, du TF1, du gars qui fait bien chier avec ses matchs de foot, ses couilles qui débordent du calbute et les pensées lames/de/bourreau... C'est partout comme ça. On dit des mecs de banlieues, enfin ceux qui mettent des capuches de merde, qu'ils sont comme ça. C'est pas faux. C'est même souvent vrai... Nombre de fois où ma femme s'est fait traiter de "pute" parce qu'elle ne filait pas de clope ou son numéro de téléphone... Mais franchement, dans l'far west du franchouille de souche qui s'pose là, c'est pas mieux. L'trou du cul qui rêve d'une bagnole tunée et d'un pitbull dans l'Oise, c'est monnaie courante (désolé pour le terme "de souche", c'est merdique, je sais, mais c'est rapidement parlant, tu le vois tout de suite la tête de coton tige pleine de schlass avec ça).

Tous les dimanches, au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, pas moyen d'échapper au "testiculé" qui gambade sur un terrain de foot municipal pourrave. Qu'il pleuve qu'il vente, il y va, il y court! "Eh Jacquot/Momo! Passe la balle merde!" ça tacle, ça s'renifle les pectoraux, ça s'met des mains au cul viriles... Bien bien...

Et puis le soir, même après Drucker, comme "la connasse" en a fini avec la recette à Coffe, c'est zap/zap sur TF1 pour l'journal. "Alala qu'ils nous font chier! Y Zont qu'à les baisser les impôts si c'est pour faire ça avec! Merde! Putain... Ah les résultats! Merde! Putain c'est naze la Ligue 1... Quand tu vois les championnats en Italie ou en Angleterre, c'est aut'chose". Il ne rote plus ce mec-là. On est dans les années 2000. Il se lave, ce mec-là. Il a même fait des études souvent... Mais c'est vicéral... Son dada à lui, ce sont des troupeaux de mecs bariolés (La mode est au rose en ce moment ma biche, tu vois, y a plus d'repères) qui courent après le ballon de foot, la balle de tennis, qui s'accrochent au volant d'une "climatique/déréglement"... Il vote à gauche. Il vote à droite. Il lit une BD dans les chiottes et le Parisien ou Ouest France ou La voix du Nord en buvant son café. Il est poli. Il dit "bonjour". Même aux gens d'une couleur différente. Parce que ce gars-là n'est pas non plus nécessairement raciste et rougeot. Il plait aux filles parfois, et surtout à sa femme. Mais à la différence d'elle, moi (encore que je n'ai emmenagé avec lui), et bien, le "petite tête de TF1 ou de Canal Pour-le-foot", ben moi, il me saoûle...

"Oh merde la Vérole! Tout ça c'est pour s'détendre!"

Putain..."

Voilà. Je plie le papier. Personne n'applaudit. Tonton Michel, avec sa grosse voix lance: "BAh c'est spécial ton truc..."

Je m'asseois. J'ai une boule dans la gorge. J'ai envie de leur dire que je déteste toute ma famille, même s'ils sont tous bien gentils. Je les déteste eux, et tous leurs potes, et leurs villes, leurs villages... Tout. Le réveillon se termine dans le vin... Un océan de vin agité, très agité... Avec mes bras en l'air, dessus la surface, pour supplier, implorer de l'aide: "S'cours, j'me noie dans l'vin! Viens!".

Andy Vérol


http://andy-verol.blogg.org/

Lieu du larcin : bulletin sur maille espèce

29/10/2007

Aucune loi camisole ne m'en dissuadera

M'est étranger l'égoïste salopard qui refoule l'affamé loin de sa table, l'assoiffé loin de son puits, la « misère du monde » loin de son confort (construit en bonne partie grâce à elle !).

M'est étranger l'homme qui est capable, pour servir ce qu'il estime être son intérêt, de traiter des humains comme du bétail, comme des outils, comme des marchandises (jetables après usage ou pour malfaçon).

M'est étranger celui qui par calcul économique ou stratégie politique parque l'humain, l'enferme, l'enchaîne, et le rejette vers un sort cruel, vers la misère, l'humiliation, la peur, la douleur, la mort.

M'est étranger celui qui sert, comme une machine, cette politique ; celui qui « administre », recueille les renseignements, classifie, fiche, tamponne (et s'en tamponne), arrête, menotte, cogne, expulse,
« sans état d'âme ».

M'est étranger celui qui, pour soutenir cette politique, mise sur les peurs et l'ignorance, la jalousie et la lâcheté ; celui qui excite à la haine contre des humains ayant une peau, une langue, des manières de vivre différentes.

M'est étranger celui qui invente et propage les mensonges qui alimentent cette haine.

Me sont étrangers les hypocrites roublards et lâches faux-culs qui justifient leur refus de combattre cette saloperie par quelque « raison » qu'ils auraient trouvée cachée dans son fumier.

Les seules frontières que je reconnaisse nécessaires sont celles qui protègent l'humain du requin et de la hyène portant masque d'homme, du vautour et du robot, de l'exploiteur et du salaud.

Ces frontières, je suis déterminé à les défendre fermement, en repoussant les assauts contre elles de ces barbares étrangers là.

Aucune loi camisole ne m'en dissuadera.

Gérard De Mai 18 octobre 2007.
Édité par La barricade solitaire.
Publié le 20 octobre 2007 par e-torpedo.net.

Lieu du larcin :
http://www.sistoeurs.net/ss/article.php3?id_article=358