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17/10/2010

Nîmes et Cannes, les Chicago français : TF1 a encore frappé !

Published on Rue89 (http://www.rue89.com)

By Laurent Mucchielli

10/16/2010 - 12:34


Un reportage d'Appels d'urgence les place en tête des villes les plus délinquantes. C'est faux : explications de Laurent Mucchielli.


Notre intention n'est pas de revenir sur la polémique lancée fin septembre [1] par le député
socialiste Arnaud Montebourg à propos de la chaîne de télévision TF1.
Mais un fait est là : les jours et les années passent, et une certaine télévision -pas
exclusivement celle dont on va parler ici- continue à distiller volontairement la peur dans la
population. L'actualité de cette deuxième semaine d'octobre nous oblige à y revenir, preuves
en main.


« Quatre mois » d'enquête pour un résultat très partial.


Le 12 octobre, la chaîne TF1 diffusait un nouveau numéro de l'émission Appel d'urgence
intitulé « Nîmes : Flics sous tension contre jeunes délinquants prêts à tout ». [2]


Cette émission « propose, à travers des documents exclusifs, de suivre sur le terrain et sur le vif, des professionnels des urgences durant leurs interventions au quotidien ». Bref : on fait du spectaculaire.
Le ton est évidemment plus qu'alarmiste. La présentatrice affirme en ouverture : « Depuis le début des années 2000, Nîmes partage avec Cannes la première et peu enviable place au hit parade du plus haut taux de délinquance. Une délinquance qui sévit dans les quartiers sensibles mais qui touche aussi désormais le centre-ville et les petites communes périphériques, jusqu'ici relativement épargnés.
Agressions, vols, cambriolages, trafics de drogue et de voitures volées… Chaque jour, les 400 fonctionnaires du commissariat de la cité gardoise sont sur la brèche pour tenter de combattre le sentiment d'insécurité qui s'est parfois installé dans la population. »
Elle précise aussi que « les équipes d'Appels d'urgence ont suivi, pendant quatre mois, le travail des policiers nîmois ». Un temps très long pour une « enquête » aussi partiale, reposant sur un incroyable amateurisme en matière statistique.
Certes, il y a à Nîmes des quartiers très difficiles, c'est un fait. Et le travail des policiers l'est en proportion, c'est tout aussi clair. Mais ce n'est pas un scoop. Ce genre de reportage aurait pu être tourné dans des dizaines et peut-être même des centaines de quartiers ailleurs en France.
Nîmes et Cannes ne sont pas les villes les plus dangereuses. Pourquoi donc cette focalisation nîmoise ? La raison officielle ou apparente est donnée dans la première phrase de la présentation du reportage : Nîmes et Cannes (dont le reportage ne parle pas en réalité) seraient les deux villes ayant le plus fort taux de délinquance en
France.


Sauf que c'est faux : chacun peut consulter le classement du taux de criminalité par
circonscription de police, publié chaque année par le ministère de l'Intérieur sur le site
internet de la Documentation française. Le dernier volume, consacré à l'année 2009 [3] fournit
comme d'habitude un classement des villes selon leur taux de criminalité.
En réalité, la ville qui arrive largement en tête de ce triste palmarès est Saint-Denis (93),
suivie d'Avignon (84) et de La Courneuve (93). Nîmes et Cannes arrivent dans le premier
peloton qui suit ces échappées, avec des taux de délinquance en réalité comparables à de
nombreuses villes comme Nice, Lille, Marseille, Perpignan ou encore Aubervilliers et
Bobigny.


Quatre mois de travail, donc, reposant sur un choix initial que l'on peut invalider en deux
minutes de lecture sur Internet.

 

Le « taux de criminalité » des villes établi sur un calcul biaisé


Au risque de paraître vouloir accabler ces journalistes, on ira même un tout petit peu plus
loin dans l'analyse statistique. Non pas pour revenir ici sur le problème que nous avons déjà
soulevé de la représentativité des statistiques de police (par exemple dernièrement au sujet
de la délinquance des filles [4]). Mais pour réfléchir à la signification de ce « taux de
criminalité par villes ».


De quoi s'agit-il ? Simplement du rapport entre le nombre de faits constatés annuellement
par la police et le nombre d'habitants des communes, tel que comptabilisé par l'Insee sur la
base des recensements de la population [5].

Le problème est ici le suivant : la population des habitants permanents d'une ville n'est pas
forcément constante. Elle peut au contraire connaître des variations réellement énormes. Et
le nombre d'infractions constatées par la police peut en réalité reposer sur un nombre de
résidents temporaires sans commune mesure avec le nombre des habitants permanents.
Deux exemples majeurs illustrent ce problème. Le premier est le phénomène saisonnier
touristique. Rappelons que la France est la première destination touristique dans le monde,
et que la Côte d'Azur est sa première zone touristique.
C'est ainsi que la ville de Cannes, qui compte officiellement 71 500 habitants au 1er janvier
2009, voit en réalité sa population tripler pendant l'été et accueille au total environ 2,5
millions de visiteurs par an [6]. Ceci ne provient pas uniquement du tourisme estival car,
comme chacun sait, Cannes accueille aussi un festival de cinéma mondialement connu.
Et voilà le deuxième exemple : après le tourisme, les événements particuliers suscitant un
important et soudain afflux de population. A Cannes son festival, et à Nîmes ses deux
grandes férias (celle de Pentecôte -la plus connue- mais aussi celle des vendanges en
septembre).


Lors de la féria de Nîmes, la population est multipliée par sept !


C'est du reste ainsi que le reportage de TF1 commence : par des scènes tournées lors de la
féria, dont on rappelle qu'elle accueille environ 1 million de personnes sur seulement quatre
jours, ce qui multiplie par sept la population (146 500 habitants au dernier recensement).
Concentré de population, concentré de boissons alcoolisées (car cette fête traditionnelle liée
à la tauromachie est aussi une énorme beuverie) et concentré de bagarres, de vols et de
dégradations en tous genres.
Et l'on pourrait ainsi multiplier les exemples : si Saint-Denis est la première commune du
palmarès officiel de l'insécurité, quel rôle y joue le fait qu'y est implanté le Stade de France ?
Même chose pour le tourisme général et le festival particulier (de théâtre) à Avignon.
Le problème général est donc le suivant : quelle part le taux de criminalité officiel de ces
villes doit-il non pas uniquement à une activité délinquante locale et permanente mais aussi
à des concentrations sans commune mesure de populations saisonnières ?
Là encore, en quatre mois d'enquête, les journalistes de TF1 auraient pu trouver des
réponses chiffrées auprès des autorités policières locales. Mais encore fallait-il se poser la
question.


TF1 a choisi la peur comme ligne éditoriale d'Appels d'urgence.


Comment la chaîne de télévision française la plus regardée (quelle responsabilité ! ) et la
plus fortunée (il sera difficile de plaider l'erreur due à un manque de moyens) peut-elle
produire une telle médiocrité d'information, pour ne pas dire une telle désinformation ?
Notre hypothèse est que, derrière la raison officielle ou apparente, il y a en réalité une raison
cachée. Cette raison, c'est le but premier de ce reportage qui n'est pas de comparer des
villes entre elles ni même de savoir où se situent les problèmes les plus importants.

La véritable motivation est de montrer quelque chose qui fera peur. C'est pour cela qu'il
fallait choisir ces deux villes de province dont l'une est peu connue (c'est Nîmes), l'autre
possède une image totalement éloignée de celle que l'on se fait ordinairement de la
délinquance (c'est Cannes).
Cette peur est activée ainsi par l'un de ses mécanismes les plus classiques et les plus forts :
la contagion. Et cette contagion est elle-même double. D'une part, le problème ne
concernerait plus seulement les très grandes agglomérations, il se diffuserait en province.
D'autre part, il ne concernerait plus seulement les « quartiers sensibles » (et ses barbares
bien connus), il se répandrait et viendrait menacer les braves gens du centre-ville.


Blog principal:
Laurent Mucchielli [7]
Montebourg : « TF1 a une tradition délinquante » [1]


""La Cité du mâle", quelle nullité !" sur le blog perso de Laurent Mucchielli [8]

source: http://www.rue89.com/laurent-mucchielli/2010/10/16/nimes-et-cannes-les-chicago-francais-tf1-aencore-
frappe-171484

 


Links:


[1] http://www.rue89.com/2010/10/03/montebourg-tf1-a-une-trad...

[2] http://videos.tf1.fr/appels-urgence/nimes-flics-sous-tens...

[3] http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/104000...

[4] http://www.rue89.com/node/169664

[5] http://www.insee.fr/fr/

[6] http://www.cannes.com/index.php?option=com_content&ta...

[7] http://www.rue89.com/laurent-mucchielli

[8] http://bit.ly/aTKiRg

 

 

Petit avis perso : ces méthodes médiatiques à l'américaine n'ont rien de surprenantes vu le but recherché. Personnellement, je ne regarde pas TF1 et pour cause, je ne regarde pas la tv du tout et ce depuis 15 ans ! Boycott total et sans aucun effets secondaires indésirables. Seulement désirables : du temps en plus, des infos, du cinéma etc librement choisis, des pensées libres et des libres pensées, des activités créatives, des enfants heureux, des ondes en moins etc etc... et je n'ai pas PEUR !!!

30/08/2010

LA FINANCE À L’ASSAUT DE LA BIOSHERE

« Le problème de cette nature, c’est qu’elle est gratuite »

Hélène Leriche, citée dans le

publi-reportage Spécial Biodiversité,

 Libération 29 juin 2010

 

La biodiversité est sous les feux de la rampe. Se basant sur les atteintes irréversibles portées au monde du vivant, l'Organisation des nations unies (ONU) a déclaré 2010 « année de la biodiversité ». Le battage médiatique est à son comble. Point d’orgue : la Convention sur la biodiversité, issue du Sommet de la terre de Rio en 1992, réunira en octobre prochain, à Nagoya (Japon) les 193 États signataires du traité. Cette 10ème conférence des Parties (COP 10) [1]  se déroulera au siège du Keidaren, le puissant syndicat patronal japonais. Pour cet événement qu’ils ont largement sponsorisé,  une présence massive des lobbies d’affaires_est attendue.  Sur la table des négociations à Nagoya, les enjeux seront aussi pharamineux qu’ils sont occultés. Sous prétexte de préservation de la biodiversité, se prépare un recadrage complet de la structure et des finalités de la convention. Petite histoire d’une formidable imposture.

 

  La notion de biodiversité ne se limite plus aujourd’hui à « la diversité des êtres vivants et de leurs caractères génétiques ». Dans un parallélisme parfait avec les services environnementaux de l’OMC (organisation mondiale du commerce), établis dans  l'Accord général sur le commerce des services (AGCS) [2] elle s’étend à « tout le matériel » susceptible d'être mis en valeur. Elle inclut non seulement les plantes, les animaux, les gènes, mais également les paysages, les forêts, le captage et la filtration de l'eau, les savoirs faire traditionnels, les cultures, la «sensibilisation» du public, etc.

 

Dans les coulisses de la Convention, de nombreux organismes publics et privés, des États  s'affairent depuis près d'une décennie : l'ONU et ses organismes satellites, l'Union européenne, en particulier la France et l’Allemagne, les Etats-Unis, l'Australie, le Canada etc... S’appuyant sur les penseurs néo-libéraux, ils décrètent, avec Pavan Sukhdev, que la seule solution est d’offrir «  une argumentation économique exhaustive et irréfutable pour la conservation des écosystèmes et de la biodiversité». Ce responsable des marchés internationaux de la Deustche Bank à Bombay est également fondateur d'un programme de «comptabilité environnementale» en Inde. La finance se pose en sauveur de la planète.

 

Mais le problème est de donner une valeur marchande à des millions d'espèces et de molécules différentes. Pour contourner la difficulté, l'évaluation de la biodiversité ne porte plus sur les espèces mais sur tous « les services économiques », depuis la pollinisation à la filtration de l’eau, rendus à l'homme par la totalité des écosystèmes (forêts, zones humides, prairies, récif corallien...). Des services estimés par le professeur américain Robert Costanza [3] à 33 000 milliards $ en 1997 soit le double de la valeur mondiale brute produite cette année là.

 

 

 

 

 

 Boîte à outils planétaire 

 

Pour donner une valeur aux écosystèmes, de 2001 à 2005, l’ONU a élaboré le Millenium Ecosystem Assessment (MEA) [4]. Il doit être décliné à l'échelle de la France avant la fin de l'année. Ce document identifie 31 services rendus, classés en 4 catégories. Ces catégories ont été recoupées avec la cartographie complète fournie les bases de données géographiques transmises par les satellites [5]. L’ensemble permet de connaître l’état des sols, des sous-sols, les gisements de ressources naturelles, les ressources marines etc.  Au prétexte d’établir des zones de protection de la biodiversité, les fameuses trames vertes et bleues,  le globe terrestre est ainsi scruté et transformé en parts de marché.

 

Mais le zèle économétrique ne s’arrête pas là. Depuis 2007, c’est le TEEB (The Economics of Ecosystems and Biodiversity) qui élabore, toujours sous la direction du banquier Pavan Sukhdev, un système complexe pour calculer la valeur monétaire de chaque « service écosystémique » (sic !). Discrétion oblige, les conclusions de ces constructions mathématico-financières ne seront présentées qu’en octobre 2010 à Nagoya.

 

Sans attendre la conférence de Nagoya toutefois, un premier symposium destiné au monde des affaires, intitulé le « business of biodiversity », s’est tenu à Londres le 13 juillet. Julia Marton-Lefèvre, directrice de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), a présenté l’étude « TEEB for business » pour faire un appel du pied aux transnationales. Le rapport promet  aux entreprises près de 1 100 milliards $ de profits supplémentaires en 2050, grâce aux services écosystèmiques [6] .  Parmi les contributions au symposium, notons celles de William Evison, de PricewaterhouseCoopers, Mikkel Kallesoe, du World business Council for sustainable development qui regroupe des multinationales aussi notoirement écologiques que Dow chemical.

 

Pouvoir offshore, élus hors-sol

 

Il reste à mettre en place le système qui va organiser et contrôler ce marché. En mai 2010, à Nairobi, « un groupe de travail  spécial à composition non limitée » de la CDB propose la création d’une plate-forme science-politique pour appliquer un plan stratégique, tout en déclarant « qu’il était prématuré d’en discuter ». En juin 2010, en Corée, les représentants de 90 États  adoptent cette proposition : l'Intergovernmental science-policy platform on biodiversity and ecosystem services (IPBES) [7] est lancée. En écho, le G8 réuni le 25 juin au Canada, applaudit sa création. Elle doit être entérinée en septembre, à New York, lors de la 65 éme Assemblée générale de l’ONU. L’IPBES réunira des représentants des États, mais également des experts, des firmes et des financiers. Cette plate-forme sera chargée de fournir l'expertise scientifique en matière de biodiversité. Mais contrairement au GIEC [8], dont elle prétend être la réplique pour la biodiversité, elle aura également un mandat politique. Forte de l’aval de l’ONU, l’IPBES sera, à Nagoya, investie d’un pouvoir supranational. Elle contrôlera l’application d’une convention sur la diversité biologique (CDB) complètement détournée de ses objectifs d’origine. Le plan stratégique, qui sera adopté à Nagoya, couvre une période jusqu’à 2020. Quant aux instruments pour y parvenir, le monde des affaires aura carte blanche.  « L’intérêt et les capacités du secteur privé (…) dans la conservation et l’utilisation durables de la biodiversité et des services des écosystèmes comme source de futures opérations commerciales, et comme condition à de nouvelles possibilités commerciales et de débouchés (…) » est salué ad nauseum par un groupe de travail préparatoire à la 10ème conférence de la CDB [9].

 

Les banques dans les starting blocks

 

La véritable question qui intéresse les banquiers et les fonds d’investissement, c’est à l’évidence de transformer la biodiversité en fonds monétaire.

Des systèmes de compensation, comme le «Paiement et compensation des services environnementaux» (PSE) sont déjà en vigueur. Pratiqué depuis quelques décennies, ce système se résume à cette idée : les écosystèmes fournissent des services essentiels au bien-être humain, pourquoi ne pas les faire payer? Pour les pays du Sud, la FAO a proposé une convention-type de PSE. Elle incite, par exemple, les agriculteurs à cesser la culture sur brûlis ou à pratiquer l'écobuage... «Toutefois, le PSE ne s'applique pas aux multinationales, en particulier celles qui détruisent les forêts pour planter des palmiers à huile.  Il ne contraint que les petits paysans qui mettent fin à leurs droits d'usages » reconnaît Alain Karsenty, du CIRAD [10 .  En l’échange d’une compensation arbitraire, les petits paysans du Sud n’auront plus qu’à acheter les engrais et les pesticides…

 

Il existe également  les « réserves d’actifs naturels » (RAN), que la filiale biodiversité de la Caisse des dépôts (CDD) commence à créer en achetant des terrains qu’elle remet à l'état de «nature», comme elle l’a déjà fait dans la plaine de la Crau. Par ailleurs, la filiale gère des espaces de compensation pendant 30 à 50 ans pour le compte d'un aménageur (exemple de l'autoroute A 65).  

 

Pour gérer ces contrats, les banques de compensation entrent en jeu. « Elles existent déjà aux Etats-Unis pour les zones humides », a expliqué Capucine Chamoux, de l'ambassade américaine à Paris, lors de la conférence de l'ICREI, réuni à Aix-en-Provence en juin dernier. Une société privée finance, via un crédit bancaire, la restauration d'une zone humide; «celui qui offre la meilleure prestation au plus bas prix emporte le marché de gestion».

 

Le trou noir de la finance

 

Chacun sait que les  banques de compensation, telles Clearstream, ne sont absolument pas régulées. Leurs activités sont fondées sur les contrats à terme qu'elles transfèrent ensuite aux chambres de compensation chargées de vérifier les transactions.  Leur fonctionnement est si opaque qu'en 2008, elles ont été qualifiées de « trou noir de la finance». Comment peut-on prétendre qu’elles vont protéger la biodiversité et les écosystèmes  ? 

 

Selon Sarah Hernandez, économiste environnementale, la compensation financière a toutes les chances de devenir «une licence de destruction» de la nature[1 . Le seul intérêt serait donc celui des banques. Elles seront habilitées à transformer les territoires en actifs financiers et ceci n’est pas une vue de l’esprit. L’Allemagne n’a-t-elle pas suggéré, en mars dernier, que la Grèce « offre ses îles » pour compenser sa dette[12]? Grâce aux réserves d’actifs naturels, les banques  auront davantage d'occasion de spéculer.

 

Cette préséance accordée aux fonds spéculatifs dans le management global des écosystèmes de la planète, aussi scandaleuse qu’elle soit, n’est pas tout à fait surprenante. La richesse et le pouvoir ont changé de mains aux Etats-Unis en 2007.  Devançant pour la première fois les patrons d'entreprises industrielles ou technologiques, les responsables des fonds spéculatifs et privés sont arrivés en tête du classement des fortunes publié dans  «Forbes Magazine»[13] . Et ils comptent bien conserver la première place. Le cœur du capitalisme financier

s’apprête à franchir un nouveau pas : se garantir sur nos réserves d’actifs naturels.

Après avoir coulé le système économique par des investissements véreux, il ne manque plus aux banques que de couler la terre.

 

Dépossession généralisée

 

Au nom de la biodiversité, cette nouvelle gouvernance affectera le statut et le sort de toutes les ressources naturelles pour des décennies. L’OMC ne s’y est pas trompé. Son rapport sur le commerce mondial 2010, publié fin juillet, s’intitule «Commerce des ressources naturelles ». Son directeur, Pascal Lamy se félicitait dans un communiqué du 27 juillet 2010 que « les choses » allaient bouger en octobre. Bouger pour qui et dans quel sens ? Cette financiarisation de la nature va soustraire  aux communautés locales et aux souverainetés nationales l’usage de leurs ressources et territoires. «On ne peut pas protéger la biodiversité sans toucher au droit de propriété», affirmait Patrick Hubert, ex-conseiller d'État qui a dirigé plusieurs cabinets ministériels, dont celui de Dominique Perben.

 

 Cette nouvelle gestion implique la transformation du droit de propriété, propriété individuelle, bien sûr, mais aussi propriétés de l’État et des communes, propriétés collectives en Afrique et dans l’hémisphère Sud en général. Certes, l’érosion génétique, la dégradation des écosystèmes et l’épuisement des ressources prennent des proportions alarmantes. Mais les solutions proposées par les technocrates et les financiers à Nagoya, vont à contre-sens de la préservation de la nature. Vont-ils y parvenir à les imposer ? L’alerte sur le détournement de Nagoya est lancée et commence à se répercuter à travers la planète [13].

 

Agnès BERTRAND, co-auteur de « OMC, le pouvoir invisible ». Fayard, 2002

Françoise DEGERT, journaliste

 

Notes :

[1]  www.cbd.int/cop10/

[2]  L’Accord général sur le commerce des services constitue l'annexe 1B de l'Accord de Marrakech. Cf. http://www.marianne2.fr/Le-complot-de-l-OMC-contre-les-se...

fr.wikipedia.org/.../Accord_général_sur_le_commerce_des_services -

fr.wikipedia.org/.../Organisation_mondiale_du_commerce

[3]  Robert Costanza : «The value of the world’s ecosystem services and natural capital» Nature n°387, 1997, p.253 à 260. www.nature.com/nature/journal/v387/n6630/abs/387253a0.html

Professeur en économie environnementale, Robert Costanza a longtemps enseigné à l’université de Vermont  (USA) avant de rejoindre l’université d’État de Portland.

[4] Évaluation des écosystèmes pour le millénaire - www.millenniumassessment.org/fr/History.aspx

 [5]  La base de données Corine Land Cover couvre déjà trente-huit pays européens

fr.wikipedia.org/wiki/Corine_Land_Cover

[6] Site général  du « TEEB » : www.ecosystemmarketplace.com - Rapport du « TEEB for business » : www.teebweb.org/LinkClick.aspx?fileticket=ubcryE0OUbw%3d&...

[7] Plate-forme intergouvernementale sur la science et la politique de la biodiversité et des services écosystémiques

http://ipbes.net/

[8]  Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

fr.wikipedia.org/.../Groupe_d'experts_intergouvernemental_sur_l'évolution_ du_climat

[9] Conférence des Parties  à la Convention sur la diversité biologique. Dixième réunion Nagoya, Japon, 18-29 octobre 2010. Point 10 de l’ordre du jour. Rapport du « groupe de travail spécial à  composition non limitée » de l’application de la convention sur les travaux de sa troisième réunion. http://www.cbd.int/cop10/info/

[10] Alain Karsenty, chercheur au CIRAD, consultant dans plusieurs organisations internationales, dont la Banque mondiale. Il est intervenu lors de la 8ème conférence internationale de l’ICREI, qui  s’est tenue à Aix-en-Provence du 17 au 19 juillet 2010.

L’International center for research on environmental issues (ICREI), ou Centre international de recherche sur l’environnement, fondé par Alain Madelin, est actuellement présidé par Max Falque. www.icrei.org

 [11] 5ème colloque sur « la réparation des atteintes à l'environnement » organisé à la Cour de Cassation, le 24 mai 2007 -www.courdecassation.fr/colloques_activites_formation_4/20...

[12] L’Expansion.com et AFP du 4 mars 2010

 www.lexpansion.com/.../pour-se-desendetter-la-grece-n-a-qu-a-vendre-ses- iles_228033.html

[13] « Big Bodies vs the Biosphere. Confronting the global corporate hijack of Nagoya’s COP10 »

www.truth-out.org/big-bodies-vs-biosphere56561?print

01/06/2010

Contours de l’ordre mondial. Continuités, changements et défis - L’intervention de Noam Chomsky à Paris.

Texte de la conférence donnée par Chomsky au Théâtre de la Mutualité à Paris, le samedi 29 mai 2010.

Parmi les thèmes apparaissant dans le titre, ce qui est le plus important dans mon esprit, et je présume dans le vôtre également, ce sont les défis pour aujourd’hui ; ils sont en effet bien réels et à certains égards effrayants. Certains défis concernent même la survie des espèces si l’on parle des armes nucléaires et des menaces pesant sur l’environnement, ces sujets traités lors des récentes conférences de Copenhague sur le climat et de New York sur le Traité de Non-Prolifération (TNP), avec dans les deux cas des résultats qui ne sont guère favorables. Parmi les autres défis importants, on trouve l’avenir de l’Union Européenne (actuellement très incertain) et le rôle des économies émergentes et leurs différentes configurations dans un monde qui se diversifie, avec l’Organisation de coopération de Shanghai, les BRIC [Brésil, Russie, Inde, Chine], l’Union des nations sud-américaines (Unasur) et d’autres. A une autre échelle, la financiarisation de l’économie américaine et des autres économies de premier ordre (étroitement liée à la montée d’un système de production asiatique) a eu un impact majeur sur nos sociétés et le système mondial. Pour prendre un exemple, Martin Wolf, le très respecté commentateur du Financial Times, approuve la conclusion selon laquelle l’origine de la crise des dettes publiques mettant en danger la survie de la zone euro « est la débauche passée de larges segments du secteur privé, en particulier du secteur financier ». Les marchés financiers, écrit-il, « ont financé l’orgie et maintenant, dans la panique, refusent de financer l’assainissement qui en découle. A chaque étape, ils ont agi de façon procyclique », transformant la crise en une catastrophe potentielle. L’économiste John Talbott ajoute : « Si quelqu’un doit être blâmé pour ces crises, ce sont les banques qui ont trop prêté et ce sont donc elles qui devraient payer le prix fort de la restructuration. » Or, au cours de la crise actuelle et contrairement aux pratiques antérieures, le ministère des finances américain a adopté un plan de sauvetage pour l’Europe, qui est un système inventé au cours de la crise actuelle par la Réserve fédérale américaine [FED] et le ministère des finances a garanti aux banques de s’en sortir indemnes. Aux Etats-Unis, les effets à long terme pour le pays incluent une stagnation pour une majorité de la population et une croissance radicale des inégalités, avec des conséquences potentiellement explosives. Le pouvoir politique des institutions financières bloque toute réglementation sérieuse, si bien que les crises financières régulières que nous avons connues ces trente dernières années deviendront donc probablement encore plus sévères.

Il n’est pas difficile de poursuivre : on ne manque pas de défis à relever. Mais on ne peut les comprendre et s’y attaquer de manière sérieuse qu’en les inscrivant dans une perspective plus large.

A un niveau très général, il est utile de garder à l’esprit plusieurs principes de large portée et de grande signification. Le premier est la maxime de Thucydide : « Les forts font comme ils l’entendent, et les faibles souffrent comme il se doit. » Cette maxime a un corollaire important : les systèmes de pouvoir comptent sur des spécialistes en gestion de doctrine, à qui il revient de montrer que ce que font les forts est noble et juste, et que si les faibles souffrent, c’est leur faute. Il s’agit d’une tendance qui fait honte à l’histoire intellectuelle et remonte à ses plus anciennes origines.

Les contours persistants de l’ordre mondial reflètent cette maxime de très près. Depuis la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis dominent le monde des affaires et continuent de le faire à bien des égards, malgré des changements importants. Pendant la guerre, des hauts responsables ont compris qu’au bout du compte, les Etats-Unis détiendraient un pouvoir sans précédent dans le monde et ils ont soigneusement planifié l’organisation du monde de l’après-guerre. Ils ont délimité une « vaste zone » dans laquelle les Etats-Unis détiendraient « un pouvoir incontesté » avec « une suprématie militaire et économique » tout en veillant à la « limitation de tout exercice de souveraineté » de la part des Etats qui pourraient interférer avec leurs intentions planétaires. La vaste zone devait inclure au moins l’Extrême-Orient et l’ancien empire britannique, y compris les ressources énergétiques de l’Asie occidentale ; le contrôle de ces ressources apporterait « un contrôle important sur le monde », fit remarquer plus tard un planificateur influent. Alors que la Russie prenait le dessus sur les armées nazies après la bataille de Stalingrad, les objectifs de la vaste zone se sont étendus aussi loin que possible en Eurasie, au moins jusqu’à sa base économique en Europe de l’Ouest. Il a toujours été entendu que l’Europe pourrait choisir de suivre une voie indépendante, peut-être la vision gaulliste d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a été en partie destinée à contrer cette menace et le problème reste tout à fait d’actualité aujourd’hui.

Les Etats-Unis ont continué à protéger avec zèle leur propre souveraineté, tout en rejetant les revendications de même ordre provenant d’autres pays. Les Etats-Unis ont contribué à la création des juridictions internationales, mais n’ont accepté leur autorité qu’avec des réserves décisives : en particulier, les Etats-Unis ne seraient pas soumis aux traités internationaux, y compris la charte de l’ONU. De la même façon, en signant la Convention sur le génocide 40 ans plus tard, les Etats-Unis se sont exemptés de son application. Ces deux réserves ont été invoquées devant la Cour internationale de justice et la Cour a relaxé les Etats-Unis des accusations d’agression et de génocide pour ces motifs. Une autre illustration est fournie par la doctrine Clinton prévoyant que les Etats-Unis se réservent un droit de « recours unilatéral à la force militaire » pour s’assurer « un accès sans restriction aux marchés clés, à l’approvisionnement en énergie et aux ressources stratégiques ». Clinton faisait écho à un thème familier. Dans les premières années suivant la seconde guerre mondiale, le diplomate américain George Kennan a expliqué qu’en Amérique latine « la protection de nos matières premières » doit être une préoccupation majeure. « Nos matières premières », dont le hasard veut qu’elles se trouvent ailleurs, nous appartiennent de droit. Telles sont les prérogatives de la puissance selon la maxime de Thucydide.

Une deuxième maxime importante a été formulée par Adam Smith. Il observa que dans l’Angleterre de son époque « les principaux architectes » de la politique étaient les « marchands et les fabricants ». Ceux-ci s’assuraient que leurs propres intérêts étaient bien servis sans tenir compte des effets « néfastes » sur les autres, y compris sur le peuple anglais, mais plus gravement encore sur ceux qui souffraient ailleurs de « l’injustice sauvage des Européens », en particulier en Inde britannique (qui fut sa principale préoccupation).

Dans les démocraties industrielles d’aujourd’hui, les principaux architectes de la politique sont les institutions financières et les sociétés multinationales. La version actuelle de la maxime d’Adam Smith, dans une version plus sophistiquée, est la « théorie d’investissement de la politique » développée par l’économiste politique Thomas Ferguson, qui considère les élections comme des occasions pour des groupes d’investisseurs de s’allier afin de contrôler l’Etat. Cette théorie permet de faire de très bonnes prédictions politiques sur une longue période. Depuis les années 1970, la part des institutions financières dans les bénéfices des entreprises a fortement augmenté, pour atteindre aujourd’hui environ un tiers aux Etats-Unis. Leur pouvoir politique a évolué de concert, menant au démantèlement de l’appareil de réglementation qui avait évité les crises financières depuis la Grande Dépression. Ces institutions financières ont également fourni l’essentiel du soutien à Barack Obama, l’aidant à le porter à la victoire. Elles s’attendaient à être récompensées, et elles l’ont été, avec un énorme plan de sauvetage (financé par les contribuables) visant à les sauver des conséquences de l’effondrement destructeur de l’économie dont elles portent la plus grande part de responsabilité.

L’un des thèmes principaux dans l’élaboration des politiques des puissants est ce que nous pourrions appeler le « principe de la Mafia ». Le parrain ne tolère pas la « défiance réussie ». Même le plus petit acte de désobéissance est dangereux. Il pourrait devenir un « virus » qui « répandra la contagion », pour emprunter les mots de Henry Kissinger quand il préparait le renversement du gouvernement d’Allende. En d’autres termes, le virus est un domino qui pourrait faire tomber toute la rangée. Le principe a été maintes fois invoqué par les Etats-Unis pendant leur période de domination mondiale, et a bien sûr de nombreux antécédents.

Les principes en vigueur dans l’élaboration d’une politique entrent parfois en conflit. Cuba en est un exemple très instructif. A une écrasante majorité, le monde s’oppose à l’embargo américain, conçu, comme nous le savons à partir des archives internes, pour punir la population de son incapacité à renverser un gouvernement désobéissant. Pendant des décennies, la population américaine a également été favorable à la normalisation des relations. Il n’est pas rare que les décideurs ne tiennent pas compte de l’opinion publique mondiale et nationale, mais ce qui est plus intéressant, dans ce cas, c’est que de puissants secteurs de l’économie privée sont également favorables à la normalisation, notamment l’agro-alimentaire, l’industrie pharmaceutique et les entreprises du secteur énergétique. La politique consistant à punir les Cubains persiste néanmoins, en violation de la maxime d’Adam Smith mais en accord avec le « principe de la Mafia ». Les intérêts plus larges de l’Etat priment sur les intérêts commerciaux locaux. Les mêmes personnes peuvent prendre des décisions différentes en fonction du rôle qu’elles jouent dans les institutions, dans d’autres cas également comme l’Iran d’aujourd’hui avec des précédents intéressants remontant au renversement du régime parlementaire par les Etats-Unis et le Royaume-Uni [en 1953] : des entreprises du secteur énergétique ont été contraintes par l’Etat à prendre 40% de la concession britannique, en désaccord avec leurs préférences à court terme mais en accord avec la planification étatique plus large.

Dans le cas de Cuba, les archives et documents historiques sont riches et instructifs. Quelques mois après que Cuba eut obtenu son indépendance (en janvier 1959), les Etats-Unis prirent des initiatives pour renverser le régime. L’une des principales raisons avancées dans les documents internes à l’administration était la « défiance réussie » que représentait Cuba pour les politiques américaines (remontant à la doctrine Monroe de 1823) ; il s’agissait là d’un intolérable affront et d’une menace de contagion. La menace fut immédiatement reconnue par le gouvernement d’Eisenhower, mais plus explicitement par les libéraux de l’équipe de Kennedy qui arriva au pouvoir deux ans plus tard. Avant son entrée en fonction, le président John Fitzgerald Kennedy mit sur pied une mission pour l’Amérique latine, dirigée par l’historien de gauche Arthur Schlesinger. Dans son rapport au nouveau président, Schlesinger ne manqua pas de prévenir que d’autres pays pourraient être infectés par le virus castriste « de l’idée de prendre en main ses propres affaires », un danger particulièrement grave, ajoutait-il « quand la distribution des terres et des autres formes de richesse nationale favorise les classes possédantes… et que les pauvres et défavorisés, encouragés par l’exemple de la révolution cubaine, exigent alors des conditions de vie décentes ». L’ensemble du système de domination pourrait se défaire si l’idée de prendre en mains son destin devait étendre ses funestes tentacules.

Un vaccin contre le virus de la politique.

Dans de telles circonstances, les prescriptions politiques sont sans ambiguïté : il est nécessaire de détruire le virus et de vacciner les victimes potentielles. Ce traitement standard fut appliqué immédiatement : d’abord lors de l’invasion de la baie des Cochons [en 1961], et , après cet échec, une vaste campagne fut menée pour apporter « les terreurs de la terre » à Cuba, pour reprendre les mots utilisés par Schlesinger dans sa biographie du frère du président, Robert Kennedy, qui se vit assigner cette tâche comme mission prioritaire. Cela n’a pas été une mince affaire, en dehors du fait que cela mena le monde à une menace de guerre nucléaire. En attendant, la région fut protégée de l’infection par le fléau d’une répression sans précédent depuis l’époque des conquistadors. Cette répression débuta par un coup d’Etat militaire au Brésil en 1964, planifié par le gouvernement Kennedy qui installa les premiers d’une série d’Etats policiers répressifs comprenant le Chili, l’Uruguay, et les assassins argentins (comptant parmi les chouchous du président Ronald Reagan). Cette calamité s’étendit à l’Amérique centrale sous le gouvernement Reagan, développant la torture, les tueries en série et autres crimes.

Un fait passé pratiquement inaperçu en Occident a pourtant une grande importance : la vaccination des victimes potentielles consista dans une large mesure en une guerre contre l’Eglise, laissant derrière elle une liste sanglante de martyrs religieux. En 1962, lors de Vatican II, le Pape Jean XXIII fut à l’origine d’un effort historique pour réhabiliter le Christianisme des Evangiles qui avait été détruit au quatrième siècle, quand l’empereur Constantin avait fait du Christianisme la religion de l’empire romain, convertissant « l’église persécutée » en une « église de la persécution », pour reprendre les mots du distingué théologien Hans Küng. S’inspirant de Vatican II, les évêques d’Amérique latine adoptèrent « l’option préférentielle pour les pauvres », renouvelant avec le pacifisme radical des Evangiles. Des prêtres, des religieuses et des laïcs apportèrent le message des Evangiles aux pauvres et aux persécutés en les encourageant à prendre leur destin en main et à travailler ensemble pour surmonter la misère de la survie sous la contrainte du pouvoir américain.

La réaction à cette grave hérésie que constituait la théologie de la libération fut immédiate. Le coup d’Etat au Brésil en constitua la première étape. La guerre contre les Evangiles a été consommée en novembre 1989, quelques jours après la chute du mur de Berlin, quand six intellectuels latino-américains de premier plan, des prêtres jésuites, ont été assassinés par un bataillon d’élite du Salvador, fraîchement sortis de l’école spéciale de guerre de John F. Kennedy [John F. Kennedy Special Warfare School]. La responsabilité de l’écrasement des efforts faits pour faire renaître le Christianisme n’est pas masquée. Cette école de formation à la guerre a depuis été renommée l’Ecole des Amériques [School of the Americas] ; célèbre pour son entraînement des tueurs d’Amérique latine, elle annonce fièrement dans son message publicitaire que la théologie de la libération a été « vaincue avec l’aide de l’armée américaine », avec un petit coup de main du Vatican qui utilisa des moyens plus doux : l’expulsion et l’autocensure.

Nous apprenons beaucoup sur nous-mêmes en comparant un événement qui a dominé l’actualité de novembre dernier [2009], avec un non événement du même mois. L’événement fut la célébration euphorique du vingtième anniversaire de l’émancipation de l’Europe de l’est de la tyrannie russe, saluée comme une victoire de la non-violence et de l’idéalisme, et il s’agit bien de cela. Le non événement fut le silence qui entoura, dans le même temps, la consommation de la guerre haineuse qui écrasait la théologie de la libération et détruisait « les organisations populaires combattant pour défendre les droits humains les plus fondamentaux », pour reprendre les mots prononcés par l’archevêque Oscar Romero, « la voix des sans voix », quelques jours avant son assassinat par ceux-là mêmes qui menaient cette guerre. La comparaison entre ce qui s’est passé dans les années 1980 au sein des sphères d’influence de la Russie et des Etats-Unis (ainsi que les réactions que cela a suscité en Occident), est très éclairante, mais régulièrement expédiée aux oubliettes d’une histoire inacceptable.

Les guerres d’Indochine, qui comptent sans doute parmi les crimes les plus horribles de l’après-guerre, illustrent également le fonctionnement du « principe de la mafia ». Lorsque les Etats-Unis décidèrent de soutenir la guerre meurtrière de la France pour reconquérir son ancienne colonie, la préoccupation centrale était que l’indépendance du Vietnam ne puisse devenir un virus contaminant les autres pays, peut-être même l’Indochine riche en ressources et même enfin le Japon, ce que l’historien John Dower appela le « super domino ». Le Japon pourrait devenir le centre industriel d’un continent asiatique indépendant, et ceci en établissant le Nouvel Ordre qu’il avait cherché à créer dans les années 1930. Les Etats-Unis n’étaient pas prêts à perdre la phase du Pacifique de la seconde guerre mondiale même si Washington avait bien l’intention de fournir au Japon « une sorte d’empire vers le Sud », quelque chose comme un Nouvel Ordre pour reprendre la phrase de George Kennan, mais maintenant au sein du système mondial dominé par les Etats-Unis, donc acceptable.

Là aussi, les moyens standard pour faire face à un virus furent mis en œuvre avec une extrême brutalité. Le virus fut supprimé en démolissant la résistance sud-vietnamienne, puis une grande partie de l’Indochine. La région fut vaccinée en mettant en place dans les pays voisins de féroces dictatures militaires. L’Indonésie fut protégée de la contamination par ce que le New York Times appela le « stupéfiant massacre de masse » de 1965 – un « rayon de lumière en Asie » claironna son correspondant de gauche, exprimant ainsi l’euphorie occidentale débridée pour, d’une part, le massacre de centaines de milliers de personnes (la plupart des paysans sans terre) et, d’autre part, la destruction du seul parti politique de masse tandis que le pays s’ouvrait à la libre exploitation occidentale, dont les crimes ont été comparés (par la CIA ) à ceux de Hitler, Staline et Mao. Le conseiller à la sécurité nationale de Kennedy et Johnson, McGeorge Bundy, fit observer rétrospectivement que la guerre du Vietnam aurait bien pu s’arrêter après que l’Indonésie avait été vaccinée en toute sécurité par cet opportun « stupéfiant massacre de masse ».

Révision de l’histoire.

Après l’offensive du Têt de janvier 1968, la communauté des affaires américaine conclut qu’il était inutile de prolonger la guerre qui alors nuisait à l’économie du pays. Le gouvernement suivit à contrecœur. Comme la politique du gouvernement évolua, l’opinion des élites changea également, et une histoire imaginaire fut inventée dans laquelle tout le monde était une « colombe » qui s’ignorait (tellement bien cachée qu’on n’en trouvait aucune trace dans les archives). Les équipes de Kennedy réécrivirent leurs premiers récits pour répondre aux nouvelles exigences. Cette révision de l’histoire fut un succès complet, comme le fut le maintien de limites strictes sur des critiques acceptables A la fin de la guerre, les plus dissidents au sein du courant dominant jugèrent que la guerre était « une erreur », qu’elle avait débuté par des « efforts maladroits pour faire le bien », et que, finalement, elle nous coûtait trop cher (selon Anthony Lewis). Assez étonnamment, pour 70% de la masse de la population peu éclairée, la guerre était « fondamentalement et moralement un mal », et non « une erreur ». Les critiques formulées par les élites concernant la guerre en Irak sont très similaires. Obama, par exemple, est considéré comme un critique de principe de cette guerre parce qu’il l’a jugée comme étant une « erreur stratégique ». Des critiques semblables de l’invasion russe en Afghanistan avaient paru dans la Pravda. Nous ne les jugions pas « fondées sur des principes », alors que c’est ce que devait penser la classe des commissaires d’alors. Partout les réactions sont tout à fait conformes à la norme historique et aux mêmes principes.

Généralement, on convient que la guerre du Vietnam fut une défaite pour l’Amérique. C’est exact si l’on prend en compte les objectifs maximaux : le Vietnam n’a pas été transformé en un pays comme les Philippines. Si toutefois on prend en compte les objectifs principaux, la guerre fut plutôt une réussite. Le virus a été détruit et la région vaccinée avec succès contre la contamination. Les conséquences à long terme sont mitigées, mais le succès reste considérable. Un titre récent du Financial Times en donne un exemple significatif : « Tokyo accepte la défaite de la base navale d’Okinawa ». L’article indique que « le premier ministre japonais a reconnu hier une défaite concernant ses efforts pour déloger d’Okinawa une base maritime américaine dont la présence est controversée, tout en suggérant que le sud de l’île devait continuer à "porter ce fardeau" pour le bien de l’alliance entre Tokyo et Washington », malgré l’écrasante opposition populaire. Le Japon est le principal détenteur de la dette américaine, mais il reste à l’abri au sein du système mondial. C’est une des continuités qui mérite notre attention.

Observez en revanche la guerre en Irak. Les Etats-Unis ont été contraints de céder pas à pas aux pressions populaires réclamant la démocratie et l’indépendance. Il s’agit d’une grande victoire pour la résistance non-violente. Les forces d’invasion pouvaient tuer les insurgés et détruire Falloujah, commettant d’horribles crimes de guerre, mais elles n’ont pas été capables de faire face à des centaines de milliers de manifestants exigeant des élections, et à plusieurs reprises Washington à dû faire marche arrière face au nationalisme irakien. Récemment encore, en janvier 2008, Washington tenait toujours fermement à ses principaux objectifs de guerre : le président a ainsi indiqué au Congrès qu’il ne tiendrait aucun compte d’une loi qui pourrait entraver l’engagement américain en vue d’établir des bases militaires « permettant le stationnement permanent des forces américaines en Irak » ou « permettant aux Etats-Unis de contrôler les ressources en pétrole de l’Irak ». Quelques mois plus tard, les Etats-Unis ont dû également abandonner ces objectifs. Washington a été contraint d’accepter la défaite en Irak devant la résistance nationale irakienne. Mais l’opposition à l’agression au sein du pays agresseur est un autre élément à prendre en compte. C‘est cette opposition qui a empêché les démocrates libéraux d’avoir recours à certaines mesures dont ils pouvaient disposer aux Etats-Unis dans les années 1960. Cela compte parmi les vraies réussites du militantisme politique des années 1960 et des traces qu’il a laissées, contribuant à civiliser la société américaine. Cela s’est également produit ailleurs.

Un vainqueur : l’Iran.

L’Irak a été pratiquement détruit et les Etats-Unis vaincus, mais il existe un vainqueur : l’Iran. Peu d’analystes sérieux contesteraient la conclusion du correspondant respecté du Financial Times au Moyen-Orient écrivant que l’invasion « a énormément accru l’influence de l’islamisme chiite iranien » (David Gardner) pour la plus grande déconvenue des Etats-Unis, de son client israélien et de son protectorat saoudien, celui-ci poursuivant une relation avec les Etats-Unis qui « durera jusqu’au moment où le dernier baril de pétrole aura été extrait des réserves souterraines saoudiennes », comme le fait remarquer l’universitaire Gilbert Achcar.

Les analystes en politique étrangère admettent que c’est l’Iran qui constitue la crise majeure actuelle, avec son programme nucléaire. Aucune personne saine d’esprit ne souhaite que l’Iran, ou n’importe qui d’autre, développe des armes nucléaires. Toutefois, c’est un peu trompeur de dire que l’Iran défie la « communauté internationale » en poursuivant, au mépris des ordres du Conseil de sécurité et de l’AIEA, son programme d’enrichissement nucléaire. En fait, le monde est majoritairement opposé au très rude régime de sanctions que les Etats-Unis cherchent à durcir davantage. L’opposition n’inclut pas seulement les dissidents iraniens, mais aussi les puissances régionales : la Turquie et la Ligue Arabe. Cette opposition comprend également le Brésil, peut-être le pays le plus respecté de l’hémisphère sud, qui a vigoureusement appuyé le droit de l’Iran à enrichir de l’uranium, en tant que signataire du TNP. Il faut faire également un certain effort pour oublier que trois Etats nucléaires ont carrément refusé de signer le TNP : le Pakistan, l’Inde et Israël, tous trois alliés des Etats-Unis, dont les programmes nucléaires bénéficient toujours de l’assistance américaine.

En septembre dernier, le Conseil de Sécurité a adopté la résolution 1887, qui, en dehors de sa condamnation de l’Iran, a invité tous les Etats à signer le TNP et à résoudre leurs conflits en accord avec la Charte des Nations Unies, qui interdit la menace d’intervention par la force. Deux Etats violent les termes de cette résolution : les Etats-Unis et Israël, qui insistent pour que « toutes les options soient ouvertes », y compris les plus violentes. L’Inde a répondu à la résolution 1887 en annonçant qu’elle peut maintenant fabriquer des armes nucléaires avec le même rendement que les superpuissances. L’envoyé d’Obama a immédiatement informé l’Inde qu’elle n’est pas assujettie à cette résolution. L’Inde et le Pakistan continuent de développer des armes nucléaires. Les relations militaires entre les Etats-Unis, l’Inde et Israël sont même en train de se resserrer. Bénéficiant des importations « à double usage [civil et militaire NDT] » en provenance des Etats-Unis (et de France également), l’Inde passe maintenant aux techniques de destruction les plus avancées : celles-ci comprennent des plateformes d’armes laser dans l’espace et des satellites destructeurs, selon le commandant des forces aériennes.

Au même moment, l’AIEA a adopté une résolution demandant à Israël d’adhérer au TNP et de faciliter l’accès des inspections internationales. En dépit des objections de l’Europe et des Etats-Unis, qui ont cherché à bloquer la résolution, celle-ci a tout de même été adoptée. Comme dans le cas de l’Inde, Obama a immédiatement informé Israël qu’il n’était pas soumis à ces exigences, renouvelées encore il y a quelques semaines. Aux Etats-Unis, tout ceci passe totalement sous silence, comme en Europe je suppose, mais il est facile de voir pourquoi les accusations d’hypocrisie faites au président iranien Mahmoud Ahmadinejad peuvent avoir un écho ailleurs.

Obama a également réagi à la résolution 1887 par d’autres moyens. Le Pentagone a annoncé qu’il allait accélérer la livraison des armes les plus meurtrières disponibles, à l’exception des armes nucléaires. Il s’agit de bombes de 13 tonnes conçues pour détruire des bunkers profondément cachés et protégés par 5 tonnes de béton armé. Ce à quoi vont servir ces bombes n’est pas un secret. La planification de ces « obus d’artillerie massive » a débuté dans les années Bush, mais a traîné en longueur jusqu’à la prise de fonction d’Obama ; il a alors immédiatement demandé que soient accélérés leur développement et leur déploiement. Ensuite, Obama a envoyé ces armes aux îles Diego Garcia dans l’Océan indien ; il s’agit d’une base importante pour le bombardement du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Il a également envoyé aux îles Diego Garcia une offre de sous-marins pour contrer les sous-marins aux missiles d’attaque rapide qui opèrent dans les eaux du Moyen-Orient et d’Afrique de l’Ouest, selon l’annonce de la marine américaine, non confirmée. Ce sont de nouvelles menaces contre l’Iran, en violation de la résolution 1887 et de la Charte des Nations Unies.

Il existe un contexte plus large. Pour ceux qui se sont sérieusement engagés dans la non-prolifération, certaines mesures peuvent être entreprises. L’une d’entre elles serait la création de zones sans armes nucléaires [nuclear weapons-free zones, NWFZ]. L’Union africaine est parvenue récemment à un accord pour créer une zone de ce type, mais cet accord ne peut être mis en œuvre. La Grande Bretagne et les Etats-Unis insistent pour que l’île Diego Garcia ne soit pas incluse, car les Etats-Unis l’utilisent pour stocker des armes et des sous-marins nucléaires. Une zone sans armes nucléaires dans le Pacifique sud connaît les mêmes problèmes. Au début, c’était la France qui bloquait car elle voulait utiliser ses îles pour des essais nucléaires, maintenant ce sont les Etats-Unis qui bloquent en insistant pour que ses îles du Pacifique bénéficient d’une dérogation.

Le cas le plus significatif se trouve bien sûr au Moyen-Orient où les tensions régionales pourraient être atténuées par la création d’une zone sans armes nucléaires. C’est une question brûlante dans la région depuis un certain temps, et elle a été une nouvelle fois posée le mois dernier lors de la conférence conjointe des Nations unies et du TNP. L’Egypte, qui préside le mouvement des non-alignés comptant 118 nations, a fait circuler un appel pour la création d’une zone sans armes nucléaires au Moyen-Orient, comme cela avait été convenu avec l’Occident (y compris les Etats-Unis) en 1995 lors de la conférence de révision du TNP. Washington s’est officiellement engagé, mais insiste pour qu’Israël y fasse exception, et n’a pas laissé entendre que ces dispositions s’appliqueraient à eux-mêmes. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton a déclaré, lors de la conférence du TNP, que ce n’est pas encore le moment de créer une zone sans armes nucléaires au Moyen-Orient. Washington a par ailleurs insisté pour que ne soient pas acceptées les propositions qui demandent à Israël de se soumettre au contrôle de l’AIEA ou qui invitent les signataires du TNP (les Etats-Unis en particulier) à rendre publiques les informations relatives « aux installations et aux activités nucléaires israéliennes, y compris l’information ayant trait aux précédents transferts de technologie nucléaire vers Israël ».

La technique pour s’y dérober est d’adopter la position d’Israël, demandant que toute proposition soit subordonnée à un règlement de paix total. Si ce n’est qu’il est soumis à une interdiction effective de la part des Etats-Unis, il existe un accord quasi-unanime sur la façon de régler le conflit israélo-arabe, et cela depuis 1976. Il date du moment où des pays arabes de la région introduisirent une résolution au Conseil de sécurité, appelant à un accord pour une solution à deux Etats comprenant la frontière internationale et toutes les garanties prévues par la résolution 242 (le document de base par accord commun). Les Etats-Unis opposèrent leur veto à cette proposition de résolution en 1976, et une nouvelle fois en 1980. Tout s’est poursuivi à l’identique. Les principes de base sont soutenus par pratiquement le monde entier, y compris la Ligue arabe, l’Organisation de la conférence islamique (comprenant l’Iran) et des acteurs concernés qui ne sont pas des Etats, dont le Hamas. Un accord selon ces termes est bloqué par les Etats-Unis et Israël, qui sont à la tête du front du rejet depuis 35 ans, bien qu’il existe une exception décisive et très instructive. Lors de son dernier mois à la présidence des Etats-Unis, en janvier 2001, Bill Clinton a entamé des négociations israélo-palestiniennes à Taba, en Egypte qui sont presque parvenues à un accord (selon les déclarations des participants) avant qu’Israël ne mette fin aux négociations.

Il est important de rappeler que les Etats-Unis et le Royaume-Uni possèdent une responsabilité unique dans le processus de création d’une zone de non prolifération d’armes atomiques au Moyen-Orient. Dans leur tentative de fournir en 2003 une mince couverture juridique à leur invasion de l’Irak, ils ont cité la résolution du Conseil de sécurité 687 (de 1991) qui demandait à l’Irak de mettre fin à son programme de développement d’armes de destruction massive. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni prétendaient que cela n’avait pas été fait. Nous n’avons pas besoin de nous attarder sur ce prétexte mais notons que cette résolution engage ses signataires à créer une zone de non prolifération d’armes atomiques au Moyen-Orient.

La destruction de l’environnement.

J’ai dit que la prolifération des armes nucléaires est l’un des deux défis qui mettent littéralement en danger la survie de notre espèce. Cette question n’est pas prise en compte malgré l’impressionnante rhétorique déployée. Il en va de même pour la deuxième menace : la destruction de l’environnement. Ce qui se passe aux Etats-Unis est particulièrement important, comme toujours, mais est également très révélateur. Le secteur des entreprises mène une campagne massive de propagande pour que l’opinion publique abandonne ses préoccupations concernant le changement climatique lié aux activités humaines, et avec le plus grand succès puisque cette conviction a baissé et réunit maintenant tout juste un tiers de la population. Les responsables à qui revient cette tâche de propagande, visant à lutter contre cette conviction, savent aussi bien que nous que le « canular progressiste » est bien réel et que les perspectives sont peu réjouissantes (1). Ils s’acquittent en fait du rôle que les institutions leur ont assigné. Dans une économie de marché, ces responsables doivent agir de façon à maximiser les gains à court terme. S’ils ne le font pas, ils seront remplacés par d’autres, qui eux le feront. D’ailleurs, selon le droit anglo-américain des sociétés, il s’agit d’une obligation juridique. Ce qui signifie qu’ils ne doivent pas tenir compte des externalités (l’impact d’une opération à l’extérieur de l’entreprise). Dans ce cas, le sort de l’espèce humaine est une externalité qu’ils doivent écarter dans la mesure où l’économie de marché prévaut. La logique est la même lorsque des directeurs de sociétés financières ne prennent pas en compte le risque systémique, tout en sachant qu’en agissant de la sorte ils provoqueront une crise financière. Dans ce cas, leur comportement n’est pas irrationnel. Ils savent qu’après l’effondrement du château de cartes qu’ils construisent, ils peuvent aller se mettre à l’abri de ce qu’ils appellent l’Etat nourricier, tout en serrant fort leur livres de Hayek, Friedman et Rand. Il n’existe pas de tels recours lorsque les externalités liées à la destruction de l’environnement sont ignorées. Il n’est pas facile toutefois de surmonter les nécessités institutionnelles. Les deux grandes menaces pesant notre survie demeurent redoutables.

L’effacement des nations.

Passons à un autre sujet, il y a en ce moment beaucoup de discussions agitées concernant un grand changement de pouvoir dans le monde. Les spéculations vont bon train pour savoir si (ou quand) la Chine pourrait, avec l’Inde, remplacer les Etats-Unis comme puissance dominante mondiale. Si cela devait arriver, cela signifierait que le système mondial redeviendrait proche de ce qu’il était avant les conquêtes européennes. Les taux de croissance des PIB chinois et indien ont été, en effet, très spectaculaires ces derniers temps. Mais il faut ajouter quelque chose. L’indice de développement humain (IDH) des Nations unies indique que l’Inde occupe toujours une place proche du bas du classement : la 134ème, légèrement au-dessus du Cambodge, au-dessous du Laos et du Tadjikistan. La Chine se place à la 92ème place, un peu au-dessus de la Jordanie , en dessous la République Dominicaine et l’Iran. L’Inde et la Chine souffrent également d’inégalités très fortes, si bien que plus d’un milliard de leurs habitants se trouvent beaucoup plus bas dans ce classement. En outre, une comptabilité précise irait au-delà des mesures faites actuellement en prenant en compte les coûts très sérieux que la Chine et l’Inde ne peuvent plus ignorer ; l’écologie, la diminution des ressources naturelles et bien d’autres choses encore. Les spéculations sur le changement de pouvoir dans le monde négligent quelque chose que nous savons tous : les nations, n’occupant plus la même place dans le système interne de distribution du pouvoir, ne sont pas les vrais acteurs au sein des affaires internationales, un truisme porté à notre attention par cet incorrigible radical d’Adam Smith, comme nous en avons déjà parlé.

En gardant à l’esprit le truisme radical d’Adam Smith, on s’aperçoit qu’il existe en effet un changement de pouvoir dans le monde mais pas celui qui occupe le devant de la scène. Il s’agit d’un déplacement allant de la main d’œuvre mondiale vers le capital transnational, ce déplacement s’étant nettement intensifié pendant les années de néolibéralisme. Le coût en est très lourd, y compris pour les travailleurs américains qui sont victimes de la financiarisation de l’économie et de la délocalisation de la production et qui ne parviennent à maintenir leurs revenus qu’en s’endettant et en créant des bulles de valeurs. Les paysans indiens sont affamés et des millions de travailleurs chinois sont en lutte : la part du travail dans le revenu national y décroît plus rapidement que dans la plupart des autres pays.

La Chine joue un rôle de premier plan dans le changement réel du pouvoir mondial, elle est devenue en grande partie une usine d’assemblage au sein d’un système régional de production. Martin Hart-Landsberg a traité cette question dans un ouvrage important (2). Le Japon, Taiwan et d’autres économies d’Asie exportent des pièces et des composants vers la Chine et lui fournissent également la plus grande partie de la technologie de pointe. On s’est beaucoup préoccupé de la hausse du déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine mais on a fait moins de cas du déficit commercial croissant des Etats-Unis avec le Japon et les autres pays d’Asie au moment où le système de production régional se met en place. Le Wall Street Journal en conclut que si l’on comptait uniquement la valeur ajoutée des constructeurs chinois, le véritable déficit commercial entre les Etats-Unis et la Chine serait réduit dans une proportion de 30 % alors que le déficit commercial entre les Etats-Unis et le Japon augmenterait de 25 %. Les constructeurs américains suivent le même chemin en fournissant des pièces et des composants à la Chine , qui les assemble et les exporte en retour en grande partie vers les Etats-Unis. Pour les institutions financières, les géants de la distribution, les propriétaires et les gestionnaires des industries manufacturières ainsi que pour les secteurs étroitement liés à ces centres de pouvoir, tout cela est merveilleux. Mais ce n’est pas le cas pour la majorité des Américains dont les revenus stagnent depuis trente ans au milieu d’une concentration stupéfiante de richesse, de l’effondrement des systèmes d’aide et des infrastructures ; tout ceci conduisant à une situation intérieure des plus inquiétantes. Nous observons des développements similaires en Europe et ailleurs.

La situation en Afghanistan.

Enfin, on devrait dire quelques mots au sujet de l’Afghanistan. Dans la première opération de la nouvelle stratégie d’Obama, les Marines américains ont conquis Marjah, une petite ville faisant partie de la province du Helmand, le principal foyer de l’insurrection. Le New York Times signale que :

« Les Marines se sont heurtés à l’identité des talibans, une identité tellement dominante que l’on peut décrire ce mouvement comme un parti unique dont l’influence touche tout le monde dans la ville. Nous devons reconsidérer notre définition du mot "ennemi" a déclaré Larry Nicholson, commandant de la brigade expéditionnaire des Marines dans la province du Helmand. "La plupart des gens ici se considèrent comme des talibans... Nous avons à réajuster notre manière de penser de façon à ne pas chasser les talibans de Marjah, c’est l’ennemi que nous essayons de chasser", a-t-il déclaré. »

Les Marines sont confrontés à un problème qui a toujours harcelé les conquérants. Il s’agit d’un problème bien connu des anciens Marines du Vietnam. Le plus grand érudit du gouvernement d’alors se lamentait que l’ennemi était le « seul véritable parti politique possédant une assise populaire » et que tous les efforts faits pour se mesurer à lui sur le plan politique ressemblerait à un affrontement entre le menu fretin et une baleine. C’est en en utilisant notre avantage comparatif – la violence – que nous avons donc dû surmonter leur force politique. D’autres ont connu des problèmes similaires, par exemple les Russes en Afghanistan dans les années 1980 : ils ont gagné toutes les batailles mais ont perdu la guerre. Après le triomphe de Marjah, les forces dirigées par les Etats-Unis s’apprêtent à donner l’assaut sur la ville principale de Kandahar où, d’après les sondages de l’armée américaine, 95% de la population s’oppose à l’opération militaire et 5 personnes sur 6 considèrent les talibans comme « nos frères afghans ». Encore une fois, cela fait écho aux conquêtes antérieures.

Contrôle des cerveaux.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les autorités soient préoccupées par le fait que le soutien intérieur puisse s’éroder davantage encore. Une « fuite » récente émanant d’un rapport de la CIA , fait remarquer que « le peu d’informations livrées au public concernant la mission en Afghanistan a permis aux dirigeants allemands et français de ne pas tenir compte de l’opposition populaire et d’augmenter régulièrement leur contingent militaire pour la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS). Berlin et Paris conservent respectivement le troisième et le quatrième rang en termes de forces militaires présentes au sein de la FIAS , malgré l’opposition de 80% des Allemands et des Français à l’augmentation du déploiement des troupes au sein de la FIAS (selon un sondage datant de l’automne dernier) ». Il est donc nécessaire « d’adapter le message » pour « prévenir ou du moins contenir d’éventuelles réactions violentes ». Pour la France , la CIA recommande d’avoir recours à une propagande élaborée pour prendre en compte le « profond souci pour les civils et les réfugiés » et pour expliciter le sentiment de culpabilité des français liée à leur abandon. La note recommande de mettre particulièrement en avant la question de l’éducation des filles qui peut devenir « un point de ralliement pour l’opinion publique française en grande partie laïque, et donner aux électeurs une raison de soutenir une cause nécessaire malgré les victimes ». Les faits, comme d’habitude, n’ont pas la moindre importance. Si l’on prend par exemple les progrès de l’éducation des filles à Kaboul lors de l’occupation russe, ou le véritable impact des opérations militaires.

La note de la CIA doit nous rappeler que les Etats possèdent un ennemi intérieur : leur propre population, qui doit être contrôlée quand elle s’oppose à la politique de l’état. Ce problème se pose même dans les Etats totalitaires. L’Allemagne nazie a ainsi dû disputer une guerre « des armes et du beurre » pour tenir le public en respect. Dans les sociétés plus démocratiques, le recours à la force doit être remplacé par une propagande efficace dans la « bataille éternelle pour contrôler le cerveau des hommes » et pour « fabriquer un consentement » grâce à des « illusions nécessaires » et par une « simplification extrême, puissante émotionnellement ». (Citation des chefs d’entreprise et du philosophe préféré d’Obama, Reinhold Niebuhr, vénéré par les personnalités de l’establishment pour des motifs intéressants que je vais devoir laisser de côté.) La bataille pour contrôler l’ennemi intérieur est tout à fait à propos aujourd’hui, et devrait être une préoccupation de première importance pour ceux qui veulent faire face de manière constructive aux graves défis d’aujourd’hui.

Noam Chomsky

(1) Aux Etats-Unis, une partie des climato-septiques présente le réchauffement climatique comme un canular monté par le camp progressiste qui chercherait ainsi à prendre le pouvoir, NDT.

(2) Martin Hart-Landsberg et Paul Burkett, China and Socialism, Market Reforms and Class Struggle, Monthly Review Press, New York, 2005.

29/05/2010

«Des enfants meurent à cause des gangsters de la Bourse » Jean Ziegler

Dans ses livres qui ont marqué l’opinion, Jean Ziegler n’a cessé de dénoncer le caractère absurde et criminel des politiques du capitalisme envers les peuples du tiers monde. Il a été le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme aux Nations unies de 2000 à 2008. Michel Collon l'a interrogé à Genève sur la crise, la Bourse, la faim, Obama, Israël…

 


Jean Ziegler interviewé par Michel Collon

Source: michelcollon.info

La crise t’a surpris ?
Dans sa violence, oui. Je ne pensais pas que les truands de la finance allaient ruiner l’économie mondiale à une telle vitesse : 1.800 milliards de valeurs patrimoniales ont été détruites. Pour les pays du tiers-monde, c’est une catastrophe totale. Mais aussi pour les pays industrialisés.

Ce sont encore les pauvres qui paient ?
Oui. Le 22 octobre 2008, les quinze pays de l’euro se sont réunis à Paris. Sur le perron de l’Elysée, Merkel et Sarkozy ont dit : « Nous avons libéré 1.500 milliards d’euro  pour le crédit et pour  augmenter le  plafond d’autofinancement de 3 à 5% ». La même année, les mêmes pays européens ont réduit leurs subventions pour le programme alimentaire mondial (qui ne vit que de ces subventions) de 40 %. De six milliards de dollars à moins de quatre milliards.
Ce qui fait qu’au Bangladesh, on a supprimé les repas scolaires. Un million d’enfants  sont gravement et en permanence sous-alimentés. Ces enfants meurent donc à cause des gangsters de la Bourse. Il y a là des morts véridiques. Les spéculateurs, aujourd’hui, devraient être jugés au tribunal de Nuremberg.

Quelle leçon les puissants ont-ils tiré de la crise ?

Aucune. Prenons l’exemple de la Suisse. Le contribuable suisse y a payé 61 milliards de dollars pour le sauvetage de la plus grande banque : UBS. L’an dernier, en 2009, les dirigeants d’UBS, toujours proche de la  faillite, se sont distribués entre eux des bonus pour quatre milliards de francs suisses ! Le pillage est total et l’impuissance des gouvernements qui se comportent comme des mercenaires est totale aussi. En tous les cas, en Suisse, en France, en Allemagne où j’ai quelques renseignements. C’est un scandale permanent.
Le masque néolibéral est tombé évidemment, avec sa prétendue légitimité. Mais le cynisme et  l’arrogance des banquiers triomphent totalement.

Et du côté du public, sens-tu une évolution ?

Non, si tu regardes les chiffres, ils sont catastrophiques. Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim. 47.000 personnes meurent de faim tous les jours. Un milliards de personnes (c’est-à-dire un homme sur six) sont gravement et en permanence  sous-alimentés. Alors que l’agriculture mondiale dans l’état actuel de son développement pourrait nourrir sans problème douze milliards d’êtres humains avec 2.700 calories par individu par jour ! Donc, au début de ce siècle, il n’y a plus aucune fatalité. Un enfant qui meurt de faim, au moment où nous parlons, est assassiné. C’est catastrophique.
L’ordre mondial du capital financier globalisé est meurtrier - épidémie, décès par la pollution de l'eau , etc… - et en même temps absurde : il tue sans nécessité. C’est l’ordre des oligarchies et du capital financier mondialisé. Sur le plan de la lutte contre la faim, l’échec est total.

Tu as été, de 2000 à 2008, le rapporteur des Nations-Unies sur le problème de la faim dans le monde. Quel bilan tires-tu ? As-tu servi à quelque chose ?Oui. La conscience a augmenté. Plus personne aujourd’hui, ne considère ce massacre quotidien comme un fait de la nature. On va en Europe, je crois, et en tout cas dans les pays de la périphérie vers une insurrection des consciences. Il faut une rupture radicale avec ce monde cannibale.

Alors que le problème de la faim n’est pas résolu, on dépense de plus en plus pour faire la guerre.

En 2005, pour la première fois, les dépenses mondiales d’armement (pas les budgets militaires, juste les dépenses  d’armement) ont dépassé mille milliards de dollar par an. Nous vivons dans un monde d’une absurdité totale.

Obama avait pourtant fait de belles promesses…
Il est vrai qu’Obama suit totalement la surdétermination de l’Empire. Je ne l’ai jamais rencontré, c’est sûrement quelqu’un de bien, mais la réalité qu’il affronte est effrayante. Les Etats-Unis restent la plus grande puissance industrielle au monde : 25 % des marchandises industrielles sont produites  par eux, avec pour matière première le pétrole : 20 millions de baril par jour dont 61% sont importés. On peut l’importer de régions comme le Moyen-Orient ou l’Asie centrale, ce qui les force à maintenir une force armée totalement hypertrophiée, et le budget fédéral est donc complètement parasité par les crédits militaires… Mais telle est la logique de l’Empire.

Quel est ton sentiment sur ce qui se passe maintenant en Israël et comment cela peut-il évoluer ?
Je pense que Tel-Aviv dicte la politique étrangère des Etats-Unis avec le lobby de l’AIPAC, comme puissance déterminante.

Avant les politiciens, ce sont quand même d’abord les multinationales pétrolières qui décident d’armer Israël.

Oui, la logique fondamentale est que pour les intérêts pétroliers, il faut un porte-avion stable. Et l’Etat d’Israël mène - ce n’est pas moi qui le dit, c’est un rapporteur spécial des territoires occupés - une politique permanente de terrorisme d’Etat. Tant que ce terrorisme continue, il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient, il n’y aura pas de fin au conflit Iran - Irak, ni rien du tout. Tout est sans issue sauf si enfin l’Union européenne se réveillait, tu comprends ?

Que pouvons-nous faire, nous Européens, pour la réveiller ?
Depuis juin 2002, existe un accord de  libre échange entre Israël et les 27 pays de l’Union européenne qui absorbent 62% des exportations  israéliennes. Dans cet accord, l’article 2 (c’est le même dans tous les traités de libre échange) dit : le respect des droits de l’homme par les partis contractantes est  la condition pour la validité de l’accord. Mais les violences faites aux Palestiniens - vol de la terre, torture permanente, éliminations extrajudiciaires, assassinats, organisation de la sous-alimentation comme punition collective – tout cela, ce sont des violations permanentes des droits de l’homme les plus élémentaires. Si la Commission européenne suspendait pendant 15 jours l’accord de libre-échange, les généraux israéliens reviendraient à la raison immédiatement. Or, l’Europe des 27, ce sont des démocraties, c’est à nous de jouer, nous opinions publiques.

Comment ?

Il faut forcer nos gouvernements. Nous ne sommes pas impuissants. En Belgique, il y a beaucoup de problèmes, en Suisse et en France aussi. Mais une chose est certaine : les libertés publiques existent. Il faut se saisir de ces libertés publiques pour imposer à nos gouvernements un changement radical de politique, c’est tout. S’ils ne le font pas, alors il ne faut plus voter pour eux, tu comprends, c’est aussi simple que ça !

Mais tous ces gouvernements sont d’accord de soutenir Israël. En France, par exemple, que ce soit l’UMP ou le PS, ils soutiennent Israël.
Soutenir la sécurité et la permanence d’Israël, c’est une chose. Mais cette complicité avec le terrorisme d’Etat et la politique de colonisation, ce n’est pas possible. C’est la négation de nos valeurs, c’est « du fascisme extérieur » : c’est-à-dire que nos valeurs sont démocratiques à l’intérieur de nos frontières et à l’extérieur, nous pratiquons le fascisme par alliance.

Et enfin, le rôle des médias dans tout ça ?
Ils sont complètement soumis. Notamment en période de crise, les journalistes ont peur pour leur  emploi. L’agressivité du lobby israélien est terrible. Moi, j’ai subi la diffamation la plus effroyable, et ça continue aux Nations-Unies d’ailleurs, c’est grâce à Kofi Annan que j’ai survécu. Israël est un danger pour la paix du monde, Israël cause d’effroyables souffrances. Et dans ce pays, les opposants comme Warschawski sont complètement marginalisés. Mais si l’opposition israélienne anticoloniale et anti-impérialiste n’a pas la parole, n’a pas d’influence, eh bien, nous allons vers la catastrophe. Il faut soutenir les opposants.

Et le rôle des médias à propos de la crise ?
La crise est présentée comme une fatalité, une catastrophe naturelle. Alors que les responsables sont identifiés !


14/05/2010

Haricots verts à la datura, Leclerc chamane ?

Après Danone, Leclerc épinglé pour ses haricots verts

Kamizole. 6 mai 2010 par Lait d'beu

Source : http://www.lelotenaction.org/rubrique,haricots-verts-halucinogenes,537734.html

 

De la «datura stramoine» dans des boîtes de con-serve… La fin des haricots !

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Je ne plaisante pas… La découverte de “Datura Stramonium L.” dans des boîtes de haricots verts – vendus sous la marque «Notre jardin» des magasins Leclerc et sous la marque U dans les magasins U - peut avoir de graves conséquences. Cette plante est non seulement «impropre à la consommation» mais surtout peut s’avérer très dangereuse. La mise en garde lue sur 20 minutes ce matin Des boîtes de haricots verts rappelées par le fabricant préconisait de consulter un médecin en cas de sécheresse de la bouche ou de vertiges après ingestion d’une boîte de haricots verts. Avant même d’aller rafraîchir ma mémoire sur Wikipedia, il m’était évident que la bouche sèche indiquait un effet atropinique marqué.

C’est bien le cas. Outre de l’atropine, datura stramoine contient d’autres alcaloïdes : l’hyoscyamine – que l’on trouve notamment dans d’autres solanacées comme la jusquiame qui lui a donné son nom, la belladone et la mandragore - et la scopolamine. Tous connus pour leurs effets atropiniques. La scopolamine étant utilisée comme anti-spasmodique et n’étant en rien un médicament anodin, tant sur le plan cardiaque – avec bien évidemment, comme l’atropine, une contre-indication absolue en cas de glaucome – que sur celui du psychisme : le Vidal parlant d’hallucinations possibles chez les sujets âgés.

Or, datura stramoine est bien connue depuis la plus haute Antiquité et même avant, s’agissant du chamanisme, pour son utilisation hallucinogène dans des pratiques divinatoires. La vénéneuse datura stramoine est réputée la plus toxique des solanacées. Je lis que «de très petites quantités suffisent pour déclencher une intoxication grave, l’ingestion de 4 à 5 g de feuilles suffit pour tuer un enfant». Bigre !

Bien que l’on sache qu’elle est utilisée par les maraîchers dans la lutte contre les doryphores – qui attaquent surtout les plans de pommes de terre pour autant que je m’en souvienne – les doryphores y pondent les œufs et les larves s’empoisonnent en se nourrissant de la plante, j’aimerais que l’on m’expliquât comment une plante dont la taille peut aller de 30 cm à 2 m de hauteur et dont – surtout ! – l’odeur est nauséabonde, peut se trouver mélangée à des haricots verts.

A mon avis, cela signifie deux choses. D’une part les maraîchers qui ont fourni les haricots verts en cause n’apportent pas suffisamment de soins à leurs cultures. Evidemment, les champs où ils font pousser leurs haricots verts n’ont rien de comparable avec les quelques rangées des jardins solognots que j’ai connus pendant les vacances dans ma jeunesse, et même sachant que c’est un sacré boulot – j’y ai prêté suffisamment la main pour le savoir – ces producteurs ne font pas preuve du professionnalisme nécessaire.

D’autre part, il semble évident que la cueillette a dû être effectuée mécaniquement comme c’est le plus souvent le cas sur de grandes exploitations. Les machines étant bien entendu incapables de discerner “le bon grain de l’ivraie”… Raison supplémentaire pour apporter beaucoup d’attention à ce qui entoure les rames de haricots verts avant le passage des machines.

Ne fréquentant que fort rarement les magasins Leclerc, je ne saurais dire ce que valent les produits de leur gamme «Notre jardin»… mais qu’il soit fort mal entretenu relève de l’évidence.

Les personnes qui auraient acheté ces produits – des boîtes de 220 ou 440 g de haricots verts extra-fins ou fins, avec une date optimale au 21 août 2013, numéros de lot commençant par L9244047, L9245047, L9247047 – sont priées de les reporter dans les magasins où elles seront remboursées… Encore heureux ! D’autre part, le fabriquant, la société BCI, à mis en place un numéro vert gratuit le 0 800 091 091.

Un autre article de 20 minutes remontant au 23 avril 2010 et que je n’avais pas eu le temps de lire apprenait que Blédina rappelle des petits pots pour bébé. J’étais assez intriguée en lisant le sous-titre «Des petits pois pour adultes ont été malencontreusement mélangés dans des préparations infantiles…». Je supposais bien que ce n’était pas la taille des petits pois qui était en cause, les légumes des petits pots étant en purée pour autant que je le sache.

Or, s’agissant de l’alimentation des bébés, la réglemen-tation prescrit un nombre de contrôles beaucoup plus important que pour les légumes utilisés pour celle des adultes, autant sur les lieux de production que dans les usines. Or, explique Blédina «Des petits pois destinés à l’alimentation courante ont été malencontreusement mélangés par un de nos fournisseurs à une partie d’un lot de petit pois destinés à l’alimentation infantile».

Malencontreusement ? J’aimerais bien les croire… Je pense qu’il s’agit bien plutôt d’un margoulin qui ne pensait pas être pris par la patrouille. Ni vu ni connu, j’t’embrouille. Ces petits pois ne viendraient-ils pas de Chine, par hasard ? L’arnaque semblant y être nouveau sport olympique national. On verra dans ce rappel un heureux effet de la “traçabilité” des produits. Je suppose que désormais le producteur en cause pourra aller se faire “habiller chez Plumeau” en ce qui concerne les contrats avec Danone, propriétaire de Blédina.

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Danone n’a décidément pas de chance ! Il vient de renoncer à vanter les bienfaits pour la santé de deux de ses produits vedettes avais-je lu dans Le Monde et d’autres titres. Serait-ce la fin des fameux “alica-ments” ? Produits alimentaires des plus banaux mais parés de toutes les vertus pour la santé. Tel était bien le cas «des yaourts Activia (2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2009) et du lait fermenté Actimel (1,2 milliard). Des produits représentant à eux deux presque 25 % du chiffre d’affaires du groupe».

Danone souhaitait obtenir de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) un “label santé” qui l’eût autorisé à en faire état es qualité dans les publicités. Restait à démontrer d’une part qu’Actimel améliorerait les défenses intestinales et serait utile dans les diarrhées aiguës et d’autre part qu’Activia faciliterait la digestion et le transit intestinal.

Il faut croire ces agréments loin d’être acquis d’avance car Danone - invoquant “le manque de visibilité dans l’application du règlement européen sur les allégations santé” – a préféré retirer ses demandes et annonce modifier sa communication publicitaire pour ces produits, renonçant à invoquer un quelconque bénéfice pour la santé.

Pour comprendre la décision de Danone il faut savoir que l’EFSA avait retoqué en février 2010 un autre des alicaments du groupe : l’Immunofortis - un cocktail de «prébiotiques» incorporé dans les aliments pour bébés et vanté par le groupe alimentaire Danone comme un moyen de renforcer leur système immunitaire. Il s’agissait en fait d’oligosaccharides – de la famille des fructoses, galactose, glucose et mannose – et de polysaccharides dont les plus connus dans la nature sont la cellulose et l’amidon et utilisés comme additifs alimentaires sous forme de fibres ou de gomme arabique…

Faire du poids en arguant d’un quelconque bénéfice sur la santé ! Danone soutenait en effet que l’Immunofortis – dont elle vantait les bienfaits en soutenant qu’il permettait de lutter contre les infections et les eczéma chez les enfants – produit mis au point par les chercheurs du groupe Numico, un des leaders mondiaux du lait infantile racheté par Danone en 2007. L’EFSA avait considéré que “Les preuves avancées par Danone Baby Nutrition pour affirmer que l’immunofortis renforce le système immunitaire des bébés sont insuffisantes”.

C’est ben vrai quoi : le lait d’beu est au moins aussi efficace ! Il faudrait peut-être arrêter de prendre les consommateurs pour de parfaits couillons que l’on peut enfumer grâce la pub.

Il faut savoir que l’intérêt des produits censés améliorer ou restaurer la flore intestinale - de types levures ou autres flores bactériennes non pathogènes – n’a jamais été démontré, a fortiori s’agissant de diarrhées aiguës ! Alors penser que des yogourts, fussent-ils améliorés par un apport supplémentaire de produits du même tonneau pourraient avoir un effet bénéfique relève du pur mensonge publicitaire.

En face d’une diarrhée sévère, il faut déjà chercher la cause, bactérienne ou parasitaire, prise d’antibiotiques, ou simplement diarrhées d’irritation de la muqueuse intestinale, etc. A chaque cause, son traitement spécifique. Sans oublier l’indispensable réhydratation notamment chez les bébés et les enfants. Lors des différents stages que je fis dans des services de pédiatrie de l’hôpital Hérold (aujourd’hui fermé) pendant mes études d’infirmière, nous remplacions les biberons de lait par de l’eau de riz, de la carotte et/ou de la caroube. Ce sont encore les vieux remèdes de bonne femme qui semblent les plus efficaces !

Quant à l’eczéma – dermatose allergique touchant un certain nombre de nourrissons et jeunes enfants - qu’il me soit permis de douter sérieusement de l’efficacité du cocktail tel que l’Immunofortis ! D’autant qu’il ne me semble guère judicieux d’ajouter encore davantage de sucres divers à un lait infantile.

S’ils n’ont à ma connaissance aucun rôle direct dans l’eczéma, ils ont en revanche une incidence non négligeable sur le “terrain” et point n’est besoin de se demander pourquoi le nombre d’enfants obèses ne cesse de croître avec tous les sucres divers ajoutés dans nombre de produits de l’agro-business, à commencer par le sirop de glucose. Au risque d’en faire à terme des diabétiques.

Je fus proprement ébaubie en lisant sur 20 minutes Activia et Actimel, des «alicaments» désormais coquilles vides… mais chères : Danone n’aurait pas investi moins de 12 millions d’euros de recherches, 7 études cliniques à la clef, «dont dont la plus onéreuse aura coûté 4,5 millions d’euros» ! Ben, mon colon, tout ça pour ça… Je comprends qu’ils aient les boules.

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Mais comment ne se seraient-ils pas douté que c’était du pur pipeau. Pas plus de fondement que les alchimistes de jadis à la recherche de la pierre philosophale – certains abusaient d’ailleurs des dupes – ou de la quadrature du cercle. En n’ayant garde d’oublier ceux qui prétendent découvrir aujourd’hui la vis sans fin…

J’ai soigné un malade un peu déjanté qui nous l’affirmait sans rire. Avec mon interne préféré nous n’osions lui demander si par extraordinaire il n’aurait pas vécu au temps de Léonard de Vinci. :) mais nous rigolions sous cape et tout à fait franchement dès que la porte de sa chambre était franchie, de même manière que – il était hypocondriaque – prenant sa température plusieurs fois par jour et notant tout sur des cahiers, il n’arrêtait pas de répéter au moment de la visite : «je mouille, je mouille», parlant bien évidemment de transpiration. Mais nous l’entendions tout autrement et avions bien du mal à garder notre sérieux, surtout en guettant les réactions les un(e)s les autres du coin de l’œil… Forcément vicieux ! :)

Franchement : regardez les photos d’une boîte de lait à l’Immunofortis. Tellement rassurantes ! Bien dans la veine de la calinothérapie actuelle, non ? Le petit ourson blanc est craquant. Après le cooconing qui semble avoir perdu du terrain, du “care” en veux-tu, en voilà !

 

 

Mon mot à moi : personnellement ça fait 15 ans au moins que j'ai boycotté totalement la bouffe industrielle, les supermarchés, les produits ménagers et cosmétiques industriels etc etc...ET je n'ai pas les moyens comme on dit, c'est juste que je mange ce que je peux réellement manger de véritable et saine nourriture... mais vous pensez que je me prive ? Me priver de quoi, de poisons, de bouffe au goût infâme masqué par des arômes à gogo ? de datura ds les harictos verts ?

ALORS je le dis et je le répète : boycott total de la bouffe industrielle et des grandes surfaces ! arrêtez d'être des cobayes ! mangez bio et local, circuits courts, petits producteurs, faites votre jardin, apprenez à reconnaitre les plantes sauvages comestibles et ne les ramassez pas en bord de nationale, respectez-vous un peu et la planète ne s'en portera que mieux... réveillez-vous !!!!!

05/05/2010

OGM: l’étude russe qui pourrait «déraciner» une industrie

Source : http://www.mediapart.fr/club/blog/sebastien-portal/250410/ogm-l-etude-russe-qui-pourrait-deraciner-une-industrie

En 2009, près de 3% des terres agricoles étaient couvertes d'OGM avec 134 millions d'hectares, selon l'ISAAA qui chaque année fait état des cultures des plantes transgéniques dans le monde. Et le dossier des OGM alimentaires - dont de très nombreuses pages restent encore floues à ce jour - pourrait bien s'alourdir prochainement alors qu'une nouvelle pièce en provenance de Russie est sur le point d'y être ajoutée.

Celle-ci prend la forme d'une étude, dont les résultats les plus frappants viennent d'être présentés à la presse en Russie dans le cadre de l'ouverture dans ce pays des Journées de Défense contre les Risques Environnementaux. Elle est même évoquée par Jeffrey Smith, fondateur de l'Institute for Responsible Technology aux Etats-Unis et auteur de référence dans le monde des OGM avec notamment son ouvrage Seeds of Deception (littéralement « les semences de la tromperie ») publié en 2003. Menée conjointement par l'Association Nationale pour la Sécurité Génétique et l'Institut de l'Ecologie et de l'Evolution, cette étude russe a duré deux ans avec pour cobaye des hamsters de race Campbell, une race qui possède un taux de reproduction élevé. Ainsi, le Dr Alexey Surov et son équipe ont nourri pendant deux ans et d'une manière classique les petits mammifères, à l'exception près que certains d'entre eux ont été plus ou moins nourris avec du soja OGM (importé régulièrement en Europe) tolérant à un herbicide.

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Au départ, quatre groupes de cinq paires (mâles / femelles) ont été constitués : le premier a été nourri avec des aliments qui ne contenaient pas de soja, le second a quant à lui suivi un régime alimentaire qui comportait du soja conventionnel, le troisième a été alimenté avec en complément du soja OGM et enfin le quatrième groupe a eu des plateaux repas dans lesquels la part de soja transgénique était encore plus élevée que dans ceux du troisième. A la fin de cette première phase, l'ensemble des quatre groupes a eu en tout 140 petits. L'étude s'est poursuivie dans une deuxième phase par la sélection de nouvelles paires issues de chacun de ces premiers groupes. Et dans la logique du déroulement, les nouvelles paires de la deuxième génération ont elles aussi eux des petits, créant de fait la troisième et dernière génération de cobayes. Ainsi, il y a eu au final 52 naissances parmi les spécimens de troisième génération qui n'ont pas consommé du tout de soja, 78 parmi ceux qui ont consommé du soja conventionnel. Mais le troisième groupe, celui qui a été nourri avec du soja OGM, n'a eu que 40 petits, dont 25% sont morts. Et pire, dans le groupe qui a mangé le plus de soja génétiquement modifié, une seule femelle a réussi à donner naissance, soit 16 petits au total dont 20% sont finalement morts. Ainsi, à la troisième génération, les hamsters qui, pour les besoins de l'étude ont eu dans leur menu une part importante de soja OGM, n'étaient plus capables de se reproduire... Mais une autre surprise de taille a été observée : certains de ces hamsters issus de la troisième génération se sont retrouvés avec des poils... dans la bouche, un phénomène d'une extrême rareté.

Voici les photos publiées par Jeffrey Smith dans son billet.

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Quelles conclusions peut-on tirer de cette expérience ? A ce stade, aucune, comme le reconnaissent eux-mêmes les scientifiques qui ont fait ces observations. D'ailleurs, leur étude qui doit être rendue public dans ses détails en juillet prochain, ne pourra être reconnue comme valide uniquement dans la mesure où elle sera publiée dans une revue scientifique internationale avec un comité de relecture par des pairs. Cependant, même si cette récente étude ne permet pas de tirer de conclusions définitives, elle pourrait avoir un impact non-négligeable dans l'approche globale des OGM agricoles qui sont aujourd'hui consommés dans le monde par des millions d'animaux d'élevage et d'être humains depuis leur avènement en 1996. Car en effet, pouvoir effectuer une étude d'une durée aussi longue (deux ans) est tout à fait rare tant les semenciers qui en font la promotion veillent au grain, de peur que l'étude en question ne soit pas en leur faveur : « Des scientifiques qui découvrent que des OGM provoquent des effets inattendus sont régulièrement attaqués, tournés en ridicule, voient leurs crédits de recherches stoppés, et sont mêmes renvoyés », explique Jeffrey Smith dans son billet repris notamment par The Huffington Post et qui évoque l'étude du Dr Surov et de son équipe en Russie. Et pouvoir effectuer des tests pendant deux ans est d'importance capitale selon les associations écologistes. Celles-ci estiment que deux ans représentent une durée suffisante pour mesurer les effets chroniques d'un produit ou d'une molécule, et donc d'un pesticide. Or, jusqu'à présent, les plantes OGM qui sont consommés dans le monde sont dans une très large majorité des plantes qui accumulent dans leurs cellules un ou plusieurs pesticides (soit par absorption extérieure soit par une production permanente). De plus, les études de plus de trois mois sur des mammifères (généralement des rats) nourris à ces OGM-pesticides (de première génération) sont toutes aussi rares. C'est pourquoi des « lanceurs d'alerte » (l'équivalent français du terme « whistle blowers », littéralement ceux qui soufflent dans le sifflet) dénoncent régulièrement cette situation et demandent à ce que les OGM agricoles soient évalués comme des pesticides à part entière. Autre grand problème : les organismes d'évaluation se basent toujours sur des études faites par ou pour les semenciers et ne possèdent pas de moyens financiers suffisants pour effectuer eux-mêmes des expertises ou contre-expertises. A ce jour, les évaluations d'OGM conduites et financées grâce à des fonds publics se comptent sur les doigts d'une seule main.

 

Selon Jeffrey Smith, l'étude du Dr Surov et de son équipe pourrait bien « déraciner » une industrie qui vaut plusieurs milliards de dollars. L'affaire est donc à suivre, mais quoi qu'il en soit, depuis l'introduction en 1996 dans l'environnement et dans la chaîne alimentaire de produits agricoles transgéniques (issus de semences dans lesquelles y sont ajoutées un ou plusieurs gènes étrangers afin de conférer à la plante une propriété spécifique), les risques qui y sont liés restent encore très largement inconnus car très peu observés faute d'études suffisamment longues et indépendantes, mais aussi à cause du refus des semenciers de publier leurs propres études (sauf sous la contrainte juridique) pour des raisons de stratégies industrielles et commerciales. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le principe de précaution dans ce domaine semble effectivement illusoire alors que les incertitudes scientifiques qui demeurent devraient justement le mettre au cœur du processus d'évaluation. Et d'ailleurs, on peut même supposer que cette absence de précaution large et de manque de transparence vis-à-vis du public nuisent par la même occasion aux OGM agricoles expérimentaux (de seconde génération) qui ne peuvent pas être évalués dans les meilleures conditions puisque ceux qui sont actuellement sur le marché ne l'ont été que partiellement (le proverbe de la « charrue avant les boeufs»...). Car l'ennui au fond c'est que nous tous, les consommateurs, sommes au bout de cette chaîne alimentaire: alors finalement dans l'histoire, qui sont réellement les cobayes?

 

Retrouvez la version audio de ce billet au lien suivant (faire copier/coller):

http://www.sebastienportal.eu/#/echantillonssonores/3514933

22/03/2010

PGM : des mutants dans l’assiette !

Source : http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/pgm-des...

Face au refus des OGM par les consommateurs, les professionnels de l’agroalimentaire se tournent vers une nouvelle voie : les PGM ou Plantes Génétiquement Modifiées. L’idée est simple : induire des mutations « bénéfiques » dans des semences par irradiation ou par exposition à des produits chimiques mutagènes. Un procédé pour le moins aléatoire aux conséquences mal connues.

Malgré des moyens importants, les grands groupes de l’agroalimentaire ne parviennent pas à imposer les OGM. Les européens en particulier font de la résistance ! La fameuse patate OGM autorisée par la commission européenne "uniquement" dans un but industriel et la nourriture des animaux fait grand bruit dans les Etats membres et tout porte à croire qu’une majorité de pays de l’union n’en voudront pas. Mais les industriels ont déjà trouvé une alternative pour l’alimentation humaine : les Plantes Génétiquement Modifiées ou PGM.
 
Les mutations induites
 
Concrètement, il s’agit de modifier le patrimoine génétique d’un végétal sans introduire le moindre bout d’ADN issu d’un autre organisme comme dans le cas des OGM. Il faut donc utiliser des solutions qui vont agir au cœur de l’ADN de la plante, pour transformer les gènes existants. On va donc utiliser des produits chimiques connus pour leurs effets mutagènes, ou irradier directement les semences…Dans les deux cas, les scientifiques emploient alors des doses insuffisantes pour stériliser la graine, mais suffisantes pour induire les mutations. Une fois les semences exposées, on les met en culture dans des conditions spécifiques afin d’identifier de nouvelles caractéristiques intéressantes.
 
Le procédé est complètement aléatoire car cela induit des dizaines de mutations génomiques incontrôlées mais qui sont espérées bénéfiques et sans effets indésirables trop importants (ou trop visibles…).
 
Des mutations qui rapportent…
 
Comme pour les OGM, le but recherché est d’améliorer la productivité des plantes, leur aspect ou d’autres caractéristiques qui permettront d’augmenter la rentabilité. De plus, l’intérêt final pour les industriels est de posséder des semences brevetées, qui pourront être vendues de manière exclusive. Certes, tout comme la FAO1 et l’AIEA2, les promoteurs du procédé parlent (encore !) de vaincre un jour la faim dans le monde… Mais aujourd’hui, l’intérêt pour les consommateurs n’est pas leur première motivation, d’autant que le procédé risque d’appauvrir les qualités nutritionnelles des plantes, par son impact potentiel sur les processus de fabrication des protéines, vitamines… (quand les mutations ne risquent pas de provoquer l’apparition de composés toxiques !).
 
Autre avantage et non des moindres du procédé de mutations induites : échapper ainsi à la réglementation sur les OGM (car ici, on n’ajoute pas de matériel génétique extérieur). De plus, la détection du traitement est impossible. Ainsi, inutile de suivre des réglementations contraignantes,  aucune obligation d’étiquetage spécifique ou d’information du consommateur ! Seule inquiétude pour les producteurs : mettre en place des tests bons marchés pour vérifier que personne d’autre n’exploite les plantes brevetées.
 
Ne croyez pas que ces PGM soient encore dans les laboratoires : la FAO et l’AIEA ont déjà produit un orge qui pousse à 2000 mètres d’altitude ou un riz qui pousse dans l’eau salée…
Une petite suggestion aux professionnels de l’agroalimentaire afin d’assurer des débouchés aux PGM : les CGM pour consommateurs génétiquement modifiés. Il suffirait d’irradier le public, en espérant qu’une mutation apparaisse et supprime toute opposition aux produits génétiquement modifiés (et même mieux tout sens critique)…. Mais pour transformer l’homme en mouton, il va falloir modifier beaucoup de gènes…
 
 
Pierre Ferrandon et Alain Sousa 
 
 
1. Food and Agriculture Organisation
2. Agence Internationale de l’Energie Atomique 

29/12/2009

Pour ceux qui croient encore aux père noël : La guerre du travail

"Travail" et "chômage", c'est comme "progrès" et "UMP" : Des marques déposées et censées ne pas aller l'une sans l'autre.


D'où une montée de l'angoisse populaire alors que les chiffres du chômage (et de l'emploi précaire son corollaire) explosent et que le gouvernement prit en flagrant délit de ratage de progrès en minimise la portée derrière des catégories cache-misère.

Challenges
, magazine de droite néo-conne catapultant le Fig Mag au rayon livre d'images pour gauchistes, publie dans un récent numéro un article titré "le grand soir attendra" et reproduisant un extrait de la note conjoncture de l'association de DRH Entreprise et personnel (en collaboration avec l'institut Supérieur du Travail) qui infirme celle alarmiste de 2008 :

" L'insurrection sociale promise par certains à fait pschiit." (sic)

Le rapport se félicite de la collaboration active des organisations syndicales dans la gestion de la crise en 2009. A l'instar du gouvernement, le rapport est confiant : Il n'y aura pas de grands mouvements sociaux à redouter en 2010 tant que les français seront inquiets pour leur emploi.

La pulsion de révolte du travailleur moderne est donc liée à son sentiment de sécurité. Logique libérale : Plus la victime est brimée, abusée, déprimée, moins elle se révolte.

L'espace de deux générations, le travailleur français, ce héros social qui avait tant obtenu au fil des luttes, s'est métamorphosé en salarié anonyme, isolé, stressé et suicidaire, collaborateur de bourreau par peur de perdre un petit confort générique à obsolescence accélérée, réduit à vénérer sur facebook son frère d'armes qui, lui, a eu l'audace de braquer le fourgon de son employeur.

Un bref retour en arrière s'impose pour comprendre les mécanismes qui sous-tendent ce renversement des valeurs au profit des exploiteurs.

* * *

Il y quarante ans dans une galaxie lointaine avec une croissance très, très éloignée de la nôtre.

Depuis 1936, dans le prolongement de la seconde guerre, la condition du travailleur n’a de cesse de s’améliorer. Retraite, congés payés, remboursement des soins, salaire minimum : question travail, l'avenir lui apparait si ce n’est radieux au moins sécurisé.

Le mot chômage est alors quasi inconnu : il touche une frange marginale de la société surnommée "ceux qui le veulent bien". Retenez bien cette vision des choses par la classe dominante relayée par la classe moyenne qui émerge à cette époque : elle va vous (des)servir pour la suite.

1967. C'est dans un esprit d'optimisation des ressources humaines que le secrétaire d'état aux affaires sociales chargé de l'emploi, un certain Jacques Chirac, crée l'Agence Nationale pour l'Emploi.

La France compte alors 400.000 chômeurs soit 2% de la population active.

1973. Premier choc pétrolier. Les travailleurs ne le savent pas encore mais c'est la fin des belles années.

1975. Le chômage dépasse la barre des 3% de la population active française. Il est toujours caché sous le tapis d’une reprise constamment repoussée (ça aussi notez, on va s'en resservir). Croissance molle, forte inflation : Pour pallier aux conséquences sociales d'une crise marketée comme exotique ("En France, on a pas de pétrole mais on a des idées"), l'ANPE publie enfin des offres d'emploi dans ses agences. (notez qu'il aura fallu huit ans, ce qui en dit long sur la volonté de voir les problèmes en face.)

1976. Le capitalisme entame son changement de régime. Alors que la classe moyenne de cadres et d’employés (en résumé : les enfants du baby-boom), ayant bénéficié de la dynamique des deux décennies précédentes dans des proportions jusque là inédites, s'en soucie peu, la notion de chômage s'insinue chez ceux qui ont raté le train : les plus jeunes.

1979-1980 : En Angleterre puis aux États-Unis, alors en plein marasme économique, avec les élections de Thatcher et Ronald Reagan, l'impulsion néolibérale de sortie de crise, façon Chicago Boys est initiée. Les deux leaders sont résolus à péter les cloisons de l’architecture sociale selon les schémas d'agrandissement du capital. Concrètement : Les heures de la politique de relance par l’investissement public au bénéfice du citoyen sont comptées et celles du travailleur le seront de moins en moins.

Dans ces pays les politiques publiques privilégieront les entreprises. Depuis les étages supérieurs de la société en direction des maillons intermédiaires et faibles, l'idée se propage qu'en favorisant les riches, on enrichit ceux d'en dessous (là aussi notez cette vérité et commencez à vous enduire de vaseline).

En Angleterre, la dame de fer mate violement les syndicats, favorise la dérégulation salariale et endort la classe ouvrière en lui permettant d’accéder à la propriété (à crédit) de ses anciens logements sociaux. Règle d'or de l'arnaque : Faire croire aux pauvres qu'ils seront riches un jour, ça marche toujours.[1]

Retour en France.

1980 : Déjà six ans de droite et le chômage français a doublé pour dépasser le million et atteindre les 5 % de la population active.


Explosion de l’intérim, du chômage longue durée, des laissés pour compte : C'est le début du grand décalage entre le politique et une catégorie de travailleurs inadaptés qui ont perdu leur emploi, c'est ballot. Le haut et le bas de l'échelle se retrouvent dans une gêne commune par rapport à ce curieux contrat social qui s'éternise : Le chômage est considéré par la classe supérieure comme une indigence, il est vécu par ceux qui l'expérimentent comme une maladie honteuse.

La génération favorisée malgré elle des enfants du baby-boom appelons-là génération Johnny, s'est constituée un matelas de sécurité via un accès rapide à prix raisonnable à la propriété. Elle voit mécaniquement sa situation renforcée. Pour les plus jeunes, faire une carrière comme papa, avec entreprise unique et un salaire en hausse constante, devient une gageure.

1981. Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir, ce nouvel ordre mondial favorisant le capital est inversé avec détermination. Le travailleur retrouve des couleurs : Cinquième semaine de congés payés, revalorisation du smic et augmentation des prestations sociales, semaine de 39 heures et retraite à 60 ans.

Les déficits publics se creusent, le dollar monte : ce coup-ci La France est victime de la reprise des autres et de la concurrence d’une économie se mondialisant. Le chômage dépasse les 7% en 1982. La guigne.

Deux ans de ce régime viennent à bout des illusions. C’est le tournant de la rigueur. La gauche va montrer qu'elle sait faire aussi bien que ses copains de classe de l'ENA, c'est à dire une politique de droite.

A partir de 1983, misant sur une europe forte dont l'unification se précise, la France revient dans la dream-team idéologique des pays dominants. Le démantèlement de pans complets de l’industrie s'accompagne d'une violente augmentation du chômage (800.000 nouveaux chômeurs en 1984). C’est le boom de la sous-traitance. L’ouvrier est une espèce condamnée. Ça sent le pâté pour les autres salariés dont les salaires n’augmentent plus aussi vite que dix ans plus tôt, quand ils ne sont pas gelés.

Commence un processus d’à peine dix ans au terme duquel l’état aura rendu les clefs de sa gouvernance aux groupes, aux multinationales, bref au marché.

A partir des années 80, le travail qui tombait bien juteux de l’arbre de la croissance devient une obsession populaire. Le chômage entre en compte dans la gestion du travailleur. Il devient un moyen de pression, une menace distillée chez les plus fragiles (ouvriers peu qualifiés, vieux et jeunes salariés) permettant aux entreprises d'infléchir les conditions d'exploitation à leur avantage.

Pour ceux entrants alors dans la vie active, se généralisent de nouveaux rites d'humiliation et de formatage qu'ils ne remettront pas en question : Passage obligé du CV, apparition de l’ahurissante lettre de motivation et multiples entretiens débouchant 99 fois sur 100 sur du on vous rappellera.


Parallèlement à la terreur du chômage, se développe cette curieuse idée que le travail ça se mérite alors que, théoriquement, le travail ça se paye.

Les candidats à un poste patientent par paquets de 1000 devant la porte du patron. Vont-ils travailler ? Trouver une signification ? Pouvoir payer le loyer ? Sont-ils des hommes ? Autant de métaphysiques interrogations qu'ils estiment réglées par un emploi salarié. La nature du salariat évolue également ces années là, s'orientant massivement vers les services et les emplois dépersonnalisés sans signification claire. On ne désire pas tant un travail que trouver un job, n'importe lequel (cette résignation des ambitions a son importance).

Une partie des salariés de la génération Johnny, entrée sur le marché de l'activité entre 1960 et 75, passe entre les gouttes de la conjoncture et c'est à peine si elle perçoit les bouleversements en cours. Elle n'en subira, éventuellement, les premières conséquences que 10 ans à 20 ans plus tard. Pour le moment, elle se laisse même séduire par ces icônes de la gagne[2] qui envahissent alors le petit écran.

Dans l'ombre, sur les cendres des faillites et des restructurations d'entreprises, des empires financiers se constituent en quelques années, là où il y a encore peu cela aurait pris trois générations. Personne ne bronche, pas les médias, encore moins les politiques.

1985. Le chômage atteint les 9%. Coluche crée les Restos du Cœurs. L’opération coup de pouce est prévue pour durer un hiver. Ce sera la première initiative d'une longue série de divertissements caritatifs permettant à l’état de se dégager de ce qui devrait 1 / être sa mission 2 / le couvrir de honte, 3 / révolter le peuple. Là non plus. Rien ne sera remis en cause. La chanson enregistrée pour l'occasion sera numéro un au Top 15 pendant des semaines.

Sur fond de crise sociale continue, le patronat introduit dans le débat le principe de flexibilité comme solution imparable pour remédier au chômage. Les syndicats et la parti communiste ont encore de beaux restes, ce progrès ne passe pas sur le terrain. Malgré la débandade post-30 glorieuses, La France reste attachée à ses acquis sociaux.

En revanche, le principe fait triquer l’électorat favorisé.

Mars 1986 : La droite gagne les élections législatives. Cohabitation, l'initiateur de l'ANPE devient premier ministre. Assouplissement des horaires, fin des autorisations administratives de licenciement, démembrement du statut salarial : Priorité à la compétitivité des entreprises au détriment du travailleur. L’état finance des emplois lance-pierre à durée limitée, à temps partiel, à droits réduits (TUC, CES et autres carambouilles). Ces aides sociales empêchent dans un premier temps le salarié de plonger dans la misère mais renforcent de l'intérieur le dumping social.

Durant la cohabitation, malgré les mesures prises par la droite, le chômage reste à 9%.

1988, Retour aux pleins pouvoirs de François Mitterrand. L’air du temps est à la célébration de la république, des grandes causes, de l'Europe en marche et de la chute d'un communisme définitivement ringardisé par KO technique. Le capitalisme devient l’unique idéologie. Reste à savoir ce que l'on met dedans. En quinze ans, le capitalisme a changé de nature : il est pour une large partie devenu actionnarial. Il ne s'agit plus tant de produire que de dégager toujours plus de marge.

L’actionnaire qui se risquait à contribuer à l'édification de l'entreprise, et en deuxième temps touchait des dividendes, exige désormais une garantie de revenus que l’entreprise ne pourra lui verser qu’en augmentant la productivité, c'est à dire en pressant le salarié tant qu'il est rentable et s'en débarrassant lorsque qu'il le considère comme du poids mort. La machine infernale fonctionne au paradoxe : Les salariés boursicoteurs, via fonds de pension, fonds mutualisés et assurances vie, sont virtuellement les acteurs de l'atomisation progressive de leurs conditions sociales et les fossoyeurs de celles de leurs enfants.

Jusqu’au plus bas de l’échelle, le chacun pour soi se renforce ces années là. L'idéologie patronale est partagée par de plus en plus de salariés : Ils sont une entrave à la bonne conduite du progrès, ils ne font jamais assez bien et, surtout, ils coûtent trop chers. D'autant, qu'à l'autre bout du monde, une main d'œuvre meilleur marché prend la relève. (celle là vous n'avez pas fini d'en entendre parler).

Menaces du chômage de masse et de la délocalisation brandies par le patronat : Économiquement, le salarié a perdu la partie, idéologiquement c’est le maillon faible, psychologiquement, tiraillé entre cette réalité dont il perçoit plus ou moins l'impasse et les discours à base de rêve et de gagne servis en cœur par le patronat et des politiques qui ont respectivement besoin de soldats et d'électeurs, il poursuit une décente aux enfers frisant avec la schizophrénie.

Le service public, tradition et spécificité française, n'est pas encore absorbé par cette force dépressionnaire. La jalousie commence à poindre chez les salariés du privé se sentant lésés et en péril (ce ressentiment n'aura de cesse d'être exploité par les partisans de la réforme). Chez les plus jeunes, on veut désormais devenir fonctionnaire, rare secteur garantissant un emploi pérenne et une rémunération stable.

1992, deuxième cohabitation. Edouard Balladur accroît la flexibilité, l’annualisation du temps de travail et généralise le temps partiel. Des mesures censées aider les petites entreprises et profiter aux salariés mais bénéficiant d'abord aux grandes enseignes et que les employés en bas de l'échelle subissent. Pour eux : C’est le début des emplois du temps pourris et des abus de la part d'un patronat décontracté. La pénibilité du travail fait son retour en toute discrétion médiatique. Balladur rallonge la durée de cotisations et diminue les pensions de retraite. Il tente le CIP (permettant, dans un monde idéal de droite, de payer les jeunes en dessous du SMIC) mais les étudiants font plier le gouvernement (vous noterez qu'ils ne sont pas salariés, détail important).

La philosophie du moment des "anciens" vis à vis de leurs enfants reste mieux vaut un job de merde que pas de boulot suivi du sempiternel faut faire ses preuves auxquels ils croient dur comme fer mais que le nouveau rapport de force ne corrobore pas. Le chômage explose les 10%.

Durant les dernieres années du deuxième septennat de Mitterrand, l'écart s'accentue : une partie de la France du travail a entamé sa grande bascule vers la pauvreté ou / et l’esclavagisme tandis que l’autre vit dans un monde relativement préservé. A la grande surprise des journalistes de l’époque (aussi à la pointe qu'aujourd'hui rapport que ce sont les mêmes), Jacques Chirac axe sa campagne présidentielle sur le thème de la fracture sociale. Il est élu.

1995. Persuadé que la partie est définitivement jouée pour le capital, l'homme à la pomme fait immédiatement l’inverse de ce qu’il avait annoncé. Le plan Juppé prévoyant d'aligner le temps de cotisations des fonctionnaires et les régimes spéciaux selon les critères du privé entraîne une forte mobilisation des fonctionnaires, dernier bastion salarial possédant encore un sentiment d’identité, un fort taux de syndicalisation et une solidarité interprofessionnelle.

Bien que victorieux ce mouvement massif aura une conséquence fâcheuse : l'exacerbation du divorce entre salariés du privé et du public, et l’impression chez chacun d'entre eux qu’il ne faut plus trop espérer grand chose de l'état pour les retraites.

Les esprits se privatisent. Les salariés épousent massivement les argumentaires patronaux. Se substituant à l'augmentation normale des rémunérations, la logique de la prime fait son nid dans les entreprises. Apparaissent des méthodes de management plus musclées (impératifs de vente, objectifs, indice de rentabilité, taux de transformations). Les salariés chanceux se mettent également à penser revenus complémentaires : investissement dans la pierre, assurances vie, investissement en bourse. Le ver de la spéculation est dans le fuit du salarié.

Tandis que la génération Johnny s'enrichit encore plus grâce à la montée de l’immobilier, en silence la partie basse de la classe moyenne (victime de cette montée des prix) se précarise méchamment. Les enseignes discount (mal vues par l’opinion au début des années 90) s’installent dans les régions les plus décimées, loin de l'attention des médias (à l'époque c'est mal vu d'économiser).

En 1997, 50% des chômeurs ne touchent que 600 euros.

Les jeunes, les plus touchés, se cramponnent encore aux grilles d'analyses et aux codes d'évolution de leurs parents. Grâce à une législation ad hoc, ce désir du jeune 3615 kinenveu permet aux entreprises de rester compétitives. Le stagiaire volontaire à salaire de misère, exonéré de charges et tout frais payés par papa, fait le bonheur des petites et des grandes compagnies. Beaucoup lui doivent leur survie. Il faudra attendre une dizaine d'années pour que ce statut soit médiatiquement considéré pour ce qu'il est : De l'exploitation pure et simple de crédules (là aussi notez, le principe va devenir redondant.)

Durant cette décennie du glissement libéral est plus que jamais véhiculée l'idée que seul le travail salarié permet l’épanouissement (consumériste cela va de soit).

1997 : Re-cohabitation avec la gauche. Lionel Jospin fait le pari des 35 heures concédant un peu sur la flexibilité et allégeant les charges.

Le salarié reprend l'avantage. Il va travailler moins et gagner plus. La réforme qui aurait fait hurler de joie 20 ans plus tôt n'est pas vécue comme une avancée, en tous les cas n'est pas marketée en tant que telle, ce qui en dit long sur le niveau d'asservissement libéral des esprits.

Le patronat est furibard et réplique en radicalisant ses positions via une nouvelle formation : Le Medef. On passe des patrons de la vieille époque aux tueurs de la gestion décomplexée du bétail salarié. La philosophie est simple : Il faut bosser tous les jours, les salariés sont des feignants, les chômeurs des parasites. Elle deviendra le mantra de l'opposition.

Pour lire la suite et les réactions : http://sebmusset.blogspot.com/2009/12/la-guerre-du-travai... .

Et merci à ceux qui réfléchissent et partagent les fruits de ces réflexions.

09/12/2009

Le Programme HAARP : Science ou désastre ?

Le rapport dans son intégralité : rg98-5_haarp[1].pdf 

Le texte ci-dessous est un résumé du Rapport du GRIP 98/5. Ce rapport a obtenu le Prix Philippe Bourdeau décerné par l'Institut de Gestion de l'Environnement et d'Aménagement du Territoire (IGEAT) de l'Université Libre de Bruxelles (ULB) pour récompenser un travail de fin d'études présenté en vue de l'obtention du DES en Gestion de l'Environnement (année académique 1997-98).

Sur un site du département américain de la défense (DoD) à Gakona, en Alaska, l'U.S. Air Force et U.S. Navy ont entrepris, en 1993, de faire construire une station de recherche sur les propriétés de l'ionosphère d'une puissance jusqu'ici inégalée: c'est le programme HAARP, High Frequency Active Auroral Research Program.

Pure recherche scientifique affirment les militaires; étape supplémentaire et risquée dans les tentatives militaires de manipuler l'environnement à des fins hostiles, rétorquent quelques scientifiques et des organisations écologistes ou pacifistes.

A première lecture, rien ne distingue pourtant HAARP des installations de recherches ionosphériques déjà en fonctionnement. Sauf le gigantisme des puissances évoquées, et le contrôle exclusivement militaire du projet. D'où les inquiétudes et la perplexité qu'il suscite, amplifiées encore par la langue de bois, ou les silences, des autorités militaires. HAARP n'est-il que la partie émergée de nouveaux projets militaires, préludes à une nouvelle course aux armements? HAARP risque-t-il de provoquer des dommages irréversibles ou majeurs à l'environnement? Ou bien n'y a-t-il vraiment aucune raison de s'inquiéter?

Les modifications de la biosphère à des fins militaires, ou à d'autres fins hostiles, sont interdites par une Convention de 1977, dite la Convention ENMOD. Pourtant, le concept de Environmental Warfare fait bien partie du langage et des manuels militaires. Depuis le début des années 90 cependant, alors que se développe aux Etats-Unis une Revolution in Military Affairs (RMA) sensée adapter les forces armées à leurs missions du 21ème siècle, les références aux techniques de modifications environnementales se multiplient.

Ces nouvelles missions, ou Future Warfare, reposent sur une domination dans l'air et dans l'espace, et nécessitent une maîtrise optimale de l'information, de l'environnement et des moyens de communication, ainsi que de nouvelles classes d'armes à énergie dirigée. Vue sous cet angle, une intensification des recherches militaires sur les propriétés ionosphériques et les ondes électromagnétiques n'a rien de surprenant.

Il n'en fallait pas davantage pour propulser le Programme HAARP au cœur d'une controverse, qui finit par franchir l'Atlantique. Ce travail propose d'en faire le point.

La première partie rappellera certaines notions élémentaires de physique et de chimie de l'atmosphère. Ces rappels fondamentaux permettront de mieux comprendre ce qu'est l'ionosphère et l'importance qu'elle revêt, notamment pour les opérations militaires. La deuxième partie s'intéressera au concept et aux définitions de l'Environmental Warfare ainsi qu'aux règles de droit international qui s'y appliquent. La troisième partie s'intéressera au Programme HAARP proprement dit: la description du programme, la procédure d'impact sur l'environnement, son inscription dans un contexte historique et militaire, et la confrontation des points de vue à son égard.

HAARP est un programme scientifique. Aux mains des puissants, il peut cependant conduire au progrès comme à l'oppression et au désastre. Sans préjuger des intentions finales des Etats-Unis, et reconnaissant que ce travail émet plusieurs hypothèses, et relaye certaines spéculations, il s'avère fonder d'affirmer que le programme HAARP, en synergie avec d'autres programmes militaires, peut conduire à des déséquilibres dangereux pour l'environnement et les populations.

 

 



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03/12/2009

Chine : Disney se joue des droits sociaux

Une nouvelle série d’enquêtes menées dans quatre usines sous-traitantes de l’entreprise Disney en Chine révèle les conditions de travail indécentes auxquelles sont soumis les milliers d’ouvriers, très majoritairement des femmes, qui fabriquent ses jouets. Salaire indécent, absence de contrat de travail, heures supplémentaires payées en dessous des minimums légaux, pas d’équipement de sécurité adéquat, absence de sécurité sociale  et de cotisation pour la retraite… La liste des manquements à la législation chinoise et aux normes internationales du travail est longue. Disney a beau se prévaloir d’un code de conduite qu’elle prétend imposer à l’ensemble de ses fournisseurs et de milliers d’audits menés chaque année pour en vérifier le respect, force est donc de constater que le bilan est encore très largement insuffisant. C’est donc aux citoyens et consommateurs d’agir pour inciter la multinationale à jouer le jeu des droits de l’Homme.

La SACOM(1) et le China Labor Watch (CLW), deux organisations partenaires de Peuples Solidaires basées respectivement à Hong Kong et à New York, ont enquêté entre mai et octobre 2009 auprès d’usines sous-traitantes de Disney en Chine : Haowei Toys(2) (aujourd’hui Rong Gao) Tianyu Toys, Wai Shing(3) et Merton Toys(4). Les résultats de ce travail de terrain sont sans appel : dans ces quatre usines, les violations des droits des ouvriers sont légion, et l’exploitation est la règle.

Une exploitation honteuse

Les salaires sont si bas que les ouvriers doivent faire de nombreuses heures supplémentaires pour gagner de quoi vivre. En haute saison – au moment où l’on fabrique les jouets pour Noël – ils enchaînent les journées et parfois les nuits de travail, sans jour de repos. En saison basse, les commandes chutent… et les salaires avec. De plus, des amendes arbitraires leur sont infligées. A Tianyu, 50 yuans (5 €) sont ainsi déduits du salaire de ceux qui refusent de travailler la nuit. Il faut également déduire le prix de l’hébergement, qui s’élève à 65 yuans (6,5 €) à Wai Shing et atteint 72 yuans (7,2 €) à Tianyu Toys où jusqu’à 25 ouvriers partagent un dortoir de 25 m2. Enfin, la nourriture – que des ouvriers qualifient d’infecte – coûte 250 yuans (25 €) par mois à Merton Toy.

« Non seulement ils s’épuisent à la tâche, mais en plus, ils sont soumis à des conditions de travail dangereuses, sans protection adéquate et sans formation » explique Debby Chan, représentante de la SACOM. En effet, à Wai Shing, les ouvriers travaillent quotidiennement au contact de produits chimiques (peintures et diluants) dont ils ne connaissent ni les noms, ni les dangers et qu’ils manipulent sans aucune protection. Pour autant, aucun des examens médicaux prévus par la loi ne leur est proposé… Les enquêtes montrent aussi que les ouvriers sont victimes de traitements dégradants : violences verbales, insultes, humiliations… A Tianyu, ils doivent par exemple demander un laissez-passer pour aller aux toilettes.

Face à ces traitements indignes, certains ouvriers dénoncent leurs conditions et demandent des améliorations. Ainsi, à Haowei, les ouvriers se sont plaints en 2003 auprès des autorités chinoises. A Merton et Tianyu, ils sont même allés jusqu’à se mettre en grève pour réclamer des salaires décents. Mais ils n’ont pas obtenu gain de cause.
Par ailleurs, la nouvelle loi qui oblige, depuis janvier 2008, les employeurs chinois à remettre un exemplaire du contrat de travail à leurs employés  n’est pas respectée. Or faute de contrat,  les ouvriers ne peuvent faire valoir leurs droits ni devant leur employeur, ni en justice… Quant aux syndicats, même dans les usines qui en comptent comme Wai Shing, ils sont affiliés au syndicat du parti et leurs responsables sont le plus souvent choisis par la direction elle-même.

Mais que fait Disney ?

Face à cette situation, nos partenaires chinois se tournent vers le donneur d’ordres que ces usines ont en commun, la multinationale Disney, pour qu’elle assume sa responsabilité sociale. Son code de conduite pour les sous-traitants et les milliers d’audits qu’elle mène auprès de ses fournisseurs montrent le souci de Disney de prouver aux consommateurs qu’elle prend les choses en main. Mais d’après les enquêtes de nos partenaires, ces mesures sont largement inefficaces.

Alors que Disney avait été interpellée au sujet de l’usine Merton en 1998, le CLW constate que « même si les conditions se sont globalement améliorées, de nombreuses violations graves persistent ». L’usine de Tianyu avait elle aussi fait l’objet d’une première enquête de la SACOM il y a un an mais – mis à part quelques améliorations en matière notamment de temps de travail – les enquêteurs n’ont pas constaté de progrès suffisants. Et quand il y a des avancées, celles-ci restent fragiles : à Haowei, sous la pression de Peuples Solidaires et de la SACOM, Disney avait accepté de faciliter l’établissement d’un comité de travailleurs pour faire entendre la voix des ouvriers au sein de l’usine, mais ce dernier n’a pas été pérennisé.

C’est la raison pour laquelle la SACOM et le CLW en appellent aujourd’hui à la solidarité de tous pour demander à Disney de prendre enfin la mesure des lacunes de sa politique de responsabilité sociale et de la corriger afin de garantir effectivement des conditions décentes aux ouvriers qui fabriquent ses jouets.

(1) Association d’étudiants et universitaires contre la mauvaise conduite des entreprises
(2) SACOM, “Still Looking for Mickey Mouse’s Conscience”, mai 2009.
(3) Cf. Rapport de la SACOM publié par Peuples Solidaires, “Ouvriers du jouet : les derniers maillons de la chaîne”, décembre 2009
(4) Rapport ”Unhappy Holidays at Merton Toy Factory”, octobre 2009, disponible sur www.chinalaborwatch.org

Pour signer l'Appel : http://www.peuples-solidaires.org/je-signe/?appel=944


13/10/2009

L'élevage à l'heure des biotechnologies...

http://vimeo.com/5629970

Copier-coller de Louis Rigaud, c'est excellent, ne ratez pas ça !!!

28/06/2009

Le plan secret de vaccination contre la grippe porcine de Sarkozy

par F. William Engdahl

Selon un article sur des fuites dans un journal français, le gouvernement français est en train de mettre au point des plans secrets, pour imposer à l'ensemble de la population française une campagne de vaccination obligatoire, prétendument contre l’éventuelle maladie de grippe porcine. Ce plan, sans précédent, va même à l’encontre des recommandations des avis de la santé publique. Les géants pharmaceutiques bénéficient de cette mesure, tandis que la grippe porcine pousse la tendance à la militarisation de la santé publique et au recours inutile à la panique dans la population pour faire avancer l'ordre du jour.

Selon un article de l'édition du 30 mai du quotidien français Le Journal du Dimanche, le régime Sarkozy a autorisé une dépense d'environ 1 milliard d’euros pour acheter des vaccins, destinés prétendument à lutter ou à protéger contre le virus H1N1 de la grippe porcine. Le seul problème, c’est que, à ce jour, ni l'OMS, ni le Center for Diseases Control (CDC) des États-Unis n’ont réussi à isoler, photographier au microscope électronique, ni à classer chimiquement le virus Influenza A H1N1. Rien de scientifique n’indique non plus que des virologistes français l'aient fait. Rendre obligatoire des médicaments contre une maladie supposée, qui n'est même pas caractérisée, est pour le moins douteux.

Encore plus étrange, il y a l'aveu de la Food & Drug Administration du régime étasunien, l’organisme chargé de la santé et la sécurité de ses citoyens, selon lequel, le « test » autorisé à sortie prématurée pour contrôler le H1N1 n'est même pas éprouvé. Plus précisément, dans tous les décès présentés à ce jour comme preuve scientifique de mort attribuable au virus H1N1 de la grippe porcine, il n'existe aucune preuve médico-légale qu’ils soient dus effectivement à ce genre de virus. Les épidémiologistes européens pensent que les décès rapportés à ce jour sont « le fruit du hasard » ou de ce qu’on dénomme infections opportunistes.

Ce que nous savons avec certitude, c'est que les gens qui sont morts ont souvent eu avant des complications respiratoires de nature non divulguée. Des gens meurent chaque jour de maladies respiratoires. Aux États-Unis seuls, quelques 36.000 décès liés à la grippe sont enregistrés chaque année, sans panique ni frayeur excessive. La plupart sont des personnes âgées ou des patients atteints de maladies pulmonaires. À ce jour, dans toute la France, 24 personnes ont été identifiées par les autorités de santé comme ayant les « symptômes » du H1N1. Il est intéressant de noter ce que citent l'OMS et le CDC comme symptômes du H1N1 : température, toux, maux de tête, écoulement nasal. Hmmmmm. Connaissez-vous quelqu'un avec les symptômes de la grippe porcine ? On notera aussi que, dans le dépouillement de plus de 15.000 cas de grippe porcine du H1N1 « confirmés » dans le monde, la grande majorité a guéri miraculeusement en trois à sept jours, tout comme dans le cas d'un mauvais rhume.

Objectif : Militariser de la santé publique

Il devient de plus en plus évident qu’une arrière-pensée est derrière les vagues successives de panique de masse créées ces dernières années par la CDC, l'OMS et des organismes gouvernementaux. Nous avons été affolés de manger du bœuf quand le bétail, au Royaume-Uni et ailleurs, a développé une maladie mortelle appelée ESB ou « maladie de la vache folle. » Plus tard émergea la preuve du fait que l'ESB était la conséquence de la vaccination des vaches pour tuer des insectes inoffensifs qu’elles ont sous la peau. Plus récemment, après des rapports de cas de ce qu'on appelle la « fièvre catarrhale » chez la vache, le mouton et la chèvre en Belgique et en Hollande en 2006, les autorités vétérinaires d’Allemagne, de Suisse et d’Autriche ont imposé une vaccination obligatoire ou un traitement avec des médicaments pour soi-disant protéger les animaux des morsures d'insectes prétendument porteurs de maladie habituellement inoffensives.

La vaccination des animaux des cheptels a été rendue obligatoire contre une maladie qui est en général si anodine qu’elle passe inaperçue, et qui dans de rares cas extrêmes pourrait être liée à la mort. Tous les animaux de plus de trois mois devaient être vaccinés. Les vaccins, selon un rapport de la publication suisse Aegis-Impuls de 2008, ont provoqué la mort en masse, une baisse de la natalité, une diminution de la production laitière, des crises cardiaques et d'autres graves effets. Les vaccins ont été utilisés en dépit du fait que personne apparemment n’avait certifié leur sûreté avant. Ils contenaient typiquement de l'hydroxyde d'aluminium et du Thiomersol ou mercure, en tant qu’adjuvants et/ou conservateurs, tous deux hautement toxiques et tous deux également utilisés dans la plupart des vaccins humains.

En dépit de la masse de protestations et de rapports auprès des autorités vétérinaires en Allemagne, en Suisse et en Autriche, il n’a pas été tenu compte des alertes et la vaccination de masse obligatoire a continué. Il n'est guère étonnant que les agriculteurs prennent leurs tracteurs pour protester dans la rue.

Le rapport d'un plan secret du gouvernement français, visant à vacciner tous les citoyens français de plus de trois mois, plus de 100 millions de doses, est plus que préoccupant. Selon Le Journal du Dimanche, anticipant un probable retour du virus en automne, le gouvernement français va dépenser près d'un milliard d'euros pour acheter des vaccins. Les autorités annonceront en automne si elles décident de rendre le vaccin obligatoire. « Nous serons prêts à attaquer dans un délai très court, » explique la ministre de la Santé. Selon les sources, l'État veut commander 100 millions de doses vaccinales contre la grippe auprès de trois laboratoires, GlaxoSmithKline, Novartis et Sanofi. Les deux derniers sont des compagnies françaises.

Le rapport français vient juste après l’adoption par le Sénat de l'État du Massachusetts d’un projet de loi de vaccination obligatoire contre la prétendue grippe porcine du H1N1. Dans l'hôpital d'État de l'État de New York, le planning des autorités est de débattre de rendre obligatoire la vaccination annuelle contre la grippe pour tout employé de la santé publique, bien qu’il n’existe aucun vaccin approuvé contre le H1N1. De plus en plus, il commence à apparaître que la peur des pandémies d’oiseaux ou de porcs est un prétexte pour justifier les vaccins obligatoires avec des substances dont les effets secondaires néfastes sont manifestement plus grave que la grippe dont ils devraient nous prémunir.

Novavax, une compagnie pharmaceutique étasunienne de Rockville dans le Maryland, vient juste d’annoncer assez opportunément qu’elle développe un vaccin contre le H1N1, basé sur des « particules apparentées aux virus, » contenant trois protéines du virus de la grippe sans les gènes nécessaires à la réplication. Le vaccin est produit grâce à des techniques de modification génétique des organismes ou des OGM. L'annonce a été faite dans les jours où la compagnie a annoncé une perte d'exercice financier de 36 millions de dollars.

Le médicament Tamiflu, qui est officiellement recommandé par l'OMS comme traitement pour « atténuer » les symptômes d’une éventuelle grippe porcine ou Influenza A H1N1, telle qu'elle a été rebaptisée, est lui-même hautement toxique. Santé Canada a informé les Canadiens de rapports internationaux sur des hallucinations et des comportements anormaux, dont l’automutilation, chez des patients prenant le médicament antiviral Tamiflu. Dans certains cas, la mort a été le résultat, et de graves complications pulmonaires sont largement associées au Tamiflu, le médicament dont le principal bienfaiteur financier est considéré comme son plus grand actionnaire, l'ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.

En 1976, aux États-Unis, le Président Gerald Ford, soucieux de remporter une élection serrée, face à une éventuelle pandémie, ordonna une vaccination de masse de la population, pour montrer aux électeurs qu'il était un Président « pratique. » La pandémie de 1976 n’arriva jamais, mais un grand nombre de gens souffrirent des graves effets neurologiques secondaires du vaccin, dont la production avait été précipitée, parmi lesquels furent signalés 25 décès du syndrome de Guillain-Barré.

La vaccination obligatoire avec des médicaments dont les effets secondaires sont inconnus, parce qu'ils n'ont pas été rigoureusement testés de façon indépendante, commença à frapper le genre humain aux États-Unis ou en Allemagne durant les années 30, lors d’expériences humaines de masse, effectuées avec des prisonniers handicapés mentaux et d’autres personnes défavorisées.

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Article original en anglais, Sarkozy’s Secret Plan for Mandatory Swine Flu Vaccination, publié le 3 juin 2009.

Traduction : Pétrus Lombard.

F. William Engdahl est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.

Source : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=13850

19/06/2009

Chevron, Shell et le vrai coût du pétrole

 

Amy Goodman   

 

L'économie est en plein chaos, le chômage augmente, l'industrie automobile s'effondre. Et pourtant les gains des entreprises pétrolières Chevron et Shell sont plus élevés que jamais. Néanmoins, tout autour du monde- de la forêt équatorienne au delta du Niger (Nigeria), en passant par les tribunaux et les rues de New York et San Ramon (Californie) - des gens luttent contre les géants pétroliers. Shell et Chevron sont au centre de toute l'attention en raison de leurs assemblées d'actionnaires et d'un jugement historique, deux faits qui se sont déroulés cette semaine.

 

Le 30 mai 2009

Le 13 mai, les Forces Armées nigérianes ont lancé une attaque contre des villages dans le delta du Niger, une zone du pays riche en pétrole. On craint que des centaines de civils n'aient été tués lors de cette offensive. Une fête religieuse dans le village de Oporoza, dans la zone du delta, fut attaquée, selon Amnesty International. Un témoin a raconté à cette organisation : « J'ai entendu un bruit d'avion; j'ai vu deux hélicoptères militaires tirer sur des maisons, sur un palais et sur nous. Nous avons dû courir vers un endroit sûr dans la forêt. Dans les fourrés, j'ai entendu des adultes pleurer, des femmes qui ne retrouvaient plus leurs enfants ; tous courraient pour sauver leurs vies ».

Shell rend des comptes devant un juge dans un tribunal fédéral des Etats-Unis, le cas Wiwa contre Shell, sur base d'une collaboration supposée de la firme pétrolière à la violente répression du mouvement de base du peuple Ogoni, dans le delta du Niger, qui a provoqué des déplacements, la contamination et la déforestation. Le demandeur affirme aussi que Shell a aidé à éliminer le Mouvement pour la Survie du peuple Ogoni et son leader charismatique Ken Saro-Wiwa. Saro-Wiwa a été le scénariste d'une série télé très populaire au Nigeria, mais il avait décidé de rejoindre la lutte des Ogoni, dont le territoire près du delta du Niger avait été zébré par les oléoducs. Les enfants de Ogonilandia, comme s'appelle cette région, ne savaient pas ce qu'était une nuit noire, car ils vivaient sous les lueurs des torchères, des flammes de gaz de la taille d'un immeuble à appartements, qui étaient allumées jour et nuit, et qui sont illégales aux Etats-Unis.

J'ai rencontré Saro-Wiwa en 1994. Il m'a dit : « Les entreprises pétrolières aiment les dictatures militaires parce que, tout simplement, sous ces dictatures, elles peuvent escroquer leur monde. Les dictatures sont brutales avec les gens, et nient les droits humains tant des personnes que des communautés, très facilement et sans scrupules », et il a ajouté : « En ce qui me concerne, je suis marqué au fer rouge ».

Saro-Wiwa est revenu au Nigeria et a été arrêté par la Junte Militaire. Le 10 novembre 1995, sans jugement en bonne et due forme, il a été emprisonné avec d'autres activistes Ogoni.

En 1998, j'ai été au delta du Niger avec le journaliste Jeremy Scahill. Un cadre de Chevron présent là-bas nous a dit que l'entreprise avait transporté les troupes de la très mal réputée Force Policière Mobile nigériane- connue pour sa politique de « tuer et partir »- dans un hélicoptère qui appartenait à la compagnie, vers une plate-forme pétrolière qui avait été occupée par des manifestants non-violents. Deux manifestants ont été assassinés, beaucoup d'autres ont été arrêtés et torturés.

Oronto Douglas, un des avocats de Saro-Wiwa, nous a dit : « Il est tout-à-fait clair que Chevron, de même que Shell, utilise les Forces Armées pour protéger ses activités pétrolières. Ils forent et ils tuent ».

Chevron est le second actionnaire (après l'entreprise pétrolière française Total) du projet du champ de gaz naturel et du gazoduc de Yadana, en Birmanie (Que le Junte Militaire a rebaptisé « Myanmar »). Le gazoduc est la source principale de revenus de la Junte Militaire, et ses bénéfices se sont élevés à un total d'environ mille millions de dollars en 2007. Le Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, qui fut élue comme leader de la Birmanie par le peuple en 1990, a subi une arrestation domiciliaire durant 14 des 20 dernières années, et va devoir comparaître devant les tribunaux militaires de nouveau cette semaine (mardi, le gouvernement a affirmé avoir mis fin à l'arrestation domiciliaire de Suu Kyi, mais elle reste détenue jusqu'au prononcé du jugement). Le gouvernement des Etats-Unis a interdit aux entreprises étasuniennes d'investir en Birmanie depuis 1997, mais Chevron a eu une dispense, dont elle a hérité quand elle a acquis l'entreprise pétrolière Unocal.

Une longue liste reprenant des abus similaires commis par Chevron, des Philippines au Kazakhstan, au Tchad, au Cameroun, en Irak, en Equateur et en Angola, et aux Etats-Unis et Canada, est détaillée dans un « rapport annuel alternatif » préparé par un groupe d'organisations non-gouvernementales, qui a été distribué aux actionnaires de Chevron lors de leur assemblée annuelle de cette semaine, et au public sur trueCostofChevron.com

Chevron fait l'objet d'une enquête de la part du Procureur Général de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, pour savoir si l'entreprise a été « précise et exhaustive » dans la description de ses responsabilités légales potentielles. Cependant, elle jouit d'une longue habitude de traiter avec des gens qui ont un pouvoir politique. Condoleeza Rice a été directrice de l'entreprise pendant longtemps (il y avait même un cargo à son nom), et le nouveau conseiller général engagé récemment n'est rien moins que l'avocat discrédité du Pentagone, William J. Haynes, qui a défendu l'usage des « Techniques d'interrogatoire sévères », en ce inclus le « sous-marin ». Le Général James L. Jones, Conseiller à la Sécurité Nationale du Président Barack Obama, a fait partie de l'Assemblée des Directeurs de Chevron durant la plus grande partie de 2008, jusqu'à ce qu'il reçoive sa désignation pour le poste de haut niveau à la Maison Blanche.

Saro-Wiwa a dit avant de mourir : « Nous allons exiger nos droits de façon pacifique, sans violence, et nous vaincrons ». Un mouvement populaire mondial croît pour arriver à cette fin.

Denis Moynihan a collaboré à l'enquête dans ces colonnes.

Amy Goodman est présentatrice de « Democracy now ! », un journal quotidien international d'une heure qui est diffusé par plus de 550 émetteurs de radio et de télévision en anglais et par 200 émetteurs en espagnol. Elle est la co-auteure du livre « Standing Up to the Madness : Ordinary Heroes in Extraordinary Times », récemment édité en format de poche.
 
Traduit par J-L Seillier pour Investig'Action.

Source: http://www.democracynow.org/blog/2009/5/27/amy_goodmans_n...

Via : http://www.michelcollon.info/index.php?option=com_content...

26/05/2009

Effet boomerang chez Monsanto

Aux États-Unis, cinq mille hectares de culture de soja transgénique ont du être abandonnés par les agriculteurs et cinquante mille autres sont gravement menacés. Cette panique est due à une « mauvaise » herbe qui a décidé de s’opposer au géant Monsanto, connu pour être le plus grand prédateur de la Terre. Insolente, cette plante mutante prolifère et défie le Roundup, l’herbicide total à base de glyphosphate, auquel nulle « mauvaise herbe ne résiste ». 
   

 
Quand la nature reprend le dessus.
  

 
C’est en 2004, qu’un agriculteur de Macon, en Géorgie, ville située à environ 130 kilomètres d’Atlanta, remarqua que certaines pousses d’amarantes résistaient au Roundup dont il arrosait ses cultures de soja. 
  

 
Les champs victimes de cette envahissante mauvaise herbe ont été ensemencés avec des graines Roundup Ready, qui comportent une semence ayant reçu un gène de résistance au Roundup auquel nulle « mauvaise herbe ne résiste ».
  

 
Depuis cette époque, la situation s’est aggravée et le phénomène s'est étendu à d'autres états, Caroline du Sud, et du Nord, Arkansas,Tennessee et Missouri. Selon un groupe de scientifiques du Centre for Ecology and Hydrology, organisation britannique située à Winfrith, dans le Dorset, il y aurait eu un transfert de gènes entre la plante OGM et certaines herbes indésirables, comme l’amarante. Ce constat contredit les affirmations péremptoires et optimistes des défenseurs des OGM qui prétendaient et persistent à affirmer qu'une hybridation entre une plante génétiquement modifiée et une plante non-modifiée est tout simplement « impossible ».
  

 
Pour le généticien britannique Brian Johnson, spécialisé dans les problèmes liés à l’agriculture : « Il suffit d’un seul croisement réussi sur plusieurs millions de possibilités. Dès qu’elle est créée, la nouvelle plante possède un avantage sélectif énorme, et elle se multiplie rapidement. L’herbicide puissant utilisé ici, à base de glyphosphate et d’ammonium, a exercé sur les plantes une pression énorme qui a encore accru la vitesse d’adaptation. » Ainsi, un gène de résistance aux herbicides a, semble-t-il, donné naissance à une plante hybride issue d’un saut entre la graine qu’il est censé protéger et l’amarante, devenue impossible à éliminer.
  

 
La seule solution est d’arracher les mauvaises herbes à la main, comme on le faisait autrefois, mais ce n’est pas toujours possible étant donné l’étendue des cultures. En outre, ces herbes, profondément enracinées sont très difficiles à arracher et 5 000 hectares ont été tout simplement abandonnés. 
  

 
Nombre de cultivateurs envisagent de renoncer aux OGM et de revenir à une agriculture traditionnelle, d’autant que les plants OGM coûtent de plus en plus cher et la rentabilité est primordiale pour ce genre d’agriculture. Ainsi Alan Rowland, producteur et marchand de semences de soja à Dudley, dans le Missouri, affirme que plus personne ne lui demande de graines Monsanto de type Roundup Ready alors que ces derniers temps, ce secteur représentait 80 % de son commerce. Aujourd’hui, les graines OGM ont disparu de son catalogue et la demande de graines traditionnelles augmente sans cesse. 
  

 
Déjà, le 25 juillet 2005, The Guardian publiait un article de Paul Brown qui révélait que des gènes modifiés de céréales avaient transitévers des plantes sauvages, créant ainsi une « supergraine » résistante aux herbicides, croisement « inconcevable » par les scientifiques du ministère de l’environnement. Depuis 2008, les media agricoles américains rapportent de plus en plus de cas de résistance et le gouvernement des États-Unis a pratiqué d’importantes coupes budgétaires qui ont contraint le Ministère de l’Agriculture à réduire, puis arrêter certaines de ses activités. 
  

 
Plante diabolique ou plante sacrée 
 

 
Il est amusant de constater que cette plante, « diabolique » aux yeux de l’agriculture génétique, est une plante sacrée pour les Incas. Elle fait partie des aliments les plus anciens du monde. Chaque plante produit en moyenne 12 000 graines par an, et les feuilles, plus riches en protéines que le soja, contiennent des vitamines A et C et des sels minéraux. 
  

 
Ainsi ce boomerang, renvoyé par la nature sur Monsanto, non seulement neutralise ce prédateur, mais installe dans des lieux une plante qui pourra nourrir l’humanité en cas de famine. Elle supporte la plupart des climats, aussi bien les régions sèches que les zones de mousson et les hautes terres tropicales et n’a de problèmes ni avec les insectes ni avec les maladies, donc n’aura jamais besoin de produits chimiques. 
  

 
Ainsi, « la marante » affronte le très puissant Monsanto, comme David s’opposa à Goliath. Et tout le monde sait comment se termina le combat, pourtant bien inégal ! Si ces phénomènes se reproduisent en quantité suffisante, ce qui semble programmé, Monsanto n’aura bientôt plus qu’à mettre la clé sous la porte. À part ses salariés, qui plaindra vraiment cette entreprise funèbre ?

 

08/05/2009

La grippe industrielle

Jusqu’à présent, personne ne sait si la grippe A H1N1 pourrait être à l’origine d’une pandémie mondiale, mais sa provenance semble néanmoins de plus en plus évidente: sa source se trouverait fort probablement dans une méga-porcherie de Veracruz, au Mexique, propriété d’une compagnie multinationale américaine(1).

Ces méga-porcheries sont dégoûtantes, dangereuses , et elles se multiplient rapidement. Des milliers de porcs y sont entassés dans des entrepôts sales et se font administrer un cocktail de médicaments, ce qui entraîne des problèmes sanitaires à plusieurs niveaux. Ces méga-porcheries et les lacs de lisier qu’elles créent constituent des milieux extrêmement propices au développement de nouveaux virus dangereux tels que le A H1N1. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) doivent entamer des recherches et développer des moyens de contrôle pour ces fermes afin de protéger la santé mondiale.

Les grandes entreprises agro-alimentaires essaieront de bloquer toute tentative de réforme, nous devons donc lancer un cri de protestation que les autorités sanitaires ne pourront ignorer. Signez la pétition ci-dessous demandant des règles et des contrôles pour les fermes-usines et faites passer le mot à vos amis et aux membres de votre famille. Nous remettrons cette pétition aux agences de l’ONU. Si nous recueillons 200.000 signatures, nous irons livrer la pétition à Genève avec un troupeau de porcs en carton. Pour chaque millier de signatures supplémentaires, nous ajouterons un porc au troupeau:

http://www.avaaz.org/fr/swine_flu_pandemic

La semaine dernière, on n’entendait parler que de la grippe. Le Mexique était paralysé et les dirigeants partout sur la planète ont freiné les déplacements par avion, arrêté les importations de porc et initié des contrôles drastiques pour tenter d’arrêter la propagation du virus. La menace s’étant depuis atténuée, la question de la provenance du virus et de la probabilité d’une menace future reste pertinente.

Smithfield Corporation, le plus grand producteur porcin du monde, dont une des fermes serait à l’origine du virus, nie tout lien entre ses porcs et la grippe. Les grandes entreprises agro-alimentaires mondiales paient de gros montants d’argent pour subventionner des recherches affirmant que la bio-sécurité est assurée dans leurs grandes productions agricoles. Or, l’OMS dit depuis des années qu’une nouvelle pandémie est inévitable(2) et des experts de la Commission européenne et de la FAO ont averti que l’augmen tation de la production intensive de porc augmentait le risque de développement et de transmission de maladies. Le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies soulignent également que les chercheurs ne connaissent toujours pas la portée des nouvelles molécules émergeant des fermes sur la santé humaine(3).

Les études abondent sur les conditions horribles que les porcs subissent dans ces méga-porcheries et sur l’impact dévastateur de ces fermes sur l’économie locale des petites communautés agricoles. Smithfield a dû payer une amende de 12,6 m et est actuellement sous enquête aux États-Unis pour des dommages environnementaux crées par des lacs de lisier porcin toxique(4).

Même avec toutes ces preuves des torts causés, la combinaison de l’augmentation de la consommation de viande mondiale avec une industrie puissante, motivée par les profits au prix de la santé humaine, signifie qu’au lieu d’être fermées, ces méga-porcheries se multiplient autour du monde graĉe à des subsides(5). Dans le contexte de la grippe actuelle, demandons des comptes aux producteurs de porc industriels. Signez la pétition demandant plus de contrôles:

http://www.avaaz.org/fr/swine_flu_pandemic

Nous devons trouver une solution à la crise sanitaire mondiale actuelle en réévaluant notre consommation et notre production alimentaire. Si nous demandons de toute urgence que des enquêtes soient entreprises sur l’impact des méga-porcheries sur notre santé, des règles plus sévères seront mises en place pour la production agricole, ce qui pourrait nous permettre d’éviter les épidémies futures de maladies trouvant leur origine chez les animaux de l’industrie agro-alimentaire.

http://www.avaaz.org/fr/swine_flu_pandemic

Moralité : devenez végétarien ou au moins privilégiez les filières d'élevage local et bio, mangez moins de viande mais de meilleure qualité.  Changez votre façon de consommer. Boycotez les supermarchés ! Tout le monde y gagne, vous, moi, les animaux, la planète !

Le saviez-vous : le porc industriel est le plus grand consommateur de valium.

Le respect des animaux qui sont des êtres sensibles et pas seulement de la viande sur pattes, peut aussi sauver l'Homme, sauf peut-être de sa connerie sans borne...

10/04/2009

Otan: le cercle vicieux de la violence

Diana Johnstone   

 

 

Où qu’elle aille, l’Otan crée des menaces. C'est  son fond de commerce. Que ce soit en Afghanistan ou à Strasbourg, la présence  militaire étrangère provoque la rébellion violente, surtout de la part de  jeunes gens qui veulent relever le défi. Leur rébellion sert à justifier une  augmentation de violence répressive. Et ainsi de suite…

 


6 avril 2009

 

 

Ce cycle était  visible samedi le 4 avril à Strasbourg, où plusieurs milliers de policiers et  un petit nombre de casseurs du Black Block ont volé la vedette à ce qui aurait  dû être le début d’un nouveau mouvement de masse européen contre l’Otan. La  manifestation pacifiste fut écrasée et désintégrée par la police en armes,  pendant que des jeunes aux capuchons noirs jetaient des pierres, cassaient des  vitres et mettaient le feu aux bâtiments.

 

Provocateurs contre provocateurs

Dans ce cycle de provocation, il n’y a aucun doute que c'est  l'Otan qui a commencé. La célébration ostentatoire du 60ème anniversaire de  l’Alliance tenue dans trois villes du Rhin, Strasbourg, Kehl et Baden Baden ce  jour-là, constituait une insulte aux citoyens. Après tout, si les dirigeants  de "l’Occident démocratique" sont tellement appréciés, pourquoi faut-il  transformer les villes qui les reçoivent en forteresses assiégées pour les  accueillir? Si les Européens bénéficient de la protection de l’Otan, pourquoi  les tenir à distance de leur bienfaiteurs ? Mais bien sûr l’Otan n’est pas une  force de défense. Depuis l’agression contre la Serbie il y dix ans jusqu’au  bourbier afghan aujourd’hui, l’Otan se transforme progressivement en force  expéditionnaire destinée aux interventions lointaines. Les mesures de sécurité  draconiennes appliquées à trois villes européennes plutôt conservatrices,  enfermant les habitants dans leurs domiciles, ressemblaient à une occupation  étrangère. Malgré la grande – mais peut-être passagère – popularité d’Obama,  le sommet de l’Otan a illustré l’écart qui se creuse entre les peuples et  leurs dirigeants politiques. Grand « communicateur », le Président des  Etats-Unis s’est efforcé de persuader les Européens qu’ils sont encore plus  menacés par Osama bin Laden et Al Qaeda que les Américains, et doivent donc  payer leur tribut en impôts et en soldats pour éliminer cette menace quelque  part en Afghanistan, si ce n’est au Pakistan ou ailleurs. Les médias européens  ont pu distraire le public de cette notion saugrenue en dirigeant l’attention  vers la tenue vestimentaire de Michelle Obama. Mais, entre temps, des dizaines  de milliers de citoyens européens se dirigeaient vers Strasbourg dans l’espoir  de manifester leur désaccord. Ils avaient des arguments à faire entendre. Ils ont fini étouffés par des nuages de gaz lacrimogènes, et ont été traités comme  des bêtes.

La responsabilité du fiasco

La responsabilité de ce fiasco  est partagée. De loin les plus responsables sont les forces de l'ordre qui ne  cessent de durcir leurs modes de répression partout en Europe. Sous le regard  des hélicoptères, les divers policiers, gendarmes et CRS pratiquent la  technique d’origine anglaise de « kettling » qui consiste à diviser et à  enfermer les manifestants à l’intérieur de petits espaces séparés, parfois  entourés de barrières métalliques. Il s’agit de traiter les êtres humains  comme du bétail. Plus de dix mille policiers ont employé un arsenal d’armes  anti-personnelles contre un nombre comparable de manifestants sans défense.  Des gaz lacrimogènes, des balles en caouchouc et des armes à « son et lumière  » ont d’abord mis fin aux discours avant d’égarer les manifestant dispersés et  désorientés. Tout cela a fini dans un chaos total.

Ce fut le résultat  recherché. Mais une part de responsabilité incombe aux organisateurs, si on  peut utiliser ce mot pour un événement où l’organisation faisait à ce point  défaut. La manifestation anti-Otan du 4 avril était organisée par un collectif  de groupes de militants français dont aucun n’avait l’autorité pour imposer un  plan cohérent. Ainsi, le doyen de ces groupes, le Mouvement de la Paix, a fini  par exercer la plus grande influence sur les décisions, notamment celle  d’accepter le choix du site pour le rassemblement offert par la Préfecture. Au  lieu de pouvoir se rassembler sur une place publique et de défiler dans les  rues de Strasbourg sous les fenêtres des habitants, avec leurs banderolles,  leurs slogans et leur théâtre de rue, les manifestants furent exilés sur une  île périphérique entre le Rhin et un grand canal dans une zone industrielle.  Les deux seuls ponts permettant l’accès du côté français étaient faciles à  bloquer pour les forces d’ordre. Il suffit de regarder un plan pour voir qu’il  s’agissaitt d’un piège, et, sur le terrain, le dénivellement rendait celui-ci  pire encore. Situé à quelques huit kilomètres de la gare, un jour où tout  transport public était supprimé, le site était difficile à atteindre. De plus,  le point de rassemblement et le parcours imposé était quasi invisible au  public. Bref, les manifestants étaient coupés de toute communication avec le  public. Et la souricière donnait l’avantage à la police pour exercer ses  méthodes de répression. Pourtant les organisateurs ont accepté ce site  inacceptable – sans même fournir un service d’ordre pour guider et essayer de  protéger les manifestants.

Il est vrai qu’en échange, la Préfecture avait  fait certaines promesses – non tenues. Les ponts et les rues qui devaient  rester ouverts pour permettre aux manifestants de joindre le rassemblement sur  l’île se trouvaient bloqués de façon imprévisible par la police, provoquant  les premières échauffourées. Curieusement, plusieurs milliers de manifestant  pacifistes furent bloqués sur la rive allemande du Rhin, sans jamais pouvoir  rejoindre le rassemblement, tandis que des Black Block allemands y  parvenaient. En général, la police a traité les pacifistes comme l’ennemi dans  une guerre civile, sans protéger les personnes ou les biens de la minorité  violente.
Le rassemblement, tenu dans un creux sur l’île, était perturbé  par le spectacle d’un hôtel voisin consumé par les flammes. Les haut-parleurs  cédaient au bruit des hélicoptères. Le défilé programmé n’a jamais pu se  faire. Des manifestants désorientés étaient abandonnés à eux-mêmes lorsqu’ils  tentaient d’échapper aux gaz lacrimogènes à travers un labyrinthe de contrôles  policiers.

Le Black Block

Les pacifistes ne pouvaient concurrencer les  casseurs du Black Block, pourtant beaucoup moins nombreux. Contrairement aux  pacifistes, ils paraissent, sur les vidéos, comme étant maîtres de leur propre  jeu, en combat avec la police. Il est probable qu’ils en éprouvent fierté et  satisfaction.
Après le désastre de Strasbourg, il est clair que, pour  survivre et se développer, le mouvement anti-Otan doit faire face à trois  problèmes : ses propres faiblesses organisationnelles, la répression policière  et le Black Block.
Question fréquente : les casseurs du Black Block  sont-ils des provocateurs travaillant pour la police ? Incapable d’enquêter  sérieusement sur cette question, ma propre réponse intuitive est :  subjectivement non, mais objectivement oui. Ils ne peuvent pas tous être des  policiers en capuchon noir. La plupart croient sans doute qu’ils sont en train  de « combattre le capitalisme », comme ils le proclament. Mais objectivement  ils arrivent à justifier cette même répression policière qu’ils combattent  avec tant d’élan.

Errare humanum est. Les mauvaises intentions  fleurissent, mais les erreurs sont encore plus courantes. Un mouvement  intelligent contre l’Otan doit essayer d’appliquer l’alternative à la guerre –  l’argumentation rationnelle – en toutes circonstances. Nous devons débattre  avec les gens qui se trompent sur l’Otan, pour expliquer sa nocivité. Et nous  devons débattre avec ceux du Black Block, pour signaler ce qui ne va pas dans  leur forme de protestation.

Comment entamer un tel dialogue n’est pas  évident. En faisant l’hypothèse que les participants aux actions du Black  Block ne sont pas tous des policiers déguisés, j’inviterais, si j’en avais les  moyens, ceux qui sont sincères à prendre en considération plusieurs  idées.

  • Les combattants du Black Block devraient mettre en question leurs  propres motivations. Tout au long de l’histoire, de jeunes gens s’amusent à se  mettre en bandes pour combattre un ennemi. La testosterone et l’adrénaline ne  sont pas des arguments politiques. Mais ce sont des stimulants très efficaces  quand il s’agit de lancer des projectiles contre l’adversaire. Les combattants  de rue se sentent facilement victorieux et supérieurs face aux phalanges de  flics casqués qui paraissent bien lâches dans ce contexte. Les casseurs sont  victorieux dans le match du machisme, mais à quoi bon, si ce n'est à flatter  leur orgueil ?
  • Les combattants du Black Block devraient surtout penser à  l’effet de leurs actions sur la masse des citoyens, qui peuvent être indécis  politiquement. L’Otan et les forces de l’ordre profitent du sentiment  d’insécurité des citoyens. Les actions du Black Block attisent ce  sentiment.
  • Les combattants du Black Block devraient évaluer l’impact  désastreux de leurs activités sur d’autres formes de protestation publique.  Avec la police, ils vident les rues des manifestations de masse.
  • Les  combattants du Black Block devraient réfléchir sur la facilité avec laquelle ils sont exploités par leur ennemi. D’une part, quoi qu’ils en pensent, ils  sont certainement infiltrés par des agents. Et ils doivent se demander  pourquoi certains d’entre eux ont pu casser les vitres de l’Hôtel Ibis sur l'île du Rhin à Strasbourg, puis y mettre le feu de façon méthodique, sans la  moindre intervention policière. De plus, cet incendie impressionnant dévora  l’hôtel pendant plus d’une heure avant l’arrivée des pompiers. Ce spectacle  servit parfaitement à faire peur aux manifestants et à hâter leur dispersion, mais surtout à remplir les écrans de télévision avec la preuve que « les  manifestants sèment la destruction ». Les autorités ont cité l’incendie comme  justifiant leurs mesures policières (pourtant parfaitement inutile dans ce cas  précis). Et pourquoi mettre le feu à un hôtel Ibis, alors qu’il y en a huit à Strasbourg, celui-ci étant probablement le moins rentable ? Et quels moyens  semi-professionnels étaient nécessaires pour cette action de pyromane ? Et pourquoi mettre également le feu à une pharmacie qui servait les résidents  plutôt modestes de ce quartier déshérité ? Quel message politique exprime-t-on  ainsi ?
  • Bref, les militants du Black Block, quel que soit leur âge, doivent quitter l’adolescence attardée et se rendre compte que le combat  contre les pouvoirs injustes commence par la pensée, la raison, les faits et les arguments. Jouer avec la violence c'est jouer sur le seul terrain où ils  sont les plus forts, c’est jouer leur jeu. L’action du style d’Intifada peut  être le seul recours pour des Palestiniens désespérés, mais, en Europe, il existe encore d’autres moyens d’opposition politique. Il faut les inventer,  les explorer, les développer.

Que faire?

L’année 2008 fut un vrai  tournant, avec deux événements de très grande portée qui changent, petit à  petit, la vision du monde que peuvent avoir la plupat des gens :  l’effondrement financier, et l’attaque israélienne contre Gaza. Les  répercussions s'en feront de plus en plus sentir. Elles préparent le terrain  pour l’opposition massive des peuples aux puissances financières et militaires  qui dirigent l’Occident et qui s’efforcent toujours, à travers l’Otan en  particulier, d'imposer leur domination au monde entier. Il y a des indices que  le pouvoir reconnaît le danger et prépare des technologies de répression pour  contrer les révoltes à venir. Il est urgent de fournir des alternatives  politiques en termes de programmes et d’organisation. Si les manifestations de  masse sont vulnérables à la répression policière et aux casseurs, il faut  inventer d’autres moyens plus variés et plus flexibles pour communiquer les  uns avec les autres afin d' élargir un mouvement cohérent capable de combattre  la militarisation de la société et de construire une économie centrée sur les  véritables besoins des êtres humains. En tout cas, toute manifestion future  contre l’Otan doit se doter de son propre service d’ordre. On ne peut pas  mélanger des manifestants pacifiques avec les casseurs qui cherchent ce que  cherche la police : les combats violents.

 

Source : http://www.michelcollon.info/index.php?view=article&c...

19/03/2009

Au programme

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06/03/2009

Crise bancaire: la prochaine déferlante arrive d'Europe de l'Est

par William Engdahl
Les banques européennes auront à faire face, dans les mois qui viennent, à une déferlante de pertes totalement inédite dont, à ce jour, il n’a été tenu compte dans aucun plan d’aide gouvernementale. Contrairement aux pertes des banques américaines qui trouvent leur origine dans leur exposition au phénomène des prêts hypothécaires de mauvaise qualité dans l’immobilier et autres prêts titrisés, le problème des banques d’Europe occidentale, en particulier, en Autriche, Suède et peut-être Suisse, est issu du volume massif de prêts consentis dans les années 2002-2007, période durant laquelle les taux d’intérêts internationaux étaient extrêmement bas, en particulier pour la clientèle des pays de l’Europe de l’Est.
 
Les problèmes en Europe de l’Est, problèmes qui émergent en ce moment dans toute leur ampleur, sont, pour ainsi dire, une conséquence indirecte des politiques monétaires très « laisser-faire » de la Fed sous Greenspan, de 2002 à 2006, période durant laquelle les actifs de Wall Street soutenus par la titrisation, selon le procédé (NDTT lire « la combine ») de Ponzi, décollaient.

La dangerosité de ces emprunts Est-européens se révèle maintenant que la récession économique globale en Europe de l’Est comme de l’Ouest force les banques occidentales à se retirer, refusant le renouvellement des prêts ou le refinancement des crédits, laissant des milliers d’emprunteurs avec des dettes d’emprunt impossibles à payer. La dimension de cette crise émergeante de l’emprunt en Europe de l’Est éclipse tout ce que l’on a pu imaginer jusqu’à présent. Ceci obligera à poser un regard nouveau sur toute la question de la nationalisation des banques dans les semaines qui viennent, indépendamment des espoirs entretenus par certains politiciens dans certains partis.

La Société de Rating de Crédit Moody vient tout juste d’annoncer qu’elle « pourrait » rétrograder un nombre de banques occidentales largement exposées du côté de l’Europe de l’Est. Après cette annonce, l’Euro est descendu à son taux le plus bas depuis 2 mois et demi, par rapport au Dollar.

Le rapport de Moody mentionne particulièrement des banques d’Europe de l’Est appartenant à des banques d’Europe occidentale et incluant spécifiquement Raiffeisen Zentralbank Oesterreich et la suédoise Swedbank. L’avertissement public de Moody va obliger les banques occidentales qui ont des filiales en Europe de l’Est à rendre radicalement plus strictes les conditions de prêts à l’Est, juste au moment où c’est le contraire qui est nécessaire pour éviter un effondrement de la croissance économique et provoquer une réaction en chaîne dans la cessation des remboursements. Les banques occidentales sont prises dans un cercle maléfique.

D’après mes sources bien informées de la City à Londres, ces nouvelles préoccupations à propos de l’exposition des banques aux problèmes de l’Europe de l’Est vont déterminer la nouvelle déferlante de la crise financière globale dont ils pensent qu’elle peut être plus dévastatrice que l’effondrement des sub-primes titrisés qui ont déclenché toute la crise de la confiance.

Le résultat de l’avertissement de Moody, c’est que les banques d’Europe de l’Ouest vont maintenant se montrer sélectives dans le soutien accordé à leurs filiales. Le rapport de Moody indique que « les banques des pays associées à des risques systémiques importants pourraient faire face à un soutien réduit ». Les gouvernements de l’Europe de l’Ouest peuvent également établir des règles pour s’assurer qu’il soit interdit aux banques qui reçoivent le soutient de l’Etat, d’aider leurs filiales étrangères. Ceci est déjà le cas pour les banques grecques avec le gouvernement grec. Le résultat est l’aggravation notoire d’une situation déjà mauvaise.

L’ampleur des risques est renversante

Les montants des prêts à risques concernent essentiellement des banques italiennes, autrichiennes, suisses, suédoises et pense-t-on, allemandes. Quand les pays de l’ex Union Soviétique et du pacte de Varsovie ont déclaré leur indépendance au début des années 90, les banques d’Europe occidentale se sont précipitées pour acheter à bas prix les principales banques des principaux pays de l’Est nouvellement indépendants. Au moment où la baisse des taux d’intérêt américains après la crise boursière de 2002 poussait les taux d’intérêt mondiaux vers de nouvelles baisses, les facilités de crédit favorisaient, au-delà des frontières, les prêts à hauts risques en devises étrangères. Dans des pays comme la Hongrie, les banques suisses et autrichiennes promouvaient des prêts hypothécaires exprimés en francs suisses avec des taux d’intérêts significativement plus bas. Le seul risque à l’époque : que la devise hongroise soit dévaluée, forçant les propriétaires en Hongrie à rembourser parfois le double de leurs mensualités en francs suisses. C’est exactement ce qui s’est passé durant les derniers 18 mois au moment où les banques et les fonds occidentaux ont radicalement réduit leurs investissements spéculatifs dans les pays de l’Est, pour rapatrier le capital vers les sièges centraux des banques, mis en sérieuse difficulté par la catastrophe bancaire américaine. Dans le cas du Zloty polonais, son cours a chuté de 50% dans les derniers mois. Le volume de l’emprunt-logement en devises étrangères existant en Pologne n’est pas connu, mais Londres estime qu’il pourrait être énorme.

Dans le cas des banques autrichiennes, le pays assiste à nouveau à la crise des institutions de crédit viennoises de 1931 qui par réaction en chaîne, s’était étendue aux banques allemandes et avait conduit l’Europe continentale à la crise économique de 1931-33. Lors de la récente réunion européenne des ministres des finances à Bruxelles, le ministre des Finances Josef Pröll aurait, d’après certaines informations, plaidé auprès de ses collègues l’obtention d’une aide de 150 milliards d’euros pour les banques d’Europe de Est. Les banques autrichiennes, à elles seules, ont prêté là 230 milliards d’euros, soit l’équivalent de 70% du PNB autrichien. La plus grande banque autrichienne, propriété à son tour, de l’italienne « Uncredito » associée à l’allemande « HypoVereinbank », font face à ce que la presse viennoise appelle un « Stalingrad monétaire » en ce qui concerne son risque d’exposition à l’Est.

Une amère ironie de l’histoire veut qu’au cours de sa vague de fusions des dernières années, la banque Austria a racheté la viennoise Creditanstalt.

D’après des estimations publiées dans la presse financière viennoise, si seulement 10% des prêts autrichiens venaient à se trouver en difficulté de remboursement dans les prochains mois, cela « mènerait à l’effondrement du système financier autrichien ». La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BRED) à Londres, a estimé que les dettes douteuses à l’Est excèderont les 10% et « pourraient atteindre 20% ».

D’après certaines informations, le ministre allemand des Finances Peer Steinbrück a rejeté catégoriquement toute idée de fond européen d’aide aux pays de l’Est, déclarant qu’il ne s’agit pas d’un problème allemand. Il pourrait le regretter si la crise s’étend aux banques allemandes générant des coûts beaucoup plus importants pour le contribuable allemand. L’un des aspects les plus frappants de la crise actuelle dont le début remonte à l’été 2007, est l’évidence croissante de l’incapacité des principaux ministres des Finances et des banques centrales de Washington à Bruxelles en passant par Paris, Frankfort et Berlin, à traiter la crise avec fermeté.

Le bureau londonien de la banque américaine d’investissements Morgan Stanley à rendu un rapport d’estimation du total des prêts consentis par les banques européennes aux pays de l’Est. D’après ce rapport, l’Europe de l’Est a emprunté à l’étranger un total de plus de 1.7 mille milliards de dollars venant essentiellement de banques Ouest européennes. Beaucoup de ces emprunts ont été faits à court terme, c’est-à-dire à moins d’un an. En 2009, les pays de l’Est doivent rembourser ou renouveler quelques 400 milliards de dollars, largement 33% du total de leur PNB. Etant donné que la récession s’affirme, les chances que cela se passe diminuent de jour en jour. A présent, sous l’effet des pressions politiques et financières internes, les banques occidentales refusent le renouvellement de ce genre de prêts. Les fenêtres de crédit à l’Est qui étaient, il y a deux ans encore, la source d’une explosion des profits pour les banques d’Europe occidentale, viennent de se refermer d’un coup.

Même la Russie qui, il y a un an, possédait 600 milliards de dollars de réserves de devises, se trouve en situation difficile. Les grandes compagnies russes doivent rembourser ou renouveler pour 500 milliards de dollars cette année. Depuis le mois d’août, la Russie a subi une saignée de 36% de ses réserves de devises en défendant le rouble.

En Pologne, 60% des prêts hypothécaires sont en francs suisses. Le zloty polonais vient de perdre la moitié de sa valeur contre le franc suisse. La Hongrie, les Balkans, les pays Baltiques et l’Ukraine souffrent tous des variantes de la même histoire. Comme dans un acte de folie collective – des prêteurs comme des emprunteurs - ils suivent la débâcle américaine. Cette crise, pour les banques européennes, vient s’ajouter à leurs pertes dans la crise des valeurs américaines de l’immobilier. Voilà ce qui induit la prochaine déferlante de la crise qui va frapper. Presque toutes les dettes du bloc de l’Est sont entre les mains de l’Europe de l’Ouest, particulièrement les banques autrichiennes, suisses, grecques, italiennes et belges. Les européens représentent un étonnant 74% du portefeuille d’emprunts de 4.9 mille milliards de dollars des marchés émergents. Ils sont cinq fois plus exposés à cette crise que les banques américaines ou japonaises et l’effet de levier peut être de 50% d’après le FMI.

Que cela prenne des mois ou juste des semaines, le système financier européen est confronté à un défi majeur et la situation est rendue plus compliquée du fait qu’au moment ou les règles de la Banque Centrale Européenne ont été mises au point, à la fin des années 90, les gouvernements ne sont pas arrivés à se mettre d’accord pour abandonner la totalité des pouvoirs bancaires nationaux à ce nouvel organisme (BCE). Le résultat, c’est que devant ce premier défi de la BCE dans une crise systémique, la banque est incapable d’agir de la même manière que, par exemple, la Réserve Fédérale et de jouer le rôle de prêteur en dernier recours ou encore, d’inonder le marché d’incitatifs « d’urgence ».

D’après certaines estimations, la Banque Centrale Européenne devrait déjà ramener les taux à zéro pour ensuite acheter des obligations et des « Pfandbriefe » à très grande échelle. Elle est limitée par des contraintes d’ordre géopolitique – un véto Hollande/Allemagne – et le Traité de Maastricht. La BERD estime que l’Europe de l’Est à besoin de 400 milliards d’euros pour couvrir les prêts et consolider le système de crédit.

Les gouvernements européens aggravent les choses. Certains d’entre eux font pression sur leurs banques pour qu’elles se retirent, supprimant leurs relations avec leurs filiales de l’Europe de l’Est. Athènes a ordonné à ses banques de sortir des Balkans. Les sommes nécessaires sont au-delà des limites du FMI qui a déjà soutenu la Hongrie, la Lettonie, la Biélorussie, l’Islande, et le Pakistan – et prochainement la Turquie - et épuise rapidement ses propres 155 milliards d’euros de réserve, ce qui le force à vendre ses réserves d’or pour renflouer son cash.

Les récents 16 milliards de dollars de sauvetage du FMI pour l’Ukraine se sont effilochés. Le pays – qui fait face à un tassement de 12% de son PNB après l’effondrement des prix de l’acier – va vers la cessation de paiements, laissant Unicredit, Raffeisen et ING affronter le désastre. Le gouverneur de la banque centrale de Lettonie a déclaré son économie « cliniquement morte » après qu’elle ait rétréci de 10,5% au 4e trimestre. Des manifestants se sont attaqué au ministère des Finances et ont pris d’assaut le parlement.

Le plus alarmant, c’est peut-être que les institutions européennes ne disposent d’aucun cadre pour traiter la question. Le jour où ils décident de ne pas sauver l’un de ces pays, ce sera l’élément déclencheur pour une crise massive dont la contagion s’étendra dans l’Union Economique.

Ce qui est clair, à présent, c’est que pour des raisons politiques mesquines, Berlin ne sauvera pas l’Irlande, l’Espagne, la Grèce et le Portugal si l’effondrement de leurs bulles de crédit les mène à une augmentation des cessations de paiements. Ni ne sauvera l’Italie en acceptant les projets d’émission « d’obligations européennes » si le marché de la dette venait à boycotter la dette publique explosée de l’Italie atteignant 112% de son PNB de l’année qui vient tout juste d’être revu à 101%.

Traduit par Anne Bienfait pour Investigaction, révisé par Magali Urbain.

Source: www.globalresearch.ca
 

13/02/2009

Israël a bien utilisé dans la bande de Gaza des armes à Uranium Appauvri

Mise en ligne le : 12 février 2009

L’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN) a poursuivi son enquête sur les 1000 bombes guidées GBU-39 livrées à Israël par les États-Unis quelques semaines avant l’opération « Plomb durci » contre Gaza. Cette enquête confirme l’essentiel des allégations initiales de l’association.


 

Dans un article publié le 4 janvier 2009 sur son site www.acdn.net, article largement diffusé et repris par de nombreux sites, ACDN dénonçait l’emploi de bombes GBU-39, dès le début de « Plomb durci », par l’armée de l’air israélienne, en affirmant qu’elles contenaient de l’uranium appauvri. Métal radioactif et poison chimique, l’uranium appauvri, lorsqu’il est inhalé ou ingéré sous forme de micro- ou nanoparticules, s’attaque à l’ADN des cellules et au génome humain. Utilisé pour durcir des munitions, il est pyrophorique (incendiaire) à l’impact, mais aussi gravement pathogène, cancérigène et tératogène à moyen et à long terme. Employer de telles armes au sein d’une population sans tenir compte de ces effets bien connus de l’UA, c’est prendre sciemment le risque d’un génocide. D’où le titre de l’article du 4 janvier : A Gaza, le génocide à l’Uranium Appauvri a commencé, et l’appel d’ACDN à cesser le massacre.

Réactions

La « communauté internationale », officielle comme antinucléaire, ne semblant pas réagir à ce cri d’alarme, sinon pour le mettre en doute, ACDN a constitué et publié dès le 14 janvier un dossier plus complet sur les GBU-39 Génocide à l’Uranium Appauvri à Gaza : le dossier. Le 18 janvier, le cessez-le-feu venant d’être proclamé par Israël, le président d’ACDN écrit au Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, pour lui demander d’ouvrir au plus vite une enquête sur la présence de matières radioactives dans la bande de Gaza et de prendre, s’il y a lieu, des mesures d’urgence pour neutraliser si possible ces matières ou du moins protéger les Gazaouis et leurs voisins de la radioactivité. Il suggère de confier cette enquête au Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui a déjà enquêté sur ce sujet dans les Balkans et qui a su trouver de l’uranium appauvri là où il y en avait.

De leur côté, les ambassadeurs des pays arabes accrédités en Autriche font remettre le 19 janvier, par le Prince Mansour Al-Saud, une lettre à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique dans laquelle ils s’inquiétent de l’information « médicale et médiatique » selon laquelle « des traces d’uranium appauvri ont été trouvées dans des victimes palestiniennes ». C’est en effet ce que le Dr Mads Gilbert, l’un des médecins norvégiens travaillant à l’hôpital Al-Chifa de Gaza, avait affirmé dès le 31 décembre 2008. Ils demandent à l’AIEA de mener « une enquête radiologique et physique en vue de vérifier la présence d’uranium appauvri dans les armes utilisées par Israël dans la bande de Gaza. » L’AIEA fait rapidement savoir qu’elle agrée la demande et va mener l’enquête. Ce qui écarte le PNUE de cette mission.

A ce jour (12 février 2009), l’AIEA n’a pas encore remis de rapport. Il est vrai qu’avant même la venue des enquêteurs sur le terrain, le porte-parole du gouvernement israélien a assuré qu’ils ne trouveraient rien. Précédemment, le chef d’état-major de Tsahal avait commencé par nier, le 13 janvier, l’usage de bombes au phosphore blanc avant d’être obligé de le reconnaître le 20 janvier, en se repliant sur une deuxième ligne de défense : "ce sont des armes autorisées". Oui, tout juste tolérées, mais pas sur des civils.

Sans attendre les résultats d’expertise de l’AIEA, ACDN a poursuivi son enquête sur les GBU-39, et abouti à rassembler les précisions suivantes.

Précisions

De « source bien informée », les GBU-39 livrées à Israël représentent une toute nouvelle génération de bombes guidées. Leur enveloppe est constituée d’un alliage métallique C/UA à base d’uranium appauvri (80 %), dans lequel le tungstène est remplacé par du carbone (20 %). A première vue, le carbone peut sembler plus fragile et plus friable que le tungstène, donc moins recommandé pour entrer dans la composition d’une enveloppe métallique chargée d’assurer la pénétration des bombes en profondeur, dans un terrain, un immeuble ou un bunker, à travers du béton armé et d’autres obstacles multiples et résistants. En fait, c’est l’inverse.

D’une part, en effet, il s’agit d’un carbone très particulier, issu directement des laboratoires militaires de Los Alamos, en liaison avec la recherche en nanomatériaux et structures de métaux, tant universitaire que privée, qui a mis au point un nouveau "type de carbone" à structures moléculaires renforcées : les fullerènes. Aussi résistants que le diamant, les fullerènes se présentent extérieurement sous forme de suie noire et se mélangent aisément à d’autres métaux, en l’occurrence l’uranium appauvri.

D’autre part, la « friabilité » du carbone permet d’obtenir un alliage métallique formant des milliers d’échardes, selon un tout nouveau procédé de fabrication qui fait intervenir ce qu’on nomme le "frittage fragmentaire". Le métal (alliage 20/80 C/UA) ne présente pas une véritable "masse homogène" ; un réseau de microfissures volontaires facilite sa fracture en éclats minuscules ou « échardes de métal », dont le « rayonnement » se trouve en outre renforcé par le type d’explosif utilisé dans les GBU.

Selon les dernières informations obtenues par ACDN, la charge explosive des GBU-39 utilisées par Israël lors de l’opération « Plomb durci » ne serait pas de même composition que le DIME (Dense Inert Metal Explosive) qui se trouve, à raison de plus de 80 kg par unité, dans les Mk-82, des bombes de 500 livres ayant servi de base aux GBU-39, et qui ont aussi été utilisées à Gaza. La confusion entre les deux est possible, et le sort des victimes, quasiment identique. L’explosif de ces GBU-39 serait une nouvelle formulation de perchlorate (produit hautement cancérigène) avec un ajout de poudre de carbone micromolléculaire (à la place de l’alumine) et d’un « booster » à base de poudre d’UA. Le rôle de cet explosif hyper puissant est d’assurer une grande vélocité aux "échardes de métal", lesquelles s’enflamment du fait qu’elles contiennent de l’Uranium Appauvri pyrophorique, mais seulement après impact sur leur « cible », où le frottement fournit l’élévation de température nécessaire. "Préformatées en forme d’aiguilles", les minuscules échardes s’enfoncent dans tout de ce qui se trouve sur leur passage. Elles traversent les corps humains de part en part et seul le béton les arrête à une profondeur d’environ un mètre (de 0,85 m à 1,15 m). Ensuite, elles brûlent, en dégageant un maximum de chaleur et un minimum de fumées... et ce en raison des "mini impacts largement répandus autour de la cible".

Les GBU-39 utilisées lors de l’intervention israélienne, ont une propriété supplémentaire : elles disposent d’un système de mise à feu complémentaire qui force l’explosion en cas de mauvais fonctionnement du système primaire d’armement à l’impact. La bombe explose donc de toute façon dans les secondes ou les minutes qui suivent son contact avec la cible, quelle que soit celle-ci. Ainsi, le matériel est-il assuré de disparaître après intervention. On ne pourra trouver aucun reste de GBU-39, ni intacte, ni en morceaux. Juste un peu de poudre noire.

Ces nouveaux matériaux composites, les autres caractéristiques des GBU déjà décrites dans nos articles précédents, et l’ensemble du dispositif de mise en œuvre, assurent aux GBU un "service multiple" de destruction et de morbidité : - pénétration en profondeur des cibles les mieux protégées (bétons à hautes, très hautes ou ultra hautes performances ; blindages épais en acier, ou en acier renforcé à l’UA) ;

  explosion différée jusqu’à la profondeur voulue et programmée ;

  explosion ultérieure et autodestruction de l’engin, dans le cas où le dispositif primaire de mise à feu a échoué ;

  destruction « classique », par effet de souffle, de la cible, depuis l’intérieur même ;

  projection d’échardes métalliques dans les corps inertes ou vivants situés à l’intérieur ou à la périphérie de la cible, avec effet de « décapitation » ou d’ « amputation » sur les corps humains ;

  crémation externe et interne des corps, les échardes métalliques devenant elles-mêmes des brandons ;

  chez les blessés survivants, impossibilité de distinguer les éclats métalliques et de les extraire par une opération chirurgicale ;

  réduction de la durée de survie des blessés et des brûlés, par empoisonnement interne, radiotoxique et chimique, dû à l’uranium appauvri ou à ses descendants ;

  contamination radioactive de l’environnement naturel par dispersion, sur les lieux mêmes des explosions et au-delà, de nanoparticules d’uranium appauvri et d’autres radionucléides issus de l’uranium ;

  atteintes au génome de la population cible. L’innovation meurtrière des marchands d’armes défie l’imagination. Tout comme leur capacité à faire disparaître l’uranium appauvri de leurs nomenclatures, à esquiver les questions embarrassantes, voire à se trouver des alliés inattendus.

L’art de l’esquive

Les GBU sont construites aux Etats-Unis par la firme Boeing dans son usine de Saint Louis (Missouri). Sachant cela, un citoyen américain resté « sceptique » devant les assertions d’ACDN a demandé au Ministère de la Défense (DOD) des Etats-Unis s’il y avait ou non de l’uranium appauvri dans les GBU-39. En attendant la réponse du ministère - qui n’est toujours pas arrivée - il a posé au responsable de la communication de Boeing la question suivante : « L’usine Boeing de Saint Louis a-t-elle une licence du Ministère de l’Energie (DOE) pour détenir ou traiter de l’uranium appauvri ? » (« Does the Boeing facility in St. Louis have a DOE license for holding or handling depleted uranium ? »). Il a reçu cette réponse : « Boeing n’a pas de licence, étant donné qu’il n’y a pas d’activité relative à l’uranium appauvri dans notre usine de Saint Louis/Saint Charles. » ("Boeing does not have a license as there is no depleted uranium activity at our St. Louis/St. Charles facility.")

Cependant, malgré ses allures de démenti, cette réponse n’implique nullement qu’il n’y ait pas d’uranium appauvri dans les GBU-39 : leur « construction » à Saint Louis peut se limiter au montage de pièces détachées, elle n’implique ni hauts fourneaux, ni fonderie pour les alliages métalliques, ni même l’usinage des pièces. S’il fallait remonter la piste de l’uranium appauvri présent dans l’enveloppe des GBU-39 jusqu’aux lieux où il est fondu en alliage et où la coque est usinée, sans doute faudrait-il s’adresser d’abord aux laboratoires de l’armée américaine (en particulier à ceux de Los Alamos, en pointe dans la métallurgie et les nano-technologies), à la firme Westinghouse qui fournit l’uranium des centrales nucléaires, ou encore à l’un de ses sous-traitants. Gageons que le « secret défense » ou le « démenti » pur et simple trouveront alors à s’exercer. Aux Etats-Unis comme ailleurs, ce sont les militaires qui financent, gèrent et contrôlent tout ce qui a trait aux armements. Y compris par le mutisme ou la désinformation.

Retour à l’humain

Phosphore blanc, DIME, tungstène, uranium appauvri... Les médecins pensent différemment des militaires et de leurs donneurs d’ordres. Seulement soucieux d’humanité, les chirurgiens présents à Gaza ont décrit les effets sur les victimes des "nouveaux types d’armes" employés : « A 2 mètres, le corps est coupé en deux ; à 8 mètres, les jambes sont coupées, brûlées comme par des milliers de piqûres d’aiguilles. » Les blessés survivants « n’ont aucune trace de métal dans le corps, mais des hémorragies internes étranges. Une matière brûle leurs vaisseaux et provoque la mort, nous ne pouvons rien faire. » (Dr Mads Gilbert, Le Monde, 12 janvier) « Quand on commence à opérer, tout semble en ordre... Mais ensuite on découvre des dizaines de minuscules particules dans tous leurs organes. On dirait qu’un certain type d’explosif ou d’obus les a dispersées partout, et ces blessures miniatures, impossible de les opérer. » (Dr. Jam Brommundt, médecin allemand travaillant à Kham Younis, au sud de la bande de Gaza)

Comment ne pas se demander avec le Dr Gilbert : « Se peut-il que cette guerre soit le laboratoire des fabricants de mort ? Se peut-il qu’au XXIe siècle on puisse enfermer un million et demi de personnes et en faire tout ce qu’on veut en les appelant terroristes ? »

Et comment qualifier cette "guerre" qui fait d’un côté 14 tués (11 soldats israéliens, dont 4 victimes d’un "tir ami", et 3 civils, victimes d’un tir de roquette) et 50 blessés, et de l’autre côté, au moins 1330 tués et 5450 blessés, pour la plupart des civils, dont une moitié d’enfants ? (Source : Foreign Policy In Focus)

A un contre cent, est-ce encore un combat, ou un jeu de massacre ? Une collection de crimes de guerre ? Le début d’un génocide qui n’ose pas dire son nom et se cache derrière la mémoire d’un autre génocide ?

Un crime contre l’humanité, donc ? Israël, en tout cas, est allé trop loin.

Une guerre trop loin.

Les prochains responsables israéliens devront, dans leur propre intérêt et dans celui de leur peuple, se hâter de reconnaître -indépendamment du Hamas, qui le devrait aussi- et réparer, si tant est qu’ils soient encore réparables, les dommages humains, écologiques, économiques et politiques subis du fait de "Plomb durci" par les Palestiniens - ainsi que ceux subis par les Israéliens eux-mêmes, par effet boomerang.

Si Israël n’y vient pas de lui-même, il faudra que la justice et la "communauté internationale" l’y obligent. Sinon, ce sera la porte ouverte à toutes les folies militaires, massacres nucléaires compris.

Nous en appelons au bon sens, au sens de la justice et à l’humanité de chacun.


Enquête : Israël a bien utilisé dans la bande de Gaza des armes à Uranium Appauvri" ⓒACDN, 12 février 2009.

Reproduction partielle ou complète de cet article autorisée sous réserve de renvoyer à la source : www.acdn.net, d’activer les liens et d’en informer la rédaction.


Signer la pétition pour l’abandon et l’interdiction universelle des armes à UA

http://acdn.france.free.fr/php_petitions/index.php?petiti...

 

03/02/2009

Le violoniste dans le métro

Histoire vraie qui fait réfléchir...
 

Un musicien de rue était debout dans l'entrée de la station L'Enfant Plaza du métro de Washington DC. 
Il a commencé à jouer du violon. 
C'était un matin froid, en janvier dernier. 
Il a joué durant quarante-cinq minutes. 
Pour commencer, la chaconne de la 2e partita de Bach, puis l'Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et de nouveau Bach. 
A cette heure de pointe, vers 8h du matin, quelque mille personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur boulot.

Après trois minutes, un homme d'âge mûr a remarqué qu'un musicien jouait. 
Il a ralenti son pas, s'est arrêté quelques secondes puis a démarré en accélérant.
Une minute plus tard, le violoniste a reçu son premier dollar : en continuant droit devant, une femme lui a jeté l'argent dans son petit pot. 
Quelques minutes plus tard, un quidam s'est appuyé sur le mur d'en face pour l'écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher.. 
Il était clairement en retard.

Celui qui a marqué le plus d'attention fut un petit garçon qui devait avoir trois ans. 
Sa mère l'a tiré, pressée mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le violoniste. 
Finalement sa mère l'a secoué et agrippé brutalement afin que l'enfant reprenne le pas. 
Toutefois, en marchant, il a gardé sa tête tournée vers le musicien. 
Cette scène s'est répétée plusieurs fois avec d'autres enfants. 
Et les parents, sans exception, les ont forcés à bouger.

Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien, seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps. 
Une vingtaine environ lui a donné de l'argent tout en en continuant leur marche. 
Il a récolté 32 dollars. 
Quand il a eu fini de jouer, personne ne l'a remarqué. 
Personne n'a applaudi.  
Une seule personne l'a reconnu, sur plus de mille personnes.

Personne ne se doutait que ce violoniste était Joshua Bell, un des meilleurs musiciens sur terre. 
Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites, avec un Stradivarius de 1713 valant 3,5 millions de dollars !
Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation au théâtre de Boston était « sold out » avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.

C'est une histoire vraie. 
Joshua Bell jouant incognito dans une station de métro a été organisé par le « Washington Post » dans le cadre d'une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d'action des gens. 

Les questions étaient :  
  • dans  un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la  beauté ?
  • Nous  arrêtons-nous pour l'apprécier ?
  • Pouvons-nous reconnaître le talent dans un contexte  inattendu ?


Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait être : 
si nous n'avons pas le temps pour nous arrêter et écouter l'un des meilleurs musiciens au monde jouant quelques-unes des plus belles partitions jamais composées, à côté de combien d'autres choses exceptionnelles passons-nous ?

Source (et vidéo) :

http://blog.zwatla.com/violon/2008/09/30/joshua-bell-dans...